Petite histoire de la grande France

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Publié le : mardi 27 mars 2012
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EAN13 : 9782296186361
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PETITE

HISTOIRE FRANCE

DE LA GRANDE

DU MEME AUTEUR: Initiation aux faits économiques et sociaux, Fernand Nathan, 10 volumes, 1967 à 1971.

Les Institutions Masson, 1977.

spécialisées

des Nations

Unies,

Les D.O.M.-T.O.M., Presses Universitaires de France, Collection Politique d'aujourd'hui, 1988.

Maquette

de couverture:

Guy Darbon

Jean-Luc MATHIEU

PETITE

HISTOIRE FRANCE

DE LA GRANDE

Les origines de l'outre-mer français

L'aribeennes

,.ç- ditipns

5, rue Lallier 75009 Paris

@ Editions Tous droits de traduction, réservés ISB~

Caribéennes,

1989.

d'adaptation et de reproduction pour tous pays. 2-87679-045-9

CHAPITRE

1

SURVOL DES COLONISATIONS FRANÇAISES L'outre-mer français actuel, c'est le résidu d'une longue histoire coloniale, qui a duré plus de quatre siècles. Plus précisément, c'est ce qui reste de deux grandes vagues colonisatrices: - la «course aux épices» qui, débutée au XVIe siècle, s'est terminée avec la perte de la majeure partie du premier empire colonial français,en 1763, sous Louis XV; - le siècle impérialiste qui a commencé en 1830 et qui a culminé vers 1930, la perte de ce second empire colonial s"achevant vers 1954-1962. Depuis « l'évaporation» de la « Communauté », peu après sa création, le processus d'indépendance s'est poursuivi ensuite dans plusieurs territoires d'outre-mer. Depuis l'indépendance du Condominium franco-anglais des Nouvelles-Hébrides, l'outre-mer français n'est plus constitué, 'en 1989, que 7

Territoires d'ou1 : Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion pour les D.O.M., Polynésie Française, NouveIle-Calédonie et dépendances, Wallis-et-Futuna, Terres Australes et Antarctiques françaises (T.A.A.F.) pour les T.O.M., Saint-Pierre-et-Miquelon, Mayotte pour les Collectivités territoriales. Les pages qui suivent entendent en rappeler les origines et, en remontant dans l'histoire, tenter d'éclairer les racines de certaines de leurs difficultés actuelles: atrophie économique, crispation traditionnelle des colonisateurs sur leurs intérêts à courte vue, tensions ethniques parfois, etc.

de dix départements

d'outre-mer,

tre-mer et Collectivités territoriales

1. Auxquels l'auteur a consacré un ouvrage: «Les D.O.M.T.C.M. », P.U.F., collection Politique d'aujourd'hui, 1988.
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LE PREMIER EMPIRE FRANÇAIS: CELUI DE LA MONARCHIE D'ANCIEN REGIME A. Une expansion progressive C'est à l'époque de François rr que des Français se sont lancés à la découverte des terres de l'océan Atlantique, domaine que l'Espagne et le Portugal avaient entendu se réserver depuis la bulle papale
«

Inter Coetera» (1493).

En 1534, Jacques Cœur partit à la recherche d'un passage occidental vers les « pays des épices» et c'est ainsi qu'il débarqua au Canada. Mais la France n'installa pas d'établissement permanent en Amérique du Nord, avant que Samuel de Champlain ait atteint la « Nouvelle-France)} (1603), convaincu Henri IV d'y créer une colonie, et fondé Québec en 1608. Si, en 1626, sous la Régence de Marie de Médicis, Richelieu était chargé de la navigation et du commerce, ses objectifs furent plus politiques qu'économiques : il voulait moins conquérir des terres que faire pièce à ses rivaux Anglais, Espagnols et Hollandais, dont il cherchait avant tout à menacer les possessions d'Amérique. La domination du roi de France sur ces terres lointaines n'était qu'un moyen dans ce jeu d'échec international. Mais la colonisation de terres nouvelles, sous-produit de la stratégie française, fut cependant une aubaine pour certains hommes d'affaires, marchands et conquérants. Le pouvoir confia en effet la charge de cette

expansion à de

«

grandes compagnies» commer9

çantes, auxquelles il octroya des privilèges et, chacune dans une zone géographique déterminée, un monopole. C'est dans ces conditions que des intérêts français prirent possession de plusieurs Antilles dont la Guadeloupe, la Martinique et la partie occidentale de Saint-Domingue (l'actuelle Haïti). Au XVIIesiècle, les colons des Antilles y faisaient cultiver la canne à sucre. Pour ce faire, il leur fallait une main-d'œuvre qui manquait localement, ce qui les conduisit à se porter acquéreur d'une maind'œuvre servile qu'ils firent venir d'Afrique. Et c'est pour fournir ces esclaves que des intérêts français se firent céder des «places» le long de la côte d'Afrique occidentale, en particulier à l'embouchure du Sénégal. Pendant cette période, les colons de la NouvelleFrance (Canada) s'enracinaient, sans que l'implantation prenne vraiment son essor. Si Mazarin se désintéressa complètement de la colonisation, il n'en fut pas de même de Colbert qui eut un dessein économique: créer des annexes capables de procurer à la France ce qui, en raison de son climat, lui manquait. Au projet avant tout politique de Richelieu succéda le projet avant tout commercial de Colbert. La France étendit alors son domaine: - antillais avec l'île de Tobago (cependant que l'occupation de la partie occidentale de SaintDomingue fut consacrée, en 1697, par le traité de Ryswick et que la production de sucre de canne se développa considérablement). - africain à l'emplacement actuel du Sénégal, pour pouvoir notamment intensifier la traite indispensable au développement sucrier des Antilles;
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-

nord-américain, grâce aux conquêtes entreprises par Cavelier de la Salle. Puis, notamment grâce au point d'appui sénégalais, la flotte française étendit ses incursions, en contournant le sud de l'Afrique et créa des bases à Madagascar, à l'île Bourbon (1671) qui deviendra la Réunion, puis en Inde, à Pondichéry (1673) puis à Chandernagor. Pendant la fin du règne de Louis XIV, la pénétration française s'affirma au Sénégal, en Inde et s'esquissa à Bangkok. Ainsi, l'Empire, essentiellement américain, commençait aussi à s'étendre en Afrique et en Asie où la France allait aussi se heurter à l'Angleterre, ajoutant ainsi un nouveau champ de rivalités. B. Une régression radicale
Pendant plus de cent ans, Français et Anglais, seuls ou, généralement avec des alliés, se sont combattus pour la prééminence en Europe, pour la domination des mers et pour la possession des colonies. Dans ces incessants conflits, la France a perdu la majeure partie de son Empire. Par certains des traités signés à Utrecht entre 1712 et 1715, qui mirent fin aux guerres de succession d'Espagne, Louis XIV dut céder à l'Angleterre une Antille (Saint-Christophe) et une partie importante de la Nouvelle-France - à savoir: la baie d'Hudson, l'Acadie et Terre-Neuve tout en conservant le droit pour les pêcheurs français de continuer à pêcher et à faire sécher leur poisson sur les côtes. L'Angleterre fut le principal bénéficiaire des traités d'Utrecht qui marquèrent clairement le début

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de deux siècles d'hégémonie maritime, commercialeet même politique, sur le monde. Mais la France dut aussi abandonner au Portugal une partie de la Guyane, qui fut rattachée au Brésil. Néanmoins, en 1715, le domaine colonial français était plus vaste encore que celui de l'Angleterre. Et sous le règne de Louis XV, il continua à s'étendre: à la Nouvelle-Orléans, au sud des actuels Etats-Unis, à Sainte-Lucie, en Afrique occidentale, dans l'océan Indien où l'île Maurice, abandonnée par les Hollandais, devint en 1715 l'île de France (les îles Bourbon et de France constituant, avec Rodrigues, l'archipel des Mascareignes) et surtout en Inde où, sous la direction de Dupleix, l'influence française s'étendit à la fois par la création de nouveaux « établissements» et par l'extension d'un véritable protectorat sur de vastes espaces, par l'intermédiaire de la Compagnie des Indes Orientales. Le traité signé à Paris en 1763 mit fin à la guerre de Sept Ans et consacra une nouvelle victoire de l'Angleterre sur la France et l'Espagne, battues sur les mers et dans leurs colonies. La France y perdit pratiquement tout son empire: - presque toute la Nouvelle-France (Ie Canada) dont elle ne conserva que les îles Saint-Pierre-etMiquelon ainsi qu'un droit de pêche à TerreNeuve et dans l'estuaire du Saint-Laurent; - l'ensemble de ses terres à l'est du Mississipi (la Louisiane sauf la Nouvelle-Orléans) ; - Plusieurs Antilles: la Dominique, la Grenade, Saint-Vincent et Tobago; - le Sénégal sauf l'île de Gorée; - toute son emprise aux Indes sauf cinq comptoirs : Pondichéry, Chandernagor, Karikal, Yanaon et Mahé. 12

D'UN EMPIRE A L'AUTRE

A. La monarchie
Au traité de Paris (1763), la France ne conservait que quelques bribes de son vaste empire: moins de 40 000 kilomètres carrés peuplés de moins de 400 000 habitants. Aux traités de Versailles qui mirent fin, en 1783, à la guerre d'Indépendance des Etats-Unis d'Amérique, la France, qui avait participé au conflit contre l'Angleterre obtint: - d'ajouter à ses Antilles, dont l'économie était alors des plus florissantes, l'île de Tobago, perdue vingt ans plus tôt; la restitution de comptoirs au Sénégal; - et l'extension de ses droits de pêche à TerreNeuve. Les premières implantations françaises, dans l'océan Pacifique, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, ont eu pour origine les découvertes d'explorateurs qui n'avaient, officiellement, que des préoccupations d'ordre scientifique: étendre les connaissances de l'humanité sur le monde. Mais on sait que mission avait été donnée, par exemple, à Bougainville, de prendre possession des terres qu'il découvrirait et qui auraient un intérêt commercial. Là encore, la France se heurta à l'Angleterre dont les navigateurs, bientôt suivis de missions religieuses, constituaient également l'avant-garde d'une nouvelle vague colonisatrice. Ainsi la France prit-elle possession, en 1768, de la Nouvelle-Cythère (l'actuelle Tahiti).

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1;3

A la fin de l'Ancien Régime, les Antilles furent les seules possessions françaises à connaître, sur le plan économique, un véritable essor. On y produisait du sucre, du tabac, du café, du coton et de l'indigo, fort prisés en métropole, dans le cadre de « plantations », grands domaines possédés par des Blancs, ou parfois des mulâtres qui employaient une abondante main-d'œuvre servile. On estime qu'en 1789,les échanges entre la France et ses colonies antillaises étaient égaux aux deux tiers des échanges de la France avec les pays étrangers; c'est dire les fabuleuses richesses qui provenaient de ces «isles ». A partir de 1759, les Antilles furent dotées de chambres professionnelles consultatives nommées par le Roi et elles eurent un représentant officiel à Paris. En 1787, des Assemblées coloniales, qui n'eurent pas le temps de fonctionner y furent créées. Elles devaient avoir un pouvoir essentiellement en matière fiscale. Ailleurs, le « bilan» était mince: - toutes les tentatives de mise en valeur avaient échoué en Guyane; aucun développement économique n'était notable aux Mascareignes; - Saint-Pierre-et-Miquelon ne constituait guère qu'une base pour pêcheurs.

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B. La République et l'époque napoléonienne On estime qu'au début de la Révolution, les esclaves noirs étaient environ: - 25 000 à Bourbon, - Il 000 en Guyane, - 90000 en Martinique, 14

à Saint-Domingue. Partout, ils étaient en nombre bien plus important que les colons blancs. Au moment de la Révolution, les colons blancs à Bourbon île déserte lorsqu'ils y abordèrent, au XVIr siècle devaient être environ 6000. En Guyane, Choiseul avait tenté une grande entreprise de peuplement pour que ce territoire puisse approvisionner les Antilles en denrées alimentaires (afin que celles-ci soient encore plus consacrées aux « épices ») et en bois. Des milliers de colons y furent envoyés; beaucoup moururent et certains furent rapatriés. Aux Antilles, la population blanche, à la fin de l'Ancien Régime atteignait environ 60000 personnes dont la moitié à Saint-Domingue. Une classe riche et puissante, extrêmement minoritaire, dominait. Des «petits Blancs» constituaient une paysannerie libre, ainsi qu'une classe moyenne d'artisans, de commerçants et d'employés, tous peu nombreux. La masse des Noirs était assujettie. Cette société inégalitaire, fort hiérarchisée, a été ébranlée par des révoltes au cours de la période révolutionnaire. Comme les régimes révolutionnaires - Constituante et Législative - n'acceptèrent d'accorder des droits politiques qu'aux colons blancs et à une toute petite minorité d'hommes de couleur affranchis, des révoltes violentes se développèrent aux Antilles, où la majeure partie de la population était constituée d'esclaves. La Convention abolit alors l'esclavage (4 février 1794) et préconisa une étroite assimilation des colonies à la République (c'est-àdire l'uniformité du droit), mais la persistance des troubles rendit ces décisions inapplicables. La

- près000 en demi-million 93 Guadeloupe, et d'un --

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Constitution de l'an VIII abolit cette proclamation d'assimilation et posa comme principe que des lois spéciales détermineraient le régime des colonies françaises, rejetant donc également toute autonomie. En 1802, le décret d'abolition de l'esclavage fut rapporté, ce qui relança l'insurrection à SaintDomingue. A partir de 1793, la France dut défendre ses colonies - en particulier les Antilles, source d'une importante richesse - contre l'Angleterre. Sauf la Martinique et la Guadeloupe, elles furent successivement perdues et reprises. Si, au traité d'Amiens (1802) la France semble avoir sauvé ses colonies, en fait, elle a perdu l'un de ses plus importants fleurons: Saint-Domingue 1. Sous Napoléon r', les possessions d'outre-mer s' effri tèren t : - ce qui restait de la Louisiane française fut vendu aux Etats-Unis en 1803 ; - après la défaite de Trafalgar, les autres possessions furent perdues les unes après les autres. Le traité signé à Paris en 1814 consacra la victoire des Alliés sur la France napoléonienne dont le territoire métropolitain fut, grosso modo, rame-

né à ce qu'il avait été en 1792 a cependant qu'elle

1. L'essor économique de cette colonie française (la partie orientale de l'île avait été colonisée par les Espagnols et l'île ne fut unifiée que de 1795, quand l'Espagne céda sa partie de l'île à la France, à 1808, lorsqu'elle la reconquit), la plus riche de toutes les Antilles, s'était opérée dans le cadre d'une stratification sociale rigoureuse qui conduisit les Noirs à se révolter en 1791, sous la direction de Toussaint Louverture. Pendant treize années, marQuées d'occupations anglaises, de défaites françaises, de règlements de comptes et d'une véritable guerre sociale, la France ne réussit pas à conserver une souveraineté, autre que nominale, sur cette ne qui proclama son indépendance en 1804. Le rétablissement de l'esclavage, par Bonaparte, en 1802, en est la cauSe principale après l'égoisme de la classe dominante locale. 2. Alors que la France subit un véritable recul territorial au second traité de Paris, en 1815.

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