Tahiti et ses îles (1919-1945)

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Tahiti et sa périphérie se voient dotées d'un appareil institutionnel rigide, résultante de l'instauration du statut colonial à travers lequel la métropole, incarnée par le gouverneur en place, entend marquer sa prééminence, sa présence, son idéal. Aussi, une politique d'assimilation est-elle menée mais son aboutissement n'est pas celui escompté d'autant que les ensembles humains, qui composent la société cosmopolite, évoluent suivant leurs propres activités, mentalités, genres de vie et structures familiales et communautaires.
Publié le : jeudi 1 janvier 1998
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EAN13 : 9782296368224
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Francis Cheung

Tahiti et ses îles
(1919-1945)

Etude d' une société coloniale aux antipodes de sa métropole

1998 ISBN: 2-7384-6857-8

@ L'Harmattan,

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Francis Cheung

Tahiti et ses îles
(1919-1945)

Etude d'une société coloniale aux antipodes de sa métropole

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005Paris

L'Harmattan INC 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9

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INTRODUCTION. 17 PARTIE 1.: DEFINITION DES CADRES A L'INTERIEUR DESQUELS S'INSCRIT LA PRESENCE FRANCAISE PREMIERES APPROCHES DE LA NOTION DE ICOLONIAL" 25 CHAPITRE 1. L'INTRUSION FRANCAISE ET LA MISE EN PLACE D'UN APPARBIL INSTITUTIONNEL, REFLET DE LA MAINMISE OMNIPOTENTE DU POUVOJR METROPOLITAIN. 27 I - LA SPHERE GEOGRAPlllQUE DE L'INFLUENCE FRANCAISE. 27 A - Les ETABLISSEMENTS FRANCAIS DE L'OCEANIE (B.F.O.) DANS LEUR ENVIRONNEMENT NATUREL. 27 1 - L'archipel de la Société. 28 2 - L'archipel des Marquises. 29 3 - L'archipel des Australes. 30 4 - L'archipel des Tuamotu 30 5 - L'archipel des Gambier. 31 B - LA VIVACITE DU MYTHE DE LA NOUVELLE CYTHERE. 32 1 - Naissance et développement du mythe. 32 2 - Des témoignages. 34 3 - Un mythe égratigné. 35 II - UNE PRESENCE FRANCAISE TARDIVE. 36 A - LE TEMPS DE LA THEOCRATIE: L'EMPRISE DES PASTEURS PROTESTANTS (1797-1842). 37 1 - L'arrivée des missionnaires 37 2 - Instauration d'une monarchie chrétienne 37 3 - Influence religieuse sur les mœurs. 38 4 - Affaiblissement de la monarchie. 39 B - LE TEMPS DU PROTECTORAT: PREMIERS PAS DE LA FRANCE (1842-1880). 39 1 - La France dans Ie Pacifique 39 2 - Un établissement difficile. .4 3 - Transformation du paysage politique 41 C LE TEMPS DE L'ANNEXION: TAHITI, COLONIE FRANCAISE DU PACIFIQUE (1880) 42 1 - Le partage de l'Océanie 42 2 - Les étapes de la prise de possession définitive de Tahiti et ses archipels: la création des E.F. 0.. .4

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5

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I

III - L'EMPRISE ADMINISTRATIVE. .4 A - LA TUTELLE METROPOLITAINE: LE MINISTERE DES COLONIES 45 B - UN GOUVERNEUR TOUT -PUISSANT 46 1 - Ses attributions. 46 2 - Ses limites. 47 3 - L'administration des archipels. 49 C - L'ADMINISTRATION COLONIALE 50 1 - Les principaux services techniques. 50 2 - Un personnel pléthorique. 52 IV - UNE REPRESENTATION POLITIQUE A LA PORTEE RESTREINTE. 54 A - LE CONSEIL D'ADMINISTRATION (1903-1932) : UNE OUVERTURE TIMIDE 54 B - LES DELEGATIONS ECONOMIQUES ET FINANCIERES (1932-1945) : UNE OUVERTURE TROMPEUSE. 55 1 - La mise en place. 55
2 - Composition. .. .......... .... .. ...... ...... ... .. ...... ......... . 55

3 - Les fonctions et les déceptions engendrées

56

C - LE CONSEIL PRIVE (1932-1945): UN ORGANE AUX
MAINS DU GOUVERNEUR. 57 D - CONSEILS DE DISTRICT ET CHAMBRES CONSULAIRES. 58 1 - Les Conseils de district. 58 2 - La Commission municipale d'Uturoa. 59 3 - Les Chambres consulaires. .. .. .. 59 E - LA REPRESENTATION LOCALE EN METROPOLE: LE CONSEIL SUPERIEUR DES COLONIES. 60 CHAPITRE 2. LES FONDEMENTS DE L'ECONOMIE: UNE OUVERTURE EXTERIEURE ACCENTUEE. 65 I - LES FACTEURS DE DEVELOPPEMENT. 65 A - LE DESENCLA VEMENT : VAINCRE L'ISOLEMENT. 65 1 - Le réseau routier. 66 2 - Les liaisons interinsulaires : surmonter les distances entre les lieux de production et Papeete. 68 3 - Les grandes lignes maritimes, fenêtres sur l'extérieur. 71 B - LE CASSE-TETE FONCIER: DES STRUCTURES AGRAIRES PRECAIRES SUR FOND D'UN PROBLEME DE SOCIETE 74 6

1 Les causes de l'indivision et du parcellement : historique et traditions. 74 2 - Le paradoxe: encourager la colonisation agricole et éviter les spoliations foncières 75 C - LES ETABLISSEMENTS BANCAIRES ET DE CREDIT: DES PARTENAIRES INDISPENSABLES. 79

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1 - Lesbanques 2 - La CaisseAgricole
3 - La Caisse Centralede CréditAgricoleMutuel.
II - LES RICHESSES ECONOMIQUES. A - LES PRODUITS SPECULATIFS ET MINIERS.

79 81
.,.....84

85 85
85

87 3 - La nacre. 88 4 - Le phosphate de Makatea. 90 B - LES AUTRES RESSOURCES DE LA COLONIE 91 1 Cultures vivrières, maraîchères et ftuitières. 92 2 - Faiblesse de l'élevage. 95 C - LE TOURISME: UNE POTENTIALITE MAL EXPLOITEE.96 III - LE COMMERCE EXTERIEUR: DEPENDANCE ET CONTACTS CROISSANTS 98 A - STRUCTURES DES IMPORTATIONS. 99 1 - Analyse du mouvement commercial. 99 2 Les pays fournisseurs 100 B STRUCTURES DES ExPORTATIONS 102 1 Les produits-rois : copr~h, vanille, nacre et phosphate. 102 2 - Les débouchés. 105 CHAPITRE 3. LA RESURRECTION DEMOGRAPHIQUE. 113 I.. UNE POPULATION EN PLEIN RELBVEMENT. 113
2 La vanille

1 - Le coprah.

,

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A - LES OPERATIONS

DE RECENSEMENT:

LEURS

MODALITES ET LEUR EXPLOITATION 1 - Les modalités. 2 - Des données à exploiter avec prudence.

I13 113 114

116 2 . L'embellie après le déclin. 118 3 . Une émigration insignii1ante. 119 II - UNE STRUCTURE DEMOGRAPHIQUE MARQUEE PARLES DESEQUILffiRES. 122 7

B - UNE REPRISE EXCEPTIONNELLE 1 Le déclin avant l'embellie.

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116

A-REPARTITION PAR ARCHIPEL : VERS UNE CONCENTRATION A TAHITI. 122 1 - Tahiti, centre d'attraction. 122 2 - Les migrations internes et les centres de peuplement. 123 B - REPARTITION PAR SEXE: PREDOMINANCE DE L'ELEMENT MASCULIN. 126 C - REPARTITION PARAGE: UNE POPULATION JEUNE. . 128 D - LA REPARTITION PAR ORIGINE ET LA PROBLEMATIQUE DU METISSAGE. 129 I - Des résultats faussés par le brassage racial et ethnique. 129 2 - Un phénomène du métissage difficile à cerner. 133 III - UN CAS EXEMPLAIRE DE LA RESORPTION DU VIDE DEMOGRAPHIQUE: LES MARQUISES. 137 A - UNE EVOLUTION MIRACULEUSE. 137 1 - Historique de la population de l'archipel. 137 2 L'Administration française face au drame marquisien 138 B - ETUDE DES DEUX GROUPES D'ILES DES MARQUISES.

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. .. .. . .. .. .. .. .. .. .. .. . . .. . .. . . . .. .. . . .. . . . . . . . . . . . .. .. .. . . . . .. . .. .. . . .. . . . .. .. .. .. .. .. .. . . .. . .. . . ., 139

1 - Le groupe Sud-est. 139 2 - Le groupe Nord-Ouest. 140 CHAPITRE 4. LES E.F.O., TERRES CHRETIENNES : CROYANCES ET COMPORTEMENTS 145 I - LES EGLISES ET LES POUVOIRS PUBLICS: DES DIFFERENCES DE TRAITEMENT. 145 A - LE PROTESTANTISME: LA RELIGION RECONNUE. 145 B - L'EGLISE CATHOLIQUE: VERS UNE RECONNAISSANCE DE FACTO. 148 C - LES RELIGIONS MINORITAIRES AMERICAINES: MORMONISME ET ADVENTISME. 150 1 - Historique et succès de leur présence. 150 2 - Des Églises sous haute surveillance administrative. 153 II - L'EMPRISE DES RELIGIONS CHRETIENNES MAJORITAIRES 155 A LE MOUVEMENT D'EVANGELISATION. 155 1 - Implantation géographique. 156 2 - Les instruments de l'apostolat. 157 B LES ECUEILS ALAPROPAGATION DE LA FOI. 163 1 - Absence de vocations et isolement des Pères 163 2 - Cohabitation impossible entre Foi, morale et superstitions. ..165

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III - LA VIE RELIGIEUSE: UNE ACTIVITEBOUILLONNANTE. 169 A - LES MANIFESTATIONSDE CETTE FERVEUR. 169 1 - Les joutes oratoires. 169 2 - Culte, messe et quête. 171 3 - Fêtes et sacrements 174 B - CONTRIBUTIONAUX OEUVRES SOCIALESET ENCADREMENTSANITAIRE. 178 PARTIE 2: PORTRAIT DES COMPOSANTESHUMAINES: STRATIFICATION,PLURIETHNICITE,COSMOPOLITISME, ANTAGONISME. 185 CHAPITRE 5. LES POLYNESIENS: UN PEUPLE BALLOTEENTRE LE MODERNISMEET LES TRADITIONS. 187 I - DES RAPPORTS AVEC L'ADMINISTRATIONFONDES SUR LA SIMPLICITE. 187 A - UN PATERNALISMEEXCESSIF. 187 1 - Des Polynésienscouvés avec outrance. 187 B - SUJETS OU CITOYENSFRANCAIS: IMBROGLIO JURIDIQUE 191 II - LES TRADITIONSFACE A L'APPORTEXTRA-OCEANIEN: BOULEVERSEMENTSET RESISTANCES. 194 A - LA MEMORISATIONMATERIELLEDU PASSE 194 1 -Difficultésd'écrirel'histoirede la PolynésieOrientale. 194 2 - La Société des Etudes Océaniennes: œuvre du pouvoir colonial. . ... . ..... . . ... 196 B - PERTE ET SURVIVANCEDES TECHNIQUES. 198 1 - Un attrait irrésistiblepour les produits étrangers. 198 2 - Habitationset habits. 200 3 - La pêche et la navigation. 201 4 - L'alimentation,l'artisanatet le tatouage. 205 C - LES INCIDENCES SUR LE FOLKLOREET LA LANGUE. 207 1 - Le folklore. 207 2 - La langue 208 III - LES SPECIFICITESDE LA FAMILLECONSERVEES. 210 A - DE L'ENFANCEA L'AGE ADULTE. 210 1 - Une enfancebienheureuse. 210 2 - L'adolescenceet lajeunesse. 212 9

2 - Loyalisme faux-semblant? ou

189

3 - Vie et déviations sexuelles. 214 B - LA FEMME POLYNESIENNE. 217 1 - Son statut. 217 2 - Ses activités. .....,...... ...... ...... .................. 218 3 - Son entourage. 219 CHAPITRE 6. LA COLONIE FRANCAISE BLANCHE ET ASSIMILEE: UNE ELITE DECIDREE. 225 I - L'ELITE ECONOMIQUE. 225 A - UNE OCCUPATION DE TOUS LES SECTEURS, PRODUCTIFS OU NON. 225 1 - Une position sociale et professionnelle enviable. 225 2 - Les Demis et la consolidation des intérêts français. 232 B - UN MODE DE VIE SINGULIER. 235 1 - Des usages particuliers 235 2 - Vie familiale et habitat. 237 II - L'ELITE POLITIQUE. 240 A - UN EClllQUIER RESTREINT. 241 1 - Les chefs de district. 241 2 - Des assemblées monopolisées et une idéologie politique vide. 243 3 - Une représentativité contestable 245 B LES ENJEUX. 246 1 - Un leitmotiv: protéger les intérêts particuliers. 246 2 - Les autorités coloniales dénigrées. ...250 3 - Attitude du gouverneur: volonté de calmer les esprits. 254 III - DEUX EXEMPLES SYMBOLIQUES DE CETTE LUTTE D'INFLUENCE. 257 A L'AFFAIRE KONG AH ET SES PROLONGEMENTS. 257 1 - Origine et faits. 257 2 - Les répercussions. 259 B - LE RALLIEMENT A LA FRANCE LIBRE. 260 1 - L'impact de la guerre dans la colonie. ..260 2 - Les événements du 2 septembre 1940. 263 CHAPITRE 7. LES ClllNOIS : UNE COMMUNAUTE EN MARGE. 271 I - UNE PRESENCE ECONOMIQUE ACTlVE 271 A - LES VAGUES D'IMMIGRATION DU XXème SIECLE. 271

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-

1 - Généralités.

271
272 10

2 - Causes des départs et buts des immigrants.

3 Répartition géographique 273 B - DES SUCCES CONDITIONNES PAR UN TRAVAIL ACHARNE. .. 275 1 - Vers le contrôle du petit commerce 275 2 - Les Chinois dans les autres secteurs de l'économie. 279 II - UNE REUSSITE DERANGEANTE. 280 A - UN DYNAMISME JALOUSE PAR L'EST ABLISHJ\.1ENT..281 1 - Les griefs portés sur fonds d'intérêts commerciaux. ......281 2 - Des mœurs peu recommandables. 285 B - LES MESURES CONTRE L'EXPANSION CHINOISE. 288 1 - Complaisance de l'Administration. 288 2 - Une législation de plus en plus contraignante pour enrayer l'influence chinoise. 289 III-DES STRUCTURES APTES A SAUVEGARDER L'IDENTITE ETHNIQUE ET CULTURELLE. 293 A - LA DEFENSE DES TRADITIONS A TRAVERS LA FAMILLE ET LES GESTES ANCESTRAUX 293 1 - Cycle de vie. .. .... ..... ...................... 293 2 - Rites et fetes. 297 3 - La religion ancestrale. ..... . .......299 B - ASSOCIATIONS ET GROUPEMENTS: REALITE ET ILLUSION D'AFFERMIR L'UNITE DE LA COMMUNAUTE. 300 1 - Présentation des trois congrégations agréées par les autorités coloniales. ..... ...... . .. .. ......300 2 - Une communauté déchirée par les bouleversements politiques en Chine. 303 3 - Cercles et groupements de bienfaisance 305 CHAPITRE 8. LES ETRANGERS: ENTRE FARNIENTE ET LABEUR. 3 Il I - REPRESENTATION ETRANGERE DANS LES E.F.O.. 311 A - LES CONDITIONS D'ADMISSION 311 1 - Les arrivées libres. 311 2 - L'immigration contrôlée et officielle. 312 B - LEURS ACTIVITES 314 1 - Les étrangers fortunés ou en congé de la Civilisation. 315 2 - Les immigrants économiques. 317 3 - Les naturalisations. 321 II - MEFIANCE DE L'ADMINISTRATION AL 'ENCONTRE DES COMMUNAUTES ETRANGERES. 321 11

-

A - PROTEGER TAlllTI ET SES ILES, UNE COLONIE FRANCAISE A PART ENTIERE. 321 1 - Menaces extérieures sur l'intégrité territoriale des E.F.O.. ...322 2 - L'installation de l'armée américaine à Bora Bora. ......... 324 3 - Réactions énergiques du pouvoir colonial. 326 B - DES PARASITES VIVANT AU DEPEND DES INDIGENES. 328 III - PAPEETE: VILLE SYMBOLE DU COSMOPOLITISME. 330 A - CROISSANCE URBAINE. 330 1 - Les éléments étrangers fortement représentés 330 2 - Extension de la cité 332 B - FONCTIONS URBAINES. 335 1 - Le Port: artère vitale. 335 2 - Le Marché et les magasins: la vie commerciale. 336 3 - Concentration des services administratifs. 338 PARTIE 3.LA POLITIQUE D'ASSIMILATION: REUSSITE ET ECHEC DE L'IMPREGNATION DES VALEURS FRANCAISES 343 CHAPITRE 9. LA SANTE: GIGANTESQUE OEUVRE DE LA CIVILISATION FRANCAISE. 345 I - LE FONCTIONNEMENT DU SERVICE DE SANTE. 345 A - LA SANTE: UNE PRIORITE ABSOLUE DANS UNE COLONIE SOUS-PEUPLEE. 345 1 - Les obstacles. 345 2 - Une volonté accompagnée d'efforts financiers. 347 B - UNE ORGANISATION SANITAIRE POURTANT MAL EQUILIBREE. 348 1 - A Tahiti et dans les archipels 348 2 Le personnel médical. 351 II - LE SOUCI D'UNE EFFICACITE OPTIMALE. 354 A- DES SERVICES EN CONSTANTE AMELIORATION 354 1 - L'Hôpital Colonial de Papeete. 354 2 - La Maternité de Papeete. 356 3 - Le dispensaire antivénérien. 357 B - UNE LUTTE DE TOUS LES INSTANTS CONTRE LES

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MALADIES.

.. ......

..

.. ..

..

...

...... ..

.... .... ....... ... ... .359

1 - La tuberculose. 2 - La typhoïde et autres maladies. C - L'ASSAINISSEMENTDE PAPEETE. 1 - Une situationcatastrophiqueau lendemainde la guerre 12

359 360 362 362

2 Un état des lieux amélioré sous l'impulsion du Gouvernement locaL 363 III - LA PROPHYLAXIE DE LA LEPRE 365 A - LA LEPRE DANS LES ARCHIPELS 365 1 - Aux Marquises. 366 2 - Aux Tuamotu et aux Australes 366 B - LA LEPROSERIE D'OROF ARA. 368 1 - Organisation. 368 2 - La vie sociale 369 CHAPITRE 10. LA SCOLARISATION: UN SYSTEME INADAPTE ET DES RESULTATS MITIGES 373 I - UN DISPOSITIF MATERIEL ET HUMAIN INSUFFISANT 373 A - L'ORGANISATION DE L'ENSEIGNEMENT. 373 1 - Les objectifs de l'instruction publique. 374 2 - Implantation des écoles et effectifs: déséquilibre entre Tahiti et les archipels. 374 B - UN PERSONNEL ENSEIGNANT MEDIOCRE 378 1 - Les difficultés du métier et le cas des archipels. ....... 378 2 - Les facteurs d'évolution. 382 II - ADOPTION DU PROGRAMME METROPOLITAIN 384 A UN CONTENU ELOIGNE DU CADRE POLYNESIEN 384 1 - Un programme calqué sur le modèle français. 384 2 - Des cours professionnels et techniques limités 387 B - AVENIR INCERTAIN A LA SORTIE DU SYSTEME SCOLAIRE. 389 1 - Des connaissances mal assimilées. 389 2 - Des résultats flatteurs aux examens. 392 III - IMPORTANCE DE L'ENCADREMENT PRIMAIRE PRIVE. 396 A - LES ECOLES CONFESSIONNELLES AU SERVICE DE LA JEUNESSE. 396 1 - Les écoles protestantes. 397 2 - Les écoles catholiques. .400 B - LES ECOLES CHINOISES, FACTEURS DE PRESERVATION DE L'IDENTITE DE LA COMMUNAUTE. .404 1 - Une réglementation stricte. 404 2 - Un enseignement surveillé 405 CHAPITRE Il. UNE EXISTENCE AU QUOTIDIEN LOIN D'ETRE PARADISIAQUE. 411

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l LE TRAVAIL, UNE VALEUR EN RAPPORT AVEC LES . NECESSITES ECONOMIQUES. .411 A - PSYCHOLOGIE POL YNESIENNE DEVANT LE TRAVAIL.
. .. .. .. .. . . .. .. . .. . .. . . . . .. .. . . .. . . . . . .. .. . .. , .. .. .. .. . .. .. . .. .. . . . . . . . .. . . . . . . . .. .. .. .. . . . . . . . . . . .. 411

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1 - Nonchalance et prestations rurales. 412 2 - De la condition du travailleur. .. .................... ....414 B - LES METHODES DE TRAVAIL DANS LES PRINCIPALES BRANCHES D'EXPORTATION. 415 1 - Le coprah: mode d'exploitation et mesures de protection. ..416 2 - La vanille et la préservation de la qualité: un souci constant. , 418 3 - La nacre: la plonge et ses risques. 419 4 - Le phosphate: Makatea, l'île-usine à visage humain. 421 C - LES GROUPEMENTS AGRICOLES. 425 1 - Les syndicats agricoles .425 2 - Les Associations d'Intérêt Général Agricole et les sociétés coopératives agricoles. 426 II - UN COUT DE LA VIE ELEVE 428 A - CHERTE DE LA VIE. 428 1 - Des prix toujours en hausse. 428 2 - Réajustement des salaires. 431 3 - Contrôle et surveillance des prix. , .41 B - ABSENCE DE PROTECTION SOCIALE. .43 I-Une population non-prémunie. .433 2 - Les Sociétés de secours mutuels: des intentions louables mais une efficacité nulle. 435 III - ALCOOLISME ET DELINQUANCE: DEUX FLEAUX DE LA SOCIETE 436 A - IMPUISSANCE A COMBATTRE L'ALCOOLISME. 436 1 - Une législation transgressée. 436 2 - Un mal perçant. 438 B - RECRUDESCENCE DE LA DELINQUANCE. 440 1 - Organisation et difficultés de rendre la justice. 440 2 - Nature des délits et origine des contrevenants. .43 3 - La délinquance juvénile. ...445 CHAPITRE 12 LOISIRS, FETES ET SPORTS. .43 I LOISIRS ET FETES. 453 A LES LOISIRS. 453 1 - Le cinéma, une importation à l'impact inimaginable. 453

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2 - Les autres passe-temps. 456 B - LES FETES 459 1 - Fêtes communaleset patriotiques .49 2 - Le "tiurai", fête populairepar excellence......... .. 462 II - EXERCICES PHYSIQUESET SPORTS: FORGER L'ESPRIT FRANCAISET FORTIFIERLE CORPS 464 A - EDUCATIONPHYSIQUEET GYMNASTIQUE. 465 1 - Introduction dans les écoles. 465 2 - Portée minimeà l'armée. 466 B LES GROUPEMENTS SPORTIFS. 468

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1 - Les associations.

468

2 - Les compétitions: football, basket-baIl, volley-baIl, boxe, cyclisme et tennis. 472 CONCLUSION 481 SOlJRCES. 487 I-ARCHIVES DE PAPEETE. .487 A - LES PUBLICATIONS OFFICIELLES. .47 1 - Journal Officiel des Etablissements Français de l'Océanie de

1919 à 1945 487 2 - Les projets de budget et les comptes définitifsdes recettes et des dépensesde 1919 à 1945. .487 3 - Les procès verbauxdes assembléesconsultatives. 487 B - LES CORRESPONDANCESADMINISTRATIVES(19191939) 488 C - AUTRES DOCUMENTS. 489 1 - Bulletinde la Chambrede Commerce. 489 2 - l'Echo de Tahiti .489 II - ARCHIVESD'AIX-EN-PROVENCE. .49 III - BffiLIOGRAPfIIE 490
A - OUVRAGES GENERAUX ET TRAVAUX D'ENSEMBLE. 491 B - POlJR UNE APPROCHE DE LA SOCIETE ET DE LA CIVILISATION ORIGINELLES. 492 C - SlJR L'EVOLUTION POLITIQUE ET INSTITUTIONNELLE. 492 D - SlJR LES RESSOURCES ET LA VIE ECONOMIQUES 493 E - SlJRLES QUESTIONS DEMOGRAPHIQUES 494 F - SlJR LES MISSIONS ET LES COMPORTEMENTS RELIGIEUX. 494 G - SlJR LES COMMUNAUTES HUMAINES. .45 15

l

1 Généralités. 495 2 - Sur les Polynésiens. 496 3 - Sur la communautéftançaiseblancheet demie. 498 4 - Sur les étrangers. 498 H - SUR LES OEUVRES SOCIALES. 499 1 - Sur la santé. 499 2 - Sur l'enseignement. 500 H - SUR LA VIE QUOTIDIENNE(travail,délinquance,alcoolisme, tètes, loisirs...). 500 IV - DOCUMENTS SONORES 502 A - RADIO FRANCEOUTRE-MER-TAHITI. 502 B - RADIO 1 502 DOCUMENTSANNEXES ... 504

-

INTRODUCTION.
Plus que jamais, à l'aube du IIlème millénaire, la POL YNESIE FRANCAISE suscite un vif engouement auprès des chercheurs, des journalistes ou tout simplement des amoureux de l'Océanie, qu'ils soient locaux ou extérieurs à cet environnement géographique. Nous en voulons pour preuve le travail de fourmi du regretté Père Patrick O'REILLY qui a répertorié plusieurs milliers de titres. Deux périodes de prédilection intéressent plus particulièrement les chercheurs d'aujourd'hui. D'une part, l'époque pré-européenne ou comment apporter des éclaircissements sinon des révélations sur le peuple polynésien et sa civilisation longtemps protégés des contacts extra-océaniens par l'immensité de l'Océan Pacifique? Il est fort heureux que de plus en plus d'études soient "œuvre de natifs du milieu autochtone tels Duro RAAPOTO et tant d'autres. D'autre part, J'ère contemporaine ou vers quelles voies se dirige la société polynésienne à un moment où TAHITI se trouve à la croisée des chemins? Un malaise profond règne dans toutes les couches de la population. " résulte de la mise en sommeil des activités du Centre d'Expérimentation du Pacifique lequel, par l'entremise du ministère de la Défense, déversait des milliards et des milliards de francs, de la politique ambiguë de la FRANCE dans la région (volonté affichée d'affirmer sa présence mais désengagement possible en NOUVELLE CALEDONIE au nom du droit à l'autodétermination des peuples), de la montée de l'indépendantisme qui s'accompagne de la mise au jour de scandales sur fond d'affairisme lesquels éclaboussent et discréditent les hommes politiques. L'explosion menace cette société où les différentes ethnies coexistent avec une relative harmonie et que beaucoup citent en exemple dans un monde dans lequel le démon du nationalisme se réveille dangereusement. Par contre, la période dite coloniale (1880-1945) n'a guère provoqué l'enthousiasme des historiens: elle est survolée à la vitesse du son dans les ouvrages généraux, parfois bâclée. Or, la société actuelle ne s'est pas élaborée du jour au lendemain; bien au contraire, elle est issue d'une longue gestation commencée après la prise de possession des terres polynésiennes au siècle dernier par Ja FRANCE et de la formation des communautés humaines dans l'entre deux guerres. Heureusement ,une grande partie des lacunes a été comblée par l'historien Pierre-Yves TOULLELAN qui s'est penché sur les années 1880-1914. Il reste donc une zone d'ombre, celle des années restantes que nous nous proposons d'éclaircir maintenant sous un angle plus historique que sociologique.

Ce qui nous amène à expliciter l'intitulé de notre sujet : "TAHITI et ses îles
(1919-1945). Étude d'une

société coloniale

aux antipodes

de sa

métropole. " 17

Nous distinguons

trois frontières.

géographique ou dans l'espace: "TAHITI et ses îles" et "aux antipodes de sa métropole", Telles expressions sont un choix délibéré qui n'est pas innocent car elles accrochent davantage le lecteur, sensible à la résonance de ces termes derrière lesquels se cachent le rêve et le merveilleux, en un mot le mythe, que les "Établissements Français de l'Océanie" . vocable administratif apparu au début du XXème siècle pour désigner les possessions françaises en POL YNESIE Orientale (à l'exception de l'île de Pâques). En effet, dans le Pacifique-Sud, PARIS exerce pleinement sa souveraineté, outre sur la NOUVELLE CALEDONIE et WALLIS ET FUTUNA, sur ces monticules de terres qui occupent une place à part dans l'empire colonial, non pas par les richesses économiques qu'ils peuvent procurer à une métropole située à deux océans de là, mais par l'intérêt stratégique et affectif. Au lendemain de la Grande Guerre, la FRANCE inaugure de grands travaux et élabore des plans d'équipements dans toutes ses colonies pour appuyer leur développement, toutes sauf les E.F.O. : extension du Port de DAKAR, construction du Port de CASABLANCA, du réseau routier et ferroviaire du MAROC, aménagements hydrauliques en INDOCHINE, irrigation de plusieurs milliers d'hectares dans la vallée moyenne du NIGER. Au demeurant, Henri BLET, qui a écrit trois volumes sur l'histoire coloniale de la FRANCE, ne consacre que 2 misérables pages à TAHITI sur les 328 pages que compte son troisième tome "l'Oeuvre Coloniale de la /IIème République" (Éditions B. Arthaud-195D). Par ailleurs, nous avons tenu à séparer TAHITI, le centre politique et le poumon économique, des îles environnantes dont l'importance ne doit pas être cependant sous-estimée. - Une délimitation
- Une délimitation chronologique ou dans le temps: "1919-1945" . Nous rappelons que l'époque coloniale a été longtemps occultée et ignorée des chercheurs. P.Y.TOULLELAN a posé les fondements d'une meilleure connaissance en s'attelant aux années d'avant-guerre dans sa thèse soutenue en 1983 à l'Université de Paris I. Choisir 1919 comme point de départ se justifie pour diverses raisons. D'une part, notre étude est la suite logique du travail accompli par l'historien précité en ne développant pas toutefois les années 1914-1918 : sachons que la colonie est bombardée pendant quelques minutes par deux croiseurs allemands et qu'elle envoie près de 1 100 volontaires en EUROPE. Justement, le retour en 1919 des Poilus polynésiens, qui ont participé activement à la libération de la Mère Patrie, inaugure une période au cours de laquelle les personnalités locales revendiquent certaines compétences et une meilleure représentativité dans les institutions au dépend des haut fonctionnaires métropolitains qui ont tous les pouvoirs de décision. D'autre part, 1919 correspond au début d'une grave crise économique et financière qu'aggrave la calamiteuse grippe espagnole affectant les E.F.O., déjà pauvres en main d'œuvre. 18

Enfin, 1919 marque l'amorce d'une forte productivité de coprah et de phosphate, principales richesses, ce qui forge une élite économique laquelle génère une élite sociale. 1945 constitue l'autre date extrême parce qu'elle coïncide avec la fin de la seconde guerre mondiale, et surtout avec la décision d'abroger le statut colonial, concrétisée par la Constitution de 1946, avec la reconnaissance des spécificités insulaires et avec J'extension de la citoyenneté à l'ensemble de la population dont une partie était, jusqu'alors, des sujets français. - Une délimitation thématique: "Etude d'une société coloniale." La société des Etablissements Français de l'Océanie est typiquement coloniale, c'est-à-dire qu'elle est très cloisonnée. Les couches se définissent suivant l'appartenance ethnique ou raciale: au sommet de la pyramide, les "Popaa Farani" (=Ies Français Blancs) et les métis les plus évolués, un milieu élitiste miné par des querelles d'intérêts, auxquels se joignent un petit nombre d'autochtones comme les chefs de district à la recherche de notoriété, dominent la vie économique et politique. Au pied de la pyramide, les "Maohi" (=Ies Polynésiens) aspirent à une vie tranquille, sans souci sous le soleil des Tropiques. Au milieu, les étrangers fortunés, surtout des anglo-saxon, succombent aux sirènes du mythe et les immigrants économiques, pourvus d'un contrat, viennent y travailler. Enfin, en marge, les éléments perturbateurs sont "Tinifo" (=Ies Chinois) accusés de bousculer l'équilibre social. Avant la guerre, les études démographiques à partir des recensements sont encore pessimistes sur les chances de la population du crû de combattre la mortalité infantile et le peu de résistance face aux maladies importées. Mais, une vue à long terme allègue que l'élément polynésien, qui ne peut diminuer davantage, va se stabiliser. Au contraire, il montre une vitalité évidente d'autant que la FRANCE harmonise des politiques efficaces en matière de santé publique. Sans préjugés et généreux, les Polynésiens ont une taille assez grande, le teint bronzé, une moustache et une barbe peu fournie, des cheveux lisses et noirs chez les hommes, la démarche lente et la chevelure épaisse chez les femmes. Cependant, des différenciations doivent être faites selon les archipels où ils habitent: - les Marquisiens sont restés les plus purs des indigènes; les traits du visage sont plus fins et réguliers et la figure traduit la sévérité et la noblesse;

-

les Tahitiens

sont plus doux et plus rieurs et un embonpoint

précoce

épaissit le thorax des femmes et efface les muscles des hommes; - les Paumotus ont la peau sombre car ils sont exposés constamment au soleil. Malgré l'intrusion d'éléments de race blanche ou jaune, le fond de la population demeure polynésien: les caractères physiques ont survécu à des métissages répétés bien qu'il faille introduire des nuances. Effectivement,

19

dans les îles où le contact et les influences extérieures prédominent, les caractéristiques originales tendent plus ou moins à s'altérer. "Ta race est belle, ta race peut être toujours plus forte. Malgré l'usure des siécles, les maux étrangers, les passions changeantes, ta race a la même séve que tes fleurs", s'exclame J.NORDMANN ("Tahiti 39" - Éditions du Pacifique -1939-p.158) Dans la thèse, pour les désigner, nous emploierons indifféremment "autochtones" et "indigénes" même si nous reconnaissons que l'emploi de ce dernier terme est impropre dans cette partie du monde où se mélangent citoyens et sujets français. D'une position de propriétaire terrien qu'il fut autrefois, le Tahitien ne devient plus qu'un agriculteur, un employé ou un journalier. Il est vrai que la structure démographique se modifie par les mariages ou les unions libres avec les Européens, les Américains ou les Chinois. Les Métis, tout en ne renonçant pas â la richesse foncière héritée de leur mère, s'enorgueillissent d'avoir du sang blanc dans leurs veines; ils sont enclins â insister fièrement sur leur origine blanche et â porter un regard dédaigneux en direction du Tahitien qu'ils considèrent comme un homme sauvage et
non

- évolué.

En POL YNESIE, l'organisation familiale est différente de celle du Vieux Continent. Les naissances illégitimes ne prêtent â aucune conséquence fâcheuse pour les femmes dont les partenaires ne sont pas seulement des étrangers mais également des Polynésiens rencontrés au gré du hasard. Il en résulte que la société indigène est en quelque sorte immunisée contre le concept réprobateur occidental vis à vis de la venue au monde d'enfants dont le géniteur est aux abonnés absents ou disparaît brusquement sans laisser d'adresse. Dans la période précédant la guerre, le métissage s'accélère. Les anglo-saxon, notamment les Britanniques et les Allemands, instruits et souvent fortunés, s'unissent volontiers avec les femmes de l'ancienne aristocratie foncière tahitienne. Les Français préfèrent laisser parler leur cœur mais ont-ils vraiment une autre solution? Soldats démobilisés sur place d'origine paysanne, donc analphabètes, ils ne visent pas à trouver un beau parti; leur unique préoccupation est d'oublier la misère qui aurait été la leur en cas de retour dans l'hexagone. Mais, à la deuxième génération, leurs enfants se marient avec ceux des familles anglo-tahitiennes. Plus nombreux, ils sont les principaux bâtisseurs de la société multiraciale. Au sortir de la Grande Guerre, seule une demi-douzaine de grandes familles bourgeoises parviennent à se placer stratégiquement sur les échiquiers politique et économique car elles ont réussi parfaitement ''l'hybridation des titres nobiliaires et des capitaux ainsi que celle des patrimoines génétiques polynésien et européen. " (M.PANOFF - "Tahiti métisse" - Éditions Denoël Paris

- 1989

- p.192)

20

Les différences sociales à l'intérieur de la population euro-tahitienne sont basées de plus en plus sur des critères économiques et éducatives. Dans l'entre-deux guerres apparaît le terme de "Demi". A quelque degré que ce soit, les ressortissants de TAHITIet MOOREA sont plus ou moins métissés. Cependant, il est possible de faire une distinction entre les Polynésiens qui parlent le tahitien et qui sont agriculteurs ou journaliers et un groupe de transition dont le père est "Papaa" , parlant un peu le français et tirant un revenu monétaire permanent. La génération des Demis de l'après-guerre, par les liens filiaux et par l'éducation, parle encore le tahitien mais elle s'identifie de près au commerce et à l'administration proche du pouvoir métropolitain. la distinction entre les franco-tahitiens et la majeure partie de la population se fait, en premier lieu, en fonction du succès dans le système éducatif. Seule PAPEETE bénéficie de structures scolaires correctes. Il faut préciser que les E.F.O. sont financièrement autonomes: par la loi de finances du 13 avril 1900, ils sont maîtres de leurs ressources mais ils doivent prendre en charge toutes les dépenses, y compris de souveraineté et de protection. Ne pouvant s'appuyer sur aucune subvention du Gouvernement Central, TAHITI ET SES IlES ne peuvent compter que sur elles-mêmes tant pour l'entretien courant que pour le développement économique et pour leurs œuvres d'intérêt social telles l'enseignement et l'assistance sanitaire. Or, les E.F.O., constitués au début du siècle, sont une colonie jeune et ne sont pas assis sur une prospérité bien établie: autrement dit, plus qu'à des concrétisations de grande envergure, il faut s'attendre à des piétinements et seulement à des projets d'action. Et les missionnaires s'interrogent sur l'avenir des Polynésiens dans le cadre des églises. Ils se préoccupent moins des conflits doctrinaux que de la capacité de leurs ouailles à suivre les changements des conditions économiques et politiques d'après l'historien américain Colin NEWBURY. Monseigneur Paul MAZE, évêque en 1938, consacre une grande partie de sa vie à l'étude des problèmes d'adaptation d'une économie de subsistances à une économie de marché. Après avoir rouvert la Mission des MARQUISES, il contribue à étendre la sphère de l'influence catholique dans les fiefs du protestantisme. Son ambition en 1939 est d'organiser le clergé local en formant de jeunes Polynésiens. Chez les Protestants, afin d'exercer une surveillance serrée, la Société des Missions Evangéliques de PARIS s'appuie sur un personnel autochtone pour animer les paroisses. En 1940, Je pasteur Charles VERNIER fait une synthèse des 130 années du protestantisme dans une enquête où il souligne les frustrations des Européens qui restent des étrangers avec leur mentalité d'Hommes Blancs et leurs réactions qui sont si différentes de celles des indigènes. En outre, il rapporte que le culte au temple ne suffit plus et que les enfants des 21

paroisses ont besoin d'une meilleure éducation que les écoles protestantes de PAPEETE peuvent leur procurer. Le pasteur Maurice LEENHARD argumente dans le même sens et il remarque que les changements socio-économiques sont le résultat du fossé qui se creuse, séparant les ruraux polynésiens et les groupes d'immigrants. Il regrette que les premiers n'occupent pas des places de responsabilité du fait d'une instruction déficiente. Les immigrants ont probablement accéléré les différenciations au sein de la société. Natifs d'EUROPE, d'ASIE et d'AMÉRIQUE, ils se concentrent surtout à PAPEETE dont la croissance démographique est plus rapide que celle du reste de la colonie. Parmi eux, les Chinois sont bien ancrés économiquement mais ils forment une catégorie sociale à part. Beaucoup apprennent la langue vernaculaire mais ne connaissent pas le français. Durant une courte période, de 1928 à 1933, certains ont la possibilité d'acquérir la nationalité française. Malgré l'arrivée de femmes chinoises, des enfants sino-tahitiens naissent. Mais, en règle générale, il est plus difficile pour un demi-chinois que pour un demiblanc de revendiquer à sa majorité la citoyenneté française. Tout un ensemble socioculturel qui mêle le rythme de vie, l'habitat, les modes vestimentaires distinguent les groupes ethniques majeurs; d'ailleurs les familles ne se réfèrent pas à des bases identiques. Chez les Blancs, la famille est limitée aux seuls parents et enfants: par la méconnaissance de la langue locale, elle reste à l'écart des populations indigènes. La famille "Maohi" est marquée par la solidarité qui unit ses membres au sens le plus large: nourriture, hospitalité, adoption, échange d'enfant. Chez les Chinois, le travail, le respect des traditions et l'unité familiale sont essentiels. Plus délicat est de définir la famille demie qui est rattachée plus à une réalité socio-économico-culturelle qu'à un phénomène biologique ou ethnique. Aussi, notre thèse repose-t-elle sur 3 grandes parties, subdivisées chacune en 4 chapitres qui représentent autant de points d'intérêt. La première est consacrée à l'étude des cadres à l'intérieur desquels s'exerce l'influence française: géographique, politique et institutionnel (chapitre 1), économique et commercial (chapitre 2), démographique (chapitre 3) et religieux (chapitre 4). La seconde concerne le portrait des communautés ethniques ou raciales: les Polynésiens (chapitre 5), les Français blancs et les métis évolués (chapitre 6), les Chinois (chapitre 7) et les autres étrangers (chapitre 8). Dans la troisième partie, sont mis en relief certains aspects du quotidien en débutant par les initiatives françaises dans le domaine de la santé (chapitre 9) et de la scolarisation (chapitre 10) dont les résultats sont contrastés, en poursuivant par le travail, la cherté de la vie, l'alcoolisme et la délinquance 22

(chapitre 11) et en terminant
12).

par les fêtes, les loisirs et les sports

(chapitre

Pour mener cette étude, à la fois passionnante et laborieuse, à son aboutissement, nous avons à notre disposition certains documents dépouillés aux Archives d'Outre-mer à AIX-EN-PROVENCE. Mais, l'essentiel du travail a été opéré sur place, à PAPEETE, et plus particulièrement au Service des Archives Territoriales. Un écueil de taille s'est présenté à nous: la non-classification des archives concernant la période étudiée. Malgré tout, Pierre MORILLON, le responsable, et ses employés, Richard, Julien et Marcel (le tutoiement est de rigueur à TAHITI) ont grandement facilité la recherche de documents dont beaucoup sont dans un état de conservation pitoyable qui ne peut que se détériorer depuis que le ministère des Finances du Gouvernement de la POL YNESIE FRANCAISE a ordonné l'arrêt de la climatisation pour des raisons budgétaires. La mémoire écrite du territoire et des conditions de travail moins éprouvantes pour le personnel auraient sans doute mérité une meilleure considération. Nos recherches ont été orientées vers l'analyse des documents officiels comme les procès-verbaux des assemblées consultatives, le Journal Officiel des E.F.O. qui contient des informations loin d'être inintéressantes, les projets de budget, les comptes définitifs des recettes et des dépenses, les rapports d'inspection, et surtout les correspondances du gouverneur au ministre des Colonies dont le contenu doit être exploité dans son contexte, c'est-à-dire que le chef de la colonie a une tendance toute naturelle à valoriser son action et celle des hauts fonctionnaires qui sont ses subordonnés. Toutefois, dans la mesure du possible, nous nous sommes attachés à comparer les écrits administratifs avec les récits de voyage, les rares témoignages des colons, les journaux qui sont tenus par les personnes appartenant à l'élite locale: là aussi, "impartialité n'est pas la qualité première des auteurs parce que, "administration, cible de premier choix, est critiquée systématiquement sinon dénigrée. A ce propos, l'immeuble du Service Territorial des Archives abrite la riche bibliothèque de la Société des Études Océaniennes dont nous remercions la secrétaire, Thilda, pour son dévouement et sa collaboration active. Nous avons également utilisé les supports formidables que sont les articles des revues spécialisées telles le Bulletin de la Société des Études Océaniennes et le Journal de la Société des Océanistes, les études par Île ou par archipel des ethnologues et des historiens du Bishop Muséum (HONOLULU-HAWAIIS) qui arrivent en nombre entre 1920 et 1938 et les émissions radiophoniques comme "Rencontre" animée sur R.F.O.-TAHITI par Michèle DE CHAZEAUX. Notre grand regret a été l'absence de témoignages écrits des Polynésiens
qui assistent plus en spectateurs qu'en

acteurs à l'évolution

de la société.

PARTIE 1.: DEFINITION DES CADRES A L'INTERIEUR DESQUELS S'INSCRIT LA PRESENCE FRANCAISE PREMIERES APPROCHES DE LA NOTION DE "COLONIAL"
Au début du XXème siècle, après bien des tribulations, les îles polynésiennes à l'Est de l'Océan Pacifique sont rattachées dans un ensemble juridiquement compact: elles deviennent une colonie française dans une région où les anglo-saxons (Anglais, Allemands et Américains) règnent en maîtres absolus. Les retombées amenées par ce nouveau statut sont innombrables et transforment une société déjà ébranlée par les apports extra-océaniens tout au long du siècle précédent. L'organisation institutionnelle est plus rigide et ne laisse que des miettes à la représentation locale; les structures économiques s'adaptent aux nécessités impérieuses du commerce extérieur parce que la colonie doit pourvoir à ses besoins de fonctionnement et d'investissement. Mais le Gouvernement colonial veille également à mener une politique visant à revitaliser la population, quitte à s'appuyer sur les Églises omniprésentes parmi lesquelles le protestantisme jouit d'un régime de faveur. Par conséquent, la rigidité des institutions, une économie tournée vers l'extérieur, l'esquisse d'une reprise démographique et l'encadrement religieux constituent des centres d'intérêt que nous allons maintenant aborder.

CHAPITRE 1. l'INTRUSION FRANCAISE ET LA MISE EN PLACE D'UN APPAREil INSTITUTIONNEL. REFLET DE LA MAINMISE OMNIPOTENTE DU POUVOIR METROPOLITAIN.
Le Pacifique dans son hémisphère Sud est le dernier océan à s'ouvrir à la Civilisation. L'appétit territorial croissant de la vieille Europe est un facteur puissant à l'occupation des centaines d'îles dans cette partie du monde qui constitue le dernier champs d'influence et d'investigation des grandes puissances coloniales. TAHITI et sa périphérie ne résistent pas au processus d'accélération des contacts. D'abord sous influence britannique, elles tombent sous la souveraineté de la FRANCE après maintes péripéties. La présence de celle-ci se manifeste, entre autres, par l'établissement d'un appareil institutionnel rigide qui est la résultante de la promulgation du statut colonial à travers lequel la métropole entend marquer sa domination. Dès lors, la vie publique se cristallise autour des faits et gestes du Gouverneur, l'incarnation de l'État en Océanie, assisté d'une administration pléthorique et d'institutions locales qui n'ont qu'un rôle mineur. Et la République reste de marbre aux desiderata des colons qui revendiquent une meilleure et une réelle représentativité parce qu'ils sont outrés du monopole du pouvoir décisionnaire par un seul homme. Après avoir défini la zone géographique où s'inscrit l'influence française, nous évoquerons les conditions historiques de cette présence en Polynésie Orientale avant de montrer la lourdeur des institutions qui l'accompagnent.
I

- LA

SPHERE

GEOGRAPHIQUE

DE L'INFLUENCE FRANCAISE.

Les multiples îles et atolls qui composent ce que nous appelons aujourd'hui la Polynésie Française sont situés dans le Pacifique et caractérisés par leur extrême dispersion. L'île la plus excentrée au Sud est RAPA à 2r de latitude Sud alors que EIAO, localisée par 7° de latitude Nord, est l'île la plus septentrionale. De même, MANGAREVA (135° de longitude Est) et SCILLY (155° de longitude Ouest) constituent les deux extrêmes et sont séparées par 2000 KM. Dans ce contexte, le climat des Tropiques, le relief accidenté des îles hautes et celui quasi inexistant des atolls offrent un cadre singulier qu'il est indispensable de présenter car il contribue à expliquer l'implantation humaine et économique et à créer le mythe de la Nouvelle Cythère. A - Les ETABLISSEMENTS FRANCAIS LEUR ENVIRONNEMENT NATUREL. DE L'OCEANIE lE.F.O.) DANS

Sur une superficie de 4 millions de KM2 (avec comme point de référence la zone économique des 200 milles), cet essaim de 118 îles et atolls couvrent seulement 4000 KM2 de terres émergées; il est divisé en cinq sous27

ensembles: Gambier. 1 - l'archipel

la Société,

les Marquises,

les Australes,

les Tuamotu

et les

de la Société.

l'archipel de la Société doit son nom à la "Société Royale Géographique de Londres" qui confia, à la fin des années 1760, au Capitaine James COOK la mission de se rendre dans cette région pour y observer le passage de la planète Vénus au plus près de la Terre, mieux visible dans l'hémisphère Sud que dans le Nord. Il comprend 14 îles (pour 1 685 KM2) qui sont d'origine volcanique et possèdent un relief accidenté se manifestant par des sommets culminant à plus de 2 000 mètres (Mont Orohena : 2237 m. et Mont Aorai : 2065 m), difficilement accessibles à cause des falaises abruptes et de la végétation inextricable. le capitaine PHILlPONNET, chef du Service Topographique, à la demande du sénateur MESSINY, président de l'Association ColoniesSciences, dresse une carte géologique datée du 13 juillet 1926 avec ces commentaires: "l'i/e de TAHITI se présente sous un aspect chaotique de montagnes et de pics très élevés, aux pentes tellement exagérées que les explorations vers l'intérieur sont sur certains points absolument impossibles; cette difficulté s'accroit du fait que la partie montagneuse supporte une végétation épineuse qu'elle rend par endroits impraticables les pentes les
plus accessibles."
(1)

l'île la plus importante est TAHITI, découverte par "Anglais Samuel WALLIS en 1767. Par sa superficie (1 042 KM2, soit six fois plus petite que la CORSE), elle couvre le quart des surfaces émergées. l'isthme de TARAVAO relie les deux volcans éteints qui la composent: les côtes sont peu découpées et le périmètre n'excède pas 200 KM. TAHITI bénéficie de la présence d'une frange littorale étroite d'une dizaine de mètres à l'exception des plaines situées dans les endroits les mieux abrités du vent et de la houle comme à PAEA (plaine de 600 m) et à A TIMAONO (1 500 m) où fut implantée la grande plantation de coton, première aventure agricole de la POL YNESIE au siècle dernier. Autrement dit, l'exiguïté des lagons constitue un handicap d'autant plus préjudiciable qu'il est nécessaire de rompre le double isolement, tant intérieur qu'extérieur. l'intérieur est le domaine des montagnes et des vallées très peu pénétrables, désertées par l'homme qui préfère s'établir sur le littoral, pourvues d'une flore envahissante et arrosées de fortes pluies. le Gouverneur C.DE GERY, à son arrivée en 1937, décrit l'île "occupée par la montagne qui descend jusqu'au rivage, ne laissant subsister qu'une corniche plane sur le pourtour d'où s'échappent de petites rivières, où s'amorcent de petits sentiers jusqu'au cœur des vallées profondes. "(2).l'aspect pittoresque domine les premières impressions du nouveau venu comme l'écrivain Jean ABlY qui y séjourne de juin à décembre 1926 : il est captivé par "une bande onduleuse de terre côtière et par de nobles collines (...). Du littoral au plus 28

haut que monte le regard, tout est verdoyant

si ce n'est, çà et là, une coulée de roche rouge (..J. Plages encadrées de promontoires! Et ces t~ches carrées et brun~tres, ce sont des maisons, des huttes de pêcheurs. " (3) A 20 KM de PAPEETE, la capitale, se dresse le profil des montagnes découpées de l'île-soeur de TAHITI: MOOREA. De taille plus modeste (132 KM2), elle a la forme d'un cœur dont le versant Nord est creusé par des baies sûres et magnifiques: la baie de COOK et celle d'OPUNOHU. Tout comme sa voisine, elle est entourée de récifsbarrière permettant le développement d'une frange côtière, idéale à la fixation des hommes. Ces deux îles, avec TETIAROA et MAIAO, forment les Îles Du Vent. Car à 200 KM au Nord-Ouest de TAHITI se trouvent les Îles Sous Le Vent (J.S.L.V.) Cette terminologie s'explique par le fait que les vents dominants (les alizés) touchent la partie occidentale de l'archipel après avoir affecté les îles que nous venons de citer. Les neuf îles qui en sont les composantes présentent les mêmes caractéristiques que les I.D.V.. Cependant, leur superficie est des plus réduites à l'exception de RAIA TEA (238 KM2) : TAHAA (82 KM2), BORA-BORA (32 KM2)... Surnommée l'île sacrée, RAIATEA rappelle TAHITI par son relief montagneux (Mont Temehani : 1033 m), par ses hauts plateaux et par sa bordure côtière formée de terres fertiles. A quelques encablures, T AHAA demeure isolée même si elle partage le même lagon que sa voisine. BORA-BORA, la plus illustre des îles françaises de l'Océanie, est dominée par le pic de Pahia (800 m) qui plonge dans le lagon. HUAHINE dont le point culminant atteint 700 m (Mont Turi) offre peu de terres cultivables mais dispose, au Nord, de deux lagons riches en poissons et en crustacés. Enfin, MAUPITI est la plus petite des I.S.L.V. tandis que MOPELlA, SCILLY et BELLINGHAUSEN sont des atolls qui souffrent de leur isolement chronique. Dans toutes ces îles, le cochon, la chèvre, le canard et la poule sauvages forment un gibier apprécié mais les oranges se perdent faute d'être exportées.
2 - L'archipel des Marauises.

Historiquement, MAGELLAN, dans son tour du monde, est le premier Européen à naviguer dans le Pacifique-Sud; probablement, il est passé entre les MARQUISES et les TUAMOTU mais il n'a décelé aucune terre. Néanmoins, en 1595, une flottille conduite par F.DE QUEIROS quitte les rives du PEROU; le 21 juillet, elle est en vue de FATU HIVA avant d'aborder HIVA OA et TAHUATA, baptisées respectivement '7/es Santa Magdalena, de la Dominica et de Santa Christina". Ce premier ensemble est appelé '7/es des MARQUISES" en l'honneur de la femme du vice-roi du PEROU, le marquis de MENDOZA, commanditaire de cette expédition. Et il faut attendre 1790 pour que le Capitaine français Étienne MARCHAND, à bord du "Solide" , découvre le groupe Nord-Ouest de l'archipel. 29

Au total, les douze îles qui sont les plus proches de l'Équateur sont d'origine volcanique. Elles couvrent environ 1275 KM2 : les deux plus grandes sont NUKU HIVA (482 KM2) et HIVA OA (400 KM2) qui possèdent des plateaux situés entre 400 m et 800 m d'altitude ainsi que des vallées encaissées et des cascades comme celle d'Ahuii (NUKU HIVA). Tous les visiteurs concordent à dire qu'ils sont pris par les paysages grandioses; J.ABLY, à la vue de FATU HIVA Je 14 décembre 1926, est
subjugué par

"cette haute muraille (...). Des variables reflets blanchâtres font

palpiter légèrement le pan gigantesque coulées de lumières dans les failles, miroitement des versants. " (4) Car, contrairement à TAHITI, les barrières coralliennes sont inexistantes, ce qui permet à la mer de balayer les côtes, empêchant par voie de conséquence la formation d'une plaine littorale et expliquant l'absence de points de mouillage sécurisants et les difficultés à entretenir des contacts permanents entre les vallées où sont concentrées les populations et entre l'archipel et PAPEETE. Les principales ressources sont le "maiore" (=arbre à pain), les tubercules (ignames, patates douces...) auxquels il faut ajouter les mangues, les oranges, les chèvres et les cochons sauvages qui prolifèrent.
3 - L'archipel des Australes.

(I est aussi appelé "jles des TUBUAI" du nom de sa principale île (32 KM2), visitée pour la première fois par J.COOK. Formant le groupe le plus au Sud, il est caractérisé par la faible superficie des terres qui le composent: RIMATARA (14 KM2), RAPA (22 KM2), RAIVAVAE (20 KM2). Le sol offre peu de moyens de subsistances: si le cocotier demeure essentiel, en revanche, son rendement est médiocre à cause d'un climat moins chaud (la température descend jusqu'à 1Qo-12°C vers juillet et août) et des vents d'Ouest assez forts que ne peut arrêter un relief peu élevé (mis à part le Pic Kunia -1400 m- à RAPA). Seules les tarotières s'y développent convenablement, le taro constituant la nourriture de base des insulaires. D'ailleurs, le navigateur Harvey S.BISSEL, dans une escale à RAPA, trouve "les traces de vieilles plantations allant jusqu'à une hauteur de 500 pieds sur le flan des montagnes (...). Les teffasses cultivées à la main étaient affosées par un système de fossé amenant l'eau de source située plus haut." (5) Oranges, bananes, citrons y poussent en plus ou moins grande quantité alors que les bêtes parcourent librement les espaces. Mais les voyageurs qui accostent ces îles retiennent leur aspect sinistre et lugubre à cause d'un plafond nuageux bas presque permanent.
4

- L'archipel

des Tuamotu.

(I est localisé

au Nord et nord-est de TAHITI. 30

Les atolls qui s'étirent sur plus de 1 500 KM sur une largeur de 500 KM sont tellement dispersés que leur découverte s'est échelonnée sur près de deux siècles. En effet, pour concurrencer la "Compagnie Hollandaise des Indes Orientales", un négociant français, Isaac LE MAIRE essaye de s'implanter dans les Mers du Sud en empruntant une route autre que celle de MAGELLAN. Le 10 avril 1716, il pénètre dans la zone des TUAMOTU et dénomme quelques unes des îles comme "Terre d'eau Douce" (MANIHI). En 1722, le Batave ROGGEWEN débarque dans les "fies du Labyrinthe" (MAKATEA...) et en 1765, l'Anglais BYRON mouille dans les "ftes du Désappointement" (NAPUKA, TETOPOTO...). En mars 1768, le Français Louis Antoine DE BOUGAINVILLE, qui reconnaît "l'fIe des Lanciers" (ARIAKI) et "l'fie de la Harpe" (HAO), surnomme ces terres basses "l'Archipel Dangereux". Enfin, de 1814 à 1829, les îles centrales dont FAKARAVA sont découvertes par le Russe BELLINGHAUSEN. Cet archipel diffère radicalement de celui de la SOCIETE: il comprend 80 atolls, c'est à dire de petites îles coralliennes plates, l'altitude ne dépassant guère 5 mètres. Ainsi, FAKARAVA est "une enceinte de corail blanc si basse sur la mer qu'on ne peut l'embrasser du regard. Des touffes de cocotiers plus ou moins

denses

le jalonnent

irrégulièrement

jusqu'à

se

perdre

à l'honzon.

Une

collerette écumeuse d'eaux en remous la cerne. " (6) Le climat est tempéré par la brise océanique; les pluies sont régulièrement réparties sur l'année; la saison sèche hivernale est courte et peu marquée. Le sol, formé de débris coralliens, est impropre à la culture: aucun fruit, ni de légumes; en général, pas de vivres frais. Les seuls animaux élevés sont le cochon noir, le poulet eLle chien. Par contre, le cocotier y croît facilement et est utilisé pour la production du coprah. "Les TUAMOTU sont plates à tel point qu'à quelques milles, les cocotiers semblent prendre racine dans l'océan. Figurez-vous d'immenses plages de sable blanc, bordées par des récifs où les vagues se brisent sans cesse et où le soleil darde ses rayons aveuglants sur de perpétuelles forêts de cocotiers". Tels sont les premiers effets exercés par cet archipel sur François PETARD, pharmacien à l'Hôpital de PAPEETE de 1937 à 1945. (7) Cependant subsistent quelques obstacles à vaincre: d'une part, les atolls sont vulnérables au moindre cyclone en raison de leur faible altitude; d'autre part, l'homme est confronté au manque d'eau potable: la pluie recueillie dans les citernes est insuffisante à la consommation à la moindre sécheresse; enfin, les innombrables récifs, dont la présence ne peut être décelée qu'au dernier moment, rend la navigation extrêmement périlleuse 5 -L'archicel des Gambier.

L'archipel des GAMBIER, qui doit son nom à l'Amiral protecteur des Missions de Londres, est le dernier à être abordé par les Européens et plus précisément par l'Anglais WILSON. 31

Il prolonge celui des TUAMOTU au sud-est et regroupe une vingtaine d'atolls et d'îles dont les principales - MANGAREVA,TARAVAl et AKAMARU sont habitées et entourées d'une ceinture de coraux, qui forme des lagons poissonneux. Les chèvres sauvages qui vagabondent sur le Mont Duff procurent la viande. Mais le sol peu fertile et la pluie rare interdisent le développement des cultures.

-

Toutes ces îles encore à découvrir, baignées dans la douceur du climat tropical et séparées par deux océans de la métropole, suscitent beaucoup de mystères, de curiosités, de rêves qui débouchent sur un mythe, celui de la Nouvelle Cythère ou du Paradis sur Terre.
B - LA VIVACITE DU MYTHE DE LA NOUVELLE CYTHERE.

Par la plume de L.A.DE BOUGAINVILLE

(8),

de Pierre LOTI et la peinture de

Paul GAUGUIN ou par le cinéma, la beauté majestueuse des îles océaniennes est chantée. Mais, comment le mythe de TAHITI, hautement idéalisé, a-t-il pu être aussi vivace pendant que la réalité était toute autre?
1 - Naissance et développement du mvthe.

L'imagination de l'homme est hantée par la recherche d'un éden terrestre: la Terre Promise de MOISE, les Jardins d'Hespérides, les îles enchantées décrites par HOMERE... CeUe quête a pour départ l'envie de se libérer des maux indépendants de la volonté humaine tels la maladie, la vieillesse, la mort. Si la découverte de l'AMÉRIQUE provoque des désenchantements, un immense champs d'investigation s'ouvre aux grands voyageurs: l'Océan Pacifique. Or, H.JACQUIER rappelle justement "qu'on ne possédait aucune réalité, aucune précision sur ces terres mystérieuses (...), sur ces peuples habitant ces pays imaginaires" (9). Autrement dit, le mirage polynésien, avant même la période des découvertes, représente un cadre où peuvent prendre place toutes les utopies qui ne craignent pas d'être contredites. Pour prendre son envol définitif, ce mythe va s'appuyer sur l'exotisme qui devient un moyen d'évasion, c'est-à-dire l'inspiration des émotions nées de l'évocation de pays extra-européens, la gamme de ces émotions allant "de la fascination pour des coutumes inusitées et bizarres à la jouissance d'une vie
plus riche et libre de toute contrainte morale."
(10)

Déjà, les philosophes s'en emparent pour le transformer en arme redoutable pour deux raisons au moins. En premier lieu, ils ont l'opportunité de faire des comparaisons au désavantage de la monarchie en touchant à la liberté, la censure ou aux structures politiques. Ensuite, ils s'efforcent de faire resurgir l'absurdité des valeurs et des croyances occidentales. Car l'époque

32

Lumières n'est elle pas celle des contestations et des ébauches d'un système politiqueet social idéal? Contrairement aux écrivains romantiques, ils s'intéressent plus aux leçons de sagesse et aux exemples de bonheur qu'au pittoresque des paysages. Car l'exotisme devient un thème majeur au XIXème siècle et alimente le romantisme, courant littéraire alors en vogue. Le développement des grandes lignes maritimes et la création des colonies facilitent la découverte des contrées sauvages; en portant un intérêt sans cesse grandissant sur les terres lointaines, l'individu prend conscience des différences parfois prononcées qui existent entre les hommes et également entre les pays. Aussi, la vie effrénée en EUROPE amène-t-elle certains à rechercher l'émotion primitive qu'ils pensent retrouver chez les peuples sauvages; outre l'innocence et la bienheureuse félicité, est exalté le Bon Sauvage aux idées simples et aux sentiments sains; cet homme, produit de la Nature, ne peut vivre qu'en milieu tropical: la clémence du climat et la fertilité du sol permettent de mener une vie paresseuse et sans souci. Néanmoins, excepté P.LOTI, un officier de Marine, qui enchante le public en décrivant les cadres merveilleux d'étranges amours dans "Le Mariage de Loti" , les auteurs, qui ont donné ses lettres de noblesse à cette école littéraire comme Victor HUGO ("La Fille d'Otaiti" - 1821), n'ont jamais ou trop peu séjourné en OCEANIE. Effectivement, ils se sont référés aux témoignages laissés par les marins, les fonctionnaires, les missionnaires et les explorateurs. Nous pouvons citer, parmi tant d'autres, L.A.BOUGAINVILLE pour qui "/a Nature a dicté ses lois aux Tahitiens. Législateurs et philosophes, venez voir ici tout établi ce que votre imagination n'a pu même rêver. (...). C'est /a plus heureuse société qui existe sur ce globe. " (11). Or, le passage de celui qui fut le premier Français à accoster l'île n'a duré que 9 jours tandis que pour Louis METHIVET, un fonctionnaire, auteur de "La Nouvelle Cythère" (1888), 6 mois sont nécessaires pour se faire une idée moins reluisante des choses et des hommes. Pourtant, le mythe fascine encore pendant la première moitié du XXeme siècle grâce à P.GAUGUIN qui s'interroge sur la destinée humaine ("Qui sommes-nous? D'où venons- nous? Où allons-nous ?" est le titre de l'un de ses tableaux) et grâce au cinéma. En 1927, "Ombres B/anches" , adapté du roman "White Shadows in the South Seas" (1919) de Frédérik O'BRIEN est réalisé par W.S.VAN DYKE et Robert FLAHERTY. Ce dernier, en collaboration avec le cinéaste allemand Frédéric MURNAU, récidive en tournant "Tabou" (1929), une fresque pleine de fraîcheur sur les archipels et dont l'interprète principal est MATAHI, un habitant de BORA BORA. En 1935, la Metro Goldwin Meyer concrétise son projet de tourner "Les Mutinés de /a Bounty" d'après l'œuvre des Américains Norman HALL et Charles NORDHOFF: les rôles du Capitaine William BLIGH et de son 33

second Fletcher CHRISTIAN sont interprétés par des légendes vivantes d'Hollywood que sont Charles LAUGHTON et Clark GABLE; le roi de TAHITI, HITIHITI, est joué avec talent par William BAMBRIDGE, le frère du maire de PAPEETE. Sans nul doute, ces films et une abondante littérature incitent certains à découvrir de visu les charmes polynésiens entre les deux guerres. Arrêtonsnous sur leurs témoignages!
2

- Des

témoianaaes. considère

belle au son aspect caractériel dominé par l'insouciance: indolente, fière, modeste, bavarde, réfractaire au travail. La plupart restent ébahis devant les paysages grandioses, la nature exubérante et "absence de saisons marquées. Pierre BENOIT paraît le plus sensible car "TAHITI apparaÎt comme un rêve matérialisé. L7/e semblait être sortie de l'océan tout exprès pour justifier la vision d'un poète de génie (...). Comment assumer de gaieté de cœur le ridicule de chercher des mots, des épithètes qui ont été une fois pour toutes trouvés (...J. TAHITI est incontestablement la merveille naturelle la plus achevée qu'il soit possible de rencontrer sur Terre." (13) Employant un vocabulaire lié à la peinture, P.GAVAUL T, sur les hauteurs du district d'ARUE (à 4 KM de PAPEETE), ressent la plus forte sensation de son voyage en savourant "une nature qui s'est chargée de tout. MaÎtre décorateur sûr de son art, elle a crée le cadre, distribué les plans, disposé
J.BOURGEAU monde" (12)

"/a race polynésienne comme la plus

et tente de discerner

les richesses pour en faire une toile ineffable. " (14)
La Femme n'est pas exclue des souvenirs classés parmi les meilleurs. Il est vrai que ces écrivains arrivent souvent seuls, après un mois de mer. Ils sont donc portés à dresser un portrait panégyrique de la Femme. Ils ne sont pas loin de s'émouvoir devant ce poème composé en 1936 par Mme CHAMPIGNY : "C'est un bateau qui arrive! Et voici que sur la rive, Les belles ont pavoisé hautes couleurs Et sont sur les pavés du quai Comme les fleurs D'un grand bouquet. C'est TAHITI! L'Île des 1/es! De TAHITI, voici les filles Qui se pressent vers l'équipage Quand le bateau touche au rivage. Et sous les couronnes de fleurs, Beaucoup d'amour et de pleurs! C'est TAHITI comme on la nomme, L7/e qui sait garder les hommes." (15)

34

P.BENOIT se souvient avec nostalgie d'une nuit où "el/es ont dansé les mêmes danses, chanté les mêmes chants que leurs aïeules, du temps de COOK et BOUGAINVILLE. Puis vers minuit, les jeunes femmes avaient quitté leur robe. El/es étaient nues sous leur paréo, al/ongées sur le sable étincelant de la plage." (16) Enfin, d'autres insistent sur la nature généreuse, l'hospitalité et la convivialité spontanées des Polynésiens. Pour vivre, il suffit de disposer d'une ligne, d'une pirogue creusée dans un arbre et d'une hutte en feuillage ou en bambou. "Haere mai tamaa" (=viens manger !) est la formule d'invitation que le passant reçoit de toutes les maisons. Refuser risque de froisser le Polynésien qui prend un immense plaisir à recevoir les voyageurs de passage. Alain GERBAULT est invité par un indigène des MARQUISES dont la case n'est qu'un abri de feuillage au bord d'un ruisseau. Il a pu apprécier le repas constitué de chèvre, de pieuvre soit rôtie sur des pierres rougies au feu, soit crue marinée dans du jus de citron, du ''kaku'' (=une sorte de pâte du fruit de l'arbre à pain cuite dans du lait de coco). (17) J.ABL Y a "honneur d'être reçu par le chef du district d'HITIAA (presqu'île de TAHITI) qui lui cède sa chambre et son lit pour la nuit. Le lendemain, il se joint à "inauguration d'une maison de prière ("fare putuputura", prétexte à un gigantesque banquet: poissons, chevrettes, crustacés, coquillages, crabes, langoustes, huîtres, bénitiers, cochons, légumes, fruits, tubercules et "poe" (=pâtes sucrées mélangées à du lait de coco). Aucune table n'est dressée. Les invités s'assoient à la turque sur l'herbe, de part et d'autre des feuilles végétales où sont enveloppées les victuailles, et mangent à la tahitienne, à savoir avec les doigts et en faisant le plus de bruit possible. Cependant, une assiette, une fourchette et un couteau sont mis à la portée de l'invité. (18) Pourtant, le mythe de la Nouvelle Cythère dont la vision est à replacer dans son contexte, à une époque où le monde est sorti meurtri d'une guerre, correspond mal aux réalités quotidiennes. Et les premiers à le dénoncer d'une manière parfois vive sont paradoxalement ceux que nous venons de citer. 3 - Un mythe éaratiané. Tout n'est pas remis en cause puisque seuls quelques aspects font l'objet de critiques Ainsi P.GAVAUL T tire une flèche traîtresse en direction des Tahitiennes qui
certes "gracieuses et bien fortes. Mais sont-elles jolies? Cela ne s'aperçoit pas au premier coup d'œil." (19) J.ABL Y adopte une attitude plus égoïste: "pour que (son) plaisir fut sans mélange, il faudrait sans doute qu'il n'y eut ni Blancs, ni Asiatiques, ni sont

moustiques." (20). Il mène des attaques virulentes contre PAPEETE, la cité cosmopolite de la colonie par opposition aux districts où la vie est dépouillée de tout superflu et où manger, dormir, chanter, danser, faire l'amour et 35

méditer sont "Ies moins exigeantes des règles, les plus doux des seNages humains. " (21)

Mais ce qui marque les témoins de la période de l'entre deux guerre est la déchéance de la race polynésienne trop peu protégée face aux apports de la civilisation moderne. Du moins, cette opinion est avancée par J.ABL Y pour qui "dans 50 ans (son livre date de 1926), il n'y aura plus un Tahitien au monde. /I faut en chercher la raison essentielle dans le fait qu'il est un primitif, un homme d'une espèce désormais inadaptable et qui ne peut progresser selon nos lois. La loi de la sélection naturelle exige qu'il disparaisse" (22). Nous traiterons de ce problème en temps voulu, dans le troisième chapitre dont le titre "/a résurrection démographique" est une réponse aux craintes de cet écrivain. Enfin, la facilité de la vie dans les îles de l'OCÉANIE est fortement remise en cause par les autorités coloniales pour qui la lutte pour vivre voire survivre est aussi âpre qu'ailleurs. Le mirage polynésien est en effet trompeur pour des personnes à la recherche d'un mieux-vivre mais dépourvues de culture suffisante pour faire la différence entre le lyrisme des auteurs et la réalité quotidienne. Pour en donner une illustration significative, en 1931, le Gouverneur Léonce JORE se résout à procéder, dans un but d'intérêt public et pour des raisons d'humanité, au rapatriement "d'un certain nombre de malheureux" (23) parmi lesquels 4 Français et 1 Tchécoslovaque. D'autres cas d'indigence apparaissent surtout dans les années 1930, au moment de la grande crise économique mondiale. (24) Car avec l'ouverture sur l'économie de marché, tout s'achète et la vision d'une vie à bon marché se transforme pour beaucoup en désillusions. "Combien de jeunes Françaisont été trompés par ce beau mirage? Combien ont éprouvé de rudes déceptions à leur débarquement? Combien ont repris le paquebot qui les avait amenés, ayant en vain dépensé 15 OOOF à 20 OOOF, ouvent tout ce qu'ils possédaient?" (25). Tels sont l'implacable vérité s et ('infortuné sort réservé aux aventuriers. L'attraction exercée par les îles de la POL YNES(E orientale est incontestable. Pourtant, la FRANCE ne s'y est intéressée que tardivement pour des motivations moins économiques que politiques. 11- UNE PRESENCE FRANCAISE TARDIVE.

TAHITI et ses îles sont les centres d'une rivalité entre la GRANDEBRETAGNE et la FRANCE. Cette rivalité est exacerbée par les antagonismes religieux opposant les missionnaires protestants anglais et les Pères catholiques français; ce clivage persiste encore jusqu'à la fin de la deuxième guerre mondiale en j'absence de partis politiques structurés. L'intrusion européenne se concrétise par ('introduction d'une monarchie chrétienne par la London Missionary Society (L.M.S.) en 1815. La FRANCE réagit en hissant son pavillon aux MARQUISES (1842) avant d'établir le protectorat (1842) et l'annexion de TAHITI (1880). 36

A - LE TEMPS PROTESTANTS

DE LA THEOCRATIE' (1797-1842).

L'EMPRISE

DES

PASTEURS

La religion est à l'origine des changements les plus visibles. Malgré l'échec de l'évangélisation par les Pères venus d'AMÉRIQUE du Sud, les missionnaires anglais, grâce à leur ténacité et à leur Foi, organisent une nouvelle structure politique et apportent de nouvelles mœurs.
1 - L'arrivée des missionnaires.

Ce n'est que dans la deuxième moitié du XVlllème siècle que la POL YNESIE de l'Est s'ouvre au monde. Pendant longtemps, les puissances coloniales ne portent pas un vif intérêt pour ces îles malgré la pression des missionnaires dont le rôle dans l'histoire du Pacifique est déterminant dans le choix politique futur. Déjà, la religion constitue la base essentielle de la société tahitienne préeuropéenne, l'île étant alors divisée en principautés à l'intérieur desquelles le pouvoir réside dans des fonctions exercées par des familles de haut rang et transmises par la règle de la progéniture. En mars 1797 arrive le "Duff" qui amène les missionnaires de la L.M.S.. Bien que les indigènes se méfient d'une conception du monde qui remet en cause leurs croyances traditionnelles, des progrès tangents dans le but de "civiliser" ce peuple païen apparaissent dès 1812 (campagne d'alphabétisation, construction de temples, de routes...). La politique les intéresse aussi et ils se prononcent ouvertement contre le commerce des armes à feu susceptibles de modifier les rapports de force militaires - donc politiques - entre les différents chefs. L'un d'entre eux, POMARE Il, demande la protection du dieu des Chrétiens et promet de proclamer le christianisme religion officielle en cas de victoire sur ses adversaires. Son vœu est exaucé à l'issue de la bataille de Fei pi en 1815, grâce à l'aide - spirituelle et matérielle - de la L.M.S. dont le dessein, outre l'évangélisation, est de mettre l'île sous la tutelle de la Couronne d'ANGLETERRE. En cela, les missionnaires favorisent l'ambition d'un homme capable d'asseoir son autorité sur toute la population et espèrent sans doute sa reconnaissance.
2 - Instauration d'une monarchie chrétienne.

1815 marque une date décisive dans l'évolution politique, religieuse et sociale de TAHITI. Etant donné que religion et politique sont indissociables, POMARE Il ordonne la destruction de tous les anciens lieux sacrés car la notion primordiale de l'autorité traditionnelle repose sur une sanction divine symbolisée par le "marae" (=sorte de temple à ciel ouvert). Or, en abjurant ses anciens dieux et en rendant Dieu (celui des Chrétiens) inséparable de son règne, le roi rend impossible toute coalition contre lui 37

pour une raison fondamentale: les guerriers se sentent impuissants au combat sans Je soutien des divinités. Cependant, il n'est pas de son intention de bouleverser tout le système ancien mais seulement de concentrer le pouvoir entre ses mains. C'est pourquoi il ne révolutionne pas l'organisation des principautés toujours dirigées par des hauts-dignitaires se succédant héréditairement mais lui étant redevables et subordonnés. Toutefois, il doit compter sur ses protecteurs, à savoir les pasteurs de la L.M.S. qui sont les instigateurs du Code dit de PO MARE Il (1819), gage d'autorité et de stabilité tranchant radicalement avec les traditions de jadis. Ce code est un composé de la Constitution anglaise, de la Bible et des traditions en usage dans les pays chrétiens. 3 - Influence reliaieuse sur les mœurs.

Les nouveaux convertis sont friands de lecture des Saintes Ecritures, notamment l'Evangile de SAINT LUC imprimée et traduite en tahitien par le pasteur Henry NOTT. A la société orale s'est peu à peu substituée une civilisation fondée sur l'écriture, les imprimeries étant importées d'ANGLETERRE. Parallèlement, des efforts d'alphabétisation sont entrepris dans les écoles des stations. Et leur efficacité est mise en évidence par William ELLIS puisque "les Polynésiens ont appris en douze mois à lire distinctement de larges extraits
de l'Evangile. "
(26)

Mais c'est surtout dans le domaine de la vie quotidienne où les changements se font les plus sensibles. Tout d'abord, certains pasteurs essayent de valoriser les terres en introduisant des cultures à grande échelle comme le coton. Leur entreprise aboutit à un échec au contraire du commerce de porc salé entre la NOUVELLE GALLE DU SUD (AUSTRALIE) et TAHITI. Puis après la conversion et le baptême, nombre de patronymes changent (adoption des prénoms religieux) alors que les nouveaux chrétiens doivent assister au culte et observer le Sabbat qui ne se distingue pas uniquement par un arrêt du travail mais aussi par l'interdiction de rendre visite, de faire du feu ou de cuire des aliments. Par ailleurs, la tenue vestimentaire devient plus stricte. Les femmes sont visées: elles portent dorénavant plusieurs vêtements, souvent d'origine européenne, malgré la chaleur ambiante. Enfin, les missionnaires instituent le mariage, ce qui stupéfie les autochtones. Déjà, ils avaient aboli de grandes coutumes: la part de nourriture aux personnalités pendant le festin, les sacrifices humains, les infanticides, le rite de l'œil (=manger les yeux de l'ennemi tué). Désormais, ils émettent de l'hostilité à l'encontre du passe-temps le plus banal de tous pour les Tahitiens: coucher avec une femme! Le mariage commence à être célébré dans une société où la jalousie conjugale n'est qu'une jalousie d'autorité n'entraînant aucune idée de vertu et d'honneur. La femme moyenne trouve ainsi une certaine dignité car auparavant, elle était regardée comme une impure. 38

l'objectif des méthodistes

anglais de moraliser les mœurs est concrétisé par l'édification d'un temple démesuré et la fondation de la Tahitian Missionary Society (T.M.S.) le 13 mai 1818. Pourtant, la consolidation de la monarchie est précaire. 4 - Affaiblissement de la monarchie.

POMARE Il revendique la paternité de toutes les réformes dans cette île pacifiée, selon lui, par sa puissance et instruite par ses soins; en fait, il jouit d'une liberté apparente et d'une dépendance réelle. De crainte de voir le roi les doubler, les pasteurs s'efforcent de limiter ses pouvoirs ainsi que ceux de ses successeurs. Aussi est-il convenu de réunir les représentants de chaque district (ou principauté) au sein d'un Parlement Tahitien (1826), chargé de légiférer de nouvelles lois et d'amender celles existantes. Mais des imprévus contrarient les initiatives britanniques. En effet, les fondements de la royauté sont ébranlés par l'incertitude de la succession après la mort de POMARE Il : son fils, POMARE III, premier roi sacré de OCEANIE, meurt à 7 ans; lui succède sa demi-sœur, AIMATA en1827, une jeune fille de 14 ans qui n'est pas préparée à régner. Quelques années plus tard, des Picpussiens français débarquent aux GAMBIER et aux MARQUISES (1834). Inquiet par la tournure des événements, le pasteur PRITCHARD exhorte en vain LONDRES à mettre TAHITI sous protectorat anglais. Dès lors, la FRANCE s'engage dans cette brèche ouverte tout en profitant des hésitations et de l'inexpérience de la jeune reine POMARE IV et des luttes entre les religieux français et anglais par l'instauration du protectorat en 1842. 8 - LE TEMPS (1842-1880). DU PROTECTORAT: PREMIERS PAS DE LA FRANCE

Jusqu'alors absente, la FRANCE va faire une entrée autant difficile dans cette partie du monde.
1 - La France dans le Pacifiaue.

remarquée

que

Les raisons de l'intrusion française sont multiples. la politique européenne est brutalement stoppée après WATERLOO; par conséquent, la Restauration désire redorer le blason au niveau international. l'effort est mis sur le développement de la Marine dont la mission est de montrer le pavillon partout et de détecter des points de mouillage en cas de guerre. La FRANCE crée une station des Mers du Sud afin d'impressionner les nouveaux états indépendants sud-américains et un grand centre commercial à VALPARAISO (CHILI). Par ailleurs, elle se doit de réagir au traité de WAITANGUI (1840) par lequel la NOUVELLE-ZELANDE devient une colonie britannique. 39

Aussi annexe-t-elle les MARQUISES (1842) dont la prise de possession est la résultante de luttes religieuses livrées par les deux courants dominants du christianisme. Par trois fois (1797,1828,1833), les pasteurs de la L.M.S. débarquent dans l'archipel et par trois fois, ils battent en retraite par découragement; leurs homologues catholiques, en revanche, réussissent après mille embûches à s'y implanter. Les MARQUISES entrent dans trois objectifs: en faire un pénitencier où seraient envoyés des bagnards neutralisés loin de la métropole (27), puis une colonie agricole et, en dernier lieu, la base des baleiniers français. Cependant, l'Amiral DUPETIT-THOUARS, gouverneur de l'archipel, lorgne un œil attentif sur TAHITI et saisit J'opportunité d'un conflit religieux pour établir l'autorité française sur l'île. 2 - Un établissement difficile.

Après l'expulsion des Pères catholiques de TAHITI, l'Amiral exige la liberté religieuse auprès de la reine POMARE IV, qui, tout au plus, tolère leur présence dans Ja seule localité de PAPEETE. D'où l'irritation de l'officier lequel, aidé par MOERENHOUT, un des premiers francophones de l'île, rallie les grands chefs charismatiques tels TATI et Je régent PARAITA. Ceux-ci réclament la protection de la FRANCE sur TAHITI et ses dépendances, c'est-à-dire sur l'ensemble du royaume qui englobe TAHITI, MOOREA, MAIAO et TETIAROA dans la SOCIETE, TUBUAI et RAIVAVAE aux AUSTRALES et les TUAMOTU. Sous la pression, la reine cède: le Protectorat se manifeste par l'installation d'un Gouvernement Provisoire de trois membres (le Commissaire du roi, le Général militaire et le Commandant du Port). Ce triumvirat, qui partage un pouvoir collégial, a compétence sur les affaires extérieures et a autorité sur les résidents étrangers et les nouveaux arrivants. Néanmoins, le code des missionnaires anglais et les tribunaux tahitiens sont maintenus. Les affaires de justice impliquant les Français sont réglées conformément au Code Napoléon, les indigènes sont jugés par les tribunaux tahitiens et les étrangers par les tribunaux consulaires. Ce système ne peut fonctionner convenablement qu'en coopération avec les autochtones. Pourtant, très vite, le Protectorat, officialisé le 25 mars 1843, est vivement contesté à cause des exactions perpétrées par les représentants français (spoliation des terres de la reine sans compensation financière, arrestation arbitraire des chefs soupçonnés d'être anti-français...). De l'autre côté, POMARE IV, déchue de son titre, se réfugie sur un navire de la Royal Navy et reçoit le soutien de PRITCHARD, devenu consul, qui lui fait miroiter l'espoir que son pays va intervenir pour restaurer l'indépendance de "île. Cet antagonisme débouche sur la guerre franco-tahitienne (1844-1846) à l'issue de laquelle le Commissaire BRUA T obtient la soumission de la reine qui retrouve son rang mais dont les pouvoirs sont réduits. De ce fait, les nouvelles données politiques ne peuvent qu'être favorables à la FRANCE. 40

3 Transformation Le déclin des chefs.

-

du pavsaae

politiaue.

La FRANCE ignorant les structures traditionnelles comme dans toutes ses possessions, une série de mesures diminuent l'importance accordée par la population aux chefs de district. En 1848, le Commissaire LAVAUDsupprime les tributs versés aux ''tavana'' (=chefs et, plus tard, maires) qui perçoivent, en contrepartie, un traitement en argent versé par le gouvernement français. Leur prestige décroît d'autant que la loi du 22 mars 1852 prévoit leur élection par des hommes de rang inférieur: la transmission par voie héréditaire est donc abolie. En avril 1866, la considération que leur voue la population s'atténue davantage par la création des Conseils de Districts qui contrôlent, sous la tutelle du Commissaire, les chefs. Sur le plan judiciaire, ils perdent leur prérogatives puisqu'à partir de 1875, la loi française est appliquée à TAHITI et ses dépendances au détriment du Code Pomare. A la fin du Protectorat, l'autorité des ''tavana'' est sérieusement émoussée bien qu'ils gardent le titre certes symbolique mais toujours aussi prestigieux de "chef'. L'administration tahitienne. Elle est d'abord représentée par la reine à qui revient la charge des affaires intérieures. Toutefois, ses décisions ne sont applicables qu'après l'avis favorable du Commissaire du roi (qui va être ensuite celui de l'Empire, puis celui de la République). Autour d'elle gravite un personnel assez impressionnant: majordomes, concierges, dames de compagnie...Cette administration est complétée par
les "lavana", les "mulot' (=agents de police) et les "loohilu" (=juges habilités à résoudre les différends fonciers).

Pour contrebalancer les pouvoirs de la reine, une Assemblée Législative Tahitienne, comprenant les chefs de l'île et 25 représentants des TUAMOTU acquis à la cause de la présence française, a pour fonction de discuter les projets de lois émis par le Commissaire et ses conseillers.
L'administration française.

Elle est dominée par le Commissaire, recruté parmi le personnel de la Marine et chargé de la haute-police, de l'armée, des relations extérieures; il est secondé par les trois officiers qui commandent TAHITI, les MARQUISES et la NOUVELLE-CALEDONIE.

Hiérarchiquement inférieurs, l'Ordonnateur est le responsable du budget tandis que le Secrétaire Général, appelé aussi Directeur de l'Intérieur, s'occupe des affaires indigènes.

41

Effectivement, l'administration française s'immisce de plus en plus dans les compétences déléguées à son homologue tahitienne d'autant plus qu'il est impérieux de développer sinon de réformer l'agriculture pour trouver des sources de revenus après la baisse de la manne financière déversée par PARIS de1860 à 1870. Or, toute réforme agricole doit s'accompagner de la suppression de la juridiction sur les terres, d'où des conflits entre, d'une part, le Protecteur et la reine et, d'autre part, le Protecteur et les colons. Qu'ils soient Français ou Anglais, commerçants ou planteurs, ces derniers revendiquent plus de responsabilités dans la conduite des affaires. Sur ce point de vue, l'analyse de Michel LEXTREYT, inspecteur pédagogique, est pertinente: ''pratiquement, TAHITI était sur-administrée et sous-financée d'une façon qui aurait pu encourager Tahitiens et colons à faire fonctionner leurs propres conseils locaux de gouvernement dans les districts et à PAPEETE." (26) Le royaume des POMARE subit les contraintes du Protectorat et son annexion n'est que la concrétisation d'un état de fait.
C - LE TEMPS DE L'ANNEXION' PACIFIQUE (1880). TAHITI. COLONIE FRANCAISE DU

L'annexion de TAHITI s'opère dans un contexte régional où les puissances colonisatrices s'entre-déchirent pour affirmer leur présence. Le rattachement du royaume des POMARE s'effectue sans heurts mais la force armée est recourue pour pacifier certains archipels. 1 - Le partaae de l'Océanie.

A l'exception du royaume théocratique des TONGAS, l'OCEANIE entre dans la sphère d'influence pesante des Allemands, des Anglais et des Américains. D'après LENINE, elle est colonisée à 57% en 1876, puis à 98,9% en 1900. C'est grâce à son activité commerciale très intense que l'ALLEMAGNE met sous sa tutelle certaines îles. En 1857, la Maison GODEFFROY, déjà présente à TAHITI et à VALPARAISO (CHILI), s'installe à APIA (SAMOAS) d'où elle s'étend sur le Pacifique occidental et central; après l'intermède de la guerre de 1870 qui a pour conséquence la paralysie du commerce maritime, les activités germaniques s'intensifient: le flambeau est repris par \a puissante "Deutsche Handels und Plantagen Gesellfschacht der Sadsee zu Hamburg", soutenue par BISMARK. Et une sphère d'administration allemande est délimitée après la signature de différents traités: en 1885, le nord-est de la NOUVELLE-GUINEE et les SALOMONS du Nord sont annexés, de même que les SAMOAS OCCIDENTALES (1889) et une grande partie de la MICRONESIE. Au cours du XIXème siècle, la GRANDE-BRETAGNE refuse de s'engager dans le Pacifique si ce n'est avec beaucoup de réticence, ignorant aussi bien les missions religieuses que ses nationaux. LONDRES se montre 42

davantage plus soucieux de consolider ses positions dans les INDES, de trouver des débouchés en Extrême-Orient, de mettre en valeur la NOUVELLE ZELANDE et l'AUSTRALIE et de renforcer sa présence en AFRIQUE. Aussi ces poussières d'îles sont-elles considérées comme sans grande valeur, comme une quantité dérisoire. Cependant, à partir de 1880, la G.B. porte un intérêt plus vif pour le Pacifique-Sud. La fière Albion ne peut réagir autrement que sur le terrain devant la poussée impérialiste allemande et les prétentions de son ennemi héréditaire, la FRANCE; dès 1874, elle prend possession des FIDJIS où le système foncier et les droits indigènes sont préservés (usage de l'administration indirecte, renforcement des pouvoirs des chefs, frein à l'immigration blanche). En outre, elle étend sa souveraineté sur les SALOMONS du Sud en 1886, sur les îles COOKS et CHRISTMAS en 1888, sur les îles de la LIGNE en 1889, sur les îles GILBERT en 1892 et sur les SALOMONS Centrales en 1893 avant d'exercer un protectorat sur les TONGAS en 1900. Quant aux NOUVELLES-HEBRIDES que revendique également PARIS, ils deviennent un condominium franco-britannique par le protocole du 20 octobre 1906. Par conséquent, en deux décennies, souvent à contrecœur, la G.B. marque de son empreinte les archipels du Centre et du Nord-Ouest du Pacifique. Néanmoins, elle ne doit pas occulter les revendications de ses deux principales colonies dans la région. Si elle consent à donner le contrôle des COOKS à la NOUVELLE-ZELANDE en 1901 (la population originelle de ces deux entités est d'origine polynésienne), elle oppose un refus ferme à ce que l'influence de l'AUSTRALIE déborde sur les SALOMONS, les FIDJIS, les TONGAS et les NOUVELLES-HEBRIDES. L'argument avancé pour justifier cette attitude négative est la colonisation à outrance préconisée par CANBERRA afin de servir les intérêts des planteurs au dépend de ceux des autochtones.
L'intervention des ETATS-UNIS d'AMERIQUE (E.UA) est tardive et limitée. Leur présence est liée à l'exploitation des phosphates par des compagnies telles ''l'American Guano" à JARVIS, la "Howland and Baker" dans les îles de la Ligne et la "Phœnix Guano Company" dans les îles PHOENIX. Mis à part les missionnaires mormons, les intérêts américains sont minimes. WASHINGTON se contente de mettre sous sa souveraineté les minuscules îles de TUITILA et de MANU'A (SAMOAS) et l'atoll de SWAINS (18891900) . Quant à la FRANCE, ses possessions se réduisent CALEDONIE (1853) et aux NOUVELLES-HEBRIDES condominium en 1906. (29) Restent les îles de la POL YNESIE Orientale. à la NOUVELLEorganisées en

43

2 - Les étapes de la prise de possession définitive de Tahiti et ses archipels: la création des E.F.O..
Le cas du royaume des Pomare.

La reine se montre réticente à ce que son royaume soit rattaché juridiquement à la FRANCE. Mais la situation se décante à sa mort en 1877: son fils, POMARE V, monte sur le trône. Modéré et francophile, il assume son pouvoir en sollicitant les conseils des chefs. Et en échange de certains privilèges octroyés par le Commissaire CHESSE (payer une pension annuelle, rendre les honneurs jusqu'à sa mort...), il consent à faire don de ses terres à la FRANCE après la réunion de tous les chefs de l'île: l'annexion est proclamée le 29 juin 1880. Plus que des considérations politiques intérieures tahitiennes, le choix d'un contrôle plus direct, loin de correspondre à une politique à long terme, s'explique par des motivations extérieures. En effet, la FRANCE, traumatisée par la défaite de SEDAN, s'inquiète de la pénétration allemande aux I.S.L.V. et des visées amériéaines et néo-zélandaises aux GAMBIER et à RAPA. Aussi ambitionne-t-elle de faire tomber sous son joug les archipels périphériques.
Le cas des archipels.

Depuis 1817, les TUAMOTU sont intégrées au royaume des PO MARE et sont comme telles rattachées à la FRANCE. Les MARQUISES sont une terre française depuis 1842. Après le départ des soldats, l'alcool, l'opium, l'anarchie, la guerre et la barbarie s'installent dans l'archipel. Après l'annexion de TAHITI,l'ordre y est restauré. Les I.S.L.V. conservent leur intégrité obtenue par PO MARE IV et reconnue après la signature de la Convention de JARNAC (19 juin 1847). Toutefois, à partir de 1880, est envisagée la réunion de ce deuxième groupe de la SOCIETE. Après des tractations diplomatiques entre PARIS et LONDRES, la dite Convention est abrogée en octobre 1887. Par conséquent, en vertu des ordres du Gouvernement Central, le gouverneur LASCARADE met sous protection les I.S.L.V. le 16 mars 1888. Cette décision provoque la rébellion (pour les uns), la résistance (pour les autres) du chef de RAIA TEA, TERAUPOO, qui est vaincu après une expédition punitive. Suite à ces troubles, les I.S.L.V. sont annexées par la loi du 19 mars 1898. Aux GAMBIER, les Pères de Picpus convertissent les habitants et règlent leur vie quotidienne en établissant un type de théocratie basée sur un code à la fois civil et religieux. Voulant suivre ('exemple de PO MARE V, /a population sollicite son appartenance à l'empire colonial français, assortie du maintien du Code Mangarévien. Ce souhait et cette réserve sont consacrés le 23 juin 1891. Quant aux AUSTRALES, si TUBUAIet RAIVAVAEsont déjà françaises, en

revanche, à la demande des insu/aires, l'annexion est officialisée à 44

RURUTU le 25 août 1900, à RIMATARA 16 juin 1887.

le 2 septembre

1901 et à RAPA le

L'ensemble des îles en Polynésie Orientale contrôlées par la FRANCE sont groupées au sein d'une entité administrative: les Établissements Français de l'Océanie (E.F.O.). Dans les deux premières partie du chapitre, nous avons évoqué le cadre géographique dans lequel s'exerce la souveraineté française ainsi que des repères historiques dont il est indispensable de prendre connaissance pour mieux comprendre les faits survenus entre 1919 et 1945. Le statut colonial conduit à des changements administratifs et institutionnels que nous nous proposons d'étudier. III

- L'EMPRISE

ADMINISTRATIVE.

Une structure administrative plus rigide est instaurée suite à l'acte de réunion qui confie à la FRANCE tous les pouvoirs. Son représentant, le gouverneur, est l'homme-clef de la colonie; ce poste n'est plus assumé par un officier de Marine mais par un administrateur civil qui a à sa disposition un important personnel pour l'assister. A

- LA

TUTELLE

METROPOLITAINE:

LE MINISTERE

DES COLONIES.

En 1894, le ministère des Colonies remplace le Service des Colonies rattaché jusqu'alors au ministère de la Marine. Dans le rapport qui suggère sa création, il est spécifié que "l'Administration doit être assez décentralisée pour ne pas enrayer /'initiative des colonies et gêner le développement. " (30) Deux années plus tard, le rapporteur du budget des Colonies, M.SIEGFRID, député du HAVRE, revient à la charge en invoquant l'exemple de la G.B. dont les possessions, en particulier celles du Pacifique, bénéficient d'une large décentralisation administrative. Jusqu'en 1939, le ministère a compté une quarantaine de titulaires, d'où la place primordiale dévolue aux bureaux. La question de savoir si ces derniers doivent être spécialisés soit techniquement, soit géographiquement est tranchée par une loi de 1920 et un décret de 1935 qui combinent les deux aspects (31). De ce fait, le ministère des Colonies abrite quatre bureaux: la Direction de contrôle, la Direction du personnel et de la comptabilité, la Direction des affaires économiques et la Direction des affaires politiques, divisée elle-même en deux sous-bureaux (l'un est consacré aux possessions d'AFRIQUE et l'autre aux colonies d'ASIE, d'AMERIQUE et d'OCÉANIE). L'organigramme est complété par les services techniques: Santé, Instruction, Agriculture...dont la mise en place permet aux colonies de ne dépendre que d'un seul ministère métropolitain. (32) A propos de la législation, conformément à l'article 18 du sénatus-consulte du 3 mai 1854 qui demeure encore en vigueur, les E.F.O. sont régis par des 45

décrets simples REUNION.

et non

par des

lois

comme

aux

ANTILLES

et à la

B - UN GOUVERNEUR

TOUT-PUISSANT.

Personnage principal, le gouverneur assume les fonctions qui lui sont conférées par le décret du 28 décembre 1885. Nommé par le Président de la République et prenant ses ordres auprès du ministre des Colonies, il dispose de prérogatives en matières administrative et judiciaire.
1 - Ses attributions.

Pouvoirs

administratifs.

Concernant le Service de la Marine et .Ies autres services dépendant de l'Etat, le gouverneur veille à la réalisation et la garde des approvisionnements, à l'exécution des travaux maritimes, militaires et civils, à la construction et la réparation des bâtiments et du matériel appartenant à l'Etat. Les dépenses ne peuvent excéder la limite des crédits alloués à cet effet; chaque année, le gouverneur est tenu d'informer son ministre de tutelle des dépenses réalisées par ses services et des prévisions de dépenses pour l'exercice suivant. Au niveau du service intérieur, il doit transmettre le montant des travaux exécutés, le compte des recettes et des dépenses (exportations, amendes...). En outre, pour dynamiser l'économie, il s'attache à encourager les opérations commerciales et industrielles et à favoriser le développement agricole. En plus, il assure le libre exercice des cultes et pourvoit à la sûreté et à la tranquillité (droit d'expulser les étrangers, droit d'interdire les réunions susceptibles de troubler l'ordre public). Pouvoirs judiciaires.

En matière criminelle, il veille à ce que l'arrêt prononcé par les tribunaux soit exécuté et peut accorder le sursis lorsqu'il y a lieu de recourir à la clémence du Président de la République. A ce propos, deux individus sont condamnés à mort en ce début de siècle: un Tahitien voit sa peine commuée en détention à perpétuité et un Chinois est guillotiné en 1922. Les prérogatives sont accrues par l'article 10 du décret du 5 mars 1927 qui l'autorise à procéder à des visites domiciliaires, à recevoir les dépositions des témoins et à délivrer des mandats d'amener. Cependant, il lui est interdit de "s'immiscer dans les affaires qui sont de la compétence des tribunaux, ni de citer aucun des habitants de la Colonie à l'occasion de leurs contestations." (33) L'extrême dispersion géographique des îles et les moyens de communications précaires rendent difficile l'application de la justice et impossible la répression. (34) 46

Pouvoirs

sur les fonctionnaires

et sur le plan des relations

internationales.

Il a autorité sur tous les fonctionnaires et agents de gouvernement. Il exerce une haute surveillance sur les membres de l'ordre judiciaire et donne ses ordres aux chefs des différents services techniques dont les employés peuvent être révoqués par lui. Au niveau international, il peut directement correspondre et échanger des informations avec ses collègues des autres colonies de la région, ce qui est bien pratique lorsqu'il s'agit de faire appel à la main d'œuvre annamite. Ainsi donc, les fonctions attribuées au gouverneur sont importantes pour ne pas dire imposantes. Elles paraissent d'autant plus justifiées que PAPEETE est située à 20000 KM de PARIS et 40 jours de bateau depuis MARSEILLE et que le gouverneur, si nous nous référons au chapitre I et l'article 4 du décret du 28 décembre 1885, est "Ie représentant de l'autorité du Président de la République dans la Colonie", ce qui signifie qu'il est une sorte de chef d'État en milieu océanien. Pourtant, ses attributions sont à relativiser parce que des limites à sa charge existent. 2

- Ses

limites. rapides.

Les rotations

Le gouverneur ne peut faire tout ce que bon lui semble étant donné son bref séjour dans les E.F.O.. Entre 1880 et 1914, l'historien P.Y.TOULLELAN
donne un chiffre effarant: 34 personnages (16 titulaires et 18 intérimaires

-

intérim assuré par le fonctionnaire le plus élevé en grade -) en 44 ans, soit un séjour moyen d'un an pour chacun. {35} La moyenne s'élève à 18 mois entre 1919 et 1945, une période qui voit défiler 18 gouverneurs titulaires ou par intérim. Celui qui a le plus duré est Louis RIVET (18 septembre1922-7 janvier 1927) alors que SIMONEAU, qui assurait un intérim, est passé comme une météorite (1 mois et 1 jour). Certes la rotation rapide empêche la constitution d'une clientèle mais, par contrecoup, ne garantit pas nécessairement une bonne gestion des affaires même si les gouverneurs nommés après 1918 sont formés à l'Ecole des Colonies. Auparavant, la direction était confiée sans règles fixes à des civils ou à des officiers de la Marine. Mais, la complexité des affaires amène PARIS à se pencher sur le problème de la formation d'un personnel qualifié capable de servir soit dans les bureaux du ministère, soit sur place. C'est dans cette optique que l'Ecole Coloniale est créée en 1889. Ecole exclusivement civile, les élèves sont recrutés par concours et sont destinés aux fonctions d'agents des cadres généraux, et en particulier aux charges d'administrateurs des colonies.

47

Ainsi, Louis RIVET est diplômé de cette école; Léonce JORE est breveté du même établissement et docteur en droit; Lucien MONTAGNE est licencié en droit et Chasteney DE GERY diplômé en science politiques. Car Je gouverneur doit être un juriste averti, un comptable efficace et un rédacteur avisé puisque ses rapports transmis à son ministre sont les seules sources d'informations du Gouvernement Central. Considérés comme tIde vulgaires préfets" (36), le colon N. ILARI reconnaît qu'un "grand nombre s'acquittaient de leur tâche avec une honnêteté certaine, faisaient même des prodiges de débrouillage dans leurs modestes réalisations, remarquables en égard au financement, à l'avarice du budget métropolitain qui obligeait les colonies misérables à financer elles-mêmes leur propre développement. " (37) En matière de léaislation coloniale.

Il ne dispose pas d'une entière liberté d'action à cause de la législation applicable sur le territoire: il doit sans cesse prendre des instructions auprès de son ministre de tutelle sous formes de lettres, dépêches, télégrammes et circulaires et de s'y conformer malgré le temps mis à les recevoir. Par exemple, sur le plan international, les négociations intéressant les E.F.O. sont entamées sur instruction de la métropole et pour rendre applicable un traité, la ratification par un décret du Président de la République est indispensable. Par ailleurs, si des modifications ou des dispositions nouvelles s'avèrent utiles, il peut préparer des projets de décrets et de lois mais ceux-ci sont ensuite soumis à "approbation du ministre. Pour en donner une illustration, lors de l'institution des Délégations Economiques et Financières (D.E.F.) en 1932, le gouverneur p.i. BOUCHET propose de reculer la session de juin prévu par ('article 5 au mois de septembre car "iI est pratiquement impossible d'arrêter le compte définitif de l'exercice précédent qui empêche le Trésorier-Payeur de régulariser les différentes opérations (...). Ces quelques détails ne modifient en aucune façon l'esprit du décret (instituant les D.E.F.)." (38) Concernant le haut personnel administratif.

Sur ce point, l'autorité du gouverneur est à tempérer pour deux raisons. D'une part, tout fonctionnaire peut individuellement suggérer des propositions pour le bien du service. Si le gouverneur ne donne pas suite à sa démarche, il est tenu de l'informer par écrit des motifs de sa décision. D'autre part, il a un pouvoir restreint en matière de révocation du chef du Service judiciaire, du Secrétaire Général, des deux chefs des services Administratif et de la Santé et du Trésorier-Payeur dont il doit respecter les attributions sans possibilité de les modifier. Certes il peut les suspendre temporairement en attendant ('arbitrage de PARIS mais les personnes incriminées ont le droit de se rendre en métropole pour défendre leur cause. 48

3

- L'administration

des archipels.

Dans ce vaste ensemble hétérogène, conduire les affaires n'est pas chose aisée d'autant qu'il faut relever une distinction du statut juridique relatif à l'autorité exercée par la FRANCE. Nous y reviendrons ultérieurement lorsque nous aborderons la problématique soulevée par la citoyenneté. Des circonscriptions sont tracées pour être en contact plus direct avec les populations et pour mieux saisir leurs problèmes. En 1939, les 5 zones territoriales relevant d'une même autorité sont TAHITI et ses dépendances, les LS.L.V., les TUAMOTU, les AUSTRALES et les MARQUISES. Un Administrateur nommé par le gouverneur a la responsabilité de chacune des circonscriptions et réside dans le centre le plus important de l'archipel (à l'exception de celui des TUAMOTU qui travaille...depuis PAPEETE). Son rôle est d'encourager l'essor économique, de contrôler administrativement la police des districts ou des îles, d'être l'intermédiaire de l'indigène auprès des services compétents auxquels celui-ci peut être amené à s'adresser, de conseiller les familles polynésiennes dans les différends qui surgissent soit entre elles, soit avec les colons, soit avec les étrangers afin d'éviter des procès longs et ruineux. Mais hors de l'île où est établie sa résidence, c'est le gendarme ou l'instituteur, sous le titre "d'agent spécial" , qui administre sa localité: ainsi, le gendarme de MOOREA (SOCIETE) est à la fois administrateur, représentant du parquet, agent de recouvrement des impôts et des amendes tandis que son collègue de TUBUAI et de RAIVAVAE (AUSTRALES) est aussi huissier, notaire et juge (39). D'ailleurs, seule son autorité est reconnue dans les hautes sphères de PAPEETE et non celle des chefs. En règle générale, les circonscriptions de TAHITI et des LS.L.V., les plus peuplées et les plus prospères, sont confiées à un homme de métier.(40) A la veille du second conflit mondial, une modification est intervenue pour les MARQUISES; devant une situation démographique alarmante, l'archipel est divisé en deux circonscriptions avec chacune à leur tête un médecinadministrateur: le Groupe Sud (HIVA OA, FA TU HIVA et TAHUATA) et le Groupe Nord (NUKU HIVA, UA UKA et UA POU). Pour leur déplacement, un petit cotre à moteur est mis à leur disposition. Car il faut toucher tous les habitants. Dès lors se pose le problème des tournées. Aux TUAMOTU dont le chef-lieu est transféré avec aberration de FAKARAVA à PAPEETE, la solution est trouvée sur le papier. Par l'arrêté du 6 octobre 1923, l'administrateur (41), accompagné de l'agent spécial de RANGIROA, est tenu d'effectuer une tournées annuelle d'après le calendrier suivant (42) : - du 1er mars au 31 mai: visite de TIKEHAU, RANGIROA, ARUTUA, KATIU, MANIHI, TAKAPOTO, TAKAROA, APATAKI, KAUKURA, NIAU, ANAA, FAKARAVA, FAAITE et KAUEHL du 1er septembre au 30 novembre: visite de MAKEMO, TAEGA, RAIROA, TAKUME, NAPUKA, FAKAHINA, HIKUERU, MAROKAU, AMANU et HAO. Encore faut-il qu'une goélette soit disponible!

-

49

Il en découle qu'administrer les archipels d'autant que la desserte maritime interinsulaire C - L'ADMINISTRATION COLONIALE.

éloignés est loin d'être aisé est une véritable arlésienne.

Tentaculaire, tel est l'adjectif le plus approprié pour qualifier cette administration composée d'un personnel pléthorique parfois dépassé par les tâches qui lui reviennent.
1

- Les

principaux

services

techniaues.

A l'origine, il faut distinguer les "deux chefs d'administration": le Directeur du service judiciaire et le Directeur de l'intérieur. Ce dernier change de dénomination et devient le Secrétaire Général (1912) : il examine et étudie les propositions émanant des Services tels ceux des Travaux Publics, de l'Instruction Publique, de la Santé, des Contributions, de l'Enregistrement et des Domaines. La préparation et l'exécution des ordres, des décisions et des arrêtés du gouverneur lui incombent aussi. Il est donc une sorte de gouverneur-bis. D'ailleurs, en cas de vacance, c'est lui qui assure l'intérim. La suppression du Secrétariat Général en 1934 (rétabli en 1941 par le gouverneur BRUNOT) a pour effet de concentrer ses attributions en un bureau unique sous la responsabilité du chef de l'Administration Générale et Financière (A.G.F.) lequel occupe, de surcroît, le fauteuil de chef de la circonscription de TAHITI et Dépendances. De cette centralisation autour d'un organisme trop chargé s'en suit un peu de négligence dans les questions de politique indigène et sociale, et plus particulièrement des questions économiques. Aussi, le gouverneur DE GERY décide-t-il d'équilibrer les attributions (43). A côté du Service A.G.F. qui conserve ses prérogatives en matière financière ou d'ordre général (réglementation, contentieux...) est institué le Service des Affaires Politiques et Economiques (A.P.E.) en lien plus étroit avec les réalités pratiques. Le but est d'établir un inventaire exact des ressources et d'étudier les possibilités de développement de certaines productions. Dans cette optique, le Service embryonnaire de l'Agriculture est rattaché au Service des Travaux Publics qui peut apporter son concours en main d'œuvre et en matériel (reboisements, tracés de chemins d'accès aux vallées pour planter des arbres fruitiers, recherche des zones favorables à des cultures vivrières...). Enfin, pour une meilleure efficacité, le Service des Contributions est détaché du Service des Douanes. Celui-ci recouvrait alors les taxes douanières qui constituent les principales recettes budgétaires tout en négligeant la perception des contributions. Or, il est nécessaire de créer cette section en Service indépendant, disposant des moyens pour suivre de plus près la matière imposable. Les affaires de la colonie Gouvernement. sont traitées 50 dans un grand bureau du Palais du

C'est le gouverneur RIVET qui, semble-t-il, inaugure le rite de recevoir pendant une demi-heure les chefs des Services l'après-midi sauf le jeudi et le dimanche (44). Ainsi, le lundi est réservé au commandant du détachement militaire, aux chefs des Services des Contributions et des Domaines, le mardi au Trésorier-Payeur et au chef du Service judiciaire. Le mercredi, les chefs des Services de l'Imprimerie, du Port et de la Navigation, de Topographie sont priés de présenter leur rapport hebdomadaire. Le vendredi, les entretiens se poursuivent avec le chef du Service de la Santé et celui des Postes, Télégraphes et Téléphones alors que le samedi est le jour des chefs des Services de l'Instruction Publique et des Travaux Publics. Ses successeurs continuent à s'informer régulièrement par le biais de ces services techniques; le gouverneur DE GERY élargit même ses consultations en invitant les personnalités éminentes de la colonie à discuter des problèmes prioritaires comme la cherté de la vie, les terres domaniales et les revendications foncières. Et, outre le concours des chefs de district, la presse est utilisée pour toucher directement les administrés. Le "Te vea a te hau No te mau haapao raa matamua i te oteania" (=Ie Journal des E.F.O.) est un mensuel en tahitien. Il est orienté aussi bien sur les changements sociaux que sur les nouvelles du monde: explication et éclaircissement sur les modifications des noms chez les POlynésiens, sur les incidences de l'adoption "'aamu" ainsi que les comptes-rendus des manifestations publiques. Son existence est éphémère: deux ans (19221924). Le "Te vea maohi" (=Ie messager indigène) est une feuille mensuelle d'informations lancée par les gouverneurs BOUGE et JORE qui y publient des travaux d'érudition. paraît le 1er janvier 1930 dans le même format que le Journal Officiel; il " est rédigé en tahitien, en paumotu, en marquisien et en Mangarévien; le prix au numéro est de 1 F et l'abonnement annuel revient à 10 F mais il est distribué gratuitement aux chefs de district et aux instituteurs. Ce journal comprend le résumé des aetes administratifs, l'actualité en métropole et à l'étranger, les avis de l'Administration, les publicités et les cours commerciaux des produits du crû. est tiré à 1 300 " J.A.BUILLARD, exemplaires et ses rédacteurs sont successivement R.PAILLOUX et T.ANAHOA. Le "Torea" (= Bécassine de mer) est un mensuel en tahitien dirigé vers les habitants des TUAMOTU. Son gérant est F.HERVE, administrateur de l'archipel, puis J.B.TRACQUI. Le journal donne des informations locales, nationales et internationales, des cours du coprah et des légendes. 29 numéros paraissent entre mai 1937 et octobre 1939. A partir du 1er mai 1938 est publié le "Bulletin de la Presse" où sont synthétisées les nouvelles puisées dans la presse métropolitaine reçue par la Poste. Destiné avant tout au milieu "popa'a" (=Blanc), ce mensuel en français est en quelque sorte une revue de la presse. Y sont également insérés les renseignements émanant du gouverneur et des chefs des Services, les annonces commerciales... 51

2

- Un

personnel

pléthorique.

Le personnel travaillant dans "administration subit des fluctuations mais les contemporains s'accordent à affirmer qu'il est trop nombreux. Son nombre passe de 215 en 1919 à 390 en 1929 avant de se stabiliser (365 en 1932, 384 en 1934) malgré l'accroissement notable des postes d'infirmiers et d'enseignants à pourvoir. La crise économique et les critiques des assemblées locales sont des éléments d'explication. Encore que dans l'état nominatif ne figurent pas le personnel subalterne, ni celui de certains petits Services tels celui de l'Agriculture et celui du Port. Car comment expliquer que 658 personnes en 1941 émargent du budget? (45) Les fonctionnaires métropolitains.

Les emplois de cadres sont occupés par des métropolitains affectés dans la colonie. Pourtant, à son arrivée en 1919, le gouverneur ROBERT déplore que 'Jamais l'administration ne fut réduite à une telle pénurie de personnel: pas est de Secrétaire Général, pas de chefs de cabinet et de bureaux" (46). " vrai que beaucoup sont repartis après la guerre mais également décédés de la grippe espagnole. Sujets de sarcasmes pour les colons, ils sont au moins 20 à exercer dans les E.F.O. en 1933 (47), soit 3 au Secrétariat Général, 1 à l'Enregistrement, 4 à l'Enseignement, 3 aux Postes, Télégraphes et Téléphones, 3 aux Douanes, 2 aux Travaux Publics et 4 à la magistrature. Ce total ne tient pas compte des effectifs dans la gendarmerie et dans les services financiers. Beaucoup plus significatif est leur nombre en 1941 : 53 fonctionnaires sont recensés même si le ralliement à la FRANCE Libre entraîne la rupture avec la métropole et l'arrêt des liaisons par mer, donc des relèves. I/s occupent les postes stratégiques et à responsabilités, donc les plus rémunérateurs: chefs de bureaux, administrateurs d'archipel, procureurs, greffiers, juges, substituts, receveurs, contrôleurs, ingénieurs, médecins militaires, pharmaciens... Ce sont des fonctionnaires itinérants qui se déplacent dans tout l'empire français et qui ont peu de connaissance du territoire. Les militaires sont une catégorie à part parce qu'ils demeurent beaucoup plus longtemps dans la colonie avec de graves risques pour leur santé; le gendarme GARET

séjourne 12 ans et demi sans interruption
ce long séjour colonial

à TAHITI

et "il est trop fatigué

par

et par des habitudes

été sans nuire à l'accomplissement
un congé d'une année en métropole.

de ses fonctions" (48). (( se voit imposer

d'intempérances

qui n'ont pas

Ayant très peu de contacts avec le monde indigène, ils vivent en vase clos, ce qui favorise l'émergence de rivalités à l'intérieur du corps de la fonction publique. Pourtant, des mesures sont adoptées pour que les fonctionnairE;1s sortent de leur cocon. 52

En 1939, le gouverneur DE GERY alloue une prime pour connaissance de la langue tahitienne aux agents non originaires des E.F.O.; les aptitudes sont vérifiées par un jury de 3 interprètes - traducteurs et 2 fonctionnaires. Les examens comportent une partie écrite (un thème et une version français tahitien, une dictée phonétique) et une partie orale (une épreuve de langage sous la forme de questions, une interrogation sur les variations dialectales, une conversation avec les habitants). Les fonctionnaires ayant réussi l'examen perçoivent une prime appréciable de 1 800 F annuels (49). Mais, la proximité de la guerre rend les résultats problématiques. Le personnel auxiliaire.

Le statut des auxiliaires est revu et redéfini par l'arrêté du 27 janvier 1939. Outre la précision des règles de nominations, d'appointements, de congé et de discipline, son intérêt repose sur la création d'un régime de rente viagère par affiliation à la Caisse Nationale des Retraites (retenue de 6% du salaire et l'équivalent à la charge de la colonie). A égalité d'instruction, en priorité sont inscrits les pensionnés de guerre; viennent ensuite ceux qui sont titulaires de la carte du combattant, les pupilles de la Nation et les autres candidats. Conformément au Chapitre V du décret du 28 décembre 1885, seul le gouverneur a le pouvoir de nommer et révoquer à tout emploi. Les critères pour Jes postulants sont les suivants: être de bonne moralité, disposer de toutes ses capacités physiques, être citoyen ou sujet français; être dégagé des obligations militaires n'est pas exigé dans la mesure où la conscription n'est pas intégralement appliquée. Il existe 5 catégories d'agents auxiliaires correspondant à un degré d'instruction générale. Le minimum requis est le certificat d'études. La politique d'encouragement et d'émulation est telle que dans les 3 premières catégories, les candidats au concours n'appartenant pas au cadre administratif ne peuvent prétendre qu'à 1 place sur 4, les 3 autres étant exclusivement réservées à ceux qui sont déjà nommés depuis 3 ans. Chaque année, un avancement est octroyé pour les agents exemplaires. En revanche, ceux qui n'ont pas été sollicités pour une augmentation pendant 6 années consécutives sont automatiquement et systématiquement congédiés pour insuffisance professionnelle. Comme nous l'avons annoncé plus haut, les auxiliaires désireux d'être promus à la catégorie supérieure sont invités à passer les concours internes. Toutefois, Je gouverneur tient compte de l'assiduité au travail lors de l'examen des propositions d'augmentation. Un agent a rarement un seul emploi puisque d'autres fonctions lui sont confiées: aux I.S.L.V., un policier est cumulativement nommé courrierpiéton postal aux appointements de 1 680 F. Le gouverneur s'appuie entièrement sur cette administration dont le rôle, du moins parmi ses cadres, devient pesant au fil du temps car elle possède une mauvaise connaissance du contexte océanien et un personnel médiocre. Certaines affectations sont, du reste, d'une absurdité grossière: tel gardien 53

de prison est détaché au Service des Douanes, ou tel policier devienLgardien de prison. (51) Mais le statut locales. colonial dote également TAHITI

tel géomètre

au Trésor

(50)

et ses îles

d'institutions

IV - UNE REPRESENTATION

POLITIQUE

A LA PORTEE

RESTREINTE.

La primauté de la présence française s'exprime à travers une administration massivement présente et quotidiennement lourde qui a une emprise considérable sur la société polynésienne. En dépit de l'instauration d'assemblées, force est de constater que face au tout-puissant gouverneur, aucune institution n'est apte à exercer le moindre contrepoids. A - LE CONSEIL TIMIDE. D'ADMINISTRATION (1903-1932) : UNE OUVERTURE

En 1903, le Conseil d'Administration prend le relais du défunt Conseil Général dont le fonctionnement tumultueux a entraîné sa perte. Pendant 29 ans, la vie politique est rythmée par la réunion de cette assemblée de 8 fonctionnaires et 3 notables (les présidents des Chambres d'Agriculture et du Commerce et le maire de PAPEETE). C'est dire si sa composition démontre sans aucune ambiguïté que le gouverneur est le seul maître. Sa principale fonction est de discuter de toutes les questions d'ordre économique et financier qui sont abordées sans détour et avec âpreté comme l'atteste la lecture des procès-verbaux. Néanmoins, son rôle est purement consultatif. Sa composition est cependant légèrement bouleversée en 1912 suite à deux raisons avancées par A.LEBRUN, ministre des Colonies au Président de la République (52). D'une part, le décret du 19 mai 1903 n'a rien prévu en cas d'absence des trois membres notables. D'autre part, les liaisons maritimes aléatoires avec les archipels empêchent les différents administrateurs de débattre dans une même session. Par voie de conséquence, ces derniers sont écartés (53). Hormis le gouverneur, ne subsistent plus que le Secrétaire Général, les chefs des Services judiciaire et de l'Enregistrement et les trois membres locaux qui ont la possibilité de se faire remplacer par leur adjoint immédiat. Ce changement dans la continuité n'affecte en rien la position majoritaire des fonctionnaires et fait réagir le journal ''l'Eeho de Tahiti" qui imprime en 1920: "la République n'existe à TAHITI que de nom. La dictature avec la terreur comme corollaire est un régime de fait. " (54) s'élèvent dans la colonie pour contester la prééminence du pouvoir métropolitain. En 1929, le docteur Fernand CASSIAU, alors maire de PAPEETE, rédige un mémoire dans ce sens. 1\ propose le remplacement du Conseil 54

Effectivement, des voix insistantes

d'Administration par une assemblée délibérante - le Conseil Colonial - de 16 élus au suffrage universel pour un mandat de 6 ans: son rôle aurait été de décider des impôts, des emprunts, des plans de campagne sous le contrôle du ministère des Colonies et du Conseil d'État, et non plus sous celui du gouverneur. L'Inspecteur des Colonies MORETTI se montre favorable mais le projet est rejeté par PARIS dont l'argumentation n'est pas dénuée ni de bon sens, ni de vérité: "seules une douzaine de personnes de PAPEETE possèdent la culture suffisante pour figurer au Conseil Colonial; elles ne sont pas toutes de moralité irréprochable; on ne trouvera pas dans les circonscriptions rurales les compétences voulues; les élections occasionnent des troubles et les élus font assaut de démagogie auprès des masses en se servant de l'Administration comme cible." (55)

Pourtant, en 1932, l'Inspecteur CAZEAUX, après une entrevue avec les membres non fonctionnaires du Conseil d'Administration, reprend en considération les doléances qui sont concrétisées par la constitution des D.E.F..
B - LES DELEGATIONS ECONOMIQUES UNE OUVERTURE TROMPEUSE. Beaucoup d'espoirs naissent ET FINANCIERES (1932-1945) :

Financières (D.E.F.) 1 - La mise en place.

de l'apparition des Délégations Économiques et mais ils sont vite déçus.

C'est en 1932 que se produit une timide décentralisation consistant à remettre la gestion d'une partie des affaires de la colonie entre les mains d'organismes représentatifs où siègent notables de la ville et élus des districts et des îles. Les exigences des colons trouvent un écho favorable en métropole; sans concertation préalable (notamment avec le gouverneur p.i. BOUCHET) et après l'accord du Conseil des ministres, Albert SARRAUT, qui détient le portefeuille des Colonies, abolit le Conseil d'Administration et institue, par le décret du 1er octobre 1932, une assemblée à l'apparence plus démocratique faut souligner que, malgré : les Délégations Économiques et Financières. " le pluriel utilisé, les D.E.F. ne forment qu'une seule assemblée.
2 - Composition.

Au sein des D.E.F., colons et Polynésiens sont représentés. Y siègent 6 membres de droit: le maire de PAPEETE, les 2 présidents des Chambres d'Agriculture et du Commerce et Jes 3 administrateurs des I.S.L.V., des TUAMOTU et des MARQUISES. Cette assemblée hybride est complétée par 7 membres élus: 1 par la commune de PAPEETE, 1 par la commission municipale d'UTUROA (RAIA TEA-I.S.L.V.), 2 par les Chambres et 3 par les Conseils de District de TAHITI, de MOOREA et des TUAMOTU (les conseillers, titulaires et 55

suppléants,

des districts de la circonscription intéressée se réunissent pour
(56)

désigner un des leurs ayant un niveau en français suffisant pour pouvoir
intervenir dans les débats aux D.E.F.).

Les membres sont élus au deuxième degré, ce qui permet d'éviter les frais entraînés par des élections au suffrage direct (nous sommes en période de crise économique!) mais aussi les agitations stériles et Je réveil des passions politiques. La durée du mandat est de 4 années, ce qui soulève quelques difficultés que relève, avec justesse, le gouverneur H.BOUCHET : ''ilimporte de considérer que la durée du mandat des conseillers municipaux, des membres de la Chambre d'Agriculture et du Commerce, de la Commission municipale d'UTUROA, des Conseils de District n'est pas la même et qu'il n'est pas possible de fixer une durée uniforme de 4 années pour le mandat de ces différentes catégories de membres des D.E.F., alors que le délai électif dont ils sont investis peut prendre fin avant l'expiration de ce délai de 4 ans." (57) Autrement dit, la durée du mandat aux D.E.F. ne correspond pas avec celle des assemblées que les délégués représentent: 6 ans pour les conseillers municipaux et des districts, 4 ans pour les membres des Chambres professionnelles. Aussi est-il préconisé, en 1935, de faire coïncider la durée des mandats. (58) 3 - Les fonctions et les déceptions enaendrées. Les attributions sont essentiellement d'ordre budgétaire et fiscal, ce qui, à priori, n'est pas rien en soi. Néanmoins, des restrictions limitent considérablement les pouvoirs de décision des délégués. Certes, ces derniers délibèrent sur les taxes, les contributions et les redevances (à l'exception des droits de douane) mais leurs délibérations ne sont exécutoires qu'après approbation du ministre des Colonies. Certes, ils sont consultés sur les projets d'emprunt et les plans de campagne des travaux d'équipement mais ils découvrent que leur charge de ''parlementaires'' se borne à voter les dépenses facultatives du budget, soit environ le dixième. Lors de la session qui ne peut dépasser 20 jours, ils n'ont pas la capacité de modifier les 9 autres dixièmes des dépenses budgétaires dites obligatoires dont la rémunération des fonctionnaires constitue le plus gros poste. Dans un contexte international caractérisé par la récession économique et dans un cadre local dominé par la crise politique, cette situation provoque immanquablement l'amertume des délégués désenchantés par ce simulacre de représentation d'autant que l'article 16 du décret du 1er octobre 1932 instituant les D.E.F. est significatif et laisse pantois: ''toute discussion, tout vœu, tout acte (...) ayant une portée politique ou contenant un b/~me à

l'adresse du gouvernement ou de ses agents nommément désignés
interdits, nuls et sans effets. "

(oo.)

sont

Pourtant, dans son discours au cours de la session de 1934, le gouverneur MONTAGNE déclare solennellement: "à nos yeux, vous êtes assemblée 56

délibérante" (59). Il est vrai qu'entre les paroles et les textes législatifs, le fossé est profond et que "Administration et les élus locaux ne sont pas sur la même longueur d'ondes. Ainsi, Clément DE BALMANN, représentant la Commission municipale d'UTUROA (RAIATEA), demande que les prérogatives soient plus étendues (60) et l'assemblée, à l'unanimité, émet Je vœu qu'un statut d'autonomie financière et administratif dans le cadre de l'empire français soit accordé aux E.F.O. (61). Mais un vœu reste un vœu s'il n'est pas exaucé, d'où la perplexité de C.DE BALMANN qui s'interroge en 1939 : "iI y a 5 ans que je suis dans cette assemblée et je n'ai pu savoir ce que sont devenus nos vœux et la suite qui est donnée à ces derniers" (62). Normalement, ils sont transmis aux services techniques qui les étudient, puis au Département à PARIS qui décide. Un changement institutionnel est envisagé en 1938 puisque, par 9 voix pour et 1 voix contre, les délégués souhaitent que les D.E.F. soient supprimées au profit d'un Conseil Général (63) dont les délibérations auraient été souveraines. (64)
Effectivement. les D.E.F. suscitent plus de déceptions que d'espoirs car les décisions finales sont toujours prises par le gouverneur au sein de son Conseil Privé et l'initiative de toutes les dépenses, même facultatives, et les propositions de recettes lui reviennent exclusivement. C - LE CONSEIL GOUVERNEUR. PRIVE (1932-1945) : UN ORGANE AUX MAINS DU

La réforme du 1er octobre 1932 est tempérée par le décret du 13 octobre 1932 qui réanime ou plutôt qui ressuscite le Conseil Privé (institué en même temps que le Conseil Général en 1885 et supprimé en 1912). En réalité, celui-ci est la copie presque conforme du défunt Conseil d'Administration. Il comprend le gouverneur, le secrétaire général, le chef du Service judiciaire, le chef du Service des Domaines et des Contributions ainsi que 3 notables, choisis parmi les citoyens français de plus de 30 ans, domiciliés dans les E.F.O. depuis au moins 5 ans et ne faisant pas partie des D.E.F.; ils sont nommés pour 2 années par le ministre des Colonies sur proposition du gouverneur. JI se réunit au moins une fois par mois et davantage si des affaires urgentes exigent sa convocation. Il est obligatoirement consulté sur le projet de budget. sur les comptes définitifs des recettes et des dépenses, sur les projets relatifs à la création, à la modification ou à la suppression des impôts. sur les projets des travaux dont le montant excède 100 OOOF, sur l'affectation des propriétés de la colonie, sur les subventions à allouer pour l'exécution de travaux publics. sur les arrêtés à prendre en matière de police... Plus que jamais, le gouverneur détient la quasi-totalité l'institution des D.E.F. dont l'originalité réside dans 57 des pouvoirs malgré la représentation des

districts de TAHITI, de MOOREA et des TUAMOTU et des I.S.L.V. à travers la Commission municipale d'UTUROA (RAIATEA). D - CONSEILS DE DISTRICT ET CHAMBRES CONSULAIRES. Une fois TAHITI et ses archipel érigés en colonie, sont créées les Chambres de Commerce et d'Agriculture pour assurer le développement économique; instaurés plus anciennement pour amoindrir le prestige des chefs, les Conseils de District servent de trait d'union entre l'Administration et la population.
1 - Les Conseils de district.

Mode de désianation. Le Conseil de district est composé de 5 membres titulaires et 2 suppléants élus au suffrage universel direct et au scrutin de liste par les électeurs de chaque district.(65). Jusqu'en 1935, son président (ou chef) est désigné par le gouverneur. Dans son mémoire de 1929, le docteur Fernand CASSIAU exige son élection par ses collègues élus en même temps que lui par la population. Il obtient gain de cause par l'arrêté du 18 avril 1935. Le Conseil de district est l'équivalent d'un conseil municipal métropolitain. Cependant, il n'a que des pouvoirs d'exécution et ne dispose d'aucun budget bien que ses membres soient "les vrais représentants de la population tahitienne" (66). Au demeurant, le statut des chefs est loin d'être clarifié: doivent-ils être apparentés à des maires ou bien considérés comme des agents de l'Administration? Cette ambigurté est source de polémiques lors des débats sur leurs indemnités aux D.E.F.. Pour le représentant du gouverneur, ils sont des maires dont les fonctions sont gratuites; ils bénéficient seulement des dédommagements pécuniaires pour couvrir les frais et ne peuvent compter sur le concours des pouvoirs publics pour vivre. CERAN, conseiller municipal de PAPEETE, n'approuve en aucune façon cette thèse; au contraire, d'après lui, les chefs sont bel et bien des fonctionnaires puisqu'ils reçoivent des instructions des autorités coloniales pour administrer les districts ou les îles. (67)

Au total, 97 chefs de district ou de vallée sont recensés

comme tels en 1941 dans l'ensemble des E.F.O. contre 73 en 1932. Comme moyen d'émulation, ils sont classés en deux catégories à partir du 1er janvier 1925 : les plus méritants sont dans la première et touchent une indemnité de 3 000 F par an. Les autres sont dans la seconde en gardant le secret espoir d'être promus. (68)

58

Les attributions. Les chefs autochtones ont une double fonction: celle d'officier d'état-civil et celle d'officier de police judiciaire. Ils tiennent les registres et actes rédigés en français: naissances, décès (la cause est rarement mentionnée), reconnaissance d'enfants naturels (le Code Civil fait à l'enfant légitime un sort privilégié, une moins bonne place à l'enfant naturel reconnu et encore une moins bonne à l'enfant naturel simple). Suivant les recommandations des autorités, ils doivent exhorter les administrés à se marier, surtout lorsqu'il s'agit de vieux ménages ayant eu de nombreux enfants; avant 21 ans, le consentement des parents ou du Conseil de famille est indispensable. Par ailleurs, ils assurent le bon ordre et le respect de tous les règlements dans les districts et de faire parvenir des comptes-rendus au Parquet. Mais dans les îles éloignées pourvues d'une gendarmerie, c'est cette dernière qui exerce cette prérogative.
2 - La Commission municipale d'Uturoa.

Depuis 1890, seule PAPEETE jouit du statut de commune. (69) En 1931, par l'importance croissante de sa population et par sa fonction de centre administratif des I.S.L.V., UTUROA (RAIATEA) devient une commune mixte: l'Administrateur de l'archipel préside une Commission municipale qui rassemble 4 notables (2 colons français et 2 indigènes). Ce n'est qu'en 1945 qu'UTUROA devient une commune à part entière sur le modèle de PAPEETE et de NOUMEA (NOUVELLE CALEDONIE).
3

- Les

Chambres

consulaires.

La Chambre

d'Aariculture.

Anciennement appelée "Comité Agricole et Industriel" , la Chambre d'Agriculture est fondée le 27 mai 1884. Après la Grande Guerre, elle subit un toilettage par l'application de décrets visant à la réformer. (70) y siègent 13 membres dont 3 de droit (le pharmacien, le vétérinaire du service local et le chef du Service d'Agriculture); les 10 autres, indéfiniment rééligibles, sont élus pour 4 ans, le renouvellement ayant lieu par moitié toutes les 2 années. Sont électeurs tous les citoyens français majeurs (plus de 21 ans) habitant TAHITI et MOOREA, propriétaires de biens ruraux depuis au moins un an ou se livrant à une exploitation agricole comme métayer ou fermier. Les élections se déroulent à la mairie de PAPEETE et dans les principaux districts des îles précitées. La Chambre d'Agriculture est l'organe des intérêts de l'agriculture et de l'élevage auprès du Gouvernement local. Elle donne son avis et émet des vœux sur tout ce qui touche les activités agricoles: introduction de nouvelles cultures et de procédés modernes, destruction d'insectes et d'animaux malfaisants, questions foncières, crédit agricole, protection de la propriété et moyens de transport et voies de communication. 59

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