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RENSEIGNEMENT ET OPÉRATIONS SPÉCIALES n°11

188 pages
Pour une théorie générale du renseignement (David KAHN) · Les écoutes téléphoniques pendant la Grande Guerre : ingéniosité et progrès au service du renseignement tactique (Natalie RAGUIN) · Les partisans soviétiques (Général Albert Merglen) · Août 1945. Laos. Cessez-le-feu avec le Japon. Directives reçues par le sous-groupement Yseult (Jean DEUVE) · Roman Karmen, un cinéaste au service de la révolution (Philippe WODKA-GALLIEN) · Le 11 septembre, la campagne d'Afghanistan et la guerre de l'ombre en six questions (Jean-Jacques CÉCILE) · La criminalité transnationale organisée (Alain RODIER) · Du renseignement d'État à l'intelligence économique (Ludovic FRANCOIS) · Les stratégies d'influence : fondements, champs, méthodes (Claude REVEL)
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RENSEIGNEMENT & OPERATIONS SPECIALES

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@L'Hannatlan,2002 ISBN: 2-7475-3568-1

CCJF~m

Centre Français de Recherche sur le Renseignement

RENSEIGNEMENT & OPERATIONS SPECIALES

sn

L'HARMATTAN rue de l'Ecole Polytechnique
7SOOS PARIS

AVERTISSEMENT

Les opinions exprimées dans les articles publiés dans la revue n'engagent que leurs auteurs. Elles ne sauraient refléter une prise de position officielle ou officieuse de la revue ou du Centre français de recherche sur le renseignement. Par ailleurs, tous les articles et illustrations publiés dans la revue sont soumis à la législation du copyright. Toute restitution de tout ou partie de ceux-ci, sous quelque forme que ce soit, sans mention de l'auteur et de la revue ou sans notre accord fera l'objet de poursuites.

RENSEIGNEMENT & OPERATIONS SPECIALES

SOMMAIRE N°ll

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JUILLET -AOûT 2002

Éditorial: « La criminalité transnationale, nouveau
défi des services de renseignement» Eric Denécé. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P 13
«

Pour une théorie générale du renseignement»

David Kahn. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P 19
«

Les écoutes téléphoniques pendant la Grande

Guerre: ingéniosité et progrès au service du renseignement tactique ». Natalie Raguin. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..
«

P 41

Les partisans soviétiques (1941-1945)

»

Général Albert Merglen.
« Laos. Août 1945. Cessez-Ieleu avec le Japon.

P 59

Directives reçues par le sous-groupement Yseult » Jean Deuve. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p 65
«

Roman Karmen, un cinéaste au service
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P 77

de la révolution» Philippe W odka-Gallien.

8

.
«

RENSEIGNEMENT ET OPERATIONS SPECIALES

Le 11 septembre, la campagne d'Afghanistan

et la guerre de l'ombre en six questions»

Jean-Jacques Cécile. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p 95
«

La criminalité transnationale

organisée»

Alain RociÏer.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. pIll
« Du renseignement d'Etat à l'intelligence économique» Ludovic François. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..p
«

123

Les stratégies d'influence :fondements,

champs,

méthodes»
Claude Revel. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P 137

Actualité du renseignement. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. P 147 Actualité du renseignement électronique. . eo. . . . .. p 157

Bibliographie.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. P 173
Abonnements et offre spéciale aux lecteurs. . . . . . . . . P 181

ONT COLLABORE A CE NUMERO

Jean-Jacques Cécile Ancien membre d'une unité spéciale et du renseignement militaire français. Journaliste indépendant, auteur d'ouvrages sur le renseignement et les opérations spéciales.

Antoine Colonna Journaliste spécialisé dans les questions de défense et de relations internationales. Rédacteur en chef de la lettre d'actualité géostratégique Intelligence & sécurité et de Renseignement & opérations spéciales.

Eric Denécé Ancien analyste du renseignement. Docteur en science politique. Directeur de la revue Renseignement & opérations spéciales. Président du CENfREFRANÇAIS RECHERCHE DE SUR LERENSEIGNEMENf (CF2R).

Jean Deuve Chef de groupement de guérilla anti-japonais (1944-1946), puis chef du SR des forcés du Laos (1946-1948). Officier et diplomate spécialiste du Sud-Est asiatique. Historien, auteur d'études sur le renseignement au Moyen-Age et les opérations spéciales.

JO

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RENSEIGNEMENT ET OPERATIONS SPECIALES

Ludovic François Maître de conférence et responsable des masters du groupe HEC. Secrétaire général du CENTRE FRANÇAIS DE RECHERCHE SUR LE RENSEIGNEMENT.

David Kahn Ph. D. in Modem History, Oxford. A longtemps représenté l'International Herald Tribune à Paris. Directeur de la revue Cryptologia, et auteur de nombreux ouvrages et publications sur le renseignement et la cryptologie. Membre du conseil d'administration de Spy Museum (Washington).

Général Albert Merglen Chef de groupe franc pendant la campagne de France et chef d'équipe spéciale « action» de la Première armée. Commandant du 2e bataillon étranger de parachutistes, puis de la lIe demi-brigade parachutiste de choc (1961-1963). Docteur en Histoire et auteur de nombreux ouvrages et articles.

Natalie Raguin Historienne, Université de Rennes-II Haute-Bretagne

Claude Revel Directrice d'organismes professionnels français et international, membre du Haut Conseil pour la Coopération Internationale, conseillère du Commerce Extérieur de la France, administratrice de l'Institut européen de géoéconomie et ancienne élève de l'ENA.

CONTRIBUTIONS.

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Alain Rodier Officier supérieur (ER), spécialiste du renseignement militaro-industriel. Actuellement conférencier dans le domaine de l' évaluation des risques contemporains auprès de grands organismes institutionnels.

Philippe Wodka-Gallien Diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, rédacteur en chef adjoint de la revue Enjeux atlantiques, collaborateur d'Air zone magazine.

EDITORIAL

La criminalité transnationale, nouveau défi des, services de renseignement

La revue Renseignement & opérations spéciales entame avec ce numéro Il une série d'articles consacrés à la criminalité transnationale organisée. Selon de nombreux experts, ce phénomène constitue l'une des menaces principales pour le début du XXIe siècle. Une menace d'autant plus forte qu'elle possède des dimensions aussi bien nationales qu'internationales. Avec les attentats du Il septembre 2001, le terrorisme a défrayé la chronique en provoquant une réaction énergique des Etats-Unis et, ce qui n'était pas envisageable quelques années plus tôt, l'émergence d'une coordination internationale sans précédent qui a vu par exemple la Russie rejoindre l'OTAN. La mission principale de l'Alliance est désormais de mener la guerre contre tous les terrorismes, les principaux visés étant d'origine musulmane et fondamentaliste. On notera la curieuse symétrie entre les agresseurs et les agressés qui, chacun dans leur camp, sont organisés de manière transnationale. Cependant, au risque de choquer, il est admis que le terrorisme n'a aucune chance de bouleverser le « Nouvel ordre mondial» ni de prendre le contrôle à court ou moyen terme d'un Etat; l' Mghanistan a servi de leçon. Par contre, il n'en va pas de même de la criminalité transnationale organisée qui représente une menace beaucoup plus importante pour la simple raison que son pouvoir financier

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RENSEIGNEMENT ET OPERATIONS SPECIALES

et, par conséquent de corruption, est colossal. Il convient également de souligner que si les terroristes obéissent à une idéologie, il n'en est absolument pas de même des mafieux de toutes origines qui ne sont sensibles qu'à l'appât du gain. Peu leur importe de s'allier avec l'un ou avec l'autre si les résultats financiers sont conséquents. Ceci est particulièrement vrai pour les activités se rapportant aux trafics de drogue et d'armes qui, d'ailleurs, sont souvent étroitement liés. Ainsi, on a pu constater que des armes d'origine albanaise ont aussi bien équipé les Serbes et les Croates que les Bosniaquesmusulmans. On les a également retrouvées en Mrique dans les différentes zones de conflit. Maintenant elles équipent terroristes et criminels de tous horizons. Déjà, certaines zones de non-droit sont aux mains de la criminalité organisée. Cette mainmise n'est certes pas son objectif premier, mais le moyen de contrôler des institutions, des entreprises commerciales, des banques... qui lui permettent de blanchir l'argent gagné illégalement. Il est à craindre que si la prise de contrôle d'un Etat reconnu intemationalement devenait réelle, le réseau diplomatique du pays en question offrirait de grandes facilités pour le crime organisé dans les domaines de télécommunications cryptées et du fret couvert par le statut diplomatique. Enfin, les mouvements terroristes n'étant généralement plus soutenus par des Etats comme du temps de la Guerre froide, le crime organisé a trouvé là un filon intéressant, en se substituant aux protecteurs d'antan. Les tractations se font le plus souvent sous forme de troc: des armes contre de la drogue: les exemples les plus connus sont ceux des Ta/eb afghans et des guérillas Sud-américaines (Colombie, Pérou). Face à cet état de fait, les pouvoirs politiques ne montrent pas la même énergie à combattre ni même à dénoncer ce fléau qui, s'il était vaincu, priverait également les mouvements terroristes de leurs approvisionnements logistiques et participerait ainsi à leur éradication. Cela est dû au fait que la définition même de l'ennemi est difficile à établir. Où est la limite entre l'économie normale et celle qui est illicite? À ce titre, l'exemple de la Côte d'Azur est symptomatique.

EDITORIAL.

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L'économie locale (et nationale) profite à plein des capitaux investis dans l'immobilier, le tourisme, les jeux, même si ces capitaux sont à l'évidence d'origine douteuse. Par le passé, ils étaient majoritairement italiens, aujourd'hui, ils proviennent des pays de l'ex-Bloc de l'Est. D'où la question posée par Alain Rodier qui reste valable dans tous les pays: «L'intérêt du pouvoir politique à court terme n'est-il pas de «composer» avec la situation existante?» En effet, une lutte ouverte provoquerait immanquablement des pertes financières importantes et une augmentation du chômage sans précédent dans la région. Les élus auraient alors bien du mal à faire renouveler leurs mandats aux élections suivantes. D'où l'ambiguïté des rapports existant parfois entre le crime organisé et un monde politique hésitant sur la conduite à adopter en pareille circonstance. Après un premier texte de présentation générale, les articles suivants évoqueront la criminalité organisée sur le continent européen, en insistant sur ce qui sert encore de modèle historique: les mafias italiennes. Il s'attachera également à décrire les pègres qui sont actuellement en plein essor: celles d'Albanie, de Turquie, de Russie et des pays de l'Est. C'est dans ces régions que les «zones grises» sont les plus nombreuses, ce qui représente, selon certains, un risque important d'évolution en «Etats mafieux» même si de nombreux efforts sont menés pour enrayer ce fléau, en particulier en Russie. Puis, trois autres zones géographiques seront étudiées. Tout d'abord, l'Asie, avec la description des triades chinoises, sur le point de devenir les groupes criminels les plus puissants du monde (du moins pour ce qui est du nombre de leurs membres) et les Yakusa japonais qui paraissent rencontrer quelques difficultés «à l'international ». Sans oublier le célèbre «Triangle d'or» dont le centre nerveux semble actuellement se déplacer vers le Myanmar (exBirmanie). Le continent américain, très riche en organisations criminelles - elles vont de la Cosa Nostra américaine aux
cartels mexicains et colombiens

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constituera

le troisième

volet de cette étude. Enfin, ce tour d'horizon se terminera par la criminalité émergente en Mrique noire et au Proche-Orient, où

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RENSEIGNEMENT ET OPERATIONS SPECIAIES

Israël représente un cas singulier en raison du phénomène spécifique provoqué par l'immigration importante de criminels venus des pays de l'Est, suite à l'effondrement des régimes communistes.

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Outre la problématique de la criminalité organisée, qui fait l'objet de la contribution d'Alain Rodier, ce numéro Il reste largement consacré aux questions de renseignement et d'opérations spéciales. En premier lieu, nous attirons l'attention des lecteurs sur la remarquable contribution de notre ami américain David Kahn, directeur de la revue Cryptologia et auteur de nombreux ouvrages sur le renseignement, parmi lesquels Codebreakers, connu de tous les spécialistes. David Kahn nous livre une réflexion originale et inédite, une esquisse de ce que pourrait être une réflexion théorique sur la fonction du renseignement, à notre connaissance jamais tentée auparavant. Nous remercions l'éditeur britannique Frank Cass de nous avoir autorisés à reproduire ce texte paru initialement en anglais dans l'excellente revue Intelligence and National Security. Cet article deD. Kahn suscitera sûrement débat et ouvrira une série de réflexions sur ce thème. Toujours en matière de renseignement, Natalie Raguin nous décrit ce que furent les écoutes téléphoniques pendant la Première Guerre mondiale, les difficultés techniques qu'elles rencontrèrent. Le général Merglen et Jean Deuve nous livrent, ce trimestre, deux textes sur les opérations spéciales, consacrés, respectivement, à la lutte des partisans soviétiques contre la Wehrmacht et à celle des Français de la Force 136 contre les Japonais, au Laos. Ils sont complétés par une analyse très fouillée de Jean-Jacques Cécile sur les actions conduites contre le terrorisme islamique depuis les événements tragiques du Il septembre 2001. En matière d'opérations psychologiques et de propagande, Philippe Wodka-Gallien, fidèle et efficace contributeur de la

EDITORIAL.

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revue, s'est intéressé à un personnage singulier qui œuvra, sa vie durant, au profit de la propagande soviétique: le cinéaste Roman Karmen. Enfin, les questions d'intelligence économique sont, dans cette livraison, particulièrement à l'honneur, à travers les deux excellentes contributions de Ludovic François - qui vient par ailleurs de publier un ouvrage fort remarqué sur la criminalité financière sur la genèse de cette discipline, et de Claude Revel, sur les stratégies d'influence, domaine qu'elle connaît particulièrement pour y être confrontée chaque jour dans l'arène internationale qu'elle pratique. Nous ne pouvions rêver d'un meilleur panel d'auteurs ni d'une plus grande variété de sujets touchant au renseignement. Bonne lecture.

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Eric Denécé

POUR UNE THEORIE GENERALE DU RENSEIGNEMENT
David Kahn

Depuis un demi-siècle, le renseignement est devenu une discipline scientifique. Dès l'entrée de cette matière dans le champ académique, divers spécialistes ont essayé de définir une théorie du renseignement. Sans résultat. Bien qu'un certain nombre d'auteurs aient donné comme titre à des parties de leurs travaux celui de «théorie du renseignement », à ma connaissance, aucun n'a développé de concept susceptible d'être retenu. Je propose donc ici quelques principes qui peuvent prétendre au titre de théorie du renseignement parce qu'ils offrent des explications ou des prédictions pouvant se vérifier en totalité ou en partie. Certains faits que je présente pourront toutefois être contredits par d'autres universitaires. Je considère ici le renseignement dans son acception la plus large: celle d'information. Aucune des définitions que j'ai pu lire ne sont satisfaisantes. n en va de même pour le terme de « nouvelles» (news). Bien que totalement impossible à définir, tout journaliste sait ce qu'est une nouvelle: lorsque quelque chose d'intéressant est dit dans un tribunal ou lors d'une audience légale, tous les reporters commencent à prendre des
1 Cet article est initialement paru dans la revue Intelligence and National Security, n016, automne 2001, pp. 79-92, sous le titre original «A general Theory of Intelligence» Il est reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur et de l'éditeur Frank Cass .www.frankcass.com). Traduit de l'anglais par Antoine Colonna et Eric Denécé.

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RENSEIGNEMENT & OPERATIONS SPECIALES

notes. Je mettrai en perspective le passé, le présent et l'avenir du renseignement, en présentant le développement de cette discipline et l'importance qui est la sienne aujourd'hui, en expliquant son fonctionnement et en précisant les principaux problèmes qui demeurent à résoudre.

Le passé Les racines du renseignement sont biologiques. Chaque animal, même un protozoaire, est doué d'un mécanisme qui lui pennet de percevoir les stimuli, par exemple des produits chimiquement toxiques. Il peut ainsi juger de leur éventuelle nocivité. A ce stade, le renseignement est du même ordre que la respiration: essentiel pour survivre, mais non pas pour dominer. A cette capacité primitive d'obtenir des informations à partir de l'environnement physique, les êtres humains ont ajouté la capacité de se renseigner à partir de mots. Cette faculté verbale a donné consistance à une forme d'intelligence bien supérieure à celle utilisée par les animaux ou les hommes à la J:X>ursuite d'une proie ou dans leur fuite des prédateurs. Elle a conduit à la montée en puissance du renseignement, à sa signification actuelle. Car le renseignement n'a pas toujours été aussi important ou omniprésent qu'aujourd'hui. Bien sûr, les gouvernements de toutes les époques l'ont utilisé et lui ont accordé une place de choix. Ramsès II avait I'habitude de maltraiter ses prisonniers de guerre afin qu'ils révèlent l'emplacement où se trouvait leur armée1. Les Hébreux envoyaient leurs espions au pays de Canaan avant de chercher à y pénétrer. Sun Tzu écrivait: «Sachez que la raison pour laquelle le prince éclairé et le général avisé conquièrent l'ennemi où qu'ils aillent et que leurs succès dépassent ceux des autres hommes est qu'ils disposent

lSir Alan Gardiner, The Kadesh Inscriptions of Ramesses Il, Oxford University Press, 1960, pp 28-30.