TOURISME ET FRANCOPHONIE

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L'indéniable développement du tourisme constaté ces dernières années, les interrogations, les espoirs et les craintes que le phénomène suscite méritaient bien qu'un numéro de la collection lui soit consacré avec, comme points de départ, une hypothèse : " Le tourisme, forme " moderne " de migration, ne serait-il pas un excellent vecteur de Francophonie ? " et une question : " Y a-t-il une spécificité du tourisme francophone ? "
Publié le : jeudi 1 avril 1999
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EAN13 : 9782296385658
Nombre de pages : 210
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Collection Les Cahiers de la Francophonie - n °6 Dirigée par Monique Pontault

TOURISME
ET

FRANCOPHONIE

Préface de Michelle Demessine,
Secrétaire d'État au Tourisme, France

Haut Conseil de la Francophonie 35, rue Saint-Dominique 75700 Paris - FRANCE L'Harmattan L'Harmattan Inc. 5-7, rue de l'École Polytechnique 55, rue Saint-Jacques 75005 Paris FRANCE Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

-

Déjà parus
Collection Les Cahiers de la Francophonie

n01 : Témoignages: 10 ans pour demain n02 : Langues et identités n03 : Italie etfrancophonies n04 : Afrique, quel marché de la culture? nOj : Asie et Francophonie Etat de la Francophonie dans le monde (Rapport biennal) Dernier numéro paru : Données 1997-1998 et 6 études inédites, Paris, La documentation française, 1999,610 p.

REMERCIEMENTS
Le Haut Conseil de la Francophonie tient à remercier Sylvette Mallin et Jeanne Ruscher, qui ont contribué à l'élaboration de cet ouvrage.

1999 ISBN: 2-7384-7736-4

@ L'Hannattan,

SOMMAIRE

PREFACE:

Michelle Demessine Monique Pontault FRANCOPHONES

7 15 17 19 33

INTRODUCTION:

LES FLUX TOURISTIQUES

Analyse statistique: Alexandre Wolff L'enquête aux frontières: Bernadette Waret DIVERSITE GEOGRAPHIQUE FRAN CO PHONE ET CULTURELLE

39

Belgique: 41 Allocution prononcée à l'occasion de la parution d'un numéro spécial de Muséart sur la Wallonie: Robert Collignon ..045 Mali 47

Maroc Maurice
Québec

...
, ...

51 59
65 73 75 81 85 87

Roumanie ... Vietnam

Le tourisme d'aventure: Christine Cabasset "Habitat traditionnel en Afrique" Ecrivains francophones, voyageurs en Francophonie: Florence Morgiensztern

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PROMOTION

DU TOURISME

99 101

La promotion du tourisme en France

Le Salon international du Tourisme et des Loisirs d'Abidjan : Michel Guede Zadi.. 107 Les guides Hachette Le polar du Routard: Josiane Gonthier.. TOURISME, ECONOMIE ET SOCIETE 111 121 127

Air France, vecteur de francophonie à travers le tourisme... 129 Le tourisme, quels enjeux pour les pays francophones? : Marc Pollefoort L'exemple de la Bulgarie: Jean-Marie Daillet.. Le tourisme d'affaires: Christian Mantei « Tourisme pour le développement» en Egypte : Arielle Renouf La collection Tourismes et Sociétés FORMATION ET LANGUE EN MATIERE DE TOURISME L'école hôtelière de Lausanne: Colin Johnson L'activite récréo-touristique à l'OFQJ : Alain Beaugier 135 143 145 153 161

163 165 175

Une formation québécoise pour les animateurs du club MED Sylvain Dionne 183 L'institut de Recherche et d'Etudes supérieures du Tourisme: Bernard Morucci 187 Terminologie: les mots d'or du tourisme: Jean-Marcel Lauginie CONCLUSION: Stélio Farandjis 195 201 207

ELEMENTS DE BIBLIOGRAPHIE

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PREFACE
Michelle DEMESSINE Secrétaire d'Etat au Tourisme - France Premier pays visité au monde, par 70 millions de touristes étrangers chaque année, la France l'est devenu et le reste, j'en suis convaincue, parce que - au-delà de ses richesses naturelles et patrimoniales - son identité culturelle est très fortement prisée. Cette identité, c'est au cours des siècles qu'elle s'est forgée, en se nourrissant des échanges que la France a notamment entretenus avec l'ensemble des pays aujourd'hui membres de la Francophonie. Avec eux, des liens privilégiés se sont tissés au fil du temps qui, malgré une histoire parfois douloureuse, demeurent et mériteraient 'd'être davantage valorisés. Ainsi en est-il dans le domaine du tourisme, où force est de constater que, aujourd'hui, mis à part le tourisme proprement linguistique, la spécificité francophone n'est perçue que comme un atout de confort pour répondre à la demande d'une population désireuse de se rendre dans des pays, où la langue française est pratiquée. Pourtant, comment ne pas considérer le tourisme comme un formidable vecteur de la Francophonie, en ces temps où les échanges entre les individus, entre les peuples ne cessent d'augmenter? De quel plus merveilleux moyen disposons-nous aujourd'hui, pour faire reculer la peur des différences, que ce 7

secteur d'activité qui, en favorisant les rencontres entre les peuples, participe, justement, à valoriser tout ce que ces différences représentent comme richesses, en montrant, simplement, ce qu'elles nous ont apporté? Comment ne pas y voir un exceptionnel outil de développement, alors même que, les moyens de communication se développant, l'envie et la possibilité de voyager, d'aller ailleurs explorer d'autres territoires, découvrir d'autres cultures, ne cessent de grandir? Ces dix dernières années, le monde entier a, en effet, connu un essor considérable du secteur touristique. En dix ans, les recettes du tourisme international ont ainsi progressé plus rapidement que celles du commerce international, à un rythme de croissance moyen de 3,8% par an, que le quasi doublement des flux annoncés par toutes les analyses prospectives d'ici 2010, ne devrait pas faire fléchir. Bien au contraire. Dans ce contexte, si le tourisme ne saurait, bien évidemment, être circonscrit à un espace déterminé, tel que celui de la Francophonie, il peut, j'en suis sûre, être un moteur essentiel, en offrant, notamment aux pays émergents, de nouvelles possibilités de développement économique. Car, qu'est-ce que la Francophonie? Une simple union des pays de langue française, représentant un quart des individus de la planète, ou l'entente de plusieurs nations qui ont, non seulement, une langue en commun, mais aussi des valeurs communes et le désir de les faire partager?

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M. Boutros Boutros-Ghali, secrétaire général de la Francophonie déclarait, à l'occasion de la dernière journée mondiale de la Francophonie, que celle-ci est pour nous tous "une manière de dire que l'universalité n'est pas l'uniformité. Et que la globalisation n'est pas banalisation." Il ajoutait: "elle doit être un hymne à l'humanité... Une affirmation que, par nos différences et au-delà de nos différences, nous appartenons à une même communauté
humaine. "

Au moment où la mondialisation nous fait craindre les pires appropriations égoïstes, je dois dire que je partage pleinement cette conception humaniste de la Francophonie. Et ce, d'autant qu'à l'image de mon collègue, M. Charles Josselin, Ministre délégué à la Coopération, je suis convaincue que la Francophonie est aussi "un combat pour la diversité, linguistique et culturelle, une défense et une illustration du pluralisme, qui vont de pair avec le combat pour le développement et la volonté de renforcer la solidarité entre le Nord et le Sud." Comme lui, je pense, en effet, qu'elle peut être "l'affirmation des identités et des différences dans le respect des valeurs universelles." Car, qu'existe-t-il de plus universel que les valeurs de la Révolution française? Ces notions de Liberté, d'Egalité et de Fraternité, à travers lesquelles, aujourd'hui encore, la France continue de rayonner. Assurément, à mes yeux, la Francophonie est tout sauf synonyme de repli identitaire. Surtout, elle ouvre un champ

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de coopérations nouvelles entre pays du Nord et pays du Sud, dans lequel le tourisme a une carte importante à jouer. Celle donc, de la reconnaissance et de la valorisation de ce passé commun, de cette histoire partagée, qui, à travers, par exemple, la révocation de l'Edit de Nantes, les échanges culturels du Siècle des Lumières, ou bien encore l'abolition de l'esclavage, l'époque coloniale puis la libération des anciennes colonies, a marqué l'histoire de l'humanité tout entière. Les flux touristiques d'origine francophone, dans des zones francophones, peuvent ainsi contribuer à renforcer le sentiment d'appartenance à ce même espace culturel que j'évoquais. C'est d'ailleurs déjà le cas en Afrique subsaharienne, où la fréquentation touristique est encore essentiellement d'origine francophone. Ainsi, au Sénégal, patrie de Léopold Sédar Shengor, les visiteurs d'origine française représentent 60% de l'ensemble des touristes. Et même si, sur le plan international, la fréquentation de ces pays reste encore marginale, je ne doute pas qu'elle puisse, dans les années à venir, augmenter, car chacun possède de fantastiques atouts qui méritent d'être valorisés. C'est là, je crois, une mission à laquelle les pays de la Francophonie peuvent s'attacher, afin de permettre à chacun de mettre encore davantage en valeur son patrimoine culturel et de diversifier toujours plus son offre touristique, dans le respect de l'environnement et de l'identité des populations locales. 10

En ce sens, les programmes de réhabilitation de certains sites et monuments, entrepris notamment par l'Unesco, constituent une aide véritable au .développement de ces pays. Tout en y favorisant la création d'emplois, et donc le développement économique, ces travaux de réhabilitation contribuent, en effet, à l'aménagement de ces territoires, en développant des régions de l'intérieur encore peu fréquentées au plan touristique. Ils créent les conditions d'un développement durable par l'émergence de nouvelles offres touristiques. Sans compter qu'ils participent à valoriser l'importance économique des sites ainsi réhabilités. Mais sans doute est-il besoin de rechercher encore des formes de coopération nouvelles, d'imaginer de nouveaux partenariats, et pourquoi pas des mécénats avec des entreprises françaises, pour soutenir les projets qui permettront de mieux faire connaître ces pays et susciter l'envie de les visiter. D'autant qu'avec nombre d'entre eux, un espace économique spécifique existe déjà, celui de la zone monétaire du franc C.F.A., toujours étalonné sur le franc français. Car si, partout, le tourisme, dans sa dimension humaine, contribue à l'interpénétration des cultures, à l'amélioration de la connaissance de l'autre, donc de soimême - et à une plus grande tolérance en fait -, il constitue également un indéniable outil de développement, par la transmission de compétences et de savoir-faire que les professionnels de ce secteur sont toujours prêts à partager.

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Déjà, à travers lui, la francophonie rayonne bien audelà de l'espace francophone. Ainsi, la notoriété de la France en matière touristique s'illustre, y compris dans des pays non francophones, par la recherche du savoir-faire français, cette "Touche française" plébiscitée en particulier dans l'hôtellerie. Sans doute encore insuffisamment mis en avant, cet avantage comparatif gagnerait à être encore mieux exploité, par le développement d'une politique de coopération en matière de formation aux métiers du tourisme, associé à une amélioration préalable de la pratique du français. Les Alliances françaises dans les pays non francophones pourraient ainsi se voir chargées d'une formation linguistique de base, avant toute formation professionnelle dans ce secteur d'activités. C'est d'ailleurs déjà ce qui est entrepris, dans plusieurs pays d'Afrique australe qui ont sollicité la France en matière de coopération touristique, et où celle-ci se concrétise par un développement de l'apprentissage de la langue française, suivie de propositions de stages professionnels dans notre pays. Cette politique de coopération autour du développement touristique mériterait, cependant, d'être encore renforcée. Car elle contribue déjà, là où elle est mise en œuvre, à améliorer la croissance économique et à favoriser la réduction de la pauvreté des pays concernés, tout en offrant aux pays formateurs l'opportunité d'une exportation de leur savoir-faire.

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Parce que je suis convaincue que le développement d'un tourisme durable et harmonieux n'a de sens que s'il est partagé par tous, je continuerai donc à soutenir activement cette démarche, et saisirai la prochaine occasion qui me sera donnée pour proposer qu'en plus des deux conférences ministérielles permanentes des Ministres de l'Education des pays francophones (CONFEMEN) et des Ministres de la Jeunesse et des Sports des pays francophones (CONFEJES), s'ajoute, pourquoi pas, une troisième: celle des Ministres du Tourisme des pays de la Francophonie.

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INTRODUCTION

Monique PONTAULT Chargée de mission Haut Conseil de la Francophonie Selon l'OMT1, le tourisme constituera, au siècle qui s'en vient, la plus importante industrie mondiale, si bien que certains n'hésitent pas à parler de révolution touristique succédant à la révolution industrielle et à la révolution informatique. Le phénomène touristique, en effet, est à la croisée des grands thèmes philosophiques et sociaux contemporains comme l'uniformisation et la quête identitaire, l'exotisme et l'authenticité, le pèlerinage et les phénomènes migratoires, l'ethnocentrisme et le relativisme culturel, le folklore et la culture, la compétitivité et la solidarité, etc.. L'espace francophone, riche de sa diversité géographique et culturelle, est donc concerné, à plus d'un titre, par cette évolution qui touche de nombreux secteurs de l'activité humaine: éducation, culture, économie, langue. Une question légitime peut alors se poser: y a-t-il une spécificité du tourisme francophone? Pour répondre à cette question, il a fallu - après avoir dressé le tableau des flux et des dépenses touristiques
1 Organisation mondiale du tourisme. Cf. notamment, Le tourisme international, entre tradition et modernité, Actes du colloque international, Nice, 19-21, 1992, URESTI-CNRS. 15

mondiales - donner la parole aux multiples acteurs sociaux, institutionnels ou privés, intéressés: ministères, agences de voyages, éditeurs, terminologues, formateurs, associations... et accepter de ce fait une certaine disparité de ton. Il s'est avéré malheureusement impossible, par manque de temps et de moyens, de donner leur place à tous les pays, à tous les organismes, entreprises, médias, etc. concernés par la question. D'ailleurs, parmi ceux-ci, tous n'ont pas, pour des raisons diverses, répondu à notre appel. Il ne saurait donc être question, dans ce numéro des Cahiers de la Francophonie, de prétendre à l'exhaustivité. Notre
ambition a consisté à balayer le champ d'un domaine - le tourisme sous ses multiples aspects: géographique, culturel,

-

économique, en Francophonie.

privilégiant

la

perspective

de

la

Cette publication ouvre des pistes nouvelles et invite donc le lecteur à approfondir certains thèmes qui ne sont ici qu'effleurés. La réflexion devra se poursuivre, l'analyse sociologique et économique s'affiner, en puisant notamment dans les éléments bibliographiques proposés. Notre but serait atteint si ce premier défrichement faisait apparaître l'urgence de donner toute sa place à cette nouvelle alliance: tourisme et Francophonie.

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LES FLUX TOURISTIQUES FRANCOPHONES

ANALYSE STATISTIQUE
Alexandre WOLFF Chargé de mission Haut Conseil de la Francophonie

Un secteur majeur du commerce mondial... Le tourisme mondial est un secteur dont la mesure statistique est relativement récente et qui mériterait, pour une analyse prospective, d'être soumis à un traitement affiné. Aussi, avant de donner quelques indications générales sur les volumes et les valeurs du tourisme mondial et fTancophone, convient-il de rappeler les définitions appliquées aux données fournies. Les chiffTes concernant les entrées de touristes comprennent toute personne qui quitte son pays de résidence pour un autre pays et dont "l'objectif principal n'est pas une activité rémunérée" sur place, pour une durée inférieure à douze mois. Les sorties sont dites "touristiques" dans les mêmes conditions sans limitation de duréel. Les recettes touristiques2 d'un pays sont les dépenses effectuées par les étrangers dans ce pays. Elles comprennent les paiements reçus par des transporteurs nationaux de fTet international et déforment donc légèrement la réalité du fait touristique pour certains pays à fort trafic (exemple: France, Union belgo-Iuxembourgeoise). Les dépenses touristiques correspondent aux mêmes critères inversés.
cf. tableaux en fin d'article 2id I

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Les statistiques du commerce mondial présentées par l'organisation mondiale du tourisme (OMT) retiennent la catégorie des échanges de services commerciaux intégrant aussi bien les prestations liées aux voyages que les services financiers de transport, de communication, les redevances et droits de licence. Les exportations mondiales de services commerciaux ont atteint 1 260 milliards de dollars en 1996 soit environ 1/5èmedes exportations mondiales, en progression de 5% par rapport à l'année précédente. Les exportations de "services de voyages" comptent pour un tiers de ce total (415 Milliards de dollars). Cette catégorie est la plus adaptée puisqu'elle recouvre les biens et les services acquis à des fins personnelles par des voyageurs (même s'ils se déplacent dans un cadre professionnel) et rassemble donc les dépenses liées au logement, à la nourriture, aux boissons, aux distractions, aux transports (à l'intérieur du pays visité), aux cadeaux et aux souvenirs. C'est donc bien l'essentiel des dépenses touristiques qui sont ici comptabilisées. Pour cet ensemble, 45% des exportations (donc des recettes touristiques) sont assurées par l'Europe occidentale, 20% par l'Asie, autant que par l'Amérique du Nord, et les 15% restant concernent le reste du monde. L'organisation mondiale du tourisme, qui recense les entrées et les sorties de touristes, indique qu'en 1996, 596 524 personnes sont arrivées dans un autre pays que le leur (entrées) et que 520 259 départs de résidents quittant leur pays pour d'autres raisons qu'une activité rémunérée ont été enregistrés. Cet écart peut s'expliquer par des voyages à destinations multiples (on comptera un seul départ mais plusieurs "arrivées" ou visites: une par pays d'accueil). 20

... marqué

par une forte concentration

Les dix pays les plus visités en 1996 se trouvent être, dans l'ordre: la France (62,4 millions de visiteurs) ; les EtatsUnis (46,3 millions) ; l'Espagne (41,3 millions) ; l'Italie (32,8 millions) ; le Royaume-Uni (25,3 millions) ; la Chine (22,7 millions) ; le Mexique (21,4 millions) ; la Hongrie (20,6 millions) ; la Pologne (19,4 millions) et le Canada (17,3 millions). Trois d'entre eux, dont le premier, sont donc des pays francophones. En 1998, l'Espagne est passée devant les Etats-Unis et la Hongrie est tombée à la quatorzième place. Quant aux dix pays qui fournissent le plus de touristes, ils forment, en 1996, un groupe disparate avec cinq pays très au-dessus des autres: l'Allemagne (76,1 millions de départs), les Etats-Unis (50,7 millions) ; la République tchèque (48,6 millions) ; la Pologne (44,7 millions) et le Royaume-Uni (41,8 millions) ; suivis de la Fédération de Russie (21,3 millions) ; de la Malaisie (20,6 millions) ; du Canada (18,9 millions) ; de la France (18,1millions) et du Japon (16,7 millions). De nouveau, trois d'entre eux sont francophones. Les chiffres rapportés à la population totale, la hiérarchie se modifie sensiblement. C'est comme si la République tchèque s'était entièrement dépeuplée près de cinq fois dans l'année, que tous les Polonais avaient quitté leur pays comme la quasi-totalité des Malais. Vu sous cet angle, plus d'un Canadien sur deux et près d'un Français sur trois voyagent, alors que moins de deux Américains et d'un Japonais sur dix sont dans ce cas. Finalement, on constate une hyper concentration des mouvements humains avec plus des 2/3 (69,31 %) des entrées et sorties, répartis sur quinze 21

pays panni lesquels les pays francophones, sans être absents on l'a vu, ne se distinguent pas significativement (à part la France pour les entrées et le Canada ou la Pologne pour les sorties) et d'où l'Afrique dans son ensemble est exclue. Du point de vue des recettes, les pays qui bénéficient le plus des dépenses effectuées sur leur sol sont, dans l'ordre: les Etats-Unis (64,37 milliards de dollars) ; l'Italie (28,67) la France (28,36 milliards de dollars); l'Espagne (27,41 milliards de dollars); le Royaume-Uni (19,3 milliards de dollars) ; l'Allemagne (16,5 milliards de dollars) ; l'Autriche (14 milliards de dollars) ; Hong Kong3 (10,84 milliards de dollars) ; la Chine (10,2 milliards de dollars) et la Suisse (8,89 milliards de dollars). Si les montants dépensés par les étrangers sont importants, la part qu'ils représentent dans les recettes d'exportation des pays concernés reste modeste; seuls l'Espagne et l'Autriche, avec, respectivement, 18,7% et 14,4%, peuvent considérer ce poste comme significatif dans leur balance commerciale. En revanche, quelques pays absents de cette liste tirent l'essentiel de leur revenu à l'export des dépenses de leurs visiteurs. Ainsi, ce poste représentait-il en 1996 entre 25% et 50% des recettes d'exportation de la Croatie (26,2%), de la Jamaïque (33,3%), d'Haïti (42,3%) de la République dominicaine (44,6%) et du Liban (50,6%). Bien que disposant de chiffres incomplets, on peut également citer le Cap-Vert, les Seychelles, le Vanuatu et les départements français d'Amérique, pour lesquels la part excède à coup sûr les 60% (pour Dominique, les 30% sont dépassés). On voit bien comment dans ce cas, le tourisme est considéré et utilisé sciemment comme moyen du

3 Depuis juillet 1997, Hong Kong a réintégré la République populaire de Chine et ses recettes touristiques ont chuté. En 1998, elles s'élevaient à 7,11 milliards de dollars.

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développement économique pour des pays pauvres ou en situation de crise. Cette carte jouée, dans ce cas, par au moins cinq à six pays francophones (Cap-Vert, Haïti, Liban, Seychelles, Vanuatu et même Dominique), mériterait-elle d'intégrer plus largement le jeu d'autres pays fTancophones du Sud? Nous verrons plus bas qu'il y a loin de la coupe aux lèvres. On retrouve parmi les plus gros dépensiers les grands voyageurs évoqués plus haut mais, là encore, les niveaux de revenus des pays jouent un rôle déterminant dans leur classement. Ainsi, même si les Tchèques et les Polonais sont en proportion nombreux à quitter leur pays, cela n'est pas pour dépenser leur (maigre) fortune, au contraire des Américains qui ont "consommé du tourisme" à hauteur de 52,56 milliards de dollars en 1996 ; des Allemands (49,78 milliards de dollars) ; des Japonais (37 milliards de dollars) ; des Britanniques (25,44 milliards de dollars) ; des Autrichiens (11,82 milliards de dollars) ; des Hollandais (11,37 milliards de dollars) ; des Canadiens (11 milliards de dollars) et même des Russes (10,59 milliards de dollars) qui ont sans doute quitté cette liste aujourd'hui. Ces sommes, bien qu'importantes, ne grèvent que faiblement les balances commerciales de ces pays, avec des taux inférieurs à 10% (excepté pour l'Autriche à Il,8% et la Russie avec 12,3%). Moins concentrés que pour les personnes, les mouvements de capitaux liés au tourisme n'en sont pas moins dus, pour 55% en 1996, aux achats et aux dépenses de la quinzaine de nationalités citées plus haut. En 1997, les mêmes pays accaparent 63,6% du total.

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