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Phnom-Penh

De
143 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1997
Lecture(s) : 64
EAN13 : 9782296327634
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PHNOM PENH LA DOUCEUR ASSASSINE

GÉRARD SAINT-LOUP

PHNOM PENH LA DOUCEUR ASSASSINE

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattanlnc 55, rue St-Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9

@ L'Harmattan, ISBN:

1997 2-7384-4738-4

A Jacques

Laverne,

à Sam et aux victitnes du génocide

Le vol s'était vidé à Bangkok et il ne restait plus que quelques passagers qui, de gré ou de force, se retrouveraient bientôt plongés au cœur des incertitudes d'un pays en guerre. Le Boeing s'enfonçait dans des nuages de
. mousson

et, chaque fois qu'il traversait

une

couche plus épaisse, il était pris de soubresauts tandis que la cabine, par alternance, plongeait dans la lumière ou dans l'obscurité que crachaient les hublots. Il y eut quelques brefs éclairs et, soudain, le paysage apparut. C'était une gigantesque étendue d'eau rougeâtre, le Mékong, d'où n'émergeaient que quelques îlots. Les passagers n'ayant encore jamais atterri à Phnom Penh purent, quelques instants, se demander où se poserait l'appareil. Philippe, en habitué de la ligne, chercha des yeux les collines d'Oudong, l'ancienne capitale royale. Elles surgirent bientôt, en même temps que les rizières et les palmiers à sucre. Il devinait, se~és autour de leurs pagodes et à demi masqués par des arbres fruitiers, les villages aujourd'hui abandonnés. L'avion piqua soudain d'une manière inhabituelle, mais Philippe savait ce que cela signifiait. Un pilote, rencontré au bar de l'hôtel Royal, lui avait expliqué que les Khmers rouges étaient depuis plusieurs mois au bout des pistes et qu'il fallait descen7

dre au tout dernier moment, plonger au-dessus de l'aéroport, pour échapper à leurs tirs. L'appareil roulait maintenant sur la piste et la pluie cinglait les hublots. Dehors, les arbres ployaient sous les rafales, nimbés dans une sorte de buée. A quatre heures de l'après-midi, la lumière était d'un gris jaunâtre, presque crépusculaire. Il fallut attendre la passerelle pendant plusieurs minutes et les touffeurs tropicales s'engouffrèrent peu à peu dans la cabine. Les passagers ne manifestaient pas d'impatience. Peut-être voulaient-ils profiter encore de l'air conditionné, de ce temps suspendu que sont souvent les voyages. Philippe se demanda si son message était arrivé à temps, si quelqu'un serait là pour l'attendre. Sinon, il lui faudrait prendre un taxi, discuter, s'énerver. L'avion commença à se vider. Lorsque Philippe passa la porte, la pluie avait cessé. Il reçut en plein visage une bouffée de chaleur. L'eau, sur le tarmac, commençait à s'évaporer. Les formalités furent vite expédiées, mais les bagages tardèrent à arriver. Comme Philippe l'avait craint, personne de son organisation n'était là pour l'accueillir. Il y avait, du reste, peu de gens qui attendaient les autres passagers. Dans le lointain, le canon grondait, mais ce pouvait être aussi bien l'orage. Philippe entendit quelqu'un dire que, la veille, il y avait eu des tirs de roquettes. Tout le monde semblait maintenant pressé et il ne fallut pas longtemps pour que l'aérogare soit vide. Philippe ne trouva pas de taxi. Il pleuvait de nouveau. Le garçon ne transportait qu'un gros sac. Il se décida à marcher jusqu'à la nationale, il y passerait bien un cyclo. Mais aucun, aujourd'hui,n'avait voulu s'aventurer jusqu'à Pochentong. Il

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n'aperçut que quelques paysans qui, trempés, leur araire sur l'épaule, revenaient des rizières. Philippe se voyait mal marcher des kilomètres sous cette pluie battante. C'était pourtant la seule solution, puisqu'un dimanche, il n'y aurait personne au bureau de son ONG. Il entendit le crissement de pneus sur l'asphalte mouillée et une voiture s'arrêta à sa hauteur. De la vitre baissée, surgit le visage d'une femme cambodgienne. - Ce n'est pas un temps pour se promener, Monsieur! - On n'a pas toujours le choix. - Ne me dites pas que vous descendez de l'avion, ce serait dingue! - Je ne suis pourtant pas tombé du ciel. - C'est votre premier voyage au Cambodge? - Non, j'y travaille depuis le début de la guerre. - J oumaliste ? - Non, médecin, j'appartiens à Terre sans frontières. - Et vous allez à Phnom Penh? - Je crois bien, mais... - Ne craignez rien, je ne suis pas une prostituée, une « taxi» comme on les appelle ici. J'enseigne le français à l'Université. J'étais allée chercher mon petit frère, mais il a dû rater son vol. Je suis donc libre comme l'air et je peux vous emmener où vous voudrez. Elle avait dit cette dernière phrase dans un large sourire. Elle ajouta: - En tout bien, tout honneur, bien entendu. Mon nom est Sévany. Montez, Monsieur! Monsieur comment déjà? - Philippe. Philippe Morton. Je suis Français, mais mon grand-père était Britannique. Il 9

était négociant en vin, avait épousé une Française et s'était fixé en Touraine. Philippe se demanda pourquoi il parlait de son grand-père, là, sous ce déluge. Mais c'était toujours comme cela quand il était un peu perplexe, il se raccrochait à des histoires de famille, des racines plus ou moins réelles. - Eh bien, docteur Morton, montez donc, vous allez mouiller vos cachets d'aspirine. Sous l'ironie, perçait un léger agacement. - Je vous ai déjà dit que je ne suis pas une prostituée. Grimpez, qu'est-ce que vous attendez? Philippe ouvrit la portière arrière, y jeta son sac et s'installa à côté de la conductrice. - Alors, je vous emmène où ? - J'habite au Bassac, l'immeuble gris en bordure du Mékong. - Dans ce cas, nous sommes presque voisins. Mes parents ont une maison dans le quartier, derrière la pagode Lanka. Malgré la tempête, Sévany décida de prendre le chemin des écoliers. Ils passèrent par le quartier résidentiel de Toueul Kauk, longèrent le stade Lambert et s'engagèrent sur le boulevard Monivong au niveau de l'ambassade de France. Sur la gauche, Philippe aperçut ce qui restait du pont construit par les Japonais, qu'un commando Khmer rouge avait fait sauter quelques jours auparavant. Deux sentinelles gardaient la rampe qui ne menait plus maintenant qu'aux tourbillons des eaux du Tonlé Sap. Devant l'ambassade, abrités sous de grands morceaux de plastique, des enfants de militaires vendaient, à la bouteille, l'essence que leurs pères, en mal de solde, siphonnaient dans les tanks, les jeeps ou les camions. Le boulevard Monivong était pratiquement désert, parcouru 10

seulement par quelques rares cyclos. Leurs passagers s'abritaient des bourrasques comme ils le pouvaient en obstruant l'avant du véhicule, dont la capote était rabattue, avec des bâches ou des parapluies. Au niveau du marché central, on rencontrait un peu d'animation autour des bars et des hôtels que des entrées grillagées protégeaient des lancers de grenades. Des gamins de commerçants chinois, à demi nus, s'amusaient sous la pluie en sautant dans les flaques. A l'abri des auvents, les marchandes de soupe, imperturbables, continuaient à touiller leurs tambouilles. Lorsqu'ils arrivèrent au lycée Yukanthor, Sévany obliqua vers la gauche, en direction du fleuve et de l'immeuble du Bassac. La pluie cessa, les nuages se dispersèrent rapidement et les demiers rayons du soleil baignèrent la tour néo-angkorienne du Monument de l'Indépendance dans une lumière rose. Sur l'esplanade qui conduisait au Mékong, devant la maison de la vieille Reine, quelques fleurs s'accrochaient encore aux flamboyants. Les ravenalas déployaient leur éventail luisant de pluie, les cannas multicolores se remettaient des assauts du vent. - Eh bien, docteur, je crois que vous êtes arrivé. Je ne voudrais pas m'imposer à quelqu'un qui vient de faire un aussi long voyage, mais ce serait dommage de nous perdre immédiatement de vue. J'ai invité quelques amis samedi soir. Ne voudriez-vous pas vous joindre à nous? Ce sera très simple. Juste quelques bricoles à manger et un peu de musique. Les temps ne sont plus aux fastes. Phnom Penh a dû encore changer depuis que vous êtes parti. Vous étiez en congé, je suppose? Il

- Non. Un deuil familial, mais j'en ai profité pour souffler un peu. J'ai même beaucoup tiré sur la ficelle. Je viens de passer deux mois en France. Cela vous explique que personne ne m'attendait. - Même pas une petite fiancée cambodgienne. D'habitude, elles sont plutôt collantes. J'en connais une qui s'était trouvé un jeune . coopérant militaire. Il a filé à la française, mais
depuis six mois, elle est à toutes les arrivées d'avion venant de Paris. Philippe était maintenant amusé. Sévany paraissait bien différente des autres cambodgiennes qu'il fréquentait, du moins du stéréotype qu'il s'en était fait: la femme asiatique réservée, douce, soumise peut-être? Celle-ci semblait savoir ce qu'elle voulait, et bien qu'elle ne fût pas vraiment jolie, elle ne manquait cependant pas de channe: de petits yeux pétillants, des cheveux de jais, un sourire qui découvrait une dentition dont la blancheur étincelante contrastait avec le bronze de la peau. Légèrement potelée, elle était très élégante dans son sampot de soie et son chemisier brodé. Après un instant d'hésitation, Philippe accepta l'invitation. Sévany ouvrit un petit sac à main noir vernissé, fouilla dans une des poches intérieures et en sortit un plan photocopié. - Comme je vous l'ai dit, nous sommes presque voisins. Et avec ça, vous ne pouvez pas vous tromper. Samedi vingt heures. Et surtout, n'apportez rien. Malgré l'inflation, je ne suis pas encore totalement fauchée. Elle descendit, ouvrit la portière arrière, sortit elle-même le sac qu'elle déposa sur le trottoir, remonta prestement dans sa voiture et démarra en trombe. Il était incontestable qu'elle

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savait ce qu'elle voulait, se répéta Philippe en souriant. Le jeune médecin arriva dans un appartement vide. La tiba avait sans doute profité de son absence prolongée pour aller passer quelques jours chez son neveu, de l'autre côté du fleuve, dans le village d'Ariksat. Les cancrelats et les margouillats s'étaient rendus maîtres des lieux. Philippe trouvait les premiers dégoûtants, blattes monumentales friandes de poussière et d'humidité, mais éprouvait plutôt de la sympathie pour les seconds, ces lézards translucides qui gloussaient dans leurs cachettes et pondaient de petits oeufs blancs derrière les livres de la bibliothèque. Il posa son sac sur la table basse du salon et entreprit de balayer les cadavres d'insectes. Comme, ce soir-là, l'électricité n'était pas coupée, la pompe de l'immeuble avait fonctionné et, tout à l'heure, après avoir un peu reconquis son territoire, il pourrait prendre une bonne douche tiède. Il se mit un instant au balcon donnant sur le Mékong et, alors que soufflait une légère brise apportant les senteurs d'une fabrique de cigarettes, il put profiter des demiers reflets du couchant sur le fleuve immense qui se séparait en quatre bras dont les eaux rougeoyantes viraient progressivement au violet, puis au noir d'encre. Accrochée à l'une des rives, Phnom Penh avait été l'une des plus belles villes de l'Asie du Sud-Est, mais avec la guerre, sa beauté partait au rythme des moussons. Dans les parcs, on arrachait l'écorce des arbres pour faire du feu, les tamariniers centenaires attrapaient la maladie et, un beau jour, ils tombaient tout seuls au moindre souffle. Ces chutes impressionnaient beaucoup les vieux qui y lisaient un 13

mauvais présage. La foudre avait frappé le stupa du plus ancien temple de la ville et nul ne songeait à le restaurer. Négligés, les éléphants blancs du palais royal avaient fini par se laisser mourir et le palais lui-même était à l'abandon. Philippe ne connaissait de Phnom Penh que les miettes de sa splendeur et il ne l'en aimait que plus, ressentant pour elle cet attachement désespéré qui nous lie aux amis que l'on sait incurables. Car cette ville allait mourir. Chaque jour, l'étau khmer rouge se resserrait autour d'elle. Déjà, elle ne respirait plus que grâce aux convois qui parvenaient, parfois, à remonter le Mékong. Philippe s'arracha à la contemplation du fleuve, rangea ses affaires, expédia sa douche et sortit pour dîner. Une soupe chinoise prise au marché ferait l'affaire. C'était un de ses plaisirs favoris que de s'asseoir devant un petit étal, commander un bol fumant, mélanger les ingrédients, ajouter un peu de sucre ou de saumure et déglutir les longues pâtes sans se soucier ni du bruit ni des éclaboussures. Les clients n'hésitaient pas non plus à roter de satisfaction ou à cracher par terre les petits os qui avaient manqué leur rester dans le gosier. Alors qu'il dégustait sa soupe, une sourde appréhension envahit le docteur. Etait-il vraiment possible que tout ce monde disparaisse? Pourtant, les paysans qui avaient fui les zones contrôlées par les Khmers rouges racontaient à peu près les mêmes histoires. Ils parlaient de cuisines collectives, d'uniformes noirs et de meetings interminables, le soir, après le travail. Ils disaient aussi les violences, les bonzes défroqués, les disparitions au moindre manquement et les mariages forcés. Leurs récits étaient parfois si incroyables qu'il ne pouvait s'agir que de propa14

gande. Pourquoi les révolutionnaires auraientils arraché les foetus des femmes de militaires, écartelé les petits enfants, tranché des gorges à petit feu avec des tiges de lataniers? Pour Philippe, la révolution ne pouvait être que progrès. Et pourtant, historiquement, n'y avait-il pas eu des dérapages: les Massacres de septembre, la Terreur, les Pétroleuses. Au CaIIlbodge aussi, il devait y avoir des dérapages, mais qui s'expliquaient par la violence aveugle des B 52. Car que restait-il au survivant d'un village napalmé, laIIliné par un tapis de bombes, sinon la haine du régime de Phnom Penh, de ses alliés américains et de tous les habitants de la ville considérés comme plus ou moins complices. Ne l'étaient-ils pas, d'ailleurs, ces Phnompenhois qui suçaient des glaces et mâchouillaient de la canne à sucre dans les jardins du bord du fleuve, devant le palais royal, alors que dans le lointain, au-delà de l'eau, du côté de la frontière avec le Viêt-nam, jaillissaient les sinistres chaIIlpignons qui engloutissaient les hameaux dans un cyclone de feu. Sa soupe terminée, Philippe marcha un peu. Dès que l'on quittait les petits marchés, on se retrouvait dans l'obscurité des rues défoncées et l'on risquait à chaque instant de tomber dans quelque trou. Mais, provenant des jardins, flottaient les fragrances de la nuit tropicale, un subtil mélange de jasmin et d'ylang-ylang avec aussi, parfois, un arrière goût d'urine. Les trottoirs de Phnom Penh n'étaient pas ceux de Calcutta, mais beaucoup de conducteurs de cycIo dormaient dans leur véhicule et ils se soulageaient là où ils le pouvaient. Philippe décida d'aller prendre un dessert chez un marchand de gâteaux thaïlandais, en face de la pagode Botoum Vadey. La gargote était installée dans la

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cour d'une grande villa dont les propriétaires avaient, semblait-il, déjà émigré. Sur une longue table supportée par plusieurs tréteaux, trônaient des gamelles et des bassines contenant toutes sortes de sucreries: de longs filaments d'or ayant la consistance du jaune d'œuf, des gelées rouges et vertes, des graines qui avaient macéré dans du jus de canne, du riz gluant emmailloté dans des feuilles de bananier, de grosses masses translucides dans lesquelles on plongeait des cuillères et surtout, ce que Philippe préférait, le riz brun fermenté qui laissait dans la bouche comme une senteur de cidre. Il fit signe à la petite fille qui, juchée sur un escabeau, lisait une histoire de fantômes. Elle descendit de son perchoir à contrecœur, mais néanmoins souriante. Il choisit deux ou trois variétés qu'elle mit dans un bol de porcelaine à l'extérieur duquel se poursuivaient des nuages et des dragons. Elle arrosa le tout de glace pilée, planta dans la petite montagne blanche une cuillère en ferraille et tendit son dessert au client. Philippe s'installa à une table bancale, au pied de l'escalier qui montait à la villa désertée. Sur les feuilles des bougainvilliers blancs et violets, perlaient encore de grosses gouttes de pluie où se reflétait la lumière chaotique d'une lampe tempête. Dans la rue, passait de temps en temps un cyclo qui appelait le client en faisant tinter sa sonnette. Dans le jardin devant la pagode, quelques étudiants hébergés par les bonzes discutaient ou lisaient, assis sur les bancs à proximité des lampadaires. Au delà du jardin, les stupas de Botoum Vadey se révélaient par intermittence lorsque les nuages découvraient à demi la face édentée de la lune. Dans les bosquets écartés, on apercevait alors de furtives ombres qui se rapprochaient, se

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croisaient, hésitaient, se mêlaient et se quittaient en un incessant ballet nourri d'impermanence. Terrible tentation pour le médecin qui, depuis son installation au Cambodge,oubliait le plus souvent sa solitude dans les bras graciles des prostituées vietnamiennes de chez Maman Choum. Il paya et rentra se coucher. C'était la saison la plus dure, quand la chaleur colle à l'humidité et que les orages de l'après-midi transforment l'atmosphère en un bain de vapeur débilitant. L'air conditionné, que les riches et les expatriés pouvaient s'offrir, n'était pas la meilleure des solutions pour échapper à la touffeur ambiante, car il provoquait d'interminables rhumes. Philippe se con tentait donc d'un de ces immenses brasseurs d'air qui sont devenus, dans la littérature et au cinéma, un des attributs de la vie coloniale. Phénomène habituel du décalage horaire, il ne trouva pas tout de suite le sommeil. Le silence était plein des bruits familiers. .La masseuse aveugle vint crier son article, le marchand de soupe fit claquer sa crécelle, les crapaudsbuffles, embusqués dans les roseaux, entamèrent leur concert de meuglements. Quelque part dans l'immeuble, un gecko lança sa longue cascade d'appels et les margouillats prétendirent lui répondre. Au loin, du côté du Viêt-nam, le canon tonnait à inteIValles réguliers, simple tir de barrage qui se voulait rassurant. Les soldats disaient toujours que c'est le vrai silence qui est inquiétant, quand les crapauds se taisent et que les cigales se retiennent. A chaque passage des ailes du ventilateur, la moustiquaire s'agitait légèrement, comme une mer calme où se reflétaient les rayons de la lune filtrant à travers les persiennes. Bercé par le ronronnement du moteur, Philippe finit par trouver un 17