PAROLES ETRUSQUES

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Les Etrusques sont morts il y a deux mille ans en Toscane, engloutis par cette République romaine qu'ils avaient si puissamment contribué à faire naître. L'auteur propose une approche qui permet de relier la langue et le peuple étrusques aux couches les plus anciennes de 1'indo--européen.

Publié le : jeudi 1 avril 1999
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EAN13 : 9782296385863
Nombre de pages : 168
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Paroles Etrusques
Liens entre l'étrusque et l'indo-européen anCIen

1999 ISBN: 2-7384-7746-1

@ L'Hannattan,

Damien Erwan Perrotin

Paroles Etrusques

Liens entre l'étrusque et l' indo-européen anCIen

Celinai, ainamma gumin, soei mis ist liubozo saggwim daudaizo thiudo

Edition L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y IK9

Les Etrusques: un peuple aux origines de l'Europe

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Les cités étrusques et leurs voisins

Entre Athènes et Rome L'EtrurÎe
L'Europe occidentale pourrait être décrite comme l'enfant naturel de la Grèce des cités, de la Palestine juive et de la Rome Impériale. Et cette Rome qui fut à la base de notre culture trouve elle-même ses racines dans la civilisation étrusque. C'est à elle que les latins doivent d'être devenus autre chose qu'une obscure tribu d'Italie Centrale, d'elle qu'ils tiennent leur écriture, leur architecture, une partie de leur art, jusqu'à certains de leurs vices. Leur armement même, le fameux pi/urn, trouve son origine en Toscane. Notre culture leur doit probablement autant qu'aux Grecs, même si cet héritage s'est troublé jusqu'à en devenir méconnaissable. Et pourtant, que savons-nous de ce peuple, pratiquement rien: ce que nous en ont dit leurs voisins grecs et romains, ce que l'on a pu tirer de leurs ruines et de leurs tombeaux, une poussière d'inscriptions éparses... S'ils ont écrit des livres, ils se sont perdus, et avec eux l'essentiel de leur histoire, de leur littérature et de leur religion. Leur langue elle-même s'est perdue. Après avoir nourri et influencé la jeune langue latine, elle fut progressivement submergée par elle, pour finalement s'éteindre au premier siècle de notre ère. Il n'en reste que des inscriptions funéraires ou votives, tout juste de quoi nous faire regretter ce qui nous manque. Des générations de chercheurs ont péniblement arraché à l'obscurité des textes quelques centaines de mots et une poignée de formes grammaticales, sans rien de commun avec les langues environnantes, souvent à peine mieux connues. L'essentiel, cependant, nous échappe et les textes les plus longs nous restent quasiment incompréhensibles. A l'apogée de leur puissance les Etrusques contrôlaient la moitié de l'Italie, des côtes de l'Adriatique jusqu'à celles de Campanie, mais leur berceau se trouve en Toscane, entre le Tibre 11

et l'Arno, aux pieds des Apennins. Une plaine vallonnée jouissant d'un climat méditeITanéen propice à la culture du blé et de l'olivier et très anciennement peupléel. Elle leur a surtout donné l'avantage d'une position centrale, entre le monde des cités grecques et phéniciennes et celui des chefferies barbares du nord. Cela leur permit de bénéficier à la fois de l'influence civilisatrice de l'orient et de la clientèle des aristocraties gueITières celtiques. Cela leur valut également de se trouver aux premières loges lorsque Rome commença son expansion vers le nord. La civilisation étrusque s'est développée au contact des colonies grecques établies dans le sud de l'Italie au vnème siècle avant J.C2. C'est auprès d'elles, peut-être par l'intermédiaire de leurs colonies campaniennes, que les Etrusques ont acquis leur écriture, écriture qui est aussi la nôtre3. Ils ont contribué à la diffusion des techniques orientales au sein des tribus italiennes. Ils ont également, par leur commerce, participé à la création des principautés Celtiques et à l'élaboration de leur culture. Ils ont contrebalancé l'influence phénicienne et bloqué la progression carthaginoise. Sans eux l'Europe Occidentale aurait sans doute pris un visage bien différent de celui qu'elle nous présente aujourd'hui, et sans doute ses peuples parleraient-ils une langue celtique ou sémitique, voire même un dérivé du grec4. Ils furent plus que des précurseurs, des passeurs, de prodigieux intermédiaires entre Athènes et Rome.

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Les Etrusques et leur histoire
Longtemps, les Etrusques ont semblé surgir du néant. Les historiens antiques étaient incertains quant à leur origine. Hérodote, suivi en cela par la plupart des auteurs de l'antiquitéS, voyait en eux des Lydiens, originaires de l'ouest de la Turquie actuelle. Autour du xnème siècle avant J.C., le royaume de Lydie aurait été frappé d'une terrible famine qui aurait forcé une partie de son peuple à s'exiler. Sous la conduite d'un chef légendaire, Tyrhenios, ils auraient fait voile vers l'occident, pour finalement établir une colonie sur les côtes' de Toscane6. De son côté, Denys d'Halicarnasse, qui se vantait d'avoir demandé aux Etrusques eux-mêmes ce qu'ils en pensaient, les qualifiait d'autochtones, ce qui, dans son esprit, signifiait qu'ils avaient toujours vécu là où ils se trouvaient. Ce n'était d'ailleurs nullement un gage de valeur. Les Grecs étaient aussi ethnocentriques que les Européens et avaient tendance à n'accorder d'intérêt qu'aux cultures nées près de leurs frontières, ou prétendant l'être. Les théoriciens modernes n'ont, jusqu'à une date récente, guère été plus imaginatifs. Les théories qu'ils ont élaborées recoupent pour l'essentiel celles d'Hérodote ou de Denys d'Halicarnasse. Selon I'hypothèse orientale, ils seraient venus, autour du VInème siècle, d'Asie mineure, peut-être à la suite des puissants courants migratoires connus sous le nom de "Peuples de la Mer". Selon certains, les Etrusques pourraient être assimilés aux mystérieux twrs7 des inscriptions égyptiennes. Au crédit de cette thèse, on peut invoquer l'évident caractère oriental de la civilisation étrusque des vnème et VIèmesiècles, ainsi que le fait qu'une langue proche de l'étrusque ait été parlée sur l'île de Lemnos, en mer Égée. L'orientalisme étrusque peut cependant 13

parfaitement s'expliquer par le commerce que ces derniers entretenaient avec les cités grecques et phéniciennes. Quant à la langue de Lemnos, quoique liée à l'étrusque, elle en diffère suffisamment pour que l'on puisse faire remonter leur point de divergence à plusieurs milliers d'années8. L'hypothèse autochtone voit, elle, dans les Etrusques, les survivants des peuples de chasseurs, qui, à la fin du mésolithique, peuplaient cette partie de l'Europe, et qui auraient été submergés presque partout ailleurs par les vagues successives des agriculteurs anatoliens et des pasteurs indo-européens9. Une variante voit en eux les descendants de ces mêmes agriculteurs anatoliens. Dans les deux cas, la civilisation étrusque serait issue d'une évolution interne à l'Italie, éventuellement influencée par les colonies établies dans la région par les Grecs et les Phéniciens. C'est dans cette dernière direction que s'orientent actuellement les recherches. La civilisation étrusque est en effet associée à celle de Villanova. La civilisation de Villanova doit son nom à un petit établissement découvert dans les environs de Bologne vers 1850. Elle apparaît vers le XIuème siècle autour de trois foyers distincts: la région de Bologne, la Toscane et la Campanie, c'est-à-dire exactement les régions où s'épanouira plus tard la culture étrusque. Cette culture, sans tradition écrite, se caractérisait par l'usage de la crémation, l'utilisation d' annes et d'objets en fer et la construction de tombes à puits. Les Villanoviens n'avaient rien du peuple urbain et civilisé que devinrent, plus tard, les Etrusques. Ils vivaient dans des cabanes, dont les urnes funéraires nous donnent une image assez fidèle, et attribuaient une grande importance aux activités guerrièreslO. C'est autour de leurs villages que se fonnèrent, par coalescence de petites communautés villageoises, les embryons des premières cités étrusques, notamment dans le sud du pays. L'arrivée des Grecs et des Phéniciens sur les côtes encourage le développement du commerce au long cours, qu'accroître la richesse et la puissance 14 des communautés

notamment avec le monde égéenIl. Ce commerce ne fit pas

villanoviennes, il engendra un phénomène de différenciation sociale et de complexification de la société. Le commerce profitait, en effet, plus à certains membres de la société qu'à d'autres et conduisit finalement à la création d'une classe d'aristocratesl2. Il conduisit également les proto-étrusques à écrire leur langue - à partir du vnème siècle - en utilisant un alphabet dérivé du grec. A la fin du vnème siècle, on peut réellement parler d'une civilisation étrusque. A cette date les cités étrusques sont définitivement établies et s'organisent en une "confédération" assez lâche de douze cités-étatsI3. Cette fédération connaît son âge d'or aux Vlème et Vèmesiècles avo J.C. A cette époque, les cités étrusques, alliées aux Carthaginois s'assurent le contrôle de la mer Thyrénéenne, ainsi que de l'essentiel du commerce maritime en Méditerranée Occidentale. Ils exportent du vin et des poteries jusqu'en Gaule et seront à l'origine de Rome, probablement

fondée par des princes étrusques14 pour contrôler la route vers la
Campanie. Au début du Vlème siècle, cependant, cette puissance commence à s'effriter sous les coups des colonies de la Grande Grèce. En 474, la flotte de Gélon, tyran de Syracuse et vainqueur des Carthaginois, bat celle des Etrusques au large de la colonie grecque de Cumes. Avec cette bataille, c'est la maîtrise des routes commerciales vers la Campanie que perdent les cités étrusques. Bientôt, c'est le Latium qui échappe progressivement à la domination tyrhénéenne. Certes, les Toscans ont sans doute repris Rome, après que celle-ci a expulsé la dynastie étrusque des Tarquins, mais cela ne suffisait manifestement pas à garantir la sécurité des voies de communication vers la Campanie, et celle-ci tomba finalement aux mains des tribus sammites vers 423. Au début du Ivème siècle, l'Etrurie, déjà affaiblie, est confrontée à une nouvelle menace: les Gaulois s'emparent de la plaine du PÔ et réduisent le territoire étrusque à une Toscane qu'ils ne se privent d'ailleurs pas de ravager. A la même époque, Rome, définitivement débarrassée de l'influence toscane, commence l'expansion qui la mènera à l'empire. Sa première victime est 15

Veies, qui est conquise après une très longue guerre en 396. Ce n'est que la première d'une longue série. Incapables de s'unir, les cités étrusques sont vaincues et absorbées une à une par la République Romaine. La dernière, Volsini, perd. finalement son indépendance en 264. L'annexion à Rome ne signifia cependant pas la fin des Etrusques en tant que peuple. Les cités soumises gardèrent leur autonomie et la langue étrusque continua d'être parlée. Ceinturées de colonies latines, les cités toscanes restèrent fidèles lors de la seconde guerre punique et si elles se révoltèrent, avec tous les autres peuples d'Italie, en 91 - 98 avant J.C, ce fut pour obtenir la citoyenneté romaine. Une fois celle-ci accordée, elles furent libres de se fondre dans le "moule" latin. Les élites locales s'agglomérèrent à l'aristocratie latine et perdirent l'essentiel de leur culture. La langue étrusque cessa d'être utilisée dans les inscriptions vers 50 après J.C, même s'il est possible qu'elle ait été encore employée, pour un temps, dans certaines communautés paysannes. L'architecture perdit son originalité pour se confondre avec celle des peuples voisins. L'Etrurie avait vécu, son mystère commençait.

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Une langue mystérieuse

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