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Théandrique ou la Possibilité de l'utopie

De
244 pages
Ce livre présente les dernières notes de Julian Beck, poète, peintre, homme de théâtre, fondateur avec Judith Malina du " Livmg Théâtre ". Le lecteur n'est pas invité au spectacle d'une connaissance (fut-elle sensible) qui serait penchée sur l'objet théâtre, il est saisi par la réflexion incisive d'une conscience radicalement critique de la société spectaculaire et de ses injustices théâtralis es - médiatisées. Mais cette conscience est toujours amoureuse, toujours levée par l'humain effort de vivre de son objet, qu'il soit politique, esthétique, éthique au plus haut recueillement de l'Être. Théandrique est l'écriture poétique de la médiation politique de Julian Beck à travers le Living Théâtre.
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Théandrique
ou la possibilité de l'utopie
Dernières notes

rl1HE

LIVING

THEATRE
.

Cocteau répond à notre requête aux fins de nous servir d'un de
ses dessins comme sceau pour le théâtre. "je suis votre ami et je suis d'accord pour tout ce qui vous fer a plaisir et qui puisse vous rendre service. Et un sublime dessin d'Orphée avec des feuilles de chêne et d e

laurier.

"

in Journal de Judith Malina, Ie 25 avril 1957.

Julian BECK

Théandrique ou la possibilité de l'utopie
IJernières ~otes
Traduit de l'anglais par Fanette VA~lJ ER

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

-

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

C'est le Contrat Social1il est sage dans sa forme, il est encore trop rigide pour la fluidité des formes de nos constitutions organiques, biologiques et sociales. Rome à Amsterdam, le 18 novembre 1982.

1. Nous respectons dans cette édition le choix délibérer de Julian Beck de ne pas respecter toujours les règles concernant l'usage des majuscules à la manière de e.e. cummings.

Préface

à Théandrique

Dernières notes du fondateur du " Living Théâtre "... Dernières 110tes comme on lancerait un ultime regard à l'achevé, l'abandonné ou encore le perdu... Dernières notes comme on livrerait la fin d'un souffle, une empreinte atténuée, comme on ferait se rendre un serment à son impossible tenue, comme on rendrait la page à son blanc, la parole à son silence. Cela plairait sans doute à ceux qui voudraient en avoir fini une bonne fois pour toute avec un théâtre qui ne connaît pas les places assises, qui trouble les représentations de compromis, refuse les frontières esthétiques-scientifiques de l'exclusion; ce théâtre dont la passion amoureuse bouleverse les commerces d'illusions, dérange les musées des acteurs sociaux et dont le nomadisme de pensée, d'intervention, parasite les opérations d'échanges de marchandises humaines spectaculaires, rompt la stabilité des valeurs artistiques ajoutées au mépris. Même si Julian Beck n'écrira plus jamais dans la langue vivante de son corps, celles et ceux-là qui depuis 1968 ont joué à guichet fermé son hallali, devront encore attendre avant que le grand cerf ne voie tomber ses bois de révolte. Les dernières notes de Julian Beck ont mille ans et un jour toujours nouveau à chaque page et sa suivante.

5

Elles ne donnent pas de bonnes raisons de faire du théâtre mais de le défaire en toutes ses représentations majeures pour que se lève l'aube imprévue de l'homme. Ces fragments d'utopie insoumise ne témoignent pas d'un espoir mesuré, d'une volonté rationnelle de révolution. Ils se rebellent contre nos résignations, nos distanciations du futur qui nous rendent muets devant les classiques, ils ont le goût sur le songe des plaies de l'histoire, ils surgissent par saccades, sauts cabrioles de pensées aussi vigoureuses qu'on ne saurait échapper à l'exigence de sa passion de l'Autre. Ces notes-fragments intempestifs au sens Nietzschéen, proclament de cette passion, ce qui se révèle divin en l'homme, par toutes ses urgences à vivre dans la paix des justes. On découvre là combien Julian Beck a commis le Living Théâtre comme acte de résistance aux scènes béantes des cultures de narcissisme, d'égoïsmes obscènes, à toutes ces suffisances capitalisées, et comment cet acte aujourd'hui encore est vécu par certaines dominantes esthétiques du théâtre tel un délit. Le lecteur n'est pas invité au spectacle d'une connaissance (fût-elle sensible) qui serait penchée sur l'objet théâtre, il est saisi par la réflexion incisive d'une conscience radicalement critique de la société spectaculaire et de ses
injustices théâtralisées

- médiatisées. Mais cette conscience

est toujours amoureuse, toujours levée par l'humain effort de vivre son objet, qu'il soit politique, esthétique, éthique, au plus haut recueillement de l'Être. En lisant ces notes, il s'avère qu'il importe peu que Julian Beck soit mis en attente aux portes du Panthéon des théâtres et plus particulièrement en France. 6

En effet, les réflexions que l'on va découvrir sont fondatrices d'un peuple d'acteurs sans héros, mais de tous les héroïsmes du combat pour la justice et l'amour des hommes; elles disposent sur la scène des mémoires, y compris théâtrales, des pierres d'un temple du courage de vivre sans idole. Sachent les générations à venir l'édifier, pour le meilleur du théâtre en vie: lorsque la poésie survient en toutes scènes et ici sur la première d'entre elles, celle de récriture du poètedramaturge Julian Beck. Philippe TANCELIN 6 juillet 1997.

7

Premier carnet....

9

THÉÂTRE

MAINTENANT

Je conçois le théâtre comme un code sécrétant des messages en secret dans un monde plein de danger pour chaque membre du public. Je conçois le théâtre comme une série de moyens de vigilance au-dessus de ces confluents de passivité déversée dans nos veines par l'ignorance et les vœux pieux de notre système bourré d'erreur. Nous mourons d'une Inédecine officielle qui ne marche pas. L'acteur est comme le sorcier, le saint guérisseur, le danseur du divin mouvement final de la vie. Qui regarde est inspiré, qui boit survit. Je parle avec une passion irrépressible née d'une passion érotique pour la psyché/pour l'âme. Cette passion n'est pas uniquement l'affaire de Julian Beck, c'est notre nourriture commllne... J'ai ridée d'esquiver le maillet de la loi et de la convention - la convention nous allèche avec l'argent. Je trouve l'argent répugnant, substance régurgitée d'une idole éprise de sa constitution malade. Récupération, mesquineries, flottaison blême, troc à bon marché, ignorance amok d'ignorance, ruptures éclat pelotages seins qui ballottent odeur le pâlissement de la passion dans le marché de dupes des ordinateurs, les visages sacrés lacérés par le déferlement de matraques aux poings des puissants insensibles. Oh! comme les puissants nous ont abaissés et nous ont ceint d'un théâtre illuminé d'amoureux puants grands torses moulés dans l'immortelle beauté, socques et sequins dans une bouillie de musique qui nous transforme les oreilles en tubes, réceptacles de sons dénués Il

de sens/le cauchemar du théâtre est d'être un ange légendaire de rédemption, plastronnant dans les bottes qui nous forcent à nous plier pour nous soutirer des rires forcés et des contractions laborieuses, un air paresseux qui n'a rien à voir avec notre lumière voussée et tout à voir avec la progéniture pourrie de la mort. Mais alors comment un gentil spectacle rempli de beautés sordides et de jolies lèvres romantiques chantonnant des inepties et un rideau chatoyant pour envelopper le prix du billet par un nœud somptueux, comment un gentil spectacle peut-il être aussi mauvais? Ce livre s'efforce de clarifier toute cette camelote.
Mille fois, mille fois nous avons tenté de clarifier cela, une ivresse de lumière si revigorante et si séduisante qu'après en avoir fait l'expérience, jamais aucune guerre ne pourrait plus jamais nous tomber dessus, aucune pauvreté nous consumer, aucune bouillie, aucune fournée, aucun cri ne pourrait plus jamais faire s'effriter les cœurs en les réduisant en une poussière de cancer. Nous avons peint des tableaux, écrit des poèmes, des ballades, des épopées, nous avons chanté sous vos balcons, nous avons rampé en douceur sur vos ventres bien bordés de céréales, nous nous sommes pendus au gibet, avons créé des l1ymnes et des prières, d'incalculables années-lumière de mantras, de temples, de talmuds, de cantiques, d'histoires, de méditations, de procès, de marches. Nous avons manifesté avec nos corps devant les rois et les industries, imploré les pluies acides, étreint les genoux des généraux, rampé dans les chaînes et paradé en habits d'or, tout ceci pour nous séduire à une délectation harmonieuse, nous l'avons écrit, nous avons pris notre pouls, inventé une prophylaxie, des anticorps, nous avons regardé fixement à travers des télescopes les trous noirs de nos âmes, nous avons créé une agitation sociale et le legs de la pensée, la pensée avant et après la création, nous sommes faibles à 12

cause de cette panoplie de nos efforts, nous avons répandu beauté et connaissance devant nos yeux humains, et les bombes tombent toujours, le bâton de la faim cogne toujours, des torrents de colère nous ont plOl1gés dans la misère et les

accès de fureur, nous nous gouvernons les uns les autres avec
un ceinhtron de lois, persotme ne vit, tout le monde est sous la torture. L'art et la sagesse des églises ne nous ont pas sauvés. Pas plus que les saltimbanqtleS1 comme feuilles atl soleil. Les cordes de nos cœurs, et les cordes magnétiques de la musique génitale, ces eaux profondes bordées de madriers qui résonnent sous les pieds, les serrures de diamants, la magie de l'homme et de la femme devenant l'tm l'autre, tout cela nous rapprenons, nOtlS le savons, pourtant nous sommes une planète perdue, malgré notre testament bien que nous ayons dans chaque main la clé de la liberté et de l'amour pour toujours nous avançons comme des silhotlettes disloquées dans une farce effroyable, cliquetant comme une boîte de fer blanc dans une eau froide qui ne bout jamais. Rien n'a marché, ni Isaïe, ni Gautama, ni Jésus, ni Gandhi, ni Michel-Ange~ ni Shelley, ni personne, ni les grands sages Indiens de l'est et de l'ouest, nous sommes placidement en train de chuter par-dessus la cascade du vin.gtième siècle dans le feu du vingt-et-uniètne, et nous n'arrêtons pas d'en rire. Ce livre dit comment le théâtre peut changer tout cela. Tout et chaque chose. Comme le vent dans la nuit. Cela n'a jamais été possible jusqu'à maintenant. Un poème peut le faire. Un soulèvement social. Une œuvre d'art. Un acte politique. Tout ce qui peut produire l'illumination qui fera sortir l'âme de sa cachette et la laissera danser en descendant les grandes avenues de chaque Broadwar et de
1.Référence au tableau de Pablo Picasso Les Saltimbanques. 2. Broadway: l'une des plus célèbres rues de New York, dans 13

chaque ViUage3, l'illumination qui nous assure de la présence du divin en nous-mêmes, la barque solaire de l'espoir. D'abord, cela doit être libre. Cela peut se trouver mais on ne peut pas l'acheter au marché. Cela doit être aussi courant que l'eau. Enfin cela doit être entièrement dépourvu de haine. Toutes les philosophies politiques et les religions ont échoué au point qu'elles se crispent de répugnance et de mépris pour une chose ou une autre. Tout le mouvement évangéliste en Amérique imprégné d'amour naïf de Jésus, est une bombe asphyxiante géophysique d'amour de soi, et d'ego démesuré, de haine des cocos, des pédés,de l'amour libre, des pécheurs, etc. (appelez-les comme vous voudrez.) New York City /Doctors'Hospital, 14 avril 1984.

Manhattan, qu'elle traverse obliquement. Centre traditionnel nocturne (près de Times Square), et du théâtre. 3. Greenwich Village à New York. 14

de la vie

MANIFESTE

Le théâtre est une cérémonie dont l'objet est de revitaliser la communauté. S'il était moins que cela, il n'intéresserait plus personne. C'est une forme qui aurait disparu depuis longtemps. Quand il dépérissait au Moyen-Age, c'est l'Eglise qui a pourvu au drame transcendant qu'il nous faut pour satisfaire la faim de notre curiosité divine. Comme cérémonie il a fleuri dans chaque société, il a fleuri dans les périodes d'expansion politique simultanément avec la confiance, la richesse et les loisirs. TIest sur son déclin dans les périodes de trop grande confiance, et s'élève à nouveau dans les temps d'insécurité, mais nous y allons à la recherche d'un nouveau souffle, un moment pour faire écouter et haleter le corps, un appel d'air pour perforer les bronches bloquées, la cage thoracique rigide, le torse blindé, le corps raide de peur" une petite vérité dans la litanie des mensonges, un éclair de lumière dans les ténèbres, un signe qu'après la mort hivernale la vie revient encore. Le transpercement se fait dans une aspiration. En suffoquant - c'est ainsi qtle le public vient au théâtre, engoncé daIls le carcan de la convention (loi et conformisme). La salle peut à peine respirer. Elle se sent mourir. Tout l'acte théâtral est un rituel conçu pour renouveler notre vitalité, nous délivrer de la mort, et cela s'effectue en prenant une respiration. Cette respiration commence telle une aspiration, comme celle de l'enfant nouveau-né. Un théâtre sans inspiration étouffe, aussi divertissant soit-il, nous laissant toujours plus assoupi de déception. J'insiste sur le théâtre.

15

J'insiste sur lui parce que je le reconnais comme un rituel sans lequel notre survie perd du terrain sur les frontières de la mort, toujours en train de gagner du terrain, la mort avec son silence sans souffle qui fond sur nous. J'insiste pour que nous allions au théâtre à la recherche de la revitalisation, le renouveau 4, oui, comme les patients vont à l'hôpital. Nous sommes en train de mourir et nous allons au théâtre à la recherche d'un air frais dans une atmosphère de plus en plus contaminée. L'objet de l'art est de faire respirer le public. Rome, 19 décembre 1982.

4. En français dans le texte. 16

AMOUR,

VÉRITÉ,

RÉALITÉ

Amour serait peut-être le mot du début, si on était sûr qu'il soit aussi le mot de la fin. La question se pose tout de suite, Si on le met au début, pourra-t-il survivre jusqu'à la fin. Ou est-ce que le défi de sa présence à la proue tentera les détracteurs, provoquera les réprobations, et dans un monde flambant de contradictions précipitera sa propre mort. Commençons par l'axiome que l'art véritable ne représente jamais une fuite de la réalité. Si on se sert de cette définition on peut alors s'interroger sur ce qui se passe à Broadway construit économiquement de telle sorte que rienne peut survivre dans son espace à moins d'être en mesure de se vendre à un grand nombre de gens capables de payer le prix fort et désireux de le faire non pas parce qu'ils désirent trouver la vérité et voir la réalité, mais précisément parce qu'ils veulent y échapper. Ce qui n'est pas surprenant, étant donné le genre de vie des Etats-Unis en 1984. 26 février 1984.

17

L'OBJET

DU THÉÂTRE

EST LA TRANSFORMATION

L'objet du théâtre: transformation, par-dessus tous les autres effets sensibilisation connaissance clarté etc. sont
des accDutrenlentsS

tout:

Kabbale, Transe, Rite: C'est l'être humain lui-même qui a besoin de transformation: Le médium est l'Extase: Le point de fusion est la passion: l'esprit et la chair sans passion ne peuvent l'atteindre: Mais le processus est dangereux, un péril (Facile à voir, meurtre, viol... expression de passion inassouvie frustrée?) Mais c'est vrai aussi du désarmement: Nous pensons que nous allons jeter les fusils quand nous pensons que nous n'en aurons plus besoinet que nous mettrons à ce moment-là notre violence (en nous) de côté.
5. En français dans le texte. 18

Mais ce n'est pas comme ça que ça marche. Serpent qui se mord la queue. C'est ce qui unit la querelle Dionysiaque/Apollinien et met le doigt sur le point sensible... chacun cherche toujours à limiter l'autre, comme s'ils devaient s'exclure l'un l'autre. au sens de c'est l'un ou l'autre, la raison d'être et le sens de la dichotomie. Noir et blanc. Le sophisme de transformer tout en système. C'est une pensée non anarchique c'est-à-dire non libre.
Pensée non anarchique les anarchistes: chez

Eux aussi font de la dichotomie. Un processus qui conduit toujours à la haineLa haine corromp t, et est en fait corruption. Ainsi nous avons besoin d'une raison libre: de ce qui lie la pensée des mathématiques, de ce qui libère la transformation extatique. Mais sur l'esprit rationnel, il est difficile de compter.

19

ESPRIT

ANARCHIQUE

Montrer que l'esprit est anarchique. Montrer que l'esprit est divisé, ignorant de lui-même, schizoïde.

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AU POÈTE

A l'étudiant en poésie (nous sommes tous étudiants en poésie) je dis, Quand tu t'asseois pour écrire un poème tu dois tenter d'écrire ce que tu n'as jamais encore entendu, et mieux encore, ce qui n'a jamais été entendu auparavant. Je dis cela aussi bien au peintre, au philosophe, au musicien - peins ce que tu n'as encore jamais vu, pense ce qui n'a jamais été pensé avant, fabrique le son qui n'a jamais encore été entendu - à tous ceux qui par leurs réalisations empêchent l'humanité de tomber dans la fosse. La fosse où la banalité nous enterre vivants. Et aux Actressor6 je dis: jouez de telle sorte que le spectateur voit ce qui n'a encore jamais été vu. Cette maxime tourne autour de la compréhension de l'art comme laisser-passer de la révélation. La découverte de même que tout comme les découvertes du tout petit enfant sont la force qui fait pousser la tige. Un poème commence à respirer (son cœur commence à se soulever et à retomber, le sang qui l'habite commence à circuler comme il faut) lorsque le poète écrit quelque chose qu'on n'a encore jamais entendu.
Les autres éléments

- métaphore,

image, versification,

mètre

et mesure, onomatopée, allitération, magie du mot - tout cela apporte la grâce, l'harmonie, le pouvoir, et les qualités d'ornements qui forment en partie son corps. Mais le mouvement du sang, la montée et la chute de l'appareil pulmonaire, dépendent des granules de ce qui est nouveau en lui, nouveau-né, ce qui peut être défini comme son composant créateur. Rome,3 avril 1982.
6. Mot inventé par Julian Beck pour désigner un seul être, masculin et féminin: lIactressor", à la fois acteur et actrice, -"créator", à la fois créateur et créatrice. 21

L' "ACTRESSOR,,7

COMME

CRÉATEUR

L'Actressor, non comme interprète, mais comme creator. C'est que l'art du théâtre du côté de l'acteur a été relégué à Lm plan relativement secondaire, - étant éphémère - et au service de l'écrivain - dont les mots peuvent être préservés - mais ne viennent pleinement à la vie que lorsque la sonnerie retentit et que la pièce commence; le rideau se lève, le mot est prononcé, l'interdit est révélé, le silence de la page rompu: les Actressors font un bruit de vie. L'Actressor contemporain crée, et c'est pour quoi, pendant temps, l'interprétation du personnage nous a ennuyés. lID

Rome,S avril 1982.

7. Idem note 6.

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PEINTURES

DES ORGANES

GÉNITAUX

Prenons l'exemple des peintures des organes génitaux. Visages, mains, yeux, pieds, muscles des épaules, sont personnalisés; mais tous les organes génitaux dans la tradition de notre sculpture et peinture sont sans distinction particulière. Qu'est-ce qui distingue l'un de l'autre? Et quel sérieux mensonge y a-t-il à masquer la vérité?

Rome,5 avri11982.

23

L'ABSENCE

DE CORPS

Le retour du théâtre à l'institution: la scène, la scène dans son cadre. Elle fonctionne de l'intérieur. L'espace scénique n'est plus l'objet des recherches La pièce aujourd'hui est encore quelque chose qu'on regarde, et elle fait avant tout l'objet d'un examen visuel, un regard en surface. Fragmenté. A cause peut-être, du fait que le siècle dernier a connu l'impact des trois inventions visuelles majeures: la photographie, le cinéma, la télévision. Nous regardons, nous passons d'abord par l'expérience des yeux; et en deuxième lieu, par le son, encore que dans la musique Rock il passe en premier et soit en fait presque total, à l'exclusion de tout autre moyen de perception. Quand on augmente le volume cela bloque toute autre perception et toute autre pensée. Chut. Silence. Taisez-vous. Mais l'événement théâtral se limite au regard. Et bien sûr, nous avons besoin de regarder. L'Utopie ne peut pas être aussi unidimensionnelle. Mais c'est une époque de tâtonnement. Ce que je dois reconnaître, c'est que chacun est au courant de l'Utopie et tâtonne. Comme à travers une fenêtre. Observant, épiant, mais jamais autant que le doigt du docteur à trouver si la chair est réelle. Vue de tous les côtés, cubiste, au moins six facettes (d'où les nombreuses répétitions), la condition delta du rêve, où les muscles de la voix sont si relâchés que la parole (le son) est démécanisée, ne peut pas fonctionner. Et alors, telle rêveur, le public est démuni, dé-corporalisé. Comme si nous vivions une époque où le corps de chacun d'entre nous, et ses sentiments concomitants étaient tout simplement indésirables.

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