POUR UNE POÉTIQUE DE LA TRADUCTION

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Il y a dans l'Hécube d'Euripide une affirmation sans précédent de la liberté de l'homme, et ce sont deux femmes qui l'incarnent : Hécube, reine déchue de Troie, qui se bat contre l'ignominie des vainqueurs, et sa fille Polyxène, qui tend la gorge au bourreau par haine de l'esclavage. ce thème tragique a traversé cinq siècles de littérature française, d'abord sous al plume des traducteurs et adaptateurs humanistes puis sur la scène des théâtres baroque et classique.
Publié le : samedi 1 mai 1999
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EAN13 : 9782296352575
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POUR UNE POÉTIQUE

DE LA TRADUCTION

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C L'Harmattan, 1999

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ISBN: 2.7384.6028.3

«

»

Bruno Garnier

Pour une poétique de la traduction: L' Hécube d'Euripide en France de la traduction humaniste à la tragédie classique

L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique F - 75005 PARIS- FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques MONTRÉAL - CANADA H2Y.IK9 (Qc)

Couverture

Le sacrifice de Polyxène, gravure tirée de L'Histoire véritable de la guerre des Grecs et des Troyens, escrite premierement en grec par Darès de Phrygie depuis traduite en latin par Cornille Nepveu et faite française par Charles de Bourgueville, Caen, 1572 [fac-similé de 1893]. Le quatrain qui sert de légende à la scène ne doit rien à Darès mais tout à l' Hécube d'Euripide (v. 557-570), dont les traductions et adaptations latines et françaises de la seconde moitié du XVIe siècle ont popularisé les mythes:
Polixene à mourir de Pyrrhe estant contrainte, Tant en la mort n'eut oncq' d'apprehension crainte, Que de son chaste honneur: car on dit qu'elle eut cure, En mourant de couvrir sa pudique nature.

A Patricia, mafemme A Denise, ma mère A Anaïs, mafille

Ma reconnaissance à M le Professeur Raymond Weil, quifilt le lneilleur des maîtres.

Je suis heureux de remercierM. le Professeur Pierre BruneI, qui a bien voulu diriger ma thèse sur La traduction et l'adaptation de l'Hécube d'Euripide en France de la Renaissance à nos jours. J'adresse également mes remerciements à M. Marcel Chantry et à Mme Evelyn Girard, qui m'ont transmis le goût' des lettres et du grec, à MM. les Professeurs JeanLouis Backès, Henri Meschonnic, Olivier Millet, Maurice Pergnier et Jean-Claude Ranger, pour leurs critiques constructives, leurs conseils, leurs encouragements. Je remercie, enfin, M. Marc Arabyan, pour sa patience et son efficacité dans l'édition de ce livre.

B. G. Février 1999

Avertissement au lecteur
Le lecteur trouvera dans cet ouvrage de nombreuses citations de textes datant du XVIe et du XVIIe siècles. Chaque fois que cela nous a été possible, nous avons cité le texte dans l'orthographe de son auteur en recherchant l'édition la plus proche de l'édition princeps. Cette règle souffre cependant deux types d'exception: tout d'abord, lorsque nous n'avons eu accès qu'à des éditions tardives, plutôt que de chercher à resti~er artificiellement l'orthographe ancienne, nous avons conservé l'orthographe modernisée de notre source. En second lieu, lorsque nous citons des ouvrages encore largement diffusés de nos jours et qui n'appartiennent pas à proprement parler à notre corpus de base, nous citons le texte dans l'orthographe modernisée (par exemple, Iphigénie de Racine). Les références bibliographiques figurent en notes de bas de page et, si besoin est, nous rappelons la page de la première mention de chaque référence. Toutefois, la plupart de ces références est également reportée en fm de volume dans la section intitulée «Répertoire bibliographique », qui débute par une notice sur le mode de présentation des références, à laquelle nous conseillons au lecteur de se reporter, car elle s'applique également aux références de bas de page. Le lecteur trouvera également dans la section «Répertoire bibliographique» la mention des différentes rééditions plus accessibles de certains ouvrages anciens, qui ne figure pas en notes de bas de page. Tous les textes cités en langue étrangère ou en français dans l'orthographe ancienne sont en italiques. Les guillemets sont réservés aux citations des auteurs modernes ou plus généralement aux citations dont l'orthographe est conforme aux usages du français moderne. Les crochets droits ([ ]) encadrent les lettres ou les mots ajoutés au texte cité, et les crochets obliques « » encadrent les éléments manifestement fautifs qu'il faut lui retrancher. Les traductions des textes cités figurent normalement en notes de bas de page, sauf les traductions de citations grecques et latines de tragédies, qui figurent en italiques immédiatement après le texte cité. Faute d'une mention contraire, les traductions sont de notre main. A l'exception de l'extrait d' Hécube cité en introduction, que nous avons traduit en alexandrins, les traductions de notre main n'ont d'autre prétention que de faciliter l'accès du lecteur non latiniste ou non helléniste au texte cité: elles sont aussi littéralement fidèles que possible et souvent inspirées des traductions modernes de référence citées en fm d'ouvrage.

Introduction
... une traduction ne consiste pas simplement à faciliter la communication, mais [...] est en soi un défrichement de la question posée en commun. Elle sert à la compréhension réciproque en un sens supérieur. Et chaque pas dans cette voie est une bénédiction pour les peuples. Martin Heidegger, Etre et temps 1.

u DÉPART DECETRAVAIL, y a eu ma rencontre avec l'Hécube d'Euripide. Texte il lu, relu, annoté, traduit littéralement, traduit en prose, puis en vers, un texte qui conférait à son lecteur d'alors une sensation de liberté, renforcée par l'illusion que l'œuvre aurait été laissée là depuis fort longtemps, presque oubliée. Cette fascination pour Hécube était suscitée par l' affmnation de la liberté de I'homme qu'on y trouve de bout en bout. Et, paradoxe pour un texte de l'Antiquité, ce sont deux femmes qui l'expriment: la mère, Hécube, reine déchue de Troie, et sa fille, Polyxène, jeune princesse, captive, elle aussi. Nous sommes après la bataille, sur les rivages de la Thrace. Toutes deux attendent l'arrêt par lequel l'armée des Grecs doit attribuer à chacune un maître, en application du principe de partage du butin de guerre. Les présages les plus sombres planent sur leur destin. Mais Hécube, rebelle, se bat contre l'ignominie des vainqueurs. Elle est capable de ruse et de violence pour obtenir réparation, en elle la flamme vitale n'est pas éteinte malgré les terribles épreuves qu'elle connaît. Polyxène, suivant une symétrie dont I'harmonie grecque foumit maints exemples, se définit en opposition, point par point, au caractère révolté de sa mère, toutes deux pourtant unies dans le regret de la liberté perdue et la haine de la servitude promise. Et quand on annonce à Polyxène qu'elle échoit à un fantôme, Achille, dont elle apaisera la colère chez les Morts par le sacrifice de sa vie, pour elle l' affmnation de sa liberté réside dans l'acceptation de son sort et dans son désir de mourir. Son héroïsme, c'est de présenter
1 Traduit et cité par Jean-Claude Gémar, « Réflexions sur la manière de traduire ou les trois états de la traduction », Méta, le Journal des Traducteurs, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal~ 1985, vol. 30, n° 3, septembre 1985, p. 241.

A

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L' HÉCUBE

D'EURIPIDE

EN FRANCE

elle-même la gorge au couteau de Pyrrhus. Reprenant son destin en mains, elle mourra pour échapper à la condition d'esclave que lui destinait le droit des vainqueurs. Etonnantefierté. Pourtant Polyxène n'est pas surhumaine. Euripide place aussi dans sa bouche le regret des plaisirs terrestres d'une jeune princesse, dont la guerre l'a privée, et de l'amour qu'elle n'a pas connu ici-bas. Nous l'entendrons tout à l'heure. Autour de ces deux figures monumentales, qui incarnent deux variations sur le thème de la liberté humaine, il y a des Grecs, Ulysse, Agamemnon, et un roi thrace, Polymestor. Euripide, homme de provocation, homme moderne en son temps - et dont la modernité n'a pas pris une ride - charge ses concitoyens victorieux de toutes les perversions: généraux démagogues, orateurs vénaux et égoïstes, souillés de concussion et de concupiscence. Cependant, quand il dénonce les travers de la démocratie, ce n'est pas pour affirmer les vertus de la monarchie. L'exécrable Polymestor en témoigne. C'est pour exhorter au respect des lois et de la parole donnée, auquel même les dieux doivent se soumettre, et pour rappeler aux vainqueurs qu'ils doivent respecter la personne des vaincus. Euripide ne propose pas cependant un modèle nouveau de société où la liberté et la justice pour tous seraient respectées, loin s'en faut. L'ami des sophistes n'hésite pas à faire la publicité de l'enseignement dispensé par les professeurs d'éloquence qui, contre rémunération, vous rendent capable de retourner ceux qui détiennent le pouvoir dans le sens de vos intérêts particuliers pour mieux tirer profit des faiblesses de la société! ! Il n'en demeure pas moins vrai que la revendication de liberté qu'Euripide a placée dans la bouche de Polyxène a porté sur la scène de son théâtre une question fondamentale pour l'homme antique, et peut-être bien pour l'homme moderne. Comment une œuvre de cette portée aurait-elle pu être laissée de côté, et par quel miracle aurais-je pu en être le découvreur? Il n'y avait pas de miracle, mais la réponse à cette question naïve m' aura conduit à entreprendre une recherche à travers cinq siècles de littérature et d'hellénisme français, dont cet ouvrage est le modeste fruit.

* * *
Sans doute Hécube n'est-elle pas aujourd'hui l'œuvre à laquelle on penserait en premier pour faire pénétrer un lecteur non averti dans cet univers lointain et mystérieux qu'est le théâtre tragique de l'Antiquité. Ne songerait-on pas plutôt à Prométhée Enchaîné d'Eschyle, à Œdipe Roi de Sophocle ou à Iphigénie à Aulis d'Euripide? Malgré cela, Hécube n'est pas oubliée et ne l'a jamais été depuis le début du XVIe siècle. Une merveilleuse coïncidence devait m'en apporter, pour la période contemporaine, la preuve la plus éclatante: en 1988 le rôle-titre donnait l'un de ses derniers emplois à Maria
1 Voir Euripide, Hécube, v. 814-819.

INTRODUCTION

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Casarès, dans une mise en scène de Bernard Sobel avec le Jeune Théâtre National, à Gennevilliers. Dans un bel entretien, la grande tragédienne française évoquait son interprétation de la reine déchue: En fait, je crois que toute femme, toute femme qui joue, a rendez-vous avec Hécube. Mais avant, j'étais plus attirée par Eschyle et Sophocle que par Euripide. Alors, j'ai relu la pièce. [...] Ce qui m'a frappée aussi, et continue de me frapper, c'est de constater à quel point cette œuvre est proche de nous. Il y a comme une correspondance entre le temps où elle a été écrite et celui où nous vivons. Dans les deux cas, ce sont des temps de destruction presque totale des anciennes valeurs et l'attente ou pas - de valeurs nouvelles, pas encore ré-inventées. Dans Hécube, on tue les dieux, on met la loi en déséquilibre, on critique certains aspects de la démocratie, on touche aussi la question des femmes dans un monde d'hommes... [...] La richesse de cette œuvre est telle, vous voyez, que la difficulté, c'est d'arriver, sur un fil raide, à suivre ce qu'Euripide propose, les différentes facettes, les apparitions, et de laisser la pièce le plus possible ouverte pour que les spectateurs de ce procès, car c' en est un, puissent s'interroger, etjuger, s'ils veulent, aprèsl.

_

Une « correspondance », disait Maria Casarès, entre le temps d'Euripide et le nôtre... En relisant ces lignes, je songe aux belles pages de Charles Péguy établissant lui aussi une correspondance entre la supplication qu'un peuple adresse à son roi au début de l' Œdipe Roi de Sophocle et la pétition des ouvriers du tsar de Russie, au début du XXe siècle: Les vies des hommes individuels et notamment les Vies des hommes illustres ne sont point les seules qui se puissent mettre en parallèle, en vies parallèles. Il y a des vies de peuples, et dans et parmi ces vies de peuples il y a aussi des vies qui sont aussi des vies parallèles. C'est-à-dire des vies qui sur deux plans de civilisation parallèles suivent apparemment un même sens. Et dans ces vies parallèles il y a des paroles, des gestes, des attitudes parallèles. Qui de nous, lisant innocemment cette Pétition des ouvriers du tsar, n'a point soudainement entendu résonner dans le fond de sa mémoire - et était-ce bien seulement sa mémoire individuelle -l'écho momentanément assourdi, toujours vivant, de la supplication antiqùe2. Traduite vingt-cinq fois depuis la Renaissance, en prose, en vers, intégralement ou par extraits, plus souvent encore adaptée pour la scène ou pour la lecture, Hécube paraît

1 Maria Casarès, « Une familiarité ancienne avec la tragédie », entretien réalisé par Dominique Rabourdin, Théâtre/Public n° 88-89, Gennevilliers, juillet-octobre 1989, p. 56-59. 2 Charles Péguy, «Les Suppliants Parallèles », Les Cahiers de la Quinzaine, VII, vii (17/12/1905), Œuvres en prose complètes, tome II, Paris, Gallimard, éd. de la Pléiade, p. 354.

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L' HÉCUBE D'EURIPIDE EN FRANCE

avoir suscité maints échos chez ses lecteurs français. Chacun d'eux a senti, comme nous, quelque chose qui lui parlait, et vibré, comme nous, à l'écoute de ce que Céline appelle « la petite musique». Pour en donner une idée, lisons et tâchons d'entendre l'un des points culminants du pathétique, les dernières paroles échangées entre Hécube et sa fille, cette belle stychomithie qui précède le moment du sacrificel.
POLYXÈNE [...] wç OÜ1fOT' a\)e1Ç,

àÀÀà vûv 1faVUO'TaTov

La vision du soleil, son disque et sa lumière,

àKTIVaKUKÀOV ~Àiou 1fpoaOwoJla1. e'
TÉÀoç ôÉxn ô~ TWV É;J.1WV 1fpoO'cp6EVJl<XTwv. .. (2 J.1f}TEP, ili TEKoûO", a1fE1J.11 ô~ K<XTW,
HÉCUBE ~J.1Eiç Ô' tv CP<XE1OUÀEUO'OJlEV. ô TUXEiv,

Je la perds àjamais, c'est cejour la dernière.
Mère, vous entendez mes suprêmes accents; Moi qui vous dois le jour, chez les Morts je L'descends...

.. (2 6uvaTEp,

SOUS un cielluminéux,

fille,

nous serons

serve.

POLYXÈNE aVUJ.1cpoç àVUJlÉva10ç iliv J.1' txpf}v HÉCUBE aU, TÉKVOV, àeÀia ô'tvw POLYXÈNE fI A1ÔOU KEiO'oJla1 xwplç

Sans l'époux, sans I 'hymen que j'aurais dû L'connaître.. . Enfant, tu es à plaindre, et la douleur m'abat!
Dans I 'Hadès, loin de vous, je demeurerai, Hélas! Que dois-y"efaire? Où terminer L'ma vie? là.

OiKTpà tKEi ô'tv

VUV~. O'É6Ev.

HÉCUBE OÏJ.101' TI ôp<xO'w ; 1foi TEÀEuTf}O'w J3iov ;
POLYXÈNE

LloUÀf) eaVOÛJ.1a1, 1faTpÔç HÉCUBE
f

0\)0" tÀEu6Épou.

J'avais

un père

libre et je meurs

asservie.

HJ.1Eiç ôè 1fEVTtlKOVT<X aJ.1JlOp01TÉKVWV. V'
POLYXÈNE

Et nous aurons perdu nos cinquante

enfants, L'nous!

Ti

0'01 1fPÔÇ

f'EKTOP'

~ VÉPOVT'EÏ1fW1fomv;
HÉCUBE
É;JlÉ.

Que dirai-je à Hector?

A votre vieil époux ?

" A YVEÀÀE

1faO'WV

àeÀ1WT<XTT)V

Plus que toute autre femme, annonce-moi L'meurtrie.
~ôÉwç.

POLYXÈNE .. (2 O'TÉpva JlaO'Toi e', oï J.1' t6pÉwae' HÉCUBE "0 Tf}O' àwpou, 6uvaTEp,
POLYXÈNE

Gorge, seins qui m'avez si doucement nourrie! Quel sort prématuré, ma fille, et de douleur! Bonheur à vous, ma mère! A Cassandre, L'bonheur!
A d'autres, le bonheur! Il n'est point pour ta L'mère.

à6Àiaç

WXT)ç.

Xaip',

ili TEKoûO'a, xaipE KaO'<xvôpa T' tJloi, HÉCUBE aÀÀ01, J.1T)Tp\ ' OÙKËO'TIV Ô TOÔE.
POLYXÈNE

Xaipoumv

('0

T' tv cp1Àl1f1f01Ç 8.pn~1

IToÀUôwpoç

K<xmç.

Bonheur

à Polydore

aussi,

ô toi monfrère,

Auprès du peuple thrace amateur des chevaux.

1 Euripide, Hécube, v. 411-437.Le texte français est notre traduction.

INTRODUCTION

15

HÉCUBE El
~f1 y'.

cX1l1<JTW ô'. iliÔE 1TcXvTa ÔU<JTUXW.
POLYXÈNE

S'il est vivant. J'en doute, à voir mes Lnombreux maux.
Il vit et fermera vos défuntes paupières.

Zf1Kal 8avouOllç
Té8vl1K' ËYWYE,

oJlJla <JUYKiql<JEl <Jov. TO HÉCUBE
1Tplv 8avEîv, KaKwv Ü1TO.

Je meurs avant ma mort, sous le poids des Lmisères.

KOJllÇ,

POLYXÈNE OÔU<J<JEÛ, fJ' cXJlep18Elç KcXP<t L1TÉ1TÀOUÇ' wç 1Tplv <Jepayf]vai y' ÈKTÉTf)Ka Kapôiav , 8p~V01(J1 Jlf)TPOÇ Tf1VOE T' ÈKTT1KWY001Ç. , Q epwç. 1TPO<JEl1TEîv yàp <JOVOVOJl' ËÇE<JTi

Emmène-moi, Ulysse, en me voilant lefront

,.

Avant d'être percé, déjà mon cœur se fond Aux plaintes de ma mère, et mon cri la déchire. o Lumière! ton nom, je puis encor le dire, Mais n'ai, pour en jouir, que le temps de Lmarcher Vers le glaive et d'Achille, atteindre le bûcher.

LJlOl, JlÉTE<JTlÔ' oùôÈv 1TÀ~V O<JOV XPOVOV çiepouç
, ~aivw fJETaçÙ Kal1Tupâç AX1ÀÀÉWÇ.

Rien ne traverse mieux les civilisations et les siècles que l'éternelle tragédie de la séparation et les efforts désespérés de l'homme pour donner un sens au cycle irrémédiable du jour et de la nuit. Tout ce passage est placé sous le signe de l'astre solaire, principe de vie, que Polyxène contemple pour la dernière fois. Rarement un poète a si justement fixé cet instant ultime où celui qui va mourir est encore là, parmi nous, et pourtant nous devance vers de plus sombres rivages. Polyxène n'entend guère les plaintes de sa mère, elle est tournée vers ceux d'en bas. Sa résolution l'arrache au monde des vivants: elle se regarde vivre ses derniers instants, elle s'entend prononcer ses dernières paroles, elle n'est plus tout à fait celle que les autres voient. Mais il y a ici une inversion du cycle naturel de la vie et de la mort: celle qui « descend 1 » chez les Morts devrait vivre et fermer les yeux de sa mère morte (comme son frère Polydore peut encore le faire, s'il vit toujours). Or ce sont les yeux de Polyxène qui vont se fermer les premiers, la privant bientôt de jouir du spectacle de l'astre diurne. Le glaive qui attend Polyxène contrarie le cycle des générations: il outrage l'astre du jour, qui deviendra le témoin de la servitude d'une femme autrefois reine. Spectacle absurde, qui devrait rester dans l'ombre. Lumière inutile, qui a perdu son sens vital. Avec le cycle solaire c'est le temps qui semble contrarié à son tour: Hécube est morte avant sa mort, et ne sait où terminer sa vie; Polyxène a le cœur consumé avant d'être égorgée, elle connaît un sort prématuré, littéralement « hors du temps2». La marche de la jeune princesse vers la mort, déjà soustraite à la lumière du soleil par le voile qu'elle a demandé à Ulysse de rabattre sur son front, ressemble à une remontée du
1 a1TElfJl ô~ KcXTW,v. 414. 2 cXwpou, v. 425.

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EN FRANCE

temps, un retour vers le sein de la mère qui l'avait délicieusement nourrie, cette mère qui l'a enfantée, et dont elle va rejoindre le vieil époux, son père, au séjour des Morts. Ce message retentit en nous par l'ensemble des éléments qui se font écho, par ce tissu textuel où les images et les sons sont articulés par l'art du poète. Ce sont ces résonances que j'avais décidé de chercher sous la plume des traducteurs et des adaptateurs français, pour étudier les aventures d'un texte précis, l'Hécube d'Euripide, en France.

* * *
Une telle recherche ne peut pas se dispenser d'une réflexion théorique préalable sur son objet. Ilnous faut tenter de défmir ce dont nous voulons retracer l'histoire. Un moyen bien simple pourrait consister à demander aux traducteurs eux-mêmes ce qu'ils cherchent à restituer et les difficultés qu'ils rencontrent. Les obstacles que les traducteurs avancent le plus souvent sont d'ordre linguistique. Vous me dites que Oiof1T1TOVÇ pas Œdipe. Croyez-vous que ropawoçfasse n'est roi? Croyez-vous que fspsvç fasse prêtre, et même sacrificateur? au sens que ces deux mots éveillent dans un esprit, dans une âme moderne, en admettant que le deuxième éveille un sens dans un esprit ou dans une âme moderne. Croyez-vous que fJwJ10f soient autels, au sens que [sic] nous entendons autels? Et même croyez-vous que TÉKvasoient enfants, et ne savez-vous pas qu'il y a aussi des distances autant irrémissibles entre ce que TÉKVaéveillait dans les échos de l'âme antique et ce que enfants éveille dans les autres échos de l'âme moderne. TÉKva même n'est point enfants, TPOrprj 'est point nourriture, 1TOÀIÇ n n'est point seulement ville ni cité; puisque c'est nommément une cité grecque; rien n'est rien; rien ne se refait parfaitement, rien ne se recommence, rien ne se reproduit exactement, rien d'ancien n'est en même temps nouveau, rien de nouveau n'est en même temps ancien; de tout à tout il subsiste éternellement des distances irrémissibles; et c'est pour cela que toute opération de traduction est essentiellement, irrévocablement, irrémissiblement une opération miséreuse, une opération misérable et vaine, une opération condamnéeI. Il est singulier que prise isolément aucune des unités signifiantes d'un texte n'est exactement traduisible d'une langue dans une autre, tandis que quelque chose de cet ensemble reste communicable au point d'évoquer une forme de correspondance ou de parallélisme entre civilisations distantes de tant de siècles. N'y a-t-il pas une insurmon~ table contradiction entre, d'un côté, la correspondance entre civilisations, que les textes manifestent au-delà des barrières de l'espace et du temps, et, d'un autre côté, l'affirmation de l'impossibilité de les traduire, à cause de l'absence de correspondance
1 Charles Péguy, « Les Suppliants Parallèles », p. 335 (déjà cité p. 13).

INTRODUCTION

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exacte entre les signifiants de deux langues données? Si cette tragédie d'Euripide dit quelque chose de commun sur la liberté, sur la condition humaine, en dépit des différences d'époques et de civilisations, au spectateur athénien de l'Antiquité et au lecteur français d'aujourd'hui, comment sa traduction serait-elle « une opération condamnée» ? On voit bien ici que ce qui fonde la condamnation de la traduction chez Péguy , c'est la non-concordance des lexiques, qui sont des données de la langue. Et Péguy a bien raison: « TPOcpf) 'est point nourriture, 7rOÀIÇ n n'est point seulement ville ni cité... ». En ce sens, on peut bien affmner que la traduction est un leurre. Mais on peut aussi affmner que l'objectif du traducteur français de l' Hécube d'Euripide n'est pas de traduire en français toute la réalité sociale et culturelle dont la langue grecque est porteuse dans ce texte. La traduction - littéraire tout au moins - ne porte pas sur des langues, mais sur des textes. Et s'il existe bien dans tout texte - parce que tout texte est fait d'éléments linguistiques - des constituants irrémissibles, il y a néanmoins quelque chose qui passe la barrière des langues, parce que cette chose passe déjà la barrière du temps et de l'espace pour le lecteur français helléniste qui lit Euripide aujourd'hui dans le texte grec et qui entend sa « petite musique ». Si ce lecteur l'a entendue, quelqu'un doit pouvoir la tra~ duire dans sa langue. Encore nous faut-il préciser quelle est cette chose mystérieuse dont nous parlons, qui est véritablement l'objet de la traduction littéraire, si ce ne sont pas les mots du texte original. Deux niveaux doivent être distingués: le niveau de la langue, et le niveau du
message 1.

Au niveau de la langue, nous pourrions dire, par exemple, que le premier traducteur français d'Hécube utilise la langue française de 1544 comme médiatisation de son message. La langue française lui fournit les matériaux de la formalisation de son texte: un registre lexical, des habitudes syntaxiques, voire des figures de style. Sans doute la spécificité de l'usage poétique de la langue complique-t-elle quelque peu le schéma général de la communication écrite. Restons pourtant dans le cas le plus général qui est celui des traducteurs, les plus nombreux, qui ont considéré ne pas devoir ou ne pas pouvoir restituer toutes les dimensions poétiques de l'œuvre d'Euripide. Ils ont alors appliqué ce que Paul Valéry appelait « la fidélité restreinte au sens2 ». Pourtant, même dans ce cas général, l'approche linguistique de la traduction n'est pas la plus utile à notre démarche. Elle explore la syntaxe ou le lexique des deux langues en présence sans rendre compte de la

1 Voir Maurice Pergnier, Les Fondements socio-linguistiques de la traduction, 3e édition remaniée, Lille, Presses Universitaires de Lille, 1993, p. 15 et suivantes. 2 Paul Valéry, « Variations sur les Bucoliques », Les Bucoliques de Virgile, traduction de Paul Valéry, Paris, Edition Frazier Soye, 1953, p. 210.

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visée qui, sous la plume de ce traducteur, sous-tend le choix d'un mot ou d'une figure de style. Au niveau du message, au contraire, le traducteur sera considéré comme auteur de son texte. Il n'est pas médiateur mais second auteur, seconde oralité dont il se pose en unique caution 1. On ne traduit pas des langues, mais des textes, qui sont des messages, c'est-à-dire le « vouloir-dire» de quelqu'un, et non le « vouloir-dire» d'une langue2. Ce « vouloir-dire» est dirigé vers les destinataires de la traduction, qui ne sont pas ceux de l' œuvre originale. S'agissant d ' Hécube, ils peuvent être des lecteurs, mais aussi des spectateurs. Encore faudra-t-il déterminer quels lecteurs ou quels spectateurs se trouvent visés: amateurs de tragédie, amateurs de poésie, étudiants en grec ancien? La réponse à ces questions implique la prise en compte, non seulement du texte traduit, mais aussi de son appareil textuel (préface, avertissement, notes) et plus largement encore, d'un ensemble d'informations qui proviennent de trois directions distinctes: premièrement la personne du traducteur (son éducation, son milieu, sa production littéraire), deuxièmement l'environnement conceptuel de cette traduction (les écrits théoriques contemporains sur la traduction, sur le genre tragique en France, sur la tragédie grecque, en particulier sur Euripide et sur Hécube), troisièmement la réception de la traduction (le lectorat visé, le lectorat réel, les critiques). Toutes ces investigations doivent donner une idée précise du « vouloir-dire» de ce traducteur, c'est-à-dire de ce qu'il traduit. C'est ici le moment de revenir sur cette chose à quoi s'applique la traduction et que nous avons jusqu'ici laissée en suspens. Il nous semble que cet objet que l'on traduit est intimement lié à la visée du traducteur, je veux dire que le traducteur traduit ce qui est communicable pour lui aux lecteurs qu'il vise, de sa lecture de ce texte. Il y a donc lieu de mettre en relation, chaque fois qu'on le peut, la visée du traducteur (concept qui englobe l'intention du traducteur et la fonction de la traduction), avec les choix manifestés par cette traduction. C'est ainsi que la dernière traduction française de l' Hécube d'Euripide, due à Nicole Loraux et FrançoisRey (celle qui a été interprétée par Maria Casarès), se caractérise notamment par un grand respect des occurrences de certains mots. Ce choix est lié au repérage, par les traducteurs, de thématiques présentes dans la tragédie d'Euripide, telles que celles du corps et du toucher. Si l'on attache de l'attention aux gestes du rituel, aux gestes du faire, on pourra non seulement constater, mais expliquer pourquoi, dans un passage d'Hécube -le sacrifice de Polyxène - le mot « main» reparaît un nombre de fois aussi anormal.
1 Voir Louis G. Kelly, The True Interpreter, a History of Translation Theory and Practice in the West, Oxford, 1979. 2 Voir Maurice Pergnier, p. 24 (déjà cité p. 17).

INTRODUCTION

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suppriment habituellement quelques

Soucieux d'éviter les répétitions,

les traducteurs

« mains ». Notre démarche a été autre, puisque nous avons conservé toutes ces
occurrences, pariant que ces « mains )) avaient du sens. On sait que, dans le droit grec et aussi dans les représentations partagées depuis l'épopée, la main est associée à la violence, au sang qui coule, à la force. Par ai/leurs, lorsque Polyxène demande qu'on ne la touche pas, le caractère extrêmement érotique du passage apparaît derrière la scène du sacrifice. Il ne fallait surtout pas qu'une seule main, qu'un seul toucher manquât à l'appel... Hécube est vraiment une tragédie du toucher; i/ convenait de traduire ces images de toucher et de mainl. Dès qu'on considère la traduction comme une opération sur des textes textes qui sont envisagés comme des messages -, on cesse d'assigner aux traductions anciennes le devoir de respecter une vérité déposée chez Euripide dont nous serions, à présent, les seuls, détenteurs. On appellerait plus justement bonne traduction celle qui remplit la fonction que le traducteur lui a attribuée, et mauvaise traduction celle qui ne réussit pas à la remplir. La période sur laquelle est centré cet ouvrage (du début du XVIe siècle à la première moitié du XVIIIe siècle), offre une illustration d'une richesse exceptionnelle aux quelques réflexions qui précèdent. Ces deux siècles et demi, comme le montrera le chapitre suivant, voient d'abord la promotion d'une littérature et d'une langue françaises qu'on veut égales aux modèles grecs, latins et italiens. Des enjeux d'un tel poids idéologique et même politique ont des conséquences considérables sur la visée des traductions publiées avant 1550. Dans le cas particulier de la tragédie on ajoutera que le genre tragique n'existait pas eh français et qu'il constituait, pour cette raison, un moyen efficace pour jeter un pont entre la culture gréco-romaine et celle que l'on veut construire ici et maintenant dans la langue nationale, un pont qui enjambe allègrement toute la culture médiévale. Les héros des romans de chevalerie, qui constituaient le fonds identitaire de la noblesse féodale, se voient supplantés par ces captives troyennes et par cette reine prisonnière des Grecs. Les traducteurs, artisans de cette substitution des référents culturels, servent ici doublement François 1er,ce roi Père des Lettres dont plusieurs sont ambassadeurs ou conseillers. Les questions qui pourront fonder un jugement sur cette première Hécube française devront tenir compte de tous ces paramètres: Est-ce que cette traduction de 1544 a permis de faire mieux connaître à ses lecteurs (ou à ses spectateurs? ou auditeurs ?) le genre tragique? Les choix du traducteur manifestent-ils une démarcation vis-à-vis des genres dramatiques hérités du Moyen Age? En sont-ils, au contraire, encore tributaires?

1 Nicole Loraux interrogée par Hélène Monsacré, « Il faut traduire », Les enjeux de la traduction, Joël Roman [dir.], Paris, t 990, p. 69-70.

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Mais ces critères, valables en 1544, ne le sont plus deux siècles plus tard. Y a-t-il même quelque chose de commun entre la visée du premier traducteur de l'Hécube en 1544 et celle du Père Brumoy qui est, chronologiquement, son successeur dans notre inventaire des traductions d' Hécube, en 1730 ? Peu de choses, en fait, quoiqu'il s'agisse bien, apparemment, de la traduction de la même œuvre ! C'est qu'entre-temps, rien moins que la tragédie classique française est passée, naissance, apogée, et déclin compris. Il serait toutefois aussi mal fondé d'ignorer les enjeux sociaux de la traduction que de leur prêter une toute-puissance qu'ils n'ont jamais eue, au moins pour deux raisons: en premier lieu, ces enjeux auraient pu être servis tout aussi bien par la traduction d'œuvres différentes de l'Hécube d'Euripide. Pourquoi précisément Hécube? On ne connaît au XVIe siècle, que six tragédies grecques différentes traduites en français et, fait curieux, deux Iphigénie et une Hécube représentent trois pièces sur six avec pour héroïne principale Pune des deux plus célèbres vierges viriles du théâtre grec: Iphigénie ou Polyxène. Cela ne s'expliquera pas seulement par la volonté de promouvoir la littérature française et de faire connaître le genre tragique. Il faut également questionner l' œuvre traduite dans son contenu et dans ses formes, dans le scénario qu'elle propose, dans les mythes qu'elle véhicule, et mettre ce questionnement en relation avec les autres productions littéraires de son temps. En second lieu, tous les choix d'un traducteur ne peuvent pas être déterminés par des enjeux qui lui sont plus ou moins extérieurs, pas plus que ceux d'un écrivain. Quand on aura dit que Les Amours de Ronsard, suivant une tendance générale de la poésie amoureuse de son temps, sont une imitation du Canzionere de Pétrarque, citations à l'appui, aura-t-on rendu compte de tous les aspects de cette œuvre? De la même manière il faudra chercher dans la traduction la manifestation du traducteur lui-même, puisqu'en définitive c'est avec ses mots qu'il nous dit l'œuvre qu'il s'est proposé de traduire. Si nous pensons pouvoir associer sur ce point traducteur et auteur, c'est qu'en réalité nous sommes confrontés à un paradoxe qui englobe ces deux activités: alors que le langage est une capacité universelle de l'homme, et que la langue est un fait social, partagé par les membres d'une communauté, l'un et l'autre ne se manifestent jamais que sous des formes singulières, individuelles. S'il est vrai que le traducteur est usager de sa langue et porteur de référents culturels qui appartiennent à sa communauté linguistique, il est néanmoins seul dans l'acte d'écriture et par là, il produit un acte de parole, au sens que donne Saussure à ce motl. Seul le traducteur est sujet de la lecture particulière qu'il fait de l'original, lui seul est auteur du texte qu'il nous donne à lire ou à entendre en lieu et place de cet original.

1 Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique générale, Paris, éd. Eddy Roulet, Hatier, 1975, p. 19-24.

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* * *
La reconnaissance de la singularité du traducteur, auteur du texte traduit, nécessite une prise de recul: traductions de l' Hécube d'Euripide et adaptations françaises de la fable ne peuvent pas être réciproquement ignorées, tant les interférences qui les traversent s'avèrent porteuses d'enseignement sur l'évolution de la traduction, cette modalité de lecture réaliséel. Prenons un exemple: l'éclipse des traductions d' Hécube entre 1544 et 1730. Cette interruption correspond à une extinction générale de la traduction française de tragédies grecques pendant cent vingt ans2. On ne peut pas l'expliquer en s'en tenant à l'examen des traductions qui. encadrent cette période et en ignorant les autres processus de transformation littéraire qui affectent, dans l'intervalle, le fonds mythique de cette tragédie grecque. Il faut comprendre successivement ce qui a rendu la traduction nécessaire, puis ce qui l'a rendue inutile pendant tant d'années, et enfm ce qui l'a de nouveau appelée. Ces différentes phases font partie de I'histoire de la traduction française d' Hécube au même titre que l'étude des traductions proprement dites. Les traductions situées aux bornes de cette longue période sont des modalités particulières du processus detransformation qui a affecté le texte d'Euripide avant, pendant et après elle. Ce constat a des conséquences méthodologiques importantes. L'étude qui va suivre devra établir les caractères propres à chaque transformation et défmir distinctement traduction et imitation. Car faire l'histoire de la traduction d'un texte en ignorant les autres modalités de transformation littéraire que ce texte a connues n'a pas de sens, si l'on défmit la traduction autrement que comme une opération purement linguistique, c'est-à-dire si on la défmit pour ce qu'elle est, un acte d'écriture. Ce qui doit constituer notre domaine d'étude, ce sont les éléments de ce texte qui sont convoqués dans la littérature française, sous forme de traductions, avec certaines visées, mais aussi sous formes d'imitations, ou de réminiscences, avec d'autres visées. Les adaptations d' Hécube à la Renaissance puis à l'âge classique mettent en évidence la transformation du mythe que soutient la pièce grecque, mais qui vient à déborder les limites de celle-ci. C'est l'histoire de cet éloignement croissant, de cette divergence, puis de cette dilution, qui explique le retour fmal vers la source. C'est ce long mouvement qui, partant des éléments du scénario mythique

1 «La traduction est le seul mode de lecture qui se réalise comme écriture» Henri Meschonnic, « Sur l'importance d'une poétique de la traduction », Etudes de Lettres, Lausanne, Faculté des lettres de l'Université de Lausanne, oct.-déc. 1989, p. 13. 2 De 1572 (Antigone de Sophocle, traduite par Jean-Antoine de Baïf), à 1692 (Œdipe Roi et Electre de Sophocle, traduits par André Dacier).

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de l' Hécube d'Euripide traduite en français en 15'44, aboutit à des situations dramatiques stéréotypées. Ces bribes du scénario mythique deviennent disponibles dans la conscience collective des auteurs dramatiques sans référence à leur origine. Cette coupure, à la fm du XVIIe siècle, favorisera l'émergence de la traduction « réduite au sens }). De la perte d'ambition qui èaractérise la fm de la période étudiée, la traduction poétique aura beaucoup de mal à se relever en France. La traduction poétique, évidemment, ne saurait souftrir une restriction de cette sorte. Que reste-t-il de la « petite musique}) d'Euripide quand son œuvre est devenue le support d'une information générale de ses lecteurs français? Les traductions des tragiques grecs les plus répandues en librairie, qui ont la même visée informative, présentent une image tout aussi terne de la dramaturgie et de l'art lyrique grecs anciens. Et ce n'est pas l'exercice de la version, tel qu'il est pratiqué dans nos universités, qui corrigera cet appauvrissement et contribuera à donner le goût de la tragédie grecque1. Un renouvellement profond de la pratique de la traduction dans l'enseignement littéraire en France serait nécessaire pour instrumentaliser et fmaliser le commentaire en vue de produire une traduction digne de son modèle2. Les perspectives théoriques ouvertes en ce sens sont encore loin de connaître l'audience qu'elles mériteraient dans les salles de classe, particulièrement dans l'enseignement des langues anciennes où, pourtant, la traduction est le premier moyen d'évaluation des compétences des étudiants à l'université.

* * *
La moindre ambition de ce travail n'est pas de plaider en faveur de la traduction à visée poétique, à partir de l'exemple d'Hécube, et de l'examen particulier des conditions qui ont permis, au XVIe siècle, son bref âge d'of. On connaît l'amertume d'un Etkind devant

1 Pour plus de détails sur cette question, nous renvoyons le lecteur à notre communication au colloque organisé à l'Université Paris XII les 28, 29 et 30 avril 1997 sous la présidence de Maurice Pergnier, parue sous le titre « La traduction dans l'enseignement des langues' anciennes : les mots contre le sens? », Jean Delisle et Hannelore Lee-Jahnke [dir.], Enseignement de la traduction et traduction dans l'enseignement, Préface de Maurice Pergnier, Ottawa, Les Presses de l'Université d'Ottawa, 1998, Chapitre premier, p. 7-23. 2 Au plan théorique, citons deux travaux de Jean-René Ladmiral : Traduire: théorèmes pour la traduction, Paris, Payot, 1979, et « Pour la traduction dans l'enseignement: "version" moderne des humanités », dans Michel Ballard [dir.], La Traduction: de la théorie à la didactique, Lille, Université Lille III, collection Travaux et recherches, 1984, p. 39-56. Pour une approche pratique, on lira avec profit Claude Tatilon, Traduire: Pour une pédagogie de la traduction, préface de Georges Mounin, Editions du Groupe de Recherche en Etudes Francophones, Collection Traduire, écrire, lire, Toronto, 1986, et Michel Ballard, Le commentaire de traduction anglaise, Paris, Nathan, collection langues 128, 1992.

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le sort réservé aujourd'hui en France à la traduction des poètes étrangers 1. Puisse notre ouvrage communiquer à ses lecteurs quelque chose de la liberté qu'avait suscitée en moi ma première lecture de l'Hécube d'Euripide !Le sentiment exaltant d'entrer au royaume de la poésie, où chacun, en lisant, devient traducteur et poète. « Tout langage est déjà infidélité par rapport au mental [...]. Lire un poème, c'est un peu le traduire2 ».

1 Efim Etkind, Un art en crise: essai de poétique de la traduction poétique, Lausanne, éd. L'Âge d'Homme, 1982. 2 Robert Vivier, Traditore... : Essai de mise en vers français de poèmes occitans, italiens, espagnols, roumains, polonais et russes de diverses époques, Bruxelles, Palais des Académies, 1960.

1 La première Hécube française

L

ES DEUXPREMIERS SIÈCLES notre domaine d'étude ne nous ont fourni qu'une de traduction d' Hécube, due à Guillaume Bochetel. 1544

Hecuba,

C'est peu, mais c'est surtout beaucoup de questions: Qui est Guillaume Bochetel? Etait-il helléniste? A-t-il été aidé par quelque érudit de son temps? Sur quel texte a-t-il travaillé? A-t-il pu lire une traduction latine? Pourquoi a-t-il traduit Hécube? Pour qui Hecuba a-t-elle été écrite? Est-elle un phénomène isolé, ou faut-il l'inscrire dans un mouvement plus vaste? Quelle fut la méthode du traducteur? Quelles théories de la traduction ont-elles pu le guider? Quelle place cette traduction a-t-elle tenu dans la vie littéraire de son temps? Pourquoi n'a-t-on retraduit Hécube qu'au XVIIIe siècle? Lisons tout d'abord sa préface! : AU ROY MON SOUVERAIN SEIGNEUR. GORGIAS leontin homme de grand nom entre les anciens qui ont este celebrez par leurs lettres et scavoir, disait que la tragedie est une tromperie et deception, par laquelle celuy qui trompe est plus juste que celuy qui ne

1 La tragedie d'Euripide nommée Hecuba, traduicte de Grec en rhythme Françoise, dediee au Roy, anonyme, Paris, Robert Estienne imprimeur du Roy, 1544, réédité en 1550 chez le même imprimeur. Nous donnons intégralement l'épître « Au Roy mon Souverain Seigneur» conforme au texte de l'édition de 1550, BNF : X. 2535. Il Y eut une troisième et dernière édition, en 1560, où Hécube est suivie de Sophonisbe, tragédie traduite de l'italien par Mellin de SaintGelais.

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5 trompe pas: et celuy qui est trompé, plus sage que celuy qui n'est point trompél. Chose qui semble contre raison, et toutefj'ois est veritable. Car la tragedie nous trompe et deçoit en ce que bien souvent elle traicte argumens fabuleux si sagement controuvez, que nous cuidons qu'ils 10 soient veritables. Or celuy qui trompe ung autre, et par ceste tromperie luy monstre et enseigne ce qu'il luy est proffitable ou nuysible, bon ou mauvais, honneste ou déshonneste, est sans doubte plus juste que celuy qui n 'ha pouvoir ou vouloir de ce faire. Car il n y a point 15 d'acte plus vertueux ne tant convenable a l'homme, que de bien merir et proffiter a la communaulte des autres. D'autre part celuy a qui par la fiction de la tragedie demeure la congnoissance de vice et de vertu, et de bien et de lnal, est beaucoup plus sage et advisé en tous ses 20 affaires, que celuy qui pour n'avoir este si heureusement trompé, n'ha ceste cognoissance. Et comme l'on voit, la coustume des poètes,premiers aucteurs et inventeurs de la philosophie, a tousjours este de couvrir et cacher soubs le voile des fables, la verite 25 des choses qu'ils vouloyent enseigner; ou bien mesler le plaisir qu'on ha de leur ingenieuse fiction, avec bons et profitables documens. Et pource dit Horace que le poete apprend aux hommes a honnestementparler, instruit l'entendement de bons enseignements, reprend les vices, 30 et loue la vertu2. Et oultre plus nous donne cognoissance de l'advenir par exemples du passé, et en adversite et affliction console notre esprit troublé. Mais entre tous, il semble que les tragicques, ainsi qu'ils surpassent tous autres escrits en haulteur de style, grandeur d'argumens, 35 et gravite des sentences: aussi ont ils plus amené de proffit aux hommes, d'autant qu'ils ont prins a instruire et enseigner les plus grans, et ceulx la que la fortune a plus haultement eslevez, comme princes et roys, dont ils

1 Bochetel emprunte ici à un fragment de Plutarque, De gloria Athen. p 348, C, cité dans les Fragments des Orateurs Attiques, grœce et latine cum indice locupletissimo, Paris, éd. Didot 1845, p. 221. 2 Bochetel interprète très librement Horace, Art poétique (Epître aux Pisons), v. 99-113.

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ont anlené grand proffit a la posterite, laissant 40 mesmelnentpar escrit monumens de si grande utilite, comme l'instruction d'ung bon prince, laquelle se peult tirer des tragedies: car a ces fins ont elles este premierement inventees, pour remonstrer aux roys et grands seigneurs l'incertitude et lubrique instabilite des 45 choses temporelles: a fin qu'ils n'ayent confiance qu'en la seule vertu. Ce qu 'ils peuvent veoir et entendre par les grands inconveniens, miseres et calamitez qui autreffois sont advenues a ceulx qui ont este en fortune sen1blable : car ce sont les propres argumens des tragedies: comme 50 monstra Euripide: lequel estant en Macedoine, le roy Archelaus pria d' escrire une tragedie de luy : et le poète luy refusa, priant aux dieux que jamais chose ne luy advint qui peust estre bon argument d'escrire une tragedie : pour ce que ce ne sont que pleurs, captivitez, 55 ruines et desolations de grans princes, et quelquefois des plus vertueuxI. Ce qui sert aux successeurs: a fin qu'en prosperite ils ne seslevent par trop, et provoquent malheur en abusant de leur fortune: et aussi en adversite n'ayent le cueur abaissé ne failly, a l'exemple de 60 plusieurs vertueux princes, qui jamais pour quelque enuie que fortune ait porté a leur gloire, et pour quelque affliction qu'ils ayent soustenue, n'ont aucunement jlechy: laissant preuve a la posterite que la vertu peult bien estre affligee, mais non vaincue: comme, Syre, on le 65 peult veritablement et sans jlaterie dire de vous2. Or il est, Syre, que quelques jours passez me retrouvant en ma petite maison, mes enfants tant pour me faire apparoir du labeur de leur estude, que pour me donner plaisir et recreation m'apportoyent chascun jour la lecture qui leur estoit faicte par leur precepteur de la tragedie
1 Le séjour d'Euripide à la cour d'Archélaos roi de Macédoine est mentionné par de nombreux auteurs, notamment, chez les Latins, par Aulu Gelle, Nuits attiques, 15, 20. 2 Allusion aux guerres contemporaines: en dépit de l'alliance de Charles Quint et d'Henri VIII qui reprennent la guerre contre François 1eren 1542, celui-ci, loin de « fléchir », après avoir remporté., en Italie, la victoire de Cérisoles, en avril 1544, fait rentrer une partie de l'armée victorieuse d'Italie et arrête l'invasion in extremis, puisque Charles Quint était parvenu à Château-Thierry, à vingt-quatre heures de Paris.

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70 d'Euripide, denommee Hecuba: me la rendant de mot a mot de Grec en Latin. Laquelle pour la sublimite du style, et gravite des sentences que je y trouvay, il me prinst envie, Syre, de la mettre en nostre langue Françoise, seulement pour occuper ce peu de temps de 75 repos a quelque honneste exercice. Et depuis vous voyant, Syre, travaillé de maladie, pour vous' donner quelque recreation, je prins la hardiesse de vous lire le commencement que j'en avoye tourné: que benignement vous ouistes, et me commandastes l'achever. Ce que j 'ay 80 faict, non tant pour l'asseurance que j'ay eue de le scavoir bien faire, congnoissant ma foible puissance: que pour le desir de vous obeir. Car trop plus m'a aidé l'efficace de vostre commandement, que ne m'a empesché la congnoissance de mon infirmité au 85 parachevement de la traduction de ceste tragedie. Laquelle, Syre, tres humblemen( je vous presente, en esperance que de vostre accoustumee bonte et benignite prendrez en gre le service de celuy qui n'a en cest œuvre pretendu autre louange ny loyer, fors seulement de vous 90 donner contentement et plaisir. Cette belle préface d'une traduction anonyme nous fournit bien peu de renseignements sur l'identité du traducteur; pas assez, tout au moins, pour répondre de man,ière aisée et rapide à la question que nous posent les bibliographes anciens et modernes, d'une double attribution à Lazare de Baïf et à Guillaume Bochetel. Au début du XXe siècle Hecuba a été enlevée à Lazare de Baïf pour être donnée à Bochetel par René Sturell. Elle figure toutefois encore sous l'attribution à Baïf dans de nombreux catalogues et bibliographies, à commencer par le catalogue des imprimés de la Bibliothèque Nationale de France. Des auteurs récents, notamment des chercheurs anglo-saxons2, reprennent cette attribution ou la mentionnent parmi d' autres3 .

I René Sturel, «A propos d'un manuscrit du Musée Condé », Mélanges offerts à M Emile Châtelain, 15 avril 1910, et « Essai sur les traductions du théâtre grec en français avant 1550 », Revue d 'histoire littéraire de la France, Paris, Armand Colin, 1913, p. 273-282. 2 Voir Glyn P. Norton, The Ideology and Language of Translation in Renaissance France and their humanist Antecedents, Genève, Droz, 1984, p. 104. 3 Ce que fait Robert Ralph Bolgar, « The translations of greek and roman classical authors before 1600 », The classical Heritage and its beneficiaries, Appendix II, Cambridge, 1958, p. 513.

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Si la mention de Lazare de Baïf traducteur d' Hécube remonte à 15551, on trouve dès 1585 l'attribution à « Bouchetel» de l'édition de 1550 dans la BibliothequeFrançoise de du Verdier qui, s'appuyant sur les Memoires de Castelnau, et sur L 'Histoire des Secretaires d'Etat, rétablit même l'orthographe« Bochetel2 ». En 1751, l'abbé Goujet, dans sa Bibliothèque Française, attribue également l'édition de 1550 à Bochetel, mais il pense que Lazare de Baïf est le traducteur de l'édition de 1544, faute, sans doute, d'avoir comparé les deux éditions, identiques, ou dans le dessein de concilier deux traditions contraires3. Trois ans plus tard, en 1754, le Dictionnaire Portatif des Théâtres de Léris reprend l'attribution à Bochetel pour l'édition de 1550 et donne la première à Lazare de Baïf, qu'il date à tort de 1537, par confusion avec Electre de Sophocle traduite par Lazare de BaïF . Un siècle plus tard Auguste de Blignières suivra cet exemple, à ceci près qu'il distingue deux traductions d' Hécube la même année, en 1550, l'une due à Lazare de Baïf, l'autre à « Bouchetel de Sassy5 ». Il apparaît donc que le souvenir de Bochetel traducteur d'Hécube ne s'était pas perdu, du XVIe siècle jusqu'au milieu du XIXe siècle: les bibliographes embarrassés par les deux attributions concurrentes se tiraient bien naïvement d'affaire en donnant une édition à chacun des traducteurs supposés. C'est à la fm du XIXe siècle que les commentateurs de ces traductions anciennes omettent l'attribution à Bochetel de l'édition de 1550 et tranchent le débat en faveur du seul Lazare de Baïf par assimilation avec la traduction d'Electre. Emile Picot6 cite Lazare de Baïf, traducteur d'Hécube en 1544, et l'édition «toute semblable» de 1550. La thèse de Lucien Pinvert sur Lazare de Baïf7 donne Electre, 1537 et Hécube, 1544 et 1550, au même traducteur. Gustave Lanson8 ne connaît plus que Lazare de Baïf comme

1 Jacques Pelletier du Mans, Art Poëtique, Lyon, Jan de Tournes et Guillaume Gazeau 1555, Livre 1, « Des traduccions ». 2 Tome IV de l'édition de 1773, p. 70. 3 L'abbé Claude-Pierre Goujet, Bibliothèque Françoise ou Histoire de la littérature jrançoise, Paris, Mariette, Guérin, Lemercier et Delatour, 1740-1756, tome 4, p. 163 et suivantes. 4 Tragedie de Sophocles intitulee Electra, contenant la vengence de l'inhumaine et trespiteuse mort d'Agamemnon Roy de Mycenes le grand, faicte par la femme Clytemnestre et son adultere Egistus, traduite par Lazare de Baïf, Paris, imprimée chez Roffet, 1537. 5 Auguste de Blignières, Essai sur Amyot et les traducteurs français du XV! siècle, 1851, p. 229. 6 Emile Picot, Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu Mr le Baron James de Rotschild, Paris, Damascène Morgand, 1884-1893, tome II, n° 1060. 7 Lazare de Baïf 1496 (?) - 1547, Paris, Albert Fonternoing, 1900. 8 Gustave Lanson, « Essai sur les origines de la tragédie classique en France », Revue d'histoire littéraire de la France, Paris, 1903, tome 10, p. 184.

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