TCHAD 1916-1918

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Vivant et honnête témoignage de la vie coloniale pendant la grande guerre, ces carnets de route nous livrent sans retouche une vie quotidienne faite de privations, d'espoirs, de satisfactions… d'ennui. Après avoir traversé le Cameroun du sud au nord, il rejoint Abéché, pousse au nord vers Oum Chalouba. Il séjourne ensuite à Oussoro d'où il escorte des recrues vers le Niger et, enfin, retraverse le Cameroun du nord au sud.
Publié le : vendredi 1 janvier 1999
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EAN13 : 9782296380035
Nombre de pages : 256
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TCHAD
1916-1918

Carnets de route d'un officier de cavalerie

@ L'Harmattan

1999

ISBN: 2-7384-7448-9

Lieutenant de Chauvenet

TCHAD
1916-1918

Carnets de route d'un officier de cavalerie

L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Bonnières

X

de Chauvenet

X Ponselies

Sommaire
EN MER LA TRAVERSÉEDU CAMEROUN DE FORT-LAMY À ABÉCHER LA SAISONDES PLUIESÀ BIR- TAOUIL L 'HIVER AU NORD D' ARRADA
CHEF DE POSTE À OUM-CHALOUBA RETOUR VERS ABÉCHER AVEC L'ESCADRON VERS MOUSSORO

7 15 59 81 91
107 135 141

ANNÉE 1918 À MOUSSORO
ESCORTE DE RECRUES À N'GUIGMI FIN DE SÉJOUR - RETOUR SUR LA FRANCE

197
207 221

INDEX SOMMAIRE

245 251

Ce carnet de route est l'œuvre de Fernand de Chauvenet né à Chevreux, arrondissement de Soissons (Aisne) le 14 juillet 1887, fils de Gaston de Chauvenet, magistrat et de Henriette Sieyes. Il fait ses études au collège Saint-Jean de Béthune de Versailles, puis à l'institut agronomique de Beauvais et devient ingénieur agronome. Ses parents, ne tenant pas compte de son attirance pour la carrière militaire, ont décidé qu'il reprendrait l'exploitation agricole du domaine familial de Lesdins. C'est à son frère aîné qu'échoit la mission de poursuivre la tradition familiale en embrassant la carrière des armes. .. dans la cavalerie où se côtoie l'aristocratie française. Le 15 janvier 1911, Fernand de Chauvenet épouse sa cousine Magdeleine de Roucy et vient résider non loin du château familial de ses parents au village de Lesdins. C'est là que le surprend la Grande guerre. Il est mobilisé le 2 août comme maréchal des logis de cuirassier et rejoint son unité sur le front. Le 17 octobre il est évacué sur l'hôpital d'Amiens. Le 21 avril 1915 il est nommé sous-lieutenant et envoyé comme instructeur au dépôt des cuirassiers. C'est de là qu'il part pour le Cameroun qu'il traverse du sud au nord pour aller servir au Tchad à l'escadron dont le capitaine vient d'être tué en chargeant les troupes allemandes à la tête de son unité. La famille de Chauvenet est durement touchée par la guerre: Le lieutenant de dragons Louis de Chauvenet (frère aîné de Fernand) est blessé mortellement au combat de Bastogne le 8 août 1914. Le capitaine d'Infanterie coloniale René de Chauvenet (cousin de Fernand) tombe au combat de Saint-Vincent Rossignol le 23 août 1914. Le commandant Henri de Chauvenet, chef de bataillon au 415e régiment d'infanterie tombe le 15juillet 1918 en Champagne. Le 10 avril 1919 il est démobilisé. Il se consacre à l'exploitation du domaine agricole familial et à la mairie de Lesdins dont il assume les fonctions de maire pendant une trentaine d'années. Fernand de Chauvenent est mort le 7 juillet 1977 à l'âge de 90 ans.

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En mer
Le ~3 janvier 19161, alors que, entre mes amis de Bonnières et Jeanteur, officiers au ge cuirassiers et instructeurs comme moi de recrues, je dégustais mélancoliquement le déjeuner de l'hôtel du Croissant à Tours, le cycliste de la brigade apporta pour la signer "après avoir pris connaissance" la décision. J'étais dans un mauvais jour... suite de beaucoup d'autres aussi mauvais 1... L'incertitude où j'étais des miens et la vie de dépôt, qui m'écœurait, finissaient par me distiller un morne ennui tournant à l'exaspération! Je lus la décision avec ma mauvaise humeur habituelle, et j'allais la signer sans y prêter plus d'attention lorsqu'une petite note mal polycopiée d'une encre délavée attira mon regard. Elle était brièvement conçue en ces termes: « On demande deux officiers pour servir au Tchad (cavalerie) ». Venaient ensuite les conditions requises et la marche à suivre par les postulants éventuels. Le Tchad 1... Mer intérieure... Flatters... Nachtigal... le commandant Lamy. . . l'Afrique mystérieuse.. . quelques vagues réminiscences géographiques me revinrent à l'esprit; mais ce qui m'illumina
immédiatement, ce fut de trouver là - tout de go

- un

moyen

de

m'évader, de suite, d'un dépôt où j'étais collé jusqu'à une date, peutêtre lointaine, mais certainement indéterminée. Un bref conciliabule avec de Bonnières, animé des mêmes sentiments que moi, deux heures de réflexion, une demande libellée réglementairement, une visite intéressée au bureau d'état-major, "dispensateur des avis motivés" et le 25 janvier, nos camarades apprenaient avec stupéfaction que le ministre ce la guerre téléphonait, sous le n01465 1/8: «Les sous-lieutenants de Chauve net et de Bonnières, désignés pour le Tchad, embarqueront à Bordeaux le 7 février, et devront se présenter au dépôt des isolés coloniaux le 6 avant midi ».

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Le ~6 janvie~ nous étions à Paris, pillant les magasins coloniaux de l'Île St. Louis, brassant des conserves et des chemises, du tabac et de la poudre, des armes et des casseroles; que sais-je encore? entassant tout cela aux pieds de mon concierge qui, le front barré d'un pli sombre, dut croire que je transformais en magasin d'approvisionnement militaire l'appartement de mes parents (il était d'autant moins rassuré que ces préparatifs inconnus coïncidaient avec des raids successifs de zeppelins). Après une escale à Tours, passée à ficeler, entasser et cataloguer nos richesses, ce furent les adieux à nos amis et le départ sur Bordeaux. C'est à partir de ce moment qu'en marche ou en station, bien portant ou malade, j'ai consigné mes notes presque'au jour le jour. Elles valent ce qu'elles valent, et n'ont d'autre prétention que de me rappeler et de rappeler à mes enfants les étapes d'un long, très long, voyage militaire dans des pays qui, en 1916 - 17 - 18 et 19 étaient loin d'être l'Éden décrit et chanté par les poètes. Ifévrie~- Arrivée à Bordeaux avec Bonnières et Jeanteur. Désillusion sur la ville. Descendons à l'hôtel Montré. Dernières courses. Excursion en auto avec Jeanteur au Bec d'Ambez.

~- Nousparce qu'échoués, mugissentArrêtons la nuit dans la Gironde. embarquons. Départ 19 h. Sirènes, sans discontinuer. ~- Passons devant Royan,Les côtes de la France quibrumeux, premier vers 8 h, par temps roulis... premier tangage... disparaissent...
IT] - Voilà 8 jours pleins que nous sommes en mer, et l'on n'espère arriver à Dakar que dans quarante huit heures: nous avons été retardés pour différentes raisons; d'abord, très grosse mer dans le golfe de Gascogne qui s'est traduit pour moi par quarante huit heures de lit; ensuite, par la crainte des sous-marins, qui nous ont fait faire un grand tour en haute mer. Au lieu de marcher sur Lisbonne, nous avons piqué plein ouest. Sommes passés très à l'ouest de Ténériffe, pour éviter un bateau allemand qui chassait dans les parages. Du reste, la T.S.F. nous a appris qu'il avait, hier, donné la chasse à un paquebot, dans les environs de Gibraltar. Les premiers jours, nous marchions, tous feux éteints, y compris les cabines et l'intérieur du navire. Lugubre L.. maintenant on éclaire l'intérieur avec précaution. La marche du

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paquebot, la nuit, par ces belles nuits d'Afrique, sans lumière artificielle, est impressionnante et porte à la rêverie. Je croyais avoir davantage le cafard, en quittant la France Je n'ai presque même pas eu de pincement au cœur. La guerre endurcit et cependant, je laisse derrière moi, toutes mes pensées! Pourvu que les photos de Magdeleine des enfants, de mes parents, se conservent en bon état!... Je crois que si je n'ai pas eu ce cafard, c'est beaucoup au lieutenant Jeanteur que je le dois; c'est lui qui est venu si aimablement me conduire jusqu'au paquebot, et qui m'a évité, depuis mon départ de Tours, les heures de solitude. Les passagers ne sont ni attirants, ni attrayants, peu de femmes - pas de jolies ni d'élégantes - des administrateurs, des commerçants.

Comme officiers (en dehors de mon ami Bonnières) un capitaine du 4e

dragons, M. de B... homme aimable, intelligent, qui me paraît, en allant au fin fond de l'Afrique, vouloir oublier une paire d'yeux trop charmeurs; des majors; des interprètes; des marsouins avec qui nous avons des rapports de camaraderie militaire, sans plus. En somme, les journées passent lentement et cette vie monotone devient fastidieuse. l'écris peu de lettres, car les événements intéressants manquent. Ce n'est pas une plume qu'il faudrait avoir ici, mais un crayon; que de types étranges l'on pourrait croquer dans cette salle à manger des premières, très élégante de mobilier mais si commune de clients! 117 févrie~ - A 5 h du matin, comme nous approchons de Dakar, je
monte sur le pont. Rien

- Brouillard!

A 6 h ~ arrivons en rade. Sur la

jetée, un tirailleur sénégalais veille. Le Duguay-Trouin mouille en rade. Première impression quelconque, mais descente vraiment curieuse... Physionomie bien spéciale... Je jette une dépêche à la poste pour Gaby. Nouvelles de France par T.S.F. sont affichées. Visite aux marchés. Femmes et enfants dans le dos. Bien jolis effets de lumière. Voitures, avec le boy à côté du cocher. Invites fréquentes de toutes sortes. Entrons dans un café. Dans une cage deux lions... à côté, un rouleau à vapeur L.i Déjeuner médiocre servi par noirs: sentiments de répulsion en voyant ces mains noires nous passer les plats L.. Achats... à quels prix L.. Enterrement: catafalque blanc, cocher noir! Quel contraste avec la France! Au marché, police par noirs importants. Au paquebot, au retour, nous embarquons des sénégalais et des tirailleurs... typique L.. nous embarquons aussi des officiers coloniaux

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qui ont connu René de Chauvenet. Que le monde est petit! Quand je pense qu'une passagère a fait ses classes avec la Sœur Louise de Chauvenet. Embarqués à 4 h, nous quittons Dakar à 6 h environ. Il commence à faire très chaud, et le lendemain on étouffe dans les cabines. Les casques sont pris une fois pour toutes 1... Quand les quitterons-nous maintenant pour tout de bon? Ou bien resterons-nous, pour tout de bon, avec eux sur la terre africaine 1...Cruelle énigme 1... 118févrie~ - Commençons à apercevoir, devant le paquebot, quelques poissons volants. [121-Arrivons à Konakry où nous faisons escale; mais le peu de temps et la chaleur n'invitent guère à descendre à terre, aussi je m'abstiens. - 2e dimanche déjà que nous sommes à bord. Le temps passe! Nous arrivons à Monrovia dans la république indépendante de Libéria. Un vapeur américain à 4 tuyaux mouille devant Monrovia, dont il est la sauvegarde. On n'a guère le temps d'aller à terre, et l'escale se passe à jeter des sous aux nègres qui plongent avec une adresse surprenante. Le ministre des Postes vient lui-même à bord vendre la collection des timbres avec un honnête profit 1... Les nègres conduisent leur pirogue avec adresse, poussant en mesure des cris gutturaux.

~

[!]- Arrivons

devant Tabou, sur la Côte d'Ivoire. La barre n'est pas très forte. Tabou est une toute petite ville charmante, qui se détache très artistiquement sur la brousse. Madame Perenet, femme de l'ingénieur à la T.S.F., descend ici: c'est le commencement de la dislocation de notre petit groupe de traversée. On descend des Sénégalais et Madames tirailleurs. On embarque des Kroumen pour le restant de la traversée. L'un d'eux, un des plus habillés, a une chemise de femme, garnie de dentelles... Ici, cela ne se remarque même pas. -Vers 8 h, arrivons Grand-Bassam, ~ fret à embarquer. Leà docteur Lovys etpar fort brouillard. Beaucoup de sa femme, montés à Dakar, nous quittent. C'était un homme aimable, tout rond, qui racontait avec bonhomie que tout le monde le croyait coo. , parce que sa femme était élégante et jolie et que, lui, était gros et laid 1... Les confidences vont vite à bord 1...A Grand-Bassam, oùje ne vais pas à terre, se trouve un wharf. C'est la première fois que l'on se sert du panier pour descendre

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Il

les passagers. Quand le temps est calme, et c'est le cas, les secousses ne sont pas trop brusques; mais par gros temps, on doit avoir les entrailles décrochées par les chocs! Le temps commence à sembler long. Nous persuadons au docteur Darras I qu'il doit faire entrejamber ses pyjamas pour monter à cheval! Voilà le genre des occupations à bord ~3 févrie~ - Arrivons, vers 5 h du soir, à Cotonou. Le capitaine de Jonquières nous fait appeler: il venait de recevoir une dépêche du général commandant l' A.E.F. nous envoyant, Bonnières et moi, à Duala, en Cameroun allemand. Un peu plus loin, un peu plus près, peu importe! Cependant l'ennui est pour nous de quitter quelques gentils docteurs, avec qui nous devions remonter jusqu'au Tchad et avec qui nous sympathisions! Nous passons la fin de l'après-midi à repêcher nos bagages qui étaient remontés de la cale pour être débarqués. à terre; on nous dans une pirogue, et, moitié à la pagaie, moitié à la remorque, en route vers le wharf. Là, une grue qui nous enlève dans les airs pour nous déposer délicatement sur le wharf de Cotonou; coût: 5 francs... ce n'est pas donné L.. La ville est très bien tracée et a une physionomie bien spéciale: de chaque côté des rues, des cocotiers; terrain dur et rouge. Je n'ai eu le temps de voir que le quartier européen. Je vais d'abord à la poste, où je comptais avoir une dépêche de Gaby de Bouville, ma sœur, et suis un peu déçu en ne trouvant rien L.. Maintenant, je n'aurai plus de nouvelles avant de longs mois. Ma mélancolie tombe vite devant la nouveauté des lieux. Le marché est excessivement curieux: sous des halles, à l'instar de la France, on vend de tout, de la viande et des pipes, des fruits et de la pacotille. Une odeur désagréable de chaleur humaine et d'huile de palme se mêle à la température qui est horriblement lourde et étouffante. Le marché est tenu par des femmes, pour la plupart nues, sauf un léger pagne; mais la nudité des négresses n'a rien de choquant ni d'impressionnant. Les femmes sont laides et même les jeunes filles ont les seins tombants. Seules, les fillettes de 10 ans ont une jolie poitrine, qui pointe victorieusement. C'est l'âge où l'Européen les regarde... Il faut évidemment une longue habitude pour
1 _

~ - Dix-huitième panier;de une grue nousdescendons jour mer! Nous débarque dans un déglingue

Le docteur Darras (de Cambrai) a été assassiné, en 1918, par un indigène.

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y découvrir des charmes! Contre le marché, le Grand Hôtel; c'est une auberge où nous trouvons heureusement des boissons glacées; on boit en regardant passer les négresses. Autour de nous, rôde une population louche de boys en quête. .. de ce que l'on veut. Près du marché, nous longeons la maison des Pères Blancs, puis rencontrons un modeste monument, élevé à la mémoire des officiers et soldats, morts à la conquête de 1891. Rencontrons des porteurs retour de l'expédition du Cameroun: ils sont en traitement, exténués, des squelettes ambulants, blessés par le port des ballots I ; tout à coup, au milieu de cette population indigène, qui nous met à des milliers de kilomètres de la civilisation, une motocyclette passe... c'est effarant!... Il est vrai qu'elle est suivie par deux boys, qui transportent un Européen en palanquin. Je repasse à l'hôpital reprendre des comprimés de quinine. Darras et Gaudiche, les deux médecins du Tchad, nous quittent, et je remonte au wharf avec le docteur Alphan, tandis que Bonnières prend possession du bureau télégraphique, pour y envoyer une foultitude de dépêches, qui vont, je crois, emporter vers la France bien des espoirs.

1_

Ces porteurs me firent une impression profonde; quelques temps après, j'étais

bien cuirassé contre ce genre de spectacle.

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La traversée du Cameroun
~6 février 1-Vers 9 h du matin, arrivons à Duala, ou plutôt dans la baie de Duala (baie de Swellaba). L'Asie mouille à environ 30 km de terre; beaucoup de fret à débarquer; 2 bateaux crachent à bâbord et à tribord, l'un pour le fret, l'autre, anglais, pour les passagers. A 4 h, nous embarquons sur l'Anglais. C'est un travail d'acrobate, et je me garde bien de regarder à mes pieds, car il yale vide et l'eau; enfin, me voici heureusement sur le pont; j'attends les événements. Nous sommes peu d'européens à débarquer: Bonnières, moi, le docteur Alphan, 2 civils, 2 sous-officiers de cavalerie; invités de marque, nous restons sur la passerelle, où le capitaine offre, durant les deux heures de traversée, à boire avec flegme et politesse britanniques. La baie de Duala est immense et magnifique; nous traversons une ligne de bateaux que les Boches ont échoué; du reste, le nôtre est un de ceux que les Anglais, très pratiques, ont renfloué immédiatement; il en reste 7 ou 8. Arrivée à Duala. Une nuée de nègres se précipite sur nos colis, et nous arrivons au cercle militaire où nous nous installons tant bien que mal dans l 'hôtel L.. Nous voilà donc bien séparés de l'Europe! L'Asie nous reliait au monde civilisé! maintenant, c'est fini et bien fini... jusque quand... ~7 févrie~ - La ville de Duala, que je visite le lendemain avec Bonnières, est très belle. Beaucoup plus importante que les villes françaises de la côte; les nègres parlent un petit nègre allemand, de ma force! Dès le lendemain, nous nous présentons au commandant d'armes, qui nous reçoit aimablement, et nous dit d'attendre le général Aymerich, pour les ordres. Visite à l'administrateur, qui est absent. La ville est déjà aux mains des Anglais, qui se sont installés dans la haute et belle ville, tandis que les Français font figure de parents pauvres! Tous les officiers rencontrés sont aimables et bons camarades. Ici, tout le monde s'inquiète de l'offensive sur Verdun, dont la T.S.F. nous a apporté hier la nouvelle. ~8 févrie~ - Avec de Montgolfier et un autre enseigne du Friant nous visitons Duala. Nous faisons une visite aux Pères Blancs, Herman et

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Barreau qui paraissent ravis de voir des Français. Ce sont d'admirables gens, qui doivent rendre d'immenses services à la France et ils ont bien du mal, car ils ne sont guère aidés par les autorités! Mes notes marquent: journée excessivement chaude. Je tourne avec mon lit, dans ma petite chambre, pour éviter la réverbération et, de ce fait, le coup de bambou

~-

La journée se passe en courses et en visites. Nous constatons, plus que jamais, l'empreinte anglaise, qui se traduit en tout et pour tout. La France et les Français sont ravalés au cinquième dessous. Cela saute aux yeux des nouveaux arrivants comme nous: c'est horriblement choquant!
11ermar~

Aymerich arrive à Duala. A 5 h, nous l'attendons sur le wharf. Il fait une chaleur, qui me fait craindre à tout moment l'insolation, malgré mon casque. Sur le wharf, le colonel Meyer, l'administrateur Damien (très aimable homme), quelques officiers, Bonnières, les deux missionnaires, moi. Arrivée sur bateau anglais; pavillon anglais; autorités anglaises en tête; honneurs rendus par Anglais; musique anglaise! Nous déjeunons chez les Pères Blancs. Ils s'excusent, avant le déjeuner, que la douche ne marche pas, faute de quoi nous en aurions pris... avant le whisky traditionnel. L'aprèsmidi, visite au général: nous partirons le 3 sur Yaoundé, pour rattraper l'escadron, rappelé dans l'Ouadaï pour des troubles... A Dieu va!... Ce même jour, nous apprenons par T.S.F. le torpillage de la Provence. Si nous n'étions au Tchad, il y a des chances que Bonnières et moi soyons dessus!

- Le général

~ mars

1-

Nous

faisons

dans

Duala

nos dernières

courses:

nous

pensions avoir tout ce qu'il nous fallait, tout nous manque L.. Le bel ordre de mes colis a déjà bien changé! Aujourd'hui, c'est le capitaine Simonet, officier d'ordonnance du général, qui nous oblige à prendre des tentes. Nous n'avions pas cru devoir en emporter! Nos acquisitions sont aidées par une avance du 1er mois de solde que nous fait le capitaine Savoye. Ce même capitaine nous invitera, le dernier soir, à dîner. Nous suçons avec lui le dernier morceau de glace qu'il nous sera donné de voir pendant longtemps! C'est avec une certaine mélancolie que nous le regardons fondre dans notre verre. Dernière visite à M. Damien, l'administrateur qui s'est montré très aimable; aux Pères, chez qui nous rencontrons le capitaine de vaisseau

LA TRAVERSÉE DU CAMEROUN

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Boissary, un aimable marin, à l'air intelligent et énergique; puis enfin, dernière nuit dans un lit! Les voyageurs pour Eséka en voiture! Nous avons failli manquer le train... C'eût été vraiment raide... Sur le quai, les Pères, les administrateurs, des officiers. Il ne manquait que la musique et le dernier coup de sirop! Adieux sentis, surtout à notre brave ami Alphan, et en route. Notre wagon est assez primitif ce qui nous permet du reste d'installer nos chaises longues. Nous faisons ainsi 180 kilomètres dans notre journée. Aux arrêts, on fait la causette avec les chefs de postes. La route est excessivement pittoresque... d'autant que c'est notre premier contact avec la forêt vierge. Les ponts sur les marigots ont sauté pendant la conquête et ont été admirablement retapés par le Génie français. Du reste, tout le long du chemin, il y a des traces de combats contre les Boches. Nous traversons la Sanaga, que nous retrouverons du reste plus tard, y voyons des cascades splendides, et arrivons, vers 5 h, à Eséka, où le capitaine et les lieutenants nous invitent à dîner. ~ mar~ - Nous quittons Eséka vers 7 h du matin; après un tout petit trajet en chemin de fer qui nous amène au terminus nous chargeons nos bagages sur les lorry d'un Decauville; se joint à nous le lieutenant Boggs, qui emmène à Nengelès un convoi de 1.800 charges de riz et de sel. Les incidents commencent: comme il n'y a pas de locomotive, les indigènes poussent ou retiennent, d'où 2 lorries qui cassent et filent dans un ravin... hurlements, cris, coups de chicotte, etc. Nous côtoyons des ravins à pic, dans la forêt vierge; nous marchons d'endroits en endroits plus pittoresques les uns que les autres. Le soir, nous campons dans un campement boche abandonné: c'est notre première nuit au milieu de 800 porteurs; ils s'installent autour de notre case, et immédiatement les petits feux s'allument. A la nuit, un coup de sifflet, et comme par enchantement c'est le silence le plus absolu et le plus impressionnant. Nos Sénégalais d'escorte veillent aux bagages. nous passons notre soirée à regarder les papillons phosphorescents qui ressemblent dans les airs à des feux follets. 15mar~ - La nuit, la tornade se déchaîne. Nous sommes heureusement à l'abri mais aux premières gouttes d'eau, on ne fait plus qu'entendre la toux des nègres; cela fait pitié, car ils n'ont rien pour se mettre à l'abri, que leur pagne et l'orage est ce que sont les orages en Afrique!

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Les incidents continuent, l'étape est dure. Bonnières qui marche en avant, débite un arbre tombé en travers de la voie. Quelle vue splendide dans la forêt!... ravins, arbres, coloration, tout est admirable 1... Pour la première fois, nous voyons des singes; ils ne sont pas gros: c'est du reste heureux, car il y a ici des gorilles qui attaquent l'homme, et c'est, paraît-il, désagréable de se trouver nez à nez avec eux. Ce qui me frappe surtout dans la forêt du Cameroun, c'est l'immensité des arbres, comme hauteur, circonférence et racines... les oiseaux bizarres au milieu desquels on voit des perroquets... et la splendeur des ravins. Comme impression, il en est une, spécialement curieuse, à mon sens. C'est, dans le calme de la nuit, la chute des arbres qui se renouvelle fréquemment. En somme, tout cela dépasse les féeries, et il n'y a pas jusqu'aux lianes, grosses comme la cuisse d'un homme, qui ne rappellent les décors fantastiques du Chatelet. Ce soir, nous campons, Bonnières, Boggs et moi, dans une case abandonnée. Après une nuit calme, nous partons le matin, sous la tornade, et arrivons, trempés, à Nengelès, terminus du Decauville, situé sur une hauteur: c'est un poste militaire français, où nous trouvons le commandant Thibaut qui me rappelle, une fois de plus, la bonté de René de Chauvenet, qu'il a connu au Tonkin. Avec Bannières, nous faisons nos vrais derniers préparatifs; le vrai voyage va commencer! Je note aujourd'hui Ste. Colette! Pauvre petiote, de loin je lui souhaite bonne fête! Comme cela nous reporte loin déjà!
17 mar~

brillant de notre pied léger... C'est le mardi Gras! Nous abattons 35 km dans la forêt. Après un déjeuner sommaire, nous repartons en pleine chaleur, la réverbération est telle, qu'il m'est impossible de fixer ma main droite où j'ai un pansement qui n'a cependant plus rien d'immaculé. Nous côtoyons une bananeraie boche, de 10.000 ha qui servait pour le ravitaillement de la construction du chemin de fer, et arrivons au poste de Binac.

- Départ

LA TRAVERSÉE DU CAMEROUN

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Présentation du colonel Morisson, qui nous reçoit aimablement au champagne 1. Dîner somptueux aux conserves, offert par les capitaines de l'étatmajor. Coucher sous la tente, et, naturellement, la nuit: tornade. Ce même jour, le long de la piste en forêt, nous rencontrons un porteur séché; le pauvre bougre a l'air d'une momie égyptienne, et personne n'a eu l'idée de l'enterrer; nous faisons du reste comme les autres... ici, rien ne choque!

~- Cendres!

petite étape de 12 km dans la forêt, qui nous amène à la route carrossable Kribi- Yaoundé; nous couchons dans la case du capitaine Monain et du Lieutenant Crochet, bonne journée de repos. Ils nous racontent mille choses intéressantes sur le Cameroun, mille anecdotes aussi qui nous prouvent, une fois de plus, que nous sommes dans un pays sauvage, voire même anthropophage. Évidemment, on ne cuit pas les gens au milieu de la route, mais on se délecte fort bien en famille de l'ennemi qu'on a tué. Les tirailleurs, quoique plus civilisés, en ont parfois mangé. Jamais ils ne l'avouent ou bien ils disent tout de même: « Çà, quand il y a tout petit» mais, d'après eux, leur père en mangeait!

Personne ne connaît son âge: le temps ne compte pas. Lorsqu'on demande à un tirailleur: « Y a-t-il de l'eau ici ? » il répond: « Eau y a pas loin. » et, pour en trouver, il faut faire entre une demie à trois heures de marche! Ils ont, sur les maladies, des notions sommaires: un tirailleur qui attrape une blennorragie répond dans toute la candeur de son âme: « Moi, y a p contre arbre à médicament (maladie) ! ». Alternativement, nous croisons des peuplades, plus ou moins laides, mais cependant nous semblons un peu sortis des nez camards. Actuellement, les femmes sont habillées d'une espèce de queue de cheval qui part des reins pour tomber à mi-cuisses et par devant, d'une touffe d'herbe qui quelquefois ne dépasse pas la taille d'une pièce de 5 francs. Durant cette dernière étape, nous avons également rencontré un noir qui avait pour tout costume... un chapeau haut de forme!

- Le colonel Morisson est resté stupéfait de l'étape que nous avons fournie ce jourlà; il ne voulait pas nous croire et fut obligé de rendre hommage à la cavalerie à pied.
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AU TCHAD DE

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Toutes les caricatures sur les noirs n'arriveront jamais au quart de la réalité!

~ mar~ - Nous partons

vers 1 h du matin sur la route Kribi- Yaoundé; un Anglais, que nous rencontrons en auto (service ravitaillement) nous avertit que, sur la route, tous les villages sont déserts; il y a dû y avoir des exactions commises par des tirailleurs, notamment rapt d'un cheval et d'une femme, d'où troubles. Nous continuons notre route, et effectivement partout où nous passons, nous sommes précédés par le tam-tam, qui avertit de notre présence et fait fuir les populations dans la brousse. Plus loin, nous rencontrons deux noirs blessés à la tête. Nous nous établissons, après 27 km, dans un village abandonné, et nous promettons de veiller à tour de rôle pour éviter une surprise toujours possible. Je note ici le bruit du tam-tam: c'est un gros morceau d'arbre creusé où l'on agite 2 baguettes; le son retentit très loin et il y a un langage conventionnel. Un renseignement donné par tam-tam franchit dans la journée plusieurs centaines de kilomètres. Nous avons eu des nuits, dans la suite, où on l'entendait, au loin, sans arrêt. Il0 mar~ - La nuit se passe tranquillement; nous veillons alternativement, les sous-officiers et nous. Le matin, nous abattons sans encombres les quelques 25 km qui nous séparent de Yaoundé, et de suite nous allons nous présenter au colonel Brisset. Il part dans un instant, nous annonce que nous irons jusqu'à Fort-Lamy, et de là rejoindre l'escadron. Nous y serons les 2 seuls officiers (sous la direction de Bonnières, le plus ancien de nous deux) chargés de le réorganiser. De là, nous allons trouver le capitaine Sarrade qui est gouverneur: il se met en quatre pour nous, nous déclare que nous prendrons pension chez lui, jusqu'à notre départ. Nous nous installons; nous touchons ensuite les bien modestes chevaux auxquels nous allons demander 1.400 km... et les regardons mélancoliquement. Ils ont la taille d'un âne, et rappellent étrangement, par leur allure générale, l'aspect des chevaux de romanichels, qui paissent, d'un air morne, le long des routes de France!
111 mar~

- Le matin, nous nous mettons à remettre en état nos harnachements; nous le faisons nous-mêmes; ils sont dans un piteux état, entièrement recouverts d'une couche d'un joli vert sur laquelle nous nous éreintons comme des recrues; puis, dès que la chose est

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terminée, comme des enfants, nous sellons nos chevaux et faisons une promenade dans Yaoundé qui nous confirme que nos haridelles ne sortent pas de chez Bartlett. Nous n'avons rien nous-mêmes de très cavalier. Comme nous rentrons, nous croisons deux indigènes qui portent sur leurs épaules une perche! Sur la perche est ligoté le corps nu d'un noir qui a été tué d'une balle! Mystère que le gouverneur éclaircira. Derrière, sa veuve suit; elle est couverte en signe de deuil, de boue et de cendres, et porte, comme costume, une petite poignée d'herbes fraîches... c'est tout!... Après le dîner que nous prenons chez le lieutenant Panon, nous allons finir la soirée chez le capitaine Bell ; alcools variés et abondants, champagne. Les coloniaux retrouvent, pour la première fois depuis l'expédition, les boissons fortes et en profitent. Le lieutenant Amette chante admirablement. A minuit, après avoir braillé tout le répertoire des cafés-concerts, nous rentrons dans notre case qui abrite surtout des tarentules et des rats. La nuit très claire nous permet d'admirer la Croix du Sud: je ne me doutais guère la voir luire un jour au-dessus de ma tête! Ce même jour, nous faisons une visite au colonel Hutin, grand chef français ici. Ce même soir aussi, pendant le dîner, le boy que j'ai retenu vient me baragouiner un long palabre; je finis par comprendre qu'il a été me chercher une femme que je dois emmener pendant mon voyage! Stupeur L.. Je me ressaisis pour vider le boy à coups de bottes dans le derrière; il semble plus étonné que froissé. En rentrant me coucher, je trouve la femme assise devant la porte, jeune, voilée, odeur mi-nègre, mi-huile de palme; je lui ferme la porte au nez et

pense qu'elle a dû se consoler avec le boy!
112 mar~

- Journée

de repos: bridge, champagne.

Le soir, au retour, la

Haoussa est encore à ma porte. J'appelle le boy-cuisinier-interprète, et le charge de la mener au capitaine Sarrade... lUI - Derniers préparatifs, qui consistent à habiller les boys, acheter des caisses et des caisses de conserves. Après le déjeuner d'adieu, chez le lieutenant Navisé, avec le capitaine Sarrade, Pianelli, Scott et le lieutenant Michel qui nous confie son chien, nous décollons de Yaoundé. Nous sommes sortis de la forêt et faisons une étape de 12 km dans un pays de montagnes merveilleuses. Nous campons dans

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AU TCHAD DE 1916 À 1919

une case abandonnée... et à l'appel du soir, nous constatons que 15 porteurs manquent! C'est le retour à la vie réelle, que les 4 excellents jours passés grâce à Sarrade et à Michel, nous avaient fait oublier! Peut-être demain matin seront-ils de retour? faute de quoi, ce sera bien gênant, car nos caisses sont lourdes, et pour ma part, j'ai maintenant 17 charges!
115 mar~ - ASh,

au départ, les 15 porteurs manquent toujours; c'est la tuile; nous détachons le caporal d'escorte pour nous en recruter, si possible, dans les villages environnants; malheureusement, il revient au bout de deux heures n'ayant trouvé personne, car on continue à fuir devant nous! Nous partons, tant bien que mal, avec un gros retard, et bientôt le gros soleil nous couvre les mains de coups de soleil. Vers 12 h Y2,après une étape de 18 km nous montons les tentes (sous un arbre couvert de serins). Bonnières commande un service d'ordre autour des porteurs. Un indigène vient offrir manioc et bananes; nous lui certifions que nous lui paierons ce que nous lui prendrons, ce qui semble le rassurer un peu. Nous sommes heureusement aidés dans nos palabres par le boy-cuisinier, Amine, qui connaît la langue du pays. Quant aux 2 boys-palefreniers, ce sont des noirs haoussas qui vivent très à l'écart. Les villages abandonnés ont une nouvelle physionomie; la case ronde remplace la carrée. Les indigènes ont carquois et flèches, et le type est très laid. 116mar~ - Nuit tranquille sous notre tente, du moins pour nous, car nos sous-officiers sont envahis par les magnans ainsi que leurs chevaux. Ils sont obligés de céder la place car, contre ces fourmis il n'y a rien à faire qu'à transporter ailleurs ses pénates. Nous repartons à 6 h, pour une étape de 26 km De nouveau le pays change. Nous marchons dans une brousse assez aride et nous installons, vers 1 h dans une case abandonnée. 117 mar~ - Nuit tranquille. Une petite étape d'environ 10 km nous amène à la Sanaga, rivière de 150 mètres de large environ. La route débouche sur des chutes superbes qui cascadent de 20 m. Plusieurs pirogues transportent nos bagages (c'est un tronc d'arbre creusé que les indigènes mènent à la pagaie). Nos chevaux sont mis à la nage; le mien se débat, le palefrenier l'abandonne et le courant l'entraîne; d'autres pirogues l'entourent, et on le ramène au bon moment, car il ne soutient plus qu'à peine sa tête hors de l'eau.

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Au poste de la Sanaga, nous trouvons le sergent chef de poste qui, nouvellement arrivé, se crée un jardin et rend la justice, entre son perroquet et son chien. Ce poste me paraît le paradis: eau, forêt, chasse à une infinité de bêtes: je m'en contenterais très bien. 116mar~ - Journée de repos, où je reste dans ma case. Bonnières, plus intrépide, va chasser les canards, les buffles et les antilopes. Il voit des premiers, des derniers, les rate, et son tableau se compose d'un corbeau et d'un charognard. Le soir nous assistons à un orage formidable; de tout les côtés l'horizon est sillonné d'éclairs; heureusement, notre case est solide. !!21-Nous repartons à 5 h avec notre complet de porteurs; d'environ 27 km où nous rencontrons beaucoup de perdreaux. étape

Sur la route, en plein travers, encore un porteur séché; nous passons, et arrêtons dans une case ronde. A 2 h un porteur manque à l'appel; un autre semble exténué.

~ - La noir d'un poste voisin nuit, qui s'annonçait caporal

tranquille, est troublée. Vers 8 h un vient raconter qu'étant allé par ordre dans un village chercher un chef, il a été reçu à coups de flèches; un de ses hommes a été blessé au bras. Ensuite la tornade commence, notre toit perce, nous sommes obligés d'enlever nos moustiquaires, ce qui nous vaudra pour la fin de la nuit maintes piqûres. A 6 h, nous partons pour une étape d'environ 18 km. Nous arrivons au poste N'ghila (Doumbo pour les indigènes); nous trouvons là un adjudant, chef de poste. Dès notre arrivée, il nous montre la flèche qui a transpercé le bras du tirailleur: elle est sérieuse! Le colonel Brisset a quitté le poste ce matin; il devait palabrer avec des chefs qui ne sont pas venus; aussi, dès ce soir, la répression commencera. Le colonel remontait vers Yoko ; il a reçu ce matin un courrier spécial qui lui apprenait que le Cameroun restait possession française. Un de nos porteurs arrive en retard: il a été volé et roué de coups par les gens de la brousse, mais ils ne l'ont pas mangé, le jugeant trop maigre. Doux pays L.. ~1 mar~ - A 10 h du soir, Padjudant prépare son expédition au village qu'il doit réprimer. Il part à minuit avec le chef d'un village ami, des partisans et leurs arcs, et une dizaine de tirailleurs. A 9 h du matin, il

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