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PROSTITUTION ET SIDA

De
272 pages
Les prophéties alarmistes pronostiquant au moment de l'apparition du sida une large contamination des prostituées ne se sont pas réalisées. Cette situation positive a en premier lieu été rendue possible par l'attitude responsable et la capacité d'adaptation des femmes et des hommes prostitués, qui ont rapidement intégré le risque de contamination à leur pratique et adopté le préservatif et par la création d'associations assurant sur les trottoirs des actions de prévention.
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PROSTITUTION ET SIDA

Collection Logiques Sociales fondée par Dominique Desjeux et dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.

William Isaac Thomas et Florian Znanieck, Fondation de la sociologie américaine, 2000

@ L'Harmattan,

2000

ISBN: 2-7384-9666-0

Lilian MATHIEU

PROSTITUTION

ET SIDA

Sociologie d'une épidémie et de sa prévention

L'Harmattan
"

L'Harmattan

Inc.

rue de l'École-Polytechnique 55, rue Saint-Jacques
75005 Paris

FRANCE

Montréal (Qc) CANADA H2Y IK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

-

INTRODUCTION

L'objectif de cet ouvrage est triple: 1. exposer comment se décline, à l'intérieur de l'univers de la prostitution, la question du sida; 2. relater comment cette question a, en France, été problématisée dans l'espace public ainsi que dans les champs politique et administratif; 3. présenter les approches et pratiques préventives originales qui ont été progressivement élaborées depuis une dizaine d'années pour faire face à ce problème de santé publique. Pour atteindre ce triple objectif, différentes disciplines - sociologie, science politique et, dans une moindre mesure, épidémiologie - ont été mobilisées. Ce caractère nécessairement composite de l'approche d'un phénomène aussi complexe que les relations entre sida et prostitution a en grande partie déterminé l'organisation de l'ouvrage. Le premier chapitre se penche sur la place qu'occupe le VIH au sein de l'univers prostitutionnel. L'apparition, au début des années 80, d'une nouvelle maladie sexuellement transmissible, mortelle et contre laquelle la médecine s'est d'abord trouvée impuissante, a placé la prostitution sur le devant de l'actualité. Les prostituées ayant constitué au cours des siècles passés un des principaux vecteurs de diffusion de ce que l'on appelait autrefois les «maladies vénériennes », c'est fort logiquement que, dès les modes de transmission sexuelle du VIR identifiés, se sont posées avec acuité les questions de leur exposition à la contamination et de leur éventuelle contribution à la diffusion du virus dans la population générale. Ainsi les personnes exerçant une sexualité vénale ont-elles très rapidement été considérées comme constituant ce que l'on appelait alors un
«

groupe à risque ». Aux États-Unis, par exemple, où le sida était

désigné au début des années 80 comme la maladie des « quatre H » (homosexuels, héroïnomanes, hémophiles, Haïtiens), certains proposaient d'en ajouter un cinquième: les hookers (<< putains »)2.
I Afin de ne pas alourdir inutilement le texte, nous avons opté pour une utilisation générique du féminin pour désigner l'ensemble des personnes exerçant la prostÜution quel que soit leur genre, nous confonnant en cela non seulement aux usages de la langue ordinaire, mais également à J'habitude, constatée sur les trottoirs, d'évoquer les ~airs masculins en utilisant le féminin. Mirko Grmek, Histoire du sida, Paris, Payot, 1989, p. 58.

La présentation des résultats de plusieurs enquêtes épidémiologiques réalisées, en France comme dans d'autres pays, auprès de femmes et hommes prostitués permettra d'aborder cette question de manière dépassionnée et, surtout, en se basant sur des informations produites de manière scientifique. Elle permettra notamment de montrer que toutes les personnes exerçant des formes dans la réalité très diverses - de sexualité contre rétribution ne sont pas également exposées à la contamination, et que d'importantes disparités existent entre les pays. Mais davantage que de fournir des données épidémiologiques chiffrées, l'enjeu de ce chapitre sera de montrer comment le danger du sida a été intégré à la « marche» de cet univers social bien particulier qu'est le monde du «trottoir ». C'est ainsi que nous montrerons notamment comment la prévention de la contamination (utilisation du préservatif, évitement des pratiques les plus à risques...) a progressivement été intégrée à la pratique des prostituées et comment le VIR a été construit en enjeu participant des logiques concurrentielles internes au «marché du sexe ». Nous analyserons comment les prostituées se trouvent, en fonction principalement de leur statut sur le trottoir et de leurs conditions d'existence, inégalement armées pour faire face au virus, ainsi que les modalités de leur gestion du péril du sida dans leurs interactions et négociations avec leurs clients. Une fois ainsi préalablement présentée la manière dont se pose concrètement le problème de l'exposition des prostituées au VIR, nous nous pencherons dans les chapitres suivants sur les réponses qui lui ont été apportées dans notre pays, et qui - après de multiples débats dans la presse et le champ politique dont nous évoquerons les enjeux - ont finalement pris la forme d'associations spécialement destinées à assurer une action de prévention auprès des prostituées et bénéficiant pour cela de subventions publiques. Ces associations ont pour point commun de fonder leur action sur des principes originaux, ceux dits de la « santé communautaire ». II s'agit d'une approche initialement mise en œuvre par les organisations de médecine humanitaire intervenant dans le Tiers-Monde et qui valorise, sous des formes diverses, la participation active des populations à l'action de santé qui leur est destinée. Dans le cas des associations ici prises pour objet, cette dimension participative s'exprime avant tout par la composition « paritaire» de leur personnel. Celui-ci est généralement composé de professionnels de la santé (infirmiers le plus souvent) et d'« animatrices de prévention» (ex) prostituées, auxquelles leur expérience du trottoir est supposée conférer des aptitudes ou compétences spécifiques et irremplaçables pour assurer une action de 8

prévention auprès de leurs pairs. Est notamment avancée la capacité dont disposeraient ces animatrices à entrer en contact avec des péripatéticiennes réputées farouches, vivant de manière quasi clandestine et au mode de vie aux frontières de l'illégalité, dont elles connaissent pour les avoir vécues et partagées les conditions d'existence, logiques de conduite et formes de sociabilité. Ce type de dispositif participe d'un mouvement récent de renouvellement des approches de santé publique, favorisant une action sanitaire conduite par des associations locales de petite taille. Plusieurs recherches se sont penchées sur ces nouvelles formes de la santé publique et en ont identifié les caractéristiques les plus marquantes1. Un premier trait repérable dans la plupart de ces initiatives concerne leurs modalités d'impulsion et d'organisation: il s'agit généralement d'actions relevant de « réseaux », ou de configurations (au sens de Norbert Elias), unissant des acteurs et institutions tant publics (élus, administrations, hôpitaux, écoles...) que privés (associations, médecins, groupes d'habitants.. .), disposés à unir leurs compétences et leurs ressources dans un projet sanitaire commun. Ces actions apparaissent le plus souvent sur une base territoriale limitée (le quartier ou la commune), et à ce titre s'inscrivent dans le cadre général des politiques de la ville2. Une deuxième caractéristique réside dans leur aspect hétérogène, fréquemment informel, ou en tout cas éloigné des formes les plus institutionnalisées de la pratique médicale. Se distinguant notamment des approches somatiques curatives dominantes dans le champ médical, ces initiatives s'appuient sur une définition élargie de la santé pour assurer sous des formes relativement souples et innovantes des actions de prévention de certaines pathologies et d'éducation à la santé; Un troisième et dernier élément marquant est que ces nouvelles pratiques sont très étroitement liées à ce que certains désignent comme la «nouvelle question sociale ». En ce qu'elles s'adressent prioriLairement à des populations - SDF, toxicomanes, jeunes des «banlieues difficiles », etc. - que leurs modes ou conditions de vie fragilisent devant des pathologies particulières (saturnisme, tuberculose, hépatites, sida...) ou qui rencontrent des

I TI convient de citer ici les numéros thématiques, présentant les résultats de plusieurs recherches, publiés par Prévenir (<<Ville et santé », na 31 et 32, 1996) et Les annales de la recherche urbaine (<<Ville et santé publique », n° 73, 1996), ainsi que l'ouvrage dirigé par Didier Passin, Les figures urbaines de la santé publique, Paris, La Découverte, 1998. 2 Cf. Dominique Damamme, Bruno Jobert, « La politique de la ville ou l'injonction contradictoire en politique", Revue française de science politique, vol. 45, na l, 1995, pp. 3-30.

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difficultés à intégrer le système de soin habituel!, les nouvelles pratiques de santé publique associent étroitement dimensions sanitaires et sociales, au point, si l'on en croit Didier Fassin, que la santé publique puisse désormais être appréhendée comme un des modes de gestion les plus consensuels des « problèmes sociaux» et doive à ce titre être considérée comme le « dernier langage du social »2. La lutte contre le sida, en focalisant l'attention sur la précarité de l'état de santé de groupes en voie de dés affiliation et en redonnant une nouvelle légitimité aux approches préventives, a joué un rôle crucial dans ce renouvellement des démarches de santé publique, et il n'est pas surprenant que les associations étudiées dans cet ouvrage partagent la plupart des caractéristiques que l'on vient d'évoquer. Les institutions publiques ont joué un rôle de premier plan dans ce processus en fournissant certaines des ressources (principalement financières) indispensables au lancement de ces nouvelles expériences. C'est pour cette raison que le deuxième chapitre est destiné à présenter la genèse des associations de prévention du VIR intervenant en milieu prostitutionnel, en accordant un soin tout particulier à l'analyse des relations qu'elles entretiennent avec les différentes institutions qui les soutiennent. II s'est agi en particulier, en mobilisant certains des outils de l'analyse des politiques publiques, d'identifier les logiques institutionnelles présidant au financement de ces associations, la nature comme l'évolution des rapports que celles-ci entretiennent avec les instances qui leur accordent leurs subventions, ainsi que les formes de dépendance et de tutelle - ou marges d'autonomie - qui en découlent. L'étude des associations de santé communautaire ne saurait toutefois se limiter à la seule analyse de leurs conditions de création et de fonctionnement, mais exige que l'on se penche attentivement sur ce en quoi consiste leur pratique. À ce titre, on peut regretter que de nombreux travaux consacrés aux nouvelles approches de santé publique se contentent de signaler la dimension innovante de leurs activités sans les décrire en détail ni véritablement expliciter ce en quoi réside ce caractère novateur. Nous avons pour notre part choisi de faire de l'étude de la pratique de la santé communautaire un axe majeur de l'analyse. Plus précisément, il s'est agi pour nous, au moyen d'une méthodologie d'enquête qualitative, d'observer comment l'inspiration « communautaire» dont se réclament les associations est, en quelque
! Cf. Michel Joubert, « Remonter le fil des dégradations », Les annales de la recherche urbaine, n° 73,1996, pp. 32-42. 2 Didier Fassin, « Politique des corps et gouvernement des villes », in D. Fassin (dir.), op. cit., pp. 40-42. 10

sorte, «mise en acte », en étudiant les formes concrètes de l'intervention qu'elles réalisent auprès de leur public et la logique des relations unissant prestataires et bénéficiaires de services, ainsi que la nature de ces derniers. S'agissant d'associations intervenant dans un univers social marginalisé et précarisé constituant, au sens que Robert Castel donne à ce terme, une zone de vulnérabilitél dans laquelle les personnes sont menacées (quand elles n'en sont pas déjà victimes) par la désaffiliation, nous avons tout particulièrement étudié ce que l'on pourrait appeler la «ressocialisation en action », c'est-à-dire l'ensemble des activités (écoute, accompagnement, soin, information, aide au logement, assistance dans les démarches administratives, etc.) par lesquelles leurs membres tentent de promouvoir la réintégration des prostituées au sein de ce qu'ils se représentent comme la « société ». Enfin, nous avons visé à rendre compte de la manière dont s'exprime concrètement la volonté affichée par les responsables des associations de favoriser la « participation» de leur populationcible à l'action qui leur est destinée et d'entretenir avec elle des relations égalitaires, et tenté d'identifier les tensions pouvant apparaître entre les principes de la santé communautaire tels qu'invoqués par les responsables associatifs et les formes de leur application dans l'action. Cette appréhension de la santé communautaire a en grande partie détenniné la suite du plan de l'ouvrage. Le troisième chapitre est ainsi spécialement consacré aux individus porteurs et acteurs de cette approche sanitaire particulière. Il s'agit ici d'aborder - en prenant soin de distinguer, tant chaque groupe obéit sur ce point à des logiques spécifiques, professionnels du secteur socio-sanitaire et animatrices de prévention issues de la prostitution - les trajectoires sociales, carrières professionnelles et motivations de ces différentes catégories de personnel, ceci afin d'analyser les logiques de leur investissement dans cette démarche associative et, en retour, d'identifier ce que la santé communautaire doit aux individualités qui la mettent en acte. S'agissant d'une pratique nouvelle et très faiblement codifiée, les modalités d'appropriation et d'apprentissage pratique des différents postes, et le travail de définition des compétences et aptitudes requises de chacun, font également dans ce chapitre l'objet d'une analyse attentive. Le quatrième chapitre est pour sa part consacré à l'analyse de la «santé communautaire en action », et offre une description détaillée des différentes activités associatives. Une telle démarche nécessite l'adoption d'outils sociologiques adaptés, aptes à rendre
l Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale, Paris, Fayard, 1995.

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compte de 1'« action en train de se faire », c'est pourquoi nous avons principalement fait appel dans ce chapitre aux concepts de l'interactionnisme - tel qu'il est notamment représenté par Goffman -, ainsi qu'à ceux du courant plus récent de la sociologie des régimes d'action. La référence à la première approche théorique s'imposait en ce que la pratique de la santé communautaire se donne le plus souvent à voir sous la forme d'une relation de service d'un type particulier, supposant une interaction directe entre un membre du personnel associatif et un usager prostitué, et visant généralement à une forme de réparation apportée par le premier au secondl. L'intérêt pour notre travail du second cadre théorique, celui dit des régimes d'action, est de permettre d'accéder à une appréhension des différentes compétences pragmatiques que les acteurs mobilisent dans la conduite de leur pratique. Une telle démarche relève d'une pragmatique sociologique, au sens où elle se donne pour ambition « l'observation des formes d'ajustement des personnes entre elles ou avec leur environnement dans des actions concrètes» en s'attachant pour cela à l'identification des «appuis conventionnels dont disposent les personnes, c'est-à-dire l'ensemble des ressources qui permettent d'élaborer une communauté, même minimale, de perspectives pour coordonner des actions »2. Le postulat de l'hétérogénéité interne de l'action3 sur lequel se fonde cette approche conduit à envisager l'activité humaine comme une suite de séquences au cours desquelles les agents coordonnent leur action et s'ajustent aux situations qu'ils rencontrent en s'engageant dans différents régimes de pratique régimes dont plusieurs idéaux-types (justification, violence, agapè, compassion, etc.) ont été construits par les auteurs se rattachant à ce courant4. Un tel cadre d'analyse nous a semblé adéquat pour rendre compte des diverses situations constitutives de la pratique des membres des associations et des différentes formes de ressources, savoir-faire ou repères qu'ils mettent en œuvre dans la réalisation quotidienne de leurs activités professionnelles.

1 Erving Goffman, Asiles, Paris, Minuit, 1968, pp. 375-438. 2 Nicolas Dodier, « Les appuis conventionnels de l'action. Éléments de pragmatique sociologique ", Réseaux, na 62, 1993, p. 65. 3 Cf. en particulier Laurent Thévenot, «Pragmatique de la connaissance », in A. Borzeix, A. Bouvier, P. Pharo (dir.), Sociologie el connaissance. Nouvelles approches cognitives, Paris, éditions du CNRS, 1998, pp. 101-139. 4 Voir notamment une présentation dans Philippe Corcuff, Les nouvelles sociologies, Paris, Nathan, 1995, pp. 108-114, ainsi qu'une mise en perspective épistémologique dans Thomas Benatouïl, « Critique et pragmatique en sociologie. Quelques principes de lecture ", Annales l-ISS, na 2,1999, pp. 281-317.

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Le cinquième et dernier chapitre se penche sur la position qu'occupent les associations étudiées au sein d'un univers sanitaire et social en évolution. Il s'interroge notamment sur l'avenir des dispositifs de santé communautaire au sein d'un espace de lutte contre le sida actuellement soumis à de rapides transformations induites par la disponibilité des nouvelles thérapies, ainsi que sur les effets produits par leur apparition sur les organismes de travail social à destination de la même population. Sont également abordés dans ce chapitre les portées comme les limites de leurs références et emprunts aux démarches sanitaires « participatives» initialement développées dans les pays du Tiers-Monde, ainsi que les enjeux de leur travail de redéfinition de ce que sont, et de ce dont ont besoin, les personnes prostituées. L'exemple de la santé communautaire permet de ce point de vue d'interroger tant la nature des relations entre les prestataires de l'assistance et les populations marginalisées à qui celle-ci est destinée que la consistance des compétences que requiert à l'heure actuelle l'exercice des professions du secteur médico-social. Ce livre peut être considéré comme retraçant l'histoire d'une politique publique, débutant par l'apparition inattendue d'un grave problème de santé publique, se poursuivant par l'irruption et la discussion de ce problème dans 1'« espace public» et son appropriation par les champs politique et administratif, puis par sa gestion par des acteurs associatifs élaborant et mettant en œuvre pour le résoudre des pratiques d'intervention préventive innovantes. Plusieurs lectures en sont toutefois possibles. Construit dans une perspective sociologique, il pourra intéresser les chercheurs en sciences sociales qui se consacrent aux questions de déviance, de santé ou encore de politiques publiques. Abordant un problème sanitaire affectant une population marginale et stigmatisée, il pourra également apporter des éléments d'analyse et de réflexion aux travailleurs sociaux et acteurs de santé publique en présentant des pratiques d'intervention qui mettent en œuvre des conceptions novatrices des relations avec les populations ciblées. Enfin, parce qu'il aborde un thème souvent évoqué par les médias dans un registre sensationnaliste et provoquant un certain émoi dans ce qu'il est convenu d'appeler 1'« opinion publique », il espère donner à tout lecteur intéressé par cette question des informations permettant d'appréhender les liens entre sexualité vénale et maladies sexuellement transmissibles de manière à la fois plus réaliste et plus sereine. Ce livre est l'aboutissement de plusieurs années d'étude du milieu prostitutionnel et de l'action des associations de prévention du 13

sida. Le premier chapitre présente des éléments d'une analyse du « monde du trottoir» engagée au début des années 90 dans le cadre d'une recherche collective sur la prostitution lyonnaise dirigée par Daniel Welzer-Lang1 et que nous avons depuis poursuivie et approfondie, notamment en nous consacrant à l'étude d'autres configurations locales (parisienne et marseillaise principalement). Le deuxième chapitre reprend en les synthétisant des éléments d'une thèse de doctorat en science politique soutenue en 1998 à l'Université Paris X-Nanterre2. Les troisième, quatrième et cinquième chapitres sont le fruit d'une recherche réalisée auprès des associations de Lyon et Marseille avec le soutien financier de la MIRE dans le cadre de son appel d'offre « Produire les solidarités: la part des associations »3. Ces deux derniers travaux ont donné lieu à la réalisation de 56 entretiens avec différents protagonistes de la lutte contre le sida en milieu prostitutionnel (acteurs administratifs, responsables et administrateurs de différentes associations, animatrices de prévention, infirmiers, épidémiologistes...) dont on trouvera de nombreux extraits au fil du texte. La recherche conduite pour la MIRE a également donné lieu à de longues périodes d'observation ethnographique des activités associatives dans leurs différents contextes d'intervention (permanences d'accueil au local en journée, tournées nocturnes en camping-car sur les zones de prostitution, accompagnements) ; ces observations ont permis par le biais de fréquentes conversations informelles avec les péripatéticiennes accueillies (ou l'observation de discussions entre prostituées lorsque nous n'y prenions pas part) d'obtenir de très riches informations sur les logiques et évolutions du monde de la prostitution4. Cet ouvrage n'aurait pas pu voir le jour sans J'aide et le soutien de plusieurs personnes que je tiens ici à remercier. Ma gratitude revient à l'ensemble du personnel - et, aussi, aux
1 Daniel Welzer.Lang, Odette Barbosa, Lilian Mathieu, Prostitution,' les uns, les unes et les autres, Paris, Métailié, 1994. 2 Lilian Mathieu, L'action col/ective des prostituées. Le cheminement incertain de la constitution d'un groupe, thèse de doctorat en science politique, Université Paris X. Nanterre, 1998. 3 Lilian Mathieu, Entre prévention du sida et réaffiliation sociale,' les associations de
«

1999. 4 On tient à signaler que tous les noms de personnes que l'on trouvera dans la suite du livre sont tous des pseudonymes destinés à préserver l'anonymat. Pour les mêmes raisons, et compte tenu de la similarité des activités des associations étudiées, nous avons choisi de ne pas préciser, dans la présentation de nos données ethnographiques (descriptions d'interactions ou de prises en charge), dans quelle association celles.ci ont été recueillies.

santé communautaire ", rapport pour la MillE, LASI', Université Paris X.Nanterre,

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usagers - des différentes associations de prévention du VIH en milieu prostitutionnel, pour avoir accepté de me donner accès à leur pratique et de répondre à mes questions. Un hommage tout particulier doit à ce titre revenir à Françoise Guillemaut et Martine Schutz-Samson pour leur hospitalité, leur enthousiasme et la ferveur de leur engagement. Mes remerciements vont également à Michel Dobry, qui a dirigé ma thèse et a assuré la responsabilité scientifique de la recherche sur la santé communautaire dans le cadre du Laboratoire d'analyse des systèmes politiques de l'Université Paris X-Nanterre, ainsi qu'à Philippe Corcuff qui, au sein du CERIEP de Lyon, m'a guidé dans mon apprentissage de certains des modèles théoriques mobilisés dans ce travail. Ce livre doit aussi beaucoup à l'acuité du regard critique de Joan Stavo-Debauge et à la sagacité de la relecture de Florence Miettaux.

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Chapitre

1

LE SIDA DANS L'ESPACE DE LA PROSTITUTION

Les rapports sexuels constituent un des principaux modes de transmission du virus de l'immunodéficience humaine (VIR), présent en grande concentration dans le sang et les sécrétions sexuelles des individus contaminés. Par ailleurs, il a été établi que le risque de contamination tend statistiquement à augmenter avec la fréquence des relations sexuelles et le nombre de partenaires. Des personnes comme les femmes et les hommes prostitués, retirant leurs moyens d'existence d'une multiplicité de rapports sexuels quotidiens avec un grand nombre de partenaires différents dont le statut sérologique leur est inconnu, apparaissent en conséquence comme constituant une population particulièrement exposée non seulement au risque d'être contaminée par le VIR, mais également de le diffuser parmi leurs clients et, par l'intermédiaire de ces derniers, dans le reste de la population. Tel qu'ainsi froidement exposé, ce raisonnement logique invite à considérer les femmes et hommes prostitués comme un des « groupes à risque »1 majeurs de l'épidémie à VIR, comme une des populations au sein desquelles la probabilité de rencontrer de forts taux de contamination est a priori extrêmement forte. Pourtant, la réalité sociale ne se laisse que difficilement réduire à des raisonnements épurés de ce type. Les agents sociaux sont en fait dotés - en fonction notamment de la position qu'ils occupent dans le monde social, laquelle leur impose des pratiques, ressources, représentations ou croyances propres - de capacités cognitives et pratiques leur permettant (certes de manière extrêmement inégale, et avec une efficacité toute relative) de prendre connaissance, de maîtriser et de tenter de se préserver des multiples risques auxquels s'expose leur existence quotidienne. Pour le dire autrement, une réalité biologique telle que la contamination par le VIH ne peut être comprise
1 L'expression, tirée du vocabulaire épidémiologique, de « groupe à risque» a été rapidement abandonnée (au profit de celle, plus conforme a la réalité de la transmission du virus, de « pratiques à risques») pour l'analyse de l'épidémie. à VIH suite aux critiques et accusations de stigmatisation dont elle a fait l'objet de la part de certaines des populations ainsi qualifiées.

indépendamment des contextes sociaux dans lesquels elle se concrétise et de l'épaisseur sociologique des individus, irréductibles à leur seule existence physiologique, qu'elle menace ou affecte. C'est pour cette raison que ce chapitre envisage les liens entre prostitution et sida dans une perspective sociologique, en se penchant sur la manière dont le risque de la contamination par le VIH et sa prévention ont été intégrés à la pratique et aux représentations des individus appartenant à cet univers social particulier qu'est l'espace de la prostitution. Cette perspective nous semble la mieux à même de permettre de comprendre pourquoi la situation de l'épidémie à VIH au sein de la population des personnes exerçant la sexualité vénale ne confirme pas (tout au moins dans nombre de pays, dont la France) la prédiction d'une forte contamination à laquelle invitait pourtant le raisonnement logique évoqué plus haut. Appréhendé selon des schèmes de perception propres à cet univers, intégré aux logiques pratiques spécifiques à l'exercice de la sexualité vénale, soumis à des usages multiples répondant aux enjeux et contraintes de l'espace prostitutionnel, le sida apparaît dans ce cadre non comme une simple entité biologique ou médicale, mais comme une réalité sociale complexe et multiforme. La diversité marque également les liens entre prostitution et VIH selon les contextes géographiques et sociaux: la première partie de ce chapitre présente les résultats de plusieurs enquêtes épidémiologiques réalisées dans différents pays, permettant de souligner que toutes les personnes gagnant leur vie de la vente de « services sexuels» ne se trouvent pas également armées pour faire face au risque de contamination. La seconde partie prend acte de cette diversité de contextes prostitutionnels pour se pencher sur la manière dont, dans notre pays, les femmes et les hommes prostitués ont intégré, de manière différenciée selon la position qu'elles ou ils occupent au sein de 1'« univers du trottoir », le risque de la contamination à leurs représentations et pratiques.

1. Un paysage

épidémique

différencié

On se tromperait certainement en considérant le phénomène prostitutionnel comme une réalité stable et, surtout, homogène. Si elle est présente dans l'écrasante majorité des pays du globe, la prostitution n'en est pas moins une activité connaissant de très importantes variations selon les contextes et les personnes qui s'y engagent. C'est parce qu'elle induit des rapports au sida et des 18

conditions d'exposition au virus différenciés que l'on souhaite dans cette partie souligner cette extrême diversité de la réalité prostitutionnelle en présentant des données épidémiologiques concernant la situation de plusieurs pays avant d'évoquer plus précisément la configuration française. La présentation de ces informations impose toutefois en préalable d'aborder des questions d'ordre méthodologique.

1.1. Préalable

méthodologique

La rapidité, dans les années 80, de l'expansion de l'épidémie à VIR, la complète impuissance dans laquel1e s'est à la même époque trouvé le monde médical pour lui faire face, le caractère inéluctablement mortel de la maladie, ses modes de transmission à très forte charge symbolique, la vague d'angoisse qu'elle a suscitée dans la population... ont provoqué une production discursive impressionnante, et cela principalement dans le domaine scientifique. Du fait de l'incapacité de la médecine à proposer des solutions thérapeutiques efficaces, deux domaines scientifiques ont été très vite mobilisés: l'épidémiologie qui, après avoir en 1980 rendu possible la découverte qu'une nouvelle pathologie avait fait son apparition aux États-Unis, allait permettre de suivre l'évolution de la pandémie et sa distribution dans différentes catégories de population, et les sciences sociales, qui pour leur part offraient des outils de compréhension des conditions sociales favorables à la transmission et à la diffusion du virus. En l'absence de traitement efficace à proposer aux individus malades, la priorité s'est déplacée vers ceux non contaminés mais exposés à le devenir, auprès desquels il était crucial de réaliser une intervention préventive efficace. C'est afin de présenter des connaissances solides sur lesquelles élaborer une prévention adaptée que sociologie, ethnologie ou encore psychologie sociale ont ainsi été mobilisées. Cette demande de savoir a permis le développement rapide d'un champ d'étude resté jusque là marginal dans notre pays. En effet, « au moment de l'irruption du sida dans la société française, au début des années 80, la recherche en sciences de l'homme et de la société sur la sexualité était peu développée: quelques chercheurs éparpi11és,pas de structuration de la recherche par les grands organismes, pas de laboratoires inscrivant centralement cette thématique dans leur domaine

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de recherche »1. Les enquêtes pionnières de Michael Pollak2 auprès des lecteurs de la presse gaie ont donné le coup d'envoi à un grand nombre de travaux consacrés aux multiples formes et aspects de la sexualité. Le terrain de la prostitution qui, jusqu'à l'apparition du sida, était dédaigné par les chercheurs en sciences sociales (à l'exception notable des historiens) a largement profité du développement de ce secteur de recherche. Plusieurs travaux sociologiques consacrés à la sexualité vénale, dont nous présenterons les résultats au fil de ce chapitre, ont ainsi pu produire de nouvelles connaissances sur cet univers alors peu et mal connu. À ces informations sociologiques sur la prostitution, le plus souvent produites selon des méthodologies qualitatives (entretiens, observations ethnographiques.. .), sont venues s'ajouter les données quantitatives de l'épidémiologie, discipline principalement représentée en France, sur ce terrain, par les chercheurs du Centre européen de surveillance épidémiologique (CESES), rattaché à l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Le champ de l'étude du sida n'est pas un domaine scientifique désintéressé. Les connaissances qu'il produit n'ont pas de valeur qu'en elles-mêmes, mais aussi en ce qu'elles constituent un appui pour la lutte contre l'épidémie. Leurs conditions de production, desquelles dépend leur domaine de validité, représentent dans ces conditions un élément crucial. Selon la méthodologie mise en œuvre, la durée de l'enquête, le nombre de personnes étudiées, le mode de constitution et la taille de l'échantillon... des recherches consacrées au même objet produiront des résultats sensiblement distincts - ce qui ne veut pas dire de valeurs inégales - et présenteront des apports différents pour la prévention. Cet aspect est d'autant plus important à garder en mémoire s'agissant du sida, c'est-à-dire d'une maladie sexuellement transmissible (MST) fréquemment associée à la déviance et qui a été au moment de son apparition (et reste encore dans une large mesure) un objet de rumeurs fantasmatiques. Parce que le sida a été perçu, construit, mobilisé - et souvent vécu par les personnes concernées - comme un stigmate, les informations quant à sa présence et à l'ampleur de celle-ci dans une population donnée sont hautement sensibles et doivent être maniées avec précaution. Cette prudence s'impose tout particulièrement dans le cas des prostituées, c'est-à-dire d'une population marginalisée et stigmatisée dont l'activité entretient des liens anciens et étroits avec les MST. Surtout, les données concernant la prostitution sont nécessairement limitées: loin de constituer un
1 Véronique Doré et al., «Présentation », in Sexualité et sida. Recherches en sciences sociales, Agence nationale de recherche sur le sida, 1995, p.S. 2 Cf. notamment Michael Pollak, Les homosexuds et le sida, Paris, Métailié, 1988.

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univers stable et bien délimité dont on pourrait avoir une connaissance statistique parfaite, l'espace de la prostitution est extrêmement fluide et informel; ses frontières sont indécises, ses effectifs constamment mouvants, sa population hétérogène, vivant dans une semi clandestinité et rétive à toute démarche d'enquête. En conséquence, la production de données scientifiques sur cette population se révèle une entreprise le plus souvent extrêmement ardue. Faute de base de comparaison stable, les données chiffrées, en particulier, ne peuvent souvent prétendre qu'à une représentativité toute relative. On prendra donc bien soin, tout au long des pages qui vont suivre, de garder constamment à l'esprit la dimension nécessairement provisoire, et la pertinence relative, des informations qui seront présentées. Il ne s'agit pas ici de dénoncer, en les qualifiant péremptoirement de « biaisées », comme dépourvues de justesse ou de véracité des informations nécessairement limitées, mais de toujours les rapporter à leurs conditions de production qui définissent les limites de leur validité scientifique; une recherche conduite auprès de prostituées toxicomanes, par exemple, ne saurait prétendre apporter des informations sur l'ensemble de la population prostituée, mais fournira certainement des indications précieuses sur les liens entre usage de drogues et sexualité vénale. Non seulement la composition de l'échantillon étudié joue-t-elle un rôle, mais également les conditions pratiques de sa constitution et de l'enrôlement des personnes dans la recherchel : des procédures d'enquête contraignantes (ou perçues comme telles), imposant aux personnes de se soumettre à un test ou de répondre à un questionnaire sur leurs pratiques sexuelles, produiront inévitablement des résultats différents de ceux issus de démarches basée sur le volontariat. Dans ce contexte, le danger ne réside pas tant dans la production de «mauvaises» données scientifiques que dans leur mauvaise (parce que négligeant de prendre en compte les limites de leur domaine de validité) utilisation. Ces utilisations déficientes ne sont jamais sans effets ni conséquences - ni, parfois, d'arrièrepensées -, le plus souvent dommageables pour la lutte contre l'épidémie, comme on le verra dans le prochain chapitre où l'on évoquera plusieurs situations où un taux de contamination par le VIH
1 Ainsi W. Darrow signale-t-il des enquêtes épidémiologiques réalisées auprès de prostituées nigérianes fréquentant un dispensaire anti-vénérien ou de péripatéticiennes américaines incarcérées; on conçoit sans peine que dans les deux cas les conditions de réalisation de l'enquête aient exercé une influence non négligeable sur les résultats obtenus; cf. William Darrow, « Prostitution, intraveinous drug use and HIV -1 in the United States », in Martin A. Plant (ed.), AIDS, Drugs and Prostitution, London, Routledge, 1993, pp. 19 et 23. 21

supposé élevé chez des prostituées a été mobilisé à l'appui d'une demande de mesures de contrôle sanitaire coercitivesl. Dans le domaine du sida sans doute davantage que dans d'autres domaines, la production de données scientifiques ne peut être autonomisée de ses usages SOCIaux.

1.2. Panorama international
Les conférences internationales sur le sida sont tous les deux ans l'occasion pour les épidémiologistes de faire un point, en comparant la situation des différents pays, sur l'évolution et les formes que prend dans le monde l'épidémie à VIR. La conférence de Vancouver, tenue en 1996, avait par exemple permis de constater une grande disparité de situations quant à la prévalence du VIR chez les prostituées: «25 % parmi 143 femmes venant effectuer des dépistages de MST à Montego Bay (Jamaïque) ; 9 % parmi 76 femmes à Kingston (Jamaïque) ; 3,4 % parmi 291 femmes à Buenos Aires; 0,14 % parmi 1389 femmes vues dans une clinique MST à Mexico; 3,6 % parmi les femmes travaillant dans la rue et 0 % parmi les femmes "enregistrées" au Venezuela; 86 % parmi 149 femmes au Zimbabwe; 60 % parmi 1201 femmes vues dans une clinique MST à Abidjan; 30 % parmi 601 femmes à Kinshasa; 16,8 % au Cameroun; 0,2 parmi 969 femmes à Madagascar (prévalence très basse pour un pays si proche du continent africain) ; 0% parmi 584 femmes au Japon; 4 % parmi 204 femmes à Pune; 15 % parmi des femmes testées en prison aux États-Unis »2. Telle qu'elle est démontrée dans cette énumération, cette disparité - dont on aura remarqué qu'elle marque également les conditions de constitution et la taille des échantillons à partir desquels sont produites les données épidémiologiques - peut à première vue apparaître incohérente. Elle n'en correspond pas moins à des logiques sociales spécifiques, relatives
1 Un exemple de mauvaise utilisation de données à la valeur limitée nous a été fourni lors du séminaire européen sur la prostitution tenu à Lyon en février 1999, au COUTS duquel il fut affirmé sans autre indication que le taux de contamination par le VIH chez les prostituées d'une grande ville était de 15 %. Vérification faite, ce chiffre avait été fourni par un organisme médico-social à partir d'un échantillon d'une centaine de ses usagers. Compte tenu de la nature des activités de cet organisme d'assistance, il n'était pas surprenant mais certainement pas représentatif de d'y compter un pourcentage important de l'ensemble des prostituées de la ville ~ersonnes présentant ce problème de santé. Anne Serre, « Prostitution: succès et impasses de la prévention », Transcriptase Journal du sida - ANRS, 1996, na spécial, XIe Conférence internationale sur le sida de Vancouver, p. 22.

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aux conditions d'existence et de pratique des prostituées dans chaque pays. Une comparaison par zones géographiques, telle que celle proposée en 1994 par N.P. McKeganeyl, peut permettre d'y voir un peu plus clair. Tout en présentant des taux de contamination très différents selon les pays (de 0,9 % parmi 11750 femmes en Sierra Leone en 1993 à 62 % de 418 femmes à Nairobi en 1990)2, l'Afrique apparaît comme le continent où la prévalence du VIR chez les prostituées est à la fois la plus importante et la plus ancienne, et où la transmission - très majoritairement hétérosexuelle - du virus a été la plus rapide; celle-ci aurait notamment été favorisée par de forts taux d'infection antérieure par d'autres maladies sexuellement transmissibles, entraînant de moindres capacités de résistance de l'organisme face au virus, chez les femmes prostituées3. Quoique plus tardivement atteinte par l'épidémie, l'Asie a progressivement tendu à présenter une situation se rapprochant de celle de l'Afrique; dans les régions dont la population de prostituées compte parmi les plus touchées (Thaïlande, Bombay...), la diffusion de l'épidémie a été très rapide et a été largement favorisée par une utilisation irrégulière des préservatifs, ainsi que par des antécédents de MST. La majorité des différents pays d'Amérique latine présentent des taux de contamination généralement moins élevés que ceux rencontrés en Afrique et Asie (de 0,5 % parmi 17184 prostituées mexicaines en 1992 à 25 % parmi 176 femmes à Porto Rico en 1993)4; pour autant, les forts taux d'infection par des MST rencontrés laissent craindre une possible extension rapide du VIH au sein de cette population. Amérique du Nord et Europe, pour leur part, présentent des situations globalement similaires; c'est sur ces deux continents que l'on rencontre les taux de séroprévalence chez les prostituées les plus faibles ainsi que la plus haute fréquence d'utilisation des préservatifs. Cette situation favorable masque en fait une grande inégalité devant le virus selon que les personnes sont ou non toxicomanes; à la différence des autres continents, la principale voie de transmission du VIH chez les prostituées n'est pas la voie sexuelle, mais la voie sanguine par le partage de seringues. À titre d'exemple, McKeganey
1 Neil P. McKeganey, « Prostitution and HIV: What do we know and where might research be targeted in the future?", MDS, 8, 1994, Pl'. 1215-1226. 2lbid., tableau l, p. 1216. L'auteur avance que « these differences in part reflect the different times at which the virus entered the local population within these areas, and thus may diminish over time ». 3 Voir par exemple, pour Ie Ghana, Alfred Neequaye, « Prostitution in Accra », in 175-185. MA Plant (ed.), op. cil., Pl" 4lbid., tableau 4, p. 1218.

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cite une étude espagnole signalant une séroprévalence de 3,4 % chez des prostituées abstinentes contre 50,9 % chez leurs consœurs usagères de drogues par voie intraveineusel. Plusieurs études américaines indiquent que les variables raciales ou ethniques n'interviennent pas significativement dans le rapport au VIH, les prostituées noires n'apparaissant pas exposées de manière significativement différente de leurs consœurs blanches ou hispaniques; W.N. Elwood et al. signalent ainsi dans leur étude auprès de personnes échangeant des services sexuels contre de la drogue qu'« il apparaît que les facteurs culturels ethniques ou raciaux n'ont pas d'influence sur le fait de vendre du sexe contre de la drogue » et que « les efforts de prévention devraient s'intéresser aux questions de pauvreté et d'impuissance (powerlessness) plutôt qu'à la catégorie des femmes afro-américaines »2. En revanche, la prostitution des personnes migrantes pose dans les pays européens des problèmes spécifiques. Les prostituées étrangères exerçant dans la Communauté européenne sont principalement originaires d'Afrique, d'Europe de l'Est, d'Amérique latine et dans une moindre mesure d'Asie; cette tendance à l'internationalisation est relativement récente (depuis la chute du mur de Berlin dans le cas des prostituées d'Europe de l'Est) et concerne principalement la Belgique, l'Allemagne et la Hollande3. Parfois en situation irrégulière (ce qui les contraint à vivre dans la clandestinité), appartenant dans certains cas à des réseaux internationaux de proxénétisme contrôlant étroitement leurs activités et limitant leur autonomie d'action, et disposant généralement d'un capital culturel et d'un niveau d'information sur le VIH faibles, ces femmes se trouvent davantage exposées aux agressions et fragilisées

lIbid., p. 1217. Pour une revue des données européennes, cf. Anne Serre, Prévention de l'infection par le VIH auprès de personnes prostituées en France, Thèse de doctorat en épidémiologie et santé publique, Université Bordeaux 2,1998, pp. 21-31. 2 W.N. Elwood, M.L. Williams, D.C. Bell, A.J. Richard, « Powerlessness and HIV prevention among people who trade sex for drugs ('strawberries') », AIDS Care, vol. 9, n° 3,1997, p. 281. Cf. également Dan Waldorf, Sheigla Murphy,« lntraveinous Drug Use and Syringe-Sharing Practices of Call Men and Hustlers », in M.A. Plant (ed.), op. cit., pp. 109-131 3 Concernant ce dernier pays, N. Van der Vleuten de la Fondation contre le trafic des femmes (STV) des Pays-Bas signale que «de plus en plus de femmes non européennes travaillent dans des bordels et des sex clubs. Cette dimension internationale modifie les fonnes de management de la prostitution; elle est gérée sur une grande échelle, et devient hautement industrialisée (...) Maintenant de gigantesques entreprises se sont créées, pendant que des pourvoyeurs ayant des connections internationalcs se sont assurés d'un contrôle total du marché », cité in Marie- Victoire Louis, « La conférence européenne sur le trafic des femmes: vers une reconnaissance du proxénétisme », Projets féministes, n° l, 1992, p. 35. 24

devant la contamination que leurs consœurs européennes, et
nécessitent des approches préventives spécifiquesl. En dépit de ces différences entre les continents, dans tous les pays apparaissent les mêmes tendances lourdes: les taux de séroprévalence les plus importants sont rencontrés parmi les prostituées soumises aux conditions d'existence les plus difficiles et dont les modes d'exercice de la sexualité vénale sont les plus précaires (ce qui contribue en partie à expliquer que celles des pays en voie de développement soient davantage infectées que celles des pays riches), la contamination est favorisée par une infection préalable par une ou plusieurs MST, et une corrélation forte existe entre toxicomanie (incluant la consommation d'alcool) et exposition au VIR. Les données que l'on vient de présenter concernent exclusivement la prostitution féminine. Les informations concernant les rapports entre prostitution masculine et VIR sont beaucoup plus rares, et sont issues de recherches menées dans un nombre plus réduit de pays et concernant des échantillons de taille souvent restreinte2. Les différentes enquêtes présentent toutefois des résultats convergents, indiquant des taux de contamination supérieurs chez les rrostitués masculins (et spécialement chez les travestis et transsexuels) que chez leurs consœurs féminines. À titre d'exemple, au début des années 90, alors que moins de I % d'un échantillon de prostituées de Londres étaient séropositives, 27 % d'hommes prostitués de la même ville étaient contaminés4. Les prostitués masculins présenteraient par ailleurs de forts taux d'infection par d'autres MST. La supériorité des taux de contamination chez les hommes s'expliquerait notamment par des pratiques plus à risques (pénétration anale), ainsi que par une prévalence de l'infection supérieure chez leurs clients que chez ceux des prostituées femmes5, et serait renforcée par d'autres facteurs de risques tels qu'une présence relativement forte de la toxicomanie et des conditions d'existence précaires. N.P. McKeganey fait cependant remarquer qu'il convient de ne pas trop vite considérer prostitutions
1 À ce titre, il convient de citer les activités du réseau de recherche et d'action européen TAMPEP (Transnational AIDS/STD prevention among migrant prostitutes in Europe project). 2 Cf. la revue des données européennes dans A. Serre, Prévention de l'infection..., op. cit., pp. 32-36. 3 A. Serre signale par exemple qu'« à Santos au Brésil, on observe des différences entre hommes non travestis (30,4 %) et hommes travestis (49,6 %) », Anne Serre,
« Impact
Journal

Yokohama, p. 50. 4 N.P. McKeganey, art. cit., p. 1219. 5 A. Serre, « Impact de l'infection... », art. ciL.,p. 50. 25

de l'infection et de la prévention chez les sex workers », Transcriptase sur le sida de du sida ANRS, 1994, n° spécial, Xe Conférence internationale

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masculine et féminine comme radicalement distinctes et séparées l'une de l'autre, notamment en ce que nombreux sont les clients à fréquenter des prostitués des deux sexes; à Atlanta, par exemple, « au cours des 10 dernières années 64 % des clients de prostitués masculins ont signalé avoir eu des rapports sexuels avec des hommes et des femmes et 39 % ont signalé avoir eu recours à une femme prostituée au moins une fois »1. Ces différentes informations épidémiologiques permettent de constater qu'une même pratique - celle en l'occurrence de la sexualité vénale - peut selon les conditions sociales dans lesquelles elle prend place exposer plus ou moins directement à la contamination par le VIH. Comprendre les liens entre prostitution et sida impose par conséquent d'ôter à la pratique prostitutionnelle son évidence immédiate pour en dégager les différents éléments constitutifs, contraintes et logiques. Ainsi l'exposition au virus apparaît-elle dans l'ensemble des pays directement liée aux conditions et niveau de vie des personnes prostituées, celles-ci étant d'autant plus fragilisées que leurs conditions d'existence et d'exercice sont précaires. Les résultats d'nne étude menée en Thaïlande et rapponée par A. Serre sont à ce titre exemplaires: « Deux types de populations ont été comparées: les "direct CSWs" [commercial sex workers], qui sont les personnes prostituées des maisons closes, et les "indirect CSWs" qui sont les personnes prostituées des bars, des salons de massage ou des clubs. Les "direct CSWs" étaient plus souvent infectées, en moyenne plus jeunes (20 ans versus 26 ans), moins scolarisées (43 % vs 7 %), avaient un nombre moyen de clients par jour plus élevé (9 vs 4), une incidence de MST à six mois de suivi plus élevée (...) et un taux de suivi à six mois plus bas (58,5 % vs 75,5 %) »2. A ce titre, des éléments tels que la toxicomanie ou les conditions d'exercice doivent être compris non seulement comme des variables définissant une exposition au risque, mais également comme des indicateurs du degré de précarité dans lequel se trouve la personne. De même convient-il de ne pas autonomiser la pratique prostitutionnelle du contexte social plus large dans lequel elle s'inscrit, et notamment du degré de stigmatisation et de répression des prostituées. Des pratiques policières répressives (pénalisation du racolage, par exemple, voire comme aux Etats-Unis interdiction de la prostitution) fragilisent les prostituées en leur imposant d'exercer dans la clandestinité, quand elles ne les dissuadent pas d'utiliser les protections comme en Australie où la présence de préservatifs dans des
1 N.P. McKeganey, art. cil., p. 1219. 2 A. Serre, « Impact de l'infection...», art. cil., p. 50.

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salons de massage a pu être utilisée par la police comme preuve qu'une prostitution illégale y était exercée). La pratique policière consistant à considérer la possession de seringues comme une preuve de toxicomanie contribue elle aussi à fragiliser les prostituées usagères de drogues en les dissuadant de s'équiper ~n matériel stérile et en leur imposant de partager des seringues; dans une étude réalisée en Californie, il est ainsi apparu que la peur d'être arrêté pour détention de seringue faisait partie des raisons les plus fréquemment invoquées par les toxicomanes pour justifier le partage de matériel d'injection2. Dans un ordre de préoccupation très proche, P.M. Pyett et DJ. Warr ont fait remarquer que dans la ville australienne de Victoria, où la prostitution de rue est illégale, cette pénalisation tend à fragiliser les prostituées face aux agressions de leurs clients et à leur faire intérioriser un sentiment de résignation et d'indignité non sans influence sur leur rapport à leurs propres santé et existence. Les auteurs plaident en conséquence pour une décriminalisation de la prostitution, selon eux condition de capacités de résistance accrues face à la violence ainsi que d'une meilleure estime de soi chez les prostituées3. Les représentations de la sexualité et le statut socioéconomique des femmes dans chaque société exercent eux aussi, quoique de manière moins directement perceptible, une influence décisive d'une part sur les contraintes amenant un nombre important de femmes à subvenir à leurs besoins par la prostitution, d'autre part sur leur capacité à se protéger de la contamination. Une bonne information des prostituées sur la nécessité de l'utilisation du préservatif, par exemple, ne peut dans certains pays où la domination masculine est particulièrement forte suffire pour déboucher sur l'adoption effective de pratiques protégées: «Une étude auprès de femmes prostituées à Hong Kong (...) a montré que malgré que nombre de ces femmes étaient bien informées sur les risques de contamination par le VIH, elles se sentaient relativement incapables d'exiger l'utilisation des préservatifs lorsqu'elles devaient faire face à des clients réticents »4.
I Christine Harcourt, Ross Philpot, ({ Female Prostitutes, AIDS, Drugs and Alcohol in New South Wales », in M.A. Plant (ed.), op. cit., p. 143. 2 D. Waldorf, S. Murphy, art. cit., p. 120. Les mêmes auteurs soulignent J'influence des lois répressives de ce type sur les statistiques épidémiologiques : ({ Aux États. Unis la possession d'une seringue sans prescription médicale est interdite par la loi dans certains États (oo.) il est à remarquer que l'État du Minnesota n'a pas de loi interdisant la possession de seringues et ne compte pas un grand nombre de cas de sida dus à la toxicomanie par voie intraveineuse, contrairement à d'autres États qui interdisent la ~ossession de seringues» (p. 118). ({ P.M. Pyett, OJ. Warr, Vulnerability on the streets: Female sex workers and HIV risk », AIDS Care, vol. 9, n° 5, 1997, pp. 539.547. 4 N.P. McKegam:y, art. ci!., p. 1223.

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Ce type de facteur joue également sur la disponibilité des moyens de prévention, les préservatifs étant dans certains pays difficilement dans nombre de régions accessibles - pour des raisons économiques du Tiers-Monde, mais aussi parfois parce que certains États voient d'un mauvais œil leur mise à disposition pour des raisons morales ou religieuses -, ou en ce que leurs sollicitation ou possession sont socialement perçues comme des indices de « mauvaises mœurs» stigmatisant les « femmes faciles ». La leçon que ce bref panorama international des relations entre sexualité vénale et sida permet de tirer est que sous le même terme de prostitution se trouvent en fait réunies des situations sociales et des pratiques extrêmement hétérogènes. Il convient donc, lorsqu'on aborde ce domaine, de se garder du péril substantialiste auquel expose le langage ordinaire et qui consiste, selon la formule de Wittgenstein, en la recherche « d'une substance qui réponde à un substantif »1. Utiliser uniformément le terme de « prostitution» tend en effet à présupposer qu'une identité commune, voire une essence universelle, unissent les différentes pratiques agrégées sous le même terme, identité et essence qui, pourtant, sont loin d'aller de soi. À bien y regarder, et malgré leur désignation par le même vocable, il y a souvent davantage de différences que de points communs en termes de conditions d'exercice, de conditions de vie et de statut social des prostituées, d'adhésion ou non au statut de péripatéticienne, ou encore de tolérance ou condamnation morale de la sexualité vénale - entre, par exemple, la prostitution derrière vitrine qui a fait la célébrité du «quartier chaud» d'Amsterdam et celle, plus informelle, non nécessairement reconnue comme telle et pas toujours limitée à la prestation de services sexuels, exercée dans plusieurs grandes villes africaines2. Le travail comparatiste de l'anthropologue Paola Tabet a ainsi montré que les «relations sexuelles contre compensation », outre qu'elles
I Ludwig Wittgenstein, Le cahier bleu et le cahier brun, Paris, Gallimard, 1965, p. 51 ; sur le danger du substantialisme dans les études sur la prostitUtion, cf. Lilian Mathieu, « Portée et limites du comparatisme : quelques questions soulevées par la prostitution masculine », in H. Dagenais (die), Pluralité et convergences. La recherche féministe dans la Francophonie, Montréal, éditions du Remue-ménage, 1999, pp. 260-282. 2 1. Bardem et 1. Gobatto évoquent par exemple ces «femmes libres» de Ouagadougou dont les activités ne se laissent pas facilement ranger dans la catégorie de prostitution: « Une femme élégamment parée, qui boit un verre à la terrasse d'un bar sans attitude provocante ou des jeunes filles qui viennent s'amuser en boîte de nuit n'apparaissent pas au premier abord comme des marchandes de sexe. Ces pratiques n'excluent d'ailleurs pas une certaine attirance, voire de l'affectivité. Certains parleront de prostitution, d'autres non (H') Ces jeunes femmes pratiquent en tout cas une sexualité de service»; Isabelle Bardem, Isabelle Gobatto, «Sexualité et prévention du sida en milieu urbain africain », in Le sida en Afrique. Recherches en sciences de l'homme et de la société, ANRS-ORSTOM, 1997, p. 55.

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peuvent prendre des formes phénoménales très hétérogènes, sont l'objet de perceptions et suscitent des réactions sociales extrêmement diverses - notammentselonque le produit de l'échangeest géré par la femme ou par sa parentèle masculine1, Ce n'est qu'intégrée dans le contexte culturel et social particulier qui lui donne son sens - en même temps qu'il contribue à façonner ses modalités concrètes

d'exercice -

qu'une pratique telle que l'échange de

«

services

sexuels» contre rétribution matérielle peut être comprise dans ses multiples dimensions.

1.3, La situation

française

On l'a signalé, la situation des prostituées occidentales, et notamment françaises, face au sida est nettement distincte de celle de leurs consœurs des pays en voie de développement. Cette partie permettra de revenir plus en détail sur cette spécificité, en mobilisant en particulier les résultats des différentes études conduites depuis la fin des années 80 au sein de l'univers prostitutionnel français. C'est en 1989 que paraît dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire la première revue des données disponibles sur l'état de l'épidémie à VIH parmi les prostituées françaises2, Il y est signalé qu'au mois de juin 1989, sur les 998 femmes alors atteintes du sida alors recensées par la Direction générale de la santé, 29 ont déclaré exercer la prostitution, Parmi elles, 16 sont toxicomanes, 9 ont été contaminées par un partenaire sexuel régulier séropositif, une a été contami,née lors d'une transfusion sanguine; pour les trois autres l'origine de la contamination n'est pas connue. Ces informations soulignent l'importance des facteurs géographiques: alors que pour les femmes résidant dans la région Antilles-Guyane le mode prédominant de contamination est sexuel (8 femmes sur 10)3, en métropole la toxicomanie apparaît comme le facteur de risque prédominant chez les prostituées. Par ailleurs, les mêmes données concernant cette fois les hommes signalent que sur un total de 6151 individus contaminés
1 Paola Tabet, « Du don au tarif", Les temps modernes, n° 490, 1987, pp. 1-53; cf. également Isabelle Goballo, « De "la sexualité vénale" aux formes d'échanges monnayés. De "la" variable aux interactions: l'intérêt des nuances ", Sciences sociales et santé, vol. 15, n° 3,1997, pp, 61-67. 2 Isabelle de Vincenzi, « Sida et prostituées. Revue des données françaises ", Bulletin épidémiologique hebdomadaire, n° 40, 1989, pp. 165-166. 3 Le même article signale une étude conduite en Martinique entre 1985 et 1988 auprès de 64 femmes venant consulter dans un centre antivénérien, 26 (41 %) se sont révélées infectées par le VIH. parmi lesquelles

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