//img.uscri.be/pth/e448b663b212e5f7d2964a7a51a97b1ef9ed5ff0
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 19,46 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

SERVICES ET MÉTROPOLES

304 pages
Les grandes villes offrent-elles un milieu plus favorable au développement des activités de services que les villes moyennes ? Peut-on identifier des combinaisons de services et d'industries qui favorisent la croissance de l'emploi dans les métropoles ? Les centres villes sont-ils menacés de déclin face à l'émergence des zones urbaines périphériques ? Huit métropoles (Barcelone, Birmingham, Mila, Genêve, Lausanne, Toulouse, Bordeaux, Montréal…) sont ensuite étudiées en détail.
Voir plus Voir moins

SERVICES ET MÉTROPOLES

Collection Villes et Entreprises dirigée par Alain Bourdin et Jean Rémy
La ville peut être abordée selon des points de vue différents; mi1ieu résidentiel, milieu de travail, milieu de culture. Ceux-ci peuvent être entremêlés ou séparés. Il en va de même des groupes sociaux qui communiquent à travers ces divers types d'enjeux. La dimension économique n'est jamais absente, mais elle entre en tension avec la dimension politique. Ainsi peut-on aborder la conception urbanistique ou architecturale, l'évaluation des politiques sociales ou socioéconomiques et les formes d'appropriation par divers acteurs. Pour répondre à ces interrogations, la collection rassemble deux types de textes. Les premiers s'appuient sur des recherches de terrain pour dégager une problématique d'analyse et d'interprétation. Les seconds, plus théoriques, partent de ces problématiques; ce qui permet de créer un espace de comparaison entre des situations et des contextes différents. La collection souhaite promouvoir des comparaisons entre des aires culturelles et économiques différentes.

Dernières parutions
B. MONTULET, Les enjeux spatio-temporels du social, 1998. V. HEYMANS, Les dimensions de l'ordinaire, 1998. F. MARTINELLI,Pauvreté et misère à Rome, 1998. P. OREOPOULOS,Le modèle spatial de l'Orient hellène, 1998. A. MOLES, E. ROHMER, Psychosociologie de l'Espace, 1998. R. BOUSQUET,Insécurité: Nouveaux risques, 1998. O.TRIC, Conception et projet en architecture, articulation des composantes enveloppe, structure, usage et coût dans la conception et au sein du système d'acteurs, 1999. A. FISHER et J. MALEZIEUX (sous la direction de), Industrie et aménagement, 1998. P. CHEVRIERE,Dire l'architecture, 1999. M. MARIE, D. LARCENA et P. DERIOZ (eds), Cultures, usages et stratégies de l'eau en Méditerranée occidentale, 1999. P. BOUDON (sous la direction de), Langages singuliers et partages de l'urbain, 1999. M. TALATCHIAN,Moscou et les villes nouvelles de sa région, 1999. L. PLOUCHART, Comprendre les grands ensembles, 1999.

.

@ L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-8211-2

Sous la direction de

Jean PHILIPPE, Pierre-Yves
.

LÉO

et Louis-M. BOULIANNE
RESER

Réseau Européen sur les Services et l'Espace

SERVICES ET MÉTROPOLES
Formes urbaines et changement économique

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y I K9

REMERCIEMENTS Nous remercisms le Secrétariat permanent du PLAN URBAIN du Ministère français de l'Equipement et du Logement, dont le soutien a permis de mener à bien la plupart des recherches présentées dans cet ouvrage puis d'assu~er leur publication. Nos remerciements s'adressent, en particulier, à Mesdames Evelyne PERRIN et Nicole ROUSIER qui, dans le cadre du Plan Urbain, ont suscité, encouragé et suivi ces travaux de recherche.

LES AUTEURS
16 auteurs ont contribué à la réalisation de cet ouvrage: Angela Louis AIROLDI (chapitre MILAN, Italie. 9) est chercheur au sein du Grupo CLAS à

M. BOULIANNE (co-éditeur, introduction et chapitre 7) est collaborateur scientifique au C.E.A.T. (Communauté d'Etudes pour l'Aménagement du Territoire) à Lausanne, Confédération Hélvétique.

Sally CHURCHW ARD (chapitre 5) est actuellement conseiller financier dans le secteur privé.Elle a participé à ce travail comme collaboratrice de recherche à la Faculté de géographie et de sciences environnementales de l'Université de Birmingham, Grande Bretagne. William COFFEY (chapitres 2 et 10) est professeur l'Université de Montréal, Québec, Canada. de géographie à de

Peter DANIELS (chapitre 5) est professeur de géographie à l'Université Birmingham, Grande Bretagne. Stéphane

DÉCOUTÈRE (cttapitre 7) est collaborateur scientifique au C.E.A.T. (Communauté d'Etudes pour l'Aménagement du Territoire) à Lausanne, Confédération Hélvétique. de

Sven ILLERIS (chapitre 3) est professeur de géographie à l'Université Roskilde, Danemark. Magali

JO,UV AUD (chapitre 8) est collabqratrice de recherche au Centre d'Economie Régionale, Faculté d'Economie Appliquée à Aix en Provence.

Claude LACOUR (avant-propos) est professeur à l'Université Montesquieu, Bordeaux IV, directeur de l 'I.E.R.S.O. et rédacteur en chef de la Revue d'Économie Régionale et Urbaine. Pierre- Yves LÉO (co-éditeur, inJroduction et chapitre I) est ingénieur économiste au Centre d'Economie Régionale, Faculté d'Economie Appliquée à Aix en Provence.

-

Marie-Christine MONNOYER (chapitre 6) est maitre de conférences en gestion à l'Université Montesquieu, Bordeaux IV.

LES AUTEURS
Jean

(suite)

PHILIPPE (co-éditeur, in!roduction et chapitre 1) est iI)génieuréconomiste au Centre d'Economie Régionale, Faculté d'Economie Appliquée à Aix en Provence. SENN (chapitre 9) est professeur à l'Université Bocconi de Milan et président du comité scientifique du Grupo CLAS, MILAN, Italie.

Lanfranco Peter

SJOHOL T (chapitre 3) est professeur émérite de géographie à la Norvegian School of Economics and Business Administration à Bergen, Norvège. SOY (chapitre 4) est professeur d'économie à l'Université de Barcelone et directeur du C.E.P. (Centre d'Estudis de Planificacio).

Antoni

Jean-Marc ZULIANI (chapitre Il), chercheur au C.I.E.U., est maitre de conférences en géographie à l'Université du Mirail à Toulouse.

SOMMAIRE
page
AVANT-PROPOS: INTRODUCTION: Un renouveau de l'analyse urbaine Enjeux économiques 7 13 23 25 61 89 111 113 125 143 163 177 203 219 241 269

1° PARTIE: TERTIARISATION ET SYSTÈMES URBAINS CHAPITRE 1 : La transformation des métropoles françaises CHAPITRE 2 : Le système métropolitain nord-américain

CHAPITRE 3 : Services et hiérarchie urbaine en Scandinavie
11°PARTIE: LES SERVICES DANS HUIT MÉTROPOLES CHAPITRE 4 : La conurbation de Barcelone CHAPITRE 5 : Birmingham, métropole en reconversion CHAPITRE 6 : Bordeaux, métropole régionale CHAPITRE 7 : Genève-Lausanne, métropole lémanique CHAPITRE 8 : Marseille-Aix, métropole dispersée? CHAPITRE 9 : Milan, capitale économique CHAPITRE 10 : Montréal, métropole nord-américaine CHAPITRE Il : Toulouse, métropole technologique CONCLUSION GÉNÉRALE

Références bibliographiques Tables

275 289

AVANT-PROPOS

UN RENOUVEAU

DE L'ANALYSE

URBAINE
Oaude LACOUR

On peut se réjouir de la réactualisation et du renouveau du débat concernant les métropoles; tous deux traduisent, d'une certaine façon, la « résurrection» de l'intérêt pour l'économie urbaine et les dynamiques des grandes villes (The Economist, 10.1.1998 ; LACOUR et PUISSANT, 1989). Et en même temps, s'affirment les antagonismes entre quartiers riches et zones pauvres, entre réhabilitation des centres historiques et attirance pour les « edge cities» (GARREAU, 1991). Ce retour de l'attention à la ville se nourrit aussi de la fascination des métropoles mondiales, de la peur de la révolte des quartiers difficiles et de tout ce qui explique cette nouvelle dynamique métropolitaine. D'où l'attention notamment portée aux activités de services, des plus nobles aux plus modestes, qui joueraient un rôle déterminant dans le développement urbain, renouant d'ailleurs avec une longue tradition; la métropole, au fond, se définit par référence aux services et les services vont plutôt se localiser dans les

métropoles: « villes et services ont toujours eu partie liée» (MAY, 1994, p. 3).
Et le génie de Rome, modèle de la ville-mère, métropole par définition, à la tête d'un immense empire, « c'est la qualité de l'équipement, de la discipline, des manœuvres» (GAILLARD, 1995, p. 135). L'histoire des villes serait bien celle des services, quels qu'ils soient, expliquant une rencontre forte ou une redécouverte entre des travaux d'économie spatiale et urbaine et ceux d'économie des services que le Réseau Européen Service et Espace (RESER) a illustrée notamment lors de sa cinquième Conférence Internationale à Aix en Provence en 1995 (BONAMY et MAY, 1994; JAYET, 1994; REBOUD, 1997; LEROY, 1997). Depuis cette date, de nombreux travaux ont été publiés qui confirment tout l'intérêt et l'actualité des interrogations concernant le devenir des métropoles 7

(PUISSANT, 1997 ; JOUV AUD, 1997 ; FERRER, 1998). La fascination,- non exempte d'inquiétude -, qu'éprouvent les chercheurs face à ce que SCOTT et SOJA (1996), parlant de Los Angeles, nomment « The City ~ (GHORRA GOBIN, 1997), montre bien la nécessité de mieux comprendre les services et les dynamiques métropolitaines, tant on semble oublier, avec une rapidité singulière, toute une histoire et une théorisation de la ville fondée sur le développement industriel (LACOUR, 1993). La métropolisation nous ferait oublier la ville et aussi que dans la ville, il n'y a pas que des services... (BECKOUCHE, COHEN, DA METTE et SCHEIBLING, 1990 ; DAMETTE, 1994 ; VEL TZ, 1997). Il est alors enrichissant de faire preuve d'« ethnocentrisme» en approfondissant des cas heureusement rassemblés autour des 3 B (Barcelone-Binningham-Bordeaux), des 3 M (Marseille-MilanMontréal), le cas de Genève-Lausanne, « arbitrant» de façon neutre des singularités revendiquées par chaque chercheur et chaque ville dont il faut bien cependant tenter de trouver quelques conclusions générales ou potentiellement transposables. On entend en effet, des voix très différentes qui les unes, nous vantent les mérites des grandes et des très grandes villes, seules aptes à participer aux avantages supposés bénéfiques de la mondialisation et d'autres qui insistent apparemment tout aussi légitimement sur la crise et le déclin des villes. On discute ainsi des qualités pennettant d'accéder à la catégorie des villes européennes, des villes mondiales, internationales à moins que l'on se concentre sur les villes globales: celles-ci seraient-elles d'une nature spécifique ou seraient-elles au sommet d'une nouvelle et provisoire hiérarchie? (BRUNET, 1989 ; SASSEN, 1991 et 1997 ; MOULAERT and SCOTT, 1997). On n'est pas certain qu'il y ait accord sur les approches de la ville en tenne de cycle ou de trajectoire mais on peut noter une faveur, largement partagée ces dernières années, pour des travaux concernant la ville et la croissance urbaine: on doit ce regain d'intérêt essentiellement à l'attention que l'on porte à la métropolisation. C'est bien par elle, en grande partie que se renouvelle et s'organise le débat sur les métropoles et leur devenir. Ce n'est pas pour autant que le recours à la métropolisation soit simple et clair... L'enthousiasme qui porte vers cette thématique cache en réalité des attentes et des démarches très différenciées, bien souvent même contradictoires: le seul point commun de ce renouveau d'intérêt pour la ville tient, sans doute, au flou que véhicule la référence à la formule que Pierre Henri DERYCKE nomme joliment une galaxie sémantique floue. Elle pennet à beaucoup de se sentir à l'aise et de retrouver la ville et l'urbain avec des problématiques fort différenciées. On note cependant qu'à tout le moins, le renouveau d'intérêt pour les métropoles et le succès de la métropolisation tiennent à deux constats unanimement partagés: celui de la croissance urbaine confinnée et accélérée des grandes agglomérations et la concentration pennanente de fonctions dites supérieures dans des villes de grande taille, phénomène qui provoquerait ou accentuerait la pauvreté et une précarité croissante: c'est ici le thème de la ville éclatée (MA Yet alii, 1998).

8

Derrière les deux constats précédents, il y a en réalité des attentions portées à des phénomènes très contrastés. D'un côté, de très nombreux travaux sont consacrés à l'extension métropolitaine qui se décline en une infinité de qualificatifs dont la profusion ne garantit pas la précision. On notera par exemple, sans que la liste puisse être exhaustive, le recours à des références telles que l'urbain métropolisé, les zones métropolitaines, les régions métropolitaines, les centralités urbaines, les « edge cities », les métapoles, les mégalopoles (LACOUR et CORADE, 1995; ASCHER, 1995a et b; JACCOUD, SCHULER et BASSAND, 1996 ; LACOUR et PUISSANT, 1998)... La littérature américaine n'est évidemment pas en reste puisqu'elle évoque l'ex urbanisation, les spread cities, l'urban village, l'out-town, Ie non place urban field, les polinucleated cities, les technoburbs (KEMP, 1995 ; LEVER, 1997 ; SCOTT et SOJA, 1996). Ces évocations entendent, au fond, discuter de l'évolution des villes vers une polycentralité et en expliciter les processus générateurs. Encore que, décidément exceptionnelle, cas singulier et strictement non reproductible (SCOTT et SOJA, 1996, p. 1) Los Angeles serait déjà « audelà de la polycentralité » (GORDON et RICHARDSON, 1996, p. 289) pour aller peut être vers « une structure uniformément dispersée» (p. 293). Mais L.A. est-elle une ville mondiale ou finalement un exemple de « paradis perdu ou troublé» ? (cf. The Economist, 14 Mars 1998 qui fait une analyse de récents ouvrages sur L.A.). Un accord général semble cependant se faire sur l'idée que le devenir des métropoles et l'analyse métropolitaine sont évidemment directement liés à la

mondialisation ou à la « globalisation ». En Europe, on parlera (plus
modestement ?) d'internationalisation des grandes villes (BONNEVILLE, 1994; LEVER, 1997 ; SHACHAR, 1997). L'ancienne division internationale du travail serait ainsi remplacée par une décentralisation mondiale intégrée. On privilégie bien sûr, dans cette perspective, une tendance lourde à une relative désindustrialisation des pays riches, au passage au post-fordisme qui serait remplacé par la servuction. Dans cette voie, on retient évidemment le rôle des places financières mondiales, la place de la connaissance et de l'information et il est nécessaire alors de mieux comprendre la place et le rôle de certaines villes «globales» qui permettent la coordination mondiale (SHACHAR, 1997 ; MOULAERT et SCOTT, 1997). La réflexion privilégie alors, non plus seulement la cr9issance urbaine, mais la dynamique métropolitaine (PUISSANT, 1997 ; LEO et PHILIPPE, 1998). Celle-ci peut être caractérisée de trois manières (LACOUR et PUISSANT, 1998). On dira, d'abord, que la dynamique métropolitaine, c'est l'ensemble des processus qui assurent le passage de l'état de ville à celui de « métropole» et qui transforme une métropole traditionnelle en une unité de nature différente, ville européenne, ville internationale, ville mondiale. La dynamique métropolitaine, c'est ensuite l'ensemble des processus qui favorisent la concentration, le commandement, la création et la coordination d'activités en quelques lieux limités. Enfin, la dynamique métropolitaine, conduit à privilégier l'ensemble des mécanismes qui produisent et valorisent l'accumulation, la polarisation et les externalités positives et négatives.

9

Le renouvellement du débat sur les métropoles et la métropolisation s'appuie sur un certain nombre de démarches théoriques et sur la rencontre de différents courants de recherche, s'inscrivant dans le cadre de l'approfondissement de la nouvelle géographie économique, de la nouvelle micro-économique (dont par exemple KRUGMAN, 1997) et de l'économie industrielle.

concentration, ceux de polarisation, en considérant que « l'histoire compte» et
que la mondialisation impose plus que jamais, peut être, davantage d'ancrages locaux et territoriaux. Ce dont il est question, c'est bien de comprendre les économies d'agglomération. On note alors un retour marqué aux Pères fondateurs (HOOVER, VINER) tout en cherchant à les dépasser. Trop souvent, ces références nécessaires et revues considéraient seulement la ville comme un support ou un réceptacle d'économies de localisation d'un côté, d'économies d'urbanisation de ]' autre. L'enjeu théorique est en quelque sorte « d'urbaniser les économies d'agglomération» et pas seulement de comprendre pourquoi telles activités se localisent ici ou là (BAUMONT et HURIOT, 1997), de comprendre les dynamiques essentielles de certaines grandes villes confrontées au post-fordisme (VELTZ, 1997).

Au fond, toutes ces recherches entendent mieux expliquer les phénomènes de

Pour reprendre notre formule de « La métropolisation ou la ville oubliée »,
(LACOUR, 1993) on dirait aujourd 'hui que la métropolisation permet de
« retrouver la ville », de porter un intérêt à l'analyse et aux politiques urbaines

et de revenir sur le destin des métropoles. On est ainsi conduit, et les textes qui suivent le montrent même de manière implicite, à s'interroger sur deux points centraux de l'analyse urbaine (LACOUR et PUISSANT, 1998). - Le premier est marqué par une attention privilégiée aux formes d'occupation de l'espace urbain. Sans doute, on continue d'approfondir des travaux par lesquels la métropolisation est perçue comme une extension, une «dédensification » des centres (SCOTT, 1997). Celle-ci se marque par la décentralisation des activités et des logements, le desserrement de l'urbanisation ainsi que la déconcentration des fonctions. La logique dominante alors est bien celle de 1'« extériorisation» du centre, le développement des formes de polycentralité par des mécanismes de substitution de fonctions qui partent en périphérie des grandes villes ou qui sont maintenant présentes dans les villes moyennes (I.E.R.S.O., 1998). Le foncier et l'automobile jouent évidemment un rôle essentiel dans ces mécanismes qui nous conduisent à relire et comprendre l'anatomie de la métropole (GORDON et RICHARDSON, 1996 ;

SCOTT et SOJA, 1996). Il est alors nécessaire de rediscuter de « la rationalité
du modèle métro» (SHARPE, 1995) fondé notamment sur le principe d'équivalence fiscale et le principe d'organisation et de planification urbaines. On peut sans doute parler de « crise» de ce modèle métropolitain à laquelle on cherche à répondre par des politiques de redensification, de recyclage et d'attractivité des centres. Il n'est plus suffisant de parler de « back to the cities» mais de « back to the center» (LACOUR, 1996)...

10

Les fonnes d'occupation de l'espace urbain ne se résument pas à l'examen de l'extension et de la dédensification du centre. Les métropoles et la métropolisation sont bien des ensembles urbains complexes marqués notamment par la polynucléarité, la polyfonctionnalité, bref ces fameuses « edge cities» ou villes dénucléarisées ou dispersées de la littérature américaine. Il y a bien des métropoles d'un genre nouveau, s'organisant par exemple sur les zones d'emplois, celles que, par exemple, l'on évoque quand on parle de la métropole lilloise, la métropole bordelaise ou celle d'Aix-Marseille. Ici, on pense davantage à une densification et à une complexification d'un tissu urbain où les notions de centre et de périphéries s'estompent au profit d'un ensemble aggloméré, polyfonctionnel et complémentaire. On doit aussi porter une attention à des métropoles fondées sur des réseaux de grand débit et de grande vitesse, à l'image par exemple des villes à une heure de Paris par le T.G.V. Ces commentaires sur les fonnes d'occupation de l'espace urbain conduisent à se demander s'il y a bien une métropolisation en soi ou s'il est nécessaire de préciser que l'on parle de la métropolisation du territoire régional, national, de la métropolisation des villes ou des systèmes urbains (PUISSANT, 1997).

- La seconde attention est attirée sur la prédilection pour les fonctions urbaines. La métropole, c'est un ensemble de fonctions supérieures, spécifiques et spécialisées. Mais toute la question est de savoir la nature de ces fonctions, et d'examiner si elles ont changé. L'intégration est bien pennanente: qu'est-ce qui constitue la base de la métropole au sens de NOYELLE et STANBACK, (1~84)? Est-ce une fausse naïveté qui tendrait à redécouvrir les services? (POLESE, 1981, 1994 ; JOUV AUD, 1997 ; LEO et PHILIPPE, 1998). D'où l'intérêt quelque peu paradoxal de ce volume: la ville en général, la métropole, la ville mondiale de surcroît ne seraient-elles pas
(1994, p. 5) ou plus fondamentalement, retour aux sources où la ville industrielle n'aurait été qu'une longue parenthèse survalorisée ? Dans ces interrogations, bien entendu, la recherche reste très marquée par les méthodes de la critériologie positive: hier, on évoquait les métropoles d'équilibre, les villes européennes (BRUNET, 1989). Aujourd'hui, on parle de villes internationales, de villes mondiales, ou globales (SHACHAR, 1996 et 1997 ; LEVER, 1997). On cherche alors à définir et mesurer les services supérieurs, spécifiques ou spécialisés qui pennettent de qualifier ces métropoles d'un genre nouveau. On évoquera, par exemple, les quatre caractères des villes mondiales de HALL (1986) que l'on confrontera aux sept arguments proposés par FRIEDMAN (1986). Ici, la littérature est abondante et infinie et A. SHACHAR (1997) s'interroge justement pour savoir si le questionnement sur les villes mondiales ou les villes globales relève d'un inventaire de fonctions (JOUV AUD, 1997) ou si plus fondamentalement, on n'est pas en présence d'une démarche heuristique nécessitée par de nouveaux types de villes. Quels que soient les analyses et les débats qui se nouent à cette occasion, on voit bien que les caractères proposés et examinés par A. SHACHAR offrent à la fois des aspects traditionnels et novateurs. De manière générale, nous pouvons dire

synonymes de services: « renversement des regards» au sens de Nicole MAY

11

que la métropolisation, aujourd'hui, c'est l'ensemble des processus par lesquels certaines villes sont capables d'assurer des fonctions de création, de commandement, de contrôle, de coordination et qui leur permettent de proposer des codes (économiques, sociaux, culturels, organisationnels) qui s'imposent à la société (LACOUR et PUISSANT, 1998).
En effet, de retour, se pose alors la question des villes moyennes, puisque la prédilection pour les fonctions urbaines métropolitaines s'intéresse surtout aux très grandes villes. De manière générale, il semble que les villes moyennes semblent bénéficier dans le long terme de fonctions obtenues par diffusion: elles sont sensibles par conséquent à un phénomène de rattrapage; mais à l'inverse, elles peuvent bien être incapables de bénéficier des spécialisations qui leur permettraient de faire partie des grandes villes métropolitaines, tant la concentration appelle et impose la concentration (MARTIN et SUNLEY, 1996 ; KRUGMAN, 1997 ; FERRER, 1998).

Le regard métropolitain et l'attention portée au devenir des métropoles imposent ainsi un retour aux fondements même des villes et de l'analyse urbaine. Ces fondements conduisent à repenser les externalités et les économies d'agglomération dans des perspectives nouvelles: celles de la croissance endogène, cel1es encore des analyses de relations villes-emplois notamment par l'attention portée à la polarisation sociale et à la « spatial mismatch hypothesis ». De nombreuses questions subsistent cependant: comment les services, et lesquels, peuvent assurer la diversité, la variété et la spécialisation des métropoles? Seraient-ils moins vulnérables, plus résistants que les activités industrielles que, décidément, on aurait tendance à rapidement oublier (MARKUSEN, 1996) ? Comment les métropoles peuvent-elles atteindre des seuils critiques leur permettant de bénéficier d'un développement endogène? Y a-t-il des formes urbaines privilégiées et, notamment, les différences entre métropoles européennes et américaines sont-elles validées? Est-il encore pertinent de parler de métropole quand on évoque de plus en plus des régions urbaines, au demeurant mal définies? Cet ouvrage constitué de communications présentées à Aix en Provence et retravaillées, réécrites, propose des illustrations de la diversité des dynamiques métropolitaines appréciées par les services. On insiste aussi sur des cas différents dont pourtant se révèlent quelques permanences et des traits généralisables. On appréciera le grand travail rédactionnel réalisé par nos amis aixois du Centre d'Economie Régionale, leur acharnement, leur patience aussi. La recherche financée et soutenue en permanence par le Plan Urbain, trouve ici une finalisation de grande qualité; un aboutissement de longues années de travail, un début aussi pour de nouvelles aventures...

12

INTRODUCTION ENJEUX ÉCONOMIQUES
Jean PHILIPPE, Louis M. BOULIANNE et Pierre-Yves LÉO Les activités de services affectent de manière croissante notre vie quotidienne. Leur poids s'est considérablement accru dans la population active mais aussi dans le Produit national brut des pays développés. Elles offrent des prestations de plus en plus variées aux ménages comme aux entreprises. Des services que nous nous rendions auparavant à nous-mêmes ou qui n'existaient pas il y a quelques années peuvent être, aujourd 'hui, obtenus sur le marché. De nouvelles entreprises apparaissent pour répondre à cette demande tandis que l'État et les collectivités locales interviennent, sous de multiples formes, pour dispenser de nombreux services sociaux. Cette croissance tertiaire a été et demeure simultanément exaltée et condamnée. Pour certains analystes, elle marque l'émergence de la société d'affluence dans les économies développées, dans laquelle le plus grand nombre accède aux services nouveaux et anciens, tandis que les plus démunis, sans profiter du même standard de vie, bénéficient malgré tout du filet protecteur des services collectifs. D'autres auteurs avancent que la tertiarisation se développe dans un contexte de mondialisation des économies et de désindustrialisation des pays occidentaux: elle a des conséquences ambiguës, voire négatives, sur la productivité et la déqualification de la force de travail. La diversité des activités de service et les relations complexes qu'elles entretiennent avec le système économique et social nourrissent ces oppositions que nous retrouvons dans les analyses urbaines. D'un côté, le secteur tertiaire est porteur de dynamisme Principale source d'emplois, il est facteur de bien-être social revenu. Il contribue aussi au maillage du tissu économique et la solidarité des acteurs économiques urbains. D'un autre 13 pour et de social côté, les villes. création de et renforce il pose un

certain nombre de problèmes pour le développement des villes. Ses besoins accrus en main-d'œuvre qualifiée excluent, de fait, du marché du travail toute une partie de la population active, la moins qualifiée. L'organisation spatiale interne des villes est le reflet de ces changements. Les activités tertiaires sont très mobiles et ne s'implantent plus uniquement dans des localisations centrales. La prééminence des centres-villes est ainsi remise en cause et il ne se dégage plus de schémas clairs d'aménagement urbain: des centralités périphériques se développent de manière quasi spontanée parce qu'elles concentrent les facteurs de localisation recherchés par les entreprises. Les villes doivent donc gérer de nouvelles demandes d'infrastructures sans être parvenues, pour la plupart, à résoudre la question des friches industrielles. La recherche à l'origine de cet ouvrage collectif part de ce contexte et s'efforce de répondre à un certain nombre d'interrogations. Les métropoles sont-elles plus favorables au développement des activités de services que les villes moyennes? Toutes les branches de services connaissent-elles des évolutions comparables et comment celles-ci affectent-elles la croissance de l'emploi dans les villes? Certaines combinaisons d'activités de services se montrent-elles plus efficaces pour alimenter la croissance de l'emploi dans les métropoles? Peut-on observer un déclin des centres-villes et l'émergence de zones urbaines périphériques en tant que milieu privilégié de localisation des services aux entreprises? Les réponses que fournit cet ouvrage reposent essentiellement sur deux types de travaux statistiques: d'une part, des analyses globales couvrant l'ensemble de quelques systèmes urbains nationaux, d'autre part, des analyses plus détaillées portant s!lr huit métropoles. Les systèmes urbains étudiés sont ceux de la France, des Etats Unis, du Canada et des pays scandinaves (Danemark, Finlande, Norvège, Suède). Leur analyse révèle qu'une nouvelle hiérarchie des villes émerge, les positions de chacune d'entre elles étant déterminées par le degré de diversification de leur économie et l'importance des activités tertiaires qui y sont localisées. L'analyse des huit métropoles (Barcelone, Birmingham, Bordeaux, Genève-Lausanne, Marseille-Aix en Provence, Milan, Montréal et Toulouse) confirme la portée des transformations identifiées. Malgré les différences de contexte, ces grandes villes connaissent toutes une expansion des emplois tertiaires. Cette évolution n'a cependant rien d'homogène et la diversité, plus que l'uniformité, caractérise le développement de ces économies métropolitaines. Nous rejoignons sur ce point le constat de Nicole MA Y (1994 ). La question des secteurs moteurs et des mécanismes de la croissance parcourt l'économie urbaine et régionale depuis ses origines. Elle se trouve posée dans de nouveaux termes à l'ère de la tertiarisation. Les activités de services en croissance remettent en cause les classifications établies qui considèrent les industries comme motrices et les services comme induits. Il en va de même pour la vision de la ville qui reproduit dans l'espace une certaine hiérarchie sociale plaçant en son centre les activités nobles liées au pouvoir décisionnel.

14

Les débats sur les relations entre activités de services et développement des métropoles s'organisent autour de trois thèmes qui paraissent fondamentaux et autour desquels nous nous proposons de structurer cette introduction: les mécanismes de la croissance métropolitaine (et les rôles qu'y jouent les différentes activités tertiaires), le choix des activités tertiaires à privilégier et, enfin la question des configurations urbaines. La démarche développée dans cet ouvrage reprend cette thématique. Chaque chapitre s'attache à mesurer la croissance tertiaire, à identifier les secteurs les plus dynamiques, qualifiés de moteurs, à rechercher les structures économiques les plus favorables à leur croissance et à observer leur localisation et son évolution. 1 - MÉCANISMES DE LA CROISSANCE MÉTROPOLITAINE
Le cadre d'analyse traditionnel offert par la théorie de la base économique des villes plaçait la source des impulsions de croissance dans le secteur industriel. Tel quel, il a largement perdu sa portée explicative générale mais, comme le souligne Nicole MA Y (1994), il apparaît difficile de lui substituer un autre modèle. L'observation empirique montre que les activités ne se développent pas à la même vitesse et que ces différences de croissance sont à l'origine des changements dans la hiérarchie des villes, avantageant les villes bien pourvues en activités dynamiques. Que ce soit en Scandinavie, en Amérique du Nord ou en France, la croissance du secteur tertiaire a été gé'1érale. Le taux de tertiarisation des emplois atteint et dépasse même pour les Etats Unis 70 % de la population active. Cette qoissance marque cependant le pas dans les pays les plus tertiarisés, comme les Etats Unis, à la fin des années 1990. Pour les villes, ce mouvement a une conséquence immédiate: les villes tertiaires ont été portées par cette croissance globale et se différencient nettement des villes industrielles par leurs performances en termes d'emplois. Parmi toutes les catégories de villes, celles qui disposent d'activités de services diversifiées connaissent les plus fortes croissances de l'emploi. Les villes de villégiature bénéficient aussi d'un fort dynamisme grâce aux emplois dans les services aux consommateurs, alimentés par les revenus de transfert. Les centres de services spécialisés ont des performances plus contrastées selon la nature de leurs spécialisations alors que l'emploi dans les villes industrielles régresse. Les analyses typologiques conduites en France et en Scandinavie confirment les résultats, déjà anciens, de NOYELLE et STA~BACK (1984) et ceux, plus récents, de BEYERS (1989) sur la situation des Etats Unis. Les trajectoires des villes industrielles sont hétérogènes. En France, certaines villes maintiennent leur potentiel industriel pendant que d'autres paraissent se reconvertir dans des services spécialisés: c'est le cas de Lille, Hagondange et Annecy. Toulon évolue vers une structure marquée par l'importance des services de consommation, caractéristique des villes de villégiature; enfin, Lens et Besançon voient leur spécificité industrielle s'éroder sans que 1'hémorragie des emplois ouvriers soit compensée par le développement des emplois tertiaires.

15

Aux États Unis, Chicago, Los Angeles, Detroit et Philadelphie se caractérisent par des déclins absolus de l'emploi manufacturier et une reeonversion rapide dans les services à la production. Le premier enseignement à retenir de ces constatations est l'importance de la diversification sectoriel1e pour assurer la croissance des emplois urbains. Les métropoles dont le tertiaire est le plus diversifié connaissent les plus forts développements. Ceci tend à montrer que le maillage des activités est plus important que la recherche des activités connaissant les plus fortes croissances. Dans l'échanti11on des métropoles étudiées, les vi11es mondiales offrent une diversification fonctionnel1e et sectoriel1e complète, mais la plupart des grandes vi11es n'ont développé que certaines de ces activités, spécialisations très inégales en qualité comme en portée économique. Une recherche active et sélective d'activités a donc sa place dans ces vi11es. La tertiarisation n'implique pas l'homogénéisation des profils d'activité des villes mais semble plutôt accroître les disparités entre el1es. Le second enseignement concerne l'opposition entre activités inductrices et induites. Les analystes s'accordent aujourd'hui pour considérer la plupart des services aux entreprises comme des activités motrices, au même titre que les activités industrielles, en raison de leur caractère exportateur et de leurs effets multiplicateurs sur les revenus et l'emploi. Les services aux ménages sont, par contre, considérés comme induits par la demande des ménages résidants. Ce schéma ne s'applique pas de manière spécifique aux villes de villégiature dans lesquelles des résidents temporaires, d'origine extérieure, alimentent par leurs dépenses l'activité d'un secteur des services aux ménages qui paraît surdimensionné. Il s'applique de moins en moins de manière générale dans toutes les villes en raison des phénomènes de redistribution étatique et sociale: l'apport extérieur de revenu dont sont responsables les activités motrices ne représente qu'une partie souvent minime de l'apport de revenus d'origine étatique ou sociale (pensions de retraite, indemnités de chômage, etc.). De ce fait, on observe une relative déconnexion entre la croissance des activités motrices et cel1e des activités induites ainsi qu'une croissance générale des services sociaux et col1ectifs. Le dernier enseignement concerne l'impact des services dans le développement des villes. Probablement, ainsi que le soutient HANSEN (1994), les services aux entreprises jouent-ils un rôle stratégique dans l'augmentation de la productivité. Ils peuvent, sur la base des économies d'échelle, constituer un catalyseur du développement urbain. Pour mesurer l'impact de la croissance des services aux entreprises, l'emploi est une variable synthétique qui peut être utilisée avec d'autres, comme la qualification de la main-d'œuvre, son niveau de formation et le revenu par tête. Mais la tertiarisation exerce aussi des effets négatifs sur le marché du travail et sur la structure des revenus urbains. Les emplois de direction, de gestion, de conception exigeant un haut niveau de formation initiale et des compétences spécialisées se développent plus rapidement que les emplois tertiaires auxiliaires ou ceux de vente qui nécessitent peu de qualifications. Cette évolution crée des problèmes de

16

redéploiement de la main-d 'œuvre locale à l'intérieur du secteur tertiaire et entre celui-ci et le secteur industriel: des poches de chômage demeurent même dans les villes bénéficiant de créations d'emplois tertiaires. Les problèmes sociaux ainsi créés peuvent peser lourd dans l'évolution des villes comme c'est le cas de certaines villes américaines ou peut être de Marseille et de Birmingham.

2 - ACTIVITÉSTERTIAIRES À PRIVILÉGIER
Toutes les-branches d'activité ne croissent pas au même rythme. Les services aux entreprises, les serviccs sociaux et collectifs et les services de santé ont erG très rapidement dans tous les pays analysés. A cette liste, s'ajoutent, en France, la recherche et l'immobilier. En revanche, les commerces de gros, les transports et les communication~ (ainsi que les services de distribution d'eau, de gaz et d'électricité, pour les Etats Unis), ont connu dans tous les pays de forts gains de productivité et une croissance des emplois faible sinon nulle. Cette évolution sectorielle place les villes devant le choix des activités tertiaires à attirer. Chacun des grands secteurs de services devrait être proportionné à la taille des villes, aux infrastructures de télécommunication et de transport existantes, aux besoins collectifs à satisfaire. Mais, au-delà de cette structure minimale, se pose la question de la création d'un réel avantage comparatif urbain à partir d'activités sélectionnées pour leur impact économique positif et leur représentativité. L'énumération des secteurs tertiaires montre que ces activités cibles ne peuvent être choisies que dans le secteur des services aux entreprises: le secteur de la distribution, principale source d'emplois dans les activités tertiaires, dépend largement de la demande de la population résidente; le secteur des services publics dépend du statut des villes et de décisions politiques fixant le siège d'une administration nationale ou locale; le secteur des activités collectives et sociales est lié aux besoins perçus par les pouvoirs publics mais demeure vulnérable aux décisions des administrations. Le développement du secteur des services aux entreprises est influencé par le marché, mais les villes peuvent favoriser la localisation de ces activités en offrant des infrastructures humaines (formation) et matérielles (transports et télécommunications) de qualité.

3 - CONFIGURA nONS URBAINES
L'influenee de la tertiairisation sur l'organisation physique des villes soulève deux grandes questions. Il y a d'abord celle de la répartition des activités de services sur l'espace national et de l'aménagement du territoire. Ensuite, à l'intérieur des métropoles, ce sont les rôles économiques et les places respectives du centre-ville et des banlieues qui sont en question: les activités de services sont un élément essentiel de la reconfiguration des relations à la fois complémentaires et concurrentielles des centres et des banlieues.

17

Le premier constat concerne la répartition nationale des services. Les services aux consommateurs sont relativement bien répartis sur les territoires, mais il apparaît clairement que les services intermédiaires (ou services aux entreprises) sont géographiquement plus concentrés dans les grandes villes et les capitales. Parmi toutes les branches des services, le commerce de gros, les transports et les communications, les services financiers et, surtout, les services supérieurs aux entreprises manifestent une forte propension à se localiser dans les grandes métropoles. Le second constat concerne les relations entre les métropoles et leur hinterland régional. La dimension régionale n'est pas absente dans l'évolution des métropoles mais son influence s'estompe et les métropoles s'autonomisel1t de plus en plus en raison de l'extension de leur emprise péri urbaine. Aux Etats Unis, les villes du sud et de l'ouest ont le plus profité de la croissance tertiaire qui a alimenté la métropolisation et le renforcement des métropoles lés plus importantes. Au Canada, le facteur régional a joué de façon temporaire. Les villes de l'ouest canadien (Edmonton et Calgary) ont bénéficié dans les années 70 de la valorisation des matières premières mais cet effet d'entraînement s'est estompé en fin de période; seule Vancouver maintient un fort dynamisme dans les services en raison de ses liens économiques avec la zone Pacifique. En Scandinavie, la périphérie nord est vide de grands centres métropolitains. En France, on ne relève pas d'effets régionaux marqués: les métropoles régionales sont beaucoup plus influencées par le développement de la région parisienne dont la domination s'est renforcée grâce à la tertiarisation de l'économie. Chaque époque est marquée par un certain type de relations entre centre-ville et banlieues. Les emplois et les entreprises de services, surtout s'agissant de services aux entreprises, manifestaient jusqu'à présent une claire préférence pour les localisations centrales. En conséquence, les centres-villes faisaient appel à des salariés qui, pour la plupart, résidaient en banlieue; les activités de consommation des banlieues bénéficiaient quant à elles des revenus obtenus par les «navetteurs» en plus de ceux des emplois industriels excentrés. Les observations effectuées dans tous les pays étudiés indiquent qu'un mouvement de décentralisation vers la périphérie tend à se généraliser bien qu'il n'affecte pas au même degré tous les services ni toutes les villes. L'économie des périphéries se renforce et s'autonomise, au point de rompre parfois la complémentarité existant avec le centre. La recherche, les services financiers, les services aux entreprises conservent des localisations centrales en France, en Scandinavie et au Canada, alors que les transports et les communications, le commerce dç gros privilégient les localisations à la périphérie des grandes villes. Aux Etats Unis, toutes les activités ont tendance à se décentraliser en périphérie et l'importance économique des centres-villes régresse. Au Canada et en Europe, les centres métropolitains conservent leur densité économique, mais rien ne permet de garantir leur évolution future. La tertiarisation est donc le vecteur d'une transformation des métropoles marquée par l'extension et l'autonomisation des économies péri urbaines. Cette évolution n'est cependant pas encore générale et n'est pas obligatoirement

18

négative car certains centres trouvent dans les services avancés de nouvelles sources d'emplois. En schématisant, deux modèles d'organisation urbaine se profilent: le premier est le modèle concentrique, avec un centre-ville qui reste fort, répondant aux besoins des centres de décision des entreprises, autant industrielles que de services et de l'Administration. La centralité, la concentration, la proximité et des sites de prestige apparaissent privilégiés par les entreprises, mais avec toutefois le développement de zones. attractives spécialisées. à l'extérieur. Dans ce modèle peuvent être rangés Barcelone, Birmingham, Milan, Montréal, Toulouse.
Le second est le modèle polycentrique dont les centres résistent ou perdent un peu de terrain, avec un développement périphérique plus important, moins dominé que dans le premier modèle, grâce notamment à l'émergence d'autres villes dans leur périphérie. Genève-Lausanne et Marseille ressortent de ce modèle. La configuration urbaine de Bordeaux n'est pas nette car elle concentre toujours des activités dans son centre-ville, mais sa périphérie connaît aussi un fort développement diversifié. La liaison entre industries et services est encore importante et la reconfiguration des relations centre I périphérie se déroule dans le contexte de la restructuration industrielle, notamment à Barcelone, Milan, Birmingham. Les pouvoirs publics interviennent aussi, mais avec des rôles et des impacts divers. Leur rôle est souvent perçu positivement comme à Barcelone avec la tenue des jeux olympiques et l'amélioration des infrastructures métropolitaines, à Bordeaux avec le maintien d'emplois publics au centre ou à Birmingham avec les politiques de restructuration et de reconversion industrielle; à Marseille, la faiblesse et la dispersion de l'action publique qui prévalent jusqu'à ces dernières années, ont largement obéré l'efficacité des interventions. Dans les autres métropoles, le rôle des pouvoirs publics n'est pas apparu déterminant. 4- OBJECTIF ET PLAN DE L'OUVRAGE

Les services seraient donc au cœur du changement des économies urbaines actuelles. Cette recherche part de cette hypothèse pour analyser les tendances générales de la croiss,ance des métropoles de trois systèmes urbains: France, Amérique du nord (Etats Unis, Canada), Scandinavie (Danemark, Finlande, Norvège, Suède) et pour examiner l'évolution de la structure sectorielle des centres-villes et des périphéries de huit métropoles (Barcelone, Birmingham, Bordeaux, Genève-Lausanne, Marseille, Milan, Montréal, Toulouse). Le choix des pays et des villes reflète l'origine géographique des équipes de recherche, membres et associées, du Réseau Européen sur les Services et l'Espace (RESER) qui s'est constitué spécialement pour étudier l'impact de la tertiarisation dans l'espace. Cette recherche a été rendue possible grâce à un financement du Secrétariat permanent du Plan Urbain, du Ministère français de l'Équipement et du Logement.

19

La première partie présente en trois chapitres les tendances générales de la croissance des métropoles de la France, de l'Amérique du nord et de la Scandinavie, A l'issue de cette analyse, de nouvelles typologies de villes émergent, qui rendent mieux compte de l'importance prise par les activités de services dans le développement économique. Dans une seconde partie, huit métropoles (Barcelone, Birmingham, Bordeaux, Genève-Lausanne, Marseille, Milan, Montréal, Toulouse) sont analysées pour vérifier la portée géographique des changements inventoriés, Ces métropoles connaissent des situations économiques contrastées et occupent des places différentes dans la hiérarchie urbaine de leur pays, mais toutes connaissent une croissance de l'emploi dans les activités tertiaires. Pour réaliser cette étude, une nomenclature d'activités a été créée en commun par les différentes équipes afin d 'homogénéiser les données des différents pays tout en conservant un niveau d'analyse du secteur tertiaire qui soit suffisamment fin. Cette nomenclature a été utilisée dans les trois études des systèmes urbains, dans la limite des possibilités de conversion des nomenclatures officielles. Le même souci d'homogénéité a conduit à utiliser la nomenclature du RESERl pour les études de la plupart des métropoles avec les mêmes limites de conversion et à focaliser les enquêtes lancées conjointement sur une dizaine de secteurs de services aux entreprises définis en commun2.
1 Les nomenclatures d'analyse regroupent les activités en une quinzaine de secteurs parmi lesquels neufs secteurs de services, au moins, ont pu être détaillés: aux ménages: commerces et réparations d'automobile, commerces de détail, réparations, loisirs, culture et sports, services à la personne, services domestiques. - 2 : Commerces de gros - 3 : Hôtels, restaurants - 4 : Transports et communications - 5 : Banques, assurances, services financiers et immobiliers - 6 : Services « supérieurs» aux entreprises: services juridiques, comptabilité, services informatiques, recherche et développement, conseils en management (y compris études de marché), architectes, ingénieurs, conseils techniques, techniciens, expertises, publicité. - 7 : Autres services aux entreprises: location, recrutement, travail temporaire, sécurité, contentieux, nettoyage, autres services aux entreprises. - 8 : Administration publique: administration, défense, police, organisations d'utilité publique, services diplomatiques. - 9 : Enseignement, santé et services sociaux. 2 Les enquêtes ont porté sur 10 secteurs de services aux entreprises, définis comme suit (le code APE français est indiqué entre parenthèses) : 1: Transport et entreposage: Transport routier de marchandises (APE 602 L & M), fret et organisation de transports internationaux (634 A, B & C), location de véhicules (602 P & 711 Z), entreposage (631 D, E). - 2: Ingénierie et études techniques (742 C). (721 Z, 722 Z, 725 Z, 726 Z, 732 Z & 713 E). - 3: Informatique - 4: Publicité (744 A & B).

- 1 : Services

20

Les travaux sur les métropoles utilisent en outre une démarche commune: à une rapide description de la métropole, basée sur des données générales concernant la situation géographique, la population et les emplois, font suite deux analyses focalisées sur le secteur tertiaire et les services aux entreprises. L'analyse des activités, tout d'abord, s'appuie sur la nomenclature commune. L'étude des facteurs de localisation et de la mobilité se développe ensuite, utilisant des données issues d'enquêtes directes auprès des entreprises de services. Pour ces enquêtes, plusieurs équipes ont utilisé une démarche d'investigation commune basée sur un questionnaire d'enquête mis au point au départ par William COFFEY pour Montréal; ce questionnaire a donc été passé successivement à Montréal, Genève-Lausanne, Marseille, Bordeaux, Birmingham et Toulouse, chaque équipe apportant des modifications contextuelles à la trame d'origine. A Barcelone et à Milan, aucune enquête spécifique n'a été menée, des enquêtes préexistantes et assez proches ayant été jugées suffisantes.

-

5: Conseils et études: Conseils juridiques (741 A). conseils en gestion (741 G). études de marché et sondages (741 E). conseils en administration des entreprises (741 J). 6: Analyses et contrôles techniques (743 A & B). 7: Comptabilité (741 C). 8: Sécurité, nettoyage, cantines d'entreprises (746 Z. 747 Z. 555 A & C). 9: Secrétariat, traduction, documentation, reprographie (748 F). 10: Intérim (745 A & B).

21

PREMIÈRE PARTIE

TERTIARISA TION ET SYSTÈMES URBAINS

CHAPITRE I LA TRANSFORMATION DES MÉTROPOLES FRANÇAISES
Pierre- Yves LÉO, Jean PHILIPPE

Au seuil du XXIO siècle, il devient de plus en plus évident que les économies occidentales connaissent une transformation majeure. Les emplois tertiaires croissent, les emplois industriels stagnent et quelquefois déclinent, la nature des emplois elle-même se transforme. Les emplois qualifiés de type « cols blancs» progressent aussi bien dans les industries que dans les activités des services. De ce fait, une partie importante de la population active, dépourvue de ces nouvelles qualifications, se trouve exclue de la partie la plus dynamique du marché de l'emploi.

Au niveau urbain, cette transformation a un certain nombre de conséquences. D'abord, les mutations économiques favorisent les grands ensembles urbains: les services, en préférant se localiser à proximité des plus gros marchés, impulsent ce mouvement de concentration des activités, des populations et des infrastructures. Mais dans les grandes villes se concentrent aussi chômeurs, banlieues déshéritées et zones en friches. Les métropoles sont le lieu privilégié du nouveau développement économique, mais elles alimentent simultanément les thèmes du déclin urbain et de la crise urbaine. Les mutations socioproductives actuelles nécessitent, en effet, de la part des villes des mesures d'ajustement considérables, soit pour atténuer les effets sociaux de la crise économique, soit pour créer les infrastructures et les conditions les plus favorables pour attirer les entreprises. Or les villes ne sont pas toutes dans une situation financière qui les rende capables de mettre en œuvre ces deux politiques.

25

La situation des grandes villes diffère profondément de celle des villes moyennes par l'acuité des problèmes urbains qu'elles connaissent et par l'inégalité des opportunités de développement qu'elles recèlent. Pour apprécier les processus de croissance ou de déclin, la connaissance des structures économiques des villes et des spécialisations productives se révèle indispensable. Trop de politiques de développement urbain demeurent marquées par la logique d'une croissance industrielle aujourd'hui révolue. Il faut identifier les spécialisations en émergence et définir de nouvelles politiques de développement fondées sur une connaissance renouvelée des tissus économiques urbains. Les activités des services ne présentent pas toutes le même dynamisme et une ville n'aura pas le même potentiel de croissance selon la structure de ses spécialisations. La recherche de combinaisons dynamiques et l'évaluation des situations des villes passent donc par l'identification de regroupements d'activités tertiaires typiques et par la mesure de leur dynamisme. Par ailleurs, une des caractéristiques permanentes des villes est la présence en leur centre d'activités administratives, commerciales et juridiques. Depuis une vingtaine d'années, on constate une certaine diffusion de ces fonctions qui s'opère dans le sillage de la décentralisation industrielle. Certaines activités, appelées « quaternaires» ou « transactionnelles» par Jean GOTTMAN (1983), échappaient jusqu'ici à ce mouvement de dispersion. Depuis peu pourtant, certains travaux (GARREAU, 1991 ; STANBACK, 1991), avancent que le mouvement de fuite des centres-villes se généraliserait même à ces dernières activités, les centres-villes perdant de leur densité économique au profit de nouveaux pôles tertiaires de banlieue. Ces nouveaux centres offrent des avantages suffisants pour concurrencer les centres traditionnels. L'autre face de ce mouvement est l'ampleur actuelle prise par le phénomène de métropolisation (CORADE, 1994) : il grignote peu à peu l'espace, englobant petites et grandes banlieues dans un même tissu semi-urbain. Cette dynamique spatiale du phénomène urbain explique que, pour observer correctement et comprendre ces évolutions, on ne peut plus se limiter au seul niveau administratif et politique de la commune; le niveau pertinent est celui de l'agglomération, de l'aire ou de l'espace urbains (LE JEANNIC, 1996)1. Ces remarques introductives définissent le cadre de ce chapitre. Une analyse de l'emploi tertiaire dans les villes et de son évolution est présentée tout d'abord. L'hétérogénéité des dynamiques sectorielles y apparaît nettement, elle permet ensuite, un premier repérage des secteurs-clés du développement urbain puis une typologie des grandes villes françaises. Enfin, l'évolution de la centralité
1 Les données utilisées à l'appui de cette recherche émanent d'une exploitation spéciale des Recensements généraux de la population (1975,82 et 90) donnant les actifs au lieu de travail, pour les agglomérations de plus de 100 000 habitants, selon le croisement catégorie socioprofessionnelle / secteur d'activité (NAP 100 et 600). Les agglomérations urbaines ont été reconstituées en 82 et 75 selon leur délimitation de 1990.

26

est étudiée en comparant ce qui se passe dans la commune-centre et dans les autres communes de chaque agglomération. 1 - L'EMPLOI TERTIAIRE DANS LES VILLES
Les activités des services sont chaque jour plus présentes dans notre vie quotidienne. Nous produisons et consommons de plus en plus de services et des personnes toujours plus nombreuses sont employées à ces activité~. De nouveaux services ou de nouvelles façons de les rendre apparaissent; l'Etat et les collectivités locales rendent aussi de plus en plus de services pour administrer, réguler ou améliorer les conditions de la vie sociale. Aucune réponse théorique n'est unanimement admise sur la signification de ces tendances. Les analyses sont souvent contradictoires ou partielles. Pour certains, la croissance des services annonce l'avènement de la société d'affluence post-industrielle : ils voient dans ce type d'activités le secteur-clé du développement économique actuel à base d'information et d'activités relationnelles. Pour d'autres, les activités de services sont jugées improductives et génératrices d'inflation, perçues comme le résultat ambigu des restructurations économiques. Le caractèr~ contradictoire des interprétations de cette croissance trouve sa source dans l 'hétérogénéité des activités classées habituellement dans le secteur tertiaire et dans les relations complexes que les différentes activités de services entretiennent avec l'ensemble du système économique et social. Le premier impératif est d'observer ce qui se passe effectivement, d'abord au niveau des secteurs, puis au niveau des agglomérations urbaines. Il faut ensuite s'interroger sur l'effet de ces dynamiques contrastées sur l'attractivité des villes. 1.1 - Dynamiques sectorielles L'analyse sectorielle des services a été longtemps dominée par la classification en trois secteurs d'Alan FISHER (1935). Outre qu'elle attribue un caractère résiduel et induit à la croissance des activités tertiaires, cette classification masque les écarts de croissance internes au secteur des services et notamment le développement accéléré des services aux entreprises depuis les années 60 (FONTAINE, 1987). Pour sortir du modèle à trois secteurs, il faut donc utiliser une nomenclature plus détaillée des activités tertiaires.

27

Le contraste est bien connu entre le secteur manufacturier, où les penes d'emplois sont massives et assez générales1 et le secteur tertiaire, où la tendance inverse prévaut largement (près de 4,2 millions d'emplois supplémentaires sur la même période). L'étude détaillée du secteur des services montre des écans sensibles de dynamisme d'un secteur du tertiaire à l'autre: les services aux particuliers et les organisations consulaires, syndicats et holdings ont connu une stagnation ou une récession de leurs emplois (+3 % et -1 % respectivement), tandis que les gains les plus significatifs ont été obtenus dans les services marchands aux entreprises (+123 %) et dans les services sociaux et collectifs (+159 %) qui ont plus que doublé en 15 ans (chacun passe d'environ 450000 emplois en 1975 à plus d'un million en 1990). L'évolution de l'immobilier, avec un accroissement de 120000 emplois (+81 %), mérite également d'être remarquée. Les autres branches du tertiaire connaissent des dynamiques soutenues, variant de 20 à 60 % d'emplois supplémentaires. Au sein même des services marchands aux entreprises, les évolutions sont contrastées. Une diminution d'emplois affecte la profession de métreur géomètre qui perd environ 2000 emplois sur les 19000 qu'elle comptait en 1975, alors que toutes les autres composantes du secteur connaissent des dynamismes impressionnants. De nouveaux secteurs se sont quasiment créés en quinze ans: l'ingénierie informatique passe de moins de 8000 actifs à plus de 130000, les services divers (sécurité, gardiennage, transport de fonds, enquêtes, renseignements commerciaux, etc.) de moins de 15000 à plus de 130000, les conseils en information et documentation de 4000 à 23000. D'autres secteurs déjà établis se renforcent considérablement sur la période: le travail temporaire passe de 52000 à 126000 emplois, les conseils et études techniques de 97000 à 146000, la publicité, les conseils et études économiques, le travail à façon informatique (saisie) ont plus que doublé leurs effectifs. Les secteurs plus traditionnels de services aux entreprises sont également dynamiques mais dans de moindres proportions: comptabilité (+86 %), architectes, conseils juridiques, secrétariat, traduction, reprographie et dessin industriel (environ +40 % chacun). Même si une partie de ces dynamismes provient d'externalisations industrielles, un profond changement s'est manifestement opéré dans la logique dominante de l'économie. Les explications de la croissance tertiaire sont multiples. La première théorie, historiquement proposée par FISHER (1935), reprise par CLARK (1940) puis BELL (1973), demeure aujourd 'hui le fondement de nombreuses analyses du développement tertiaire. Cette théorie se fonde sur deux hypothèses complémentaires concernant la production et la consommation afin de faire un lien entre croissance économique globale et développement des services. D'une part, l'élasticité revenu de la demande est plus élevée pour les services que pour les autres types de produits, du fait de la relative saturation des marchés des biens industriels dans les pays développés. D'autre part, les gains de
1 Selon les recensements généraux de la population. les évolutions de 1975 à 1990 sont les suivantes: perte de 730 000 emplois dans l'industrie de transformation, de 155 000 dans le bâtiment-génie civil et de près de 90 000 dans les secteurs extractifs.

28