Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 16,01 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Système bancaire turc et réseaux financiers internationaux

De
200 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1995
Lecture(s) : 117
EAN13 : 9782296304192
Signaler un abus

SYSTEME BANCAIRE TURC ET RESEAUX FINANCIERS INTERNATIONAUX

@ L'Harmattan,

1995 ISBN: 2-7384-3337-5

VARIA TURCICA XXVII

SYSTEME BANCAIRE TURC ET RESEAUX FINANCIERS INTERNATIONAUX
Actes de la Table Ronde d'Istanbul (8 et 9 octobre 1992)

édités par Jacques THOBIE et Salgur KANÇAL

et publiés par l'Institut Français d'Etudes Anatoliennes d'Istanbul

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

LES COMMUNICANTS Murat CIZAKCA, professeur d'Économie à l'Université du Bosphore (Istanbul). Fatma DOGRUEL, maître de conférences d'Économie à l'Université de Marmara (Istanbul). Suut DOGRUEL, maître de conférences d'Économie à. l'Université de Marmarn. Edhem ELDEM, maître de conférences d'Histoire à l'Université du Bosphore, et chercheur à l'Institut Français d'Études Anatoliennes d'Istanbul. Salgur KA~CAL, économiste, pensionnaire scientifique à l'Institut Français d'Etudes Anatoliennes d'Istanbul. Jean-Pierre LAFFARGUE, professeur d'Économie à l'Université de Paris IIPanthéon-Sorbonne. Pierre-Bruno Havre. RUFFINI, Professeur d'Économie à l'Université du

Jacques THOBIE, professeur d'Histoire des Relations économiques internationales à l'Université de Paris VIII, directeur du Groupe de Recherche du CNRS n0832, alors directeur de l'IFEA d'Istanbul. Mariette TONEL-MARTINACHE, l'Université de Rouen. professeur d'Économie à

Halûk TUKEL, secrétaire général du TUSIAD (équivalent turc du CNPF), alors directeur des Statistiques à la Banque Centrale de Turquie.

PRÉSENTATION

Dans le çadre d'un programme commun de recherche à l'Institut Français d'Etudes Anatoliennes d'Istanbul et au Groupement de Recherche du CNRS n0832, sur "L'histoire économique et sociale de la Turquie contemporaine", trois Tables-Rondes se sont tenues à l'IFEA en 1992-1993. L'une, organisée par Faruk BILICI, sur "Le Waqf dans le monde musulman contemporain (XIXe - XXe siècles), fonctions sociales, économiques et politiques", eut lieu les 13 et 14 novembre 1992 (Actes parus à Istanbul en 1994, diffusion L'Harmattan) ; une autre, organisée par Salgur KANCAL se tint les 3 et 4 mai 1993, sur Les cultures d'entreprises méditerranéennes; enfin, nous avons le plaisir de présenter ici les Actes de la Table-Ronde, qui eut lieu les 8 et 9 octobre 1992, sur "Réseaux bancaires et financiers en Turquie et en Méditerranée orientale", sous le titre Système bancaire turc et réseaux financiers internationaux. L'objectif de cette rencontre voulait privilégier un des aspects abordés ailleurs, d'une façon plus générale, à l'occasion de colloques pilotés par le GDR 832 : les problèmes posés par la jonction entre la théorie des systèmes bancaires et le fonctionnement concret, au jour le jour, des activités bancaires en Turquie et dans son environnement régional. Sans prétendre que le but ait été pleinement atteint, les diverses approches présentées dans cet ouvrage marquent une étape significative dans la compréhension d'activités complexes et sans cesse renouvelées. Le livre comprend trois parties: la première est un historique; la seconde traite de la spécialisation, de la hiérarchisation et de l'interpénétration des systèmes bancaires; la troisième précise le rôle de l'Etat et les stratégies bancaires internationales. Trois communications constituent le volet historique. Dans un premier article, Edhem EIdem brosse un vaste panorama du développement de la banque et du crédit dans l'Empire ottoman du XVIe au début du XIXe siècle. Il montre les problèmes budgétaires liés à l'arrêt des conquêtes et à la hausse des prix du XVIe siècle; il souligne le rôle primordial des minoritaires dans les métiers de banque

II et comment l'appétit financier de l'État fait que l'investissement politique restait la forme la plus lucrative de placements. Le crédit économique était donc rare et onéreux et l'usure triomphait. Enfin, le sous-développement du marché financier ottoman et le recours aux emprunts étrangers devaient conduire à la faillite et à la tutelle étrangère. Prenant la balle au bond, Jacques Thobie tente de dégager le rôle des banques étrangères dans l'évolu~ion financière et économique de l'Empire ottoman, y compris l'Egypte, entre 1850 et 1914: assainissemel)t et stabilisation monétaire; promotion et gestion des emprunts d'Etat et assimilés, avant et après les banqueroutes ottomanes et égyptiennes; activités de crédit commercial à travers le développement des réseaux d'agences et de banques spécialisées; enfin engagement économique progressif. Se dégage, pour toutes ces missions, le rôle primordial joué par la Banque Impériale Ottomane, banque privée franco-anglaise et banque de l'Etat ottoman. Murat Cizakça trace la longue chaîne d'évolution qui mène de la "M!ldaraba", combinaison financière utilisée par le prophète Mahomet lui-même, aux modernes banques islamiques. Il montre comment ce système de "commandite" se répand en Europe occidentale à partir du Xe siècle, et comment il évolue vers la société par actions et la société d'investissement (Venture capital firm). Sans pouvoir se prononcer sur l'évolution du système dans le monde islamique, il expose que, depuis une trentaine d'années, les banques islamiques, fondées sur le principe de la "Mudaraba", peuvent mobiliser l'épargne de masses considérables en vue d'un investissement productif, avec un rendement bien supérieur à celui des banques turques et étrangères conventionnelles. Il propose néanmoins une réforme des banques islamiques en Turquie concernant le prélèvement sur les profits, la modification du portefeuille de ces banques et leur transformation finale en "Venture Capital Companies", conformément à un héritage pluriséculaire paradoxalement oublié. La seconde partie de l'ouvrage comprend trois communications. Mariette Tonel-Martinage étudie, dans SQn article, la liaison entre l'implantation bancaire à l'étranger et le degré de développement dans les systèmes financiers locaux. En tenant compte de l'évolution du cadre d'activité des banques, dans les trois dernières décennies; l'auteur traite des questions suivantes: pourquoi les banques s'installent-elles à l'étranger? Sous quelles formes et sur quels segments de marché? Quelles relations existe-t-il entre l'organisation géographique de leur implantation et le degré de développement des systèmes financiers des pays d'accueil et des pays d'origine? La Turquie mène, depuis 1980, une politique de stabilisation et de réformes structurelles. Cette politique, en dépit de ses lacunes, a

nI
substitué à la stratégie de développement toùrnée vers le marché intérieur, une stratégie orientée vers le marché extérieur. Une des pièces maîtresses de cette politique est le développement d'un marché financier influent qui facilite, dans l~ régulation économique, le remplacement des interventions de l'Etat par .les mécanismes du marché. Savoir dans quelle mesure un marché financier efficace s'est développé en Turquie reste objet de discussion; cependant, on ne peut nier qu'il y ait eu une diversification importante des instruments financiers. L'article de Fatma Dogruel analyse l'influence de cette diversification sur les comportements des détenteurs de patrimoines. Halûk Tükel, en tant qu'homme de terrain, décrit comment, avec la libéralisation du système financier et l'ouvenure du secteur bancaire sur l'extérieur, s'est mis en place, en Turquie, un système électronique de compensation interbancaire qui, tout en accélérant la vitesse. de circulation monétaire, facilite la surveillance des activités de paiements par la Banque Centrale. Ce sont quatre communications qui constituent la troisième et dernière partie de l'ouvrage. Jean-Pierre Laffarge tente d'abord d'exposer les bases théoriques de la création d'une Banque Centrale Européenne. Dans la seconde partie de son papier, il présente, d'un point de vue institutionnel, quelle sera la transition vers l'Union monétaire européenne, et ce que sera son contenu. ,Enfin, il envisage les problèmes que présentera une telle Union aux Etats membres, au niveau de leurs politiques économiques nationales. Le texte de Pierre-Bruno Ruffini pose la problématique de l'articulation entre, d'une part, la diversité de leurs ressources et les modes de croissance choisis par les banques sur les marchés étrangers et, d'autre part, les barrières réglementaires, administratives et économiques qui font obstacle à l'entrée bancaire sur ces marchés. Il fait une minutieuse analyse, ces balTières franchies, des activités possibles de ces établissements bancaires hors du marché d'origine. Réfléchissant sur un "nouveau modèle" de croissance internationale, il tend ainsi à répondre à la question de savoir si l'on va vers un marché bancaire européen ou si l'Europe bancaire restera faite de marchés nationaux juxtaposés. Dans les vingt dernières années, en dehors des pays les plus pauvres, presque tOus les pays en voie de développement ont appliqué les programmes de stabilisation et d'ajustement structurel, sous la surveillance du Fond Monétaire International. Face à ces politiques qui ne réussissent pas entièrement à stabiliser l'économie ni à relancer la croissance et qui, au surplus, détériorent la répanition du revenu, les économistes qui ont une approche institutionnaliste et internationaliste émettent des critiques privilégiant le rôle des institutions et des

IV facteurs réels sur les équilibres macroéconomiques. L'article de Suut Dogruel, dans le droit fil de ces critiques, étudie la portée des politiques économiques orthodoxes et hétérodoxes, dans l'optique des marchés financiers des pays en développement Jusqu'à une période récente, la Turquie a choisi la banque plutôt que la Bourse pour financer son développ,ement. Dans quelle mesure l'évolution de la politique menée par l'Etat et les changements de structure intervenus dans le secteur bancaire sont-ils en concordance avec les différentes étapes du développement de la Turquie? Quelles sont les tendances structurelles qui se dessinent dans le secteur bancaire, à la suite d'amples mouvements de déréglementation et de libéralisation durant la décennie 1980 ? En quoi, dans leurs relations avec les grands groupes industriels, les banques turques se distinguent-elles du modèle rhénan ou japonais? C'est à ces questions que tend à répondre le papier de Salgur Kançal, qui ferme la marche. Que soient ici vivement remerciés tous ceux et celles qui, outre les communicants, ont contribué au succès de cette rencontre scientifique et à son expression éditoriale: les organisateurs Edern EIdem, chercheur à l'IFEA et Salgur Kançal, pensionnaire scientifique; Martine Thobie, qui a veillé avec sa compétence coutumière aux problèmes d'intendance; les maîtres d'oeuvre de la publication, Aksel Tibet, secrétaire aux publications de l'IFEA et Hülya Tamdogan, claviste à l'IFEA, qui a saisi et composé ce volume. Salgur KANÇAL et Jacques THOBIE

I. HISTORIQUE

Edhem ELDEM

BANQUE ET CREDIT DANS L'EMPIRE OTTOMAN (XVIe-XIxe SIÈCLES) : BREF APERÇU HISTORIQUE
La création d'un système bancaire dans l'Empire ottoman est généralement associée aux développements du dix-neuvième siècle et, plus particulièrement, au processus de modernisation amorcé par le décret des Tanzimat de 1839. C'est en effet à partir des années 1840 que l'on voit les premières banques apparaître, suivies en 1863 par l'établissement de la Banque Impériale Ottomane qui serait amenée à dominer, jusqu'à la première décennie de la République, à la fois les finances de l'État et la majeure partie du crédit et de l'épargne ottomans. Si cette constatation est exacte lorsque l'on s'en tient à une définition "moderne" de la banque, il n'en est pas moins vrai qu'un grand nombre de mécanismes de crédit et d'épargne ont vu le jour dans l'Empire ottoman bien avant toute occidentalisation du système. De même qu'en Europe occidentale, le développement d'un marché financier dans l'Empire ottoman est directement lié à la croissance de l'Etat et de son budget. Il n'est donc guère surprenant de voir que les premiers banquiers/financiers de quelque envergure apparaissent surtout au seizième siècle, notamment pendant le règne de Soliman le Magnifique (15201566) qui eut souvent recours à leurs services. Ainsi, ceux que l'on est tenté d'appeler les Fugger ottomans, Dona Gracia Mendes et Don Joseph Nassi, tous deux juifs d'origine ibérique, apparaissent-ils comme les principaux acteurs et détenteurs des opérations de crédit liées à l'Etat. Cette présence juive au sein des finances ottomanes est à rapprocher de la politique attribuée à Bayezid II et visant à attirer autant que possible la communauté juive expulsée d'Espagne en 1492, afin de profiter du capital et du know-how commerciaux et financiers qu'ils contrÔlaient. Ces développements, ainsi que nous l'avons suggéré plus haut, sont fort similaires à l'expérience occidentale des quinzième et seizième siècles; un parallèle intéressant pourrait même être établi entre l'Empire ottoman et l'Empire des Habsbourgs au seizième siècle, notamment en ce qui concerne la croissance territoriale rapide des deux États et la similitude des moyens utilisés, aussi bien pour le financement des conquêtes que pour la gestion des territoires acquis. Cette croissance se traduisait, pour l'Empire ottoman, par une augmentation spectaculaire de l'appétit financier de l'Etat,

4

Edhem ELDEM

afin de subvenir aux besoins pressants des campagnes militaires et du processus de centralisation bureaucratique et administrative, entamé depuis le règne de Mehmed II. Il est possible de regrouper sous trois points les principaux facteurs ayant contribué à l'augmentation rapide des budgets ottomans de la période: 1) La fréquence et le coût direct des campagnes militaires contre l'Autriche et, vers la fin du siècle, contre la Perse safavide ; 2) La transformation de la structure de l'armée suite à l'introduction des armes à feu, soit l'abandon progressif de la cavalerie provinciale des timarll sipahi et la croissance correspondante de l'infanterie des kapl kulu, avec, comme implication financière, le passage d'un système d'auto-financement fondé sur l'attribution de fiefs à celui d'une armée professionnelle directement rétribuée par le trésor central; 3) La tension économique et sociale due à la hausse des prix du zième siècle, elle-même le fruit d'une inflation réelle liée à la croissance mographique, mais aussi d'une inflation monétaire causée l'écoulement, sur le marché ottoman, d'une partie du trésor américain le biais du commerce méditerranéen. seidépar par

L'Empire ottoman fut donc confronté, pendant cette période, à un certain nombre de phénomènes économiques et financiers auxquels il avait en grande partie échappé jusque-là: premiers signes du passage d'une économie guerrière d'expansion, et par conséquent "rentable", à une politique plus passive et coûteuse de conservation des territoires conquis; gestion d'un budget de plus en plus important et, surtout, de plus en plus centralisé ; ajustement à une conjoncture inflationniste; enfin, instabilité sociale croissante du fait de la pression démographique sur les ressources disponibles. Illustrant concrètement les troubles financiers qui s'annonçaient, le budget central de l'Empire triplait en moyenne de volume au cours du seizième siècle et enregistrait ses premiers déficits majeurs dès le début du dix-septième. La réaction de l'Empire face à la crise financière de la fin du seizième siècle fut essentiellement fiscale et monétaire. Incapable de freiner l'augmentation des coûts administratifs et militaires de la structure impériale, l'État opta -comme la plupart des monarchies d'Europe occidentalepour une politique de maximisation des revenus fiscaux et commença à pratiquer de plus en plus fréquemment une politique d'altération de la monnaie. Cela se traduisit tout d'abord par une croissance quantitative de la charge fiscale pesant sur les re'aya, notamment par la création de nouveaux impôts et levées directs, tels les avânz-l divaniyye ou les tekâlif-i orfiyye, théoriquement exceptionnels mais systématiquement transformés en taxes ordinaires peu après leur première imposition. A cela venait s'ajouter une inflation à la fois structurelle et conjoncturelle que ne faisait qu'aggraver la politique monétaire inflationniste de l'Etat. Cependant, un second type de développement eut un impact beaucoup plus import~ sur

BANQUE ET CREDIT DANS L'EMPIRE OTTOMAN

5

la fiscalité ottomane de l'époque: il s'agit de la généralisation de l'affermage que les Ottomans n'avaient jusque là pratiqué que dans de rares cas et qui graduellement commença à couvrir la presque totalité des revenus de l'Etat, y compris les impôts liés à la terre et à la production agricole. Ce développement est à mettre en rapport direct avec la question du crédit dans l'Empire ottoman, puisque l'iltizâm (ferme) constituait une capitalisationdes ressources de l'Etat ayant pour but le financement à court terme du Trésor impérial. De même que les Habsbourgs et leurs asientos du seizième siècle, l'Etat ottoman avait ainsi recours à un endettement indirect au travers de maltezims (fermiers) qui participaient aux enchères des mukata 'as (unité fiscale) affermées. Le processus était d'autant plus rentable que ces revenus étaient affermés pour de très courtes périodes (généralement trois ans) et que la demande était extrêmement importante, en raison du laxisme de la supervision de l'Etat et des possibilités de surexploitation des revenus cédés. C'était donc le fondement même de la fiscalité ottomane qui était remis en cause par l'abandon presque systématique des revenus sous régie et la consolidation des timars (fiefs apanages) en unités fiscales affermables. Cette transformation graduelle, tout en profitant à l'Etat à court terme, ne fit qu'aggraver la situation dans laquelle se trouvait la population rurale: la précarité des fermes poussait les fermiers à abuser de leur pouvoir afin de maximiser leurs revenus et de rentabiliser leur investissement aussi rapidement que possible. Ces fermiers étaient pour la plupart des membres de l'élite politique qui acquéraient ainsi la possibilité de compenser leur pertes de revenu direct causée par l'inflation de l'époque, mais aussi un bon nombre de re'aya nantis (changeurs et autres "capitalistes" urbains ou coqs de village et notables des provinces) qui obtenaient alors le double privilège de faire fructifier leur fortune et de s'intégrer plus ou moins directement dans la classe dominante par la fonction fiscale qui leur était ainsi attribuée. L'Etat ne tarda cependant pas à se rendre compte du coût social de cette transformation et, pour obvier au problème de surexploitation inhérent au système, envisagea dès 1695 de transformer ces fermes en mâlikânes ou rentes viagères, dans l'espoir de voir les fermiers/entrepreneurs abandonner leur politique prédatoire pour une exploitation plus productive des revenus affermés. Afin de rendre le système plus compétitif, le Trésor entreprit même de scinder les fermes les plus conséquentes en parts ou actions (sehm, pl. esham), espérant ainsi attirer un plus grand nombre de "clients". Le résultat final fut loin d'apporter l'amélioration prévue: la plupart de ces rentes furent monopolisées par les détenteurs de fortunes déjà bien établies qui, plutÔt que d'investir directement dans l'exploitation économique des fermes, avaient tendance à se contenter de leur produit fiscal ou, pis encore, les sous-louaient à des fermiers, retombant ainsi dans le cercle vicieux de l'affermage à court terme. Ces développements nous font entrevoir la principale caractéristique de l'endettement du Trésor ottoman avant le dix-neuvième siècle: contrairement à l'expérience occidentale, l'Etat ottoman ne se lançait pratique-

6

Edhem ELDEM

ment jamais dans un endettement direct et préférait systématiquement avoir recours à des formes indirectes de crédit fondées sur l'affermage des revenus. A une époque où les monarchies occidentales découvraient les premiers principes d'une dette publique, l'Empire ottoman refusait encore d'emprunter directement au public, ou plutÔt masquait ses emprunts derrière un monnayage systématique de fonctions administratives et fiscales. L'explication d'une telle différence avec l'Occident réside essentiellement dans le monopole de pouvoir et de violence dont disposait l'Etat: alors que les monarques européens étaient de plus en plus forcés d'abandonner leurs pratiques coercitives et prédatoires face au pouvoir croissant de corps et d'institutions intermédiaires, l'Etat ottoman fondait sa puissance financière sur sa capacité à imposer sans consentement et à confisquer sans trop de justification. Notons toutefois que ce "despotisme fiscal" n'était possible qu'au prix d'une décentralisation et d'une diffusion du pouvoir central au sein d'une élite politico-économique qui finançait indirectement l'Etat par ses achats de fermes ou de postes lucratifs au sein de l'administration. La vénalité des emplois, de plus en plus fréquente à partir du seizième siècle, contribuait par conséquent à la création d'un marché financier essentiellement dominé par les investissements politiques d'une élite administrative. L'absence apparente d'emprunts et d'endettement directs ne faisait donc que cacher et reporter à un niveau secondaire tout un processus de financement du pouvoir politique. Tout membre de l'élite se voyait dans l'obligation d'emprunter de fortes sommes afin de subvenir aux besoins de sa fonction et de son statut politiques: achat d'un poste, obtention d'une ferme ou rente viagère, maintien d'une maisonnée (kapz) et d'une clientèle à la mesure de ses ambitions... Derrière chaque membre de l'élite se cachait donc un financier/banquier, un sa"af, généralement non musulman, qui approvisionnait son client/protecteur en fonds moyennant un intérêt souvent très élevé. Ainsi, un négociant français de remarquer, en 1790, que "l'argent [...] est généralement [rare] toutes les années en mars et avril, mais cette rareté ne provient pas de ce que l'argent manque, mais de ce que l'on le resserre pour l'avoir tout prêt lorsque l'instant est venu d'accaparer des fermes ou d'acheter des emplois. [...] II reprend sa circulation dès que ces adjudications, ces intrigues sont finies." C'était donc un marché du capital comp\ètement dominé par la chose politique qui avait pris forme et qui, en raison même de l'instabilité politique et des risques encourus, était avant tout caractérisé par un aspect extrêmement spéculatif, mais aussi très lucratif à court terme. Ce risque se traduisait par des taux d'intérêts fort élevés (atteignant parfois jusqu'à 30 et même 40%) qui rendaient le capital pratiquement inutilisable à des fins purement économiques. Fin observateur de son époque, Mouradgea d'Ohsson résumait fort bien la situation à la fin du dix-huitième siècle: "Les impÔts publics, les domaines, et jusqu'aux biens religieux (vakfs) étant donnés à ferme, c'est par ce moyen que les capitalistes de toutes les classes font valoir leurs fonds dans un pays où l'industrie et le commerce offrent si peu de ressources pour leur emploi. [...] Le gouvernement n'ayant pas, faute de crédit, la ressource des emprunts

BANQUE ET CREDIT DANS L'EMPIRE OTTOMAN

7

et du papier-monnaie, lorsque les finances sont épuisées, il doit employer la violence pour se procurer des fonds". Ce système de financement indirect avait pour inconvénient majeur de rendre encore plus instable le marché par la diffusion des responsabilités des emprunts. Bien loin de s'acheminer vers la création d'une dette publique garantie par l'Etat ou même par la personne du sultan, le crédit reposait essentiellement sur la fortune politique et la stabilité de chaque membre de l'élite. Aussi était-il normal de voir des banquiers partager le sort de leur client et y perdre leur capital et éventuellement la vie lorsque celui-ci tombait en disgrâce. Le marché du capital devenait ainsi victime des vicissitudes politiques et perdait par conséquent toute possibilité d'atteindre un degré de normalisation susceptible de le stabiliser. Tout aussi intéressant est de remarquer la spécialisation ethnique/confessionnelle qui accompagnait la différentiation des rôles sur ce marché. La fonction politique et administrative étant presque exclusivement réservée aux musulmans, les non musulmans, Juifs, Grecs et Arméniens, se voyaient attribuer, en quelque sorte de force, le rôle de banquier/financier d'une élite essentiellement musulmane. Exclus en grande partie de toute possibilité d'accès à une position légitime au sein de la classe dirigeante, ceux-ci ne pouvaient s'en rapprocher qu'indirectement, au travers du financement, souvent risqué ainsi que nous l'avons dit plus haut, des entreprises politiques de l'élite musulmane. On s'étonnera peut-être que nous n'ayons pas abordé la question des interdits coraniques contre l'intérêt et l'usure, qui ont souvent été considérés comme l'essence même du non développement du capitalisme dans la société musulmane. Toutefois, contrairement aux conceptions orientalistes, il est évident que l'idéologie islamique (de même que l'Eglise jusqu'à la fin du seizième siècle en Europe occidentale) n'a jamais véritablement pu s'opposer au fonctionnement des lois du marché, notamment en ce qui concerne le prêt à intérêt. S'il est exact que l'établissement religieux dans l'Empire ottoman ne reconnut jamais explicitement la légitimité de l'intérêt, il n'en est pas moins vrai que la pratique commerciale et financière n'en fut jamais privée, grâce au travestissement de l'intérêt ou à des efforts de légitimation partielle entrepris par des juristes comme le~eyhülislâm Ebussuud Efendi, dès le seizième siècle. Le fait que cette acceptation ne devint jamais entièrement légale rendait par conséquent le crédit plus onéreux et le marché moins sûr, mais n'empêcha jamais le fonctionnement des opérations financières. Il nous semble donc plus juste de voir dans cette situation un problème essentiellement lié au fait que le marché financier ottoman ne se développa jamais assez pour provoquer une remise en question des dogmes religieux. Ceci nous amène au second aspect de la question, soit au développement du crédit, en dehors de l'emprise et de l'influence -souvent si néfaste- de l'État et de l'élite politique. Or c'est probablement là que l'Empire ottoman se distingue nettement de l'évolution observée en Europe occidentale à partir du dix-septième siècle. En effet, la relative nor-

8

Edhem ELDEM

malisation du rÔle des monarchies européennes sur l'offre et la demande des capitaux eut pour principal résultat le développement d'un marché de plus en plus accessible aux élites commerciales voire industrielles. Si une grande partie du capital était toujours attirée par les possibilités d'investissement offertes par l'Etat, il n'en est pas moins vrai qu'un nombre croissant d'entreprises purement économiques commencèrent, dès la seconde moitié du dix-septième siècle et particulièrement dans les Pays-Bas et en Angleterre, à mobiliser une partie de l'épargne et du capital accumulés. En revanche, dans l'Empire ottoman, l'attraction exercée par l'appétit financier de l'Etat et de l'élite politique persista à tel point que l'investissement politique (et par conséquent non économique) demeura longtemps, pour ceux qui en avaient les moyens, la forme la plus lucrative de placement de fonds. La conséquence directe de cette situation était donc un sous-développement constant des autres secteurs (agricole, commercial et artisanal/industriel) qui se voyaient privés de capital ou du moins forcés de faire face aux taux exorbitants du marché approvisionnant l'Etat. Notons toutefois la présence, au dix-huitième siècle, d'un secteur commercial qui, quoique marginal au sein de l'économie ottomane, bénéficiait d'un niveau de développement le rendant compétitif à l'échelle internationale: il s'agit des gros négociants/banquiers du marché des changes internationaux qui contrÔlaient une part importante du financement du commerce européen avec l'Empire ottoman, notamment au travers d'un réseau sophistiqué d'instruments de crédit -essentiellement des lettres de change- reliant la capitale ottomane aux principales places financières européennes (Vienne, Amsterdam, Londres, Gênes, Livourne, Venise...). Ces opérations de change avaient contribué à la création, avant tout à Constantinople, d'un marché assez structuré et fortement intégré avec le monde financier européen de l'époque. Cependant, le caractère marginal de ce marché et le fait que ses principaux acteurs furent graduellement neutralisés par la croissance de l'influence commerciale et politique des puissances occidentales expliquent que ce point positif n'ait pu, à long terme, déboucher sur un développement plus durable. Le crédit régissant les divers secteurs économiques avait donc avant tout la caractéristique d'être rare et surtout onéreux. Lorsqu'elle était confrontée à une crise financière, la population rurale, évoluant en temps normaux dans un système essentiellement autarcique, se voyait forcée à emprunter à des taux exorbitants à des usuriers et des coqs de village, qui bâtissaient leur fortune et leur ascension sociale sur cette fonction parasitaire. De même, le petit artisanat et le petit commerce urbains étaient-ils à la merci des sa"afs, lorsque les secours du système corporatif venaient à manquer. Il n'y avait en fait qu'une couche aisée de la société ottomane -chevauchant souvent ce que nous avons appelé l'élite politique- qui disposait d'un semblant d'alternative en matière de crédit: le système des fondations pieuses (vaklf, pl. evkaf) dont certains aspects suppléaient avec quelque efficacité à l'absence d'un véritable marché des capitaux. En effet, les fondations pieuses constituaient, dans l'Empire ottoman comme dans la plupart des sociétés islamiques, un instrument majeur de

BANQUE ET CREDIT DANS L'EMPIRE OTTOMAN

9

préservation et de transfert de capitaux et de revenus sous toutes formes. L'attrait du système résidait avant tout dans le statut religieux, et par conséquent inviolable, des propriétés constituées en valaf, qui offrait ainsi à la fois un droit de quasi propriété et une garantie précieuse contre les actes prédataires de l'Etat. Derrière une façade de solidarité socio-religieuse et de dédication humanitaire, se cachait donc la possibilité de préserver des biens meubles ou immobiliers ainsi que les revenus qu'ils pouvaient générer et, surtout, d'en assurer la transmission aux générations futures. Le cas le plus fréquent était la donation de bâtiments assurant une rente ou un revenu régulier, qui était par la suite partagé entre des œuvres pieuses, l'entretien de la fondation et, enfin, les bénéficiaires désignés par le fondateur, généralement sa propre famille. Toutefois, il existait aussi un grand nombre de fondations entièrement constituées d'argent liquide, appelées fondations monétaires (vakf-l nukud) et dont la fonction principale était d'assurer un revenu en faisant fructifier le capital de base par le biais du prêt à intérêt. La légalisation de ces institutions, à partir de la seconde moitié du seizième siècle, constituait sans conteste un élément majeur de l'acceptation partielle et sélective de l'intérêt par les juristes ottomans. Si ces vakf-z nukud prétendaient toujours avoir une vocation religieuse et sociale (entretien de mosquées, de medreses, de fontaines, œuvres de charité etc.), il est évident qu'un des buts premiers était d'assurer la pérennité du capital accumulé. D'autre part, les moyens utilisés pour faire fructifier ce capital -le prêt à intérêt- nou;s permettent d'assimiler ces fondations à une forme embryonnaire de banque ou du moins d'institution de crédit. Une évaluation générale des principaux développements que nous - avons tenté de présenter jusqu'ici nous pousse à décrire le marché financier ottoman comme étant essentiellement sous-développé en raison de son caractère pré-moderne. A une extrémité se situaient le fisc et son extension organique constituée par la classe dominante; à l'autre, les formes les plus traditionnelles de l'usure grevaient un secteur à dominante agricole caractérisé par un niveau extrêmement bas de productivité. Les méthodes coercitives de l'Etat, jointes aux besoins financiers croissants des grands de l'Empire, empêchaient le développement d'un marché libéré des contraintes et ambitions politiques, attirant une grande partie du capital vers des rentes et spéculations complètement dissociées des secteurs productifs, tandis que l'artisanat, comme le commerce, stagnaient en grande partie à cause de leur incapacité de créer une demande suffisante pouvant rivaliser avec celle du trésor et de l'élite.

Cependant, le dix-neuvième siècle et l'incorporation progressive de l'Empire ottoman dans l'économie mondiale capitaliste, amèneraient de profondes modifications à la situation que nous avons décrite au cours de cette présentation. Ces modifications étaient essentiellement liées à des changements majeurs survenus dans certains rapports de force à l'échelle tant domestique qu'internationale. Dans un cas comme dans l'autre, le principal développement était sans aucun doute l'affaiblissement général de l'Etat ottoman, qui perdait ainsi graduellement le monopole de pouvoir et de violence dont il avait jusque-là fait usage. Cet affaiblissement se tra-

10

Edhem ELDEM

duisait en particulier par une diminution notoire du contrôle central sur les ressources imposables et une obligation croissante de "jouer le jeu selon les règles", face à un capital de plus en plus indépendant de l'emprise de la classe politique. La situation de dépendance des sa"afs avait commencé dès la fin du dix-huitième siècle à s'inverser, au fur et à mesure que ces derniers obtenaient un statut d'extraterritorialité grâce à la protection des puissances occidentales. Ainsi naissaient les premières formes d'emprunts directs garantis par des reconnaissances de dette plus ou moins solides. Cependant, le coup de grâce porté à l'autonomie financière de l'Empire devait provenir de sa propre décision de recourir à des emprunts étrangers, à partir de la fin de la Guerre de Crimée. Dès lors, l'Etat ottoman dut se conformer aux règles d'un marché et de prêteurs sur lesquels il n'avait aucune prise ni aucun contrôle: en l'espace de moins de vingt ans, cet Empire qui, pendant quatre siècles, avait arbitrairement dominé et manipulé le capital de ses sujets, bascula dans une faillite vertigineuse dont il ne ressortit qu'une fois ses propres finances placées sous tutelle étrangère. E.E.

Jacques THOBIE

ETRANGERES A LA FIN DE L'EMPIRE OTTOMAN

LES BANQUES

Il s'agit simplement ici d'un rappel introductif confectionné sur la base de travaux antérieurs, mais considérablement résumés et donc sans références ponctuelles.. La période évoquée commencera dans les années 1840-1850 où l'on voit se rencontrer les mesures des Tanzimat et les premiers emprunts européens. On gardera présentes à l'esprit, les banqueroutes ottomanes et égyptiennes (1875-1876) qui impliquent directement les banques étrangères tant par leurs origines que par leurs conséquences, ainsi que la grave crise spéculative de 1895. On notera également que le secteur ottoman est de plus en plus sensible à la conjoncture mondiale: phase de hausse des prix de 1850 à 1873, phase dépressive de 1873 à 1895196, de nouveau phase d'expansion jusqu'en 1921, mais nous nous arrêterons au déclenchement de la Grande Guerre. Nous présenterons succinctement les quatre grands rôles joués par les banques étrangères dans l'aire ottomane: assainissement et stabilité monétaire, traitement des emprunts d'Etat et assimilés, affaires. ordinaires de banque, engagement économique et industriel. I. ASSAINISSEMENT ET STABILITE MONETAIRE

Le besoin d'argent entraîne la nécessité de mettre en place un système bancaire moderne, impliquant la création éventuelle d'une banque centrale. C'est, en effet, la condition même de la fiabilité de transactions internationales d'envergure, et de la confiance du prêteur vis-à-vis de son débiteur.
se reporter par exemple, aux trois articles suivants. * Pour de plus amples informations "Banques européennes, finance et industrie au Moyen-Orient 1870-1914", dans Annales du Levant, 2, 1986, pp.50-67 et Annales du Levant, 3, 1987, pp. 46-71. (En anglais) "European Banks in the Middle East", inlnternationalBanking 1870-1914, Rondo Cameron et V. Bovykin eds., O.U.P., New-York, Oxford, 1991, ppA06-440 et 607-611. "Intérêts belges et intérêts français dans l'Empire ottoman 1880-1914, dans Les relations francocbelges de 1830 à 1934, Actes du Colloque de Metz 15-16 novembre 1974, Centre de recherche de relations i~temationales de l'Université de Metz, Metz, 1975, pp.213-245. Les deux articles en français se trouvent regroupés dans J. Thobie, La France et l'Est méditerranéen depuis 1850, Ed. tsis, Istanbul, 1993, pp. 19-104.

12

Jacques THOBIE

Dans l'Empire ottoman, malgré la réforme de 1844, la circulation monétaire était particulièrement compliquée. Bien que fût alors défini un système de double étalon or-argent, dans un rapport fixe, la circulation massive de monnaies altérées et de papier déprécié entraine d'énormes fluctuations de cours dans un marché alors contrÔlé uniquement par les banquiers locaux (sarafs) ; circulent également dans certaines parties de l'Empire des monnaies étrangères: napoléons, thalers...Cette question a agité les esprits dans les discussions pour la création, en 1856, à Londres, de l'Ottoman Bank. Simultanément, la multiplication des nouveaux emprunts a convaincu les responsables ottomans de la nécessité d'un établissement de plus grande envergure, associant, à parts égales, capitaux anglais et capitaux français. C'est ainsi que nait, en 1863, la Banque impériale ottomane, dont le capital, libéré de moitié, atteint progressivement 250 millions de francs en 1875, les parts françaises et anglaises s'équilibrant autour de 62,5 millions de francs. La singularité de cet établissement tient en ce qu'il est à la fois banque privée franco-anglaise (les décisions sont prises par les comités de Paris et de Londres) et banque de l'Etat ottoman à Constantinople (où est installée la direction générale) avec notamment le privilège de l'émission du papier-monnaie. L'assainissement sera lent et difficile: il faudra plus de quinze ans pour venir à bout de la mauvaise monnaie, et le décret de 1880 rappelle que l'unité monétaire est la Livre turque-or, et crée, de ce fait, trois cours différents pour le Medjidié-argent. Se met ainsi en place une double circulation, or et argent, sur la base de l'étalon-or (circuit capitaliste ouvert sur l'extérieur), l'argent variant, telle une marchandise (échanges internes traditionnels), en fonction de l'offre et de la demande. Si bien que la banque usera avec une grande prudence de son privilège d'émission du papier-monnaie, car elle n'a nul besoin, dans la conjoncture ottomane, d'une augmentation de la circulation monétaire sur la base de l'or, dans la mesure où elle contrÔle également le marché des monnaies d'argent, et en détermine le cours. En tout cas, à partir de 1880, la Banque impériale ottomane a établi et maintenu une parité fixe entre la Livre sterling et la Livre turque, offrant ainsi au commerce et aux mouvements de capitaux stabilité et sécurité. Le change constitue, du reste, pour la banque, une source importante de profits. En Egypte, le système mis en place, est à la fois plus simple et plus radical. La Commission de 1884, sous l'égide de la Grande-Bretagne met en place un système monométalliste-or avec comme unité monétaire, la Livre égyptienne. On décide toutefois de maintenir la circulation de trois monnaies étrangères, la Livre sterling, le Napoléon, la Livre turque, si bien qu'en s'abstenant pratiquement de frapper des L.E., la £ continuait de jouer un rôle prépondérant. Lorsqu'avec la participation de financiers français et locaux, le groupe londonien de sir E.Cassel décide de créer, en 1898, une banque nationale d'émission, la National Bank of Egypt, il compte reproduire le schéma de la Banque ottomane: or, l'hostilité de celle-ci, qui prétend émettre ses bil-

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin