Relations extérieures de Madagascar, de 1960 à 1972

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Publié le : mardi 27 mars 2012
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EAN13 : 9782296363687
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LES RELATIONS EXTÉRIEURES DE MADAGASCAR
DE 1960 A 1972

Césaire RABENORO

LES RELATIONS EXTERIEURES DE MADAGASCAR
/

DE 1960 A 1972

Ouvrage publié avec le concours du Ministère des Relations Extérieures

Institut d'Histoire des Pays d'Outre-Mer Université de Provence Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechniqt. 75005 Paris

@ L'Harmattan, 1986 ISBN: 2-85802-662-9

A ma femme, A mes enfants, A mes petits-enfants

A tous ceux qui me sont chers, présents et disparus

A la patrie malgache

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PRÉFACE

C'est un panorama et un bilan de la politique étrangère de la première République Malgache qu'on trouvera dans ce livre, version remaniée et allégée d'une thèse de doctorat soutenue en 1981 à la Faculté de Droit et de Science Politique de l'Université d'Aix-Marseille III. Douze années (1960-1972) qui furent marquées, on le sait, par la forte personnalité du Président Philibert Tsiranana, décédé en 1978. Par son intelligence robuste, ses convictions solidement ancrées et son pragmatisme têtu, Tsiranana avait beaucoup contribué à favoriser l'image de marque de Madagascar à cette époque. «L'Ile Rouge» - au sens géologique de l'adjectif et non pas politique! - s'était taillée une place remarquée dans les organisations internationales à l'O.N.V. comme à l'O.C.A.M. et à l'O. V.A., et une place privilégiée dans la Francophonie. Quelle qu'ait été, à Madagascar ou ailleurs, l'appréciation portée sur le choix des orientations diplomatiques, la République Malgache avait acquis une incontestable présence et, à l'occasion, une influence certaine au sein des pays afroasiatiques. Acteur politique au plus haut niveau durant cette période, Monsieur Césaire Rabenoro était particulièrement bien placé pour retracer la trajectoire de cette politique étrangère - et ses «petits pas» occasionnels,. pour en analyser les motivations et en éclairer les choix, sans nécessairement les approuver tous,. pour évoquer certains épisodes qui firent problème en leur temps; pour en mesurer, chiffres et tableaux à l'appui, les résultats immédiats. Encore fallait-il, comme c'est le cas ici, prendre le recul nécessaire pour brosser un tableau aussi complet et objectif que possible. Ancien ministre et ancien ambassadeur, à des postes très importants, l'auteur avait le précieux avantage d'avoir connu de l'intérieur - théorie et pratique - les mouvements de cette diplomatie. Et l'avantage aussi d'avoir accès à des sources d'information personnelles et inédites. Mais le devoir de réserve imposé par l'exercice de ces hautes fonctions ne lui permettait pas, l'eût-il souhaité, d'ouvrir à fond tous les dossiers. Des
contraintes

-

disons objectives

-

s'opposaient

à certains développements

dans la mesure où les rivages de la première République Malgache ne sont pas encore complètement estompés par les brumes du temps et de la politique... Mis en appétit, le lecteur devra donc attendre, pour en savoir plus sur certains points, que l'on sorte de l'histoire immédiate. Mais à travers les portraits esquissés des principaux acteurs de cette politique étrangère, les 7

suggestions émises et les interrogations formulées, les réserves parfois exprimées ou sous-entendues, l'auteur donne beaucoup à apprendre et à comprendre. Et cela dans un style excellent et «à la malgache» - c'est un compliment -, c'est-à-dire un style tout à la fois clair et précis mais toujours nuancé et suggestif, qui laisse entendre beaucoup plus qu'il ne dit. Tout l'art du verbe et du discours à Madagascar! L'ouvrage de Césaire Rabenoro s'arrête à l'année 1972 qui a ouvert, à travers difficultés et méandres, de nouveaux horizons. La République Démocratique de Madagascar, officialisée en 1975, a, en effet, inversé le
courant. Elle inaugure une politique étrangère « tous azimuts et omnidirectionnelle » ; elle élargit considérablement le champ des relations extérieures

centrées jusqu'ici sur le monde occidental; elle provoque, au sens littéral du terme, une nouvelle approche de la coopération avec la France (accords de 1973) qui, demeure, néanmoins, parmi beaucoup d'autres, le principal partenaire de Madagascar. On assiste donc, à partir de 1972, à un changement apparemment total du type de relations internationales nouées dans les années 60. Mais entre les deux régimes, si opposés par ailleurs sur le plan de l'idéologie officielle, un lien profond subsiste: celui précisément de la
diplomatie malgache

-

nous voulons

dire une diplomatie

toujours

conduite

avec beaucoup... de diplomatie - et, en cela, accordée au génie du peuple malgache. /l était temps que soient connues et analysées les relations extérieures établies par la République Malgache du Président Tsiranana, ne serait-ce que pour mieux appréhender la nature du changement intervenu après le «Mai malgac~e» de 1972. C'est l'un des mérites du livre écrit par Césaire
Rabenoro, le premier à avoir tenté

-

et réussi

-

à présenter

un tableau

général et compréhensif des relations extérieures de cette République Malgache, née juridiquement le 26 juin 1960 et qui a été jusqu'ici si peu étudiée, au risque de rester méconnue dans la mémoire collective malgache. Autre mérite, le bel exemple donné à la jeune génération par l'actuel Président de l'Académie Malgache pour l'inciter à réfléchir et à travailler sur son propre pays avec la lucidité et la rigueur intellectuelle qui sont la marque des travaux sérieux. /l n' estpas souhaitable que les études sur Madagascar-la Grande /le restent l'apanage principal de témoins et d'observateurs étrangers, y compris

de ceux - dont nous sommes! - qui « ont bu l'eau du Manangareza

»...

Puisse ce livre susciter des critiques et engendrer des travaux approfondis sur la première République Malgache et sur la nouvelle République Démocratique de Madagascar. Cela, nous en sommes assuré, comblerait les vœux de l'auteur. Charles CADOUX Professeur à la Faculté de Droit et de Science Politique de l'Université d'Aix-Marseille Ancien Doyen de la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de Madagascar 8

AVANT-PROPOS

C'est une tranche de l'histoire de Madagascar, entre 1960 et 1972, qui est évoquée dans le présent ouvrage. Pour être très précis il s'agit de la période qui s'ouvre le 26 juin 1960, jour de la proclamation de l'indépendance de Madagascar sous la direction du Président Tsiranana, et s'achève le 18 mai 1972, jour où celui-ci transmet les pleins pouvoirs au Général Ramanantsoa. Ces douze années dominées par la personnalité de Philibert Tsiranana et par la prépondérance de son parti le P.S.D. (parti socialdémocrate) peuvent être appelées l'ère Tsiranana avec l'Etat-P.S.D. L'unité nationale, à consolider, est la préoccupation majeure du Chef de l'Etat malgache qui, privilégiant le développement économique et social, met la diplomatie au service du développement. Il s'agit d'un passé récent, pendant lequel l'auteur a été témoin et bien souvent acteur aux différents postes de responsabilité où il s'est trouvé. Dans l'appréciation des faits, avec le recul qui paraît suffisant, il s'est efforcé à l'objectivité dans la limite de sa condition humaine. La quête des documents relatifs à la période envisagée a été faite à Madagascar et aussi en France. Les familles d'acteurs disparus ont été approchées pour la collecte d'informations qui, en ce qui concerne les acteurs vivants, ont été obtenues au moyen de 1'« interview». Relativement à ces derniers tout n'a pas été rapporté - ce qui a trait à la diplomatie secrète en particulier -, il faut laisser le temps faire son œuvre pour un meilleur éclairage des faits les plus délicats de cette
période. '

C'est donc un citoyen malgache qui s'est penché sur une époque déterminée de l'histoire de son pays, a tenté de donner une explication des événements liés à la politique extérieure et d'évaluer le bilan de celleci avec sa mentalité et sa sensibilité propres. L'objectif a été de présenter, pour la première fois, un tableau aussi complet que possible des relations extérieures de la première République Malgache. Les lacunes, inévitables, ne peuvent être comblées qu'au fur et à mesure de la disponibilité de tous les documents et lorsque les langues jusqu'ici réticentes se seront déliées. C'est le travail que d'autres, après l'auteur, entreprendront et qu'il appelle de ses vœux avec la satisfaction de leur avoir ouvert la voie. 9

HEMISPHERE TERRESTRE
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L'économie de Madagascar (d'après G. Bastian, 1967)

13

RELEVÉ

DES SIGLES

A.C.F.O.M. A.C.P. A.E.F. A.E.O.M. A.I.D. A.I.D. A.I.E.A. A.K.F.M. A.O.F. A.T.A.F. A.T.O.I. A.U.P.E.L.F. B.A.D. B.A.D.E.A. B.I.R.D. B.I.T. B.N.C.I. B.N.M. C.A.D. C.A.E. C.C.C.E. C.E.A. C.E.E. C.E.S.D. C.G.T. c.I.O. C.M.C.F. C.N.U.C.E.D. E.A.M.A. F.A.C. F.A.O. F.E.D.

Association des Citoyens Français d'Origine Malgache. Afrique, Caraïbes, Pacifique (Etats associés à la C.E.E.). Afrique Equatoriale Française. Association des Etudiants d'Origine Malgache. Agency for International Development (U.S.A.). Association Internationale pour le Développement (groupe de la Banque Mondiale). Agence Internationale pour l'Energie Atomique. Antokon'ny Kongresin'ny Fahaleovantenan'i Madagasikara. Afrique Occidentale Française. Association des Transporteurs Aériens de la Zone Franc. Alliance i'ouristique de l'Océan Indien. Association des Universités Partiellement ou Entièrement de Langue Française. Banque Africaine de Développement. Banque Arabe pour le Développement Economique de l'Afrique. Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (Banque Mondiale). Bureau International du Travail. Banque Nationale pour le Commerce et l'Industrie. Banque Nationale Malgache de Développement. Comité d'Aide au Développement., Certificat d'Aptitude à l'Enseignement. Caisse Centrale de Coopération Economique. Commission Economique pour l'Afrique. Communauté Economique Européenne. Certificat d'Etudes du Second Degré. Confédération Générale du Travail. Comité International Olympique. Campagne Mondiale Contre la Faim. Conférence des Nations-Unies pour le Commerce et le Développement. Etats Africains et Malgache Associés. Fonds d'Aide et de Coopération. Food and Agricultural Organization. Fonds Européen de Développement.

14

F.E.D.O.M. FI. SE.MA. F.J.K.M. F.L.N. F.M.G. F.M.L F.M.M. F.R.S. G.A.T.T. G.M.D. G.P.R.A. I. C.A. LE.M. LN.S.R.E. }.M.D. J.S.D. L.M.S. M.D.R.M. MONIMA MORENA NORAD O.A.C.L OAMCAF O.A.M.C.E. O.A.S. O.C.A.M. O.C.A.M.M. O.C.D.E. ODEMO OIAC O.I.N.G. O.I.T. O.M.C.L O.M.M. O.M.S. O.N.U. O.N.U.D.L

O.P.E.P. O.R.S.T.O.M. O.T.A.N. O.U.A. PADESM P.A.M.

Fonds Européen pour le Développement de l'Outre-Mer. Firaisan'ny Sendikan'ny Mpiasan'i Madagasikara. Fiangonan'i J esoa Kristy eto Madagasikara. Front de Libération Nationale (algérien). Franc Malgache. Fonds Monétaire International. Fivondronan'ny Mpiasa Malagasy. Forces Républicaines de Sécurité. General Agreement on Tarifs and Trade. Grands Moulins de Dakar. Gouvernement Provisoire de la République Algérienne. International Cooperation Administration. Institut d'Emission Malgache. Institut National de Statistique et de Recherche Economique. Journées Magalches du Développement. Jeunesse Social-Démocrate. London Missionary Society. Mouvement Démocratique de la Rénovation Malgache. Mouvement National pour l'Indépendance de Madagascar. Mouvement de Rénovation Nationale. Norwegian Agency for Development. Organisation de l' Aviation Civile Internationale. Organisation Africaine et Malgache du Café. Organisation Africaine et Malgache de Coopération Economique. Organisation de l'Armée Secrète. Organisation Commune Africaine et Malgache. Organisation Commune Africaine Malgache et Mauricienne. Organisation de Coopération pour le Développement Economique. Organisation pour le Développement du Moyen-Ouest. Organisation InterAfricaine du Café. Organisation Internationale Non-Gouvernementale. Organisation Internationale du Travail. Organisation Maritime Consultative Intergouvernementale. Organisation Météorologique Mondiale. Organisation Mondiale pour la Santé. Organisation des Nations-Unies. O.rganisation des Nations-Unies pour le Développement Industnel. Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole. Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer. Organisation du Traité de l'Atlantique-Nord. Organisation de l'Unité Africaine. Parti des Déshérités de Madagascar. Programme Alimentaire Mondial. 15

PANAMA P.c. P.C.B. P.E.A.T. P.I.B. P.LO.S.A. P.N.B. P.N.U.D. P.S.D. R.C.A. R.C.M. R.D.A. R.F.A. R.N.M. S.A.&.L. S.C.O.A. S.C.O.R. S.E.A.L. SE.KRLMA. S.F.L S.F.I.O. S.H.A.P.E. SO.MA.CO.DIS. S.P.D. U.A.M. U.A.M.C.E. U.A.M.P.T. U.D.R. U.D.S.M. ULC.N. U.LG.G. U.LT. U.N.E.S.C.O. UNICEF U.N.LU.M. U.N.R. U.N.R.W.A. U.P.M. UP.U. U.R.S.S. U.S.A. U.S.LE.M. V.V.S. W.W.F.

Parti National Malgache (?) Parti Communiste. Physique, Chimie, Biologie (Certificat). Programme Elargi d'Assistance Technique. Produit Intérieur Brut. Pan Indian Oceanic Science Association. Produit National Brut. Programme des Nations-Unies pour le Développement. Parti Social-Démocrate. République Centrafricaine. Rassemblement Chrétien Malgache. République Démocratique Allemande. République Fédérale d'Allemagne. Rassemblement National Malgache. Société à Responsabilité Limitée. Société Commerciale de l'Ouest Africain.
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Special Committee on Oceanic Research.
Scandinavian East African Line. Sendika Kristiana Malagasy. Société Financière Internationale. Section Française de l'Internationale Ouvrière. Supreme Headquarters of Allied Powers in Europe. Société Malgache de Commerce et de Distribution. Sozialdemokratische Partei Deutschlands. Union Africaine et Malgache. Union Africaine et Malgache de Coopération Economique. Union Africaine et Malgache des Postes et Télécommunications. Union des Démocrates pour la République. Union des Démocrates Sociaux de Madagascar. Union Internationale pour la Conservation de la Nature. Union Internationale de Géographie et de Géophysique. Union Internationale des Télécommunications. United Nations for Education Science and Culture Organization. United Nations International Children's Emergency Fund. Union Nationale des Intellectuels et Universitaires Malgaches. Union pour la Nouvelle République. United Nations Relief and Works Agency (for Palestine Refugees). Union des Populations Malgaches. Union Postale Universelle. Union des Républiques Socialistes Soviétiques. United States of America. Union des Syndicats d'Intérêts Economiques de Madagascar. Vy Vato Sakelika. Word Wildlife Fund.

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" PRELIMINAIRES

Faire connaître - ou rappeler - les visages de Madagascar qui permettront de saisir le déroulement des relations extérieures de la première République Malgache entre 1960 et 1972 : c'est le but de cette partie préliminaire qui sera condensée au maximum. Les indications qui seront fournies pourront apparaître, plus d'une fois, comme sommaires. C'est à dessein, pour ne pas alourdir ce qui, dans notre idée, se justifie seulement par le souci d'une introduction de plain-pied dans la réalité malgache 1. Des données sur la géographie physique et humaine de la Grande Ile nous ont semblé appropriées. A ce titre Madagascar porte le cachet d'une originalité que certains ignorent ou oublient. C'est une île d'énigmes qui n'ont pas encore toutes reçu de solution définitive, en particulier quant à la provenance du pays lui-même et de ses habitants. Comment des hommes, arrivés sur une île probablement déserte, ont-ils organisé leur vie économique et sociale? C'est la remontée aux sources d'une civilisation qui se présente comme remarquablement unitaire, la communauté de la langue dans un espace cloisonné - malgré la diversité des éléments humains - en étant le solide support. De la vie en vase clos, pendant un long temps, Madagascar en vient à l'ouverture sur le monde extérieur. Ce n'est qu'au début du XIXesiècle, avec la création d'un Etat, que prennent forme les relations internationales qui auront cours sous la monarchie merina jusqu'à l'occupation française en fin de siècle. La parenthèse de la colonisation a interrompu les rapports de Madagascar avec des Etats d'Europe et d'Amérique, aussitôt renoués au retour de l'indépendance. La route vers l'indépendance est jalonnée par les mouvements nationalistes contre le colonialisme, et marquée à certains moments par l'opposition entre Malgaches sur les voies et moyens de la libération nationale. L'indépendance finalement octroyée, par entente entre les anciens colonisateurs et colonisés, traîne ainsi dans son sillage des pesanteurs qui persisteront pendant la période 1960-1972 avec des incidences sur la politique étrangère de la naissante République Malgache.
1. Pour plus de détails se reporter aux ouvrages cités dans la bibliographie générale. 17

CHAPITRE

l

DONNÉES

GÉOGRAPHIQUES

Il est hors de notre propos d'entreprendre une description géographique de Madagascar sous toutes les faces. Ayant en mémoire le sujet de notre étude - les relations extérieures de la première République Malgache - nous mettrons le doigt sur les données géographiques qui, de quelque façon, seront prises en considération lors des développements ultérieurs. Pour les gens avertis c'est de rappels qu'il s'agira le plus souvent; et aux non-initiés le véritable bain dans l'atmosphère malgache est recommandé par la consultation des manuels et des ouvrages spécialisés sur la Grande Ile qui sont accessibles sans difficulté.
I. LE CADRE PHYSIQUE
UN MONDE ORIGINAL

Le simple regard sur une carte fait apparaître Madagascar si proche de l'Afrique et si éloigné de l'Asie qu'on parle légitimement de la «Grande Ile» africaine. En réalité, il constitue l'un des vestiges de l'ancien continent du Gondwana et ses affinités avec des régions lointaines comme l'Inde et l'Insulinde sont aussi tangibles que celles avec l'Afrique voisine. L'évolution en vase clos des espèces animales et végétales dans ce laboratoire naturel qu'a été l'île de Madagascar au cours des âges géologiques lui confère une originalité caractérisée par l'endémisme prononcé de sa faune et de sa flore, champ d'investigation inépuisable pour les naturalistes. Troisième île du monde par la superficie, après la Nouvelle-Guinée et Bornéo, Madagascar a la dimension d'un petit continent: 587 000 kilomètres carrés, soit plus que les surfaces de la France et de la Belgique réunies. L'île est plus longue que large, 1 650 kilomètres dans sa plus grande longueur (1 580 kilomètres du cap d'Ambre au nord au cap Sainte-Marie au sud), entre 450 et 600 kilomètres de largeur (580 kilomètres du cap Saint-André à l'ouest à Toamasina à l'est). Madagascar possède une façade maritime de 5 000 kilomètres. 19

L'ÎLE DU BOUT DU MONDE

Séparée de la côte est-africaine par le canal du Mozambique - qui commence à être appelé canal de Madagascar - la Grande lIe est à 400 kilomètres de l'Afrique dans la largeur minimum du canal. Les îles Mascareignes (La Réunion, Maurice) et les Comores se trouvent dans un rayon de mille kilomètres autour des côtes malgaches, le Natal en Afrique du Sud et les Seychelles sont situés à deux mille kilomètres de la capitale malgache - qui se place elle-même au centre de l'île. A noter la présence autour de Madagascar, dans le canal de Mozambique, des petites îles de Juan de Nova, Europa, Bassas de India, au nord-ouest des îles Glorieuses et au nord-est de l'île de Tromelin. Les rivages de l'Inde sont à 4 000 kilomètres de la pointe nord de Madagascar, il y a 6 000 kilomètres d'océan entre la côte est malgache et Sumatra; Antananarivo est distant de 7 000 kilomètres de Perth en Australie occidentale.

La même distance

~

7 000 kilomètres

-

existe entre la capitale de

Madagascar et Athènes, la capitale européenne la plus proche, alors que Paris est à 9 000 kilomètres. A titre de curiosité, s'agissant de distances, Recife au Brésil se situe aussi à 9 000 kilomètres d'Antananarivo alors que le Pôle Sud est plus proche, à 8 000 kilomètres. Facteur d'isolement, l'insularité de Madagascar ne l'a fait connaître qu'aux temps modernes par les premiers navigateurs européens - qui l'ont abordé pour la première fois au début du XVIesiècle. Les Portugais rencontrèrent alors dans les eaux malgaches les commerçants arabes, indiens et indonésiens, la Grande lIe étant en principe sur le trajet des navires qui allaient de l'Europe aux Indes par le cap de BonneEspérance. A l'heure de la navigation aérienne Madagascar se situe en bout de ligne dans le sens nord-sud. En vol direct subsonique Paris est à 11 heures d'Antananarivo. Les lignes aériennes vers l'ouest s'arrêtent en Afrique orientale, aucune liaison n'existe avec l'Inde et l'Asie du Sud-Est. Les vols entre l'Afrique du Sud et l'Australie passent dans le ciel malgache sans faire escale à Madagascar.
DES CONDITIONS NATURELLES DIVERSIFIÉES

Dans sa presque totalité Madagascar est compris dans la zone tropicale. Le climat est très varié en raison du relief et du régime des vents. Les côtes est et nord-ouest ont un climat de type équatorial avec une humidité extrême et une chaleur relativement constante (Toamasina: 24 degrés en moyenne, 3 mètres de pluies). 20

Les hautes terres ou hauts-plateaux, se trouvant entre 1 200 et 1 500 mètres, jouissent d'un climat tropical d'altitude (Antananarivo: 18 degrés 4 en moyenne, pluviométrie 1 mètre 360). Les plaines de l'ouest et du sud, peu arrosées, ont un climat chaud et sec. L'ouest contient les points les plus chauds de l'île (28 degrés en moyenne), la pluviométrie va en décroissant vers le sud (Toliara : 356 millimètres par an). Les ressources naturelle.s varient suivant les régions climatiques ainsi définies. Les côtes est et nord-ouest sont le siège des cultures tropicales riches vouées à l'exportation: café, girofle, vanille, poivre. Les hauts-plateaux se prêtent à la riziculture et aux cultures vivrières en général. Les grands espaces de l'ouest sont des régions d'élevage extensif et, moyennant l'aménagement des plaines alluviales, constituent un potentiel considérable pour les cultures industrielles comme le coton ou le tabac.
ATOUTS ET HANDICAPS

Madagascar possède de solides atouts par ses ressources végétales diversifiées. C'est le pays par excellence de la polyculture; produits tropicaux comme produits des pays tempérés y réussissent. Aux potentialités agricoles s'ajoutent les richesses minières qui sont connues pour la chromite, le graphite, le mica, les pierres industrielles. Il existe des gisements de charbon, de bauxite, de fer et d'importantes étendues de grès bitumineux. Les ressources énergétiques, du fait du relief tourmenté, sont relativement importantes. Mais le relief, précisément, constitue un handicap par le cloisonnement du pays qui rend nécessaire de coûteux travaux d'infrastructure routière. L'éloignement des marchés de consommation des grands pays industriels représente un inconvénient majeur qui est aggravé par le coût élevé du fret maritime.

II. LES HOMMES A MADAGASCAR
HYPOTHÈSES SUR LE PEUPLEMENT DE L'ILE

Face à l'énigme de l'origine des Malgaches il est possible de dégager les grandes lignes des hypothèses généralement admises à l'heure actuelle. Partis d'une région de l'Indonésie ou du Sud-Est asiatique, les Proto-Malgaches auraient abordé Madagascar par l'ouest et le nordouest après des étapes sur les rivages africains. Le séjour sur la côte orientale d'Afrique aurait marqué les migrants physiquement par le métissage - alors que la langue ou les langues indonésiennes véhiculées depuis leur région d'origine l'ont emporté sur les langues africaines. Durant des siècles ces Proto-Malgaches pénètrent progressivement vers 21

l'intérieur malgache, gache.

de l'île et prennent possession de l'ensemble du territoire constituant ainsi le fond essentiel de la population mal-

Au début du second millénaire, de nouvelles vagues d'immigration arrivent à Madagascar directement de l'Indonésie. Les nouveaux ProtoMalgaches, parlant une langue de la même famille que les premiers mais moins ancienne, abordent sur la côte orientale et remontent vers les hautes terres. Ils sont les ancêtres des ethnies merina et betsileo qui ont adopté la langue des premiers arrivants. Les commerçants arabes créent des comptoirs sur les côtes nordouest et nord-est, apportant une population arabisée de culture islamique. Venus d'Arabie, des groupes islamisés s'installent sur la côte sudest; leur influence a été plus profonde que celle des arabisés du nord. Ceux-ci comme ceux-là se sont fondus dans la masse proto-malgache issue du monde indonésien.
LA POPULATION ACTUELLE

Les ethnies

malgaches

On distingue en général 18 tribus ou ethnies à Madagascar dont les principales sont: les Merina et les Betsileo sur les hautes terres, les Betsimisaraka sur la côte est, les Tsimihety dans le nord-ouest, les Sakalava sur la côte ouest, les Antaimoro et les Antaisaka dans le sudest, les Antandroy dans l'extrême-sud. Les estimations en 1970 se présentent ainsi: Merina (2 millions), Bestileo (920 000), Betsimisaraka (1 130 000), Tsimihety (500 000), Antaimoro (220000), Antaisaka (420000), Antandroy (410 000). II n'est pas donné de chiffre pour les Sakalava qui comprennent plusieurs sous-tribus. Les minorités étrangères

Par rapport au chiffre total de la population le nombre des étrangers est peu important. Cependant leur place dans l'économie est loin d'être en rapport avec leur nombre - 110 000 sur environ 7 millions en 1970, soit moins de 2 %. Jusqu'en 1972 les Français (45 000) et les Comoriens (35 000) étaient les plus nombreux - les 19" et 20" «tribus» d'alors -. Les Indiens et les Chinois - une dizaine de milliers les uns et les autres sont établis les premiers sur la côte ouest, les seconds sur la côte est, commerçants pour la plupart. Après 1972 un grand nombre de Français et de Comoriens sont partis mais les communautés indienne et chinoise sont restées et continuent à être des agents économiques actifs. 22

Répartition de la population
Madagascar est un pays sous-peuplé en considération de sa grande surface et de sa faible population. La densité de la population est seulement de 16 habitants au kilomètre carré (1980). La population est concentrée sur les hautes terres et, à un moindre degré, sur la côte orientale. De grands espaces vides se trouvent dans l'ouest et dans le sud du pays. Le taux d'urbanisation est voisin de 15 %. Une seule ville, la capitale Antananarivo, dépasse 100 000 habitants.
RECENSEMENT 1975

Antananarivo Antsirabe Antsiranana Fianarantsoa Mahajanga Toamasina T oliara

(ex-Tananarive) (ex- Diégo-Suarez) (ex-Majunga) (ex-Tamatave) (ex-Tuléar)

451 78 40 68 65 77 45

808 941 443 054 864 395 676

habitants habitants habitants habitants habitants habitants habitants (Source: INSRE)

Accroissement

démographique

Le taux généralement admis de l'accroissement net de la population est de 2,5 % par an. C'est un taux élevé qui amène un doublement de la population en une génération. L'évolution du chiffre de la population est la suivante:
1950 4,26
1965 6,08 1970 6,93

1960 5,39

1975 1980 8,02 9,2 en millions d'habitants (source: Banque Mondiale)

La projection en l'an 2 000 de la population malgache donnerait environ 16 millions d'habitants. Cette population qui est jeune ne cesse de rajeunir encore. En 1975 le pourcentage des moins de 20 ans était estimé à 54,5 % et en l'an 2 000 il serait de 58,7 % 2.
2. L'I.N.S.R.E. (Institut National de Statistique et de Recherche Economique) et la Banque Mondiale sont les principales sources des chiffres donnés dans cette partie préliminaire, tirés de la publication Situation économique au 1'" janvier 19.. pour l'I.N.S.R.E. et du 19.. World Bank Atlas pour la Banque Mondiale. H. Indrianala dans Civilisation des pays du Tiers Monde: Madagascar (Librairie Ambozontany. Fianarantsoa. 1980) utilise les mêmes sources et certains chiffres sont empruntés à son opuscule. 23

CHAPITRE II

APERÇU SllR ~L'ÉCONOMIE ET LA SOCIETE MALGACHES

C'est toujours pour faciliter la compréhension des relations extérieures de la première République Malgache et pour appréhender la réalité malgache sous l'angle économique et à travers la vie socioculturelle que sont fournies les indications qui vont suivre. Aux considérations sur l'économie feront donc suite les caractéristiques de la société et de la culture malgaches. I. L'ÉCONOMIE
L'AGRICULTURE ET L'ÉLEVAGE

MALGACHE

Les potentialités agricoles sont considérables: la superficie des terres cultivables est évaluée à 15 % de l'ensemble du territoire, soit 88 800 kilomètres carrés. Les terres cultivées effectivement ne seraient que de 17 760 kilomètres carrés - 3 % de la surface totale - dont le dixième seulement est irrigué. Les productions agricoles, très diversifiées en fonction des zones climatiques, peuvent être rangées sous quatre rubriques: les produits patate... ; vivriers: riz, manioc, maïs, pomme de terre,

les produits oléagineux: arachide, coprah, huile de palme; les produits pour l'industrie: sucre, coton, tabac, cacao; les produits pour l'exportation: café, vanille, girofle, poivre, sisal, pois du Cap.

Il convient d'ajouter les produits de l'élevage (bovins, porcins, ovins, caprins, volaille), les produits de la pêche maritime et de la pêche en eaux douces ainsi que les produits de la forêt (bois de chauffage, bois d'œuvre, pâte à papier). S'il est possible de donner des indications chiffrées sur les productions agricoles, les chiffres sont hasardeux pour l'élevage, la pêche et la 24

forêt. A retenir le chiffre estimatif du cheptef bovin qui serait d'une dizaine de millions de têtes.
PRODUCTIONS AGRICOLES COMMERCIALISÉES

1960

1970 1 865 309 73 910 12,0 1,3 18,7 20,8 24,5 4,3 2,1 20,6 en milliers de tonnes (source: INSRE)

Paddy:

produit : commercialisé

1212 56 950 5,2 0,65 2,1 13,2 23,8 4,0 1,1 16,9

Café Canne à sucre Girofle Vanille préparée Coton Sisal Arachide Tabac Poivre Pois du Cap

L'INDUSTRIE

ET LES MINES

L'industrie occupait moins de 200 000 salariés en 1960, près de 500 000 en 1970. Pour la période 1960-1972 la valeur ajoutée de l'ensemble des industries manufacturières a connu un taux de croissance de 15 % par an, selon le tableau suivant:

1960 6300

1966 13 400

1969 18 400

1972 33 600 en millions de FMG (source: INSRE)

Le pourcentage des seules industries manufacturières dans le produitintérieurbruts'estélevéde5,2 % en 1960à8,8 % en 1966, 9,8 % en 1969 et 14,6 % en 1972. En ce qui concerne l'énergie, la raffinerie de pétrole de Toamasina a produit 23 000 tonnes de produits raffinés en 1968 et, la même année, l'électritité produite a été d'environ 150 millions de kilowatts-heure.

25

PRINCIPALES

PRODUCTIONS

MINIÈRES

ET INDUSTRIELLES

1969

1972

Graphite Mica Chromite Bovins préparés Porcins Sucre Huiles alimentaires Bière Lait concentré Tissus de coton Papier brut Savon Allumettes Ciment

tonnes

hectolitres tonnes 1 000 mètres tonnes tonnes 1 000 boîtes tonnes

17 114 1 182 88 000 9473 406 98 050 6236 80 199 " 4022 5537 4079 60 105 77 079

17 567 398 111 770 11 514 599 103 806 6072 120 770 1 668 65 618 6205 12 344 62 993 64 177 (source: INSRE)

LES COMMUNICA nONS

Pays très compartimenté à cause de son relief accidenté - un « archipel» terrestre a-t-on dit - Madagascar a de graves problèmes de commUniCatiOns. Le réseau routier comprend des routes nationales dont certaines seulement sont bitumées (4 600 kilomètres en 1980), telles celles reliant Antananarivo à Mahajanga et à Fianarantsoa. Les travaux sont en cours pour Antananarivo-Toamasina et pour le tronçon qui complètera la liaison Antananarivo-Antsiranana. Dans quelques années la capitale sera reliée aux cinq chefs-lieux de province par des routes revêtues praticables en toutes saisons. Le réseau ferroviaire est de 883 kilomètres. Le chemin de fer relie la capitale à Toamasina, à Antsirabe et au lac Alaotra. Une autre ligne joint Fianarantsoa et la côte est à Manakara. Le trafic maritime, comprenant le cabotage et le long-cours, utilise 18 ports dont le principal est Toamasina - 1 million 600 000 tonnes de marchandises manipulées en 1970. Mahajanga, le second port en importance, ne figure que pour 300 000 tonnes la même année. Le réseau aérien intérieur est très développé avec près de 200 aérodromes dont 86 privés. Air-Madagascar dessert une soixantaine d'escales sur ses lignes intérieures. Sa seule ligne internationale est Antananarivo-Paris avec une escale en Afrique (Nairobi ou Djibouti). Les liaisons de voisinage amènent les appareils de la compagnie nationale dans les îles voisines et en Afrique orientale. A noter la liaison éphémère Antananarivo - Lourenço-Marquès (aujourd'hui Maputo)

- Johannesbourg. 26

II. LA SOCIÉTÉ
L'ORGANISATION SOCIALE

MALGACHE

Les stratifications

issues de l'histoire

A l'intérieur des 18 tribus malgaches, il est de coutume d'opposer les ethnies des hautes terres (merina et betsileo) aux autres, dites côtières. Chaque ethnie comprend des groupes constitués selon les clans et les familles. Ainsi les clivages apparaissent au niveau national comme à l'échelon tribal. A cette stratification horizontale s'ajoute une stratification verticale, typique de la société féodale, qui se retrouve dans toutes les ethnies. C'est le système des castes qui distingue les nobles, les hommes libres et les esclaves. La société coloniale a vu disparaître la condition esclavagiste, mais les stratifications sociales demeurent, plus psychologiques que matérielles. A signaler le très fort pourcentage d'endogamie, tant au niveau ethnique qu'à celui des castes. Par exemple dans la province d'Antananarivo, 96 % d'endogamie ethnique et 98 % d'endogamie par castes selon une enquête de l'Institut national de statistique et de recherche économique (INSRE) menée en 1966. Les catégories sociales modernes Les catégories socioprofessionnelles se substituent progressivement à la hiérarchie traditionnelle, la distinction étant désormais fondée sur la culture et la fortune. Au sommet de Péchelle se situe une classe privilégiée formée par les cadres des secteurs public et privé, les membres des professions libérales, et surtout les gens enrichis par le commerce. La classe moyenne est constituée par les salariés et les petits employés des entreprises, les fonctionnaires subalternes et les petits commerçants. La grande masse des paysans et le prolétariat urbain sont à classer dans les catégories les plus défavorisées. L'éventail des revenus est très ouvert entre les catégories socioprofessionnelles, par exemple le revenu annuel d'une famille rurale dans une région pauvre équivaut au salaire mensuel d'un cadre moyen du secteur public ou privé. A signaler l'accession à la classe privilégiée du personnel politique, d'origine côtière principalement, à partir du déclenchement du processus d'émancipation de Madagascar.
LA CIVILISATION MALGACHE

Les valeurs

traditionnelles

Le riz et le bœuf symbolisent la civilisation malgache sous sa forme originelle, agricole et pastorale. Le riz est l'aliment de base alors que le bœuf intervient dans l'économie à plus d'un titre. 27

Tous les actes de la vie sont liés à la souche ancestrale, d'où l'importance du clan grâce auquel l'homme malgache se détermine. Il en résulte la solidarité familiale - dans le sens malgache, très étendu, celle de tous les membres vivants et décédés de la famille - solidarité symbolisée par le tombeau commun. Les Malgaches croient à la vie post-mortem, liée à la croyance en un Etre Suprême que rejoint le culte des ancêtres. L'arrivée du christianisme sur ce fonds déiste est un phénomène qui retient l'attention. Des différences locales se rencontrent suivant les régions quant à ces valeurs traditionnelles malgaches, ~ais le fonds commun des coutumes et des croyances est une réalité incontestable.

L'unité dans la diversité
La communauté des mœurs et des coutumes est ainsi un fondement de l'unité de la civilisation malgache. L'isolement par l'insularité a favorisé l'évolution de cette culture commune. La remarquable unité linguistique, pour un pays aussi vaste et compartimenté, est l'autre pierre angulaire de la civilisation malgache. La langue malgache, avec ses variations dialectales, appartient à la famille des langues indonésiennes dont l'aire s'étend aux Océans Indien et Pacifique - l'idiome merina étant reconnu comme langue officielle. La conception malgache de la vie est discernable à travers la tradition orale, en particulier par les proverbes où s'exprime la sagesse populaire. Le concept fondamental de la philosophie malgache est l'immortalité de l'âme et la primauté de l'esprit sur la matière. Cette primauté détermine le comportement dans la société, cette société qui prend ses assises dans les relations sociales et où l'individu se confond
avec la famille. L'idée du fihavanana q~i sera développée plus loin

-

et l'organisation du fokonolona, à la base des collectivités décentralisées d'aujourd'hui, y puisent leurs sources.

28

CHAPITRE III

REPÈRES HISTORIQUES

Il n'est pas question de retracer, même dans ses grandes lignes, l'histoire de Madagascar. Aussi avons-nous choisi le terme de «repères », dans l'esprit d'une sélection des événements saillants de l'histoire malgache qui aide à la compréhension de notre sujet. Cette histoire ne remonte pas très loin car elle se situe entièrement dans les temps modernes. L'organisation politique s'est mise en place par étapes et par régions. Parmi celles-ci, la région centrale - l'Imerina - prendra de l'ascendant au point que l'on y voit se structurer un royaume ayant autorité sur l'ensemble du pays et inaugurer des relations internationales en Europe et en Amérique. Le royaume merina disparaît après la conquête française. De la colonisation commencée en 1895 au retour de l'indépendance en 1960 il se sera passé 65 ans. La résistance au colonialisme a connu divers épisodes et le processus de la décolonisation est passé par des phases d'inégale durée avec une accélération en 1958 pour aboutir au scénario du 26 juin 1960.
I. DES ORIGINES A RADAMA 1er

Venus du monde indonésien - on dit aujourd'hui austronésien les ancêtres des Malgaches arrivés par vagues successives, auxquels se sont ajoutés des migrants arabes ou arabisés et des éléments africains apportés par la traite des esclaves, s'établissent sur le sol malgache.
LA GENÈSE DES RAPPORTS EXTÉRIEURS

Les premières relations de Madagascar avec l'extérieur se situent au xvI' siècle, après la découverte de l'île par les navigateurs portugais. Les pirates sillonnent les eaux malgaches, s'abritant dans les baies comme celle de Diégo-Suarez. Les navires venant d'Europe en route pour l'Orient y font escale. Les Français sont les premiers à vouloir s'installer durablement. Dans la région sud-est est créé, sous l'impulsion de Richelieu et de la 29

Compagnie des Indes orientales, l'établissement français de Fort-Dauphin qui se maintiendra de 1642 à 1672. La figure la plus connue de cette époque est Flacourt, gouverneur de l'établissement et aussi auteur d'études sur l'histoire et la langue du pays. En 1754 l'île de Sainte-Marie, au large de la côte est de Madagascar, est cédée à la France par sa reine et le statut de sujets du roi de France est accordé à ses habitants. Jusqu'à la fin du XVIIIesiècle Madagascar ne reçoit guère de visiteurs européens, alors que l'unification du pays est entamée par le roi de l'Imerina Andrianampoinimerina vers 1787.
LES MOUVEMENTS D'UNIFICATION INTERNE

De petits royaumes se sont structurés dans différentes régions de Madagascar. Dans le sud-est les tribus plus ou moins arabisées se sont organisées en royaumes, de même que dans le sud plusieurs ethnies tentent de se constituer en groupes homogènes. C'est sur la côte ouest, en pays sakalava, qu'apparaissent les deux puissants royaumes du Menabe et du Boina dont les souverains se lancent dans l'unification du pays. A l'apogée de la monarchie sakalava leur territoire recouvre près des deux-tiers de l'île. Sur la côte orientale Ratsimilaho rassemble les Betsimisaraka du nord et du sud et, à sa mort, en 1750, son royaume s'étend de la baie d'Antongil à l'embouchure du Mangoro. A l'intérieur des terres, les royaumes du Betsileo se sont fondés mais, surtout, la monarchie merina émerge par son organisation politique et sociale. Andrianampoinimerina s'empare de la colline d'Antananarivo et en fait sa capitale, consolide son pouvoir en Imerina, cherche à agrandir son royaume au sud et à l'ouest, met en place les structures d'un Etat et jette les bases d'une nation. II. LES RELA nONS EXTÉRIEURES SOUS LA MONARCHIE MALGACHE En 1810, le fils d'Andrianampoinimerina, le roi Radama Je', accède au pouvoir. Le titre de roi de Madagascar lui est reconnu par les Britanniques, sans que son autorité s'exerce encore sur l'île entière. A partir de son règne Madagascar s'ouvre réellement sur le monde et entretient de véritables relations internationales.
LE RÈGNE DE RADAMA l'' (1810-1828)

La France et la Grande-Bretagne sont en pleine rivalité dans l'Océan Indien. En 1810, la Réunion et Maurice sont occupés par les Britanniques. Par les traités de 1814 et de 1815, la Réunion est rendue à la 30

France et la Grande-Bretagne conserve Maurice Farquhar s'oppose aux entreprises françaises. Relations anglo-malgaches

d'où le Gouverneur

Farquhar reconnaît à Radama le titre de roi de Madagascar. Le premier traité anglo-malgache est signé le 23 octobre 1817, portant suppression de la traite des esclaves et paiement d'une indemnité par la partie britannique. Un second traité, conclu le 11 octobre 1820, augmente le montant de l'indemnité et inaugure la coopération bilatérale. Des articles additionnels aux deux traités sont contenus dans le protocole signé le 31 mai 1823 relatif à l'abolition de la traite. La coopération anglo-malgache concerne le domaine militaire, avec l'équipement de l'armée malgache en armes et en munitions et l'assistance technique de militaires britanniques qui participent aux campagnes de Radama. La marine britannique apporte aussi son appui à ces campagnes et contrôle les navires se livrant à la traite. Dans le secteur technique, la Grande-Bretagne envoie des artisans éducateurs et reçoit des jeunes Malgaches pour leur formation professionnelle à Maurice ou en Grande-Bretagne même. C'est l'époque où se situe l'arrivée des premiers missionnaires de la London Missionary Society qui débarquent à Toamasina le 18 août 1818 et .se dirigent vers Antananarivo. Le malgache devient une langue écrite, l'instruction se propage et le christianisme s'implante. Relations franco-malgaches

Le gouvernement français de la Restauration veut réaffirmer ses droits prétendus sur l'île Sainte-Marie, voire la Grande ne. En 1822, Sainte- Marie est réoccupée par les Français qui recueillent le serment de vassalité des chefs betsimisaraka du nord à Foulpointe. Par contre, la tentative de mainmise française sur Fort-Dauphin échoue. Face à la France Radama affirme son droit de souverain de Madagascar et s'empare de Foulpointe en 1823, après avoir fait reconnaître sa suzeraineté par le chef betsimisaraka Jean René.
LES RÈGNES DE RANAVALONA ET DE RADAMA Il (1828-1863) l''

L'entente

franco-britannique

L'Entente Cordiale entre Louis-Philippe, roi de France, et la reine Victoria atténue la rivalité franco-britannique à Madagascar. L'attaque franco-britannique à Toamasina en 1845, qui entraîne la rupture des relations de Madagascar avec l'extérieur, en est le signe manifeste. La reine malgache, en 1828, dénonce les traités de 1817 et de 1820 avec la Grande-Bretagne et, en 1835, force les missionnaires britanniques à partir en interdisant la religion chrétienne. Les Français entrent 31

en scène, dont le fameux Laborde, qui arrachent des contrats pour le commerce avant d'être expulsés avec tous les étrangers en 1857. L'avènement de Radama II en 1861 rouvre Madagascar au monde extérieur, avec le retour des missionnaires et des commerçants britanniques et la signature d'un traité anglo-malgache d'amitié et de commerce le 5 décembre 1862. La francophilie affichée par Radama II lui vaut d'être reconnu roi de Madagascar par Napoléon III. Un traité franco-malgache est signé le 12 septembre 1862 et les premiers missionnaires catholiques, français, pénètrent à leur tour dans la capitale. A noter que, en 1841, la France a établi une sorte de protectorat à Nosi-be et dans les îles VOIsmes.

La première

ambassade malgache

Par «ambassade» il faut entendre une mISSIon itinérante et temporaire chargée de négocier au nom de l'Etat malgache pour des objets déterminés. La première ambassade malgache est envoyée en Europe en 1836. Composée de six personnes, elle est destinée à rassurer la GrandeBretagne et la France au sujet des expéditions militaires dans le sud de l'île. La mission transite par Maurice, où elle est reçue par Farquhar, et débarque au Havre d'où elle rejoint Londres. Elle rencontre Palmerston, chargé du Foreign Office, et le roi Guillaume IV l'accueille au château de Windsor. A Paris, le roi Louis-Philippe lui réserve une audience, mais dans les deux capitales aucun traité n'est conclu et les envoyés de la reine Ranavalona Ire rentrent sans avoir obtenu le moindre résultat.
RAINILAIARIVONY PREMIER MINISTRE (1864-1895)

Les trois reines Rasoherina (1863-1868), Ranavalona II (1868-1883) et Ranavalona III (1883-1897) ont comme Premier Ministre - et comme époux - le remarquable homme d'Etat qu'est Rainilaiarivony. Profitant de la rivalité franco-britannique, celui-ci louvoie au gré des circonstances jusqu'à l'accord conclu le 5 août 1890 entre les deux puissances européennes qui donne le champ libre aux Britanniques à Zanzibar et aux Français à Madagascar. L'Europe est alors en pleine révolution industrielle et la colonisation sert à trouver à la fois des matières premières et des débouchés. Madagascar est compris parmi les territoires où s'exercent les visées impérialistes des Etats européens. Pour la Grande-Bretagne le mouvement impérialiste constitue un aspect fondamental de la politique extérieure et, après la défaite de 1870, la France cherche dans l'expansion coloniale le retour au statut de grande puissance. 32

Les relations

anglo-malgaches

Un nouveau traité conclu en 1865 est dit de paix, de commerce et de navigation. En 1883, un amendement y est apporté concernant l'affermage des terres par les Britanniques; le trafic des spiritueux est réglé par un autre accord. L'année suivante est signée une convention sur les témoins. Ranavalona n ainsi que son époux se convertissent au protestantisme en 1869. Rainilaiarivony sur le plan intérieur organise l'Etat malgache et, en politique étrangère, joue la carte britannique. Les relations franco-malgaches

Le 8 août 1868 est signé un traité de paix et de commerce francomalgache. Un premier conflit éclate en 1883, qui entraîne le traité de protectorat du 17 décembre 1885 par lequel la France représente Madagascar dans ses relations extérieures. Le rejet par les Malgaches d'un nouveau projet de protectorat en 1894 amène une expédition militaire française l'année suivante. La défaite malgache conduit au traité de protectorat du 1er octobre 1895. Le Parlement français vote la loi d'annexion du 6 août 1896 : l'Etat malgache disparaît comme personne juridique et comme membre de la communauté internationale. La monarchie abolie, la dernière reine, après son Premier Ministre, part pour l'exil à Alger, ils y mourront. Les deuxième et troisième «ambassades»

La deuxième mission malgache envoyée à l'étranger en 1863 est consécutive à la tension créée par l'assassinat de Radama n. Elle est reçue par Palmerston et par la reine Victoria à Londres, par le Ministre des Affaires Etrangères français à Paris. Les traités proposés par les Malgaches ne peuvent franchir l'état de projets. La troisième «ambassade» est dépêchée en 1882 en raison du contentieux franco-malgache et pour chercher des appuis devant l'immi-

nence de la guerre avec la France. A Paris, elle rencontre le Ministre des
Affaires Etrangères français, il en est de même à Londres avec le Secrétaire au Foreign Office, mais les bons offices britanniques ne peuvent être obtenus pour régler le différend avec la France. D'Europe, la mission malgache passe en Amérique où elle est reçue à Washington par le Président Arthur. Un traité d'amitié américanomalgache est signé le 12 mars 1883, faisant suite au traité de commerce et de navigation du 14 février 1867 et au traité de paix, d'amitié et de commerce du 13 mai 1881. Les plénipotentiaires malgaches regagnent l'Europe et concluent à Berlin, le 15 mai 1883, un traité germanomalgache de commerce et d'amitié puis, le 6 juillet 1883, est signé à Londres un traité entre l'Italie et Madagascar.

33

Consulats

étrangers

et consulats

malgaches

La France est représentée par un Consul à Antananarivo - qui est Laborde de 1862 à 1878 - et par un Vice-Consul à Toamasina. Le Consul britannique, par contre, réside à Toamasina et un Vice-Consul est en fonctions dans la capitale. Egalement en résidence à Toamasina, alors pôle économique de Madagascar, sont le Consul d'Italie, le Consul des Etats-Unis et le Consul d'Allemagne; un consul représente la Suède et la Norvège, encore en union personnelle, et le Consul suisse de la Réunion a juridiction sur Madagascar. Les représentations malgaches à l'étranger n'ont pas un caractère continu. En France, des citoyens français représentent Madagascar en tant que Consul Général à Paris et Consul à Marseille. Ils sont en fonctions entre 1876 et 1882. A Londres, un citoyen britannique assume le rôle de Consul de 1880 à 1895. Ces représentants de Madagascar sont ainsi des «consuls honoraires» - selon la terminologie moderne avant la lettre. III. DE LA COLONISATION A L'INDÉPENDANCE RECOUVRÉE La nuit coloniale, longue de 65 années, sera survolée rapidement. Ce sont les phénomènes politiques, essentiellement, qui nous retiendront et certains seront repris pour un plus ample développement dans la partie SUivante.
DE LA CONQUÊTE À L'UNION FRANÇAISE (1895-1946)

L'administration

coloniale

Le découpage des circonscriptions administratives a été souvent remanié selon les conceptions des gouverneurs généraux. Gallieni (1896-1905) institua les provinces, auxquelles succédèrent les régions qui se ramifiaient en petites provinces. En 1946, c'est le retour aux grandes provinces - six en tout -, subdivisées en districts, postes et cantons. Ces structures, sous des appellations parfois différentes, ont été conservées par la République Malgache autonome puis indépendante. De toute évidence, le pacte colonial régissait l'économie de Madagascar. Commencés par Gallieni, les travaux d'infrastructure - routes, chemins de fer, ports - ont été continués par ses successeurs avec une intensité inégale. Confînée à l'enseignement technique et professionnel, pour les besoins de la colonisation, la jeunesse malgache avait peu de possibilités d'épanouissement intellectuel. 34

A inscrire, cependant, à l'actif de l'administration l'assistance médicale prodiguée à l'ensemble de la population sanitaire était relativement satisfaisant sous la colonisation. Les mouvements nationalistes

coloniale, dont l'état

L'insurrection des Menalamba éclata avant même que la nouvelle autorité française soit assise sur toute l'île. On y vit des bandes d'insoumis à la monarchie merina qui se retournaient contre l'envahisseur par réaction patriotique. A la fin de 1896 le mouvement contrôlait l'Imerina et débordait vers l'est et le sud, l'exécution de Rainandriamampandry, ancien gouverneur de Toamasina, et du prince Ratsimamanga n'ayant pas enrayé la révolte. Celle-ci s'étendit au Menabe à l'ouest et aussi à la région nord-ouest. L'insurrection de 1904 dans le sud a été le dernier sursaut de la résistance dont la «pacification» -terme adopté par Gallieni - a fini par avoir raison. A la révolte populaire succéda un mouvement nationaliste d'intellectuels, le V.V.S. (Vy, Vato, Sakelika). Constitués en société secrète ses membres étaient liés par un serment sur la patrie malgache qu'ils juraient d'affranchir de l'asservissement. Découvert en 1915 le mouvement a été durement réprimé et, malgré l'amnistie de 1922, son souvenir anima pendant longtemps le nationalisme malgache. Ralaimongo, ancien combattant de la guerre 1914-1918, réclame l'accession des Malgaches aux droits des citoyens français et, dans la ligne de l'assimilation, demande le statut de département français pour Madagascar. Les revendications, soutenues par les journaux dirigés par Ravoahangy et Jules Ranaivo, culminent avec la manifestation du 19 mai 1929 dans la capitale. L'avènement du Front Populaire en France en 1936 entraîne la reconnaissance de la liberté syndicale et de la liberté de la presse à Madagascar. Le retour des cendres de Ranavalona III à Antananarivo en 1938 est un geste d'apaisement alors que l'élection du Pasteur Ravelojaona au Conseil Supérieur des Colonies en 1939, à la veille de la guerre, amorce une représentation des populations malgaches dans les instances métropolitaines. A partir de septembre 1939, les manifestations nationalistes de masse sont suspendues, Madagascar participe à l'effort de guerre français. En 1942, les troupes britanniques chassent les représentants du gouvernement de Vichy auxquels se substituent ceux de la France libre. La déclaration de Brazzaville du Général De Gaulle en Février 1944 retentit jusqu'à Madagascar. La guerre finie, le nationalisme va se réveiller.

35

DE L'UNION FRANÇAISE À LA COMMUNAUTÉ INSTITUTIONNELLE

(1946-1958)

L'évolution

politique

et le drame de 1947

Au lendemain de la guerre, la France cherche à construire avec les territoires de l'Empire colonial une Union Française constituée autour de la métropole: En novembre 1945, Ravoahangy et Raseta sont élus députés à la première Assemblée constituante de la IVe République. Ils déposent, le 17 mars 1946, une proposition de loi tendant à abolir la loi d'annexion et à reconnaître Madagascar Etat libre au sein de l'Union Française. La proposition ne dépasse pas le stade de la commission où elle est enterrée. Les deux députés malgaches, avec des amis dont Jacques Rabemananjara et Rakoto-Ratsimamanga, créent le 2 janvier 1946 à Paris le Mouvement Démocratique de la Rénovation Malgache (M.D.R.M.). Aux élections de Novembre 1946 à l' Assemblée Nationale les trois sièges du collège malgache sont remportés par les deux précédents députés et Rabemananjara. Le M.D.R.M. enlève les deux-tiers des sièges à l'Assemblée représentative de Madagascar et aux Assemblées provinciales. L'administration coloniale, devant le triomphe du M.D.R.M., suscite la création du Parti des Deshérités de Madagascar (P.A.D.E.S.M.). La révolte qui éclate le 29 mars 1947 est imputée au M.D.R.M. dont les chefs sont arrêtés, jugés et condamnés - Raseta et Ravoahangy sont condamnés à mort, Rabemananjara est condamné aux travaux forcés à perpétuité. Après commutation des peines de mort les condamnés partent pour l'exil en France.

Le désarroi puis la reprise de la vie politique
L'interdiction du M.D.R.M. après le déclenchement de l'insurrection de 1947 semble avoir désarçonné le nationalisme malgache. La brutale répression, dans l'esprit des colonialistes, devait le faire taire pour longtemps. L'administration coloniale porte alors l'effort sur les programmes économiques et même un «plan» quadriennal est lancé en 1954. Il en va ainsi jusqu'en 1956 où la loi-cadre Defferre pour l'organisation politique des territoires d'outre-mer entre en application. A Madagascar un collège unique élit l'Assemblée Législative et les six Assemblées provinciales. A l'Assemblée provinciale de Mahajanga Philibert Tsiranana, qui vient de fonder le Parti Social-Démocrate (P.S.D.), triomphe alors que Norbert Zafimahova, leader de l'Union Démocratique et Socialiste Malgache (U.D.S.M.), l'emporte à l'Assemblée provinciale de Fianarantsoa. Tous les deux sont des transfuges du P ADESM qui a éclaté en tendances opposées, les uns étant partisans de l'immobilisme sous la tutelle française (tendance Zafimahova) tandis que les autres sont favorables à une évolution vers l'autonomie (tendance Tsiranana) .

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