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RENSEIGNEMENT et OPÉRATIONS SPÉCIALES N° 8

190 pages
Au sommaire de ce numéro 8 : Renseignement par l’image et affaires civilo-militaires ? Le renseignement facteur d’intégration européenne ? ? Un entrepreneur d’espionnage sous le premier Empire : Charles-Louis Schulmeister ? Skorzerny et propagande : la vérité sur l’enlèvement de Mussolini ? L’Organisation de la guerre psychologique en France : le temps de la guerre froide ? L’aide chinoise à la résistance laotienne anticommuniste ? ONG/entreprises : la guerre de l’information au nom de l’éthique ? Renseignement et internet : l’affaire Emulex.
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RENSEIGNEMENT &
OPÉRATIONS SPÉCIALES C L'Harmattan, 2001
ISBN : 2-7475-1466-8 CW2E
Centre Français de Recherche sur le Renseignement
RENSEIGNEMENT &
OPÉRATIONS SPÉCIALES
L'HARMATTAN
5/7 rue de l'Ecole Polytechnique
75 005 PARIS AVERTISSEMENT
Les opinions exprimées dans les articles publiés dans la
revue n'engagent que leurs auteurs. Elles ne sauraient refléter
une prise de position officielle ou officieuse de la revue ou du
Centre français de recherche sur le renseignement.
Par ailleurs, tous les articles et illustrations publiés dans la
revue sont soumis à la législation du copyright. Toute
restitution de tout ou partie de ceux-ci, sous quelque forme que
ce soit, sans mention de l'auteur et de la revue ou sans notre
accord fera l'objet de poursuites. RENSEIGNEMENT &
OPÉRATIONS SPÉCIALES
SOMMAIRE
N° 8 - JUILLET-AOUT 2001
Editorial
Eric Denécé p 11
« Le renseignement, facteur d'intégration européenne ? »
Interview du général François Mermet p 23
« Un entrepreneur d'espionnage sous le premier
Empire :Charles-Louis Schulmeister »
Gérald Arboit p 43
« Skorzeny et propagande : la vérité sur l'enlèvement
de Mussolini»
Général Albert Merglen p 59
« L'organisation de la guerre psychologique en France :
le temps de la Guerre froide ( 1947-1953) »
Marie-Catherine et Paul Villatoux p 67
« L'aide chinoise à la résistance laotienne anticommuniste »
Jean Deuve p 101
8 . RENSEIGNEMENT & OPÉRATIONS SPÉCIALES
« ONGlentreprises : la guerre de l'information au nom
de l'éthique»
p 117 Ludovic François
« Renseignement et internet : l'affaire Emulex »
p 139 Jean-François Loewenthal
p 147 Actualité du renseignement
p 157 Actualité des opérations spéciales
p 161 Colloques et conférences
p 175 Bibliographie
p 187 Abonnements
ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO
Gérald Arboit
Docteur en Histoire contemporaine, spécialiste des relations
internationales, de l'Empire, du Saint-Siège et du Moyen-
Orient.
Eric Denécé
Ancien analyste du renseignement. Docteur en sciences
politiques. Enseignant et consultant en intelligence
économique. Rédacteur en chef de RENSEIGNEMENT &
OPÉRATIONS SPÉCIALES.
Jean Deuve
Chef de groupement de guérilla anti-japonais (1941 1946), puis
chef du SR des forces du Laos (1946-1948). Officier et
diplomate spécialiste du Sud-Est asiatique. Historien, auteur
d'études sur le renseignement au Moyen-Age et les opérations
spéciales.
Ludovic François
Responsable business development dans une entreprise de haute
technologie. Enseignant à HEC et membre du groupe de travail
sur le blanchiment.
Jean-François Loewenthal
Ingénieur. Consultant en intelligence économique et nouvelles
technologies de l'information. Responsable de la rubrique
« Renseignement et Internet ». 10 . RENSEIGNEMENT & OPÉRATIONS SPÉCIALES
Général Albert Merglen
Chef de groupe franc pendant la campagne de France et chef
d'équipe spéciale « action » de la Première armée. Commandant
du 2e bataillon étranger de parachutistes, puis de la 1 le demi-
brigade parachutiste de choc (1961-1963). Docteur en histoire
et auteur de nombreux ouvrages et articles.
Général François Mermet
Général d'armée aérienne. A occupé notamment les fonctions
de directeur des Centres d'expérimentations nucléaires, de
directeur général de la Sécurité extérieure (DGSE), de
conseiller du gouvernement pour la Défense avant d'assumer la
présidence de la Société française de stratégie et conseil
(STRATCO). Aujourd'hui consultant international et conseiller
en stratégie.
Philippe Raggi
Chercheur indépendant, spécialiste de la guerre d'Indochine et
des questions de géostratégie. Collaborateur de nombreuses
revues militaires.
Marie-Catherine Villatoux
Professeur certifié, chargée de recherches au Service historique
de l'armée de l'air (SHAA). Auteur d'articles et de
communications sur l'histoire de l'armée de l'air et sur les
rapports entre politiques et militaires depuis la Grande Guerre.
Paul Villatoux
Doctorant en histoire. Auteur de nombreux articles et
communications sur la guerre subversive et l'emploi de l'arme
psychologique à des fins militaires. Prépare un ouvrage sur
l'histoire de la guerre psychologique au cours de la seconde
moitié du XXe
Philippe Wodka-Gallien
Diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, rédacteur en
chef adjoint de la revue Enjeux Atlantiques, collaborateur d'Air
Zone Magazine. EDITORIAL
Renseignement par l'image
et affaires civilo-militaires
Deux parlementaires - MM les députés Jean-Michel
Boucheron et Robert Gaïa - viennent de publier récemment
deux remarquables rapports d'information consacrés au
"renseignement par l'image"' et aux "affaires civilo-militaires" 2.
La qualité de ces travaux mérite d'être saluée, aussi bien en ce
qui concerne le sérieux des données réunies que la pertinence
des analyses et des propositions. La franchise du ton et le souci
de l'objectivité qui les caractérisent ont permis à leurs auteurs
de dresser des constats sans concession quant aux lacunes et
déficiences françaises dans ces deux domaines.
Nous nous réjouissons de voir l'Assemblée nationale se
pencher davantage sur les questions de renseignement et sur les
stratégies d'influence que notre pays doit mettre en place afin
de promouvoir ses intérête Toutefois, nous demeurons inquiets
sur l'ampleur des dysfonctionnements observés par les deux
Jean-Michel Boucheron, Des espions au service de la paix, rapport
d'information sur "Le renseignement par l'image", commission des Finances,
Assemblée nationale, n° 3219, juillet 2001.
2
Robert Guet, Les actions civilo-militaires. De l'urgence au développement
: quels outil pour la France, rapport d'information sur "L'action civile des
armées sur les théâtres extérieurs", commission de la Défense, Assemblée
nationale, n° 3167, juin 2001.
3
Voir également les récents rapports sur La vérité sur la guerre du Golfe et
Le dispositif économique et culturel français à l'étranger. Ces rapports
peuvent être obtenus au kiosque de l'Assemblée nationale ou sur internet. RENSEIGNEMENT & OPÉRATIONS SPÉCIALES 12 .
rapporteurs au cours de leur enquête. Il importe de les rappeler
en quelques lignes.
Le renseignement par l'image
Les chefs d'Etat européens ont mesuré, lors des conflits
récents, "la grande solitude et la fragilité politique qui étaient
les leurs au moment d'évaluer de façon véritablement autonome
une crise ou d'en surveiller son déroulement, dès lors qu'ils
n'avaient accès presque exclusivement qu'à des renseignements
d'origine américaine".
Désormais, une stratégie européenne de renseignement
s'impose à tous, même et surtout aux opérationnels qui ont
pleinement intégré cette nécessité. Il est devenu clair, pour les
politiques comme pour les militaires, que ne pas disposer d'un
système de renseignement par l'image performant revenait à se
condamner politiquement à la paralysie. Au premier rang des
moyens indispensables apparaissent les satellites, à l'image du
remarquable réalisation qui souffre programme Hélios,
cependant encore de nombreuses imperfections.
Le coût élevé et les lenteurs du programme Hélios
Pour les trois partenaires impliqués dans ce projet (France,
Italie, Espagne), Hélios est un équipement majeur de
souveraineté car il contribue de manière souvent décisive à
l'évaluation autonome des situations. Les images Hélios
fournissent aux plus hautes autorités politiques et militaires des
éléments fiables d'appréciation de situation qui leur permettent
de corriger d'éventuelles affirmations hâtives de certains leurs
alliés ou de confronter leurs adversaires à leurs agissements,
sans contestation possible. Le renseignement par l'imagerie
satellitaire participe ainsi à l'affirmation de notre indépendance
nationale.
Ainsi, dès 1996, les images Hélios permirent de relativiser
les affirmations de Etats-Unis relatives aux mouvements de
troupes irakiennes vers le Kurdistan et, au printemps 1999, à EDITORIAL . 13
propos de la sélection des cibles pendant les opérations
aériennes au Kosovo.
Au prix d'une concertation quotidienne, de concessions
réciproques et d'une réelle coopération, les trois partenaires ont
appris peu à peu à dépasser leur approche strictement nationale
de la programmation du satellite. C'est ainsi que la coopération
opérationnelle se traduit actuellement par des répartitions très
supérieures aux quotas d'utilisation initialement définis,
puisque 35% de la programmation concerne des cibles
tripartites, ce qui reflète la part grandissante des zones d'intérêt
commun aux trois pays. Cette évolution illustre concrètement la
possibilité de construire une Europe du renseignement
satellitaire.
Mais, malgré ce constat très positif, il n'a pas été possible
de prolonger ni d'élargir le système avec Hélios II, même s'il y
a des chances que l'Espagne et la Belgique participent à terme
au programme. Les pressions diplomatiques américaines, ainsi
que la libéralisation de la commercialisation des images des
satellites civils ne sont pas étrangères à cette situation.
Comme le fait remarquer L -M. Boucheron, le programme
Hélios II connaît un coût élevé qui résulte largement d'un
déroulement chaotique, découlant lui-même des difficultés de
la coopération européenne. Depuis le lancement des premières
études de faisabilité (1992) jusqu'au lancement du premier
satellite Hélios II, il se sera ainsi écoulé 12 ans, ce qui est trop
long dans un secteur caractérisé par l'évolution rapide des
progrès technologiques. Ceci se traduit inéluctablement par une
augmentation du coût de revient, par suite des étalements
successifs, par des avances de trésorerie afin de préserver les
équipes en place et par des difficultés à prévoir une gestion des
effectifs à long terme.
Surtout, comme le rappelle dans ce numéro le général
Mermet, ancien directeur de la DGSE, la coopération
européenne autour d'Hélios II semble avoir souffert d'une
paranoïa sécuritaire de la part de la France. J.-M. Boucheron
fustige notamment l'excès de secret qui caractérise le Centre de
formation et d'exploitation de l'imagerie Hélios (Creil) : "aucun
militaire étranger n'a été admis au C3FI, malgré de
nombreuses demandes", en raison de certains excès dans la 14 . RENSEIGNEMENT & OPÉRATIONS SPÉCIALES
De plus, nous classification des éléments de la chaîne Hélios.
n'avons pas déployé la station de théâtre aérotransportable
(STT) au Kosovo, de crainte de voir nos partenaires de la
coalition en apprendre trop sur celle-ci. Enfin, l'absence d'un
système numérique de transmissions de données a généré des
procédures ubuesques de sécurité autour de la transmission
physique des images Hélios. Les procédures adoptées sont
comparables à celles mises en oeuvre pour la protection des
codes de l'arme nucléaire. "A l'heure de la fibre optique et
d'internet, le coût financier et opérationnel des ces liaisons
d'un autre age reste à chiffrer".
La France se caractérise par ailleurs "par une fragmentation
de son organisation en matière d'imagerie et de géographie
militaires". La rationalisation des structures ne semble toutefois
pas d'actualité, malgré l'évidence de son opportunité et bien
qu'elles soient souvent implantées à proximité les unes des
autres (Creil notamment).
Les Etats-Unis ont tiré les conséquences administratives de
l'importance du renseignement par l'image satellitaire en créant,
en 1996, la National Imagery and Mapping Agency (NIMA).
Les Britanniques les ont imité, en mars 2000, en créant la
Defence Geographic and Imagery Intelligence Agency (DGIA).
Toutefois, cette concentration de l'ensemble des moyens
d'observation dans une seule main n'est pas sans danger. En
effet, comme l'explique Alexandre Debat, le Pentagone, en
récupérant sous son autorité le National Photographic
Intelligence Center (NIPC) de la CIA et la National Imagery
and Mapping Agency, "prive la communauté américaine du
renseignement d'une dimension neutre et nationale du
traitement de l'imagerie spatiale". Cela ne serait pas si
important si les productions de ces organismes ne constituaient
pas aujourd'hui la matière première des décisions politiques
américaines et de la planification des objectifs lors des
interventions extérieures. "En abolissant habilement toute
concurrence dans un champ violemment politique, le
Pentagone, qui contrôle désormais 95% des capacités
américaines de renseignement, s'assure non seulement le
monopole quasi absolu de la lecture des menaces, mais aussi
celui de la définition de l'ordre international, telle qu'elle est EDITORIAL . 15
aujourd'hui formulée par les Etats-Unis". Le Pentagone a
désormais les moyens d'imposer sa vision de la sécurité
nationale et ses objectifs de politique étrangère aussi bien au
pouvoir politique qu'à l'opinion publique américains'.
La complémentarité des moyens de renseignement par l'image
L'imagerie satellitaire ne peut répondre à elle seule - loin
s'en faut - à l'ensemble des besoins en matière de renseignement
et d'observation. J.-M. Boucheron insiste sur l'indispensable
complémentarité des moyens d'observation : drones et
satellites, aéronefs de reconnaissance stratégique et tactique et
renseignement humain.
En particulier les drones, qui représentent un vecteur
privilégié de surveillance militaire, s'affirment dorénavant
comme la seconde composante majeure du renseignement par
l'image. Mais la France a longtemps tardé à en mesurer la
portée exacte et rechigne encore à les intégrer pleinement dans
ses forces, en s'interrogeant sur l'étendue de leurs potentialités.
Dès le début des années 1990, l'armée de terre, a rapidement
perçu les potentialités des drones, mais elle s'est "fourvoyée"
dans le développement du Brevel, matériel conçu dans une
logique de Guerre froide, avant d'adopter les drones Crécerelle
et CL 289. Elle n'en est encore aujourd'hui qu'à une démarche
expérimentale, malgré le déploiement opérationnel de quelques
unités. L'armée de l'air, quant à elle, n'a engagé une
expérimentation qu'en 1998 et dans le domaine maritime, la
difficulté principale à l'utilisation des drones est liée à la
résolution des problèmes d'appontage. Le plan d'équipement
français, qui a déjà subi des retards, risque d'être long à monter
en puissance.
Il apparaît de plus en plus clairement que le renseignement
par l'image occupera une importance stratégique essentielle
dans l'avenir, devant tous les systèmes, y compris le nucléaire.
"Les Etats-Unis préparent un métasystème où toutes les
Alexis Debat, "La CIA et l'exploitation du renseignement aux Etats-Unis
(1945-1960)", in G.- H. Soutou (dir), L'exploitation du renseignement, Institut
de stratégie comparée, Economica, 2001, pp. 318-319. RENSEIGNEMENT & OPÉRATIONS SPÉCIALES 16 .
informations seront fusionnées, compatibles, synthétisées". La
puissance politique de ce système sera considérable.
En matière de satellites et de drones, les Etats-Unis ont
acquis une avance technologique importante, même s'il n'y a
pas encore de décrochage définitif. "Si les décisions
européennes sont prises de façon cohérente avec des moyens
financiers nécessaires, le niveau de notre technologie nous
Toutefois, en matière permettra d'exister de façon honorable".
de miniaturisation des systèmes d'armes, "les entreprises
américaines de pointe pourraient prendre une avance
irréversible et créer un gap technologique". Si la situation n'est
pas irrémédiable, une absence de réaction européenne aurait, à
moyen terme, des conséquences particulièrement fâcheuses
pour l'autonomie et la sécurité du vieux continent.
Les affaires civilo-militaires et la gestion des crises
Depuis une décennie, dans le cadre des nombreuses
interventions internationales dans lesquelles sont engagées nos
armées, l'aspect civil des opérations de maintien ou de
rétablissement de la paix est jugé comme l'une des conditions
essentielles de leur réussite durable. C'est pourquoi, en
complément des actions d'interposition année, des interventions
dites "civilo-militaires" ont été développées au bénéfice des
populations civiles.
Comme le rappelle le député Robert Gaïa, auteur du rapport,
"les actions civilo-militaires menées par les armées facilitent
l'intégration des forces dans leur environnement et apportent
aux militaires une capacité à intervenir dans le volet civil de la
crise afin de favoriser la mission militaire. Elles complètent
ainsi l'action militaire et diplomatique traditionnelle des Etats
sur le théâtre d'opération. Elles permettent d'éviter qu'une
armée accueillie avec des fleurs par les populations qu'elle est
venue protéger ne se transforme, au fil des mois, en une année
d'occupation. Les actions civilo-militaires participent
activement à la stabilisation de l'environnement politique,
économique et social dans un pays en crise. Mais leur
intervention, liée à l'engagement des armées, doit par nature EDITORIAL . 17
être limitée dans le temps". Les actions civilo-militaires ne sont
qu'une des composantes d'un ensemble plus vaste qu'on appelle
habituellement la gestion civile des crises.
Au-delà des aspects de "pacification", les ACM ont
également pour finalité d'identifier quelles sont, parmi les
actions de reconstruction d'un pays en sortie de crise, celles qui
sont susceptibles d'être réalisées par des entreprises françaises.
En effet, "il n'y a rien de choquant à vouloir, une fois la paix
revenue, participer à la compétition économique dans des pays
où sont intervenus et sont parfois morts nos soldats". Car
"aider des entreprises à s'installer sur un marché (...) c'est
aussi permettre aux populations locales de se procurer les
biens et services qui les conduiront vers une vie normale".
Toutefois, l'organisation et la mise en oeuvre, par la France,
d'actions civilo-militaires se sont caractérisées par une série
d'errements que fustige ce rapport sans concession et qui ne
mâche pas ses mots.
La confusion ACM/opérations spéciales
A l'occasion de leur apparition, les ACM furent rattachées
au Commandement des opérations spéciales (COS), lors de sa
création, en 1992. Cet amalgame provenait essentiellement
d'une inspiration marquée du système américain, où les Civils
Affairs et les Psychological Operations sont intégrées aux
forces spéciales au sein d'un commandement dont la véritable
vocation est le traitement des crises dites "de faible intensité".
Un tel rattachement n'existe nulle part ailleurs en Europe où la
différenciation entre les opérations spéciales et les affaires
civilo-militaires a bien été effectuée. La France s'est finalement
affranchie de son influence américaine et la directive du 11
juillet 1997 a définitivement confié la conduite des actions
civilo-militaires au Centre opérationnel interarmées (COIA),
car "le COS (...) avait (...) une vision des ACM réduite aux
actions économiques pures". Celui-ci, sans abandonner
entièrement les ACM, s'est recentré "sur les missions
exceptionnelles de courte durée qui sont sa véritable vocation.
L'expertise initiale de théâtre est donc restée de sa compétence
et il serait extrêmement dommageable qu'elle lui échappe au RENSEIGNEMENT & OPÉRATIONS SPÉCIALES 18 .
regard des excellents travaux réalisés dans las Balkans et
salués comme tels". Le pilotage des ACM est désormais confié
au COIA qui en déléguera l'exécution à un bataillon dédié en
cours de création dans la région lyonnaise.
L'absence d'instruments et de moyens d'action adaptés
A la lumière des opérations conduites au Kosovo en 2001,
Robert Gaïa estime que l'action s'est bien développée,
comparées à celle esquissées au Koweït et en Bosnie, "mais que
le dispositif ACM présente, de l'aveu même des militaires, des
faiblesses qu'il faudra corriger pour faire place à leurs tâches
nouvelles". Il stigmatise notamment :
- "sa réactivité (...) insuffisante à tous les stades de
l'engagement, notamment en ouverture de théâtre ;
- son manque d'équipements (qui) obère sa capacité
opérationnelle ;
- la formation individuelle et collective à l'ACM de ses
personnels (qui) est insuffisante ;
- la capitalisation de l'expérience (qui) n'est pas correctement
réalisée ;
- la qualité de l'adaptation à l'ACM des structures des états-
majors français de l'ONU, de l'OTAN (qui) reste aléatoire ;
- (...) un manque notoire de financements de provenance
interministérielle :
- (...) une dérive fréquente vers des actions certes généreuses
mais n'intéressant ni les forces ni les opérateurs français".
Selon R. Gaïa, en comparaison avec nos alliés occidentaux,
trois lacunes principales apparaissent parmi les instruments
opérationnels dont aurait besoin notre action extérieure : "un
réseau d'alerte digne de ce nom sur les situations de crise ; (...)
une agence opérationnelle capable de lever rapidement des
financements internationaux ; (...) un cadre d'emploi
satisfaisant pour les personnels civils équivalent à celui de la
réserve militaire".
Le rapporteur insiste en particulier sur les déficiences de
notre système d'information et de prévision des crises : "un
énorme travail de structuration de notre réseau d'alerte
national reste à réaliser, notamment pour synthétiser des EDITORIAL . 19
informations de toutes origines (...) pas seulement d'émanation
officielle administrative. (...) Notre pays ne peut se limiter à la
remontée des télégrammes diplomatiques dont beaucoup
n'apportent qu'une information indigente". Cette condamnation
du ministère des Affaires étrangères peut sembler, de prime
abord, excessive. Mais les nombreux interlocuteurs rencontrés
par R. Gaïa ont formulé "des avis très critiques sur le caractère
faiblement opérationnel du Quai d'Orsay", aussi bien en ce qui
concerne l'information que "dans les actions de terrain dans le
cadre de la gestion civile des crises".
Surtout, le rapporteur observe qu'il manque à la France un
outil opérationnel comme en possèdent les autres pays
occidentaux, c'est-à-dire un organisme capable de fournir une
assistance technique, de mobiliser des crédits nationaux et
internationaux, de faciliter le financement d'opérations civiles,
de soutenir les différentes actions de coopération internationale
de notre pays et d'offrir un cadre d'emploi efficient aux
personnels civils oeuvrant sur le terrain.
Des pré-carrés ministériels qui empêchent toute synergie de
terrain
Si les ACM donnent plutôt satisfaction, leur insertion dans
la gestion civile des crises, ensemble qui fait appel à d'autres
outils issus de différents ministères, ne va pas toujours sans
poser de problèmes. La coordination interministérielle en
soutien des ACM s'avère nettement insuffisante : "l'approche
française semble envoyer les moyens des ministères en ordre
dispersé sur les théâtres d'opération, les acteurs étatiques
semblant ne coordonner leur actions que difficilement".
Les ministères concernés sont également réticents lorsqu'il
s'agit de détacher des fonctionnaires "dans la mesure où leurs
administrations s'estiment toujours sous-dotées et préfèrent
conserver leurs agents sur le territoire national". Cela peut
aller jusqu'à la situation aberrante d'un fonctionnaire français
qui se retrouve contraint de confier l'argent liquide destiné au
fonctionnement de l'hôpital de Mitrovica à l'année marocaine
parce que le Quai d'Orsay ne veut plus gérer le dossier.
Paradoxalement, alors que les ACM du contingent français,