Peau de banane

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Peau de banane
Dans la Série TROPICALIA
La chienne duquimboiseur, Mireille BURNET. Morts sur le morne, Janine et Jean-Claude FOURRIER.
Francesca Velayoudon-Faithful
Peau de banane
Série TROPICALIA
k
L'aribéennes
ditions
5, rue Lallier 75009 Paris
Photo: Yannick M. Maquette: Myline. <0 Editions CARIBEENNES. 1986. Tous droits de traduction, d'adaptation et de reproduction réservés pour tous pays.
ISBN 2-903-033.88-9
A mon père. A mon ancêtre,. Fil. A tous les «Actrien ».
Toute similitude avec des faits réels, ou avec des personnages existant ou ayant existé, n'a rien de fortuit. Ce roman est d'un haut à l'autre authentique et sin-
cère. « Peau de banane» n'est plus, mais dans la retraite
tranquille où elle s'est retirée, Adrienne témoigne encore: «L'existence de mon frère fut asphyxiée par la hêtise humaine. »
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LES ORIGINES DtADRIEN
C'est un soir comme tant d'autres qui va tomber sur l'habitation Fontin. Au fond du ciel bleu, un gros nuage pourpre se déplace imperceptiblement vers le sud. Tantôt il revêt la silhouette d'un chien énorme à la gueule démesurément ouverte, tantôt c'est un cheval avec deux bosses, ou un chameau lancé dans une course folle, tant il se dresse et se tend. La soirée n'est pas fraîche; sur la galerie, le maître de maison s'éponge tout en discutant avec son hôte. Il reçoit un ami venu de Toulon et qui n'a rien à apprendre. - Dites-moi, cher ami, avez-vous visité aussi les îles du Pacifique? On ...
Publié le : vendredi 11 mars 2011
Lecture(s) : 176
EAN13 : 9782296405660
Nombre de pages : 160
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Peau de banane

Dans la Série TROPICALIA

La chienne duquimboiseur, Mireille BURNET. Morts sur le morne, Janine et Jean-Claude FOURRIER.

Francesca Velayoudon-Faithful

Peau de banane

Série TROPICALIA

k

L'aribéennes

ditions

5, rue Lallier 75009 Paris

Photo: Yannick M. Maquette: Myline. <0 Editions CARIBEENNES. 1986. Tous droits de traduction, d'adaptation et de reproduction réservés pour tous pays.
ISBN 2-903-033.88-9

A mon père. A mon ancêtre,. Fil. A tous les «Actrien ».

Toute similitude avec des faits réels, ou avec des personnages existant ou ayant existé, n'a rien de fortuit. Ce roman est d'un haut à l'autre authentique et sin-

cère. « Peau de banane» n'est plus, mais dans la retraite
tranquille où elle s'est retirée, Adrienne témoigne encore: «L'existence de mon frère fut asphyxiée par la hêtise humaine. »

..

LES ORIGINES DtADRIEN
C'est un soir comme tant d'autres qui va tomber sur l'habitation Fontin. Au fond du ciel bleu, un gros nuage pourpre se déplace imperceptiblement vers le sud. Tantôt il revêt la silhouette d'un chien énorme à la gueule démesurément ouverte, tantôt c'est un cheval avec deux bosses, ou un chameau lancé dans une course folle, tant il se dresse et se tend. La soirée n'est pas fraîche; sur la galerie, le maître de maison s'éponge tout en discutant avec son hôte. Il reçoit un ami venu de Toulon et qui n'a rien à apprendre. - Dites-moi, cher ami, avez-vous visité aussi les îles du Pacifique? On raconte que là-bas les jeunes personnes sont divines, la nature généreuse et la vie facile. Parlezmoi des îles du Pacifique! Le Pacifique? si ! si !... mais, mon cher Fontin, quelle belle pièce vous avez là ! Belle pièce, en effet!. et travailleur comme une douzaine de bœufs; sa compagne est bonne travailleuse elle aussi. Croyez-moi, je ne regrette pas les quatre mille livres qu'ils m'ont coûtées. Sous un énorme manguier, un homme aiguisait tour

-

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à tour coutelas, houes, couteaux. Près de lui, une femme accroupie suiffait ces outils qu'elle allait ranger ensuite dans un hangar. - Vraiment, quelle pièce! L'homme manœuvrait une meule en pierre. A chaque tour de manivelle, ses épaules se mouvaient en une danse lente qui entraînait dans sa cadence le dos large et massif. Il aiguisait chaque outil avec minutie et dextérité, mouillant la meule, effleurant le tranchant du revers de son pouce, ajoutant un tour de meule par-ci, un dernier affûtage par-là. - Comment appelez-vous celui-ci, mon cher Fontin ? - Vous savez, ces gens-là vous ont des noms impossibles à prononcer. Notre seule astuce, à nous les maîtres, a été de leur attribuer des appellations en fonction de leur singularité. A cause de son adresse à entretenir

les lames, je l'ai appelé

«

Fil ».

. Mon cher Fontin, je trouve que ce nom, trop ténu, ne convient pas à une pareille carrure. Vous devriez lui trouver un autre nom... plus solide... plus... - Oh ! oh! je les connais, ces gens-là! Il ne faut jamais remuer la fierté qui sommeille en eux. Ce serait folie de le nommer « Bras de fer» ou « La Vigueur », il serait capable d'oublier sa condition. Non, je crois que ce nom lui va très bien. Fil !

L'esclave s'était retourné.

.

Les deux hommes le dévisageaient. Son maître, ne voulant pas laisser paraître sa satisfaction, regardait d'un air faussement détaché la poitrine vaste et nue qui s'étalait devant lui. L'autre s'était approché de Fil et, n'osant pas le toucher, le tâtait du regard. L'esclave et sa compagne s'étaient serrés l'un contre l'autre. - Et la femme! Cette moue! Ce regard! Et ces courbes! Une vraie Caryatide! 10

Elle s'appelle Mangana. Cette prestance déplacée! Comment supportez-vous tant de hauteur, mon cher pontin ? - Eh bien, mon ami, il faut ignorer leur prestance et s'attacher à leur rendement. Ceux-là sont de robustes travailleurs, le reste n'a pas d'importance. Le couple avait repris sa besogne. L'homme, ébranlant à chaque geste une masse de chair compacte et vigoureuse, exprimait un mélange d'acharnement et d'insolite volupté. La femme allait, venait, du hangar à l'ombre du manguier. - Je sens, mon cher Fontin, que ces gens-là vous en veulent. A votre place, je me méfierais. Tout les trahit: leur regard, leur démarche, leur silence même. Quel est donc votre secret pour éviter ces révoltes dont on parle tant Outre-Atlantique? - Il n'y a point de secret, cher ami; les rares émeutes que nous avons connues à ce jour, ont été fugaces comme les feux follets de nos petits cimetières toulonnais. Ils craignent de s'aventurer trop loin dans des soulèvements rendus fragiles par leur désunion. - Et toutes ces tueries que relatent les journaux là-bas? Qu'en est-il vraiment? - Vous ne me croirez pas, mais les journaux retardent l'avancée européenne dans ces généreuses contrées. Il reste encore de la place, beaucoup de place pour ceux qui ne redoutent pas l'aventure. - L'aventure, cher ami, peut mener à bien des plaisirs, mais mon expérience me dit que l'aventure sur ces terres vous mènera tous au désenchantement. - Si tous les hommes étaient comme vous, cette terre serait désolée, bonne à faire paître des ànes et des mulets. Mais où sont donc les conquérants de demain? Mon cher Fontin, j'ai parcouru l'Amérique dans

-

-

11

tous les sens, et partout les esclaves m'ont paru sournois et calculateurs. On voit que vous ne connaissez pas ceux-là, ils mangeraient dan.s ma main. Fil ! L'esclave s'était retourné.

-

La nuit vient de tomber. Un maigre filet de s'échappe de quelques cours; le feu va mourir braises font entendre un dernier crépitement. Fil, chaque soir, a quitté sa case et se dirige vers un d'hommes et de femmes assis en cercle à même

Un

({

chaltouné

»1

calé entre deux pierres, jette sa

fumée et les comm,e groupe le sol.

lueur brutale. Une voix de femme chante une complainte, tandis que d'autres voix lui répondent en chœur. Puis, c'est

le
«

({

bel-è », voix chaudes et tam-tam qui, libérés des
déchirants, dans la nuit qui déferle:
De porter ce fardeau! Répondeurs, avec moi! Nous en avons assez De supporter ce joug. Le joug du Sieur Fontin, Le fouet du Sieur Fontin, Nous devons en finir, Répondeurs, avec moi!»
« Nous

ventres, s'élancent,

F6 nou dépozé chaj ! Répondè bay la vwa ! Nou ja las p6té jouk Jouk a misié Fontin Fwet a misié Fontin F6 nou fin èvè sa!

Nou ja las p6té jouk!

en avons assez

Répondè bay la vwa ! »

Fil a levé les bras, et au milieu du groupe, il danse à se fendre les talons. Un autre danseur s'est joint à lui, et les deux hommes, les mains posées contre le front tournent en rond, trépignent, se baissent, se relèvent et rient, rient, imprimant à leur taille un ingénieux déhanchement tandis que la sueur fait briller les corps à la lueur du chaltouné ».
({

1. Chaltouné 12

: torche.

.

Fil I Oh Fil I Sans répondre, l'homme se dirige vers la voix qui le hèle dans la nuit, vers sa case. - Fil I c'est une petite fille. Mangana est allongée dans une faible clarté; elle serre contre elle un petit corps qui s'agite et qui braille. Une femme hurle à tous vents: Par ici, tous I Mangana vient de nous donner une fille I

-

-

«

A la nouvelle, le groupe s'est rué vers la case, le bel-è » s'est tu. Fil regarde sa compagne qui, sans mot

dire, lui tend l'enfant. IlIa soupèse, palpe ses mains, ses pieds, lance cette petite boule dans l'air, avant de la déposer dans d'autres bras, et chacun refait les gestes de Fil, comme pour s'assurer d'une parfaite constitution. Dehors, le tam-tam a repris de plus belle. Fil danse à en mourir; il tient le bébé serré contre son cœur. Peau contre peau. Autour d'eux, les hommes et les femmes entonnent des improvisations joyeuses:
«Nou ja las p6té jouk F6 nou dépozé chaj Timoun an nou dwet lib Répondè bay la vwa Pitit an nou dwet lib é nonm an nou dwet lib Madanm an nou dwet lib F6 nou fin épi fwet «Nous
Du joug

en avons assez

Pas nou pa fèt pou sa I »

Nos enfants doivent être libres Répondeurs, avec moi! Nos enfants doivent être libres Et nos hommes aussi. Nos femmes doivent être libres, Nous devons en finir Nous ne sommes pas faits pour le fouet!»

et du fardeau!

Entre Fil et Mangana, fleur sauvage; elle a brousse, et à douze ans, en bouton, Mina éclate

leur fillette grandit comme une le regard profond comme une la fleur n'en pouvant plus d'être et s'épanouit brusquement. 13

Au petit jour, elle accompagne ses parents chez les maîtres; la cuisine n'a guère de secrets pour elle, et c'est déjà une jolie jeune fille. M. Fontin l'a choisie comme femme de chambre, et c'est elle qui le sert à

table.

.

Ma petite, tes parents ont bien de la chance! Immobile près de la table, Mina baisse le regard. Le maître ne parle jamais à ses gens sur ce ton; son père l'a d'ailleurs _mise en garde: Ne te laisse pas faire! lui a-t-il dit, lorsque M. Fontin l'a engagée pour son service personnel. M. Fontin s'est levé; il a rapproché son visage de la jeune fille; elle sent maintenant sur sa joue le souffle brûlant de l'homme; elle entend sa respiration qui se cherche bruyamment un passage à travers la broussaille des narines; il ne respire pas, il siffle, il halète, il implose; sa grosse main se pose sur la poitrine de Mina. Laissant tomber la carafe qu'elle tenait, elle s'enfuit.

-

-

- Il n'aura pas ma fille! Ça, jamais! Je le tuerai plutôt! - Oui, et nous sommes tous avec toi, Fil ! - Il faut le tuer! Il faut les tuer, tous! Nos femmes et nos filles en ont assez de leur bave! Et c'est une longue file d'hommes et de femmes en furie qui se dirige vers l'habitation du maître. Les hommes ont pillé le hangar aux outils; au passage, une torche lancée par un bras décidé a incendié le parc à bestiaux. Des sabots martèlent la nuit; des meuglements, des hennissements s'éparpillent et dans l'air surchauffé monte une odeur de roussi, de grillé, de paille et de chair qui se consument. Fil marche en tête, Mangana est à ses côtés. M. Fontin a vu venir les assaillants, il les attend, debout sous sa

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véranda. La carabine qu'il tient n'impressionne pas les hommes. Cependant, Fil s'arrête et repousse sa compagne : - Femme I ne te fais pas tuer! Si tu dois mourir, je veux mourir avec toi! A leurs côtés, deux hommes sont tombés. M. Fontin tire encore et Fil s'écroule aux pieds de Mangana ; et comme pour réunir ceux qu'il a marchandés, achetés, exploités, il tire au cœur de Mangana.

-

L'Habitation Fontin a repris son animation coutumière, comme un essaim de mouches à miel qui ne s'apaiserait qu'avec le coucher du soleil. Puis, un matin d'avril, des hommes arrivèrent essoufflés sur la petîte place; ils disaient que tous les esclaves étaient libres désormais. Libres de manger, de dormir, de travailler quand ils le voudraient, libres de parler devant les maîtres. L'un d'eux faisait des gestes larges, indiquant de ses mains ouvertes, les mornes et les bois environnants. Il criait à s'époumonner : Tous nos marrons reviendront: ceux des mornes,

ceux des bois, ceux des coulées 1 reviendront vivre parmi

-

nous. Quelle joie, mes amis! Aujourd'hui le nègre pourra marcher fort, à faire trembler cette terre qui remplaça la sienne. Il pourra crier fort le nom de ses pères... s'il s'en souvient encore, car tant de générations passées ont vu nos noms s'envoler en fumée 'ou s'effriter dans notre mémoire. Nous ne sommes plus fils d'untel, roi de telle contrée, nous ne sommes plus ces enfants de la forêt qui couraient sous les grands arbres et dans les plaines, qui dansaient pour la joie, qui dansaient pour la peine. Nous ne reverrons plus le pays de
1. Coulées: vallées. 15

nos pères, ce vaste et beau pays où coule une eau tranquille, où souffle un vent si doux. Nous ne serons jamais de hardis piroguiers comme là-bas nos frères, sur les fleuves sans fin. Mais aujourd'hui, nous sommes libres, car nous avons gagné, gagné la grande bataille pour la liberté.

Non loin de l'habitation Fontin, se dressent, arrogantes, les cheminées de l'Usine Delag. M. Armand Fidélio, le patron, au caractère bourru et à la fortune considérable, n'est guère apprécié du cercle des gros propriétaires. De retour de tournée dans ses cannaies, il contemple, du haut de son cheval, le spectacle du soleil disparaissant derrière l'immensité des champs de cannes. Au loin, se profilent les toits de l'habitation Fontin. Il avait quelquefois entrevu la possibilité d'acquérir ce domaine, si M. Fontin se décidait à regagner un jour la France, mais c'était sans convoitise. Sa propriété s'était agrandie chaque fois qu'un planteur, lassé de sa vie insulaire, allait ailleurs refaire fortune. Autour de lui, c'est déjà la petite nuit grise, les grillons entament leur musique lancinante. Il se sent envahi par une bouffée de mélancolie. Il devra bientôt quitter cet univers pour revoir son pays. En proie, depuis la mort de sa femme, à l'abattement, deux années de veuvage ont ravagé ses traits et miné sa santé. Seul un retour au pays natal peut retaper un planteur, car l'atmosphère de la métropole engendre bien vite une angoisse tenace chez ces hommes qui sont devenus des fils naturels du soleil, et la nostalgie des îles précipite leur retour sur les plantations. - Va voir ta famille là-bas, cela te fera du bien, lui avaient conseillé ses rares amis. 16

Il s'était alors décidé. Lorsqu'il regagna sa maison, la nuit était complètement tombée. Dans la salle à manger, le couvert était dressé, et Mina, le foulard en pointe, s'ingéniait à faire des jeux de hanche p'Our c'Ont'Ourner la table 'Où fumaient les plats. Depuis l'émancipation, les hommes et les femmes se réunissent rarement pour chanter le « bel-è» ou dânser la «calenda ». La petite place commune est déserte; c'est là que résonnaient, le soir venu, les rires et les plaintes. Seuls les vieux s'attardent enc'Ore au seüil de leur case, apportant de leur voix au timbre éraillé quelques notes fantastiques ou gaies, inflexibles griots qui rassemblent les enfants et les frères nostalgiques. Les hommes ont quelquefois acquis, au prix d'économies héroïques, un petit lopin de terre au ventre reconnu stérile. Ils y passent leurs journées, sarclant, retournant les mottes rebelles, arrachant à la pierraille sa dernière goutte de vigueur. Les femmes, quand elles ne travaillent pas dans les champs, s'affairent autour :des canaris 1 qui ronflent, entretiennent les enfants qui ne demandent qu'à lever. On eût dit que chacun utilisait sa vie à rattraper le temps perdu. Le passé s'est enfoui jusque dans les abysses de l'âme et, dans la sueur saine et légitime, on noie le spectre de la géhenne physique et spirituellè. On travaille: labeur du père, labeur du peuple qui découvre la vie et se presse de la vivre. Et ce peuple, jadis t'Ourné vers le culte des ancêtres et l'év'Ocation du passé, s'obstine à défier un avenir hypothétique et plus sombre qu'un gouffre. Mina ne s'attarde jamais, le soir, chez M. Armand,
1. Canari: marmite. 17

car elle sait qu'au seuil de leur case les vieux ont commencé les contes et les histoires vraies qui font rire ou pleurer. Merveilleux récits qui vantent la lointaine Afrique où vivent des nègres qui n'ont jamais connu la servitude. Souvent, le conteur ferme les yeux, et demande le silence. pour «voyager ». Dans ses pèlerinages, il rencontre Fil et d'autres frères valeureux tombés pour la liberté; ou bien, c'est un frère vivant dans les savanes africaines, qui l'interpelle et l'exhorte au souvenir de son peuple lointain. La voix du conteur est déchirante lorsqu'il entrecoupe ses récits de mélopées tendres et douloureuses qui rythment ou bercent les rêves de son auditoire. Plus rarement, le conteur parle du pays des maîtres. C'est un pays par-delà la grande mer qu'on appelle océan, un pays sans soleil ni champs de cannes. Les gens y ont la peau blanche, plus blanche encore que celle des maîtres qui ont gagné le hâle des tropiques. Il y fait si froid que les maisons en pierre ne suffisent pas à protéger les hommes. Il n'y a pas d'herbes, pas de boue, aussi les gens y ont-ils la plante des pieds rose et molle. Les vieux nomment ce pays «La Fwance ». Mina rêve de ce pays, elle éprouve à chaque récit une troublante fascination. La veille de son départ, M. Armand avait fait venir Mina: J'ai décidé de t'emmener! Partir dans cet endroit fantastique, sans champs de cannes épuisants, et surtout sans cette boue sombre et grasse qui vous emprisonne les pieds à la moindre pluie, partir loin des champs de cannes, des machettes, des lamentations, de la sueur, partir pour la France, c'était pour Mina la réalisation d'un rêve à peine ébauché.

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