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Régions et régionalisation en Côte-d'Ivoire

184 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296198807
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Régions et régionalisation en Côte d'Ivoire

LA COTE-D'IVOIRE

A L'HARMATTAN

AMONDJI Marcel; Côte-d'Ivoire - Le P.D.C.I. et la vie politique de 1944 à 1985, 1986, 208 p. Côte-d'Ivoire - La dépendance et l'épreuve des faits, 1988, 188 p. Front populaire ivoirien (F.P.I.); Propositions pour gouverner la Côte-d'Ivoire - tome 1, introduction de Laurent Gbagbo, 1987, 197 p. GBAGBO Laurent: Côte-d'Ivoire - Economie et société à la veille de l'indépendance (1940-1960), 1982, 256 p. Côte-d'Ivoire - Pour une alternative démocratique, 1983, 180 p. KOFFI TEYA Pascal: Côte-d'Ivoire - Le Roi est nu, 1985, 132 p. BERNARDET Philippe: L'association agriculture/élevage chez les Peuhls semi-transhumants de Côte-d'Ivoire, 1985, 235 p.
BREDELOUP Sylvie; Négociants au long cours

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Rôle moteur du

commerce dans une région de Côte-d'Ivoire en déclin: Dimbokro - Préface de Georges Balandier, 1989. NAKA Léon: Le Tiers-Monde et la crise de l'endettement des années 80 - Fléchissement des flux financiers en direction des pays en développement, préface de V. Giscard d'Estaing, 1989, . 180 p. « Afrique 2000 »/L'Hannattan. TEDGA Paul J.-M.: Enseignement supérieur et Afrique noire francophone, 1988, 224 p., PUSAF-L'HARMATTAN. TERRA y Emmanuel (sous la direction de); L'Etat contemporain en Afrique, 1987,418 p. Table-Ronde de décembre 1985. PlAUL T Marc H. (sous la directi~n de): La colonisation, rupture ou parenthèse?, 1987, 326 p. HAUMONT Nicole et MARIE Alain (sous la direction de) : Politiques et pratiques urbaines dans les pays en voie de développement, 2 tomes, 1987, Colloque de septembre 1985. WONDTI Christophe: La côte ouest-africaine du Sénégal à la Côte-d'Ivoire (1500-1800), 1984, 164 p. De ROUVILLE C.: L'organisation sociale des Lobi (Burkina Faso et Côte-d'Ivoire), 1987,260 p. GIRARD: Les Deïma, 2 volumes (en diffusion). NUGUE E. et LAGET E.: Artisanat traditionnel en Côte-d'Ivoire, 1987,286 p. Lettre-préface de GBAGBO Laurent: Histoire d'un retour J. K. Analey, 1989, 75 p. SERY Antoine: Après lafaillite, l'espoir?, 1990, 200 p.

Etc.

L. NGUESSAN-ZOUKOU

RÉGIONS ET RÉGIONALISATION
" EN COTE D'IVOIRE

L'Hannattan 5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

AUTRES ÉTUDES DU MÊME AUTEUR:

Oumé et sa région, essai de géographie économique et humaine d'une région forestière de Côte d'Ivoire (1975-1980). Géomorphologie: Contribution à l'étude des Inselbergs de la région de Korhogo. Thèse pour le Doctorat de 3ème cycle: Immigration, développement économique et intégration nationale dans la région d' Oumé. (1982, Paris 7). Les Gban (1989).

@ L'Hannattan, 1990 ISBN: 2-7384-0569-X

«Pour renforcer la conscience nationale. .. il faudrait que chacun bénéficie de façon plus équitable de la croissance économique et des actions de l'Etat; dans le cas contraire, certains individus, certaines couches sociales, certaines régions finiraient par se sentir en marge de la collectivité nationale. Plus fondamentalement, la conscience nationale devrait se forger à travers la participation au développement conçu et vécu comme une œuvre commune à laquelle tout le monde adhérerait et dont tout le monde serait effectivement bénéficiaire»
Plan 1976-1980 (Tome 1, p. 40)

AVANT-PROPOS

L'étude régionale d'un pays comme la CÔte d'Ivoire n'est pas chose aisée. En effet, le système politique et administratif en place, la diversité des hommes et de leurs activités, une certaine conception de l'unité nationale, font qu'une étude géographique mettant en relief une autre vision de la Région, ne tarde pas à être considérée comme du «Régionalisme», le régionalisme étant ici compris comme une fonne de ségrégation ethnique «préjudiciable à l'unité nationale». Si depuis l'Indépendance, la CÔte d'Ivoire a réalisé des progrès qui ont constitué, selon certains, «le miracle économique ivoirien», elle est restée dans d'autres domaines par contre attachée à ce que lui a légué le système colonial, et dans la mesure où cela arrangeait certaines couches de la population, rien n'a été changé. Même si les préfectures et les sous-préfectures ont remplacé les cercles et les subdivisions d'antan, le mode de gestion des communautés publiques n'a guère évolué dans le sens d'une plus grande responsabilité de la base par rapport au sommet. Le legs du colonialisme centralisateur et omniprésent a été maintenu sans changement et même renforcé, les populations n'ayant aucun pouvoir sur les structures qui les administrent. Après 25 années d'indépendance, on a jugé nécessaire de «mettre le train de la Démocratie sur les rails», car longtemps après des pays comme le Sénégal, on a pensé que le peuple Ivoirien pouvait prétendre au droit de choisir lui-même ses élus sans qu'on lui dicte autoritairement ses choix. L'année 1980 a donc vu les candidats députés s'affronter, toujours dans le cadre du parti unique, en dehors d'une «Liste nationale unique»; si, Députés, Secrétaires Généraux et Conseillers municipaux ont été librement choisis par les populations, le processus de démocratisation n'a pas dépassé ce stade. Le problème que nous voudrions soulever dans cette petite étude est le suivant: la centralisation administrative et politique à outrance est-elle un frein ou au contraire favorise-t-elle l'aspiration de l'homme ivoirien à plus de démocratie, de liberté et de justice sociale? La création de régions jouissant d'une large au7

tonomie de gestion permet-elle un développement plus harmonieux ou au contraire constitue-t-elle un danger pour l'unité nationale? A l 'heure où le problème de la régionalisation et de la nécessité de l'action de développement à base régionale, est à l'ordre du jour dans tous les pays, quel que soit leur régime politique, le géographe pense que la Côte d'Ivoire peut et doit accepter d'en discuter elle aussi, d'une façon sereine et impartiale, sans que ceux qui proposent ce débat ne soient accusés de vouloir réveiller les vieux démons de la discorde et de la subversion. Or, «Nous sommesune nation bigarrée, métissée, pluricuIturelle: tares insupportables aux étatistes dont tout le discours, depuis les débuts de la République, consiste à faire de droite et de gauche, appel à une union nationale qui ne recouvre qu'une volonté d'unifonnisation. Chaque fois que nous entendons ces mots d'union nationale, méfions-nous: l'idéalisation de l'Etat n'est pas loin. Restons divers: la diversité fait la force des nations, l'unifonnité, celle des gouvernants! Notre talent particulier est de pouvoir vivre ensemble divisés au meilleur sens du

tenne,..»(1) .

De notre côté, nous devons utiliser cette diversité, ethnique, géographique et culturelle pour créer une nation forte d'abord dans ses composantes pour atteindre au niveau supérieur. Dans cette étude, nous insisterons sur la nécessité de l'existence des régions et de leur accession à la pleine autonomie. On constate en effet, que le mouvement communal actuel ne vise pas à une plus grande démocratie et à plus de responsabilité de ces nouvelles collectivités publiques; bien au contraire, on veut accroître les pouvoirs des préfets et du pouvoir central pour une

plus grande tutelle sur les communeset les populations.(2)
Pour nous, plus que jamais, la Région c'est la Démocratie vraie, mettant à la disposition des populations les moyens de gérer leurs affaires en toute liberté.

Nous remercions les lecteurs qui, après avoir lu la première édition nous ont fait part, directementou indirectement de leurs sentiments. Nous souhaiterions que la discussion se poursuive pour que la Recherche en Côte d'Ivoire s'épanouisse véritablement.
(1) Guy Sorman: La solution libérale, Fayard, Paris, 1984, p.269. (2) Voir interview dù ministre œ l'Intérieur dans Fraternité Matin du 14 février 1986.

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INTRODUCTION

Nous ne devons pas nous cacher qu'une étude de géographie de la CÔte d'Ivoire s'appuyant sur des bases régionales pose beaucoup plus de problèmes qu'elle n'en résoud. Cependant si un pareil travail rebute par ses implications de tous ordres, politiques, ethniques notamment, on ne peut refuser de le réaliser, car c'est en affrontant ces difficultés qu'on fait précisément œuvre de géographe et de chercheur. Le fait régional est patent et reconnu en CÔte d'Ivoire. Le ministère du Plan a créé une Direction de l'Aménagement du territoire et de l'action Régionale (DATAR); il existe des directions «régionales» du Plan; avant le vote des budgets, des délégués au plan, parcourent les «régions»: Centre, Ouest, Nord, Est, etc. et discutent avec les élus et d'autres personnalités sans qu'on sache toujours très bien où mènent ces discussions dans la réalité, car en définitive le pouvoir de décision revient en dernier ressort à la lointaine capitale. Sans assise politique ou administrative responsable, ces régions-programmes sont des régions flottantes, qui n'interviennent pas du tout dans la réalisation des programmes prévus par le gouvernement. Nous souhaitons donc que l'on donne à la notion de région un contenu plus précis après l'avoir précisément définie. Nous voulons également tenter une approche géographique ou géopolitique de la régionalisation en CÔte d'Ivoire afin de montrer comment, selon nous, une décentralisation bien conduite peut permettre une plus juste répartition des richesses de la nation et éviter que certaines régions ne vivent en quelque sorte de la charité ou de l'exploitation des autres. Notre souci est aussi de faire en sorte que la CÔte d'Ivoire ne souffre pas trop longtemps de ce «surdéveloppement» de sa capitale qui double sa population tous les 6 ans, alors qu'à l'intérieur, c'est le désert urbain. Bouaké est à peine une capitale régionale, et Yamoussoukro n'est, parait-il, qu'un simple «village» et pourtant tous les moyens sont mis en œuvre pour en faire une grande capitale intérieure. TIfaut donc des régions qui créent les villes et les maintien. nent en vie; et il faut que ces villes deviennent des capitales ré-

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gionales développant autour d'elles des activités multifonnes, pennettant une dispersion plus équitable de l'élément migratoire qui constitue 80% de la croissance annuelle d'une ville comme Abidjan. Comme on le voit, le problème des régions et de la régionalisation couvre de vastes domaines et a des implications multiples. Loin de nous l'idée d'exposer des vérités irréfutables, car nous sommes trop conscient que la science géographique comme toutes les autres sciences n'avance que dans la discussion et dans la confrontation loyale des opinions. Notre travail se veut donc essentiellement comme une contribution à la prise de conscience d'une réalité nationale: la Région. Nous avons réalisé ce travail dans un but pédagogique, en pensant tout d'abord à nos étudiants géographes, historiens, mais aussi à tous ceux, futurs enseignants ou autres qui doivent nécessairement avoir un certain nombre de connaissances géographiques de leur pays. TIs'adresse aussi aux enseignants déjà en place, utilisateurs d'autres manuels et traités sur la CÔte d'Ivoire, qui pourront se livrer à des comparaisons et à des critiques toujours utiles dans ce genre de travail. Notre ambition au départ était de rédiger une petite brochure où ne seront qu'ébauchés les différents problèmes ayant trait aux régions. Mais ayant défIni et détenniné les régions, il nous a fallu, ne serait-ce que sommairement, en montrer le contenu économique et humain sans trop nous attarder sur les détails car il fallait éviter d'en faire une plaquette touristique. Toutes ces préoccupations feront que d'aucuns penseront que nous en avons trop mis, et d'autres que nous avons été superfIciel. Il est évident qu'une étude géographique détaillée de chacune des 8 Régions que nous avons détenninées occuperait non pas des pages mais des volumes de l'importance de celui que nous avez entre les mains; fallait-il en arriver là? Ce travail pourrait aussi intéresser les politiciens, les aménageurs et les planifIcateurs. Des tas de problèmes sont tabous en CÔte d'Ivoire et celui de la Régionalisation dérange trop ceux à qui profIte la situation actuelle. Parler d'une Région autonome qui élit ses organismes dirigeants au suffrage universel, n'est-ce pas provoquer à brève échéance «l'éclatement de l'Unité nationale»? Et si de surcroît l'Assemblée Régionale, président en tête, doit se substituer au proconsul omnipotent qu'est le préfet10

actuellement, à quoi serviront alors notre assemblée nationale et nos députés, représentants de tout le peuple? L'idée d'accorder à l'assemblée régionale le droit de gérer un budget régional alimenté par des impôts locaux et une part substantielle du budget national ne peut être considérée que comme une véritable Révolution au sens le plus dramatique du tenne. Et pourtant!.. . De tout cela, et de bien d'autres idées, nous discuterons dans les pages qui suivent. Le lecteur apportera sa contribution la plus large possible à ce débat. Nous avons signalé que la voie était déjà ouverte à un tel débat par le fait même que lors des derniers remaniements ministériels on a cru bon en haut lieu de préciser que chaque ministre était le représentant d'une «région» au sein du cabinet. Ce schéma plutôt nouveau repose-t-il sur des bases réelles? Nous verrons s'il est nécessaire de discuter de la question. Le problème des régions n'est donc pas la préoccupation des seuls «Régionalistes»; mais si géographes et politiciens n'ont pas une vision identique du problème, ils sentent tous la nécessité de responsabiliser les hommes dans les régions pour assurer un développement plus hannonieux et plus équilibré du pays. En effet, si ce qu'on appelle actuellement «Région» en Côte d'Ivoire peut se traduire tout simplement par lambeau du territoire national défini par sa position dans l'espace et sur la rose des vents surtout (Nord, Sud, Est, Ouest), la région dont nous allons discuter a un tout autre contenu, une tout autre «personnalité». Notre région est vivante, sur le plan économique, politique, social, parce que la Région, ce n'est pas seulement le cadre géographique, c'est aussi, et surtout, l'ensemble des hommes et des institutions qui émanent du peuple et qui gèrent la vie de ces collectivités. Nous savons que les conseils généraux existent dans les textes, nous les citerons plus loin, mais dans quel département a-t-on élu et vu fonctionner un conseil Général depuis l'indépendance? Beaucoup d'autres problèmes seront soulevés. Il appartiendra aux législateurs d'en tenir compte ou non. Le choix des Régions ne prétend pas répondre à des critères immuables et irréfutables. Si, pour en détenniner quelques-unes qui ont des caractères et des limites très nets, nous n'avons pas eu beaucoup d'hésitations, pour certaines par contre la position charnière de tel ou tel district ou telle sous-région rend difficile

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son rattachement à telle région donnée. Toutefois il y a lieu de souligner avec force que nos régions ne reconstituentpas les anciens cercles des temps coloniaux et ne sont pas le regroupement de sous-préfectures et de départements actuels. Ce sont tout simplement des «Régions» nouvelles que nous souhaitons voir se substituer au système actuel trop centralisé et trop impersonnel. De plus, il est un fait particulièrement important, près de trente ans après l'Indépendance de la Côte d'Ivoire, c'est que les Régions ainsi conçues donnent des responsabilités nouvelles à leurs fils qui doivent être intimement associés à toutes les décisionsles concernant
Le plan de l'étude est le suivant: - dans une première partie, nous exposerons les principes généraux en mettant en lumière l'administration coloniale et celle qui en est issue à l'indépendance; - dans une deuxième partie, nous nous expliquerons sur les raisons qui nous font préférer l'administration régionale décentralisée et autonome à l'administration départementale trop centralisée actuelle. Nous présenterons ensuite les grandes régions que nous avons déterminées, en essayant d'en analyser le contenu économique et humain. La quatrième et dernière partie sera consacrée à la région en tant que cadre et facteur du développement économique, puis nous chercherons ensemble une conclusion.

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1ère Partie

RÉGIONS OU DÉPARTEMENTS?

RÉGIONS OU DÉPARTEMENTS?
Dans cette première partie de notre travail, nous nous poserons la question de savoir non pas quel est le meilleur découpage administratif possible pour la Côte d'Ivoire, mais quel est le plus juste, celui qui permet non seulement une meilleure répartition à chacun des ressources nationales et régionales, surtout celui qui confère le plus de responsabilité à chaque élément de la Région; car si la démocratie c'est le suffrage universel, c'est aussi la responsabilité de tous ceux qui en sont les bénéficiaires. TI ne s'agit pas, pour le peuple d'abdiquer tous ses pouvoirs entre les mains de quelques individus, quels que soient leur dynamisme et leur bonne volonté. Le peuple doit participer de très près à la gestion de ses propres affaires. Nous montrerons que si le Département satisfait les tenants d'un pouvoir centralisé et quelque peu autoritaire, il manque totalement de «réalité». Le Département, le Préfet, sont des COIpS étrangers implantés au sein des populations qui les subissent. Un système d'administration où le peuple n'a pas droit à la parole et ne peut exprimer ses aspirations profondes, est un système qui court à sa ruine. Pourtant, si les départements français créés depuis 1790 continuent de soutenir le système politique et administratif de notre ancienne métropole, c'est tout simplement, parce que la France, quoi qu'on dise, est une nation démocratique à laquelle on n'a jamais pu imposer un parti unique. Sous quelque régime que ce soit, le Français a pu s'exprimer et faire triompher le bon droit. Le «c'est légal parce que je le veux» fait partie d'un passé définitivement révolu. Or nous en sommes encore à expérimenter de telles conceptions du pouvoir sous couvert d'une démocratie manifestement tronquée. Nous montrerons les avantages multiples de la gestion régionale après avoir expliqué ce que nous entendons par Région. Notre façon de voir ira certainement bien au-delà de ce que l'on entend ordinairement en Côte d'Ivoire par politique régionale en confondant gestion municipale et gestion régionale, les responsabilités communales n'ayant pas la même ampleur que celles de la région. Nous souhaitons que les données que nous apportons soient discutées. TIest certain que quelques politiciens auront des réac-

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tions excessives. Mais contrairement à ce que pense René Dumont, le géographe ne peut se contenter de «rester dans le confort de la description». Même s'il n'est pas un «décideur» ses réflexions ne peuvent être rejetées et on peut y trouver matière à... réflexion. Une bonne connaissance du milieu géographique est donc nécessaire pour guider l'action sans faux pas.
L'étude régionale que nous réaliserons dans la deuxième partie ne sera pas seulement descriptive, mais comme elle ne peut être également un ensemble de recettes pour une bonne administration régionale, elle recensera pour chaque région les ressources connues. Les moyens de les utiliser au mieux des intérêts de là population appartiendront à ceux qui auront à assurer le développement de la région. Nous reconnaissons d'avance qu'il ne sera pas facile de faire comprendre à bien des gens la nécessité de la création de Régions autonomes et responsables. La situation actuelle satisfait trop d'intérêts égoïstes, pour qu'on ne se rende pas compte que c'est elle qui peut saper l'unité nationale et la désintégrer, car tout détenteur du pouvoir veut en user au maximum pour luimême et les siens avec les biens de la collectivité nationale. Chaque lecteur, nous en sommes certains comprend parfaitement l'orientation de nos préoccupations. Nous pensons que c'est au sein des Régions que chaque Ivoirien sentira réellement qu'il appartient à un ensemble national intégré, car même s'il y a des situations ambiguës dans certaines régions, le sentiment national ivoirien existe bel et bien; et cela malgré une volonté officielle affichée de l'étouffer, sous couvert d'hospitalité, en accordant trop de droits et sans réciprocité à des non nationaux.

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I La Région - contenu et aspect
Le législateur ou le responsable politique d'un pays, quel qu'il soit, a toujours pensé que la division de son espace en unités plus petites est un fait allant de soi. En effet, quel est l'Etat au territoire appréciable qui n'est pas divisé administrativement? Ces subdivisions peuvent jouir d'une autonomie réelle comme les cantons suisses ou les Etats des Etats-Unis d'Amérique ou les provinces canadiennes ou même les républiques fédérées de l'URSS. (N'oublions pas que l'Ukraine et la Biélorussie Soviétiques sont représentées à l'O.N.U.). Parfois aussi les lois constitutionnelles ne prévoient pas d'autonomie régionale et tout le pays est administré d'une manière unifonne quelle que soit la diversité de son espace. Par exemple, les Antilles Françaises, la Réunion, et les autres départements français, jouissent du même statut, en attendant que la politique de régionalisation mise en œuvre par le gouvernement socialiste entre dans les faits. Dans cette dernière catégorie de cas, il s'agit de régimes assez centralisés où les subdivisions administratives se dénomment départements, sous-préfectures, cantons, etc. Dans ce style de division administrative, toute l'initiative vient du haut et quand il s'agit d'un régime autoritaire, un seul homme en fait régit souverainement tout le pays et ne partage son autorité avec personne. Quand de surcroît il préside aux destinées d'un parti unique, le peuple n'est pas loin de l'asservissement. Or si le tenant de la régionalisation exige beaucoup plus de pouvoirs pour les régions, parce que c'est leur développement conjugué qui fait une nation développée, le régionaliste, même sans l'avouer, place sa «région», son ethnie, son village, au-dessus de tout dans le pays. Concernant les réalisations à effectuer dans l'intérêt du pays, tous les emprunts en provenance de l'étranger s'en iront en priorité dans la «région», ou le «village» du régionaliste pour qui la «région», le «pays» d'origine est le centre de la nation.

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Nous aurons ainsi, faute de mieux, le même mot pour désigner deux types d'individus. Mais tandis que le régionaliste «nationaliste» œuvrera pour un développement harmonieux et responsable de toutes les régions constituant le pays, le régionaliste «ethnocentriste» ne verra que sa «région» aussi minuscule soit-elle, son village, et il profitera de sa position dominante dans le pays pour y drainer la part la plus importante des investissements publics ou même privés. TIy a donc un régionalisme qui s'avoue parce qu'il est honnête et que, dans la situation politique et sociale actuelle de la Côte d'Ivoire, nous pensons que développer les régions, c'est développer l'ensemble du pays; mais il y a aussi un régionalisme qui n'ose pas dire son nom, mais qui en provoquant le déséquilibre dans la nation a une action dangereuse pour l'unité nationale, en créant des précédents fâcheux. Ce régionalisme sournois est visible partout et pratiqué quasi officiellement: les investissements majeurs prendront par exemple toujours la même direction; ce sont toujours les hommes des mêmes «régions» qui occupent les postes les plus en vue et les positions les plus stratégiques. Les régions sans «personnalités» même si elles ont les populations les plus laborieuses qui créent le plus de richesses pour la nation, n'auront que les miettes de ce qui est distribué aux «régions» bénies. Dans ces conditions, n'ayons pas peur de prôner une plus équitable répartition des responsabilités et des richesses de la nation en créant des «Régions» qui méritent ce qu'elles consomment. Sans être un complot contre l'unité nationale, le combat pour la régionalisation politique et administrative, est un combat honnête et bénéfique pour la nation. Or, aucun pays au monde, quelle qu'en soit la taille, que ce soit San Marin, le Lichtenstein ou le Liban ne peut prétendre à une homogénéité parfaite de son milieu physique et humain, et chacun sait que la différenciation spatiale est le caractère fondamental de l'espace géographique. Dans cet espace diversifié et cloisonné, «les hommes n'ont pas toujours les mêmes préoccupations, et un parti unique, aussi omniprésent soit-il, ne peut prétendre exprimer toutes les aspirations et toutes les sensibilités des populations de [' espace national». Ainsi donc, les subdivisions dont nous avons parlé plus haut ne coïncident pas toujours par leur extension dans l'espace avec l'extension de certains phénomènes qui posent des problèmes et réclament des solutions. TIfaudra donc concevoir des groupe18