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RENSEIGNEMENT ET OPERATIONS SPECIALES N°2

175 pages
Au sommaire de ce numéro regards sur le renseignement français - Guérilla au Laos - Opérations clandestines aux États-Unis - Origines de la crise kosovare - Patrouilles de reconnaissance profonde - Opérations psychologiques dans la troisième dimension - Organisation du GIA - Guerre secrète sur Internet.
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RENSEIGNEMENT & OPÉRATIONS SPÉCIALES

1999 ISBN: 2-7384-8239-2

@ L'Harmattan,

Revue dirigée par Eric Denécé

RENSEIGNEMENT& , , OPERATIONS SPECIALES

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

RENSEIGNEMENT & OPÉRA TIONS SPÉCIALES SOMMAIRE
N° 2 - Juillet/Août 1999

Editorial Eric Oenécé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
"Regards sur le renseignement français"

9

Interview du Colonel Paul Paillole . . . . . . . . . . . . . . . ..
"La résistance anti-japonaise au Laos (1945)"

19

Jean Deuve . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
"Les opérations clandestines aux Etats-Unis (1941-1991)"

31

Eric Denécé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..
"Les origines de la crise kosovare"

71

Pierre de Villemarest . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..
"Les patrouilles de reconnaissance profonde"

99

Jean-Jacques Cécile. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
"Les opérations psychologiques dans la
n

109

troisième

dimension:

quelles perspectives

pour la France?

Philippe Wodka-Gallien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

131

6.

RENSEIGNEAJENT & OPÉRA110NS SPÉCIAlES

"Organisation et ramifications du Groupe Islamique Armé algérien" Ahmed Salam. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 145
RUBRIQUE RENSEIGNEMENT ET INTERNET "Premiers exemples de guerre secrète sur Internet: Le cas du Timor oriental" Jean-François Loewenthal. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 167

ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO

Jean-Jacques Cécile Ancien membre d'une unité spéciale et du renseignement militaire français. Journaliste indépendant, auteur d'ouvrages sur le renseignement et les opérations spéciales. Eric Denécé Ancien analyste du renseignement. Docteur en sciences politiques. Enseignant et consultant en intelligence économique. Rédacteur en chef de RENSEIGNEMENT & OPÉRATIONS SPÉC'IALES. Jean Deuve Chef de groupement de guérilla anti-japonais (1944-46), puis chef du SR des forces du Laos (1946-48). Officier et diplomate spécialiste du Sud-Est asiatique. Historien, auteur d'études sur le renseignement au Moyen Age et les opérations spéciales. Jean-François Loewenthal Ingénieur. Consultant en intelligence économique et nouvelles technologies de l'information. Responsable de la rubrique "Renseignement et Internet". Colonel Paul Paillole Commandant du service clandestin de contre-espionnage français pendant la première phase de l'occupation, de 1940 à 1942. Directeur de la Sécurité Militaire à Alger à partir de 1943. Président de l'Association des Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale (ASSDN).

8.

l&fJSE.1GNE'A1ENT & OPÉRATIONS

SPÉC'IALES

Ahmed Salam Journaliste. Auteur d'articles sur la tragédie algérienne et coauteur de La tentation du Djihad et de Confession d'un émir du GIA (Grasset, 1999). Pierre de Villemarest Ancien résistant. Officier de renseignement de 1944 jusqu'au début des années 1950. Aujourd'hui journaliste, auteur d'ouvrages consacrés au renseignement et rédacteur en chef de la Lettre du Centre Européen d'Information. Philippe Wodka-Gallien Diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, rédacteur en chef adjoint de la revue Enjeu.x Atlantiques, collaborateur de Air Zone Magazine.

ÉDITORIAL Les nouveaux défis du renseignement

Depuis 1989, l'évolution de la situation internationale a amené la communauté occidentale du renseignement à reconsidérer son action en fonction de nouveaux paramètres. Si la menace fondamentale que faisait peser jusqu'à lors J'Union soviétique s'est estompée, le monde est désormais caractérisé par une forte instabilité. D'idéologique, la scène compétitive est devenue générale et l'imbrication des enjeux politiques, économiques et militaires s'affirme comme la caractéristique majeure du nouvel environnement international~ Les grilles de lecture anciennes sont frappées d'obsolescence et la disparition de l'ennemi "exclusif" n'autorise plus les services à conserver les formes de raisonnement qui ont prévalu pendant plusieurs décennies. Le nouveau contexte des rivalités internationales L'évolution qu'a connu le monde au cours de ces dix dernières années est beaucoup plus significative pour les milieux occidentaux du renseignement que celle qui survint à la fin du second conflit mondial avec la défaite de l'Allemagne. Car avant même la fin des hostilités, un nouvel ennemi - le communisme soviétique - était très clairement apparu! et l'ensemble du dispositif mis en place pour lutter contre le nazisme put être aussitôt redéployé contre Moscou2. Depuis 1989 une nouvelle logique s'est progressivement imposée: la disparition d'une menace bien
1 Dès l'été 1943, à Londres, le Post Hostilities Policy Comiltee britannique prévoyait que l'Union soviétique de Staline deviendrait l'ennemi nO} du Royaume Uni et de l'Occident. 2 La CIA fut créée en 1947, en remplacement de 1'0SS, dans le but de faire échec à l'expansion du communisme conduite par Staline.

10.

RENSEIGNEMFXr & OPÉRATIONS SPÉCIALES

identifiée, probable, a cédé le pas à la diversification enjeux et à la dispersion géographique des crises. La diversifwation des enjeux

des

La principale conséquence de la disparition de la rivalité est-Quest a été le renforcement du rôle de l'économie comme domaine principal de compétition entre les nations. La guerre pour les parts de marché que se livrent, dans tous les secteurs, les Etats et les entreprises est devenue un fait déterminant. Ce conflit est d'une intensité sans cesse croissante et ses lignes de force orientent l'action des gouvernements et des acteurs économiques. L'objet de cet affrontement est, pour chaque pays, de créer chez lui ou à son profit, des emplois, des revenus et d'augmenter ses ressourcesl. Cette concurrence effrénée entre les Etats industriels révèle la tendance à l'hégémonisme économique de certains d'entre eux et se double d'une rivalité culturelle sous-jacente. L'autre résultante de cette transposition de la rivalité internationale dans le champ économique est que, désormais, la compétition ne concerne plus uniquement les Etats, mais également des organisations qui développent des stratégies indépendantes de tout contrôle gouvernemental (ONG, mafias, mouvements religieux radicaux, diasporas ethniques). En conséquence, les traditionnelles menaces de nature étatique se doublent aujourd'hui de dangers d'origines variées, provenant d'organisations transnationales du crime, du terrorisme ou de la fraude. L'importance accrue de l'économie n'a cependant pas effacé tous les autres domaines dans lesquels s'exerce la rivalité entre les nations. Le politique, le militaire, le stratégique demeurent des préoccupations centrales des services de renseignement, d'autant que la chute de l'Union soviétique et le nouveau désordre international ont ouvert la voie à de nouvelles menaces, lesquelles sont liées: - à la prolifération nucléaire, - à la résurgence de nationalismes ou de mouvements ethniques,
1 Voir Bernard Esambert, LA guerre économique mondiale, Olivier Orban, 1991.

EDITORIAL.

Il

- au renforcement d'intégrismes religieux, - au développement des trafics de toutes natures, parmi lesquels celui de la drogue revêt une importance considérable. - à la multiplication des circuits financiers illégaux, - au terrorisme et au narco-terrorisme, - aux nouveaux foyers régionaux d'instabilité.
La dispersion géographique des crises

Alors que la compétition internationale s'étend à tous les domaines, les rivalités s'avèrent dorénavant susceptibles d'éclater sur tous les théâtres. D'une part parce que la disparition de l'ennemi commun et l'acuité des enjeux économiques amènent fréquemment les anciens alliés à se désolidariser voire à s'opposer sur de nombreux problèmes internationaux 1. D'autre part parce que la fin de la rivalité planétaire est-ouest a rendu possible l'émergence de puissances régionales, qui ont profité de la nouvelle situation pour concrétiser par la force certaines de leurs ambitions2 ou pour résoudre leurs problèmes de sous-développement. Enfin, l'éclatement du bloc communiste a provoqué l'implosion de certains Etats d'Europe centrale et orientale et a donné naissance à de nouvelles entités sur la scène intemationale3. La multiplication de ces nouveaux acteurs accroît considérablement l'étendue des zones d'instabilité potentielles. On ne peut en aucun cas regretter la dislocation de l'Union soviétique et la fin de la Guerre froide. Mais force est de constater qu'elles eurent pour effet, pendant plus de quarante ans, de limiter l'expression des agressivités planétaires à certaines zones géographiques et à un seuil tolérable. Si durant cette période les conflits se multiplièrent, les deux superpuissances veillèrent toujours à ce que ceux-ci n'atteignent pas un degré paroxysmique. La situation n'est plus si simple aujourd'hui et la conjonction de l'autonomie d'action des nations du tiers-monde couplée avec le
1 On l'a notamment remarqué dans le cas des négociations du GATT et de l'intervention française au Rwanda. 2 Invasion du Koweit par J'Irak, politique serbe en ex-Yougoslavie. 3 Yougoslavie, Tchécoslovaquie, CEI.

12.

RENSEIGNEA1ENT & OPÉRATIONS SPÉCIALES

surarmement et les proliférations nucléaire et chimique, assurent moins que par le passé que tous les risques d'escalade incontrôlable de la violence pourront être évités. La remise en question des méthodes de travail L'organisation du renseignement subit le contre coup des bouleversements internationaux. La diversification des menaces, l'apparition de vulnérabilités non militaires, la dispersion géographique des crises et l'apparition de nouveaux acteurs entrainent une transformation des méthodes de travail et une redistribution générale des responsabil ités. Les nouvelles conditions d'acquisition données et de traitement des

Si l'on peut parler d'une remise en question des équilibres stratégiques et économiques, dans le domaine des technologies de l'information, nous assistons en cette fin de siècle à une accélération vertigineuse du rythme du progrès et de ses applications. Avec les années 1980, nous sommes entrés de plein pied dans l'ère de l'information, laquelle se caractérise par l'accroissement significatif de la production de données de toutes sortes. On assiste à un accroissement quasi exponentiel des informations disponibles, leur flux doublant environ tous les quatre ans. En raison de cette croissance, leur nature se diversifie et se spécialise~ les interrelations entre elles se multiplient, ce qui augmente en conséquence le nombre de sources à surveiller et à corréler. Ainsi, dans tous les domaines, la masse des données à exploiter ne cesse de croÎtre~ souvent dans des proportions considérables et l'information essentielle est de plus en plus noyée dans une surabondance de données secondaires. Les besoins en capacité de traitement de l'information revêtent désormais une importance détenninante, comparable à celle de la recherche du renseignement lui-même. Les défis majeurs sont devenus l'analyse, la validation et la diffusion des informations en temps réel aux organismes qui ont besoin d'en connaître. Cela exige un très grand nombre d'experts qui ne peuvent être basculés indifféremment d'un domaine à un autre: du militaire au financier, de l'industriel

EDITORIAL.

13

au diplomatique..

du scientifique au criminel.

Aujourd'hui, si une partie très importante des informations peut être obtenue par des moyens techniques (Elint, Sigint, Cornint, Imint) ainsi que par les sources électroniques (réseaux internet et bases de données) et si des solutions techniques de plus en plus perfectionnées sont mises à la disposition de l'information, les performances d'un service de renseignement tiennent essentiellement aux connaissances et au professionnalisme des femmes et des hommes qui le composent. La guerre du Golfe a montré les limites physiques du renseignement technique: malgré les considérables moyens mis en oeuvre, les Américains n'eurent jamais assez de traducteurs ni d'analystes pour digérer la totalité des informations obtenues grâce à l'interception des communications irakiennes. Par ailleurs, en dépit des performances sans cesse améliorées des moyens d'interception, d'observation et de traitement automatique des données, l'intuition et l'interprétation humaines demeurent irremplaçables, en particulier dans des domaines tels que l'analyse ou la recherche secrète. Le bouleversement des champs de compétence traditionnels En raison de l'explosion des supports de communication et de la transmission instantanée des données, les possibilités de communication sont en train de changer de nature, contractant l'espace de notre planète et renforçant la mondialisation des enjeux. Cette internationalisation des activités humaines et des échanges d'informations entraîne une nette atténuation des frontières géographiques des Etats, lesquelles existent moins que jamais pour les organisations criminelles, subversives ou mafieuses. Afin d'y remédier et de répondre à la multiplication des besoins en informations de toutes natures, la sphère d'activité des agences de renseignement ne cesse de s'étendre. En raison de la diversification des enjeux, les services spécialisés ont élargi le champ traditionnel de leurs investigations. Ils s'engagent de plus en plus dans les secteurs de la technologie.. de la finance et de la lutte pour la conquête de marchés extérieursl. Ils interviennent également dans les
1 Selon un rapport du Congrès américain la CIA devra à l'avelÙr assister les

14.

RENSEIGNEA1ENT

& OPÉRATIONS

SPÉC"IALE~S

domaines de la lutte contre la criminalité internationale et les mafias lorsque celles-ci interfèrent avec les conflits ethniques ou régionaux. Or la multiplication de ces nouvelles missions tend à générer des chevauchements de compétence et des rivalités dans différents secteurs entre les services - de renseignement, de police ou de contre-ingérence - ou à J'intérieur même de ceux-ci. C'est le cas pour les questions de drogue, de mafias, de circuits financiers illégaux, de surveillance des minorités étrangères, de terrorisme et de contre-espionnage offensif. De plus avec l'atténuation des frontières, un service est souvent handicapé s'il est strictement limité à une compétence territoriale. Il faut alors s'interroger si la nature thématique de l'activité ne doit pas désormais l'emporter sur la vocation géographique du service et aboutir à une nouvelle répartition des tâches entre ces derniers. L'importance du renseignement est par ailleurs prépondérante lors des interventions militaires extérieures, lesquelles se font de plus en plus systématiquement dans un cadre international, comme on a pu l'observer lors de la guerre du Golfe, en Somalie, au Cambodge, en Bosnie et au Kosovo. Il semble ainsi que l'on se dirige vers une incontournable coopération multilatérale en matière de renseignement, soit par des échanges d'informations, soit par un partage des tâches. Toutefois, en raison de la compétition économique et culturelle accrue entre les anciens alliés, pour chaque pays se pose le problème de l'indépendance des moyens d'acquisition et la délicate équation indépendance/coopération qui en résulte. Les pays européens devraient prendre conscience à cette occasion de l'hégémonie américaine en matière de renseignementl et de la distanciation progressive des intérêts des deux rives de l'Atlantique. Cela devrait permettre de trouver le prétexte et les ressources afin de bâtir un outil commun, capable de conférer à l'Europe son autonomie et de faire pièce à l'influence sans partage de Washington. Enfin, la notion de secret elle-même évolue avec l'accélération des découvertes et la multiplication des sources
entreprises américaines dans la compétition économique mondiale. 1 L'ONU n'ayant pas de structure chargée du renseignement, ce sont les États-Unis qui lui fournissent l'essentiel de ce qui est nécessaire à son action et peuvent donc l'influencer ou l'amener à intervenir dans le sens qu'ils souhaitent.

EDITORIAL.

15

d'information. Il devient virtuellement impossible de protéger un secret à l'age de l'information, en raison de l'ampleur de la production de données de toutes sortes. Aujourd'hui grâce à la performance des moyens de communication et à la rapidité avec laquelle doivent se prendre les décisions, la vitesse d'exploitation d'un renseignement s'affirme comme la meilleure sécurité et l'avantage opérationnel est passé dans le camp de ceux qui exploitent rapidement et systématiquement l'information ouverte1. La capacité à intégrer la logique des sources ouvertes, à se connecter et à échanger de l'information est devenue aussi importante à J'ère de l'information que ne J'était Je secret pendant la Guerre froide. Vers un nouveau paradigme? La remise en cause de l'ordre politique international a imposé aux agences de renseignement des défis d'une nature et d'une dimension nouvelles. C'est aujourd'hui un débat de fond, au sein de la communauté occidentale du renseignement, que de déterminer les priorités de services jadis obsédés par l'existence d'une unique menace à l'est. Tous ont plus ou moins traversé une phase - parfois critique de remise en question2, tant de leur raison d'être que de leurs champs de compétence et des conditions dans lesquelles ils oeuvraient. Les enjeux contemporains demandent des connaissances et des renseignements de plus en plus étendus et sophistiqués. Dans la nouvelle situation mondiale, dominée par l'interaction et l'interdépendance, toutes les zones stratégiques doivent être connectées et aucun secteur de l'activité humaine ne doit être négligé. Les services ne peuvent plus prétendre tout traiter seuls. Cela rend impérative l'amélioration de la coopération et de la coordination entre les services de sécurité intérieure et extérieure, et nécessaire

-

1 R. Steele, Open Sources Professional Handbook, Joint Military Intelligence Training Center, Octobre 1996, p 162. 2 Ainsi en Grande Bretagne le Security Service (MI 5) a-t-il été au coeur d'un débat qui envisageait sa dissolution et la répartition de ses activités entre Scotland Yard et la Special Branch du Ministère de l'Intérieur - pour ses activités de lutte contre la subversion et le terrorisme - et le Secret Intelligence Service (MI 6) - pour ses tâches de contre-espionnage.

16.

RENSEIGNEMENF & OPÉRATI()NS SPÉCIALES

une colla1x>ration accrue entre ces services spécialisés et les organismes, publics ou privés~ agissant dans le domaine du traitement de l'information ouverte. La recherche de la complémentarité, bien que difficile, s'avère indispensable. Plus la civilisation est évoluée., plus les informations qu'une nation doit obtenir sur les activités de ses voisins sont étendues et complexes et plus les agents qu'elle charge de les recueillir et de les lui transmettre doivent être spécialisés et entraînés. Néanmoins, l'augmentation des domaines à surveiller ne doit pas conduire les services à recourir aveuglément à la technique afin de répondre aux nouveaux défis auxquels ils sont confrontés, en négligeant la pertinence humaine. Aussi ne doit-on jamais oublier cette phrase de Goethe: "C'est du volume de données dont elle dispose que notre époque tire un sentiment immérité de sa supériorité.. alors que le véritable critère porte sur le degré auquel l'homme sait pétrir

et maîtriser les informations dont il disp()seIt. Beau sujet de
méditation. Les efforts d'adaptation du renseignement français

Face aux évolutions de l'environnement international, la communauté française du renseignement s'est adaptée à sa façon et avec ses moyens. C'est la guerre du Golfe et ses enseignements qui ont été le point de départ d'une prise de conscience plus affirmée du rôle du renseignementl. Depuis 1991, les différents gouvernements ont montré leur volonté de développer les moyens du renseignement extérieur, afin de conserver leur autonomie de décision lors des crises internationales. Progressivement, les organismes relevant du ministère de la Défense ont bénéficié d'augmentations budgétaires. Pour la première fois en 1999, les documents budgétaires présentés au Parlement ont identifié les crédits de renseignement alloués à la DGSE et à la DPSD. Avec 1,52 milliard de FF (dont 1,45 milliard pour la seule DGSE), leur budget 1999 s'est accru de Il,4%. A eux seuls, les investissements ont augmenté de près de 19%, passant de
1 Notamment à travers la création de la Direction du Renseignement Militaire (DRM) et du Commandement des Opérations SpéciaJes (COS)

EDITORIAL.

17

561 à 667 millions de FF. Il faut cependant préciser que ces crédits ne prennent en compte que les effectifs civils de la DGSE, son fonctionnement courant et ses crédits d'équipement, ainsi que les crédits de fonctionnement (hors rémunération) de la DPSDl. De plus, en passant le seuil des 5 000 fonctionnaires, la DGSE rejoint les grands services de renseignement alliés que sont le MI 6 britannique ou le BND allemand. Le franchissement de ce seuil psychologique est inscrit dans le budget 1999 de la Défense et s'explique en partie par la création de plusieurs nouvelles stations d'interception des communications, ainsi que par la création d'emplois spécialisés civils2. Les effectifs du service français se répartissent en 2 800 civils et 2 200 militaires, dont un millier de commandos de la Division Action3. De son côté, la DRM, qui a vu son rôle définitivement légitimé par la crise du Kosovo et regroupe un peu plus de 1 700 personnes, voit son budget augmenter de plus de 25% en 1999, passant de 82 à 103 millions de FF (hors rémunération des personnels). Ses effectifs devraient atteindre 2 000 hommes en 2002. Ses crédits d'équipements s'élèveront à 67 millions de FF contre 46 millions de FF en 1998 (+45,7%) dont une part importante sera consacrée au projet Sirius qui vise à améliorer l'exploitation des moyens de recherche électromagnétique (Sigint)4. Conséquence des efforts techniques et financiers consentis ces dernières années, la France est aujourd'hui la seule des nations de l'Union européenne et de l'OTAN qui dispose d'une autonomie en matière de renseignement, laquelle lui pennet, lorsque cela s'avère nécessaire, d'apporter à ses partenaires d'autres éclairages que ceux fournis, très sélectivement, par Washington. Il lui reste à poursuivre ces efforts et à accentuer davantage encore l'investissement humain que requiert cette activité (recrutement, formation, avancement). Mais les efforts de ceux qui ne cessent de plaider pour la reconnaissance de la fonction renseignement dans l'appareil gouvernemental reçoivent un début de récompense.
1 Le Monde du Renseignement, n° 349, 29 décembre 1998, p 4. 2 86 personnels civils et 33 postes d'officiers et de sous-officiers, compensant le départ d'une cinquantaine d'appelés. 3 TTUEurope, n° 250, 12 novembre 1998, p 2. 4 Le Monde du Renseignement, n° 349, 29 décembre 1998, p 4.