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RADIOSCOPIE D'UN CREATIF

De
128 pages
La personnalité de l'artiste est une curieuse rencontre de forces et de faiblesses extrêmes. En lui se déchaînent plus qu'en tout autre les pulsions de vie et de mort. Comme l'oeuvre d'art, l'écriture exprime l'inconscient de son auteur. L'auteur porte son étude sur une centaine d'écritures, à travers trois étapes de la créativité : la naissance de la vocation à travers chacun des stades freudiens (oral, anal, phallique), le phénomène de la sublimation et la constitution du moi ; l'élaboration de l'oeuvre à partir de la réalité extérieure, selon les fonctions jungiennes (sensation, sentiment, intuition) ; la restitution de l'oeuvre au monde, qui fait de l'artiste un être à la fois différent des autres et interprète de tous.
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RADIOSCOPIE D'UN CREATIF
Essai sur la personnalité artistique

@ L'Harmattan,

1997

ISBN: 2-7384-5157-8

Andrée LAFON

RADIOSCOPIE D'UN CREATIF
Essai sur la personnalité artistique
Préface de Vincent BIOULES

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Je remercie

Patrick ANDRE, qui m'a enseigné la graphologie et qui a suscité cette étude; Marc LEVY, qui a judicieusement éclairé mon chemin psychanalytique;
et tous les artistes dont j' ai utilisé l'écriture.

PREFACE
N'est-il pas merveilleux d'être tout entier dans ces quelques mots écrits à la hâte sur un bout de papier? Mais ce qui m'émerveille n'est point d'y être percé àjour par un oeil exercé mais que je puisse en fin de compte m'appuyer de tout mon poids et de toutes mes forces sur ce petit miroir de moi-même. En effet, nous y voici totalement rassemblés. Nos qualités et nos défauts, nos faiblesses et notre force y forment un tout indéfectible.
Ce qui se dégage progressivement de l'étude d'Andrée Lafon est bien que les véritables créateurs savent se servir de leurs manques et que leur vulnérabilité si singulière puisse devenir le point d'appui de leur énergie et de leur imagination. Ce lien étroit et indestructible entre leur fragilité et leur vitalité paradoxale est bien la preuve que tout être peut tirer parti de ce qui le met en péril, d' y puiser les raisons de se battre et de s'avancer en équilibre audessus de l'épouvante.

Je dis souvent à mes élèves que si nous voulons vraiment savoir qui nous sommes il faut nous référer d'abord à nos dessins; qu'il s'agisse de croquis ou d'oeuvres plus élaborées. Là, imposible

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de tricher. C'est toute notre âme qui s'y trouve mise à nu et quelle que soit notre habileté manuelle.

La couleur, la matière, la composition nous permettent souvent de différer ce solennel rendez-vous et de mieux contrôler l'éclairage dont nous aimerions tant qu'il nous embellisse.
Si l'étude du dessin et sa pratique continue semblent à d'aucuns rébarbatives, c'est bien parce qu'elles constituent une épreuve, une sorte de douloureux face à face avec nos impuissances et nos ambitions; mais une épreuve initiatique.

J'ai remarqué pour mon propre compte qu'il m'était plus facile de me détacher intérieurement d'un grand tableau que d'un petit dessin ou d'une petite aquarelle que j'exécute apparemment avec plus de facilité. Au premier je dis: bon débarras! alors que dans le second cas j'ai l'impression d'une perte infiniment plus profonde. C'est que je sais depuis longtemps tenir là les clefs de mon travail et de son devenir, et que ce petit croquis dans son apparente insignifiance continue de me chuchoter aux yeux ce qui me permet d'avancer sans crainte en me répétant cet adage attribué tour à tour à Jean Cocteau et à Picasso: "Ce que l'on te reproche, cultive-le, c'est toi".

Vincent Bioules Novembre 96.

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Introduction: L'Art et l'Ecriture
"Tout se tient dans l'oeuvre des hom-

mes: l'art des jardins et celui du poème, la musique et la danse, l' architecture et l'écriture" (Etiemble - L'Ecriture)

Au commencement, l'écriture était une oeuvre d'art.
Depuis les temps reculés où les signes ne suggéraient que des idées et se déchiffraient comme des rébus, jusqu'aux siècles précédant l'imprimerie où l'on "dessinait" les lettres,l' homme apprit à fixer son message dans diverses matières, avec des outils différents. Au long des âges, selon les climats et les moeurs, et à mesure que progressaient ses connaissances, il écrivit sur l'ardoise, l'ivoire, le bronze, l'écaille de tortue, ou sur des supports plus souples comme l'écorce des arbres, les peaux de bêtes, la cire et la soie. Il utilisa le style, le calame ou la plume d'oiseau. En même temps que les instruments et les substances, changeaient les mentalités et les formes. Mais ce qui demeurait, c'était l'idée que cette

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empreinte pouvait durer, donc qu'elle se devait d'être belle et qu'il fallait lui consacrer son temps et son savoir-faire. Qu'ils soient scribes égyptiens traçant des hiéroglyphes sur le papyrus, calligraphes chinois peignant des symboles abstraits, ou moines bénédictins décorant des livres d'enluminure, ces scripteurs rivalisaient d'application et de perfectionnisme pour réaliser l'oeuvre écrite. Chaque civilisation donnait ses modèles, prescrivait ses règles, en vue de formes harmonieuses et parfaitement achevées. Ainsi le peintre chinois se voyait-il proposer ces conseils dans "Les Sept Mystères de la Calligraphie" : la ligne horizontale doit être "pareille à un très long nuage qui termine abruptement", le point est comme "un rocher qui tombe avec violence du haut d'une falaise"; le trait oblique, c'est "la corne du rhinocéros", la courbe évoque l'arc, et la ligne verticale "un cep vieux de mille ans mais encore plein de vigueur..." Modèles poétiques et qui laissaient une petite place à l' imagination du calligraphe, mais révélaient ses qualités artistiques plutôt que sa personalité profonde. Au contraire de l'écriture des artistes modernes, pour qui elle est devenue un moyen banal de communication plus qu'une expression de créativité. Sauf, peutêtre, pour certains peintres - citons Mathieu, Hartung ou Soulages - qui semblent avoir gardé la nostalgie d'une calligraphie artistique et qui, après s'être dépouillés de leur potentiel figuratif, en viennent à styliser les formes comme s'ils traçaient, à longueur de tableaux, les lettres d'un alphabet géant! Si l'art - du moins le pictural - maintient un certain rapport avec l'écriture, l'écriture n'exige plus une démarche artistique. Mais elle fait partie de la production de l'artiste, qui est un tout. A la recherche de son identité, en élaborant sa structure intérieure, il construit aussi la forme et le rythme de son oeuvre, en même temps que la forme et le rythme de son écriture. L'oeuvre ressemble à celui qui la crée, et l'écriture aussi va lui ressembler. Car dans

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