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SÉMANTIQUE ET MORPHOLOGIE DU VERBE EN CILUBÀ

Étude de ku-twa et kw-ela

Collection Sémantiques dirigée par Marc Arabyan

Thierry Gallèpe, Didascalies: Les mots de la mise en scène. Michelle Auzanneau, La parole vive du Poitou: Une étude sociolinguistique en milieu rural . Fabienne Leconte, La famille et les langues: Une étude sociolinguistique de la deuxième génération de l'immigration africaine dans l'agglomération rouennaise. Francis Tollis, La description du castillan au XVe siècle: Villena et Nebrija : Sept études d'historiographie linguistique. Pierre Anglade, Inventaire étymologique des termes créoles des Caraïbes d'origine africaine. Pierre Garrigues, Chutes et perfection: Eloge du parfait. Violaine de Nuchèze, Sous les discours, l'interaction. Vincent Lucci (dir.), Des écrits dans la ville: Sociolinguitique d'écrits urbains (l'exemple de Grenoble). Anne Méténier, Le Black American English: Etude lexicologique et sémantique. Fabienne Cusin-Berche, Le management par les mots: Etude sociolinguistique de la néologie. Jean-Paul Desgouttes (éd.), Les figures du sujet en sciences humaines. Claude Fintz (dir.), La didactique du français dans l'enseignement supérieur: Bricolage ou rénovation? Wang Lunyue, Approche sémiotique de Maurice Blanchot. Danielle Leeman et Annie Boone (éds.), Du percevoir au dire: Hommage à André Joly. Anne-Marie Christin (éd.), L'écriture du nom propre. Frédéric François, Le discours et ses entours: Essai sur
l'' interprétation

1999 ISBN: 2-7384-8509-X

@ L'Harmattan,

Pîus NGANDU NKASHAMA

SÉMANTIQUE ET MORPHOLOGIE
DU VERBE

EN CILUBÀ

Étude de ku-twa et kw-ela

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique
75005 Paris

- FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques' Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

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DU MÊME AUTEUR
I. OUVRAGES SCIENTIFIQUES Analyse sémantique de la métaphore poétique, Lubumbashi, «Centre de linguistique théorique et appliquée» (CELT A), 1977, 158 p. Comprendre la littérature africaine écrite, Issy-lcs-Moulineaux,Éditions Saint-Paul, 1979, 128 p. Littératures africaines: 1930-1982 (anthologie critique), Paris, Silex, 1984,674 p. La littérature zaïroise (en collaboration), dans Notre librairie, n° 63, 1982, 128 p. Kourouma et le mythe: une lecture de «Les soleils des indépendances!!, Paris, Silex, 1985, 104 p. L~4frique noire en poésie (en collaboration), Paris, Gallimard, ColI. <<Folio»,1985, 128 p. Églises nouvelles et mouvements religieux, Paris, L'Hannattan, 1990, 260 p. Écritures et discours littéraires: élUdes du rOl/lan africain, Paris, L'Harmattan, 1991, 302 p. Littératures et écritures en langues africaines, Paris, L'Harll1aUan, 1991, 408 p. L'Église des Prophètes africains: lettres de Hakatuasa Lub\l'e \l'a Mvidi Mukulu, Paris, L'Harmattan, 1991, 222 p. Négritude et poétique: une leclllre de l'œuvre critique de Léopold ,':J'éclar Senghor, Paris, L'Harmattan, 1992, 158 p. Les années littéraires en Afhque : 1912-1987. Paris. L'Harmattan. 1993, 458 p. Théâtres et arts du ~pectacle : élUdes sur les dramaturgies et les signes gestuels, Paris, L'Hannallan, 1993,384 p. Les années littéraires en Afrique (J/) : 1987-1992, Paris, L'Harmattan, 1994, 126 p. La terre à vivre: la poésie du Congo-Kinshasa (anthologie), Paris, L'Harmattan, 1994, 432 p. Dictionnaire des œuvres littéraires africaines de langue française, Paris, Nouvelles du sud, 1995, 748 p. Le livre littéraire: bibliographie de la littérature du Gmgo-Kinshasa. Paris, L'Harmattan, 1995,210 p. Citadelle d'espoir, Paris, L'Harmattan, 1995, 144 p. Les magiciens du repentir: les confessions de Frère Dominique (Sakombi

Inongo), Paris, L'Harmattan, 1995, 178 p. Sëmantique et morphologie du verbe en cilubà : étude de ku-twa et kwela, Paris-Kinshasa, Giraf-Éditions universitaires africaines, 1995, 338 p. Rupture et écritures de violences: études sur le roman et les littératures africaines contemporaines, Paris, L'Harmattan, 1997, 380 p. La pensée politique des mouvements religieux en Afrique. Paris, L'Hannatt:1l1, 1998,240 p. Nlémoire et écriture de l 'histoire dans Les écailles du ciel de Tierno Monénembo, Paris, L'Harmattan, 1999,208 p. Une écriture de l 'histoire dans Les écailles du ciel de 7ïerno Monénembo. Paris, Giraf, 128 p. (sous presse).

II. OUVRAGES LITTÉRAIRES Poésie Crépuscule équinoxial, Lubumbashi, Éditions Folange, 1977 (rééd. Paris, L'Harmattan, 1998,92 p.). Khédidja, dans La malédiction, Paris, Silex, 1983. Paroles de braise (sous presse).
Roman... et récits

La malédiction, Paris, Silex, J983. 152 p. Le fils de la tribu, suivi de La mulâtresse Anna. Dakar, Nouvelles éditions africaines, Coll. «Créativité JO», J983, 192 p. Le pacte de sang. Paris, L'Hannallan, ColI. «Encres noires», n° 25, 1984, 340 p. La mort faite homme, Paris, L'Harmattan, ColI. «Encres noires», n° 38. 1986, 258 p. Vie et mœurs d'un primitif en Essonne quatre-vingt-onze, Paris, L'Harmattan, Coll. «Encres noires», n° 44, 1987, 196 p. Pour les siècles des siècles, Paris-Malakoff, Nouvelles éditions Bayardères, 1987,334 p. Les étoiles écrasées, Paris, Publisud, ColI. «L'espace de la parole», n° 8, 1988, 220 p. Des mangroves en terre haute, Paris, L'Hannallan, Coll. «Encres noires», n° 78,1991,102 p. Unjour de grand soleil, Paris, L'H~tnnaltan, ColI. «Encres noires», n° 88, 1991,454 p. Le doyen Marri, Paris, L'Harmattan, Coll. «Encres noires», n° 131, 1994,

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202 p. Un matin pour Loubène, LaSalle-Québec, Hurtubise, 1991, 88 p. Les enfants du lac Tana (cn collaboration), LaSalle-Québec, Éditions Hurtubise, 1991, 1'1'.4]-69. J'olène, au large des collines, précédé de Le fils du mercenaire, ParisVanves, EDICEF, 1995, ]28 p. J'akouta, Paris, L'Harmattan, ColI. «Encres noires», n° 139, ]994, ]60 p. Le fils du mercenaire, suivi de J'olène au large des collines. ParisVanves, EDICEF, ]995, 128 p. Ton image sainte, A1arianG(sous presse). Théâtre La délivrance d'I/unga, Paris, Pierre Jean Oswald, 1977, 151 p. Nous aurions fait lin rêve, Kinshasa, Institut national des Arts (INA), ]980. Bonjour monsieur le Ministre, Paris, Silex, 1983, 76 p. L'empire des ombres vivantes, Camières (Momanlewz), Éditions Lansman, ]99], 68 p. May Britt de Santa Cruz, Paris, L'Harmattan, ColI. «Encres noires», n° 113, 1993, 160 p.
Sous

le silence:

le cri (sous presse).

Roman en ciluhil Bidi I1lwilu. bidi mpelelu, Lubumbashi-Paris. Éditions Impala-Sainl-Paul, ] 998, 187 p.

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pour la tsltiki la vraie la grande tshiyoyi wa nkishi ne Iwaba kasanda emelia Jarida tshiebua bitota
mwa kalol1ji misl1i(JI1J'i muvwala nzolu mwa kabangu mwa mhuyi mukalenga

mamwenda wa "goyi wa mhuyi mukulumpa wa kamwal1ya wa i.m'aka wa mukulula lusamha
kakwel1lla wa ha I1goyi mua"a basal1ga tshioyi wa tshioyi wa ts/tio tshio tshio nteta

eya eibanga lelu citema eya makumi eitema eidimu eya dikumi kaeiyi ku citema wewa ki lufu ncieyena wa moyo we !

INTRODUCTION
Le projet de cette étude menée sur la morphologie et la syntaxe du cilubà a été inspiré par le travail d'écriture d'un roman, Bidi ntwilu, bidi mpelelu (Lubumbashi, Éditions Impala, 1998, 188 p.). 1I apparaissait lors de cette expérience littéraire qu'à chaque périphrase, la langue se faisait découvrir de l'intérieur, étalant ses ressources lexicales et ses expressivités sémantiques. Il ne s'agissait alors que d'une expérience pour reconstruire un univers fictionnel, et donc pour « habiter une langue ». Mais par delà les situations et les locutions contextualisées, les exigences de la discursivité autant que celles de la narrativité se révélaient plus importantes qu'il n'y paraissait au premier abord. Il est évident que le fait de « cibler» au départ un lectorat potentiel au sein de cette langue constituait déjà une perspective intéressante. L'argument linguistique vient du fait que la plupart des analyses faites sur les langues africaines se contentent souvent des descriptions selon les catégories scolaires, phonologie et morphologie, et elles n'abordent que très incidemment les aspects morphologiques, sémantiques et surtout syntaxiques. Dans son ouvrage Swahili Syntax (Dordrecht, Foris Publications, 1981, 214 p.), Anthony 1. Vitale note presque par distraction en parlant des grammaires élaborées à l'époque coloniale sur les langues africaines: From the middle of the 19,h Century on, numerous Swahili grammars have been written by missionaries. adventurers, anthropologists and linguisfis. These grammars were descriptive in methodology andformat and fended to concentrate primarily on the phonological and morphological :!,ystemsof the language with a disproportionate lack of attention given to syntax. This tendency was natural considering the rather interesting and varied types of phonetic !>ystems and the agglutinative characteristics of the morphology which many bantu languages man(fèst. Moreover, relatively little attention was paid to the connection between the
morphological system and the !>~vntax, although the two are, in fact,

inextricably linked (p. 3).

Parlant de sa propre méthode à propos de la syntaxe du Swahili, il prévient que « no theory of morphology is developed except by implication ». Dans de telles conditions, les conclusions à tirer des différentes études ne pouvaient que demeurer très partielles et même partiales. Il n'a pas été possible de combler ces lacunes par la seule morphologie du verbe, et pourtant, l'effort pourrait contribuer à montrer que ces langues ne s'arrêtent pas seulement à des systèmes clos de sons et des paradigmatiques à formaliser. Les tableaux théoriques qui ont été proposés sur ku-tw-a et kw-e/-a suffisent pour en démontrer la pertinence et pour déclencher des interprétations multiples aux niveaux des discours linguistiques ou métalinguistiques subséquents. Le ci/ubà a été décrit depuis la longue période coloniale. Des textes ont été consacrés au catéchuménat et aux rituels religieux, aussi bien au sein de l'Église catholique que dans les Communautés protestantes. En dehors de la Bible elle-même ou de ses répertoires didactiques, les « moniteurs» sollicités par les missionnaires ont imaginé des légendes à la manière de Mbuyi Wenu ou de Bernard Kabese, des « paraboles» ou des récits tirés des traditions ou réadaptés aux nouveaux domaines littéraires. Une querelle intéressante autour d'un ouvrage de contes qui avait été primé par l'Académie en 1931, L'éléphant qui marche sur les œufs, mérite d'être mentionnée ici. Son auteur pressenti, Badibanga, n'avait jamais été retrouvé. rI est prouvé actuellement qu'il s'agit d'un « colonial» qui avait usurpé le nom d'un «fabuliste indigène ». Il est également démontré que Badibanga a bien existé, et qu'il avait écrit ses premiers textes en cilubà. Ceuxci seront « empruntés» par un « administrateur de district» en mal de gloire littéraire, et qui n'a pas eu le courage de revendiquer sa propre supercherie. Pour qu'une telle mésaventure puisse se produire, il faut que la langue de départ soit susceptible d'y faire accéder l'imaginaire fabulatif. Le ci/ubà (tshiluba) est parlé au Congo-Kinshasa, plus particulièrement dans les deux Kasaï, oriental et occidental. Il constitue J'une des langues importantes en Afrique centrale, et l'orthographe employée dans cet ouvrage est celle en cours dans les établissements scolaires et dans les textes officiels. Il suffira de noter qu'il est également la langue d'enseignement dans le

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primaire. Les manuels universitaires qui sont certainement à revoir aussi bien dans leurs fondements théoriques que dans leurs pratiques sémiotiques, le classent dans la zone L du groupe /ubà, sous le code « bantu L 30 ». Selon des projections les plus fiables, le ci/ubà doit être parlé par près de sept millions de locuteurs actifs. Il s'étend sur les deux Kasaï, oriental et occidental, mais il s'est développé également dans les grands centres urbains de Kinshasa et du Katanga notamment. Il existe bien sûr des variantes dialectales multiples, notamment à Lusambo, Dimbelenge, Luebo, Tshikapa, Ilebo, Kabinda ou du côté de Dekese. Cependant, avec le développement des littératures religieuses catholiques, protestantes ou celles des « nouvelles Églises prophétiques », une certaine homogénéisation se réalise progressivement, particulièrement aux niveaux morphologiques et syntaxiques. Le rôle des chansons répandues par les cassettes et les disques (Pépé Kallé et HL'Empire Ba/cuba", Nge/eka Kandanda, les Sanga/ayi à Bruxelles, .J.B. Mpiana Mukulumpa et Wenge B.C.B.G., oU encore les Yuda) est ici prépondérant. Aucune langue ne peut prétendre à une « unité phonologique », et celle-ci ne fait pas exception à la règle. Le phénomène le plus observable consiste justement à montrer que les variantes dialectales s'accomplissent dans le seul domaine qui avait toujours constitué le fondement de la langue, la mOlphologie et la .~~vntaxe du verbe. On connaît actuellement les insuffisances méthodologiques que comportent ces types de classements quelque peu archaïques. D'abord parce qu'ils proviennent d'une période datée, antérieure aux évolutions de la linguistique générale dans les Universités africaines. Ensuite par leurs objectifs, du fait qu'ils étaient orientés vers l'apprentissage des langues africaines par des « coloniaux », missionnaires ou administratifs, et cela dans des perspectives idéologiques qu'il n'est pas utile de reprendre indéfiniment. Des lexicographes autorisés arrivent à déclarer pompeusement que ces langues étaient «faibles », « pauvres », « incapables d'exprimer des notions abstraites », « impropres à un raisonnement logique ou simplement philosophique », « incompatibles avec les concepts et les symboles mathématiques ». Des formules abondent qui indiquent que la langue n'était pas l'objet principal des analyses prétendues

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linguistiques. Il a donc suffi de quelques tentatives complètes pour s'apercevoir que les préjugés sur les « insuffisances» de ces langues relevaient des stéréotypes coloniaux, sinon d'une outrecuidance de mauvais ton qu'il est souhaitable d'oublier au plus tôt. Les querelles sont donc à surmonter dans ce contexte précis, et elles ne peuvent pas à elles seules résoudre les interrogations diverses portées sur la méthode linguistique. Et pourtant, les grammaires publiées à propos de certaines langues sont très instructives à ce sujet. Ainsi celle de A. Ruffel Baarlow sur le kikuyu, Studies in /dkuyu grammar and idiom (Edinburgh, Foreign Mission Committee of the Church of Seoland, by William Blackwood & Sons Ltd, 1951, 271 p.). Il apparaît constamment que le modèle génératif par exemple s'applique parfaitement, et avec plus d'exemplarité encore, lorsqu'il est compris dans son sens le plus théorique des structures profondes, ainsi que le note Vitale dans son ouvrage déjà cité. Related 10 the base rules l?l a language is a .\~VSlem verb l?l subcalegorization slated in terms l?l the number and type of arguments a verb may take (i.e. its lotal context). These contextual features correspond to those base rules involved in the expansion of the category Vp. The terms l?l such sets l?l features are restricted to a small class of categorial j~vmbols .wch m' NP, Pl'. Al' and the initial symbol S. The total range l~lcontexts of the verb may be collapsed into one set also indicating optionality and mutual exclusivity among the arguments. A verb may be lexically inserted Imder a node V if and only {l the configuration l?l the phrase-marker conforms to one of the possible contexts of the verb as formalized il?its subcategorisation.!eatures (op. cit., p. 6). La question de la provenance géographique de leurs auteurs n'est pas impertinente dans ce sens, mais celle de leurs reprises invariables par des « disciples africains» trop zélés est plus angoissante cncore. JI suffira d'espérer que des ruptures fondamentales soient accomplies désormais, pour que les langues soient abordées avec des méthodes objectives qu'elles réclament impérativement. Le fait d'avoir privilégié les aspects les plus prégnants de l'oralité a souvent poussé les observateurs à

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considérer que les types de classements proposés par les écoles de la « hantouistique » ne se justifiaient plus à l'étape actuelle. Les études qui paraissent régulièrement dans les universités africaines, du Sénégal ou de la Guinée à l'Éthiopie, du Cameroun à la Tanzanie, en passant par les deux Congo, permettront des vues plus objectives dans un avenir plus ou moins proche. Au Kenya autant qu'en Afrique du Sud, mais également au Nigéria ou en Uganda, des chercheurs autorisés remettent fondamentalement en question les classements, mais aussi les « intuitions premières» des fondateurs de la linguistique africaine. La langue peulhe (fuljitlde, adjami) à elle seule suffit pour indiquer des voies nouvelles pour une autre analyse de la morphologie et de la syntaxe dans cette discipline essentielle pour la compréhension des faits sémiotiques. À l'Université de Leiden notamment, des rencontres et des colloques sont régulièrement organisés, et leurs résultats méritent bien d'être portés à la connaissance de tous ceux qui s'intéressent à ce genre d'analyses. Le tableau des dérivés pouvait prêter à des équivoques dans l'interprétation des faits morphologiques. Cependant, il est apparu que des formes considérées comme hypothétiques pouvaient se retrouver dans les expressions périphériques (archaïsmes et locutions dialectales), dans le kanyok ou le cilubà des hena CUolo ou celui des hena Kalamhayi par exemple. De nombreuses thèses universitaires ont été présentées dans les mêmes domaines, et pas seulement dans les campus du pays. Il suffira d'en noter quelquesunes:
André Bondo Nd., Le 5)JStème verbal du cilubà et la notion du temps (Paris III, 1980). Martin Kalon.ii Tshimvundu, Étude morpho-lexicale du vocabulaire de la métallurgie et des minéraux (Université de la Sorbonne Nouvelle, 1981). La lexicographie bilingue en A.frique francophone: l'exemple français-dluba (Paris, L'Hannattan, 1993,368 p.). L. Mpoyi Kasanji, Luendu Iwo Baluba, Mbujimayi, Éditions Inabanza, 1987. Aubert Mukendi Mampaka, La grammaire objective du dlubà scientifique (Paris, Présence africaine, 1975). Daniel MUlombo Hula Mukana, Les variations linguistiques en Luba-

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Kasaayi (Lubumbashi, 1975). Il serait utile de préciser que la langue écrite compte près de trois millions de lecteurs potentiels. En effet, il existe une abondante littérature écrite dont il a été rendu compte dans Écritures et littératures en langues africaines (Paris, L'Hannattan, 1992). Des dictionnaires avaient été élaborés depuis la lointaine période coloniale, et Kalonji les analyse longuement dans toutes ses études, surtout dans La lexicographie bilingue déjà commentée précédemment. Il convient de signaler dans le chapitre bibliographique les travaux de Clémentine Faïk-Nzuji sur le Kasalà, chant héroïque lubà (Lubumbashi, Presses universitaires, 1974), ou ceux de Patrice Mufuta, Le chant kasalà des Baluba (Paris, Julliard, 1968). Des maisons d'éditions suffisamment performantes permettent la diffusion des ouvrages comme ceux de Mabika Kalanda, Kadima Kadiangandu {Mikombo wa Kalewu, Paris, Éditions GlRAF, 1999, 138 p.j. Kabase/e Lumbala (Ndi mukunanga) ou de Ngoyi Kasanji sur les mythologies historiques, à propos des divers domaines de la vie pratique, ou même concernant les événements les plus contemporains. Ainsi se constitue I'histoire d'une langue à laquelle des locuteurs s'attachent, et qui constitue dans le domaine grammatical du « proto-bantu », le paradigme I,eplus caractéristique des analyses linguistiques contemporaines. A partir du cilubà, il sera possible de penser à une théorie linguistique plus générale qui comprendrait les langues dérivées de l'égyptien ancien, ainsi que l'avait pressenti Cheikh Anta Diop. Celles-ci iraient du peulh au wokd: du gikuyu au zulli ou même au kikongo. Alors pourrait se concevoir une "grammaire africaine" des langues, des discours, des récits et de l'imaginaire. Le court texte proposé ici, et qui a été intentionnellement saturé d'autant de sèmes contextuels qu'il a été possible concernant kw-ela, pernlet de donner une idée approximative des valeurs d'emploi, mais également des référentiels sémantiques réalisables.

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kadi di-tw-el-el-angana nenda w-ela mema kw-ela tetu kw-el-anganCl tw-el-anganCl mema ni ki mwanyi mwa kwela w-ela penda ki tetu kll-dy-ela tW-a-dy-ela eku tw-ady-ela cku ni ng-ela kabidi mema ni ng-edi penda ni ng-elamema ni ka-ng-edl amu mu dy-ela amu w-ela ki mu-ng-ela Mema ni wewa mwina ki IIIw-edi uvwa u-dy-ela lelu pa kw-ela mpaapa el-aku tW-el-angana neba mukola tumanya ni udi mw-edi menamena mwa kw-ela mudi aku anyi mu di kunu atJll mumvwa m-mw-ela amu panyi 1II1I-lI/w-el-el-a//lu ng-ela kabidi mpindicwu ni ng-ela mbwanyi lI-dy-ela amu muvwayi //Iu-ng-ela tetu ku-dy-ela amu bu bantu be-ela n-dy-ela eku n-dy-ela kwaka kumona ukadi u-dy-ela mema ni amu //Iw-ela tw-el-angana kabidi dyanyi dy-ela kadiyi dya cy-el-angana to mw-ela mw-el-el-amu dyanyi dyonso ng-el-ul-ula, ng-el-ul-ula kabidi ng-ela pcnyi ng-el-ela apnyi ng-el-ela papa ki dy-ela adi amu dya dy-el-el-alllll dya mema //Iw-ela mwanyi mwa dy-ela mcma amu //I1I-dy-el-el-ela kabidi eyo nmkwa kwetu II-dy-ela kabidi wa-dy-edl wawa kadi bonso b\'wa ba-//Iw-ela meena mema ni ki dva kll-mw-ela edi el-ayi IIImona dyenu dy-ela ni nusombela nw-ela bya cy-el-anganyi dyenu dy-el-angana kadiyi dya nw-el-el~ a//lu kadiyi nansha dya cy-el-el-anganyi lelu el-ayi mu-nw-el-el-el-ela wa kw-ela udi aku anvi udi kllnll bakadi b-el-angana bya dy-el-angana kakllyi wa kw-ela kabidi wa w-el-el-el-alllll wa tetll kwamba ni nyawu w-edi tetllni //Iw-edl ki udi w-ela awu

et le jour oÙ nOlls nOIlS sommes empoignés il sallte je bondis nous voilà l'lin sur l'autre je le tiens il me tient à son tOllr plus fort encore il me projette nOlls titubons tOilS les deux nOlls basclllons Pllis nOIlS nOlls culblltons je le bOllscule encore croyant le renverser il essaie de me f.1ire tomber je résiste dallS l'effort il a cru réllssir 5<1nS succ.:s je dis tll penscs tll t'en es vanté empoignons-nolls bats-toi et nails savait-il encore être un champion enlllttc montre ici tes possibilités et tu te crois le pills fort lutterons jusqu'au bOllt comment se défendre

je déployais tant d'énergie je le tcnais fcrme je l'avais saisi de toutes mes forces je le bascllle ct pour le jeter par terre mon adversaire se ~Tamponne avec sa prise nous sommes ép"isés agrippés l'un à l'alltre je me débats je me dém.:ne d'ici de là il commençait à s'affiliblir visiblemcnt je profite de l'avantage pOlir le fàire tomber mais mon crochet n'arrive P:IS il le renverser je tenais vraiment à le jeter par tcrre je IlIi fais une alltre prise je le déséquilibre je fonce j'attaqlle je le précipite d'ici de là pour line étreinte bien plus ellicace une autre prise avec tout mon savoir-Iàire je le tiens il est cn tcnaillc cela cst vrai le pauvrc teille dc résister ilmc serre avec éncrgic mais si pcu et ccux qui nattaicnt sa vanité ccux qui le berçaient d'illusoire gloriolc je les délie ils pouvaient venir le relancer en vain je leur crie venez accourcz louez-le vous a vcz l'habitude de l'cncenser de tlagomer VOIISl'avez abusé sans IlIi dire la vérité exaltez.le montrez-Illi vos capacités qlli pOlivait oser y croire encore ils se rejettent la faute l'un Sill' ('autre personne pOlir approuver ni pour le vantcr nous aurions pcnsé que cellli qui chante est lin vrai poète en pl cille illspiration

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ki mudi dy-el-el-angana dya balew-ela wewa ni II/bang-el-el-aIII/1 kudi II/w-edi tukadi ne bel-el-el-ela mbabu bakadi be-ela bakadi bashala ba-dy-el-angana kabaciyi ni ml kw-ela nansha lukashi wa kw-ela makumbu wa w-ela kadyombo be-edi ba bilela benda be-ela bulaku be-ela mishikumuulu be-el-angana ni mpata bu badi be-ela bintu by-el-el-angana ku cilota bakadi bonso bu bantu be-ela tukadi bashala Iw-el-angana bulundu muulu bulundu panshi bakadi anu be-ela bya dy-ela panyi ni mu dina dy-ela amu mukwa kwetu II-dy-elclll-dy-ela kabidi ng-ela mwanyi mwa kw-ela amu II-dy-ela panshi mbuum ki mema wa-II/w-edi awu kw-ela lukondu kw-ela kupe Ieu-II/w-ela kabangu kw-ela kusun1<lkiljil kw-ela ntilntil kw-ela miseb,1 kll-II/w-ela ni mata mukana ukadi w-ela ntutu w-ela misha kw-ela too ni mihuya mibi yisombelayi w-ela konsu eku diba kw-el-angana mwaba awu dy-ela dya dy-ela cyena munkalata nkadi mpindiewu musomba bantu ba-ng-ela mema mwina ng-el-angana bu kabemba Iee-ela bya dy-el-angana kasomoola amu bwa dy-ela ki mema w-edi bwalu mu cyalu awu bWlllu bw-ela amu bu mwanulI/w-ela el-ayi penulung tumona mwa kw-el-angana twayi e 00

voilà la basse nallerie des Ihlgorneurs toi tu crois qu'ils chantent tes mérites nous les avons vus ces meneurs incapables de nous anront~.,. ils n'applaudissent plus aucun pOlir le glorilier ni pour le clmnter ils racontent des mensonges et s'en abusent tous des farceurs avec des làusses légendes ils se pavanent avec des Iluerelles filliles ils s'embrouillent dans des rêves fragiles

les voilà comme s'ils étaient anéantis nous abandonnant à nos propres forces quelle ruée dans la bagarre il ne leur reste plus qu'à faire semblant j'en profite alors je l'étreins je l'empoigne le pauvre il se balance il essaie de résist~y je le saisis avec ma prise habituelle il tombe par terre tout d'un coup II/bollll/ je le tenais finalement sous ma force je coinee sa jambe à la mienne l'autre aussi je l'étnmgle à la nUllue et je serre les d.:nls je le saisis au cou .:t puis des coups de pied j'.:n arriv.: à lui cracher dans la bouche il a de l'écume aux lèvres il hiche des pets il lâche aussi des puanteurs infectes il le fait toujours quand il n'en peut plus le soleil se met de la partie en cet instant à la manièr.: d'un athlète héroïque me voici alors tout fier comme un aigle qui chante sa propre lorce avec orb'ueil il montre de quoi il est capllble en réalité ma légende j.: l'ai contée de mon mieux Ii vous de raconter la vôtre el nous pouvons nous vanter mutuellement pour nos IliIuts lilits el nos ucles héroïques
et IIU'il en soit uinsi

Le texte tel qu'il est rapporté ici est parfaitement compréhensible dans la langue cilubà. En utilisant le seul verbe kw-ela ainsi que ses dérivés, sont rendus tous les sens de la violence, de la lutte, de la combativité des protagonistes, ainsi que des actions menées autour de la bataille entre deux personnes. Et cela, sans que le locuteur ne soit obligé de recourir à des sémantismes approximatifs, analogiques, synonymiques ou même métaphoriques. Les locuteurs du ciluhà procèdent ainsi à des

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interférences significatives lorsqu'ils utilisent d'autres langues, comme le swahili du Katanga. Ici, le vocable ku-piga s'emploie souvent avec des modalités identiques, et il peut être étudié dans le même contexte. Du reste, A standard swahili-english dictionary publié sous la direction de Frederick Johnson (Oxford University Press, 1977 pour la dernière édition), donne des significations du même ordre à l'item nomenclaturalpiga. À titre d'autres: d'exemple, voici quelques définitions parmi bien

PIGA, v. strike, beat, hit, give a blow. This is the common definite meaning of piga. But piga in the Direct Act. Form has an indefinite use, which is at once one of the commonest and most characteristic features of the Swahili language, and also difficult to describe. It is used with a great number and variety of nouns to express the act, action, or effect, which the noun itself most naturally suggests; and even when another verb exists conveying this meaning, piga is nevertheless often substituted for it with a peculiar signifiance and flavour of its own. This is no doubt connected with the original idea of striking, but "striking" in different aspects - sometimes suggesting its mode, Le. the suddenness, forcibleness, effectiveness of a stroke, and sometimes the effect on the mind or senses, of what is striking, sensational, moving. It is impossible to ennumerate all the nouns with which piga is commonly, or may be used, or the most appropriate rendering - depending (as they would do) largely on the context in each case, and a knowledge of tJ1ealternative verbs for which piga is in any particular instance purposely substituted (I) the proper lise of a tool (in place of simple IUlllia.endesha. &c), e.g. piga hOlllba. work a pump; piga randa. plane (wood): pign pasi. iron (clothes); piga picha. photograph; piga kinanda, play an organ, piano, musical instrument; piga kengele. ring a bell; piga chapa. print (a book); pign kura. cast lots; piga baa. take omens with a divining board; (2) construction, execution, giving form to something, e.g. piga fimdo. tie a knot; piga kilemba. wear a turban; piga mbinda (winda). adjust the loin-cloth [...] (p. 376) Il fournit en outre quelques dérivés dont: Pig\Va, St. And Pot. Pigika. Prep. Pigia, e.g. strike for (with, at, in, &c.). D. Prep. Inten. Pigilia, used of a special operations [... J. Cs. .Pigisha, cause to beat about, flap wave [...J. Rp. Pignna. hit each other [...J. Rp. Piganika. Ps. OfRp. OfPrep. Piganiwa, be fought for (about, with. in. &c.) [. ..I. Kil)igi, Il l'i (usualy kipiki, or piki. or

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pikipiki} a little stick to beat with or throw. Kil)igo, n. vi- stroke, blow, shot. Mpiga, n. WOe. I)igi, n. WOe, erbal of pigo, in all its manifold M v uses, one who strikes, uses, &c. MI)iganisho, n. mi- collision, encounter, conflict. Mpigano, n. mi- Sélmeas pigono. MI)igo, n. miact (mode, &c.) of striking, &c. Pigano, n. mo- fighting, battle, skimish, beating each other. PigilJigi,n. mo- see pikipiki. Pigo, n. mo(1) blow, stroke, be<1t, aliwafundishamopigoya ngomo, he taught e.g. them the proper beats of the drum ; pigo mbi/i (totu, &c.), two (tIlfee, &c.) pulse measure (2) calamity, plague, &c. UI)igano, n. mafighting, contest, rivality. In plur. Battle, riot, brawL.. (p. 377). À partir de ces paradigmes, une difficulté majeure apparaît dans la traductibilité des sèmes, en particulier lorsqu'il s'agit de passer aux langues non-africaines. La seule analyse sémique en sémèmes et même en archisémèmes ne permet pas de relier les arcilexèmes entre eux, et le micro-ensemble lexical ne détermine plus les unités lexicales en «zone commune de signification», selon la définition classique. Faudrait-il dans ce cas recourir à une sémantique textuelle (et même une sémantique contextuelle) telle qu'elle avait été proposée par les critères conceptuels (et formels) ? L'étude proposée ici conduit à revoir les données méthodologiques en lexicologie aussi bien qu'en sémantique descriptive. Ce qui avait été perçu comme une «option dif"(erentielle» (ou contrastive) a fini par ramener l'analyse componentielle à une représentativité syntagmatique, et donc loin de toute théorie du prototype.

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PREMIÈRE PARTIE:

KU-TWA

LE VERBE KU-TWA
Le verbe kU-Iwo est l'un des plus couramment employés dans différents contextes de discours. Son sens est cependant moins extensif que celui de kw-ela, et les valeurs d'emploi sont définies par le sème -two. Le radical par lui-même implique l'existence de deux séquences sémantiques (au moins), distinctes et distinctives, séparées entre elles, de nature identique ou différente. Le morphème lexical dans ce cas, ne peut fonctionner que si l'une agit sur l'autre, produisant des effets perceptibles, un mouvement ou un comportement conséquent.
Le mouvement est perçu et senti dans son stade initial, lorsqu'il est amorcé et exécuté. Il se situe précisément à ce moment, à cet instant initial, sans pour autant ne conserver que l'aspect inchoatif. Les unités impliquées restent bien distinctes et autonomes. Tout mélange ou perte d'identité entraîne l'emploi du verbe kw-cio, en particulier lorsque l'action se prolonge et dure dans son expression immédiate. Les sèmes itératif et inchoatif apparaissent alors dans des segments qui peuvent s'interpréter comme des sémèmes. En général, il s'agit d'un coup porté, qui soit unique et noncontinu. S'il est répété et perçu dans son aspect itératif, d'une manière régulière ou non, c'est kw-ela qui prend la place de ku-twa. Peu de cas peuvent être pris pour des modalités, même si seul kwela se transforme en modal comme dans kw-ela ku-jadika.
kU-Iwo cikel11u : lâcher un cri (unique) d'admiration, de fatigue,

de mépris... kw-ela cibingu : faire entendre un hurlement (prolongé) S'il s'agit d'un liquide, la séquence nominale dans le syntagme verbal est perçue dans le sens d'un jet unique et non-continu. Ce jet constitue donc l'unité de perception. Des jeux de mots peuvent ainsi être contrefaits, et ils portent sur les tonèmes, les phonèmes itératifs, les morphèmes paradigmatiques, et même tous les autres traits suprasegmentaux.
tuntu tutu lu-tW-zl-Iu-IW-U

tu tu-tw-Ü-tu-tw-u amu tu tu tu les petites choses qui se cognent partout s'agitent pour du vrai dans tous les sens
tuntu tu tu-twut-a-twut-a mu ntuntu tutu tu-twut-a bu luntuntu mu tutuuta

les bestioles qui se débattent tout le temps dans l'écume le font à la manière des petits grillons dans la haute paille Dans cette partie de l'étude sémantique, il convient d'observer que tout phénomène et tout fait de langage doivent pouvoir s'expliquer dans une logique de signification selon les contextes. Ils entrent dans un ordre linguistique qui leur assigne une fonction à un niveau ou à un autre, sinon à tous les niveaux des faits considérés psychologie, syntaxe, morphologie, morphosémantique. Ce qui pourrait correspondre à la définition d'un archisémème, mais celui-ci implique l'existence d'un sème nucléaire au moins, identifiable selon un indice référentiel qui ne rentre pas dans le cadre de la morphologie du verbe. Ku-twa s'applique principalement aux objets pointus, taillés ou aiguisés, bien marqués dans leur unité objective. Ainsi, le sens de l'acte accompli concerne le mouvement par lequel un corps distinct vient en heurter un autre, pour le mettre en mouvement, pour lui infliger un (ou des) coup(s). Il indique l'action de défoncer, de s'en saisir pour le modifier, pour le changer dans un espace ou dans un temps donné. Le choc reste l'élément le plus important, ainsi que l'ébranlement ou le mouvement qu'il provoque, qu'il produit effectivement. Cependant, les corps concernés, mis en contact les uns avec les autres, demeurent morphologiquement distincts. S'ils se font perdre mutuellement leur identité dans la perception que l'on peut en avoir, seul kw-ela (ou tout autre lexème) est employé.

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1. MOUVEMENT VIOLENT D'UN ESPACE À UN AUTRE
ku-twa : faire déplacer d'un lieu à un autre avec un mouvement violent 1.1. Ce sens intervient lorsque l'objet lancé, un solide, est projeté avec l'intention de le faire pénétrer profondément dans un autre corps qui lui est étranger. Particulièrement avec le sens de projectiles, d'armes, d'objets lourds, contondants ou pas, lancés avec l'intention de blesser, de tuer, de meurtrir, et si le coup porté atteint son objectif visé, intentionnellement ou pas. I. ku-twa difùma : lancer une lance et l'enfoncer dans le corps de qqn ou de qqch. syn. kw-asa : si le coup est bien porté, et que la lance pénètre effectivement dans le corps visé. 2. leu-two mwela : transpercer avec une machette, un glaive, l'enfoncer dans le sol, dans un arbre, dans un corps d'animal, d'homme. 3. ku-twa keela : poignarder avec un couteau, un poignard, transpercer d'un coup de couteau. 4. planter un couteau (sans l'enfoncer jusqu'à la garde), piquer avec un couteau (seulement avec la pointe), l'enfoncer brutalement. keela se m-mu-tw-a ka di-twa : le couteau, il l'a planté avec violence. anu bia-tw-uyi musonsu : il en est arrivé à planter un clou. wenji u-tw-a u-kenketa : il ne faisait que piquer du bout du couteau et examiner.

1.2. Jeter à l'aide d'un engin, d'un instrument approprié, lancer et atteindre l'objectif visé; parvenir à frapper au moyen d'un projectile. I. ku-twa eingoma : tirer un coup de fusil et frapper la cible visée. 2. ku-twa mabwa : meurtrir à coups de pierres, égratigner avec des pierres, lancer des pierres, des cailloux, et atteindre l'objectif visé. 3. ku-Iwa mukela : transpercer à coups de flèches. syn. kw-asa. 1.3. Enfoncer avec un objet pointu qui peut pénétrer dans un corps étranger, sans se perdre ou se dissoudre en lui.
1.3.1. ku-twa /ushingi

1. procéder à une piqûre à l'aide d'une seringue, d'une aiguille, piquer, en particulier lorsqu'il s'agit d'injecter un médicament; faire une injection. 2. jeter une aiguille vers le bas de manière à l'enfoncer dans le sol par exemple. 3. déchirer la chair ou un corps étranger, de manière à y pénétrer à l'aide d'un objet pointu. 4. sentir une douleur intense comme si des pointes d'aiguilles y étaient plantées. eibe/u ei-twa nshingi : la cuisse pique de douleurs intenses, comme si des aiguilles y étaient plantées, au sens métaphorique.
1.3.2. kut-wa meeba : enfoncer des épines.

I. effleurer avec des épines, des objets aiguisés. 2. faire souffrir, supplicier avec dcs objets pointus, instruments aigus. 3. sentir une doulcur intense.

des

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1.4. Le verbe k1.l-twa est employé à la place de kw-ela, lorsqu'il n'existe pas d'orifice approprié comme dans le cas d'une piqûre, ou lorsque l'action se fait avec rudesse, violence ou agressivité dans le geste d'intromission ou d'injection. Notamment dans le sens: kuya mu di-twa : aller à la chasse, ce qui consiste à attraper le gibier en lui lançant des projectiles pointus, et métonymiquement, par tout autre moyen approprié. ku-twa nyama : chasser le gibier, le débusquer au moyen d'un instrument. 1.5. ku-twa avec \es parties du corps, concrètement, matériellement par métaphore ou par métonymie, il s'agit de toucher afin de communiquer un mOllvement, un sentiment, un contact quelconque. Faire tOllcher un corps, un objet par un autre corps ou un autre objet, en les mettant en contact l'un avec l'autre. Et cela, afin de communiquer un sentiment, de produire une action, un (des) effet(s). 1.5.1. La différence avec kw-ela réside dans le fait qu'avec klltwo, le but est atteint, et que le mouvement (geste, action) produit l'effet attendu ou visé. 1.5.1.1. Faire toucher une partie du corps, un membre, avec l'intention d'exercer une action violente, agressive, en vue de porter llll coup, de prendre, de saisir. 1.5.1.1.1. ku-two byonzo, ou par métonymie ku-two cvonzo (sing). I. appréhender, se SaiSir avec les mains abruptement, violemment, emprisonner, empêcher de faire un mouvement en retenant fort entre les mains. ku-Iwo nzolu byonzo : se saisir d'une poule, la retenir dans les ma1l1s. ku-twa mwimvi byanza : appréhender un voleur, l'immobiliser, s'en saisir. 2. réduire à sa merci, lorsque l'autre n'a plus la possibilité de se défendre, d'échapper.

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ku-twa

mbuji byanza : immobiliser une chèvre pour la mettre

dans un enclos par exemple. 3. se saisir de qqn ou de qqch ~ porter la main sur lui, pour l'utiliser, pour prendre. syn. ku-jimpakaja. 4. danser en balançant les mains (en l'air), faire des ovations avec les gestes des mains.

ku-twa byanza bya musangelu : lancer les mains en l'air en signe de joie. u-ja maja u-twa bianza (muulu) : il danse en agitant les mains. 5. se saisir avec les mains pour abîmer, humilier; t'lire des attouchements. ku-twa mukaji byanza : porter les mains sur une femme, en vue de la prendre, de la séduire; lui faire des attouchements avec impudeur. mukaji mu-Iwa byanza : une femme qui a déjà connu les hommes, qui a été violentée dans son intimité ~plus spécialement, qui se fait violer. 6. s'en prendre à qqch pour modifier, corriger, rendre correct, net, propre. ku-twa cisanji byanza : porter la main sur un appareil électrique par exemple afin de le réparer, ou pour le jouer ~ toucher à un appareil en vue d'effectuer un travail. ukadi mumana ku-twa cisanji byanza. longololaku mpindiewu : vous avez déjà touché (mis la main sur) l'appareil, c'est à vous de le réparer à présent. 7. toucher avec les mains pour palper, mettre en mouvement, pousser, faire mouvoir. ku-twa mashinyi byanza (bwa kllpusa) : mettre les mains à un véhicule pour le pousser, le faire avancer sans l'aide du moteur, le faire démarrer par exemple. ku-twa byanza ku cimana (kll penci) : salir un mur au moyen de la peinture en le touchant avec les mains.
1.5.1.1.2. ku-lwa multi I. frapper avec la tête, donner des coups de têtes. kU-Iwa mUu (pluriel).

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2. s'en prendre à qqn, le poursuivre assidûment pour lui nuire, lui faire mal, le pervertir; accabler avec des calomnies. ku-two munfu mufu : en vouloir à qqn et le lui exprimer par des gestes précis, des actes concrets, un comportement conséquent. 3. expression ku-t"HI'o mufu mu nkelenda: avoir du chagrin, être malheureux. syn. ku-bungomo 4. accabler, harceler qqn, le poursuivre avec tenacité pour lui infliger qqch, lui souhaiter du mal intensément, avec l'intention de le lui montrer concrètement. syn. ku-two citungu. 5. poursuivre une femme par excmple de ses assiduïtés, la harceler et tenter de la séduire ou de la forcer à certains actes.
1.5.1.1.2.1. ku-twa mutu pans";

I. s'abaisser, toucher le sol avec la tête, pour prier, pour implorer. 2. s'humilier, adopter une attitude humble et même humiliante. 3. marquer du respect, avec des gestes de déférence et d'adoration devant un supérieur, reconnaître l'autorité de qqn en inclinant la tête, admettre le pouvoir exercé sur soi par qqn d'autre.
1.5.1.1.2.2. plonger la tête, l'enfoncer par exemple dans un liquide ou la farine, ou dans la brousse, dans les hautes herbes; entre les jambes. ku-twa mufu mu bukulo : enfoncer la tête dans la farine pour la

travailler, la manger ou par mégarde, ou parce que quelqu'un vous y a poussé.
ku-two mufu mu bUuuta : s'enfoncer dans les hautes herbes; s'incliner SUTles herbes pOUTles arracher, pOUTtravailler la terre. kU-Iwo mutu mi bihelu : plonger la tête entre les cuisses, entre les jambes. Par extension, se montrer comme un personnage lubrique. 1.5.1.1.3. kut-wa menu

I. saisir et prendre avec les dents, faire entrer les dents dans qqch ou dans le corps de qqn.

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2. mordre, blesser avec les dents, planter les dents dans qqch ou qqn, infliger des morsures. syn. ku-suma. 3. saisir avec les dents pour manger, mâcher, mâchonner en mangeant, mordiller, grignoter. syn. ku-cyankunya, ku-suma menu, ku-tamfimya. 4. laisser des marques visibles avec les dents, entamer, ronger; user. 5. par métaphore et métonymie: se saisir de qqch ou de qqn. syn. ku-dyapula, ku-fimpa,ku-jimpakaja.
1.5.1.1.4. ku-Iwa mesu, ou par métonymie ku-twa disu (sing).

I. porter les yeux sur qqn ou qqch, afin de regarder attentivement; scruter, observer de près, regarder de près, souvent avec une modalité d'intensité. u-twa mesu. umona : il a levé les yeux, et il a vu. mesu ka-a-Iw-idi wa benda : les regards ne portent jamais sur un étranger, on ne reconnaît facilement que les siens. 2. ku-twa disu dibi : jeter un mauvais regard, pointer un mauvais ceil sur qqn, jeter un mauvais sort (comme pour la jettatura). 3. porter des regards particuliers en vue d'exercer une action sur qqn. ku-twa mesu a bu/oji : porter des regards d'envoûtement, de sorcellerie, charmer pour envoûter avec des regards maléfiques. ku-twa mesll a masandi : porter des regards concupiscents, lascifs, salaces; regarder avec convoitise, avec luxure. 4. scruter, examiner avec les yeux; avoir un regard perçant.
syn. ku-kenketa.

5. arriver à comprendre en regardant attentivement, exprimer par les yeux; adopter une perspective qui permet une analyse lucide, objective, correcte; regarder les faits en face. wa-twa disu bilenga, wa-tangila : observe avec attention afin de comprendre avec objectivité. 6. en général, la forme réflexive est utilisée dans ce sens précis. bi-n-tw-iIa mwisu : cela m'atteint par les yeux; cela devient plus clair, évident, les yeux perçoivent mieux les objets, les faits.

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1.5.1.1.5. kU-Iwo mukolu

(pluriel: miko/II).

1. heurter violemment avec la (les) jambe (s) en vue d'infliger des coups. syn. ku-tuuta muko/u. 2. plonger la jambe ou le pied dans un endroit profond, un liquide, la poudre, le sable, la boue. ku-twa mukolu mu bitoei : enfoncer les jambes dans la boue, dans la gadoue. ku-twa muko/u mu lllntekenteke : enfoncer les jambes dans la vase, dans l'eau stagnante; s'enliser. 3. ku-twa mukolll pa wa benda : littéralement, croiser la jambe avec celle de qqn d'autre: le défier, l'engager à Ulldéfi ~se mesurer à qqn afin d'arriver à son niveau, et même à le dépasser, essayer de le surpasser dans son propre domaine lors d'une compétition, rivaliser avec qqn. 4. essayer, faire un effort pour atteindre un but, un objectif. ku-twa mukolu mu kalasa : s'inscrire dans une école (parce qu'on remplit les conditions d'inscription, et pour tenter de réussir par ses propres efforts), se présenter à un concours, se sentir capable d'affronter un concours scolaire, et de se mesurer aux autres sur les connaissances de l'école, avec l'intention de réussir. ndaku wan}i ku-twa mukolu mwaba awu : fais de ton mieux et essaie d'atteindre ce niveau inespéré; vas-y, mesure-toi aux autres pour arriver à cet endroit précis. 5. fouler aux pieds un territoire quc l'on désirait visiter, oÙ on déclarait se rendre en traversant des épreuves; accomplir un voyage difficile, convoité depuis longtemps après avoir sunnonté de nombreux obstacles. ku-twa mukolu (makasa) ku ba benda : se rendre à l'étranger, et fouler aux pieds une terre étrangère, souvent très éloignée de la sIenne. 6. fournir des efforts intenses pour réussir, engager un projet ambitieux, qui peut excéder les forces individuclles, s'éprouver soimême physiquement, intellectuellement, se mesurer en tentant une action importante, qui dépasse les forces individuelles immédiates.

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1.5.1.1.6. ku-twa makasa (sing. dikasa)

1. heurter avec les pieds, donner des coups de pied, frapper à coups de pied. 2. plonger les pieds dans un lieu, un endroit comme l'eau, le sable, la farine. ku-twa makasa mu lusenga, mu bitoci : plonger les pieds dans lc sable, la boue. 3. faire toucher le pied pour salir, laisser des empreintes. ku-twa makasa mu nkwasa : laisser traîner les pieds sur une chaise. 4. atteindre un endroit, parvenir au point d'arrivée, fouler aux pieds un territoire, un espace. ku-twa makasa ku bina nzolu : arriver à un endroit (du marché) où se trouvent les vendeurs de poules; là où résident ceux qui élèvent les poules. ku-twa makasa mu dyulu : parvenir à atteindre le ciel après avoir accompli des bonnes actions, arriver au paradis; cntrer en extase, dans la béatitude et la plénitude, avoir des visions. 5. fouler aux pieds pour écraser, disperser, abîmer. ku-twa makasa mu bu/mla : mettre les pieds dans la farine pour la disperser.
syn. ku-dyatakaja.

6. atteindre, parvenir au I11veaude qqn d'autre, se mesurer à qqn. ku-twa makasa ku a mulongeshi : se mesurer au niveau intellectuel de son enseignant, le défier sur les connaissances. 7. arriver à un point que l'on touche physiquement, aborder, parvenir près de, auprès de ; survenir, s'approcher; arriver à destination. ku-twa makasa mu bulaba bwa ba kakwelu : mettre les pieds sur la terre de nos ancêtres.
syn. ku-dyata.

8. se mesurer à qqn afin d'arriver à son niveau et même à le dépasser, défier. kU-Iwa makasa ku a bakola nenda : arriver à se mesurer avec ceux qui sont aussi qualifiés dans le domaine, rivaliser avec ceux qui sont aussi forts que soi. 9. esquisser un mouvement, en particulier pour la danse.

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