Stratégie islamique en Malaisie (1975-1995)

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Publié le : lundi 1 janvier 1996
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EAN13 : 9782296327146
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Stratégie

islamique
(1975-1995)

en Malaisie

Du même auteur chez L'Harmattan

Les sultanats de Malaisie,Un régime monarchique au XXème siècle. 1994.

@ L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4712-0

Laurent METZGER

Stratégie islamique en Malaisie (1975-1995)

L 'Bannattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55,rueSaint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

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A Lydia, qui ne peut pas encore lire l'ouvrage de son père.

AVANT-PROPOS

Comme pour notre ouvrage précédent - Les sultanats de Malai-

sie. Un régime monarchique au xx' siècle - le texte que vous
avez dans les mains a été construit, façonné et confectionné (ce montage est d'autant plus vrai avec les moyens électroniques que l'on utilise dorénavant) à partir d'un corpus assez vaste de coupures de presse - environ trois mille - étalées sur une période de vingt ans, de plusieurs grands quotidiens de langues anglaise et malaise, de Malaisie et de Singapour, tels que New Straits TImes, Utusan Malaysia, Berita Harlan, The Star en ce qui concerne la presse de Kuala Lumpur et The Straits TImes, Berita Harian en ce qui concerne celle de Singapour. Que le lecteur ne nous cherche pas querelle, s'il ne trouve pas la totalité des articles portant sur l'islam, au cours de cette période. TIest tout naturellement quasiment impossible de rassembler toutes les coupures de l'ensemble de la presse de deux pays. Néanmoins nous pensons avoir réuni la majorité de cellesci. Certes, nous ne nous sommes pas cantonnés à cette seule source d'information, au demeurant extrêmement abondante et plutôt fiable, il nous est souvent arrivé de consulter la presse internationale et, bien entendu, un grand nombre d'ouvrages traitant de la question, qui constituent la bibliographie que nous avons compilée pour cet ouvrage. Nous tenons également à préciser d'emblée, pour couper court à toute. critique théologique, que bon nombre de spécialistes de cette religion ne manqueront pas de soulever, en parcourant cet ouvrage, que nous ne sommes pas islamologue de profession. Alors pourquoi écrire, va t-onrétorquer? Nous avons osé aborder ce sujet, malgré le fait qu'il soit plutôt délicat à évoquer, surtout de la part d'un non musulman, parce qu'il nous semble que nous 7

avons été témoin, sans l'avoir cherché, par pur hasard, d'un phénomène mondial, assez prodigieux, c'est-à-dire, le développement rapide de cette religion, en cette fin du vingtième siècle, dans le contexte précis de la Malaisie, et qu'il valait la peine d'être conté, même par un non musulman et non spécialiste de l'islam. Nous avons tenté de nous situer, comme l'a écrit si justement l'anthropologue américain Clifford Geertz, dans le titre d'un de ses ouvrages «Islam observé ». Nous avons donc, pendant vingt ans, observé, en notant tel ou tel événement et en découpant tel ou tel article de la presse locale, sans savoir au début que nous en arriverions à rédiger un ouvrage sur cette question. Mais dès le début de cette mise de côté des coupures de presse, sur ce sujet, nous avons remarqué l'abondance de celles-ci. Ensuite nous avons finalement pris la décision d'utiliser ces coupures, devant l'ampleur de l'information qui avait été ainsi recueillie au fil des années et nous avons trouvé alors qu'il serait véritablement dommage qu'elle ne reste qu'à l'état brut dans les cartons, où ces coupures avaient été placées avant d'être systématiquement relues, classées et utilisées pour fournir la base du document que vous êtes en train de lire. Nous savons tous que les quotidiens sont éphémères et qu'ils ne se vendent pratiquement que le jour où ils sont tirés, ou même parfois avant, car ils peuvent être antidatés, un peu comme une denrée périssable, mais ils nous permettent de revivre et de réécrire l'histoire immédiate et celle plus lointaine. Mis les uns à côté des autres, nous pouvons esquisser une idée globale de tel ou tel phénomène, qui peut apparaftre tout à fait mineur ou anodin dans un seul numéro. La force des journaux pour le chercheur est donc, non seulement la référence dont il a si souvent besoin (que ce soit une date, un nom, un titre ou un lieu), mais aussi le fait d'avoir enregistré, de façon durable, les événements auxquels nous assistons, qui nous préoccupent éventuellement, sur le coup et que nous oublions parfois aussitôt, mais qui sont (fort heureusement) consignés pour toujours sur les grandes pages de ces journaux. Ce sont donc ces coupures qui, une fois rassemblées, relues et classées, ces coupures si souvent jaunies, le climat équatorial n'est pas propice à la conservation de l'écrit, ni à celle des monu8

ments - ce qui réduit malheureusement beaucoup les sources des historiens et des archéologues de cette zone géographique - qui nous ont permis de décrire le phénomène, de présenter de façon, que l'on espère globale, les mouvements qui ont secoué la Malaisie au cours de ces vingt dernières années, dans un domaine précis, c'est-à-dire la religion musulmane. Au fait, pourquoi cette double décennie, peut-on se demander? Cette renaissance de l'islam n'est-elle pas plus ancienne? Ne doit-on pas la faire remonter à l'époque des grands réformateurs de l'islam tels que Mohammed Abduh, le poète pakistanais, Abu'I-Ala' Mawdudi, Iqbal, le fondateur des Frères Musulmans, Hassan al-Banna, Rashid Reda, Taha Hussain etc. ? Nous avons choisi comme point de départ l'année 1975, parce que, à notre avis, c'est à partir de cette date que l'islam est devenu plus vocal, plus apparent, plus remarqué, du moins en Malaisie. Nous avons, à plusieurs reprises, indiqué qu'il nous semblait que ce renouveau islamique, avait eu pour point de départ, le quadruplement du baril de pétrole en 1973 et 1979. Cette nouvelle richesse obtenue par les principaux producteurs de pétrole, à savoir plusieurs pays musulmans, leur avait permis d'accroître leur pouvoir et de mieux s'imposer sur la scène internationale. TIsse sont ainsi véritablement affermis à ce moment-là. Ce phénomène semble, par la suite, s'être répercuté dans l'ensemble du monde musulman. Deux exemples, pris parmi tant d'autres, prouvent ce renouveau islamique en Malaisie. Avant 1975, il n'y avait pratiquement pas d'étudiante musulmane en foulard sur les campus des universités du pays, dix ans plus tard, la majorité de ces étudiantes portent le foulard, lorsqu'elles sortent de chez elles. Et, en 1974, lorsque le Sultan Abu Bakar du Pahang passa de vie à trépas, le grand public malaisien apprit cela en remarquant que les chaînes de radio-télévision avaient interrompu leurs programmes et joué de la musique classique occidentale. Un an plus tard, alors que le roi de Malaisie, le sultan du Kelantan, mourait d'une crise cardiaque à la capitale, ce sont des versets du Coran que les Malaisiens ont entendus sur ces même chaînes. Et depuis, ce sont toujours des versets du Coran que l'on entend à l'occasion du décès d'une importante personnalité politique en Malaisie. 9

Enfin, peut-on se demander, pourquoi s'arrêter à 1995? Ne peut-on pas attendre plus longtemps, observer le phénomène au siècle prochain, afin de savoir, de façon sûre, si ce phénomène va se maintenir, s'accélérer ou, au contraire, perdre de sa vigueur? Dans un premier temps, nous avions envisagé de nous arrêter à 1985 -la période était de dix ans, ce qui paraissait suffisant pour une étude de ce genre - mais le temps a passé, nous ne nous sommes pas mis à la rédaction et nous avons donc continué notre découpage des journaux. Deux regards peuvent être jetés sur une telle période, soit celui de l'historien, qui a souvent besoin du recul, pour juger, comparer et conclure, soit celui du témoin, présent inlassable et prêt à noter, mémoriser l'événement brut, tel qu'il s'est présenté. Nous avons préféré la seconde attitude, celle de l'observateur, sans pour autant négliger de tenter de comprendre le phénomène auquel il a assisté et de le saisir dans son ensemble. L'observateur peut lui aussi tirer des conclusions, même si celles-ci risquent souvent d'être démenties dans le futur, parce qu'il n'a pas disposé du recul de l'historien. Néanmoins vingt ans dans la vie d'un pays constitue une assez longue tranche. Ainsi une telle période peut être significatrice. Et puis, il faut tout de même finir pas savoir mettre un terme à telle ou telle entreprise, non pas parce qu'elle est définitivement achevée, mais précisément parce que vraisemblablement elle ne le sera jamais. Alors ce travail représente un premier enregistrement que d'autres travaux ou auteurs pourront poursuivre à leur gré, par la suite. Singapour, 10-02-1996

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INTRODUCTION

L'islam est à la mode! Certes, il faut tout de suite préciser ce que l'on entend par une telle formule lapidaire. Il ne s'agit pas d'indiquer que l'islam est la religion que tout le monde tient à embrasser. Même si l'islam a le vent en poupe et continue d'accroître le nombre de ses fidèles de par le monde. Nous voulons seulement dire qu'actuellement l'islam fait beaucoup parler de lui, que ce soit par les faits et gestes que nous apprenons par la presse écrite et radio-télévisée, soit par la multitude de séminaires, conférences, ateliers, forums, tables rondes qui ont lieu aux quatre coins de la planète (1), soit par l'abondance des publications d'abord d'articles de journaux et de revues sur ce thème(2) et ensuite d'ouvrages. Alors où aller? A quelles conférences doit-on assister? Peut -on et doit-on y prendre part, en tant que laïc? (3) Que doit-on lire? Que peut-on aussi se passer de lire? N'est-ce pas une gageure de tenter de se maintenir au courant dans ce foisonnement d'exposés, de conférences et publications? La question est d'autant plus ardue que ces événements ont lieu dans différents continents et sont bien souvent relatés dans des langues variées. On peut évidemment se restreindre à la région et à ne s'intéresser qu'à ce qui se passe en Malaisie. Cependant les musulmans répètent volontiers que l'islam est international et n'a pas de frontière. Alors il n'est pas vraiment souhaitable d'ignorer ce qui se passe ailleurs dans le monde musulman, lorsque l'on veut évoquer la Malaisie. Une sélection s'impose alors, mais tout choix est parfois difficile, souvent douloureux et malheureusement de temps en temps arbitraire. Le deuxième caractère de l'islam en cette fin de siècle, est son aspect violent (4). Une remarque s'impose immédiatement. D'une part la violence n'est pas l'apanage des sociétés musulmanes, ni 11

dans l'histoire, ni à l'heure actuelle, d'autre part il ne faut pas oublier que lorsque l'on évoque un attentat terroriste, on ne parle évidemment pas de la multitude de musulmans qui vivent en paix, et qui s'opposent eux aussi à cette violence. Mais cette multitude reste silencieuse et ne fait donc pas parler d'elle. Cette multitude craint, elle aussi, les terroristes. Alors il ne s'agit pas du «grand frisson de l'islam» (cf. note 2), mais bien plutôt du «grand frisson du terrorisme ». Bien plus, certains intellectuels musulmans semblent véritablement navrés de cette violence et considèrent qu'elle défigure leur religion et entraîne inévitablement les critiques que l'on formule à l'encontre de l'islam (5). Le troisième trait que l'on peut observer lorsqu'on évoque l'islam est l'incontestable renforcement de cette religion dans le monde entier. On constate ainsi d'une part un accroissement de la violence de certains terrroristes en pays musulmans et aussi un développement certain de cette religion. Est-ce que c'est la violence qui a engendré cette nouvelle politique islamique, mise en place par de nombreux gouvernements de pays musulmans, ou est-ce que cette politique est parfois mise en œuvre pour éviter un tel débordement par la base ou par de groupes terroristes? Nous pensons que la réponse est double. Il serait également intéressant de savoir quelle int1uence les pays musulmans exercent les uns sur les autres. Est-ce que, par exemple, ce qui se passe en Algérie, en ce moment, est ressenti en Malaisie? (6) En tout cas, Mahmoud Ayoub a été très clair dans son exposé, en janvier 1995, à Singapour, lorsqu'il a dit que l'Intifada et ce qui se passait en Algérie actuellement étaient des conséquences indirectes de la révolution iranienne. Il y a donc des liens évidents entre les pays musulmans, et ce qui se passe chez l'un, peut avoir des conséquences chez l'autre. De nombreux exemples prouvent ce renforcement de l'islam en Malaisie, comme ailleurs dans le monde musulman. Nous n'en citerons que six, parmi tant d'autres, dans cette introduction.Tout d'abord une fatwa du Comité des Affaires Islamiques de Malaisie a en effet décidé d'interdire la vente de boissons alcoolisées dans les mess des officiers de la police et des forces armées du pays, que ce soit pour les musulmans ou les autres qui fréquentent ces lieux (7). Ensuite les écrivains et les hommes politiques ont repris 12

le chemin de La Mecque. Nous avions déjà remarqué et indiqué cette tendance, en conclusion de notre thèse de troisième cycle Trois écrivains malais contemporains, Shahnon Ahmad, A. Samad Said et S. Othman Kelantan dans leur environnement social (pp. 205-206) - soutenue à Paris VII, en janvier 1977. Ainsi le journaliste, homme politique et écrivain, A. Samad Ismail a fait le pèlerinage en 1982, Musa Ahmad, le chef communiste qui est rentré en Malaisie, d'un exil, de 24 ans, en Chine en novembre 1980, y est allé à la suite de son retour au pays. Ensuite la fête traditionnelle, qui se déroulait sur une plage au Nord de la ville de Malacca, appelée Mandi Safar, a été supprimée, parce qu'elle a été considérée comme anti-islamique. Cette fête ne peut être observée que sur l'intéressant documentaire qu'en a fait, la cinémathèque malaisienne, Filem Negara. Puis il y a le spectacle de Makyong, qui a été étudiée par un musulman, Mubin Sheppard, mais cela n'a pas suffi et ce spectacle a été déclaré anti-islamique et a donc été interdit dans l'État du Kelantan. Il y a une cérémonie traditionnelle de consécration - Upacara Tepung Tawar, au cours de laquelle de l'eau parfumée était utilisée. Là aussi il a été décidé que cette cérémonie ne pouvait plus se faire en pays musulman et qu'il fallait réciter des versets du Coran à sa place. La cérémonie du toast a aussj dû être supprimée (Utusan Malaysia 1-7-1985). Un des premier problèmes qui se posent lorsqu'on évoque ce qui se passe dans le monde musulman contemporain est celui de la terminologje à employer. Parfojs, sans le vouloir, on choque, souvent on est mal compris et enfin ce qui est positif chez l'un est ressenti comme péjoratif chez l'autre. Alors quel langage doit-on employer? Il est possible que, si l'on parvenait à se mettre d'accord sur un certain nombre de termes et expressions, de nombreux différents soient réglés et l'on s'entende bien mieux entre musulmans et autres. Néanmoins trouver un langage commun n'est pas évident (8). On peut dire qu'il y a en gros, trois séries de termes que l'on utilise le plus souvent à l'heure actuelle, lorsque l'on évoque l'islam, de la pan des étrangers à cette religion (en ce qui concerne les deux premières séries de termes et aussi de la part des musulmans eux-mêmes, pour la dernière série). Soit une pre13

mière série qui comporte les tennes de «Intégrisme», «Fondamentalisme », «Traditionalisme », qui semblent porter sur la religion. Une autre série est plus politique en comprenant les termes «Extrémisme », «Fanatisme ». Enfin une troisième série est constituée par les tennes que l'on utilise pour décrire le mouvement rencontré dans les pays musulmans, «Renouveau », «Renaissance », «Résurgence» etc. En malais, le terme souvent utilisé pour décrire ce phénomène est «kebangkitan» (réveil). Des séminaires ont été convoqués pour débattre sur ce réveil de l'islam. Ainsi, en décembre 1986, un séminaire a eu lieu sur ce thème, à l' Uni versité islamique internationale (cf. NST du 14-12-1986). De plus, périodiquement ce tenne de «Kebangkitan» est utilisé dans les titres d'articles sur ce phénomène dans la presse du pays (9). Une publication suisse a tenté d'analyser les termes le plus souvent utilisés, de la première série, pour évoquer ce qui se passe à l'heure actuelle dans le monde musulman(IO). Cependant il est fort probable que les termes définis par l'auteur de cette plaquette ne soient pas si aisément acceptés par les théologiens musulmans et ceux des autres religions. Il est souvent difficile d'utiliser, dans un sens positif, un terme qui a été si longtemps connu comme ayant une connotation négative. Ainsi les termes de «fondamentaliste », «intégriste» et «traditionaliste» ne sont pas négatifs selon cette publication (11). Or ils sont souvent utilisés pour critiquer le monde musulman, de nos jours. On s'aperçoit donc très vite qu'il est pratiquement impossible de rester neutre et que tout terme employé devrait être défini avec précision pour éviter tout impair. Alors que les termes de la première série manifestaient certes une critique vis-à-vis de ces tendances, ceux du deuxième groupe montrent la crainte que ressentent parfois des étrangers face à l'islam. Certains titres d'articles de presse (et d'ouvrages) sont assez éloquents en ce sens. «Que faire de l'intégrisme? », «Barat lihat Islam lebih bahaya dari komunisme» (L'Occident considère l'islam plus dangereux que le communisme) et «Barat menilai semula "ancaman" kebangkitan Islam» (L'Occident réexamine la «menace» du renouveau islamique) (I2). 14

Enfin que dire de la troisième liste de termes proposés? Apparemment ces termes sont à la mode, eux aussi, mais ils varient selon les auteurs de travaux sur l'islam contemporain. Pour certains, le renouveau islamique doit venir de l'intérieur. Il ne peut donc s'agir d'une réaction contre un soit-disant échec de la civilisation occidentale, ou bien que ce que l'on appelle l'échec de l'application du modèle occidental dans les pays en développement. Alors les musulmans eux-mêmes devraient proposer un nouveau modèle (13). Pour d'autres, ce réveil est sans doute le prélude à une marche vers un nouvel état islamique. Cette idée est défendue par Russin Mutalib, de l'Université Nationale de Singapour(14). De plus, cette nouvelle prise de conscience religieuse a souvent eu lieu dans le passé. Jeanne Cuisinier nous a rappelé cela dans son article sur La Guerre des Padri, qui a eu lieu à Sumatra et qui était inspirée par le mouvement Wahabite au Moyen-Orient, en évoquant le «retour à l'orthodoxie initiale de l'Islam» (15). Auparavant, la première phrase de l'ouvrage intitulé «L'Orient en mai 1923. Notes de voyage» de R. Laurent- Vibert, était la suivante: «Le fait nouveau de l'Orient est le réveil de l'Islam». Il ne faut pas oublier non plus que ce renouveau, ce soit-disant retour aux sources mêmes de l'islam, cette relecture du Coran, est due, par exemple, à des fins économiques, car les économistes musulmans tiennent maintenant à proposer un nouveau contrat bancaire, qui éviterait le genre d'usure qu'entraînent les intérêts prévus et accordés aux prêts bancaires (16). Enfin ce renouveau auquel on assiste, tout particulièrement en Malaisie, pourrait servir de moteur et de modèle à l'ensemble du monde musulman. Cette idée avait été développée par Mahmoud Ayoub, lors de son séminaire à Singapour - cf. note (1) -. Souhaitait-il flatter son auditoire, ou les intellectuels de la région, lorsqu'il a affirmé que le renouveau islamique ne pouvait pas venir des pays arabes, qui, bien qu'ayant tenté de le faire, n'avaient pas réussi, ni de l'Iran, qui avait déçu ceux qui attendaient beaucoup de la révolution qu'avait connue ce pays, ni du sous-continent indien, en particulier de l'Inde, où les musulmans étaient trop isolés. En tous cas, cc professeur a considéré que le renouveau islamique pouvait venir deI' Asie du Sud-Est, non seu15

lement parce que l'Indonésie était le plus grand pays musulman du monde, par sa population, mais surtout parce que les gouvernements de ces pays s'étaient franchement engagés dans une politique islamique complète, il a alors indiqué que c'était tout à fait le cas de la Malaisie. Cette thèse de ce professeur n'est pas unique, car six mois auparavant, le journaliste indonésien, Rosihan Anwar, qui contribue régulièrement au quotidien malaisien, Utusan Malaysia avait indiqué dans le numéro du 28 juillet 1994, sous le titre «Kebangkitan Islam di Malaysia» (Réveil de l'islam en Malaisie) - que des islamologues américains et indonésiens avaient eu la même idée que le professeur Mahmoud Ayoub. Bien sûr seul l'avenir pourra confirmer ou infirmer ce propos. Nous avions primitivement choisi le terme de «militantisme» comme élément principal du titre à donner à cet ouvrage. Ce terme est en effet très fréquent dans les études sur l'Islam contemporain. Ainsi l'édition du dimanche du Sunday TImes de Singapour du 21 mai 1995, avait un article qui commençait par ce terme «Islamic militancy in the Middle East and elsewhere...» Cependant cette décision n'était peut-être pas très judicieuse, car le terme de militantisme, s'il est acceptable en ce qui concerne les activités du secteur privé dans le domaine religieux, c'est-àdire de certaines organisations pri vées, l'est moins en ce qui concerne le pouvoir en place, qui n'a pas déclaré la guerre à qui que ce soit et qui ne la pratique pas. Néanmoins on peut comparer la gestion militaire à la politique préconisée par le gouvernement, puisqu'elle a une stratégie propre, des moyens, assez considérables, mis à son service, un personnel assez abondant etc. On retrouve donc 1e côté martial des origines de l'islam. Au départ l'islam s'est propagé sur les champs de bataille. Cet aspect militaire de l'islam ne pourrait-il pas constituer line explication parmi plusieurs - aux combats sans nn, qui ont eu lieu dans le passé, par exemple la guerre Iran-Irak des années 1980 et qui se poursuivent encore, et bien souvent au nom de l'islam, en Afghanistan, en Somalie, en Algérie, Égypte... ? Pourrait-on également justitier le désir de porter le foulard, de la part des lycéennes et étudiantes musulmanes dans le monde entier par ce côté militaire? Le port du foulard serait ainsi un élé16

ment d'un uniforme. On étalerait ainsi plus ouvertement ses convictions, à l'heure actuelle. On peut alors se poser la question, pourquoi le faire maintenant? TIest probable que l'islam étant mieux affermi, on ne craint plus de s'afficher comme musulman, même en terre non musulmane. Il a aussi été souvent affirmé que l'islam est une religion visuelle et rituelle, par conséquence, les apparences sont très importantes. Cet aspect visuel de l'islam a par exemple été remarqué par Ibnu Hasyim, dans son ouvrage, Konflik UMNO-PAS, Satu Penyelesaian Menurut Islam, Kuala Lumpur: G.G. Edar, 1993, p.103. Par exemple, dans le mois de Ramadan, le musulman ne doit pas prendre de repas, pendant la journée, en public. Le Coran ne semble pas avoir évoqué ce qu'il peut faire en privé, loin des regards d'autnIi. Le côté rituel de l'islam, au dépens parfois de son aspect philosophique, a par exemple été noté par Chandra Muzaffar, dans son chapitre, Continuity and Change in Malay Ideas of the Melaka Period, publié par K.S. Sandhu et Paul Wheatley (17). Par ailleurs, cet aspect guerrier de l'islam a été noté de tous temps. Ainsi le consul de France à Singapour, Bal1ereau, dans les années 1930, avait utilisé l'expression «Islam militant », à propos d'une procession qu'il avait observée à Singapour, à cette époque-là (18). Cependant afin de manifester notre respect pour le sujet traité et les personnes mises en cause, nous avons préféré choisir un titre plus neutre. Comment caractériser, de façon globale, le développement islamique qu'a connu et que connaît encore la Malaisie, en ce moment? 11nous semble que le meilleur terme serait d'affirmer qu'il s'agit maintenant d'une seconde islamisation ou d'une réislamisation. Deux grandes caractéristiques peuvent être observées en ce qui concerne le première islamisation de la Péninsule de Malaisie. Tout d'abord, elle a été plutôt tardive, elle n'a commencé qu'au treizième siècle, alors que l'extension du monde musulman avait été plutôt rapide. Un siècle après le décès du prophète, les armées islamiques avaient atteint l'Europe occidentale (Bataille de Poitiers en 732) et la Chine (Bataille du Talas en 751). Ensuite, comme l'avait fait remarqué notre collègue 17

YusofTalib, dans son séminaire à l'Université Nationale de Singapour, le 2 août 1990, cette première islamisation a été très progressive. Ainsi les trois premiers princes de Malacca, se sont convertis successivement à l'islam. Plusieurs questions oht du reste été posées en ce qui concerne cette islamisation. Il semble qu'il y ait une tendance, à l'heure actuelle, à la faire remonter plus haut dans le temps, pour allonger l'histoire musulmane du pays. Certaines dates ont été avancées, des séminaires ont eu lieu, mais l'imprécision demeure. On s'est aussi demandé qui avait apporté la nouvelle religion. Était-ce des marchands indiens ou arabes? Est-ce que l'islam était venu via le relais de l'Inde, sans doute nécessaire, pour des raisons de navigation, en suivant les vents dominants. Mais d'autres ont nié ce relais et ont trouvé que l'islam était venu directement de sa source. C'est la thèse du professeur, Syed Naguib AI-Attas. Une nouvelle question a été posée plus récemment, à savoir, est-ce que l'islam, ou du moins une partie de l'islamisation, ne serait pas venu de l'Est, c'est-à-dire de Chine? La question vaut la peine d'être posée, car, en Péninsule, la côte Est du pays a joué un grand rôle islamique. C'est au Terengganu qu'a été trouvée la célèbre Pierre du Terengganu, première stèle écrite trouvée en Péninsule et le Kelantan, en particulier, sa capitale, Kota Bharu a souvent été appelé «Serambi Mekka» (Véranda de La Mecque) comme le sultanat d'Aceh, à Sumatra Nord - car bon nombre de pèlerins, y passaient, soit en cours de leur voyage vers la terre sainte, soit comme but de leur pèlerinage. Un autre élément en faveur de cette arrivée de l'islam par l'Est est le fait que les États du Champa et de Patani, au XIeet xue siècles, bien avant l'introduction de l'islam à Malacca. EntIn, un professeur indonésien, Slamet Muljana a évoqué en 1968 qu'il avait été possible que des Chinois aient pris part à l'islamisation du monde malais, Denys Lombard et Claudine Salmon, Islam et sinité, Archipel 30, 1985, p.74. On s'est aussi demandé - par exemple Denys Lombard, L'horizon insulindien et son importance pour une compréhension globale de l'islam, Archipel 29, 1985, p.46 - pourquoi l'islam s'était imposé dans le monde malais et n'avait eu que peu de succès dans d'autres contrées de la région telle que l'actuelle Birmanie, 18

la Thaïlande et le Cambodge. Une réponse a une telle question pourrait être le fait que l'islam ait été véhiculé par des marchands, des commerçants musulmans, qui, du fait de leur profession, avaient besoin de portS et le monde malais en avait toute une série qui leur était ouverts, alors que les capitales des États du Sud-Est asiatique continental, mentionnés ci-dessus, étaient plutôt à l'intérieur des terres et donc difficilement accessibles. Nous avons en effet l'impression que ce pays est en train de recevoir une nouvelle fois l'islam (19). Certes, la Malaisie n'est pas unique dans ce développement. Par exemple le Pakistan est souvent mentionné comme étant en avance dans ce genre de nouvelle islamisation (20). En Malaisie, alors que la première islamisation n'avait atteint qu'un certain niveau et avait maintenu, souvent assez clairement, un certain nombre de traditions préislamiques, la seconde paraît beaucoup plus forte et en profondeur. C'est précisément l'idée majeure de cet ouvrage et nous allons tenter de prouver cette thèse dans les chapitres qui suivent. Il semble ainsi que l'islam de Malaisie s'efforce d'atteindre la plénitude et tienne à appliquer la notion de aI-din, qui signifie que l'islam est omniprésent. Avant d'entrer dans le détail de ce processus, nous voudrions donner quelques exemples pOLIr rouver l'ampleur et la portée du p mouvement auquel nous assistons de nos jours. Cette seconde islamisation semble en effet toucher tous les domaines de la société malaisienne, sans exception, que ce soit celui de la tenue vestimentaire, de la diététique, il a souvent été question de la mention de «HalaI », à la devanture des restaurants, pour indiquer que la nourrihlre servie pouvait l'être pour les musulmans, et certaines chaînes de restauration ont dû faire une demande pour obtenir ce label -en particulier, la chaîne de restauration rapide américaine McDonald l'a obtenu (21), de l'éducation, avec par exemple, la création d'une université islamique internationale, du droit - on a beaucoup parlé du code pénal «Hudud» que le gouvernement local d'opposition, PAS voudrait appliquer au Kelantan, mais qui n'est pas prioritaire, selon le gouvernement fédéral - celui de l'économie, avec la fondation d'une banque islamique, une compagnie d'assurances islamique, des hôpitaux islamiques et même des hôtels islamiques (22) ! Dans 19

les hôtels, depuis les années 1970, la direction de La Mecque est indiquée, soit au plafond des chambres, soit dans un tiroir, afin d'orienter le musulman qui tient à faire sa prière dans sa chambre d'hôtel. C'est ce qu'a fait - entre autres - L'Hôtel Hilton de Kuala Lumpur (23). La culture et les comportements doivent être plus islamiques. Ainsi le quotidien, Utusan Malaysia du 15 juillet 1994 comportait un article intitulé «Etika Kerja kakitangan Islam» (comportement professionnel des employés musulmans) Cet embrigadement islamique plutôt considérable est manifestement différent de ce qui s'était passé au cours de la première islamisation. On a l'impression que chacun veut se montrer plus islamique que l'autre, alors les surenchères vont bon train. On tient à se montrer plus royaliste que le roi. A long terme, ne risque-t-on pas de créer une nouvelle ségrégation, en offrant surtout des institutions pour les musulmans et en négligeant un tant soit peu les ciloyens des autres confessions religieuses (24)? Estee qu'on va revoir le statut des personnes protégées, les dhimmis de naguère? Va+on recréer ou maintenir l'éternel problème des minorités, bien souvent bafouées, et bien souvent la cause des malentendus, des affrontements et des guerres? Il Ya manifestement un risque dans ce domaine, a fortiori en Malaisie, lorsque la minorité non musulmane est supérieure à 40 % de la population du pays. On se doit également de rappeler que lorsque l'on parle de ce développement de l'islam en Asie, on doit le resituer dans un cadre plus vaste, car on a également remarqué un véritable développement en ce qui concerne d'autres religions que l'islam. Ainsi en 1989, l'hebdomadaire Asiaweek, qui, bien entendu rappelle souvent ce qui se passe à propos de la religion musulmane sur le continent asiatique, a consacré deux dossiers sur la montée de deux religions, l'hindouisme - dans son numéro du 31 août (pp. 48-51) - et le christianisme - dans celui du 6 octobre (pp. 4151). Le titre de ce dernier dossier est assez éloquent: «March of the Cross ». On a donc remarqué une nouvelle ferveur dans plusieurs religions en Asie au cours de la période étudiée. Nous avons divisé notre étude en trois parties qui correspondent en gros à l'évolution de la situation au cours des deux décennies. Au cours de la première période - 1975-1980 - un certain 20

nombre de signes sont apparus, indiquant une redécouverte de l'islam, puis au cours de la seconde période - 1980-85 - les observateurs ont remarqué une recrudescence des controverses, incidents et affaires plus graves, qui ont secoué le pays - c'est en effet au cours du début des années 1980, que l'on a constaté la majorité des incidents et affaires islamiques, qui se sont produits en Malaisie, et enfin une troisième période, qui en fait chevauche sur la précédente - 1980-1995 - au cours de laquelle le gouvernement a montré qu'il prenait l'initiative en matière islamique et que la politique qu'il avait choisie, était non seulement acceptée par la majorité de l'opinion, mais encore tout à fait réussie, quand on comparait ce pays avec d'autres du monde musulman, qui connaissaient des attentats, des manifestations hostiles et une véritable opposition à la politique gouvernementale. Dans une première partie, nous avons voulu donc donner une idée de ce qui s'est passé sur la scène islamique au cours de la période étudiée, les controverses et événements qui ont eu lieu comme une toile de fond - puis dans une seconde partie, nous avons montré comment les différents gouvernements qui se sont succédés, dans le pays, ont jeté les bases d'une politique islamiste, et enfin dans une troisième partie, nous avons passé en détail, la véritable stratégie islamiste de l'actuel gouvernement malaisien.

Notes
(I) A Singapour on a relevé - entre autres - au cours des douze derniers mois les conférences suivantes, soit entièrement, soit en partie consacrées à ce thème, organisées par ISEAS : John Esposito, TIle Islamic TIlreat: Myth or Reality? Ie 12- I - I 994, M.C. Ricklefs. 'Ille Role of Islam in the Court of Pakubuwana II, 1726- 1749, Ie 8 février 1994, Thierry de Montbrial, Europe and Asia: In Search of a New Role, Ie 15 février 1994, Mahmoud Ayoub de Temple University le 5- 1-1995, ainsi 'lue le séminaire, Modernizing Islam, du professeur Georg Staulh. de nielefeld, de passage à l'Université NatioMle de Singapour, le l'' septembre 1994. (2) nien souvent l'islam fait la une des revues internationales. Par exemple: Les nouvelles littéraires (Paris) du 29 novembre 1979, avec le titre« Le grand frisson de l'islam», Era (Kuala Lumpur) du 25 mai 1985, ,<Islam tegak semula », Asia Magazine (Hong Kong) du 9 mars 1986, «TIJC World of Islam. IL' Reach, Might, Dictates and Conflicts », 21

Newsweek (New York) du 28 juillet 1986, «Islam in Asia. A Half-Billion Believers Set Out to Remake Their World», Eca (Kuala Lumpur), n° 3, 1987, «Arqam. Bangunnya Satu Generasi Barn », une série d'articles ont été consacrés par Le Monde à l'Islam et en ce qui concerne cette région, l'article intitulé «L'Islam en fièvre (VIII). Asie du Sud-Est: tolérance sous les tropiques» de Jean-Qaude Pomonti, a été publié le 12 avril1989, l'hebdomadaire anglais, The Economist, a lui aussi évoqué l'Islam et a publié un intéressant dossier sur l'Islam, le 6 aoat 1994, «Que faire de l'intégrisme» de Sami Nair, dans Le Monde du J3 octobre 1994, «Faut-il déclarer la guerre à l'intégrisme », Événement du Jeudi (Paris), n° 523, du 10 au 16 novembre 1994. Il semble que, par exemple depuis le début de 1995, chaque numéro de plusieurs hebdomadaires français - en particulier, Le Nouvel Observateur et L'Événement du jeudi - contiennent un genre de dossier sur l'islam et son développement, avec des titres très clairs, tels que «La France désarmée" (L'Événement du jeudi du 5 au Il janvier 1995, p. 9 et sq.) concernant ce qui se passe en France et également en Algérie. (3) Lorsque nous avons appris que l'Université Islamique Internationale de Malaisie allait organiser un atelier sur le thème «Development in the Islamic Way», nous avons pris contact avec le comité organisateur de cet atelier et avons proposé d'y faire une communication. Ce comité ayant approuvé notre participation, nous y avons donc fait la communication sui vante: « A Corporate Answer to Islamic Extremism» au cours de cet atelier qui s'est tenu au campus provisoire de cette université, les 19 et 20 décembre 1994. L'organisateur de cette rencontre a, du reste, tenu à remercier les deux participants Elmer V Sayre des Philippines et nous-même - non musulmans à cet atelier, d'avoir accepter de prendre la parole au cours de cet atelier entièrement consacré au développement économique selon les principes islamiques et dans lequell' assistance était presque entièrement des musulmans. (4) Le monde serait-il plus violent actuellement? Est-ce que les hommes sont moins tolérants, qu'ils ne l'ont été dans le passé? Tout est relatif, nous semble-t-il. Car il y a eu de tout temps et en tous lieux des illuminés, des fous de Dieu, des iconoclastes. L'impression que le monde est plus violent de nos jours vient probablement du fait que nous sommes très bien informés maintenant et que donc tout attentat, acte terroriste est immédiatement rapporté par les média et le grand public découvre cette horreur grâce à CNN, la BBC ou Tf1. On a dit que l'opinion américaine s'était retournée contre la Guerre du Vietnam, parque cette guerre avait été vécue dans le salon des familles américaines en regardant les images si cruelles sur leur petit (ou grand) écran. (5)Cette attitude a été celle du professeur Mahmoud Ayoub de l'Université Temple, aux États-Unis, lors de son séminaire à ISEAS, à Singapour (où il était passé après s'être arrêté en Malaisie), le 5 janvier 1995. Ce professeur a entre outre réfuté la thèse, très à la mode, de son collègue américain, Samuel Hutington, sur la confrontation des civilisations, en particulier de la civilisation musulmane et l'occidentale, en rappelant que dans l'histoire et même à l'époque contemporaine, ces deux civilisations avaient connu plus de dialogues et d'échanges fructueux que de confrontations et de heurts. (6) La Malaisie prend très à cœur les problèmes et souffrances que connaissent ses coreligionnaires de par le monde. Ainsi elle a envoyé ses casques bleus en pays musulmans, en Somalie et en Bosnie, où s'est rendu le Premier ministre de Malaisie, pour les rencontrer en décembre 1994 (cf. NST du 17-12-1994). Par ailleurs la Malaisie a recueilli un cenain nombre de ressortissants musulmans de Bosnie et certains d'entre eux poursuivent actuellement leurs études à l'Université Islamique Internationale de Malaisie. (7)Cf. Utusan Malaysia, 7-7-1985. (8) Nous avions tenté de soulever ce problème au cours de notre intervention au cours de l'atelier sur le développement économique selon l'islam, les 19-20 décembre 1994, en

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Malaisie, mais très rapidement des participants avaient manifesté leur hésitation tel ou tel terme dans te\1e ou te\1e acceptation. (9) Encore une fois il s'agit d'une liste non exhaustive des articles comprenant

à utiliser ce terme

dans leur titre. On remarque donc ce terme dans la presse de Singapour: Berita Minggu du 21 novembre 1993:" Kebangkitan Islam di Asia Tenggara» (Réveil de l'islam en Asie du Sud-Est), "Kebangkitan Tamadun Islam Masih Jauh» (Le réveil de la civilisation islamique est encore loin) dans Berita Minggu du 6 mars 1994, "Kebangkitan Islam: Tafsiran lama atau baru» (Réveil de l'islam: Interprétation ancienne ou moderne ?), dans Berita Harian du 31 mars 1995 et enfin" Menilai kebangkitan Islam» (Évaluation du réveil de l'islam) dans un quotidien de Malaisie, Utusan Malaysia du 22 mai 1995, qui est en fait une reproduction d'un article d'abord paru dans le quotidien indonésien, Republika du 1-5-1995, sous le titre «Mencermati kebangkitan Islam di Malaysia» (Observations sur le réveil de l'islam en Malaisie). (10) H.A. Ain et alii, Le Défi du Monde Islamique. Regard sur L'occidentalisation, Cahiers de Civilisation Islanùque II, Université de Genève, 1988. (11) Selon cette plaquette, Ie.~ trois termes souvent négatifs ont en fait les sens respectifs suivanL~ (p. 19) : Intégrisme» : volonté de respecter intégralement les enseignements et les exigences " de la religion»;" "Fondamentalisme»: "exprime l'idée qu'on prend au sérieux "Ies fondements de sa religion" el "Traditionalisme" : "tout homme religieux est tradionnalisle" ». Nous sousl.Tivons au sens donné à ces termes par cette revue et, lout au long de notre élude, ce.' terllles ci-dessus auronl pour nous une connotation positive. En revanche Jes termes d'extrémisme, de terrorisme el cJe fanatisme auront une connotation négative. (12) Ces trois articles sont p<lrus, tous les Irois en octobre 1994, respectivement dans Le Monde (13-10-94, p. 2), Berita Barian (Sing<lpour, du 17-10-94) et Berita Harian (Singapour, du 20-10-94). Quant à un ouvrage qui porte un titre analogue, nous pouvons citer, parmi tant d'aulres, John EsposilO, The Islamic Threat. Myth or Reality? New York:

our,

1992.

(I3)C'est ce qu'a dit Georg Stauth, de l'Université de Bielefeld au cours d'un séminaire à l'Université Nationale de Singapour, le I" septembre 1994. Pour étayer sa thèse, il a mentionné plusieurs travaux de l'islamologue, Fazlur Rahman. (l4)Cf Hussin Mutalib, Islam in Malaysia. From Revivalism to Islanùc State, Singapore:SUP,1993. (15) Archives de sociologie des religions, vol. 7,janv.-juinI959, p.77. (l6)Cf. Z.1hia Ragheb Dajani. Egypt and Ihe Crisis of Islam, New York: Peter Lang, 1990. (17) Melaka, 111e Transformalion of a Malay Capital, c 1400-1800, Kuala Lumpur:

Oxford University Press, 1983, pp.47-69. (l8)Cf. René Omaet, Singapore - A Police Background, London: DoroÙ)y Crisp and Co Ltd, 1946, p. 150. (l9)Cf. L'Événement du jeudi, du 5 au Il janvier 1995, p. Il. (20)Cf. l'interview du juriste pakistanais, Khalid M lshaque, New Straits Times, 3 et 4 avril 1987. Néanmoins ce juriste indique aussi 'lue l'application du droit musulman et des nouvelles lois ne se fail pas sans heurt. Par ajJJeurs ce pays se flatte d'avoir créer un grand nombre d'instilutions pour permeltre ce développement de l'islam (en écononùe, par exemple), mais certains observaleurs ont trouvé qu'un grand nombre d'entre eux ne fonctionnaieru pas Irès bien, faute de soulien Ix>pulaire. (21)A Singapour, la chaîne McDonald a obtenu le certificat en septembre 1992 (cf.

1ne StraUs THnes du 5-9-1992), soil après la chaîne A & W, mais avant KFC, dont a parlé le lluotidien, The Straits Times du I" février 1994 avait un article intitulé" KFC

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hopes to earn up to 5 % more by going halai ». La chaîne de restauraùon rapide, Kentucky Fried Chicken, très appréciée en Malaisie et à Singapour, car le poulet est acceptable à la fois par les musulmans et Jes bouddhistes, avait en effet obtenu un certificat « HaJal» et l'avait fait immédiatement apposé à ]a devanture de ses restaurants. Ce cerùficat avait été donné par MUIS, c'est-à-dire Majlis Ugama Islam di Singapura,le Conseil de la religion musulmane de Singapour. (22) Par exemple l'Hotel Ansae, à Kota Bharu, au Kelantan, un État du Nord-Est de la Malaisie, dont nous avons remarqué la publicité dans Utusan Malaysia, du 18 juillet 1994, qui précisait: «Sebuah Hotel Islam. Hayaùlah Suasana Keis]aman Sejaù» (Hotel islamique. Faites l'expérience d'une véritable atmosphère islamique). (23) Cf. NST du 17-10-1982 et Utusan Malaysia du 29-12-1982. On a même trouvé qu'il n'était pas souhaitable de laisser une bible dans le ùroir d'une chambre d'hôtel. C'était une pratique courante, venue des États-Unis, proposée par les Gédéons. Cela pouvait paraître offensant aux musulmans, selon le NST du 17-10-1982. (24) Pendant longtemps une ségrégaùon existait dans les faits en Malaisie: les communautés malaise et chinoise s'ignoraient]e plus souvent et n'entraient en contact que par nécessité. Puis celte l)uasi-ségrégaùon a été en quclque sorte institutionnalisée avec la NEP, la Nouvelle Politique Économiquc, lancée par le gouverncment malaisien en 1971, en conséquence des émeules raciales de Mai 1969. Celte poliùque d'aide à la communauté malaise avait été prévue pour une péricxle de vingt ans. Depuis on a assisté à un certain relâchement du cadre assez rigide qu'elle avait. Mais, avec cette insistance sur l'islam, ne va+on pas recrécr les séparaùons, les limites, les divisions - qui étaient autrefois ethniques et qui deviennent alors religieuses, entre musulmans et ceux qui ne le sont pas ? La question, semb]e-t-il, n'a pas encore été soulevée et mérite donc d'être posée.

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PREMIÈRE

PARTIE

INCIDENTS DE LA VIE ISLAMIQUE

CHAPITRE I

CONTROVERSES AU COURS DE LA PÉRIODE 1975-1995

Il est tout naturellement impossible de recenser l'ensemble des affaires, querelles, controverses, dans le domaine islamique, qui ont secoué le pays au cours de cette période. Nous avons préféré en évoquer un certain nombre que nous jugeons représentatives de l'état d'esprit dans lequel s'est trouvé le pays au cours de ces vingt ans. Deux grandes caractéristiques ont marqué la période, d'une part un développement manifeste de l'islam, à la fois spontané et orchestré - par le gouvernement - et d'autre part plusieurs controverses sont apparues et ont donné lieu à d'amples débats. Au cours de cette double décennie, on a donc tout d'abord remarqué un renforcement manifeste de l'islam. Cette religion, bien que pratiquée dans le pays depuis près de sept siècles, devient tout à coup beaucoup plus présente et tout semble remis en question, en Malaisie, au nom de l'islam (1). Ainsi le vêtement a fait l'objet de nombreuses discussions, directives, critiques dans le pays, et à l'étranger (2). Tout d'abord, il semble qu'il y ait profusion de termes, que ce soit en français - cape, fichu, foulard, tchador, voile - ou en malais - jubah, purdah, telekung (parfois appelé mini-telekung), tudung etc. ~. Cette abondance linguistique ne fait que compliquer une question qui mérite notre attention. Il faut bien savoir de quoi on parle. Ensuite une différence se fait jour entre le voile sur le visage (purdah, en malais) et le foulard sur les cheveux (mini telekung ou tudung, en malais). Un consensus s'est établi entre le premier, qui est une mode que les Arabes ont adoptée, et qui semble être reprise à l'heure actuelle, mais qui n'est pas strictement islamique, elle est donc découragée en Malaisie, en ce 27

sens que ce vêtement n'est pas mentionné dans le Coran. En revanche le second, c'est-à-dire le foulard est véritablement islamique. Il faut également ajouter que l'affaire de la tenue vestimentaire, si elle a principalement concerné les femmes, a aussi porté son attention sur les vêtements des hommes. Nous verrons ce point au chapitre III, en ce qui concerne l'affaire de Al-Arqam. Ainsi en 1985, le gouvernement malaisien a réagi assez vivement au port du voile sur le visage (ainsi que des gants et des chaussettes hautes), en expliquant en détail que cette pratique était simplement une mode arabe, qu'elle n'avait donc aucune raison d'être suivie rigoureusement. En fait l'affaire avait commencé par une série de lettres de lecteurs, dans la presse, qui avaient posé la question de la légitimité de cette tenue auparavant (3). Le gouvernement malaisien a précisé que cette pratique vestimentaire empêchait toute sécurité dans les examens. Il était en effet impossible de savoir si c'était la candidate ou un imposteur, quand l'étudiante portait ce voile sur le visage. Bien plus c'est l'ensemble de la fonction publique qui a été concernée par la directive gouvernementale, à savoir que le port du voile serait interdit. L'édition du dimanche du quotidien Utusan Malaysia du 10 mars 1985 a mentionné, à la une, la directive du gouvernement qui a fait l'objet d'une circulaire diffusée en février de cette année-là. La circulaire précisait également que le port du foulard (mini telekung) était en revanche autorisé, mais en aucune façon obligatoire. Il ne pouvait donc pas être imposé. Cette précision a été donnée en 1984(4). Le syndicat des employés de la fonction publique a accordé son soutien total à cette décision gouvernementale (5). Puis on a interdit aux étudiantes de la faculté de médecine de l'Université Nationale de Malaisie de porter ce voile sur le visage en cours et aux séances de laboratoire. La raison invoquée a été indiquée par la vice-chancelier de cette université, Dr Hamid, à savoir que les malades tiennent à voir le visage de leur docteur. Il a aussi ajouté que cette mesure touchait également les autres universités du pays (6). Plusieurs personnalités ont pris position dans cette affaire et ont

trouvé que le gouvernement avait raison. Parmi celles-ci, nous
pouvons citer Thnku Abdul Rahman, qui a dit aussi que le port du

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voile sur le visage était une mode arabe et qu'elle ne devait pas être imposée à l'ensemble du monde musulman (7). Le gouvernement a poursuivi sa campagne contre le port du voile sur le visage et de la cape (tchador). Ainsi un fonctionnaire du Centre Islamique, dépendant du cabinet du premier ministre a également expliqué la position du gouvernement. Un membre féminin du gouvernement, Rafidah Aziz a soutenu les instructions formulées par le gouvernement à ce sujet (8). Ce ministre a également ajouté que si le fonctionnaire refusait d'abandonner le port du voile sur le visage, il devrait démissionner de la fonction publique, avant qu'une action en justice ne soit intentée à son égard (9). Ensuite ce fut le tour de l'Institut de technologie Mara de Malaisie d'interdire à ses étudiantes le port du voile sur le visage(lO). La campagne lancée par le gouvernement, en mars 1985, semble avoir pris fin avec la déclaration d'un uléma de l'Université du Quatar, le professeur Yousuf AI-Qardhawi, qui a indiqué que le port du voile sur le visage et du tchador n'était pas obligatoire en islam (11). A la suite de cette campagne, contre le port du voile sur le visage, le gouvernement a appliqué la fermeté et, par exemple, huit étudiantes de l'Université de technologie de Malaisie ont été provisoirement suspendues de leur université (12). Quelques années plus tard, un jugement du tribunal a décrété que le port du voile sur le visage était inadmissible dans la fonction publique et que donc, l'ancienne secrétaire, Hajjah HaIimatussadiah Kamaruddin, qui avait été renvoyée, car elle portait ce voile et avait refusé d'y renoncer, était déboutée (13). Dans le même domaine vestimentaire, périodiquement on s'inquiète de la participation des jeunes filles musulmanes à la sélection des miss monde, univers etc., à cause de la tenue dans laquelle ces jeunes filles doivent se présenter devant le jury de sélection. La presse malaisienne avait mentionné ce fait en 1987 et encore une fois en 1994 (14). Enfin la séparation entre hommes et femmes semble se développer en Malaisie. L'État du Terengganu a par exemple une piscine réservée aux femmes, entourée de hauts murs, dans un complexe sportif, près de Pantai Batu Buruk (15). 29

Le second exemple de renforcement de l'islam que nous avons choisi est l'extension de la notion de «Halal », c'est -à-dire ce qui est autorisé par l'islam, et de son contraire «Haram », ce qui est interdit par cette religion. Il semble que cette dichotomie se soit insérée partout où elle pouvait le faire et a vraisemblablement dépassé le cadre normal de son emploi. Auparavant cette séparation s'appliquait principalement aux questions de diététique, mais avec le renforcement de l'islam auquel nous avons assisté en Malaisie, cette notion a vu son champ d'application s'accroître et elle a englobé des domaines qui ne semblaient pas l'intéresser de prime abord. Ainsi la confrérie des francs maçons a fait l'objet de critiques et une organisation islamique a déclaré que, pour que cette confrérie soit acceptable aux yeux de l'islam, elle devait accepter sept conditions, qui ont été mentionnées dans la presse (16). TIsemble aussi que la question de ce qui est permis ou non en islam se soH posée au même moment que les questions vestimentaires que nous avons évoquées ci-dessus. Nous avons en particulier remarqué d'abondants articles dans la presse à ce sujet, surtout au cours des années 1983 et 1984. Néanmoins, alors que la tenue des musulmanes ne fait plus tellement parler d'elle, du moins en Malaisie, le problèmes des interdits est encore abordé par la presse de Malaisie et de Singapour. Le sujet des interdits en islam a débuté avec les questions que l'on a posées à propos de la façon d'abattre les animaux aux abattoirs. Ainsi le mufti du Selangor a confirmé les déclarations du cadi de Shah Alam, à savoir que les animaux qui n'étaient pas abattus selon les pratiques musulmanes ne devaient pas être consommés par les musulmans. Ce propos du mufti concernait, entre autres, les bœufs qui étaient tués par décharge électrique en Australie (17). Quelques jours plus tard, il était indiqué que les poulets en vente au marché de Batu Pahat, dans l'état austral du Johor, n'avaient pas été tués selon le rite islamique et ne devaient donc pas être consommés par les musulmans (18). Puisque les exportations de viande australienne sont assez considérables, le gouvernment australien a pris les mesures nécessaires pour que l'abattage des animaux, dans les abattoirs du pays, en vue de l'exportation vers des pays musulmans, tels 30

que la Malaisie, le soient selon les pratiques islaIlliques. Des accords ont ainsi été passés à ce sujet (19). Comme à l'habitude, une fois la mesure décidée, différentes organisations ont alors indiqué leur soutien à cette décision. Ainsi plusieurs organisations islaI1liques - par exemple,la divisionIllission de Perkim, la fondation de la Illission islamique (Yayasan Dakwah IslaIlliyah) et le département des affaires religieuses du cabinet du premier ministre - ont fait savoir leur accord le plus complet avec cette mesure (20). Plusieurs grandes compagnies de produits d'alimentation ont tenu, à partir de cette époque, de faire savoir que les produits qu'elles lançaient sur le marché étaient consommables par les musulmans. Ainsi le groupe japonais Aji-No-Moto a fait passer une annonce d'une deIlli page, le 24 octobre, pour indiquer que les produits vendus par cette société étaient consommables par les musulmans, puisqu'une organisation islamique du Selangor les avaient reconnus comme tels. Un coupon pouvait être envoyé à cette société pour plus ample information ou pour être autorisé à visiter l'usine de cette société afin de s'assurer qu'elle ne vendait aucun produit interdit par l'islam (21). La presse ne fait pas que mentionner ces décisions et la réaction des organisations, elle prend aussi part au débat. L'éditorial de Utusan Malaysia du 22-10-1982, a évoqué le cas de gélatine, provenant de la peau de porc et donc déclaré interdit aux musulmans, et utilisé dans certains cosmétiques. Le mois suivant, le viceministre, auprès du premier ministre, Anwar Ibrahim a affirmé que le comité chargé des questions des interdits (Jawatankuasa Halal dan Haram) allait passer en revue tous les produits destinés à l'alimentation, ainsi que les produits pharmaceutiques et cosmétiques afin de déterminer s'ils étaient utilisables ou non par les musulmans (22). La pratique islamique d'abattage des animaux est du reste la meilleure façon de conserver la viande, a déclaré un vétérinaire, le Dr T. Ramanathan à Penang, puisque tout le sang est vidé très rapidement et que le premier coup de couteau est comme une anesthésie (23). Comme le débat sur ce qui est interdit s'est poursuivi pendant longtemps en Malaisie, le gouvernement de ce pays a indiqué au 31

public de porter plainte de façon précise, s'il doutait de tel ou tel produit(24). En fait le pays tout entier s'est mis à évoquer les interdits et ce qui est acceptable. Les députés en ont aussi débattu au parlement (25). Le débat sur ce qui était interdit s'est poursui vi et même développé l'année suivante, c'est-à-dire en 1983. Tout d'abord la question des abattoirs a continué de défrayer la chronique. Le ministre australien des industries primaires, Peter Nixon, s'est rendu dans plusieurs pays islamiques pour leur garantir que la viande australienne était abattue selon les pratiques musulmanes. D'ailleurs, un certain nombre de sociétés de pays musulmans ont manifesté le désir d'investir dans des abattoirs australiens (26). Une loi a été votée au parlement concernant la nourriture. Cependant certains sénateurs ont manifesté leur étonnement devant l'absence de dispositions concernant spécifiquement la question des interdits. Le ministre de la santé a répondu que les intérêts des musulmans avaient été pris en compte par la loi et que son ministère avait le pouvoir de statuer en la matière (27). L'affaire de la gélatine a de nouveau été mentionnée dans la presse malaisienne au cours de l'année. Le Comité sur les interdits du Centre de recherche islamique, auprès du premier ministre, a trouvé que la gelée de la marque américaine, Lady's Choice, ne pouvait être consommée par des musulmans car elle contenait de la gélatine. En revanche ce même comité a trouvé que les marques de nouilles Maggi, Marnee et Khaw Tai ne contenaient aucun élément interdit. Les mêmes résultats ont été trouvés en ce qui concerne les burgers et le poulet des sociétés McDonald, Kentucky Fried Chicken et Popeye. Néanmoins les frites fournies par cette dernière société ne devaient pas être consommées par les musulmans, car aucun certificat n'avait été délivré à leur sujet (28). Quant à l'affaire des abattoirs australiens, elle semble réglée. C'est ce qu'a écrit le correspondant de l'Utusan Malaysia à Canberra, Ashraf Nordin, à la suite d'une visite d'une délégation de fonctionnaires de Malaisie, venue inspecter les abattoirs du pays, pour s'assurer que les pratiques islamiques étaient respectées (29). 32

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