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Parler catalan à Perpignan

De
128 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 185
EAN13 : 9782296314290
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" PARLER CATALAN A PERPIGNAN

Sémantiques

L

A collection Sémantiques est née du constat qu'il est devenu de plus en plus difficile pour les chercheurs en linguistique de faire paraître en librairie des ouvrages relativement pointus, leur science passant apparemment pour trop difficile et leur lectorat trop restreint aux yeux des « grands éditeurs »... alors même que leurs travaux souffrent énormément du manque de publicité, tant pour s'exposer à la critique de leurs pairs que pour être appréciés hors du premier cercle des spécialistes. Collection ouverte à toutes les recherches en cours, Sémantiques a pour but de faire connaître ce qui se passe dans les universités, les instituts et les laboratoires dans les domaines qui sont les siens:

linguistique générale et appliquée

- ou mieux,

controntée - à la psychologie, à la sociologie, aux secteurs de l' éducation- formation et aux industries de la langue. Le rythme de parution adopté

- un titrepar mois-

et des conditions de fabrication spartiates permettent la publication rapide de thèses, de mémoires et de recueils à.des prix acceptables. Sémantiques s'adresse d'abord aux linguistes, mais elle se destine plus largement aux chercheurs, formateurs et étudiants en sciences humaines, en littérature, en didactique et en pédagogie (IUFM), ainsi qu'aux techniciens des langues et du langage, lexicographes, traducteurs, interprètes,
orthop ho ni s tes

...
Contacts éditoriaux et secrétariat de rédaction Marc Arabyan IUT de Fontainebleau 77300 FONTAINEBLEAU

@

L'Harmattan,

1995

-

ISBN:

2.7384.3974.8

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Dawn Marley

PARLER CATALAN " A PERPIGNAN

Editions

L'Harmattan

5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

Dans la même collection

1 Marc ARABY AN, Le paragraphe na"atif Etude typographique et linguistique de la ponctuation textuelle dans les récits classiques et nuxlernes.

-

2 - Astrid VANDERSTRATEN, n enfant U 3

troublant Deux discours sur le langage d'un enfant que l'on a dit autiste.
FRANÇOIS, Morale et

- Frédéric

nlise en mots.

4 - Boris LOBATCHEV, L'Autrement-dit (J1HocKa3aTeJlbHOcTb) Du jeu des langues à la linguo-psychologie (à paraître). 5 - Martine CAMBOULIVES, Des signes dans la forêt Ce que l'observation de quelques chimpanzés peut nous apprendre à propos du langage (à paraître).

6 - Elisabeth BAUTIER, aisons R
De la sociolinguistique

langagières, raisons sociales à la sociologie du langage (à paraître).

7 - Paul JOUISON, crits E

sur la Langue des Signes édition établie par Brigitte Garcia (à paraître).

Française,

Je remercie tous ceux qui m'ont aidée à produire ce livre : la British Academy et la Staffordshire University qui ont respec-

tivement financéma première et ma seconde enquête ;
Multilingual Matters Ltd,qui a autorisé la trnduction et la reproduction du tableau de la page 395 de Reversing lfJnguage Shift, de Joshua Fishman; Marc Arnbyan, qui a accueilli l'ouvrage aux éditions de L'Harmattan, l'a révisé et mis en pages; last but not least les Perpignanais qui ont répondu à mes questions, sans oublier les resJX>nsablesdes établissements scolaires qui m'ont permis de distribuer un questionnaire aux élèves.

Introduction

ETOlNRAGE trnite d'un sujet -la survie des langues minoritaires que d'aucuns considèrent comme peu im(X>rtant par rnp(X>rt aux autres problèmes auxquels font face nos sociétés nationales et internationales. la plupart des gens croient qu'il est normal et naturel que les minorités soient absorbées dans le courant dominant, ceci pour le plus grand bien de tous les intéressés. Normal, naturel et logique car c'est ce qui s'est passé au cours de ces derniers siècles, à mesure qu'ont émergé les Etats-nations, lesquels ont imJX>séune langue nationale en même temps qu'une loi nationale et qu'un système (X>litiquenational. Sans aucun doute, telle est la situation de fait en Frnnce. Mais malgré les apparences qui prévalenten Occident, il est très évident ailleurs que les minorités ethnolinguistiques ne disparaissent pas aussi simplement: pour n'en donner qu'un exemple, le programme d'élimination des diversités ethniques et.linguistiques de l'URSS avait produit une homogénéité superficielle qui a vite dégénéré en récriminations amères, en disputes et même en guerres ouvertes après la désintégrntion de l'empire. L'Occident commence lentement à reconnaître le fait des minorités, comme le démontrent nombre de déclarations récentes. Par exemple, l'ONU a publié en 1992 une Déclaration sur les Droits de Personnes Appartenant à des Minorités Nationales, FJhniques, Reli-

C

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Parler catalan à Perpignan

gieuses et Linguistiques qui constate dans son article 1.1 (Contact Bulletin, 1993) : Les Etats protègeront l'existence et l'identité nationale ou etbnique, culturelle, religieuse et linguistique de minorités à l'intérieur de leurs territoires respectifs, et encourageront les conditions pour la promotion de cette identité. et dans l'article 2.1, que les membres des minorités

ont le droit de nation.

[...]

utiliser leur propre langue, en privé et en

public, librement et sans intrusion ou autre tonne de discrimiRécemment, le Parlement Européen a de nouveau affirmé son soutien aux langues minoritaires en adoptant une résolution sur les

minorités linguistiqueset culturelles en Europe, déclarant que
(Contact Bulletin, 1994) la diversité linguistique de l'Union Européenne représente un
élément clé de la richesse culturelle de l'Union, et soulignant que beaucoup de langues moins répandues [sont] en danger, avec une baisse rapide dans le nombre de locuteurs, [ce qui] met en danger le bien-être de groupes spécifiques de la population et
donc diminue le potentiel créateur de l'Europe toute entière.

Il semble pourtant que les Français sont moins prompts que
d'autres à reconnaître les droits des minorités, surtout les droits linguistiques. Certes, François Mitterrnnd déclara (discours de Lorient du 14 mars 1981), que le moment était venu d'un statut des langues et cultures de France, afin que la France ne soit plus le dernier pays d'Europe à refuser à ses composants les droits culturels élémentaires, reconnus dans les conventions interno;tionales qu'elle a elle-même signées... mais onze ans plus tard, en juin 1992 encore, un amendement à l'article 2 de la Constitution donnait à la langue frnnçaise le même statut symbolique que l'hymne national, le drapeau tricolore et les "principes essentiels de la République" (Giordan, 1992). Le Congrès "a ainsi paracbevé le projet culturel et politique conçu dès le XVe siècle" (Giordan, 1992).

Introduction

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Cette politique d'hégémonie linguistique qui promeut le français comme seule langue légitime en territoire français semble avoir commencé en 1539 avec les Ordonnances de Villers-Cotterêts, qui décrètent que tout acte de l'administration civile du Royaume doit être rédigé en français et aucune autre langue. Ces Ordonnances, dont le

but premier était de faciliterla compréhension des documents
légaux (autrement rédigés en latin) par les tabellions et les administrés, sont devenues le moyen de renforcer l'autorité royale en imposant la même langue à tous les membres de l'aristocratie, à commencer par la noblesse de robe. Cette politique d'unification linguistique fut suivie, pour des raisons diverses, par les révolutionnaires: pour eux, la diversité linguistique représentait - au même titre que la diversité des heures, des poids, des mesures, des octrois, etc. - un obstacle à l'égalité et à la construction d'une République forte, "une et indivisible". Dès 1792, on porta devant l'Assemblée Nationale des propositions pour un système d'éducation nationale q<uipromouvrait la langue française. Bien qu'il fût impossible à l'époque de donner suite à ces propositions, ce système devint une réalité un siècle plus tard, lorsque les lois Jules Ferry des années 1880 créèrent l'Ecole Républicaine obligatoire et gratuite. Dans la première moitié de notre siècle, l'expansion de l'éducation primaire, l'amélioration des communications et des transports, les

brassages des guerres (tranchées, camps de prisonniers), plus
récemment l'urbanisation accélérèrent le processus d'intégration et

d'uniformisation; il devint essentielde savoirparler, et écrire, le
français; les langues régionales semblaient en voie de disparition. Néanmoins, depuis la deuxième Guerre mondiale, les autorités ont fait quelques gestes envers les langues minoritaires: la loi Deixonne de 1951 permettait un enseignement minimal des langues régionales, bien qu'elle fût accompagnée de tant de conditions que dans la plupart des cas elle ne fut pas appliquée. Dans la fin des années 60 et le début des années 70 cependant, un certain nombre de mouvements de promotion des langues et des cultures minoritaires apparurent (souvent accompagnés de menaces ou de faits de violence civile, comme en Corse, en Bretagne, en Occitanie, avec des contagions possibles au Pays Basque et en Catalogne même), ce qui entraîna les autorités à devenir plus conscientes du problème. la wi Deixonne reçut alors un commencement d'application. En 1981, le

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Parler catalan à Perpignan

Président Mitterrand déclarn que son gouvernement respecterait la diversité linguistique, mais en prntique, ce respect a peu changé les choses. Comme l'obsetVent laroussi et Marcellesi (1993 : 86), il y a eu une conspiration du silence au sujet des origines multilingues de la France, avec le résultat que les chiffres concernant l'usage des langues régionales sont soit inœléquats, soit non-existants. Même aujourd'hui il est difficile de connaître exactement la situation des langues minoritaires en France: aucune question linguistique n'est posé par l'INSEEdans le recensement de la France, ce qui fait qu'aucun chiffre officiel ne peut soutenir les revendications des mouvements régionalistes. Malgré le manque de soutien de la part du gouvernement et de l'administration, les langues régionales de France semblent être en

train de renaître, et pouvoir briser ce silence, sans aucun doute
encouragées par les changements d'attitude au niveau européen et international: l'Union Européenne et le Conseil de l'Europe encouragent les régions contre les Etats, et derrière les régions, il y a souvent des Provinces - duchés, comtés, principautés... - du Moyen-

Age. Par ailleurs, la reconnaissance des langues régionales au
baccalauréat a certainement renforcé leur position dans l'opinion publique, notamment auprès des jeunes.

Dans la mouvance écologiste et des nouveaux mouvements
sociaux issus de Mai 68, ces dernières décennies ont vu se développer le militantisme régionaliste et nombre d'études ont été menées dans les régions de langues minoritaires, par exemple en Bretagne (Le Menn, 1975 ; Timm, 1980 ; Kuter, 1987) et Alsace (Veltman et Denis, 1988 ; Gardner-Chloros, 1991 ; Vassberg, 1993). Cependant, ce renouveau de l'intérêt en faveur des langues régionales après des siècles de francisation dominante, arrive peut-être trop tard. Non seulement ces langues ont subi un processus d'usure au cours des siècles, mais la modernisation rapide depuis la Deuxième Guerre Mondiale aura provoqué un basculement en faveur du français dont il sem très difficile de se remettre. Cette étude se concentre sur une minorité ethnolinguistique - les Catalans. du Roussillon - dont elle analyse le passé et le présent de leur langue-en-culture et dont elle essaie de prédire l'avenir. Les

Introduction

Il

objectifs de l'étude sont triviaux en sociologie du langage, et se résument dans les deux questions, désormais classiques, formulées par Fishman (1972 : 3) afin de représenter les deux branches de cette science, la descriptive et la dynamique: d'abord décrire la communauté linguistique et poser la question "Qui parle (ou écrit) quelle langue (ou variété de langue) à qui et quand et pourquoi 1". Ensuite analyser la dynamique de la substitution de la langue et de son renversement, et se demander: "Qu'est-ce qui explique les différents taux de changement dartS l'organisation sociale de l'usage linguistique et des comportements envers les langues 1" Plus précisément, on a sondé les habitants de Perpignan sur leur usage des langues et sur leurs attitudes envers ces langues, avec deux intentions: du côté descriptif, il s'agissait de mesurer le degré de connaissance et d'usage de différentes langues afin d'actualiser les connaissances en matière de contact et de bilinguisme; et du côté dynamique, il s'agissait d'exploiter les données recueillies afin d'examiner comment et pourquoi la substitution de langue (id est du catalan par le français) puis son renversement (le français cédant devant un retour du catalan) peuvent se produire. Le fait que le catalan soit langue minoritaire en Espagne autant qu'en France est à la fois un avantage et un inconvénient pour les Catalans de nationalité française: en Espagne, l'usage en fut interdit sous Franco mais depuis le retour de la démocratie en 1975, le catalan est redevenu d'usage quotidien "normal", au point que sa situation est considérée comme un succès de renversement de substitution (Fishman, 1991 : 287-336). L'avantage pour les activistes catalans de la Catalogne française est qu'ils peuvent compter sur un certain soutien de la Catalogne du Sud dans leurs efforts en faveur du catalan.Les moins engagés peuvent s'encourager du fait que le catalan a fait tant de progrès au sud des Pyrénées. Par contre, le succès de la

langue en Catalogne du Sud est si bien documenté qu'on ne s'occupe guère de la situation en Catalogne du Nord, et souvent les gens ne savent même pas que cette langue existe aussi du côté françaisde la frontière. On voudrait contribuer à rectifier cette image et mettre en valeur l'existence de la langue catalane du côté nord des Pyrénées. Le but est d'examiner lasituation en Catalognedu Nord, à travers l'usage de

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Parler catalan à

Perpignan

la langue et les attitudes linguistiques,afin d'évaluer le degré de substitution par le françaiset de son renversement en faveurdu catalan. Nous avons choisi de mener cette étude à Perpignan car c'est le seul centre urbain de la région. En tant que tel, il représente un échantillon réaliste de la société et a plus de chances d'être un bon point de départ pour des développements sociolinguistiques. Les régions rurales ont tendance à être plus conservatriceset présentent une image trompeuse, surtout dans une région comme le Roussillon où de nombreux villagessont habités par des retraités, ce qui fait qu'on n'y trouve pas la même variété d'origines, d'emplois et de classes sociales qu'en ville. Menant l'enquête à Perpignan, nous avonsespéré donner une image plus complète et plus fidèledes ten-

dances sociolinguistiquesqui traversent la société catalane de France.

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