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Prêtres-ouvriers à Limoges des trajectoires contrastées

De
136 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 172
EAN13 : 9782296330153
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PRÊTRES OUVRIERS À LIMOGES
Des trajectoires contrastées

@ Éditions L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4855-0

Louis PÉROUAS

PRÊTRES OUVRIERS À LIMOGES
Des trajectoires contrastées

Préface d'Etienne FOUILLOUX

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

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PRÉFACE

Il n'étaient qu'une centaine au moment de leur rappel des usines par Rome en 1954. Et pourtant que de salive et d'encre n'ont-ils pas fait couler! Il faut dire que l'innovation était de taille: pour la première fois depuis la naissance de l'industrie en France, des prêtres avaient obtenu l'autorisation d'épouser la condition ouvrière. Selon un théologien comme le frère prêcheur Marie-Dominique Chenu, qui a payé cher sa proximité avec eux, "le mouvement des prêtres-ouvriers est l'événement religieux le plus important depuis la Révolution française"!. On peut discuter un tel jugement. Mais il justifie l'intérêt précoce des historiens vis-à-vis de l'initiative, et surtout de sa brutale interruption dix ans après ses débuts. D'emblée, les réactions n'ont pas manqué, à commencer par le livre blanc aussitôt publié par les insoumis qui ne saurait être objectif mais qui fournit néanmoins une abondante documentation2. L'affaire occupe ensuite une place de choix au coeur du livre d'Adrien Dansette, Destin du Catholicisme français, 1926-1956, publié trois ans plus tard3. Elle intrigue aussi hors de nos frontières, puisque le premier travail spécifique qui lui soit consacré nous vient d'Allemagne, sous la plume de Gregor Siefer en 1960 : La mission des

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prêtres-ouvriers, dans sa version française prête dès 19634. Deux ans après paraît l'ouvrage décisif d'Emile Poulat, Naissance des prêtres-ouvriers, dont on cherche vainement les rides aujourd'hui: avec une rigueur de méthode et une ampleur de documentation approchant l'exhaustivité, le sociologue et historien... qui fut aussi l'un d'entre eux, décrit les prodromes et les premiers pas de l'entreprise, jusqu'à la session missionnaire de la Tourette, début 19475. Il n'y a malheureusement pas eu de second tome. Après cette première vague d'études contemporaines, et de la seconde interdiction romaine, plus rigoureuse encore, de 1959, et du feu vert de Paul VI pour la reprise de l'expérience dans l'optimisme de Vatican II, en 1965, le silence retombe une vingtaine d'années. rapproche du trentième anniversaire de 1954 et plus encore du quarantième anniversaire, tout récent, font renaître un intérêt qui n'a jamais vraiment disparu, sans pour autant produire du neuf. Les témoins commencent à se confier publiquement et certains fonds d'archives s'entrouvrent. D'où la sortie coup sur coup de la vaste enquête de l'historien canadien Oscar L. Cole-Arnal, publiée outreAtlantique en 1986, mais traduite six ans plus tard, Prêtres en bleu de chauffé, et la somme de François Leprieur, Quand Rome condamne, en 19897. Avec la distance que lui confère son extériorité aux contentieux franco-romains et franco-français, le premier a fait le tour des survivants et des sources. Sa synthèse ne peut donc être ignorée, bien qu'elle ne convainque pas en tous points: son obstination à faire des prêtres-ouvriers les précurseurs de la théologie de la libération latinoaméricaine frise souvent l'anachronisme. Quant au
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second, il traite de manière approfondie la purge dominicaine de février 1954, étroitement liée à l'affaire des prêtres-ouvriers. Pour cet aspect adjacent de la crise, mais fort important, il fait toute lumière sauf peut-être sur les itinéraires opposés de Jacques Loew et de Maurice Montuclard. L'accent mis par François Leprieur sur ses confrères, théologiens ou prêtres au travail, a conduit ensuite de "simples" p.o. retraités à livrer leur témoignage et une partie de leurs papiers à des revues engagées comme Golias ou Témoignage chrétien... Sans reprendre à son compte les jugements qu'elles portent, l'historien ne peut que se féliciter de voir ainsi sa matière s'enrichir8. Que reste-t-il donc à découvrir sur la première phase de l'histoire des prêtres-ouvriers, celle qui s'achève en 1954, voire en 1959 ? Les ressorts romains de la crise, bien-sûr, ce qui n'est pas rien. Il faudra pour cela attendre l'ouverture des archives vaticanes... dans quelques décennies peut-être. Vue de France, l'affaire est d'autant mieux cernée que plusieurs pans de son environnement ont également fait l'objet de travaux de qualité. Lhistoire de l'origine de la Mission de France n'a plus guère de secrets après les ouvrages de Jacques Faupin, de Jean-François Six et de Daniel Perrot plus récemment9. Malgré leurs imperfections techniques et leur penchant hagiographique, les études biographiques de Jean Vinatier sur les cardinaux Liénart et Suhard ont aussi apporté leur pierre à l'édifice1o, tout comme la synthèse de Pierre Pierrard, LEglise et les ouvriers en France, 1940-1990 II. Contractions de thèses de doctorat plus fournies, les livres de Joseph Debès sur la Naissance de l'Action catholique ouvrière ou de Robert Wattebled sur les Stratégies missionnaires dans la France

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d'après-guerre sont utilement venus compléter le panoramal2. Bref, il n'est guère de sujet, dans l'histoire récente du catholicisme français, qui ait plus retenu l'attention des chercheurs que son effervescence missionnaire des années 1940 et 1950, effervescence dont les prêtres-ouvriers ont été la fine pointe, au centre de bien des débats. Dissenssions internes, position des différentes parties en présence ou réactions dans l'opinion ont été scrutées, à l'échelon national, avec constance et minutie. Ce qui manque, ou plutôt ce qui manquait, c'est l'enracinement local de l'entreprise. Car les prêtres ouvriers, avant de devenir une pomme de discorde dans l'Eglise de France, ce sont d'abord des équipes de volontaires à l'oeuvre aussi bien en Région parisienne que sur les bassins industriels du Nord et de l'Est, ou dans de grandes villes comme Lyon, Marseille, Toulouse... et Limoges. Qui sont ces volontaires? Comment devient-on prêtre-ouvrier? Comment se fait, concrètement, leur insertion au travail, et dans quels secteurs? Quelles sont leurs réactions face aux aléas de la vie ouvrière, mais aussi celles de leurs camarades de travail envers eux? Comment s'insèrentils dans le tissu ecclésial, et que pense d'eux le paroissien moyen? Qu'est-ce, en définitive, dans la quotidienneté des travaux et des jours, qu'un prêtreouvrier? Autant de questions clés qui ne peuvent obtenir de réponses que locales, vu la diversité des situations. Quelques mémoires universitaires inédits ont défriché, ici ou là, le terrain; et de vastes enquêtes sont en cours pour recueillir la mémoire des retraités. Mais ces prémices n'ont jusquà présent pas franchi le cap de l'édition. Une seule exception notoire, à notre
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connaissance: Le ciel était rouge, histoire à plusieurs voix de la première équipe de p. o. de Longwy, et fruit de la collaboration parfois difficile entre des universitaires messins et ceux qui se considèrent comme les héritiers de tels pionniers!3. C'est aussi à cette histoire d'en bas que sont consacrées les pages suivantes. Depuis de nombreuses années, Louis Pérouas laboure inlassablement l'histoire contemporaine du Limousin, sous son angle religieux d'abord. Outre sa magistrale analyse des raisons du détachement de la région par rapport au catholicismel4, et plusieurs essais de synthèse récentsl5, on retiendra surtout ici ses approches perspicaces de la naissance locale des mouvements d'Action catholique spécialisée et des entreprises missionnaires d'un nouveau type dans la Creusel6, ou encore son rôle de maître d'oeuvre d'une utile prosopographie religieuse du Limousin1? Elles le qualifiaient pour retracer l'histoire de ce que l'on a pu appeler, sur le modèle parisien ou marseillais, la Mission de Limoges. Il y a mis toute sa sagacité dans la recherche de sources inédites et toute sa prudence dans leur eXploitation. Son intime connaissance de l'ensemble du contexte local lui donne le recul qui permet d' évi ter les deux écueils symétriques de l'apologétique et de la polémique. En bon ouvrier d'une histoire du temps présent, Louis Pérouas s'est appliqué à reconstituer, avec les documents disponibles, l'itinéraire des quatre, puis six et même neuf prêtres de la Mission, sans que sa sympathique attention aux hommes ne le rende captif de la mémoire qu'ils ont nourrie. Lexercice n'était pas facile, tant la blessure de déchirements anciens, ceux de 1954 notamment, demeure sensible. Il me paraît y avoir fort bien réussi. 9

Mieux que d'autres, la voie d'une histoire sereine, qui ne fait l'impasse sur aucun choix tout en évitant soigneusement de trancher entre eux, conservera la trace d'un épisode capital, aussi bien pour l'Eglise de Limoges que pour l'Eglise de France. Grâce à Louis Pérouas, nous savons qui furent les premiers prêtresouvriers en Limousin. A quand un travail semblable sur le Montreuil d'André Depierre, ou sur les prêtresouvriers toulousains? Etienne Fouilloux Université Lumière Lyon 2

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Notes

des Editeurs, François Leprieur, Quand Rome condamne, Plon- Cerf, 1989, p. 7-8. 2. Les prêtres-ouvriers, Editions de Minuit, 1954, 290 p. 3. Flammarion, 1957,494 p. 4. Die Mission der Arbeiterpriester, Essen, Hans Driewer Verlag, . Editions de l'Epi, 438 p. Autres signes d'intérêt: David L. Edwards, Priests and WOrkers.An Anglo-French Discussion, Londres, SCM Press, 1961 ; E.R. Wickham et J. Rowe, Mission industrielle ou prêtres-ouvriers ?, Editions du Seuil, 1967 ; Giovanni Barra et Maurilio Guasco, Chiesa e mondo operaio. Le tappe di un'evoluzione : da don Godin ai preti operai ai "preti allavoro': Turin, Gribaudi Editore, 1967. 5. Casterman, Tournai - Paris, 1965, 538 p. Voir aussi les contributions reprises dans Une Eglise ébranlée. Changement, conflit et continuité de Pie XlI à Jean-Paul IL chez le même éditeur, 1980, p. 119-200. 6. Histoire des prêtres -ouvriers (1943-1954), Editions Ouvrières, 1992, 240 p. (Priests in WOrking-Class Blue, the History of the Worker-Priests (1943-1954), New York, Paulist Press, 239 p.) 7. Dominicains et prêtres-ouvriers, Plon/Cerf, 786 p. 8. Respectivement, Prêtres-ouvriers, prêtres oubliés ?, Lyon, n° 26, été 1991 ; Il était une foi... lesp.o., Paris, premier trimestre 1994. 9. Respectivement, La Mission de France, Casterman, 1960 ; Cheminements de la Mission de France, 194111

1. Avertissement

1966, Editions du Seuil, 1967 ; Les fondations de la Mission de France, Cerf, 1987 10. Le cardinal Liénart et la Mission de France, Le Centurion, 1978, 332 p. ; Le cardinal Suhard, l'évêque du renouveau missionnaire, 1874-1949, ibid., 1983, 448 p.; Les prêtres-ouvriers, le cardinal Liénard et Rome. Histoire d'une crise, 1944-1967, Editions Ouvrières Editions du Témoignage chrétien, 1985, 238 p. ; voir aussi son livre sur Le Père Louis Augros (I898-1982), premier supérieur du séminaire de Lisieux, Cerf, 1991, 250 p. . 11. Hachette, 1991, 444 p. 12. Editions Ouvrières, 1982 et 1990. 13. Gérard Benoit, Rosette Chone, Jean-Claude Delbreil, Marcel Manciaux, Jean-Luc Mangeart, JeanMarie Villaume, Metz, Editions Serpenoise, 1994, 344 p.14. Refus d'une religion, religion d'un refus en Limousin rural, 1880-1940, Editions de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales, 1985, 245 p. 15. Les Limousins, leurs saints, leurs prêtres, du XVme au X)(èmesiècle, Cerf, 1988, 215 p. ; Une religion des Limousins? Approches historiques, LHarmattan, 1993, 125 p. ; Histoire religieuse des creusois, Guéret, 1995, 168 p. (avec Jean-Marie Allard) 16. "La Creuse, laboratoire de mission rurale (19441960)", Revue d'histoire de l'Eglise de France, 1989, p. 359-370. 17. Le Limousin, Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, tome 7, Beauchesne, 1994, 116 p. (162 notices biographiques).

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AVANT - PROPOS

Cette étude entreprise à la demande de plusieurs amis -dont Paul Manigaud, militant ouvrier chrétien (mort le 30 avril 1994)- n' a malheureusement pas pu être poussée aussi loin que je l'avais souhaité, en partie parce que je n'ai pas été moi-même témoin de cette histoire. D'une part il eût été plus juste théologiquement et sociologiquement d'élargir le chantier en y incluant des laïcs (missionnaires féminines venues d'Ivry, militant(e)s de l'Action catholique ouvrière, équipe dite du Masgoulet, etc.) qui se voulurent, eux aussi, acteurs de la mission ouvrière de Limoges; mais je me suis trouvé devant de telles lacunes dans la documentation que j'ai dû y renoncer. D'autre part, plusieurs des prêtres-ouvriers sont décédés tandis que d'autres n'ont pu être joints, sans parler d'archives qui se sont seulement entrouvertes; leur apport eût complété, peut-être nuancé ce que nous avons trouvé dans des sources très variées dont certaines d'un intérêt extraordinaire. L'ouvrage récent Destins croisés. Henri Chartreux (Limoges, 1993), s'il apporte bien des faits et textes, les envisage sous un angle très déterminé sans échapper à un ton hagiographique. Une approche vraiment historique postulait, au contraire, de situer les prêtres-ouvriers dans le peuple et dans l'Eglise d'alors à Limoges, de façon à saisir autant que possible leur

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