SOUFFRANCES DE FEMMES

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Cet ouvrage retourne aux sources et donne la parole à quatre femmes. Elle sont actrices de films pornographiques, et ont toutes consenti des choix, conscients ou inconscients, dans le but d'apaiser, ne fut-ce qu'un temps, la tyrannie de leurs souffrances. La méthodologie est originale : utiliser la pornographie comme outil de mesure de la souffrance, c'est-à-dire vérité du discours dans l'économie psychique.
Publié le : jeudi 1 juin 2000
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EAN13 : 9782296414402
Nombre de pages : 176
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SOUFFRANCES

DE FEMMES

Les solutions pornographiques

Collection « Sexualité Humaine» Série Mémoire du temps dirigée par Charlyne Vasseur-Fauconnet

«Sexualité humaine» offre un tremplin pour une réflexion sur le désir, le plaisir, l'identité, les rôles féminin et masculin. Elle s'inscrit dans un mouvement socioculturel, dans le temps et dans l'espace. La sexualité ne peut être détachée de sa fonction symbolique. L'erreur fondamentale serait de la limiter à un acte et d'oublier que l'essentiel est dans une relation, une communication avec l'autre, cet autre fût-il soi-même. Cette collection a pour objet de laisser la parole des auteurs s'exprimer dans un espace d'interactions transdisciplinaires. Elle relie la philosophie, la médecine, la psychologie, la psychanalyse avec des ramifications multiples qui vont de la pédagogie à la linguistique, de la sociologie à l' anthropologie, etc.

Déjà parus: La médecine et le régime de santé, Madeleine Tiollais (2 vol.) La jouissance prise aux mots ou la sublimation dans l'oeuvre de Georges Bataille, Mona Gaulthier La vocation d'être femme, Ovida Delect Le défi des pères séparés. «Si papa m'était conté... », Philippe Veysset Dieu, l'adolescent et le psychanalyste, Odile Falque Agressions sexuelles: victimes et auteurs, Evry Archer Sexualité et Internet, Pascal Leleu La sexualité féminine en Afrique, Sami Tchak Le naître humain, Claude-Émile Tourne Homme dominant, homme dominé, l'imaginaire incestueux au Maghreb, Mohammed El Bachari

Frédéric DION

SOUFFRANCES DE FEMMES Les solutions pornographiques

Préfacede Janine CHAS SEGUET-SMIRGEL

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique
75005 Paris

- FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Conception et réalisation de l~ maquette de couverture: Martine CLERON
Illustration: La tentation de Saint-Antoine, Félicien Rops <9Copyright Bibliothèque Royale de Belgique, Bruxelles, Cabinet des Estampes Photo 4ème couverture: Raphael Rambur. Tous droits réservés de

@ L'Harmattan,

2000

ISBN: 2-7384-9275-4

REMERCIEMENTS

Remercier est toujours un plaisir. C'est une joie unique de rappeler combien il est appréciable de pouvoir parfois se reposer sur le regard critique, constructif et bienveillant de personnes sereines lorsque, dans un cheminement aussi solitaire que l'écriture, le doute vient envahir les pensées. Je témoigne toute ma reconnaissance à Bernard Noé pour sa patience à me lire, à me questionner, avec ce sens inné de la métaphore qui le caractérise.
Ma gratitude s'adresse également à Nathalie Bruynooghe ainsi qu'à Isabelle Méreau. Lectrices de la première heure, elles on joué le jeu d'un regard sincère et intègre de femme dans l'ouvrage d'un homme sur la féminité.

Comité de lecture: François Berton, Viviane Bruillon, Pierre Hocguard, Charlyne Vasseur-Fauconnet et Ana Vivet. Formatage du manuscrit: Agnès Poulain

A ma femme Nathalie, dont je ne sais ce qui me séduit le plus, son cœur, son corps, ou son esprit...

PREMIERE PARTIE

PREFACE

Janine Chasseguet-Smirgel

Le vingtième siècle a été le siècle de l'extermination de masse et ses trente dernières années ont été marquées par la pornographie de masse. Une question se pose: peut-on trouver une correspondance entre les deux? Depuis la découverte de l'univers concentrationnaire on ne peut s'empêcher de penser aux liens possibles entre la perversion et le massacre, entre le crime individuel et le crime collectif. A Londres un dispensaire qui recevait des délinquants s'est rapidement transformé en lieu d'accueil et de soins pour délinquants et pervers tant la structure psychique des deux catégories de persopnalité présentait de similitude. Une objection vient cependant rapidement à l'esprit. Elle a été formulée par Hélène Cixoux lors de la sortie du fillll de Lffiana Cavana Portier de n,uit dans le journal Combat: en imaginant une équation possible entre la relation déportésbourreaux et quelque scénario sado-masochiste ne donnionsnous pas à la barbarie « un visage humain» ? De surcroît, si les massacres ont toujours existé, tout le monde (ou presque) s'accorde pour penser que quelque chose d'inouï est survenu au vingtième siècle. Nombreux sont ceux qui mettent l'accent sur le caractère de la méthode appliquée à l'extermination de groupes entiers d'êtres humains: le meurtre n'était certainement plus un des beaux-arts mais était devenu une industrie. Or la pornographie qui elle aussi a probablement toujours

existé - on en a des témoignages qui remontent à l'antiquité a acquis elle aussi, un caractère industriel.

Dans le cas du meurtre de masse commis dans les camps nazis, aussi bien que dans la pornographie des dernières décennies du siècle qui vient de se terminer, on peut déceler un phénomène analogue et pareillement inquiétant: la disparition de la pensée symbolique. J'ai fait ailleurs l'hypothèse qu'une idéologie qui est centrée sur le corps et sur le sang, comme l'était l'idéologie raciste, ne pouvait qu'aboutir à l'extermination. En effet le corps est le point de départ du processus de symbolisation. C'est le corps, le sien propre et celui de la mère, puis celui du père, en totalité ou en ses parties, que l'on symbolise. On découvre le monde par analogie avec son corps ou des parties de celui-ci, comme en témoignent les mots-mêmes que l'on utilise, qui sont si souvent des métaphores re_nvoyant au corps ou à ses organes: un fauteuil a des bras et un dos, les spéléologues s'enfoncent dans les entrailles de la terre et en explorent les boyaux, nous entrons dans la bouche du métropolitain, etc... Quant au sang il a une autre particularité: il ne se symbolise pas autrement que dans une représentation parfaitement consciente et unique qui est le vin, tout particulièrement dans l'Eucharistie Le sang est le sang est le sang... Toute idéologie du corps et du sang ne peut que tuer puisqu'elle n'a pas d'autre espace que le corps et le sang pour s'exprimer. La théorie kleinienne du symbole en fait un substitut du corps maternel ou de ses parties. Ainsi la mère .est-elle épargnée lorsque l'enfant lui fait subir des atta.. ques ImagInaIres. Mais voilà qu'un processus analogue s'est produit dans l'industrie du film pornograp11ique. Le coït, dans toutes ses variantes, n'est plus seulement suggéré, ou décrit, ou dessiné, laissant une place à l'imaginaire, il est réellement accompli. Ce phénomène - nouveau - qui touche un immense public mérite qu'on s'y attache. Il intéresse l'historien, le sociologue, le philosophe, le psychologue et le psychanalyste. Certes le rapprochement esquissé tout à l'heure entre le phénomène concentrationnaire et l'évolution de la pornographie demande à être approfondi. Mais la disparition de la symbolisation, commune aux deux phénomènes doit faire réfléchir. Aussi on est reconnaissant à Frédéric Dion de nous faire entrer avec courage dans un univers qui n'est jamais abordé 14

autrement qu'avec grivoiserie ou indignation. Qui sont les femmes qui jouent dans ces films? Qu'y cherchent-elles? On verra que les réponses sont complexes. La détresse la plus profonde, mais aussi le déni et l'horreur la plus atroce, les plaies les plus vives et les couteaux les plus aiguisés s'y rencontrent. On ne sort pas indemne de cette lecture. La souffrance, la violence et la mort sont au rendez-vous.

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AVANT-PROPOS

Frédéric Dion « Pourquoi les filles elles SOl~tcomme ça ? » « Comme quoi? » « Ben, pas pareilles que les garçons. » «Tu vois, les filles sont différentes des garçons parce que dans l' espèce l~umaine, c'est comme chez les animaux, il en faut des deux sexes, mâle et femelle

Oui, ça je sais, mais c'est dans leur tête que c'est pas pareil. Pourquoi elles sont pas pareilles? »
«

et...

»

Tout comme l'enfant que je cite en introduction, je me suis questionné durant plusieurs années sur une certaine conception de la différence humaine. En quoi les femmes sont-elles différentes? Mais différentes de qui, de quoi, pourquoi? TI m'est souvent venu à l'esprit que l'androcentrisme de la psychanalyse, et plus encore son phallocentrisme remontaient bien loin, à ce genre d'autrefois où l'on considérait la loi salique comme un juste aboutissement. Au Moyen-Age, lorsqu'un courtisan écrivait à sa belle, il la nommait «Seigneur », lui signifiant ainsi son élévation au rang de chevalier. Mais point de chevalière! A l'époque romantique, les amants s'évertuaient à prier l'élue de leur cœur, témoignant ainsi un attachement plus direct à leurs sentiments qu'à celle qui les inspirait. J'ai de même le souvenir de
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certains travaux de Freud sur le Contin,ent Noir. Lui qui en 1932 recommandait à ses disciples de s'adresser plus aux poètes qu'aux psychanalystes avait sans nul doute saisi une réalité qu'il s'était imposé de contourner presque toute sa vie. Il considérait que toute femme se développe comme un garçon, l'objet du désir en moins. Inscrit dans la dialectique de la castration, il avait tant étudié les hystériques qu'il y voyait le stigmate de la féminité (son article de 1925 Quelques conséquences psychiques de la différence anatomique entre les sexes est l'un des plus éloquent à ce sujet). Alors se demander en quoi les femmes sont différentes m'apparaît être, encore aujourd'hui, une question aussi nouvelle que rude. Dans cet ouvrage, mon but est moins didactique que critique. S'y trouve condensé un ensemble d'observations et de réflexions sur la souffrance, recueilli auprès de femmes dont les romans spécifiques ont tous croisé le même cap. Face aux impasses de leur vie, elles ont toutes cherché dans la pornographie un remède qui, transitoire dans la plupart des cas, leur a permis le recours à une jouissance contra-mortifère. Durant près d'un an, quatre femmes acceptèrent de contribuer par leurs témoignages à l'établissement de cette réflexion. Entretiens et tests, dans un contrat initial identique: être à l'écoute de ce qu'elles souhaitaient partager, essayer de comprendre au mieux et apporter mon aide en retour, autant que mes compétences de psychologue me le permettaient. Je garde le souvenir d'une démarche empathique vertigineuse. Winnicott disait de l'empathie: «c'est être dans les chaussures de quelqu'un sans avoir mal aux pieds. ». Chaussé d'escarpins, il m'était difficile de me sentir à l'aise, d'autant que s'agissant d'une démarche, il me fallait marcher, par delà mes connaissances intrinsèques d' homme. C'était le prix d'un objectif qui se donnait pour ambition la réponse à deux questions: pourquoi? et Comment ? Comment des femmes aux origines et destins si différents ont pu un jour, alors que rien n'y prédestine, parvenir à un univers aussi particulier que celui de la pornographie? Pourquoi ont-elles trouvé une solution dans cet univers? Comment ont-elles procédé dans l'apaisement de leurs souffrances? Pourquoi l'usage de la pornographie en particulier? Mon discours ne porte donc pas sur la pornographie mais sur son usage, et plus spécifiquement sur son usage au féminin. Parce qu'elle offre l'avantage de cibler une quête signifiante de la jouissance et qu'elle permet d'en mesurer les vertus «analgésiques », la pornographie revêt l'intérêt majeur
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d'épanneler certains rapports entre conflits intra-psychiques et relations à l'environnement. Chacune de ces femmes a eu des raisons spécifiques de lever la courtin,e, en érigeant dans l'univers du sexuel un discours sur elles-mêmes. Mais pas à la façon des hystériques, qui ne franchissent pas ces limites, qui inhibent, qui refoulent. A la façon de femmes qui ont trouvé une nécessité signifiante d'inscrire dans l'acte, dans l'autre, dans la fonction de l'autre. Cette fonction que Jacques Lacan éclaire dans la séance du 9 Janvier 1963 de son séminaire L'Angoisse, à Sainte-Anne, et dont je rapporte ici un fragment: (...) puisque ce qui constitue une fonction génitale nous est donné pour lié à l' oblativité, qu'on flOUSdise donc comment la fonction du do rI intervient hic et nunc au moment où 01'1 baise. (...) il est certain que de quelque manière doit intervenir la fonction de l'autre.

C'est la caution de ce que j'appelle solutions pornographiques. Je veux dire solution comme on dit bénéfice primaire, comme on dit apaisement des angoisses. Je veux dire solution car dans cet autre séjourne l'équation érotologique d'une histoire qui, sans ce siège, signe et signifie un renvoi au vide, un arrêt de mort. Je veux dire solution qui donne dans l'après-coup son sens à l'équation des origines. Je ne veux pas dire résolution, qui elle fait disparaître l'équation, son porteur, ses assiégeants, et leur fonction subjectivante. En résumé, je propose au lecteur de cheminer vers le territoire du féminin et d'accepter de s'y perdre pour mieux découvrir, avec la pornographie comme deniers du guide, je veux dire comme aune de sa souffrance identitaire.

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DE LA PORNOGRAPHIE

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