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Pour une clinique de la douleur psychique

AUTRES PUBLICATIONS

Chez le même éditeur: - La Pensée et le Trauma, 1991 - Psychanalyse en Russie (éditeur scientifique), 1992 - Ferenczi patient et psychanalyste (en collaboration) , 1994
À paraître: - La reconstruction des identités communistes

Chez d'autres

éditeurs: - Histoire et théories économiques, Editions Sociales, 1978 - Le statut de la religion chez Marx et Engels, Editions Sociales, 1979 - Marxisme et histoire, Editions Sociales, 1979 - Spinoza et l'imaginaire, PUF, 1984 - Je (en collaboration), Messidor, 1987 - Psychanalyse et sciences sociales (en collaboration avec B.Doray), Editions de la Découverte, 1989 - Pratiques de la Prière dans la France contemporaine (en collaboration), Editions du CERF, 1993

MICHELE

BERTRAND

Pour une clinique

de la douleur

psychique

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Poytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Ine 55, rue St-Jacques Canada H2Y lK9 Montréal (Qc) -

Illustration Segantini,1894.

de

cou vert ure : La

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l11ère,

(Tinv an ni

@ L'Harmattan,

1996

ISBN: 2-7384-4870-4

REMERCIEMENTS

Je voudrais remercier ici tous ceux qui ont permis que soit menée à bien telle ou telle partie de cette recherche: en premier lieu le Dr Ginette Raimbault, qui m'a fait venir dans l'Unité qu'elle a fondée à l'INSERM et m'a permis de bénéficier de son expérience. Egalement le Dr Simone Daymas qui m'a initiée à la psychothérapie d'enfants à la Salpénière. Que soient aussi remerciés les Professeurs J. Jos et Arnold Munnich, qui ont bien voulu m'accueillir dans leur service, à l'Hôpital NeckerEnfants Malades. Je leur suis reconnaissante des facilités qu'ils m'ont offertes, ainsi que de leur accueil et des entretiens qu'ils ont bien voulu m'accorder. Enfin je remercie les participants de mon séminaire à l'INSERM, ainsi que les chercheurs de l'Unité 158, des échanges scientifiques autant qu'amicaux, qui ont été possibles grâce à eux.

7

Certains êtres donnent l'impression d'avoir été irrémédiablement, blessés par la vie. Ils portent en eux des cicatrices mal fermées, des zones sensibles, des traumas enkystés. Ces êtres sont, plus que d'autres, vulnérables; moins protégés contre de nouveaux coups du sort, des rencontres difficiles. Tortues sans carapace, ils n'ont pas cette peau psychique qui les protégerait contre la douleur, ou du moins en atténuerait la violence. Car, avec eux, c'est bien de douleur qu'il s'agit, et non pas de souffrance. La souffrance est, depuis Freud, bien repérée. Elle indique les conflits internes, les exigences contradictoires, et toutes également impératives. La douleur est d'une autre nature, et l'enjeu y est plus fondamental encore. De la douleur, chacun a fait à un moment ou l'autre l'expérience. La plus universelle est celle de la douleur physique. La douleur physique a pour effet le retrait de l'intérêt de celui qui souffre à l'égard du monde extérieur, le repli de tous ses investissements sur la partie douloureuse du corps. Cependant, même une douleur corporelle a une dimension psychique; lorsqugelle étreint le corps et l'enserre dans son étau, c'est l'esprit aussi qui est mis en échec. A l'inverse, en détournant l'attention de la partie qui souffre, on peut être insensibilisé à la douleur: la douleur diminue, voire disparaît. Des techniques comme l'hypnose ou la relaxation sont utilisées aujourd'hui à cette fin pour soulager le corps: pour des interventions bénignes, par exem8

pIe, ou des douleurs liées à l'état de tension et de stress. L'insensibilité à la douleur (l'analgésie) signifie-telle que la douleur a cessé d'être? Rien n'est moins sûr. Il se peut que, même inconsciente, la douleur induise des réactions physiologiques de l'organisme qui sont autant de mécanismes de défense. Certains se demandent si ce que l'on désigne sous le terme de « choc opératoire» ne ressortirait pas de telles réactions.

Douleur psychique versus souffrance psychique La douleur psychique n'est pas la souffrance psychique. La souffrance psychique est liée au conflit névrotique, elle s'inscrit dans la logique du principe de plaisir-déplaisir. La souffrance résulte d'un conflit entre le mouvement de la pulsion qui exige une satisfaction, et le mouvement de la pulsion, non moins puissant, qui pousse à éviter un déplaisir. L'inassouvissement des désirs ou l'insatisfaction chronique sont toujours ou presque, dans une structure névrotique, en relation avec l'évitement du déplaisir. La logique de la douleur psychique semble beaucoup plus opaque. Elle est au premier plan dans la psychose, mais on la rencontre aussi dans bien d'autres configurations, comme par exemple, les états traumatiques.
«

Que se passe-t-il

quand

la

souffrance augmente et dépasse la force de compréhension du petit être? L'usage commun caractérise ce qui s~ensuit par l'expression: l'enfant est hors de luL Les symptômes d'« être hors de soi» sont: absence de réaction du point de vue de la sensibilité, crampes musculaires généralisées, sui1 ». vies souvent de paralysie généralisée (être parti)

Une douleur extrême,
1. Ferenczi,

selon Ferenczi, ne peut par-

S., Journal clinique, Paris, Payot, 1985, p. 80. 9

venir à la conscience. La fragmentation de la personnalité ou le clivage sont des modes de défense contre la douleur: une partie du sujet souffre, mais ne le sait pas, une partie du sujet sait, mais ne souffre pas. Lorsque la douleur parvient à la conscience, c'est-à-dire s'éprouve, elle est sidération pure, paralysie de tous les processus de pensée 2. Ferenczi a eu, comme on sait, à traiter de cas très lourds. Pour certains, la douleur était littéralement explosive, produisant des effets de clivage, voire de fragmentation de la personnalité. Comment peut-on souffrir durablement? Que ce soit en permanence ou de façon récurrente, il y a là quelque chose qui interroge, tient en échec des catégories pourtant bien éprouvées: celle, par exemple, du bénéfice secondaire de la maladie. Il y a sans doute, dans la plainte répétitive, une demande adressée à quelqu'un, un désir d'être pris en charge, un besoin de régression. Mais la douleur psychique n'y épuise pas son potentiel de significations. Que pouvons-nous faire, quelle aide pouvonsnous apporter à de tels patients? Aussi, quelles ressources peuvent-ils mobiliser, quelles stratégies peuvent-ils adopter, pour négocier cette situation, et vivre avec, ou malgré ce destin? Telles sont quelques unes des questions qui sont abordées dans cet ouvrage.

2. cf M. Bertrand, 1990, p. 30 sq.

La pensée et le trauma, L'Harmattan, 10

Paris,

A la mémoire

de Michael

Pollak

Chapitre

I

LE PHENIX

«A

travers

la perte de l'objet, c'est d'une autre,
et térébrante, que nous


beaucoup

plus cruelle

sons l'expérience,

celle de notre Moi

écrivait An-

fai-

dré Green il y a quelques années. Sans doute, ajoute-t-il, nous ne pouvons nous représenter cette expérience que de façon indirecte, par exemple

dans les souhaits

de mort œdipiens:

«

C'est peut-

être de cette manière que, par réflexion, nous pouvons nous faire une idée de la façon dont nous avons pu vivre cette expérience de la mort dans le sentiment de notre inexistence aux yeux

d'autrui.

»

4

Cette présentation correspond tout à fait à la problématique de certains êtres dont le destin est empreint d'une sorte de défaut fondamental. Ils ont été gravement et répétitivement blessés. Pour de telles personnes, on saisit très vite les limites d9une opposition entre perte d'objet et perte narcissique. En général, la représentation d'une perte de soi (car c'est d'une représentation qu'il s'agit), éclaire autant les états passionnels que la clinique du deuil. Lorsque nous perdons un être cher, la perte est ressentie comme un appauvrissement du Moi: une part de nous mêmes est déposée dans l'être perdu, et la
3. Green, A. « La mort du Moi et le destin des objets », Revue française de Psychanalyse, vol. LIlI, 1989, pp. 423-427. 4. Ibidem, p. 424. 13

perte de ce dernier est ressentie comme un trou dans l'être, comme une blessure dont nous saignons indéliniment, et par où nous perdons notre substance. On ne saurait mieux dire que le même procès constitue l'objet et le sujet, et que du même procès résultent, simultanément, perte de l'objet et perte du Moi. L'objet perdu et le sujet vacillant sont inéluctablement liés. Mais là s'arrête la symétrie. La représentation ou le sentiment de perte au niveau du Moi n'est pas la mort du sujet. Elle est au contraire la condition de la vie. Reconnaître cette perte, c'est nous reconnaître certes comme un être qui manquera toujours quelque peu son but, mais comme un être à qui s'ouvre également une vie indépendante: le sujet ne réussira jamais à s'atteindre lui-même, si l'on entend par là cette image de soi, cette « statue intérieure», qu'il s'ingénie à construire indéfiniment.

Cet échec à construire

la

«

statue intérieure»

est ce

qui donne son plus puissant ressort à la création artistique ou littéraire, comme aussi à la méditation philosophique. Il n'est pas d'œuvre à laquelle son auteur ne s'identifie, au moins partiellement. Il n'est pas d'œuvre en laquelle, si elle est critiquée, il ne soit blessé de n'être pas reconnu. Naturellement, de telles présomptions sont forcément déçues, sinon dans leur résultat, du moins dans la visée qui les soutient: c'est que, alors même qu'on croit avoir tout dit, tout n'est pas dit cependant: l'illusion se défait; c'est pourquoi le travail n'est jamais achevé, l'œuvre se poursuit du fait même d'avoir manqué son but. Ce manquement est l'une des figures possibles, sinon la dernière, de ce que la problématique freudienne désigne par « castration». Cette chose qui manque inévitablement peut être éventuellement représentée par un objet symbolique; phallus ou objet perdu, peu importe: ce qui est perdu en cet objet mythique est avant tout la certitude d'être nécessaire: nécessaire à l'autre, ou, selon une rationalisation philosophique (que pointe judicieusement Spinoza dans le 14

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