RELIGION ET VIE PUBLIQUE

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Quelle religion ? Quelle vie publique ? Entre le refus du politique ou l'adaptation du politique à leurs impératifs moraux, chrétiens et juifs sont passés les uns à côté des autres sans réussir à se mêler vraiment malgré leur commune origine. La référence à l'antiquité semble bien devenue une spécificité chrétienne. Ainsi les voies des juifs et des chrétiens restent parallèles, mais non communes. Les temps présents témoignent des échecs des tentatives de rapprochement.
Publié le : vendredi 1 mai 1998
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EAN13 : 9782296366220
Nombre de pages : 178
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de l'association Méditerranées Publiée avec le concours de l'Université de Paris X Nanterre
Revue

-

N° 16

-

1998

et; Vtb

Éditions

L'Harmattan

5-7, rue de l'École-Polytechnique

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

75005 Paris

L'illustration de couverture est extraite de l'Hypnerotomachia Poliphili (le songe de Poliphile) l, ouvrage de Francisco Colonna. écrit en 1467 et imprimé par le Vénitien Alde Manuce en 1499.
@ L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-6751-2
ISSN : 1259

- 1874

l

Curieuse fantaisie allégorique, en un mélange de latin et d'italien (avec des passages en grec et en hébreu) ; l'ouvrage, illustré de belles gravures sur bois d'un artiste inconnu, est considéré aujourd'hui comme l'un des meilleurs livres illustrés de la Renaissance.

Membres d'honneur : Guillaume CARDASCIA (professeur émérite d'Histoire du Droit - Université Paris II - Assas) Jean GAUDEMET (professeur émérite d'Histoire du Droit - Université Paris II - Assas) Jean IMBERr (membre de l'Institut) Comité de rédaction: Responsable de la publication: Jacques BOUINEAU Comité de lecture : Jacques PHYrILIS (vice-président

(professeur d'Histoire du Droit - Université Paris X - Nanterre)
- Université Paris X - Nanterre)

Eric BOURNAZEL (professeur d'Histoire du Droit - Université Paris X - Nanterre) Jacques LAFON (professeur d'Histoire du Droit - Université Paris I - Panthéon-Sorbonne) Sophie LAFONT (professeur d'Histoire du Droit - Université de Versailles-Saint-Quentin) Jean-Louis GAZZANIGA (professeur d'Histoire du Droit - Université de Toulouse) Bernadette MENU (directeur de recherches au C.N.R.S) Evelyne MERON (professeur associé de littérature française - Université Bar-Han) Jean-Marie DEMALDENT (professeur de Sciences Politiques - Université Paris X - Nanterre) Marie-Luce PAVIA (professeur de Droit Public - Université de Montpellier I) Pierangelo CATALANO (professeur de Droit romain - Université "La Sapienza" de Rome) Jeanne lADJILI (maitre de conférences d'Histoire du Droit - Université de Tunis) Secrétaire de rédaction: Phllippe-Jean QUILLIEN (chercheur)

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Evelyne Méron Le colloque de Bar-flan n'aura pas eu lieu
Jacques Bouineau Réponse à Evelyne Méron

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Thierry Y. Alcoloumbre Religion et vie publique. Un modèle d'harmonisation entre religion et politique: le «roi-prophète»d'après Maimonide
Jean Bastier L'Antiquité dans la pensée de Louis de Bonald (avec des manuscrits inédits)

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Ivan Blliarsky La Bulgarie, l'Empire et la Papauté au Concile de Lyon IL Gérard D. Guyon Les premiers chrétiens et les valeurs de la vie publique romaine (yr _ III"siècle) «L'utilitas communis» chrétienne et l'utilitas reipublicae
Jean-Georges Kahn La valeur et la légitimité des activités politiques d'après Philon d'Alexandrie Sr&an Sarkié L'Eglise et la religion dans le code d'Etienne Douchan.

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Varia. Constantinos Pitsakis Quelques réj1.exionsau sr.get d'«individu et poUVOirll dans
l'Empire romain d'Orient: idéologie politique et pensée canonique

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esdames, Messieurs les membres de l'Association Méditerranées, les présentes pages doivent être publiées dans la revue à titre de -billet d'humeur... Mais, même si je suis de mauvaise humeur en pensant à notre colloque de 1997 qui n'a pas eu lieu, il n'est pas question d'humeur, ici. Je prétends faire des remarques rationnelles. Tenir des propos d'universitaire.

M

Il Y a un an, lors de la dernière agréable réunion de Méditerranées, nous avons dîné et devisé au Quartier Latin à Paris. On fit mention d'un passage assez connu du Talmud (Shabbat p.31 A), qu'on me pria de résumer: Un païen se présente devant le rabbin Hillel, célèbre pour sa douceur et son excellent caractère, dans le dessein d'éproLWer la patience du saint MrTI1TI£...Je . veux devenir juif, lui dit-il, si tu m'enseignes la Loi dans le temps que je resterai debout sur un seul pied.» Sans s'énerver, le rabbin Hillel répondit: «Ce que tu n'aimes pas, ne le fais pas à ton prochain. Tout le reste, ce sont des commentaires. Maintenant, monfils, va étudier.. Mon résumé ne plut guère à certains des chrétiens (au fond, jansénistes) assis autour de moi: Que cela est donc sec! dirent-ils. Où sont les sentiments? Où est l'amour? En effet, c'est justement là que gît la différence fondamentale entre la mentalité juive traditionnelle et la mentalité chrétienne, différence culturelle autant que religieuse. Pour le juif, la matérialité des actes est primordiale, et l'effet produit sur autrui. Ce point de vue est d'abord juridique. Pour le 9

Evelyne

Méran

chrétien. sont primordiales les intentions des actes. et leur contribution au salut de l'âme du sujet. Ce point de vue est psychologique et mystique d'abord. Il a donc paru d'un vif intérêt de confronter. et puis d'analyser. ces attitudes déroutantes; et de le faire en Israël. patrie de l'éthique juridique. de l'union intime de la religion avec la vie publique. Hélas. avant que la réunion ait eu lieu. des membres occidentaux de notre Association. animés de bonnes intentions supposons-le. inspirés par des idéaux élevés. ont renoncé à rencontrer chez eux leurs collègues israéliens; et malheureusement ils les ont, de ce fait, blessés désagréablement. Je pense qu'il s'est agi d'intentions et d'idéaux politiques. Certes. le Président de l'Association a insisté. selon le compte-rendu de la Réunion Générale: .Cette décision [d'annuler) n'a été prise que pour des raisons scientifiques». Cependant. j'ai reçu de lui une lettre personnelle. où il me confiait sa crainte de "passer pour un sous-marin du sionisme". Je me permets d'interpréter ceci comme une attitude politique. D'ailleurs. la politique ne convient-elle pas mille fois mieux que la science. pour interdire a priori la rencontre d'universitaires aux origines diverses. qui se seraient tous exprimés dans une totale liberté. et qui se seraient questionnés et répondu à leur guise? Il n'est pas de science digne de ce nom qui prévienne une confrontation. Il est rare. il est anormal. qu'un colloque préparé dès longtemps et non dépourvu de ressources financières éclate en bulle de savon au nez de l'organisateur; ou même d'une co-organisatrice. Aucun aspect de cette annulation n'a été un peu décent. 1) Que des participants aient renoncé à venir est légitime. J'ignore leurs motifs. et ne les juge pas. Mais que personne n'ait eu la très élémentaire politesse de m'adresser un mot d'explication. ou de simple regret, cela m'a profondément choquée. On savait bien pourtant. comme j'avais investi dans l'entreprise! 2) L'annulation officielle du colloque entier est un autre problème. Le procédé en a été, là aussi. d'une grande impolitesse. Après deux ans. où je me suis crue traitée en associée, j'ai reçu un petit fax me mettant tout soudain devant le fait accompli. la «décision de renoncer à tenir notre colloque à BarIlan». Le Président-patron évidemment tenait trop à cette décision-là pour se risquer à en délibérer avec sa fidèle collaboratrice... Par la suite, il m'a écrit que son statut de catholique atlantique libre et heureux le rendait plus clairvoyant. face aux conflits méditerranéens. qu'une méditerranéenne comme moi. trop immergée dans les problèmes locaux pour bien les distinguer. Je ne 10

Le colloque de Bar-llan n'aura pas eu lieu

souhaite pas faire partie d'un groupe d'études méditerranéennes régi de cette façon paternaliste et quasi-colonialiste. 3) Le Président imposait également l'annulation à des participants désireux de maintenir leur projet. Certains d'entre eux m'ont écrit, eux, un mot aimable; je leur en sais gré. L'Association a été menée avec autorité. Cela a été de la tyrannie, si une majorité a été heurtée; et de la démagogie, si une majorité s'est trouvée au contraire satisfaite. Appartenir à une association à la direction si peu démocratique ne me convient pas. Je n'ai pu savoir ni l'identité, ni la nationalité, ni le nombre des participants qui se sont désistés. Eux-mêmes, désinvoltes, ne se sont point manifestés; et le Président s'est refusé à "établir une liste de proscrits" ; à croire qu'il s'agissait de couvrir des coupables, et même de les protéger contre des représailles! Or j'aurais juste voulu savoir, bien sûr, quelle sorte de relation entretenir à l'avenir avec des personnes que je connais et serais amenée à revoir. Comment dès lors les saluerai-je à l'aveuglette? Comment travaillerai-je avec eux? La collaboration ne me sera donc plus possible. Collectif ou privé, le refus délibéré de réaliser une rencontre d'intellectuels est une insulte à l'intelligence. Dans notre cas, je conjecture qu'il s'agissait de juger l'actuelle politique d'Israël; de la méjuger en boycottant son territoire et son université; d'en préjuger surtout, avant d'avoir regardé et écouté. Une condamnation peut être légitime, si du moins elle est précédée d'un examen du dossier considéré. Ceux d'entre vous qui ont accepté de venir, et puis se sont rétractés (sauf en cas personnel de force majeure), ont changé d'avis sur Israël, avant d'y avoir fait un voyage. Oh ! je connais assez bien la France pour savoir que la presse de ce pays, à l'unisson, présente Israël sous un jour scandaleux. Mais il suffit d'être moyennement intelligent et moyennement expérimenté, pour savoir que le manichéisme régit très peu le monde réel, mais qu'il s'épanouit plutôt dans les westerns et autres fictions hollywoodiennes. Pour voir en Israël l'exception d'un État Méchant, chargé de tous les torts, et donc infréquentable, il faudrait accepter d'abord d'y jeter un coup d'oeil! Il faudrait se former tout au moins un modeste début d'opinion. Je rappelle que, parmi les conférences prévues, il y en avait une sur l'intégrisme musulman par un professeur arabe de politologie de notre université; il se serait exprimé tout à fait librement, vous auriez pu l'interroger de même, et apprendre quelque chose de vrai sur les relations judéo-arabes en Israël. Mais on a préféré obéir les yeux fermés aux fascinations d'une propagande. Dérisoire conformisme! Socrate, modèle des penseurs rigoureux en Occident, mettait l'ardent et brutal Calliclès en garde contre la précipitation intellectuelle: «'lu es un heureux homme, d'avoir été

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Evelyne

Méran

initié aux Grands Mystères avant de l'être aux Petits! Je ne croyais pourtant pas que ce fût chose pennise.. (Platon Gorgias 497c). Croire la presse et les bruits qui courent, faire l'économie d'une observation et d'un jugement personnels, c'est se moquer du Savoir sérieux, c'est s'adonner aux délices de la Doxa, partager l'Opinion de n'importe qui, et jouir du piètre plaisir d'être d'accord avec ses voisins et de tenir en repos son esprit. La publication de ce texte-ci a été assortie de règles du jeu la privant de toute efficace. Car après ces lignes il y a un "droit de réponse" ; alors le débat s'arrête. C'est donc la réponse qui aura le dernier mot. Et qui réduira sans mal mes propos à l'état de plainte vague et malvenue. Une Française et méditerranéenne connue n'a-t-elle pas chanté:
«C'est le dernier qui a parlé qui a raison. ?

Ceci est-il alors un simple baroud d'honneur? Après tout, l'on n'est guère persuadé sinon par ce que l'on veut croire. Chaque lecteur demeurera donc sur ses positions préalables. et. de même qu'il le faisait déjà avant. trouvera bonne ou bien mauvaise la décision d'annuler le colloque. L'ordre de présentation des arguments importe peu. En réalité. c'est moi qui réponds. Je réponds à une situation imprévue, peu banale. On eût dû m'en présenter des justifications, et j'y aurais répondu. Les choses se sont passées autrement. J'ai été mise dans une situation qui me déplaît. Ne voyant pas de raison pour m'en accommoder, je donne ma démission, et je me retire de l'Association Méditerranées. Evelyne MERON de Littérature française Université Bar-nan Israill Décembre 1997

Professeur

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~~~~~
C

ontrairement à ce qu'écrit notre collègue, les lignes qui suivent n'obéissent pas à une «règle du jeu», destinée à anéantir les propos dont elles sont l'écho. C'est un usage de la presse. Reprenons les faits: voici un peu plus de deux ans, dans l'avion qui nous emmenait de Rome à Sassari pour notre colloque, j'ai suggéré à madame Méron d'envisager la tenue d'une rencontre en Israë1. Depuis deux ans, elle a beaucoup travaillé à ces journées; elle y a llÙS une ardeur et une foi auxquelles je rends hommage. De notre côté nous avons pareillement déployé d'importants efforts. De part et d'autre des crédits substantiels ont été réunis, de nombreux contacts noués. Or, peu avant la date buttoir au-delà de laquelle nos réservations auprès de la compagnie aérienne devenaient définitives, j'ai reçu désistement sur désistement; par ailleurs plusieurs collègues d'autres pays ne pouvaient obtenir leur visa de sortie. Face à ces renoncements en série, qui ne laissaient plus en partance qu'une poignée de participants, j'ai contacté d'urgence les responsables de l'association que j'ai pu joindre et en quelques heures (avant le moment fatidique où nos engagements devenaient définitifs auprès du transporteur) nous avons débattu (par téléphone) de l'attitude à adopter; à la majorité nous avons décidé de ne pas partir. Que madame Méron ait été blessée je le comprends d'autant llÙeux que je rai moi-même été. Que cela suscite des propos passionnés me semble en revanche déplacé entre universitaires.

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Editorial

Sur la forme je présente, au nom de l'association, toutes mes excuses et tous mes regrets à madame Méron et à ceux de ses collègues avec lesquels des courriers ont déjà été échangés. Néanmoins je tiens à rappeler que nous nous trouvons devant une difficulté académique qui doit être traitée conune telle et non pas devant un drame personnel auquel on réagirait de manière passionnelle. La vie universitaire ne se déroule pas selon des critères affectifs et confondre les deux me paraît regrettable. C'est pourquoi les mots «impolitesse» ou «président-patron» me semblent hors de propos. Une fois la décision acquise à la majorité des membres consultés, j'ai fait savoir qu'il n'y aurait désormais qu'un seul responsable: le président de l'association. Je me place ici sur le terrain juridique. En effet la seule perspective de livrer les noms de ceux qui avaient annulé et de ceux qui voulaient venir m'était odieuse; elle rappelle trop des pratiques funestes de notre histoire. Puisqu'on oppose «tyrannie» à «démagogie», je ferai simplement remarquer que le président d'une association répond de la bonne marche de la structure; quand les difficultés surviennent il n'existe qu'un responsable: le groupe, représenté par le président. Que nos collègues se soient adressés à moi et non à madame Méron ne me semble pas relever de l'impolitesse, mais de la logique: le moteur de la rencontre était constitué par l'association Méditerranées et madame Méron reconnaîtra, je l'espère, que ses propos ont dépassé sa pensée quand elle écrivait qu'il suffisait d'être «moyennement intelligent et moyennement expérimenté» pour comprendre ce que, et ce serait leur faire insulte de penser autrement, tous les membres ont compris depuis bien longtemps. Pour rester sur le terrain juridique, je dirai qu'une rencontre à laquelle ne participent plus suffisamment d'individus pour qu'elle demeure significative n'a plus de sens; il Y a là un vice rédhibitoire. Je suis étonné de voir cités des extraits d'un courrier personnel à propos d'une affaire institutionnelle. Je ne conserve évidemment pas de double des lettres personnelles que j'adresse à mes correspondants; je sais néanmoins que j'ai écrit, non pas que «je» craignais de passer pour un sousmarin du sionisme, mais que maintenir à tout prix une réunion avec si peu de participants risquait de faire passer l'association pour un sous-marin du sionisme. Alors, oui, je le maintiens, l'annulation a été décidée selon une procédure d'urgence mais légale, au nom de critères scientifiques, non pas personnels ni a fortiori passionnels, et la démission que présente notre collègue me semble sans objet parce qu'elle se situe dans une logique affective et non pas institutionnelle. Mais, en mon nom personnel, et je suis sûr en cela de représenter les membres de l'association, j'espère très vivement que notre

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Editorial

collègue ne maintiendra pas une douloureuse malentendu. Mais cela m'amène à parler du problème

décision

née uniquement

d'un

quant au fond.

Sur le fond, ici aussi, l'erreur est évidente. Il ne s'est jamais agi d'aller en Israël pour parler d'Israël. Les buts de l'association Méditerranées se trouvent résumés dans l'art. 2 de ses statutsl, que l'on peut compléter par les quatrièmes de couverlure des numéros 52 et 83, la fin de l'éditorial du numéro 124 etc... C'est pourquoi je parle d'erreur: si l'on a pu penser, en Israël. que l'on venait nouer un dialogue bi-latéral entre juifs et chrétiens au sujet de la religion, comme les propos de départ de notre collègue tendent à le laisser penser, c'est que je n'ai pas su expliquer notre démarche et, une fois encore, je me considère comme responsable. Je ferai simplement remarquer que madame Méron travaille avec nous, pour notre plaisir à tous, depuis plusieurs années, qu'elle possède, comme tous les membres, les statuts de l'association, et qu'elle savait donc bien quel était l'objet réel de la rencontre. Dans ces conditions, je ne vois pas que l'on puisse concevoir un boycott de l'Etat d'Israël ou des juifs. Ni a fortiori parler d'attitude .paternaliste» ou «néo-colonialiste»: l'Empire romain a unifié tous les territoires du bassin méditerranéen; les trois cultures monothéistes se sont développées sur ses rives et, à ce titre, ont hérité d'une romanité elle-même composite car issue de multiples apports

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Art. 2: Cette association a pour but d'étudier la diffusion de l'héritage culturel de l'Antiquité sur les structures politiques, juridiques et sociales, littéraires et artistiques de la Méditerranée, quelle qu'en soit l'époque, de pennettre une approche pluridisciplinaire et transnationale du phénomène de publier un outil d'information/formation/communication en langue française, d'organiser des rencontres entre les membres de l'association destinées à instituer des lieux de réflexion en commun. Les numéros 4 et 5, qui fonnent un ensemble, s'inscrivent dans une continuité déjà bien ancrée et se proposent de confronter des réflexions aussi ouvertes que possible entre partenaires méditerranéens, quels que soient leurs horizons culturels, religieux ou philosophiques, autour de ce qui fut un moment commun de leur histoire: l'empire romain. " .Les anciens Grecs ont sans doute été les premiers à penser un .citoyen", membre actif de la communauté humaine. Cette idée de citoyenneté, passée à l'Empire romain, continue d'exister jusqu'à nos jours dans des tennes qui rappellent toujours l'Antiquité classique. Partie intégrante de la culture méditerranéenne, la citoyenneté a genné dans un contexte où l'organisation institutionnelle des pouvoirs publics était une vieille réalité. Elle a éclos dans un univers cosmopolite qui a perduré jusqu'au XlXèmesiècle.. Dans les deux cas [n° 12 et n° 13]. la montrer comment, à partir d'une romanité monde méditerranéen a, dans le sillage hommes et leur cité; une cité composée de problématique demeure de même nature: héritière de fortes influences antérieures, le de Rome, redéfini les relations entre les Méditerranées plurielles,'. 15

2

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Editorial.

antérieurs. Ce que j'ai proposé (cette fois en tant qu'individu) en lançant Méditerranées, c'est de permettre un dialogue, autour de notions issues de la culture romaine, à tous les représentants du monde méditerranéen. Le dialogue est si difficile que le seul fait de le proposer peut peut-être passer pour une attitude patemaliste néo-colonialiste. Alors les incompréhensions seraient pires encore que ce que je redoutais. Quant à mon prétendu statut de «catholique atlantique libre et heureux», je signalerai qu'il s'agit d'une citation effroyablement déformée extraite d'un courrier privé où je disais qu'il était sans doute plus facile d'être catholique que juif, atlantique que méditerranéen etc... Je sous-entendais que les difficultés à vivre étaient moindres dans ce cas-là que dans ce cas-ci. Jacques BOUINEAU Professeur d 'Histoire du Droit Université Paris X -Nanterre Responsable de la publication

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un intellectuel occidental, la séparation de la religion et de l'État est une idée qui ne fait guère problème. Nous sommes les héritiers d'une histoire au cours de laquelle la république a opéré la séparation des Églises et de l'État; séparation dramatique, mais mentalement préparée par cet enseignement de l'Evangile chrétien qui fait rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. En Israël, du moins dans la tradition biblique et rabbinique, le problème se pense différemment. D'un côté, il peut sembler impossible d'opérer une distinction entre le domaine du religieux et celui du profane (ou du politique) dans la mesure où la vie tout entière, au niveau tant collectif qu'individuel, est rythmée par une loi de source révélée. Même si cette loi dans beaucoup de ses parties est tout à fait accessible à la raison humaine et

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Dans ce texte.

"TB. est mis pour "Talmud

de Babylone.. 17

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