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Syndicats africains, à vous maintenant !

De
448 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1997
Lecture(s) : 264
EAN13 : 9782296324497
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SYNDICATS AFRICAINS À VOUS MAINTENANT!
Pour une démocratie durable

....

L

......

Gérard Kester et Ousmane Oumarou Sidibé éditeurs

SYNDICATS AFRICAINS , A VOUS MAINTENANT!
Pour une démocratie durable
A vec la collaboration de

Florent Valère Adegbidi Kwasi Adu-Amankwah Nadedjo Bigou-Laré Niki Best Hélène Boender Quiniou Samuel.E. Chambua Raoul Galarraga David Ginsburg

Aimé Tchabouré Gogué Ken Hansen EI-Khider Ali Musa Guillaume Silga Jean Sourou Agossou Kwadwo Tutu Brigitte Venturi Eddie Webster

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan

Inc.

55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Coéditions PADEP/L'HARMATTAN Mid DIALLO, Maurice DOPA VOGUI, Gérard KESTER:

Guinée - Pour un nouveau syndicalismeen Afrique
Dirigé par Ousmane Oumarou SIDIBÉ et Gérard KESTER:

Démocratie et concertation nationale - La mise en œuvre du Conseil
économique, social et culturel du Mali

L'HARMATTAN Gérard KESTER et Henri PINAUD :

Syndicats et participation démocratique- Scénario pour le 21è siècle

Photo de couverture: Anders Gunnartz, Lineair Tous droits de traduction réservés Pré-impression: Textua, La Haye

@)

PADEP/L'HARMA TTAN 1997
ISBN: 2-7384-4562-4

Les éditeurs
Gérard Kester est professeur de sociologie et relations de travail à l'Institut d'études sociales à La Haye (pays-Bas) et directeur exécutif du Programme africain pour le développement de la participation des travailleurs (PADEP). Il a publié de nombreux ouvrages, dont plus récemment Guinée: pour un nouveau syndicalisme en Afrique (1992, avec Mid Diallo et Maurice Dopavogui) et Syndicats et participation démocratique: scénario pour le 2Jè siècle (1995, avec Henri Pinaud). Ousmane Oumarou Sidibé est professeur de sciences juridiques à l'Université du Mali et coordinateur général du PADEP-Mali. Il était ministre du Travail du Mali entre 1993 et 1994. Il est actuellement directeur général de l'Ecole nationale d'administration du Mali. Il cumule ce poste avec celui de doyen de la faculté des sciences juridiques et économiques de l'Université du Mali. Gérard Kester et Ousmane Oumarou Sidibé ont publié ensemble Démocratie et concertation nationale (1994).

Les auteurs
Florent Valère Adegbidi est consultant-chercheur au Centre béninois de la recherche scientifique et technique. Kwasi Adu-Amankwah est vice-secrétaire général du Ghanian Trades Unions Congress. Nadedjo Bigou-Laré est directeur de l'Institut universitaire technologie-gestion à l'Université du Bénin, Lomé, Togo. Niki Best est chercheur d'Amsterdam. en géographie de

humaine à l'Université

Samuel E. Chambua est maître de conférence à l'Université de Dar es-Salaam, Tanzanie.
Raoul Galarraga est assistant scientifique au PADEP, Institut d'études sociales à La Haye. 5

David Ginsburg est maître de conférence au département sociologie à l'Université de Natal, Durban, Afrique du Sud. Aimé Tchabouré Gogué, ancien ministre togolais du Plan, est directeur du Pogramme de troisième cycle interuniversitaire en économie à la Conférence des institutions d'enseignement et de recherche économique et de gestion en Afrique, Ouagadougou, Burkina Faso. Ken Hansen est conseiller syndical. Il travaille actuellement sur deux projets avec l'OTM et les SLIM à Maputo, Mozambique. EI-Khider Ali Musa est professeur de comptabilité et finance à la Faculté d'économie et de développement rural, Université de Gezira, Soudan. Guillaume Silga est chercheur à l'Ecole nationale d'administration et de magistrature à Ouagadougou. Jean Sourou Agossou est syndicaliste et chef du service de l'urbanisme et de l'aménagement à la Direction de l'urbanisme et de l'habitat à Cotonou, Bénin. Kwadwo Tutu est secrétaire général du département d'économie à l'Université du Ghana. Brigitte Venturi est chargée de publications en langue française au PADEP, Institut d'études sociales à La Haye. Eddie Webster est professeur de sociologie Witwatersrand, Johannesburg, Afrique du Sud. à l'Université de

6

REMERCIEMENTS

Nous tenons à remercier chaleureusement toutes celles et tous ceux qui ont contribué à la réalisation de cet ouvrage:

Brigitte Venturi, Raoul Galarraga et Nicole Vendange pour leur appui substantiel et bibliographique à tous les auteurs; Brigitte pour son travail d'édition en français et Raoul pour avoir réuni la bibliographie.

Hélène Boender Quiniou pour ses traductions, son travail d'édition et la rédaction fInale en français; aussi pour la mise en page et la rédaction des "chapeaux" pour les dix pays africains.

La Confédération des syndicats néerlandais (FNV) et le ministère de la Coopération internationale des Pays-Bas (DGIS/IO) pour leur soutien moral et fInancier au PADEP.

7

Sommaire
Avant-propos Gerard Kester et Ousmane Oumarou Sidibé

p.11 p.15

Extraits d'Un long chemin vers la liberté Nelson Mandela

PREMIÈRE PARTIE SYNDICATS, DÉMOCRATIE ET DÉVELOPPEMENT
Chapitre 1 Aux syndicats de jouer Gérard Kester et Ousmane Oumarou Sidibé Chapitre 2 Les syndicats et le processus de démocratisation Ousmane Oumarou Sidibé et Brigitte Venturi Chapitre 3 L'Afrique sous ajustement Raoul Galarraga et Aimé Tchabouré Gogué Chapitre 4 Pour une démocratie participative Gérard Kester, Ousmane O. Sidibé et Aimé T. Gogué

p. 19

p. 39

p. 71

p.107

DEUXIÈME PARTIE REGARD SUR DIX PAYS AFRICAINS
Chapitre 5 - L'Afrique du Sud La transition négociée David Ginsburg et Eddie Webster Chapitre 6 - Le Bénin Le défi Florent Valère Adegbidi et Jean Sourou Agossou 9

p.143

p. 157

Chapitre 7 - Le Burkina Faso La patrie des hommes intègres Guillaume Silga Chapitre 8 - Le Cap- Vert La concertation Niki Best Chapitre 9 - Le Ghana Dépasser la politique Kwasi Adu-Amankwah et Kwado Tutu Chapitre 10 - Le Mali L'évolution comme gageure Ousmane Oumarou Sidibé avec Sékéné Moussa Sissoko et Massa Coulabily Chapitre Il - Le Mozambique S'organiser ou disparaître Ken Hansen Chapitre 12 - Le Soudan Quel avenir? El-Khider Ali Musa Chapitre 13 - La Tanzanie Un peuple désemparé Samuel E. Chambua Chapitre 14 - Le Togo La logique historique Nadedjo Bigou-Laré

p. 183

p.211

p.249

p.275

p. 301

p.323

p. 341

p.371

Bibliographie Index des sigles Index général

p.403 p. 429 p.435

10
I ~

A V ANT -PROPOS

Voici encore un livre sur la démocratisation en Afrique dira~ton! Oui mais un livre différent dirqns-nous. Parce que dans ce vaste débat sur la démocratisation, le rôle du syndicalisme est peu reconnu. Et c'est un grand tort. Parce que dans un grand nombre de pays, les syndicats ont joué un rôle important dans l'instauration de la démocratie politique. Mais ce rôle ne s'arrête pas là, loin s'en faut. Un des grands défis pour l'avenir de l'Afrique est de maintenir, consolider et approfondir la démocratie. En d'autres termes, installer l'Afrique dans une véritable démocratie durable. Cela ne peut se faire que si la démocratie a des effets positifs visibles sur le développement. Si le niveau de vie des populations continue de se détériorer, si le fossé entre riches et pauvres continue de se creuser, il sera quasiment impossible de développer la démocratie. Malgré les élections périodiques - transparentes ou pas -, la démocratie ne pourra être durablement ancrée dans la société si les citoyens ne peuvent avoir la maîtrise de leur avenir à travers leur participation significative aux prises de décision, aussi bien sur les lieux de travail qu'au niveau national. Une démocratie formelle qui tient les citoyens, et les travailleurs en particulier, en dehors du processus décisionnel est inacceptable pour le mouvement syndical. Le rôle qu'ils ont joué dans le processus de démocratisation donne à l'ensemble de la société civile et aux.syndicats en particulier de nouvelles responsabilités. La grande question est de savoir comment instaurer une démocratie participative en appliquant dans toutes les sphères de la société, notamment dans le secteur économique, des mécanismes de concertation qui prennent en compte les sensibilités des différentes couches sociales. Dans une telle démarche, il est évident que les syndicats sont particulièrement interpellés. Le Programme africain pour le développement de la participation démocratique des travailleurs (PADEP) est un projet de coopération université-syndicat qui vise précisément à renforcer la participation. La question de savoir comment les syndicats peuvent participer au 11

développement, et contribuer ainsi à la pérennité de la démocratie, était incontournable pour ce programme. Depuis 1993, une vingtaine de chercheurs se sont attelés à cette problématique. Il faut avouer qu'une telle étude n'était pas facile. Il y a un manque crucial de données de base et de documentation sur le sujet. Même sur les faits les plus essentiels, le taux d'adhésion syndicale par exemple, les informations sont loin d'être fiables. Si nous avons hésité à entreprendre cette étude, nous avons encore plus hésité à la publier. Nous nous sommes finalement résolus à le faire vu l'importance du défi. Il nous a paru en effet essentiel d'ajouter la dimension syndicale au débat sur la démocratisation en espérant que cette étude, même inachevée, pourrait servir de déclic pour de nouvelles pistes de recherche. Le livre se compose de deux parties. La première offre un aperçu de l'Afrique au sud du Sahara (ASS), utilisant une documentation sélectionnée. Nous tenons beaucoup à insister sur le fait que les analyses menées n'autorisent pas une généralisation valable pour toute l'Afrique ASS. Nous avons seulement voulu poser des questions générales
- tout en étant conscients que ces questionsdoivent être élaborées dans

le contexte actuel de chaque pays. En effet, la deuxième partie est consacrée à l'analyse des situations spécifiques de dix pays africains situés dans différentes régions géographiques, et différentes aires linguistiques. Ils représentent autant de cas de figure en matière de démocratisation. Les auteurs, tous associés au PADEP, ont fait appel à leur propre expérience, avec un fil conducteur commun, simple et souple: tous ont été invités à analyser les tendances des récentes décennies dans leur pays, en mettant l'accent sur la transition des cinq dernières années. Ils ont analysé le processus de démocratisation, l'évolution syndicale et de la participation, ce dans le contexte du développement socioéconomique. Nous avons encouragé les auteurs à insister sur les aspects les plus pertinents eu egard aux spécifités du pays et selon l'information disponible. Une orientation pluridisciplinaire avec autant de perspectives sur le processus de démocratisation était assurée dès lors que les auteurs venaient d'horizons divers (économistes, sociologues, psychologues, juristes, syndicalistes). A deux reprises, la plupart des auteurs se sont rencontrés, d'abord à Mopti (Mali) en 1993 et ensuite à Bobo Dioulasso (Burkina Faso), en 1995, afin d'échanger des projets de texte. Ce livre ne prétend pas donner des réponses, encore moins des prescriptions. Il interroge les syndicats et ses partenaires sociaux, la société civile, les responsables politiques, la communauté scientifique. 12

Cela laisse présager une belle controverse et c'est logique. La banque de données est loin d'être complète et les auteurs, eux aussi, sont des partenaires voire des acteurs dans le processus de démocratisation. Les opinions et les attentes ne se rejoignent pas toujours. C'est l'essence de la démocratie, et la base de notre engagement en vue de provoquer un débat en profondeur sur l'avenir du syndicalisme, la participation et la démocratie en Afrique.

La Haye/Bamako, janvier 1997 Gérard Kester et Ousmane Oumarou Sidibé

13

"J'ai observé les réunions tribales qui se tenaient régulièrement à la Grande Demeure et elles m'ont beaucoup appris (...) Tous les Thembus étaient libres d'y venir - et beaucoup le faisaient, à cheval ou à pied. C'était la démocratie sous sa forme la plus pure. Il pouvait y avoir des différences hiérarchiques entre ceux qui parlaient, mais chacun était écouté, chef et sujet, guerrier et sorcier, boutiquier et agriculteur, propriétaire et ouvrier. Les gens parlaient sans être interrompus et les réunions duraient des heures. Le gouvernement avait comme fondement la liberté d'expression, de tous les hommes, égaux en tant que citoyens (...) Au début, je fus stupéfait par la véhémence - et la candeur - avec laquelle les gens faisaient des reproches au régent. Il n'était pas au-dessus de la critique - en fait il en était souvent la cible principale (...) Les réunions duraient jusqu'à ce qu'on soit arrivé à une sorte de consensus. Elles ne pouvaient se terminer qu'avec l'unanimité ou pas du tout. Cependant, l'unanimité pouvait consister à ne pas être d'accord et à attendre un moment plus propice pour proposer. une solution. La démocratie signifiait qu'on devait écouter tous les hommes et qu'on devait prendre une décision ensemble en tant que peuple. La règle de la majorité était une notion étrangère. Une minorité ne devait pas être écrasée par une majorité (. ..) Si l'on ne pouvait parvenir à aucun accord, il fallait tenir une autre réunion. "

Nelson Mandela dans Un long chemin vers la liberté (1995, pp. 24-25)

15

PREMIÈRE PARTIE
,

SYNDICATS, DEMOCRATIE ET ,
DEVELOPPEMENT

L'Afrique au sud du Sahara, c'est un grand nombre de pays. Ils ont chacun leur propre histoire, culture, société, économie... et syndicalement leurs propres enjeux mais aussi des enjeux communs. Cette première partie ouvre un débat général sur le syndicalisme et la démocratisation de l'Afrique subsaharienne. Un débat qui se nourrit de la recherche dans dix pays africains, présentés dans la deuxième partie. Un débat qui se nourrit aussi de la littérature générale en la matière. Quel rôle le syndicalisme a-t-il joué dans l'instauration de la démocratie politique? Certainement plus important que l'on pourrait être amené à le croire. Quelle a été son influence sur l'ajustement structurel de l'économie africaine? Probablement moindre que l'on aurait aimé le croire. Le quatrième et dernier chapitre de cette partie s'interroge sur le rôle potentiel du syndicalisme africain pour rendre la démocratie durable. S'il est provocateur, c'est parce que le mouvement syndical a rendez-vous avec l'histoire au moment même où de graves problèmes le harcèlent. Si les syndicats ne sont pas capables de démocratiser l'économie, la démocratie peut-elle survivre?

17

CHAPITRE 1 AUX SYNDICATS DE JOUER
par Gérard Kester et Ousmane Oumarou Sidibé

Depuis quelque temps déjà, l'Afrique se préparait à de profonds changements. L'ajustement structurel et son pendant, le néolibéralisme, introduits au début des années 80, ont dominé le développement économique et social du continent. Même quand des réformes économiques étaient urgentes, leurs effets conjugués se sont faits de plus en plus visibles. La souffrance de la population a augmenté, la dette s'est alourdie. Pendant ce temps, des privilèges ont continué d'être concédés à une petite élite qui a accaparé les biens de l'Etat en prétextant qu'ils seraient ainsi mieux gérés. Si les protestations ouvertes ont. été relativement modestes, ce fut. surtout dû aux chars lancés dans les rues par les dictateurs au pouvoir car le sentiment d'injustice régnait depuis longtemps. La fin de la guerre froide a donné un coup de pouce au néo-libéralisme et a permis de justifier le développement d'un capitalisme sans borne. L'espoir a rejailli quand la "démocratie" est devenue le nouveau principe d'organisation du changement. La majorité des gens descendus dans la rue pour la démocratie l'ont fait parce qu'ils en avaient assez de la mauvaise gestion, du népotisme, du détournement des fonds publics et du non-respect des droits de l'homme. "L'intensification des pressions populaires signifiait que le peuple n'avait plus confiance enl'Etat. Ces manifestations ont aussi révélé une prise de conscience de la population et sa volonté de montrer qu'elle est capable de se mobiliser pour survivre, pour se faire entendre, pour prendre part aux décisions, même si elle dérange." (Sidibé, et al, 1994, p.83). LA DÉMOCRATIE EN AFRIQUE: UN HISTORIQUE RAPIDE

Nous ne prétendons pas ici retracer le grand débat autour de la démocratie. Le lecteur pourra à ce sujet se reporter à l'abondante littérature sur la démocratisation en Afrique (voir la bibliographie proposée en fin de ce livre). Nous nous limitons ici à quelques 19

observations qui nous semblent utiles dans le contexte de notre étude. L'Afrique dispose d'une longue et riche expérience de la démocratie. Nous avons voulu ouvrir ce livre avec une citation de Nelson Mandela qui exprime au mieux une tradition tout à fait africaine, même si elle ne peut s'appliquer à l'ensemble du continent. Dans certains Etats africains précoloniaux (empire du Ghana, du Mali, empire Songhaï, etc.), le peuple exerçait sa souveraineté par le biais de représentants désignés selon des règles très strictes. Les souverains étaient assistés par des assemblées elles aussi désignées selon des mécanismes éprouvés. Au niveau d'unités moins étendues comme les villages, on pouvait aussi parler de l'exercice d'une démocratie directe au moyen de l'arbre à palabre. Il ne convient pas d'esquisser une image par trop romantique du phénomène de la démocratie participative en Afrique précoloniale. L'importante littérature en la matière montre en effet des points de vue très différents qui varient du très positif au plus cynique (voir Buijtenhuis et Rijnierse, 1993). Il existe en fait une grande pluralité de systèmes politiques africains même si force est de constater qu'ils ont presque tous exclu les femmes et les esclaves des instances de décision (Codesria, 1992, pp. 15-16). La confiscation des libertés

L'intermède du règne du parti unique, où un seul homme à la tête de l'Etat détient la totalité du pouvoir cumulant la présidence du régime et celle du parti unique, n'est donc pas une résurgence du passé précolonial. Il est au contraire et à bien des égards une conséquence de la rupture qu'a constitué la colonisation. En effet, les trois premières décennies de l'indépendance des pays africains ont été caractérisées par l'absence notoire de démocratie, voire la confiscation des libertés. Durant cette période, le syndicat, généralement unique, centralisé et inféodé au parti unique, était un instrument d'encadrement des travailleurs. Les jeunes et les femmes étaient également organisés au sein d'associations monolithiques, elles-mêmes rattachées au parti. L'économie était planifiée et fortement nationalisée, même dans les pays qui se réclament ouvertement du libéralisme économique. Ainsi, progressivement, un fossé profond s'est creusé entre les populations et leurs dirigeants qui se montraient incapables de comprendre leurs problèmes et encore moins d'y trouver des solutions. Profitant du mécontentement général, les militaires ont multiplié les 20

coups d'Etat et se sont relayés au pouvoir, donnant parfois à leur régime une apparence constitutionnelle. Incapables de satisfaire les promesses de moralisation de la vie publique et de bonne gestion, les régimes militaires ont fini par exaspérer des populations désespérées par la corruption, le népotisme et la confiscation des libertés. L'approfondissement de la crise économique a favorisé la cristallisation de ce mécontentement général contre les régimes politiques en place. La crise économique les ayant poussé, dès les années 80, à conclure des programmes d'ajustement structurel (PAS) avec les bailleurs de fonds internationaux - programmes aux conséquences sociales dramatiques -, les régimes africains se sont fragilisés chaque jour davantage. Les PAS ont particulièrement sapé la base sociale des régimes dans les villes. Programmes de départ volontaire de la fonction publique, licenciements massifs opérés dans les entreprises publiques, manque de débouchés pour de nombreux jeunes diplômés... tous ces facteurs se sont conjugués. pour grossir le nombre des exclus dans les villes. Cette armée grandissante d'exclus fut récupérée par une opposition organisée au sein d'associations politiques plus ou moins clandestines qui ont commencé à se montrer au grand jour au fur et à mesure que le mouvement de révolte citadine s'amplifiait.

Le tournant
Les mécontentements croissants orchestrés par des organisations structurées sont à la source du mouvement de démocratisation actuel, mais il ne faut pas pour autant oublier l'impact des événements survenus dans les pays de l'Est de même que les prises de position des partenaires extérieurs, qui ont été des catalyseurs de la démocratisation. Ainsi, dans un rapport publié en 1989, intitulé De la crise à la croissance durable, la Banque mondiale proposait la légitimité politique et le consensus comme conditions nécessaires pour instaurer un développement durable en Afrique. Les institutions de Bretton Woods (Banque mondiale et FMI) semblaient désormais persuadées que la démocratie offrait un environnement favorable au développement économique. L'île Maurice et le Botswana furent cités comme exemples à suivre pour les autres pays africains. En 1990, au sommet de La Baule, le président français François Mitterrand affirmait vouloir lier l'aide au développement à la démocratisation des pays africains. En 1991, l'USAID adhéra à cette thèse, le Congrès américain ayant donné des directives pour 21

tenir compte des progrès de la démocratie dans l'attribution de l'aide. C'est donc dans un contexte caractérisé par la radicalisation des revendications à l'intérieur et par les pressions externes pour plus de démocratie et de libertés - pressions facilitées par la fin de la guerre froide - que l'ensemble des pays africains, à des degrés divers et avec des fortunes diverses, se sont engagés dans un processus de démocratisation. Si certains pays sont parvenus de façon pacifique à de véritables changements, leurs chefs d'Etat ayant accepté sagement le verdict des urnes (Bénin, Zambie, Malawi, République centrafricaine, Congo, Afrique du Sud), d'autres en revanche ont connu des mutations plus violentes. Ce fut le cas du Mali où la transition démocratique n'a pu avoir lieu qu'après des insurrections et un coup d'Etat militaire. Un grand nombre de pays ont connu une ouverture démocratique plus ou moins contrôlée, les élections ayant débouché sur la reconduction des anciennes équipes dirigeantes (Côte d'Ivoire, Burkina Faso, Gabon, Togo, Cameroun); cependant ces élections ont souvent manqué de transparence. Certains sont toujours engagés dans d'interminables transitions (Zaïre, Tchad) ou se refusent à une réelle ouverture démocratique (Nigeria, Soudan, Ouganda, Togo et dans une moindre mesure le Kenya). D'autres pays connaissent par ailleurs des guerres civiles et sont encore à la recherche de la paix (Angola, Somalie, Libéria) ou tentent de la consolider (Mozambique). Il faut aussi signaler le cas spécifique du Rwanda et du Burundi où la démocratisation a généré un conflit ethnique majeur ayant entraîné un génocide (Rwanda), ce qui a compliqué les données de la problématique de démocratisation. Bref, partout en Afrique, la démocratisation est en marche. Avec des succès divers certes, mais elle doit toujours faire face à de nombreux défis. Les événements survenus au premier semestre de 1996, comme le coup d'Etat du colonel Maïnassara au Niger, les révoltes des militaires en Guinée, en Centrafrique et au Congo montrent que les résultats sont encores fragiles et que rien n'est définitivement acquis en matière de démocratisation sur le continent.

La colère
Le type de démocratie choisi en Afrique est proche du modèle européen, c'est-à-dire un système politique permettant au peuple d'élire librement ses dirigeants et qui assure une séparation des pouvoirs ainsi que le contrôle de l'exécutif. Un tel système suppose le 22

respect des libertés individuelles et collectives et l'existence de contrepouvoirs tels qu'une preSse libre et une societé civile forte, Dans un brillant exposé, Mafeje a développé l'idée que l'Afrique a emprunté à l'Europe le vocabulaire sur la démocratie, mais ces mots ne sont fonctionnels que si une grammaire commune les décline (Mafeje, 1995). C'était, selon lui, "folie" de vouloir transplanter des systèmes démocratiques élaborés au cours de deux cents ans d'histoire et dans un contexte spécifique. Le débat sur la démocratisation en Afrique a donc, dans beaucoup de milieux, ajouté une dimension supplémentaire à l'afro-pessimisme. Les bilans intermédiaires de la démocratisation sont souvent négatifs (voir le résumé de Lemarchand, 1992) et montrent de grandes différences entre les pays africains. Dans un aide-mémoire sur l'état des lieux de la démocratisation dans quinze pays francophones où de nombreux critères permettent de meSurer le "design" démocratique et surtout la mise en œuvre du concept démocratique, Monga fait état de sombres perspectives dans la plupart des pays (Monga, 1995, p. 63 et suiv.). La fragilité de la démocratie s'avère d'autant que ce bilan plaçait le Niger deuxième après le Bénin selon le "classement démocratique" de Monga, ce quelques mois juste avant le coup d'Etat militaire à Niamey. Plus intéressant et plus prometteur, l'avènement de la démocratie a ouvert la voie à un véritable brassage des idées, des propositions, des théories et des actions. Le monde intellectuel, les femmes et les hommes politiques, le grand public, tous ont commencé à s'interroger sur la démocratie. Ils reconnaissent que sa forme actuelle n'est qu'un début et qu'elle doit être adaptée aux réalités africaines. "Pour les Africains, dit Monga dans son livre pétillant Anthropologie de la colère, il s'agit là d'une manière de réappropriation de la parole, trop longtemps confisquée par les institutions officielles du pouvoir." (Monga, 1994, p. 99). "... Comment gérer la colère collective et éviter ,sous le masque d'une société civile informe, qu'elle ne dégénère en une sorte de cacophonie anarchiste, comment restaurer la crédibilité de l'Etat en solidifiant simultanémentles structures de la société 'privée'?" (Ibid, p. 117). Le défi consiste à développer une forme de démocratie qui réponde aux besoins africains dans un contexte africain et qui varie d'un pays à l'autre. La soif de démocratie doit être traduite dans une forme appropriée, le vocabulaire a besoin d'une grammaire. "La démocratie" n'est pas un système x ou y, c'est un phénomène dynamique (Sklar, 1987). Les pays africains ne sont pas encore installés de façon irréversible dans la démocratie. Trop de facteurs fragilisent la 23

démocratie naissante. A commencer par la résolution des problèmes de survie dans un contexte économique très difficile et qui exige, pour s'en sortir, d'énormes sacrifices.
DÉMOCRATIE ET DÉVELOPPEMENT

Si, au cours des cinq dernières années, on a assisté à une véritable poussée démocratique en Afrique, cette fin de XXè siècle est aussi malheureusement marquée par la poursuite de la dégradation des conditions de vie des populations sur le continent. La coïncidence des deux phénomènes ravive le débat sur la nature des relations entre démocratie et développement. Ce débat prend d'autant plus d'importance qu'il est inadmissible d'accepter une chute continue des conditions de vie en Afrique subsaharienne et qu'il est urgent de renforcer une démocratie encore trop fragile. Un débat sur la démocratie excluant l'environnement économique est absolument inapproprié, comme beaucoup d'auteurs l'ont déjà fait remarquer. Une étude le confirme: "Les habitants ruraux de l'Afrique et les classes urbaines les plus défavorisées, plus qu'une paix sociale, exigent un système judiciaire qui fonctionne où des hommes politiques sont redevables envers leurs électeurs. Il veulent la justice et un ordre légal; ils veulent de meilleures conditions de vie pour leurs familles, pouvoir donner une éducation à leurs enfants, ce tout autant que l'opportunité de voter pour telle ou telle élite. Des régimes autoritaires sont renversés parce qu'ils ont manqué à l'obligation de satisfaire à ces besoins. Les régimes démocratiques seront jugés (aux yeux de leurs populations) sur leur capacité à répondre à de telles situations." (Newbury, 1994, p. 2). Avant de s'interroger sur la question de savoir si le développement est une condition nécessaire à la démocratie ou si la démocratie devrait précéder le développement, précisons ce que nous entendons par développement. A notre sens, tout développement doit être un développement durable. Entendons par là qu'il doit permettre l'amélioration du bien être physique et moral de la population qui, tout en préservant l'environnement, participe d'une part à la production et au partage équitable des bénéfices de cette production et d'autre part à la gestion transparente de la chose publique et au respect de l'Etat de droit. Cette définition implique une distinction entre croissance économique et développement. Outre la notion de produit intérieur brut (PIB) par habitant, on prend maintenant en compte des indicateurs de développement humain pour caractériser le niveau de développement 24

d'un pays. Cela illustre bien les limites de la croissance économique comme critère d'identification du bien-être des habitants d'un pays. Par ailleurs, malgré un taux de croissance économique élevé, un pays ne peut se développer sans une répartition équitable de cette richesse supplémentaire, sans une amélioration du bien-être de la population ni sans un changement structurel de la production. Le taux de croissance ne donne aucune information sur le niveau de bien-être d'une population :l'investissement est-il privilégié ou est-ce plutôt la consommation? Et dans ce cas, dans quels secteurs investit-on? L'exemple de l'ex:-URSS est parlant: le niveau de bien-être de la population s'est écroulé alors que ce pays avait une croissance relativement élevée qui provenait notamment des investissements effectués en priorité dans l'armement. Il est évident que nous ne pouvons parler de développement du Zaïre si, le prix du cuivre augmentant, la richesse nationale s'accroît sans effets perceptibles sur les conditions de vie de la majorité des Zaïrois. Pour parler de développement, il faut que la population participe à la production. En effet, une population qui vit sur la seule exploitation de ses ressources naturelles par les étrangers. ne peut prétendre se développer. Elle est trop dépendante de l'étranger et ne maîtrise pas son destin. Comme le dit si bien Ki-Zerbo, on ne développe pas un peuple, il se développe. (Ki-Zerbo, 1992). Lorsque l' "on nous développe", nous avons un rôle passif; nous ne pouvons participer à la définition des grandes orientations et priorités du pays et subissons l'allocation sectorielle des ressources définies par ceux qui nous développent.

Se développer
Se développer et non être développé par quelqu'un d'autre implique que l'on soit aussi acteur du processus de développement; que l'on participe à la définition des grandes orientations et priorités du pays, à la gestion de la chose publique. Il ne peut se limiter à la notion de croissance, croissance qui n'impose pas nécessairement de contraintes aux gouvernants. Si le développement veut dire épanouissement de l'être humain, alors il est indéniable que la démocratie est indispensable au développement. Ily a dix ans, Anyang'Nyong'o soutenait que l'absence de démocratie était la première cause d'absence de développement en Afrique (Anyang'Nyong'o, 1987). Cette thèse est aujourd'hui très controversée, les auteurs la défendant étant aussi nombreux que ceux 25

développant des arguments contre (voir Buijtenhuis et Rijnierse, 1993). Dans ce débat, Anyang'Nyong'o devait plus tard répondre que la

démocratie méritait d'être défendue en Afrique parce qu il s'agit
'"

d'une cause philosophique et morale avant d'être politique et économique" (1995, p. 38). Alain Touraine, dans le même esprit que Ki-Zerbo a ajouté quant à lui que "le développement n'est pas la cause, il est la conséquence de la démocratie" (Touraine, 1994, p. 222). La démocratie permet à chacun de se sentir concerné et considéré et ainsi de donner le meilleur de soi-même. C'est donc par la démocratie que l'on pourra mobiliser les ressources dont un pays a besoin pour son développement. Les réformes économiques structurelles seront aussi plus durables et plus pertinentes si elles résultent d'un processus démocratique et d'une concertation avec les organisations de la société civile (Torres, 1995, p. 53). La démocratie est indispensable si l'on veut assurer le développement durable d'un pays. L'exemple des pays de l'Asie du Sud-Est prête à croire que la pauvreté, la sous-alimentation, la malnutrition, les taux de mortalité infantile élevés, etc. ne sont pas une fatalité et que ces malheurs peuvent en fait être vaincus par des politiques appropriées. Mais, comme notre définition du développement le suggère, ces politiques économiques supposent qu'il y ait consultation et concertation des populations concernées. Cette méthode de gestion politique n'a pas été appliquée dans le cas des PAS qui ont dominé les politiques économiques en Afrique depuis le début des années 80. Nous reviendrons en détail sur les politiques des PAS dans le chapitre 3. LA PARTICIPATION DÉMOCRATIQUE
1

La participation est une notion difficile à définir parce qu'elle touche à toutes les dimensions de la société: l'économie, la politique, le social et le culturel. Dans le domaine des relations de travail, la notion de "participation des travailleurs" fait généralement et principalement référence à la prise de décision. Ce phénomène doit être défini dans une perspective dynamique. La. participation des travailleurs est un processus de transformation progressive des relations de travail. Par l'accumulation et l'institutionnalisation des

1. Certains arguments de cette section sont extraits d'ouvrages déjà publiés (Kester, 1992).

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pratiques participatives, les travailleurs acquièrent une influence indépendante, significative et effective sur les prises de décision aux différents niveaux. de la gestion et/ou de la politique menée par l'entreprise. Cette influence peut s'étendre, à travers les syndicats, à tous les niveaux décisionnels, au-delà de l'entreprise (Kester, 1995, p.61). La notion de participation se réfère le plus souvent au partage du pouvoir mais elle est aussi utilisée dans un sens plus large: un partage dans la distribution des revenus (profits) et de l'emploi (démocratie économique) et un partage de la production (meilleure utilisation des ressources humaines). Le concept de "participation populaire" est la notion la plus globale et fait référence à la fois au partage du pouvoir, au partage des revenus et de l'emploi et au partage de la production. Beaucoup de pays du tiers-monde, après leur indépendance, ont adopté. une politique de participation dans le cadre de leur stratégie de développement pour créer un nouvel ordre politique, économique et social et pour accompagner la nationalisation de l'économie. Inspirées par des théories et pratiques européennes, les différentes formes de participation et d'autogestion introduites visaient à créer des institutions et pratiques démocratiques dans le processus de développement socio-économique et à apporter un changement rapide vers l'autodétermination et l' autosuffisance. On peut rappeler ici l'expérience du Chili où Allende introduisit la codétermination et. l'autogestion dans les entreprises nationalisées (Raptis, 1974, Espinosa/Zimbalist, 1978), la transition vers l'autogestion dans le secteur de la propriété sociale au Pérou (Lowenthal, 1975, Stephens, 1980) introduit par la junte militaire (Meister, 1981), les comités des.travailleurs dans le secteur public au Sri Lanka (Abeyasekera, 1977), le plan Ecevit en Turquie qui visait à transformer l'ensemble du secteur public en un secteur autogéré par les travailleurs (Dca, 1983) ainsi que d'autres expériences en Asie et en Amérique latine (Spirianni, 1987, Prasnikar, 1991, Bayat, 1991).

La participation

confisquée elle aussi

L'Afrique aussi a connu de telles expériences. En Zambie la "philosophie humaniste" impliquait pour Kaunda la transition d'une société où les entreprises capitalistes étaient entre les mains de quelques-uns vers une société d'abord caractérisée par la dignité de l'homme et la justice sociale, l'objectif final étant que les travailleurs gèrent eux-mêmes leurs entreprises (Fincham et Zulu, 1980). De 27

même, le développement centré sur l'être humain était au cœur de l'approche du développement de la Tanzanie et supposait l'introduction de différentes formes de participation des travailleurs (Mihyo, 1983). L'autogestion était la politique officielle de l'Algérie dans les premières années de son indépendance (Clegg, 1971) et l'Egypte institua d'importantes structures formelles de participation des travailleurs au niveau de la gestion et de la direction des entreprises publiques (EI-Sayed, 1978). Des leaders africains charismatiques (Nasser, Nyerere, Kaunda, etc.) ont joué un rôle prédominant dans l'initiation et l'application de telles politiques. Mais ce type de participation, introduit par idéologie et quelque endoctrinement de la part des leaders politiques, dépendait fortement des manipulations du gouvernement et des dirigeants d'entreprises publiques. La participation, elle aussi, fut "confisquée" pour ne plus être qu'un moyen d'inciter les travailleurs à une plus grande productivité, voire de les contrôler -les comités d'entreprise ont souvent été remplacés par des "comités de production"! Ces comités étaient composés essentiellement des principaux gestionnaires, des dirigeants syndicaux et du parti politique unique, les deux derniers ne faisant bien souvent qu'un (voir chapitre Il sur le Mozambique). Dans certains pays comme la Zambie (et plus tard le Zimbabwe), des comités de travailleurs furent mis en place dans le but d'affaiblir les syndicats qui refusaient de s'intégrer au parti unique. Le destin des régimes d'après l'indépendance est bien connu. Le pouvoir conquis démocratiquement a corrumpu les dirigeants. L'utopie devint slogan, le slogan dogme, le dogme répression, la répression dictature voire tyrannie. Conformément à cette évolution, le destin de la participation a changé: initialement objet de libération économique et sociale, elle est devenue objet de manipulation et d'exploitation (Kester, 1995, p. 228). Dans bien des pays francophones, la "participation responsable" devint le mot d'ordre. Les syndicats ont eux-mêmes lancé cette politique, comme au Togo (Barnabo, 1981, voir aussi dans cette publication le chapitre de Laré sur le Togo), au Sénégal (Fall, 1987), au Mali (Dicko, Sidibé et Touré, 1985), etc. Cette politique visait a coopter la société civile, les syndicats surtout, afin de les mobiliser pour les objectifs établis d'avance par le parti unique ou le régime militaire. La politique était donc purement manipulative et la participation confisquée. La faillite des expériences participatives et autogestionnaires ne s'explique pas par la faiblesse du phénomène en soi mais parle fait que 28

les conditions de développement de la participation n'étaient pas réunies. La participation n'a pas échoué, c'est sa mise en œuvre qui a échoué. Les forces conservatrices ont bien sûr développé des contrestratégies mais les pourparlers de participation n'ont pas apporté l'appui nécessaire (la formation surtout a manqué), les politiciens et les leaders syndicaux se contentaient de la seule rhétorique, etc. (Stephens, 1980, Kester, 1992, p. 237 et suiv.). La participation contestée

L'économie africaine est donc "tombée en panne" (Giri, 1986) et il faut avouer que les PAS ne furent pas introduits pour le plaisir de "restucturer" mais par néc~ssité, pour mettre un terme à la mauvaise gestion de l'économie. Un changement dans la politique économique était bien évidemment nécessaire mais ce qui est condamnable est la manière dont les nouvelles politiques économiques et particulièrement les PAS furent décidées et appliquées (voir chapitre 3). Les grandes notions de la nouvelle politique économique sont la réduction du secteur public, la privatisation, la libéralisation des marchés, la réduction du rôle de l'Etat en général. Les notions de syndicat et de participation en sont absentes. Ces deux notions sont-elles associées à la mauvaise gestion? On serait tentés de le croire car les gouvernements ne favorisent plus la participation qu'ils ont eux-mêmes introduite dans nombre de pays. Ils adoptent de nouvelles législations de travail pour attirer les investisseurs privés locaux ou étrangers en leur garantissant libre jeu sur les lieux de travail. La démocratie se cantonne aux élections pluriannuelles, l'économie appartient aux patrons. Le syndicalisme est perçu comme un harcèlement, la participation comme un faux-pas des anciens régimes. Cette tendance ne se limite pas à l'Afrique. En Europe aussi, où la participation des travailleurs était un phénomène dynamique dans les années 60 et 70, priviligié par les syndicats et souvent appuyé par la législation, la nouvelle tendance néolibérale a arrêté l'évolution de la participation dans la prise des décision et l'a remplacé par toute une série d'initiatives patronales pour développer la participation organisationnelle et financière (devenues des stratégies antisyndicales) et arrêter l'intrusion dans les prérogatives managériales (pinaud, 1995, pp. 33-48). Ce qui est surprenant, c'est que la participation des travailleurs n'a pas été tout à fait rejetée en même temps que les anciens dirigeants, idéologies et systèmes, quand les nouveaux vents ont soufflé sur 29

l'Afrique. Cela contrairement à l'Europe de l'Est où la "participation" est devenue un gros mot du vocabulaire politique. La Charte africaine de la participation populaire au développement et à la transformation d'Arusha (1991), adoptée lors d'une conférence des chefs de gouvernement et des ONG nationales et internationales, a préféré réhabiliter les valeurs et les objectifs de la participation sans cependant formuler de politique ni de stratégie pratiques afférentes. La Charte a enflammé pour un moment la rhétorique sur la participation mais elle n'a pas eu de suivi. Aujourd'hui en Afrique, le débat politique sur la participation en est au point mort. Ainsi que, plus ou moins, le débat syndical. Néanmoins, comme nous le verrons dans le chapitre 4, l'intérêt pour la participation parmi les travailleurs et les militants syndicaux à la base n'est pas mort. Les études du PADEP confirment le besoin sinon la soif de participation de la plupart des militants. Soif qui n'est pas seulement celle de s'exprimer, de critiquer, ou de partager, mais qui est aussi la soif de contribuer à la productivité et à l' efficicacité sur le lieu de travail. La proposition de ce livre est que ce débat doit être renouvelé. La participation responsable doit être remplacée par la participation démocratique avec des buts, des valeurs et des objectifs nouveaux. La participation démocratique des travailleurs doit créer les conditions pour une nouvelle justice économique et sociale qui constituera le fondement nécessaire à toute démocratie réelle.
DÉMOCRATIE, PARTICIPATION ET DÉVELOPPEMENT

Concernant la démocratie, la participation peut jouer un rôle important. La thèse de Pateman (1970), devenue classique et non contestée dans les sciences politiques à ce jour, défend l'idée que la participation dans la vie quotidienne, et surtout sur le lieu de travail, est une condition nécessaire pour la durabilité et l'approfondissement de la démocratie politique et pour développer une culture démocratique. Cette thèse a été récemment reconfirmée par Touraine (1994) et Dahrendorf (1996). L'appliquant plus particulièrement aux relations de travail, Albert a pu prouver d'une manière convaincante que, parmi les pays industrialisés, ceux ayant une structure de participation (consultation et codétermination), les pays dits "rhénans" (Allemagne, Bénélux, Scandinavie) sont les plus performants en matière économie et sociale combinées (Albert, 1991).

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Les analystes africains vont dans le même sens. Monga soutient que les groupes sociaux, y compris les syndicats, "sont mûs par une soif de s'exprimer, de participer, d'être représentés dans les cénacles décisifs ( ) le véritable enjeu est l'élargissement du champ de la participation populaire" (Monga, 1994, p. 106 et 126). Le problème fondamental de la gouvernanceest l'absence de participation, dit Ake, et "c'est seulement la participation qui peut assurer une démocratie profonde" (Ake,1995, p. 89). Selon Ayesha Iman, la démocratie doit être définie par rapport à la vie quotidienne de l'ensemble des citoyens et doit inclure le droit pour tous de participer aux décisions importantes pour eux (Imam, 1991, p. 5). Le postulat de cette étude est que la démocratie ne peut survivre que si elle est participative, et qu'une démocratie participative est une condition nécessaire pour le développement. Cette orientation est à présent partagée par la Banque mondiale, le PNUD, l'OCDE et autres, comme nous aurons l'occasion de le démontrer dans le chapitre 4. Dans le contexte africain, il est extrêmement important de savoir quelles idées ont développées les Sud.,Africains dans la préparation de la démocratie politique, l'un des exploits les plus remarquables de ce siècle. Pour citer le manifeste du gouvernement ANC : "... Plutôt que de se limiter à des élections périodiques, la démocratie est un processus actif donnant à chacun la possibilité de contribuer à la reconstruction et au développement (...) l'objectif principal est de démocratiser l'économie et d'y impliquer ceux qui étaient opprimés dans le passé - en particulier les travailleurs, les femmes et leurs organisations - et d'encourager une plus grande participation aux décisions économiques, que ce soit dans le secteur privé ou le secteur public..." (RDP,1994, pp. 7 et 78-79). Dans le chapitre 4, nous traiterons des initiatives sudafricaines. Le "votisme" n'est pas la démocratie. La démocratie est, outre l'acception stricte du terme, un phénomène politique, un phénomène aux dimensions économiques, sociales et culturelles, et ces dimensions se retrouvent dans le concept plus large de "démocratie participative". La participation est le ciment entre les élections générales et la démocratie à la base. Elle constitue un complément nécessaire de la démocratie politique .car elle permet à la population de s'exprimer continûment et de prendre part à l'allocation et à la distribution des richesses. La Charte pour la participation populaire d' Arusha a initié cette vision plus large de la démocratie. Dans la Déclaration universelle des droits de l'homme, la participation est également considérée comme un droit fondamental, de 31

même que le droit de s'exprimer et le droit de vote sont vus comme les composantes de l'intégrité et de la dignité de la personne humaine. LE SYNDICALISME AFRICAIN Les syndicats ont joué un rôle important dans la lutte pour les indépendances africaines, en étroite collaboration avec les partis poliques africains. C~ faisant, ils pensaient que l'indépendance allait non seulement leur garantir plus de libertés dans l'action syndicale mais aussi promouvoir le développement et, par là même, l'amélioration des conditions de vie et de travail de leurs adhérents. C'est pourquoi ils ont manifesté beaucoup d'intérêt et de disponibilité pour participer au développement économique et social des jeunes pays indépendants. Cependant, une fois les indépendances acquises, les leaders politiques ont manifesté une certaine méfiance à l'encontre des syndicats qui, à leur goût, commençaient à être par trop revendicatifs. En fait, les gouvernements africains, qu'ils soient civils ou militaires, n'ont pas donné suffisamment d'espace pour permettre une participation indépendante et démocratique des syndicats dans la conception et la mise en œuvre des programmes de développement économique et social. Lorsqu'ils ont accepté de les associer, c'était dans le cadre d'une pseudo-politique de "participation responsable" qui les réduisait à un rôle d'appendice du pouvoir, une sorte de courroie de transmission auprès des travailleurs. Pour éviter d'être isolés, interdits ou durement réprimés, pour simplement survivre, les syndicats ont accepté de jouer ce rôle en espérant trouver une marge de manœuvre qui leur assure un minimum d'autonomie et de crédibilité auprès des travailleurs. Ainsi, grâce aux ressorts propres au mouvement syndical et à l'appui des organisations syndicales internationales, les syndicats africains ont pu garder une marge de manœuvre, plus ou moins importante selon les pays. Cette autonomie a été généralement très faible sinon nulle dans les régimes d'inspiration communiste (la Guinée sous Sékou Touré) et ceux ouvertement dictatoriaux (Togo). Elle a été moyenne dans de nombreux pays (Mali, Sénégal, Nigeria, etc.) et importante dans quelques rares pays (Burkina Faso, Zambie). Nulle part cependant, les gouvernements n'ont pu réduire totalement au silence le mouvement syndical. Nulle part les gouvernements n'ont pu contrôler l'ensemble des structures syndicales comme ils l'auraient voulu. Si les instances supérieures des syndicats étaient plus ou moins contrôlées par les gouvernements, les structures intermédiaires et surtout les bases syndicales jouissaient souvent de plus d'autonomie. 32

La démocratie syndicale était souvent plus forte à la base qu'au sommet, celui-ci ayant été longtemps caractérisé par des bureaux "préfabriqués" , inspirés voire imposés par.le pouvoir politique. Il n'est pas étonnant que depuis le début des années 80, il y ait eu une formidable pression de la base syndicale pour remettre en cause les relations entre les centrales syndicales et les gouvernements, relations jugées trop défavorables aux travailleurs. La trop grande dépendance des syndicats par rapport à l'Etat, tant dans leur organisation que dans leur fonctionnement, a fini par exaspérer les travailleurs qui continuaient à voir leur niveau de vie et leurs emplois menacés malgré une prétendue participation des syndicats aux prises de décision. En réalité, quand on parle de l'embrigadement des syndicats par les pouvoirs en place, on se réfère bien souvent à l'action des leaders et des directions nationales. On oublie souvent que les syndicats sont traversés par plusieurs forces internes, plusieurs courants qui ne partagent pas la même vision de la politique syndicale. Bien souvent, les courants hostiles à un alignement du syndicat sur les positions du parti ont été combattus par les gouvernements qui ont aidé les tendances leur étant favorables à accéder. à la direction des syndicats par le biais d'élections manipulées.

Syndicats et démocratisation
Si les syndicats se sont engagés plus que d'autres forces sociales dans le processus de démocratisation, c'est parce qu'ils sont une composante exceptionnelle de la société civile et qu'ils bénéficient d'atouts spécifiques. De par leur position dans l'économie, ils sont des acteurs importants dont les prises de position ne peuvent être ignorées des pouvoirs publics. En déclenchant une grève dans des secteurs stratégiques comme l'énergie, les transports ou les télécommunications, les syndicats peuvent paralyser une bonne partie de l'économie, comme ils l'ont démontré lors du processus de démocratisation. Par ailleurs, à travers la protection internationale dont ils bénéficient, les syndicats évoluent dans le cadre d'une chaîne de solidarité internationale, ce qui n'est pas le cas pour les autres groupes sociaux. Les protestations des centrales internationales et les condamnations de l'OIT sont redoutées par tous les gouvernements. Elles ont bien souvent contribué à faire sortir des syndicalistes de prison et à préserver un minimum de libertés syndicales dans les pays de dictature.

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Les syndicats ont également développé, pendant la période coloniale, une culture de solidarité, de combat contre l'injustice économique et sociale et de promotion des droits de l'homme. Ils n'ont pas toujours disposé de la marge de manœuvre et de la foree nécessaires. pour défendre efficacement ces valeurs mais ils en ont toujours été porteurs, au moins dans le discours. Aujourd'hui, alors que les gouvernements ont tourné le dos à la participation à la faveur du libéralisme économique et de la réduction du rôle de l'Etat, le syndicat est fortement interpellé. Si la participation est encore recherchée comme un moyen de garantir la cohésion sociale et le développement harmonieux dans un cadre négocié pour éviter la cassure sociale, qui est mieux placé que le syndicat pour en être le promoteur? Dans une Afrique en mutation profonde, qui invente la démocratie dans un contexte économique et social précaire alors que les partis politiques ne sont préoccupés que par la conquête du pouvoir, qui doit proposer une vision, un projet de société ayant quelque chances d'être accepté par les différentes forees sociales? Aujourd 'hui les syndicats doivent aller au-delà des protestations contre les PAS et dégager des propositions alternatives à travers un nouveau pacte social négocié par tous les acteurs sociaux (partis politiques, gouvernement, employeurs, etc.), une charte sur la gestion des grands problèmes nationaux dont le respect sera le fondement d'une

démocratiedurable. La participation démocratique - dont les syndicats
semblent se détourner - peut être l'instrument d'une telle politique. Une grande question demeure: les syndicats sont-ils capables de relever ce défi?

Un syndicalisme en mutation et non en érosion
Une récente étude ambitieuse sur l'état des lieux des syndicats dans le tiers-monde a tiré la conclusion que les syndicats sont dans un état d'érosion et même proche" d'une élimination presque totale comme institution sociale importante" (Thomas, 1995, p. 3). Pour Thomas et ses collaborateurs, les syndicats ont surtout été forts en Afrique dans les années qui ont suivi l'indépendance et ont obtenu des avantages économiques importants pour leurs adhérents tout en restant en contact légitime avec leur base (Ibid., p. 15). En somme, le mouvement syndical aurait perdu son pouvoir économique, social et politique (Ibid., p. 235). On retrouve ici un malentendu important et assez répandu. Il est regrettable qu'une étude qui se réclame d'une méthode scientifique 34

rigoureuse (Ibid. , p. 20) ne définisse pas la notion d'érosion et n'aborde pas non plus les critères d'évaluation de la nature et du degré de cette érosion. Les trois critères implicites de cette étude sont: la perte d'influence syndicale, la perte de légimité et la perte d'adhérents. Il est vrai que le nombre d'adhérents syndicaux a diminué mais le phénomène doit être analysé avec prudence. Dans la plupart des pays, les adhérents étaient inscrits par check-off automatique, ce qui donnait une impression erronée de leur nombre réel. "Les syndicats étaient surtout conçus comme des chambres d'enregistrement issues des partis uniques en place." (Monga, 1994, p. 102). Les programmes d'ajustement structurel ont, du fait des nombreux licenciements qu'ils ont entraînés, contribué à la réduction du nombre d'adhérents syndicaux. Erosion certes donc, si l'on se réfère purement aux statistiques concernant le nombre d'adhérents payants. Mais s'agit-il d'adhérents nominaux, symboliques, ou d'adhérents ayant choisi librement d'être syndicalistes? Les événements des dernières années ont montré de manière incontournable que les syndicats s'étaient contentés, et pendant trop lontemps, d'organiser le secteur formel, c'est-à-dire le secteur public. Aujourd'hui, ils payent cette négligence mais c'est peut-être positif. Privés d'une part des cotisations (et encore dans nombre de pays les subventions de l'Etat sont-elles liées à la docilité des syndicats à l'époque du parti unique), les syndicats sont forcés de s'intéresser d'avantage aux autres catégories de travailleurs. D'ores et déjà, la qualité et la diversité de l'adhésion syndicale s'améliorent, comme le montre d'ailleurs une étude sur le Zimbabwe dans le même ouvrage de Thomas: la ZCTU (Zimbabwe Congress ~ofTrade Unions) a pu se réorganiser, ouvrir la porte à de nouvelles catégories d'adhérents, forger des alliances avec d'autres organisations dans la société civile tout en ayant un impact sur le processus de démocratisation, surtout dans les zones non urbanisées (Schiphorst, 1995, p.229). Ces dernières années, il y a eu une véritable mobilisation pour intéresser les femmes à l'activité syndicale, pour qu'elles se syndiquent et, de manière générale, pour faire du syndicalisme un terrain de combat pour la condition féminine. Dans presque tous les pays africains, il existe des projets syndicaux impliquant les femmes. Erosion ou prise de conscience? Par ailleurs, les syndicats n'ont pas perdu leur légimité vis-à-vis de leurs adhérents et des travailleurs en général, au contraire ils ont progressé. Dans la plupart des pays africains, les syndicats étaient plus ou moins intégrés au parti politique unique, leurs dirigeants étant 35

désignés plutôt qu'élus. La formation syndicale reposait aussi bien sur le dogmatisme que l'endoctrinement. Il s'agissait plus d'un "syndicalisme d'Etat" que d'un syndicalisme pratiqué par les adhérents. Ces cinq dernières années, le divorce d'avec le parti unique ou le régime a ouvert un espace pour la démocratisation, comme le montrent particulièrement les chapitres 8, 11, 13 et 14 de ce livre. Le contrôle démocratique venu d'en bas se fait de plus en plus sentir, ce qui augmente à la fois la légitimité et la force des syndicats. Cela débouche, et c'est inévitable, sur un syndicalisme pluriel et pose la question de l'unité syndicale, tout au moins l'unité d'action. Les syndicats passent d'une situation gènante où ils avaient une pseudo-importance à une situation où ils ont conquis, ou obtenu, leur indépendance vis-à-vis des partis politiques et des gouvernements, où ils sont en voie de démocratisation interne après quelques décennies de choix des leaders par désignation, nomination ou acclamation. Les syndicats en ont-ils perdu pour autant leur influence? Comme nous l'avons déjà évoqué, les structures syndicales ont été pour la plupart piratées par les partis politiques uniques ou les régimes militaires et, bien souvent, les syndicats n'ont pu négocier en faveur des travailleurs: les mesures étaient annoncées par les leaders politiques et les leaders syndicaux n'avaient plus qu'à applaudir. Les syndicats n'étaient ni autonomes ni démocratiques, et encore moins libres. Il suffit de lire les pages sur le Mozambique présentées dans ce livre (chapitre Il) pour apprécier quelle était encore récemment la situation syndicale dans certains pays africains. Les auteurs se demandent mème si on peut parler de syndicalisme au Mozambique. Plus généralement, le chapitre 3 montre que l'influence syndicale sur les PAS a été presque nulle dans les années 80, mais qu'elle commence à se faire sentir ces dernières années. C'est dire que le syndicalisme bouge! Lorsque l'on parle d'une quasi-élimination des syndicats, il est plus juste de se référer au passé qu'aux dernières années. En effet, depuis quelque temps, les syndicats ne sont pas en érosion mais plutôt en pleine mutation. Ils sont entrés dans une ère de transformation fondamentale qui les a bien sûr affaiblis, surtout matériellement, le check-off automatique ayant été annulé et les subventions suspendues ou retirées. Le syndicalisme, c'est certain, traverse une période de choc mais cela ne signifie pas qu'il soit en érosion. Il est en plein changement et en train de se réorganiser et de se réorienter. Devant les multiples problèmes, les syndicats n'ont pas abandonné la lutte, comme le montre dans ce livre la situation de dix différents pays africains.

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Les syndicats et leur rendez-vous avec l'histoire
D'autres analyses, surtout celle d'Akwetey (1994), ne partagent pas le pessimisme sur l'avenir des syndicats. L'analyse d'Akwetey montre que le syndicat est la force la plus importante de la société civile et assume ainsi une lourde responsabilité pour la défense de la démocratie. Nous reviendrons plus en détail sur les théories d'Akwetey dans le chapitre 2. Torres fait quant à elle état d'une étude en Afrique de Sud et qualifie les syndicatsd"'écoles de la démocratie" : les connaissances et expériences acquises dans le travail syndical ainsi que la formation au leadership sont des éléments importants pour obtenir une" compétence démocratique" en général et pour nourrir des valeurs démocratiques. Elle constate qu'au fur et à mesure que les.travailleurs gagnent un certain contrôle sur leur lieu de travail, ils désirent avoir plus de pouvoir dans les décisions importantes pour leur vie après le travail (Torres, 1995, p. 38 et suiv.). Le défi principal de ce travail étant d'examiner comment les syndicats peuvent contribuer à rendre la démocratie durable en Afrique, nous formulons. une hypothèse: les syndicats sont parmi les mieux placés pour promouvoir la participation effective et significative des travailleurs sur le lieu de travail et dans l'économie, et, ce faisant, ils contribuent substantiellement à l'installation d'une démocratie politique. Quand les Etats à parti unique ou sans parti se sont effondrés, les syndicats sont restés la seule force, les dictateurs étant partis, l'unique parti dissout et l'armée discréditée. Quelle que soit leur faiblesse organisationnelle ou financière, les syndicats constituent un groupe d'intérêt disposant de structures dans l'ensemble du pays et qui est typiquement non-ethnique dans sa composition. La Zambie et le Mali sont devenus les exemples les plus connus d'intervention syndicale réussie dans l'instauration d'une démocratie politique. Cependant, les syndicats ont joué un rôle important pendant le processus de démocratisation dans un bien plus grand nombre de pays africains, en combattant pour les droits syndicaux, mais aussi pour les droits de l'homme. Leurs actions ont donné plus de corps à la défense de la démocratie. Pourtant, l'essence du défi syndical concernant la démocratie paraît résider dans son rôle à long terme: comment rendre la démocratie durable après l'avoir instaurée? Le postulat central de cette étude est que la démocratie est une condition nécessaire mais pas suffisante pour le développement; une condition complémentaire et . indispensable est la participation des citoyens par le biais de la societé 37

civile, et la participation des travailleurs par le biais des syndicats. Les syndicats peuvent jouer un rôle indispensable dans l'installation et la perpétuation de la démocratie, surtout dans les domaines économique et social. Ils sont des agents de la démocratie participative. La première partie de ce livre se poursuit avec trois autres chapitres traitant de la situation africaine dans sa globalité avant de passer aux analyses spécifiques sur la situation dans une dizaine de pays africains. Dans le chapitre 2, le rôle des syndicats dans la transition vers la démocratie politique est décrit et analysé. Quels effets ont exercé les syndicats sur l'instauration de la démocratie politique et, à l'inverse, quels effets a eu la nouvelle situation politique sur les syndicats? Un large éventail de cas est présenté. Dans le chapitre 3, le rôle de la démocratie dans le développement économique, notamment dans le PAS, est examiné. On a pu observer que les syndicats se sont montrés très éloquents au niveau national et international en protestant contre la politique économique et surtout contre les conséquences sociales de l'ajustement structurel. Mais comme le dit proverbe: les chiens aboient, la caravane passe. Comment les syndicats doivent-ils alors s'y prendre pour mieux influencer la formulation et l'exécution de la politique économique? Une réponse possible pour avoir une meilleure prise sur l'économie est la démocratie participative. Dans le quatrième chapitre, on examinera les conditions nécessaires pour une participation effective et significative des travailleurs ainsi que le rôle des syndicats dans cette participation.

...

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CHAPITRE 2 LES SYNDICATS ET LE PROCESSUS DE DEMOCRATISATION
par Ousmane Oumarou Sidibé et Brigitte Venturi

Depuis quelques années, une littérature considérable a été consacrée à la démocratisation en Afrique. Une revue fait cependant apparaître une faiblesse notoire en ce qui concerne le rôle de certains acteurs sociaux, en particulier les syndicats (Buijtenhuis et al., 1995). Cette déficience n'est pas le fait du hasard. Le regard sévère généralement porté sur les syndicats a contribué à ce que l'on néglige d'emblée le rôle qu'ils ont pu jouer dans le processus de démocratisation. Il leur a été longtemps reproché au cours des dernières décennies d'être complètement soumis au régime autoritaire au pouvoir ou de ne défendre que les intérêts corporatistes d'une soi-disant "élite ouvrière", encore dénommée les "aristocrates travailleurs" (Konings, 1993), leurs actions jouant au détriment des autres groupes de la population, notamment du monde rural. Par ailleurs, il leur est aussi reproché de ne pas avoir su mener à bien certaines tâches qui leur étaient confiées, comme les devoirs qui leur étaient imposés par le pouvoir dans le cadre de la participation au développement de la nation. Ce bilan négatif a jeté un éclairage défavorable sur le rôle possible que les syndicats pouvaient jouer au sein de la société civile et a empêché de considérer les changements ou le potentiel qui sommeillait dans ces organisations. Ainsi, si le rôle de la société civile a souvent été négligé (Buijtenhuis et al., 1995) dans l'analyse du mouvement de démocratisation en Afrique, le rôle des syndicats a pendant longtemps été quasiment ignoré. Il existe une tendance qui réhabilite la place de la société africaine dans les événements autour de la récente démocratistion. Il est maintenant reconnu que certains groupes sociaux ont joué un rôle déterminant dans la lutte pour la démocratie. Citons notamment les étudiants qui ont dans bien des cas été .à l'avant-garde de l'action démocratique, les associations politiques et partis clandestins, les jeunes, les associations des droits de l'homme, l'Eglise, les femmes - spontanément descendues dans la rue à la suite des violentes

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répressions dont leurs proches étaient victimes -, certaines corporations professionnelles comme celle des avocats et, enfin, les syndicats. Nous nous proposons ici de dresser un bilan de l'action syndicale dans le processus de démocratisation. Au-delà de l'analyse du rôle réellement joué par les syndicats dans le mouvement pour la démocratie dans les différents pays de l'Afrique subsaharienne, nous essaierons de comprendre ce qui les prédisposait à jouer un tel rôle, les moyens qu'ils ont utilisés et, surtout, nous analyserons à partir du constat de leurs forces et faiblesses actuelles le rôle qu'ils sont en mesure de jouer pour l'installation d'une véritable démocratie durable en Afrique. Le sujet est difficile à traiter notamment du fait de la faible quantité des informations disponibles et par la valeur souvent empirique des documents existants. Néanmoins, nous nous sommes efforcés de faire la part des choses et espérons ainsi apporter un éclairage nouveau sur l'action syndicale dans le mouvement de démocratisation en Afrique subsaharienne.

LES SYNDICATS, DES ACTEURS IMPORTANTS DANS LE PROCESSUS DE DÉMOCRATISAITON L'engagement syndical pour la démocratie au cours des dernières années ne constitue pas un courant homogène à travers tout le continent, de même que son ampleur a beaucoup varié d'un pays à l'autre. Néanmoins, dans un nombre non négligeable de pays, les syndicats se sont mobilisés de façon significative en faveur de la démocratisation. Cette mobilisation n'a rien d'un mouvement spontané né par hasard. Elle reposait sur un potentiel réel qui a dans un certain nombre de pays bénéficié de circonstances et d'un contexte favorables pour éclater au grand jour. Nous cherchons ici à comprendre quels sont les éléments qui ont déterminé positivement le rôle des syndicats dans certains pays pendant le processus de démocratisation. Outre les principes démocratiques qui sont à la base du syndicalisme, mais dont l'application a souvent été mise à mal, trois grands facteurs expliquent, à notre sens, l'engagement des syndicats africains dans le combat pour la démocratie: les acquis d'une longue expérience de lutte, un important potentiel d'organisation et de mobilisation et, enfin, l'attente des retombées positives de la démocratisation sur les travailleurs et les syndicats. Certes, le mouvement syndical africain a connu un développement tardif du fait des lois coloniales défavorables et de l'absence d'un 40

prolétariat numériquement important. Par exemple, le droit syndical ne fut reconnu au Ghana et au Nigeria qu'en 1941. En Afrique occidentale et équatoriale française, c'est le front populaire qui accordera le droit syndical en 1936 mais les. nombreuses entraves à la liberté syndicale (obligation d'être alphabétisé pour créer un syndicat, discrimination entre les citoyens français des quatre communes sénégalaises et les indigènes, etc.) n'ont pas permis la constitution rapide de véritables organisations. Le mouvement syndical n'y prendra tout son essor qu'après l'élaboration du code du travail des Territoires d'outre-mer en 1952. Dans les territoires belges, le droit syndical ne sera reconnu qu'en 1946.

Combativité face aux obstacles
De plus, une fois constitués, les syndicats allaient connaître de nombreuses difficultés. La faiblesse numérique des adhérents, qui s'expliquait non seulement par la sous-industrialisation et le faible développement économique mais aussi par la peur des représailles patronales, a longtemps fragilisé les syndicats sur le plan financier et dans leur capacité à mobiliser les travailleurs. Le manque de formation des cadres syndicaux (mineurs, ouvriers, manœuvres, etc.) était un handicap dans la formulation d'une véritable politique syndicale, surtout à une époque où les syndicats métropolitains exportaient leurs querelles idéologiques en Afrique, notamment en Afrique francophone,. Malgré ces handicaps, la combativité des syndicats africains ne s'est jamais démentie. Conscients de leur faiblesse numérique, ils. ont concentré leurs luttes dans les centres vitaux et ont déclenché de véritables crises, comme à l'occasion des fameuses grèves générales illimitées de 1945 au Nigeria et de 1950 en Gold Coast (ancien Ghana), ou encore à l'occasion de la grève des cheminots du Dakar-Niger en 1947. Au cours de ces grèves restées légendaires, les travailleurs africains ont fait preuve d'une ténacité et d'une solidarité qui ont surpris le colonisateur. C'est aussi au cours des grèves que s'est développé le nationalisme africain et que se sont nouées des relations de confiance entre les leaders syndicaux et les responsables politiques qui étaient unis par un combat commun en faveur de l'indépendance politique. Pour ne citer qu'un exemple, prenons le cas du congrès du Rassemblement démocratique africain (RDA) qui fut tenu à Bamako en 1957, où le délégué de l'Union générale des travailleurs africains (UGT A), Alioune Cissé, se prononçait clairement pour une conjugaison de toutes les forces démocratiques en vue de la liquidation du régime 41

colonial considéré par les nationalistes africains, syndicalistes compris, comme la source de tous les maux. Les dures répressions subies par les syndicalistes (mutations arbitraires, emprisonnements, tortures, etc.) vont les aguerrir dans la lutte contre le colonisateur et même après les indépendances, contre les gouvernements africains autoritaires. En effet, la récupération du mouvement syndical par les régimes africains à travers l'inféodation aux partis uniques n'est qu'un aspect de l'histoire syndicale africaine. La longue lutte des syndicats en faveur de l'émancipation des travailleurs en est un autre.

Inféodation mais aussi résistance
D'abord, il convient de reconnaître que dans certains pays, les gouvernements n'ont jamais réussi à inféoder les syndicats. L'exemple typique est le Burkina Faso, ex-Haute Volta. Dans ce pays qui a toujours connu le pluralisme syndical, les syndicats ont été à l'origine de la chute des différents régimes en organisant des grèves et manifestations populaires qui ont fragilisé ces régimes et préparé le terrain à des coups d'Etat militaires. Le chapitre consacré au Burkina Faso dans la deuxième partie de ce livre explique comment, après une période d'antagonisme marqué entre les syndicats et le gouvernement immédiatement après l'indépendance, le mouvement syndical a réussi à développer une unité d'action et à créer les conditions de la chute des deux premières républiques en 1966 et 1974. En 1975, une grève générale organisée pour réclamer une démocratie pluraliste conduira à l'adoption d'une constitution pluripartiste et à l'organisation d'élections pluralistes. A d'autres occasions encore, le mouvement syndical burkinabé s'illustrera dans sa confrontation avec les pouvoirs en place, pour la défense de la démocratie et des droits de l'homme. Bien que divisés généralement sur des critères idéologiques, les syndicats burkinabé ont su assurer un minimum de cohésion dans leur lutte pour la démocratie et ont, à l'occasion, développé des moyens d'action qui leur ont été utiles ces dernières années pour participer aux efforts de démocratisation du pays. Au Soudan, comme le montre le chapitre sur ce pays, les syndicats ont à plusieurs reprises contribué à faire chuter les régimes en place. Au Congo, depuis l'indépendance, les changements majeurs semblent souvent avoir été provoqués par les syndicats (Tedga, 1991, p. 85). Dans d'autres pays, les syndicats ont tant bien que mal tenté d'affirmer leur existence et leur autonomie visà-vis des gouvernements. Ainsi, comme le développe le chapitre sur le Mali, l'Union nationale des travailleurs maliens (UNTM) a été une des 42

principales forces ayant condamné le coup d'Etat militaire de 1968, ce qui a conduit les militaires à suspendre la direction de la centrale et à jeter en prison de nombreux leaders syndicaux. De même, le parti unique créé par le général Moussa Traoré, l'Union démocratique du peuple malien (UDPM), n'a jamais réussi à inféoder l'UNTM sur le plan organique malgré la politique de participation responsable. En marge de l'UNTM, des syndicalistes se sont toujours opposés au régime militaire et ont réclamé l'ouverture démocratique. Déjà, à l'occasion du référendum pour l'adoption de la Constitution du 2 juin 1974, qui institua le parti unique constitutionnel, l'UDPM, des syndicalistes ont dénoncé la "farce électorale" et ont dû purger des peines de prison de plusieurs années dans le désert malien. Pourtant, malgré la répression, l'UNTM est demeurée une force redoutée du régime, ce qui explique le rôle qu'il a joué dans la lutte en faveur de la démocratie et dans la chute du régime du parti unique, en mars 1991.

Ne pas baisser les bras
L'Afrique du Sud est sans doute l'exemple le plus connu et le plus frappant de la résistance syndicale face à un régime hostile. L'exemple du Ghana mérite également d'être souligné. Le chapitre sur ce pays rend compte des péripéties des relations souvent difficiles entre les syndicats et l'Etat. Au moment de l'indépendance, le gouvernement et les syndicats entretenaient des relations de confiance. Ce qui n'a pas empêché le gouvernement d'adopter en 1965 un amendement à la loi sur la liberté syndicale afin notamment de limiter le droit de grève. De nombreux syndicats, particulièrement ceux des chemins de fer, ont vigoureusement protesté. En 1971, la Confédération des syndicats ghanéens (Ghana Trades Union Congress, GTUC) s'affronta durement au gouvernement de la IIèRépublique sur la question du salaire minimum et le grand écart dans l'échelle des salaires. Cet affrontement amena le régime à faire voter par le parlement une loi d'urgence pour dissoudre la GTUC. Cette crise créa les conditions du coup d'Etat militaire de 1972 et la levée de la suspension du syndicat. Même dans les pays où les syndicats sont organiquement liés au parti unique, les syndicalistes n'ont pas baissé les bras. A l'exception du Mozambique, les exemples présentés dans cette.publication montrent que même dans la période où les syndicats étaient incorporés à l'appareil d'Etat dans les pays comme le Cap-Vert, la Tanzanie, le Togo, le Bénin, des hommes et des femmes courageux ont mené le combat, ouvertement ou clandestinement, souvent au péril de leur vie, pour la 43

conquête de la démocratie et des libertés. Leur engagement, dont l'importance n'a pas toujours été reconnue, a contribué à entretenir la flamme de la liberté et a permis, le moment venu, de passer le relais et de fédérer les diverses forces du progrès. Les démocraties naissantes leur doivent beaucoup. Leur action mérite d'être appréciée à sa juste valeur alors que, trop souvent, on surestime l'action des forces extérieures dans l'installation de la démocratie en Afrique.
UN FORT POTENTIEL D'ORGANISATION ET DE MOBILISATION

Dans plusieurs pays africains, les syndicats ont été les fédérateurs de la lutte pour la démocratisation. Cette capacité des syndicats à fédérer les différentes composantes de la société civile tient pour une large part à leur potentiel d'organisation et de mobilisation. Dans certains pays, ils sont présents dans les secteurs stratégiques de l'économie et ont ainsi été capables, à l'occasion de grèves, de paralyser une grande partie de l'activité économique et sociale. Ce fut notamment le cas en Zambie, au Congo, au Niger et en Afrique du Sud. La Zambie en est l'exemple par excellence. Dans ce pays, le mouvement syndical, uni au sein de la Confédération des syndicats zambiens, (Zambia Congress of Trade Union, ZCTU), était l'un des plus forts d'Afrique pendant la période de démocratisation politique. Cela était dû à son grand nombre d'adhérents qui représentaient, en 1990, 25% de la force de travail du pays (soit 352000 personnes) et à sa forte présence dans les régions minières, zones hautement stratégiques puisque les mines de cuivre représentent 90% des revenus de l'Etat (Simutanyi, 1992). Au Congo, le mouvement syndical, regroupé autour de la Confédération syndicale congolaise (CSC), était fort du nombre de ses adhérents et de son influence dans les villes. En effet, les 73 000 agents de l'Etat sont en grande majorité syndiqués. De plus, le Congo est un des pays les plus urbanisés d'Afrique (près de 60% de la population vit dans les villes). Les décisions de la centrale syndicale avaient donc des conséquences redoutables pour l'économie et le gouvernement (de Jong, 1993). Au Niger, la force de l'Union des syndicats des travailleurs du Niger (USTN), fer de lance dans l'avènement du multipartisme, a notamment résidé dans le fait que la centrale comptait comme adhérents la quasi-totalité des fonctionnaires (39 000 personnes. (Le Monde, 7 février 1995). Au Mali, la bourse du travail a été le centre nerveux de la lutte contre le régime de Moussa Traoré. C'est là que se réunissait 44