Transfert et structures en psychanalyse

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Publié le : lundi 1 janvier 1996
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EAN13 : 9782296315440
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TRANSFERT ET STRUCTURE EN PSYCHANALYSE

r--Psychanalyse et civilisations Collection dirigée par Jean Nadal

L'histoire de la découverte de la psychanalyse témoigne que démarche clinique et théorie issues de champs voisins ont concouru, par étayage réciproque à élaborer le concept d'inconscient, à éclairer les rapports entre pathologie et société et à reconsidérer les liens entre le malaise du sujet singulier et celui de la civilisation. Dans cette perspective, la collection "Psychanalyse et Civilisations" tend à promouvoir cette ouverture nécessaire pour maintenir en éveilla créativité que Freud y a trouvée pour étayer, repenser et élargir la théorie. Ouverture indispensable aussi pour éviter l'enfermement dans une attitude solipsiste, qui en voulant protéger un territoire et préserver une identité, coupe en réalité la recherche psychanalytique de ses racines les plus profondes.
Déjà parus: Rêve de Corps, Corps du Langage, par J. Nadal, M. Pierrakos, M.P. Lecomte-Emond, A. Ramirez, R. Vintraud, N. Zulli, M. Dabbah. Oralité et Violence, par K. Nassikas. Emprise et Liberté, par J. Nadal, N. Rand el M. Torok, A. Eiguer, R. Major, R. Dadoun, M.P. Lecomte-Emond, H. Ramirez. La pensée et le trauma, par M. Bertrand. Mot d'esprit, inconscient et événement, par M. Kohn. La diagonale du suicidaire, par S. Olindo-Weber. Journal d'une anorexie, par K. Nassikas. Le soleil aveugle, par C. Sandori. Ferenczi et l'école hongroise de psychanalyse, par E. Brabant. Les fantômes de l'âme, par C. Nachin. Psychanalyse en Russie, par M. Bertrand. Freud et le sonore, par E. Lecourt. Pour une théorie du sujet-limite, par V. Mazeran et S. OlindoWeber Ferenczi, patient et psychanalyste, Collectif dirigé par M. Bertrand. Le cadre de l'analyse, Collectif, colloque du Cercle freudien. La métaphore en psychanalyse, par S. Ferrières-Pestureau. L'expérience musicale. Résonances psychanalytiques, par E. Lecourt. Dans le silence des mots, par B. Roth. La maladie d'Alzheimer, "quand la psyché s'égare...", par C. Montani

Patrick

CHINOS!

TRANSFERT ET STRUCTURE EN PSYCHANALYSE

Editions L'Harmattan 5-7, rue de L'Ecole Polytechnique

75005 PARIS

Psychanalyse et civilisations Collection dirigée par Jean Nadal
(suite)
Lire, écrire, analyser. La littérature dans la pratique psychanalytique, par A. Fonyi. Métamorphoses de l'angoisse. Croquis analytiques, parJ. ArditiAlazraki. Idées enfolie. Fragments pour une histoire critique et psychanalytique de la psychopathologie, par J. Chazaud. Cet obscur objet du désir, C. Dumoulié. . Les matins de l'existence, M. Cifali. Les psychanalystes et Goethe, P. Hachet. Œdipe et personnalité au Maghreb, Éléments d'ethnopsychologie clinique, A. Elfakir. Ethnologie et psychanalyse, N. Mohia-Navet Le stade vocal, A. DeIbe. L'orient du psychanalyste, J. Félicien Psychanalyse, sexualité et management, L. Roche. Un mensonge en toute bonnefoi, M.N. L'image sur le divan, F. Duparc. Traitement psychothérapique d'une jeune schizophrène, J. Besson. Samuel Beckett et son sujet, une apparition évanouissante, M. Bernard. Du père à la paternité, M. Tricot, M.- T. Fritz.

@L'Hannattan 1996 ISBN: 2-7384-4038-X

à Myriam Szejer

INTRODUCTION

Sans doute le constat le plus simple qu'on puisse faire en matière de psychanalyse, mais auquel on doit bien. se garder de fournir une réponse trop empressée, est celui qui concerne l'impossibilité de concevoir une relation psychanalytique efficace sans mettre immédiatement en avant le concept de transfert, traduction française du terme allemand Ubertrèigung, introduit par Freud pour caractériser le lien de dépendance amoureux entre l'analysant et son analyste. Ce constat de départ est en soi élémentaire, mais poser la question banale, presque naïve: « qu'est-ce que le transfert? », nous entraîne paradoxalement dans des difficultés si grandes à résoudre, qu'il semble même que jusqu'à ce jour aucun théoricien de la psychanalyse n'en ait jamais réellement proposé de réponse satisfaisante. Il faut s'employer à essayer d'en comprendre la raison profonde, car dès lors que la question est posée, il s'agit, en fonction de ce qui fait la véritable difficulté du problème, de déterminer l'essence du transfert, et non pas de préciser les modes d'être de son existence contingente, relativement facile à décrire à travers les effets engendrés par le procès de la cure. 7

Pourquoi cette question n'a-t-elle pas pu être posée jusqu'à présent aussi simplement, et de quoi cette simplicité, qui renvoie à la complexité d'une réponse encore à venir est-elle le symptôme, voilà donc de quoi je pars. Il ne s'agit pas pourtant d'instruire un procès. Cette relative ignorance - pour autant qu'on puisse ici parler réellement d'ignorance - ne vient pas des psychanalystes; elle ne traduit ni un refus de leur part, ni une volonté résolue de ne rien dire du transfert, bien qu'il soit possible de comprendre le problème d'une manière aussi directe, si on se situe d'emblée du côté de la question du désir (inconscient) du psychanalyste tel que le transfert en est la fermeture, dans sa mise en scène. Vu sous cet angle, il semble que les psychanalystes se trouvent, depuis les débuts de la psychanalyse, dans une position d'être littéralement dépassés (je vais revenir sur ce terme) par le transfert. N'est-ce pas même en cela qu'ils sont, au point fort de leur désir, psychanalystes, et n'est ce pas ce dépassement, ce non-savoir sur leur pratique, traduisible par une fermeture à leur désir, qui les maintient dans le champ analytique? Ainsi le transfert paraît devoir être, de prime abord, considéré comme quelque chose qui leur échappe, parce que c'est quelque chose qui doit leur échapper, pour que puisse se maintenir le champ analytique. Ce qui revient à supposer, au coeur de ce mécanisme une sorte de « noyau transcendantal », sur lequel l'entendement n'a pas prise, et qui correspond à un véritable élément non-analysable, résistant à toute investigation analytique. Malgré l'apparente simplicité de la question, il s'agit donc d'un problème si ardu à solutionner, que pouvoir y parvenir suppose d'avoir accès à une connaissance de certains mécanismes humains fondamentaux, qui, par la force des choses sont restés à ce jour inaccessibles. Une connaissance exacte des éléments transférentiels à l'oeuvre dans la psychanalyse (éléments repérés très tôt par Freud qui en a proposé une 8

excellente description) suppose de mettre à jour le transfert à la fois comme mécanisme de base nécessaire au fonctionnement de la cure (dans cette perspective, le transfert est une sorte de moteur) mais aussi comme structure fondamentale de l'organisation symbolique, ce qui paraît bien plus important. Et c'est paradoxalement dans le lieu historiquement « ouvert» par la pratique de la cure, que cette structure doit être déconstruite dans son architectonique symbolique, pour être située dans une perspective permettant de donner un début d'éclaircissement de son fonctionnement interne. En cela l'analyse en tant qu'événement concret, lieu privilégié du déroulement du transfert, doit aussi devenir le lieu (et le moment) par excellence d'une élucidation, c'est aussi ce que je voudrais essayer de montrer). Il nous fàut donc ainsi admettre que ce n'est pas dans les spéculations

métapsychologiques - bien qu'elles soient absolument indispensables - et encore moins philosophiques, même les
plus séduisantes, qu'on pourra trouver une réponse à cette question, mais dans la pratique même de la cure en tant qu'elle soutient l'efficace analytique.

* * * Il sera nécessaire de revenir sur ces difficultés plus loin. Auparavant, je voudrais discuter les arguments proposés par certains psychanalystes qui se sont intéressé à cette question. Je pense notamment aux réflexions proposées par Octave
Ceci suppose bien entendu l'existence dans la cure d'un moment privilégié au cours duquel la construction d'une telle élucidation est possible. Cette construction entraîne une sorte de dépassement ou de subversion du champ analytique, qui dans son existence historique s'est construit autour de la fermeture de l'analyste au transfert, comme horizon indépassable de la structure de son désir. 9
)

Mannoni sur ce concept, dans certains de ses livres. Dans Ça n'empêche pas d'exister par exemple, il n'hésite pas à avancer: « Le transfert dans l'analyse reste en tout cas inconscient, nous n'en constatons que les effets, et tout ce que nous reconnaissons comme manifestations de transfert ce ne sont que des effets dont la cause échappe à la théorisation »2. Conception qu'il reprend dans Un commencement qui n'en finit pas, toujours dans le même esprit: « Le transfert n'est pas facile à définir, disons, en gros, que c'est la mobilisation de l'inconscient en relation avec l'analyste. Il est prudent de ne pas chercher trop de précisions. Car le transfert est vraiment le non-théorisable de l'analyse »3. Bien entendu je ne partage pas cette opinion d'Octave Mannoni, bien que la vision qu'il ait du transfert me paraisse parfaitement légitime: elle correspond assez exactement à la situation historique de la psychanalyse. Je pense toutefois que cette position doit pouvoir être dépassée, car si j'avais aujourd'hui effectivement la conviction que le transfert doit demeurer le non-théorisable de l'analyse, j'accepterais les yeux fermés cette conception sans chercher à aller plus loin. Octave Mannoni fait partie des psychanalystes qui ont, à ce jour, exprimé de la façon la plus claire la position classique de l'analyse au sujet du transfert, et les deux références dont je viens de faire mention en portent le témoignage, même s'il s'agit pour lui de mettre en avant le caractère insoluble de cette question qu'il n'hésite pas à replacer dans le contexte d'une impossibilité radicale de savoir. Or, c'est précisément ce critère d'impossibilité que je conteste. Car si la question d'une compréhension du transfert et de sa théorisation n'a guère été jusqu'à présent une question véritablement à l'ordre du jour dans la psychanalyse (du fait même de son caractère jugé « inaccessible») elle peut le devenir, et son inaccessibilité semble liée davantage à une
2 Octave Mannoni, La Fé11lle, in Ça n'empêche pas d'exister, Editions du Seuil, Paris 1982, page 67. 3 Octave Mannoni, L'analyse originelle in Un commencement qui n'en finit pas, Editions du Seuil, Paris 1980, page 48. 10

impossibilité d'avoir accès à une compréhension du transfert, à un moment donné de la pratique de la cure - et dès lors, à son maintient comme élément inconscient - qu'à un défaut d'imagination du théoricien qui essaie de comprendre la question d'une façon purement théorique, de « l'extérieur », hors contexte transférentiel, ce qui paraît effectivement impossible. Ce qui revient ainsi à se tourner du côté de la pratique: le non-théorisable a ici partie liée au non-analysable : ce qui n'est pas théorisable, est en soi, d'abord, ce qui résiste à l'analyse. Pourquoi quelque chose du transfert doit demeurer l'inanalysable du dispositif analytique, et quelles sont dans la cure les résistances qui s'opposent à une compréhension du transfert, donc aussi à son éventuelle théorisation, voilà donc ce qu'il faut préalablement expliquer si on veut aller plus loin, surtout s'il s'agit comme je le crois d'un problème de structure (qui met en jeu tout le dispositif symbolique) susceptible de se rencontrer dans chaque analyse particulière. Mais cette situation somme toute ambiguë, n'a jamais empê-

ché par ailleurs ni les cures de fonctionner - et même dans
certains cas de bien fonctionner - ni les psychanalystes de repérer le transfert comme le moteur de l'analyse. En conservant toutefois son statut d'élément limite, non théorisable, presque hétérogène à la pratique, ou en tout cas dépassant le cadre de cette pratique (puisque c'est ce cadre qui en fixe les règles) le transfert correspond presque à un élément métasystémique susceptible de pouvoir expliquer le système dans sa cohérence interne, mais qu'aucun autre élément ne saurait expliquer, dans la mesure où il n'entre dans un tel système que comme un élément d'ordre supérieur. On pourrait avoir ici la même discussion à propos des relations entre langage et métalangage ou entre logique et métalogique. De toute évidence les représentations qui entrent dans le cadre du transfert -- qu'on choisisse ou non de les analyser, l'efficace analytique n'y étant apparemment pas 11

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nécessairement subordonnée - et le cadre dans lequel entre le transfert (à condition qu'on puisse se situer ici dans l'hypothèse de l'existence possible d'un cadre métatransférentiel pouvant permettre de parler du transfert, et de le théoriser en mettant en évidence sa fonction dans la cure) sont deux choses nécessairement élaborées sur des plans symboliques différents. Ainsi, si on se situe sur le plan de la pratique classique de l'analyse, telle qu'elle est codifiée, en gros, depuis Freud, il ne paraît pas présomptueux d'affirmer d'ores et déjà que la possibilité d'acquérir une plus grande intelligence des mécanismes transférentiels, semble nécessiter de toute évidence une autre situation dans l'analyse, situation dans laquelle la question du cadre transférentiel va se trouver du même coup posée différemment. Si la psychanalyse fonctionne grâce aux effets

engendréspar le transfert - que ceux-ci,je le répète soient ou
non analysés - où faut-il se situer pour mettre en évidence la totalité de ce fonctionnement? Ne faut-il pas, pour comprendre ce qui se passe dans le cadre du transfert, se situer nécessairement dans un autre cadre, où la pratique de la fonction symbolique serait du même coup radicalement subvertie? Evidemment, ce problème devient tout à coup primordial, car c'est cette autre situation dans l'analyse qui seule, peut permettre, un éclairage nouveau de ce qu'est le transfert considéré comme structure. Une telle « solution» paraît plutôt simple dans son principe4, elle consiste à envisager une analyse de l'analyse, dans un certain privilège symbolique, mais nécessite de part et d'autre de la situation analytique que le dispositif fantasmatique homogène inconscient, entre analyste et analysant, puisse être appréhendé avec toute la lucidité nécessaire et être analysé comme tel. De ce point de vue, il est évident que le transfert et le contre-transfert, ont absolument le même statut structural, et que le contre-transfert n'est ja4 Je m'expliquerai bien SÛT plus précisément, plus loin, sur ce que j'entends en parlant d'tme autre situation dans l'analyse.

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mais que le transfert de l'analyste. Cette autre situation dans l'analyse suppose de tenir compte de cette dialectique, et de considérer chaque parole de l'analysant dans son rapport au désir de l'analyste. C'est la raison pour laquelle j'avance que l'ignorance psychanalytique de ce qu'est le transfert n'est pas le fait des psychanalystes, mais du dispositif analytique luimême, puisque cette ignorance est liée à la structure même du désir dans laquelle le psychanalyste, tout comme l'analysant d'ailleurs, se trouvent d'une certaine façon « piégés» pour employer ici un mot malheureux. Et Octave Mannoni a raison dans cette perspective de considérer le transfert comme un élément irréductiblement inconscient, et non-théorisable. Toutefois, à la lumière de ce que je viens de dire, à travers la prise en compte du désir de l'analyste, l'indication fournie ici sur cet « inconscient» concerne davantage une position particulière qu'une position générale. Il ne s'agit jamais d'un inconscient considéré comme quelque chose d'impersonnel, même si la théorisation pousse à une certaine généralisation. Je pense au contraire que la théorie, même celle qui en apparence est la plus impersonnelle, est toujours le témoignage plus ou moins conscient, d'une situation particulière dans laquelle le sujet est impliqué dans sa propre subjectivité. Chaque théoricien théorise sur les bases de l'expérience d'ouverture et de fermeture à l'inconscient acquise au cours de son analyse personnelle, que celle-ci ait été menée à des fins didactiques ou thérapeutiques. Et pas plus qu'il n'y a d'énoncé collectif qui ne soit autre chose que le témoignage de l'identification à un leader, pas plus il ne saurait y avoir d'énoncé général qui soit autre chose qu'un symptôme, c'est à dire un signe de substitution. L'énoncé général est un leurre qui semble, au mieux, traduire une position commune, issue d'une identification qui permet une reconnaissance de l'expérience de l'autre, à travers sa propre expérience de l'inconscient. Et si en matière de transfert, les différentes expériences proposées par les psychanalystes semblent avoir beaucoup de choses en commun, c'est qu'elles butent précisément sur l'incon13

toumable de la structure. En ce sens, le transfert considéré comme un élément structural, implique de se situer dans une option de « déconstruction » pour comprendre son fonctionnement. De fait, les points de butée qui viennent ainsi jalonner l'univers symbolique, à travers la mise à jour d'un inanalysable transférentiel, demeurent, en toute logique, pour les psychanalystes, les fondements même de leur science et continuent de déterminer, comme ils l'ont toujours fait par le passé, le champ analytique dans sa spécificité, d'où l'aspect transcendantal et inexplicable du transfert, selon la conception classique développée par la psychanalyse.

* * * Considérées sous cet angle, même les choses les plus simples en apparence, sont toujours beaucoup plus compliquées qu'il y paraît au premier .abord et sont loin de se laisser épuiser si facilement. Il est difficile de proposer une avancée théorique, sur une notion aussi évidente mais en même temps aussi énigmatique que le transfert, non pas à cause de facteurs purement intellectuels, dont on ne peut nier toutefois le rôle important qu'ils ont à jouer, mais à cause de facteurs eux-mêmes transférentiels, qu'il s'agit de mettre à jour à vif, dans le cadre de l'analyse. Parce que ces facteurs empêchent de concevoir un autre type de représentation du travail analytique, il est impératif de les analyser pour aller plus loin. Tous les psychanalystes savent bien en effet que c'est l'éclaircie induite par l'analyse elle-même, la pratique de la cure, qui permet et conditionne toute avancée théorique et non pas l'inverse5. Cet ordre de prérogative pose aussi un

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En cela, ce qu'on appelle un peu hâtivement « prendre conscience» de quelque
pas tant un processus à dominante intellectuelle,

chose, n'est donc certainement

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autre « vrai» problème qu'on aurait tort de considérer comme secondaire, même s'il paraIt plutôt élémentaire. Car quiconque n'aura pas été véritablement confi-onté à cette question de la structure transférentielle, et donc de la nature du cadre qui fixe le déroulement de « l'aventure analytique » au cours de son analyse personnelle, aura beau s'évertuer de la poser par la suite, dans un autre contexte que celui de son analyse, se rendra bien vite compte que son imagination ne pourra pas se substituer à ce que la cure n'aura pas produit comme éclaircie. De ce point de vue, la question théorique de ce qu'est le transfert semble liée à la fois à quelque chose de purement abstrait, qui nécessite un effort de conceptualisation, mais aussi surtout, un véritable travail analytique devant être effectué non pas tant sur le contenu des représentations transférentielles (la mobilisation de l'inconscient en rapport avec l'analyste) et des différentes interprétations qu'elles peuvent susciter de part et d'autre de la situation analytique, que sur le cadre symbolique lui-même, en tant qu'il est transférentiel dans sa structure et qu'en cela, il tient lieu de cause fondamentale à toutes ces représentations. Question d'autant plus difficile qu'elle repose sur une expérience limite de l'analyse, qui procède par ailleurs d'un dispositif soutenu par ce mécanisme. Il s'agit d'être ainsi confronté tout autant à la question du contenant que du contenu, et c'est bien tout ce qui fait la difficulté du problème. Mais selon cet ordre de prévalence logique, le discours analytique

n'a de sens que parce qu'il succède - et c'est même ce qui, au
sens strict, Je rend possible et en fixe sa véritable originalité à une pratique qui est le plus souvent une pratique savamment menée du transfert.

Ainsi, le geste freudien inaugural, duquel nous sommes aujourd'hui encore imaginairement si tributaire, doit être considéré fondamentalement en premier lieu comme un geste
qu'un processus à dominante « affective », pour reprendre ici, assez maladroitement,ces termes classiques aujourd'huiun peu démodés.
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__I

d'ouverture à l'inconscient. Cette ouverture ffeudienne n'est certainement pas comparable à une «ouverture intellectuelle» (Freud n'était pas à proprement parlé un penseur, ou un philosophe, bien qu'il ait été amené à produire des élaborations métapsychologiques très abstraites tout au long de son oeuvre) mais plutôt une sorte de modification de l'économie libidinale, pour reprendre ici un terme très connoté que Freud a largement inclus dans « son» imaginaire, et qui lui a servi à construire sa doctrine. Cette expression n'est sans doute pas très heureuse, je l'emploie ici faute de mieux, mais il me semble qu'elle marque bien ce dont il s'agit avant tout dans la psychanalyse, pourquoi formulant les choses ainsi nous sommes freudiens, et pourquoi il s'agit, d'une manière plus générale, de psychanalyse freudienne. A travers les effets produits par le transfert né de la relation entre Freud et Wilhelm Fliess (le véritable lieu d'origine de la psychanalyse) c'est le moment de reprise en compte par Freud - et cela d'une façon forcément non-intellectuelle, à son insu - d'un plaisir (ou d'une série de plaisirs) qui avait disparu, parce qu'il était névrosé, et auquel les symptômes névrotiques s'étaient précisément substitué, qui a fixé transférentiellement les conditions de ce qu'est devenue la psychanalyse et qui, par la suite, a même conditionné tout son destin « interprétatif ». Dans la dynamique créée par ce transfert à Fliess (que cette dynamique ait le statut d'une analyse originelle (Octave Mannoni) ou d'une auto-analyse (Didier Anzieu), débat dans lequel je n'entre pas ici) c'est bien entendu l'existence d'un différentiel déplaisir/plaisir qui paraît prépondérant, et c'est dans le mouvement inscrit dans le passage de l'un à l'autre des deux pôles de ce différentiel, que s'est produite l'éclaircie freudienne, même si cette éclaircie n'a jamais été suffisante - on admet aujourd'hui que Freud n'était pas très bien analysé - pour lui permettre de prendre conscience de ce que fut réellement ce transfert. Par la suite, tous les développements théoriques que Freud proposera, sont à considérer en référence à de ce geste

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