Travail et pauvreté, la part des femmes

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Cette nouvelle revue s'inscrit dans une double volonté : poser la question de la différence des sexes dans les sciences sociales du travail et inviter à la réflexion sur le travail dans le champ des recherches sur le genre ; décrypter, à partir des hiérarchies, des divisions et des segmentations qui parcourent le monde du travail, le statut des hommes et des femmes dans la société.
Publié le : jeudi 1 avril 1999
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EAN13 : 9782296387553
Nombre de pages : 288
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TRAVAIL, GENRE ET SOCIETES L a r e v u e d u M a g e
«Travail et pauvreté: la part des femmes»
1/1999
L’Harmattan 5-7, rue de l’École Polytechnique 75005 Paris - France
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TRAVAIL, GENRE ET SOCIETES  r e v u e d u M a
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Directrice de la Revue: Margaret Maruani Directrice de la Rédaction: Chantal Rogerat Secrétaire de Rédaction: Anne Forssell
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Comité de Rédaction : Philippe Alonzo (sociologue, Université de Nantes) Marlaine Cacouault (sociologue, Université Paris V) Delphine Gardey (historienne, CNRS/Cité des Sciences et de l’Industrie) Jacqueline Laufer (sociologue, Groupe HEC) Margaret Maruani (sociologue CSU-CNRS) Chantal Rogerat (sociologue, CNRS) Rachel Silvera (économiste, Set/Matisse - Université Paris I)
Comité de Lecture :Marzio Barbagli (Italie), Christian Baudelot, Alain Chenu, Anne Cova (Portugal), Anne-Marie Daune-Richard, Cécile Dauphin, Marie Duru-Bellat, Annie Fouquet, Geneviève Fraisse, Annie Gauvin, Madeleine Guilbert, Helena Hirata, Marie-Claude Hurtig, Jane Jenson (Canada), Annie Junter-Loiseau, Danièle Kergoat, Beate Krais (Allemagne), Michel Lallement, Marie-Thérèse Lanquetin, Catherine Marry, Danièle Meulders (Belgique), Janine Mossuz-Lavau, Catherine Omnès, Michelle Perrot, Inga Persson (Suède), Carlos Prieto (Espagne), Jill Rubery (Royaume-Uni), Carola Sachse (Allemagne), Sylvie Schweitzer, Olivier Schwartz, Catherine Sofer, Teresa Torns (Espagne), Michel Verret, Eliane Vogel-Polsky (Belgique).
Couverture :Maxime Apostolo Maquette :Anne Forssell
Note aux auteurs et bulletin d’abonnement en dernières pages de numéro.
Revue semestrielle publiée avec le concours du CNRS
© L’Harmattan, 1999 ISBN : 2-7384-7837-9 ISSN :
2Travail, Genre et Sociétés n° 1 - Avril 1999 s
5 EDITORIAL
7 PARCOURS entretien avec Madeleine Guilbert SOMMAIRE propos recueillis par Margaret Maruani et Chantal Rogerat 21 DOSSIER Travail et pauvreté : la part des femmes 23L’emploi à bas salaire : les femmes d’abord Pierre Concialdi et Sophie Ponthieux 43Des miettes d’emploi : temps partiel et pauvreté Tania Angeloff 71Les femmes à temps partiel : un nouveau risque de pauvreté en Belgique Maria Jepsen, Danièle Meulders et Isabelle Terraz 87Précarité des revenus, pauvreté des salaires : le cas des femmes en Italie Elisabetta Ruspini et Chiara Saraceno 119La pauvreté laborieuse au XIXème siècle vue par J.-V. Daubié Agnès Thiercé
147 MUTATIONS 149Des conditions de l’égalité économique Geneviève Fraisse 157Des femmes aux marges de l’activité, au cœur de la flexibilité Françoise Battagliola 179Quand les institutions se chargent de la question du travail des femmes, 1970-1995 Martine Lurol
203 CONTROVERSE La domination masculinede Pierre Bourdieu Lu parMichelle Perrot, Yves Sintomer, Beate Krais, Marie DuruBellat Réponse de Pierre Bourdieu
Travail, Genre et Sociétés n° 1-Avril 19993 s
235 CRITIQUES Ecrire l’histoire des femmesde Françoise Thébaud, par Delphine Gardey Les femmes ou les silences de l’histoirede Michelle Perrot, par Danièle Voldman Le monde du travailde Jacques Kergoat, Josiane Boutet, Henri Jacot et Danièle Linhart (dir.) par Rachel Silvera Sports, école et société : la différence des sexes, féminin, masculin et activités physiquesde Annick Davisse et Catherine Louveau par Georges Vigarello La garde des enfants. Une histoire de femmes. Entre don, équité et rémunérationde Françoise Bloch et Monique Buisson par Philippe Alonzo
249 BIBLIOGRAPHIES INTERNATIONALES Chine et Hong Kong, par Tania Angeloff Europe de l’Est, par Ariane Pailhé
261 OUVRAGES REÇUS
263 AUTEURS
269 RÉSUMÉS 273 SUMMARIES 277 ZUSAMMENFASSUNGEN 283 RESUMENES
4s Travail, Genre et SociØtØs n
1 -Avril 1999
EDITORIAL
vec ce premier numéro deTravail, Genre et Sociétés,nous inaugurons une revue qui se situe A au confluent de plusieurs champs de recherche : le travail, l’emploi, le chômage, l’éducation, la formation et la différence des sexes. Le domaine est immense, mais il n’était pas encore couvert. Entre les revues disciplinaires, celles centrées sur le travail et l’emploi et celles consacrées au genre, il nous semble qu’il y a place pour une publication pluridisciplinaire qui se donne pour objet l’étude de la différence des sexes dans le monde du travail. La création deTravail, Genre et Sociétéss’inscrit dans une double volonté :poser la question de la différence des sexes dans les sciences sociales du travail et inviter à la réflexion sur le travail dans le champ des recherches sur le genre ; décrypter, à partir des hiérarchies, des divisions et des segmentations qui parcourent le monde du travail, le statut des hommes et des femmes dans la société.
Travail, Genre et Sociétés n° 1 - Avril 19995 s
Editorial
Travail, Genre et Sociétésn'est pas la revue d'une école, mais celle d'un domaine de recherches. A l'image du Groupement de Recherche Mage*-CNRS qui est à l'origine de sa création, la revue est là pour susciter des confrontations de chercheurs qui ont des positions et des options théoriques différentes, voire opposées. Au cœur de la réflexion, c'est bien la question des inégalités qui est posée. Et ce, à partir de la place des femmes dans le monde du travail et de leur statut dans la société : la féminisation du salariat, la tertiarisation de la société, la transformation du rapport à l'emploi des femmes, d'un côté, la montée d'un chômage et d'un sous-emploi massifs, la précarisation des statuts d'emploi, la flexibilisation des conditions de vie au travail de l'autre. Au centre de ces mutations contradictoires, l'emploi féminin évolue à la manière d'un paradoxe ambulant : plus de femmes actives, salariées, instruites, mais aussi plus de femmes au chômage, en situation précaire et en sous-emploi. Les comportements d'activité des hommes et des femmes s'homogénéisent, mais les inégalités professionnelles et familiales s'incrustent. Cette revue intervient ainsi à un moment clé de l'évolution de la société salariale, dans une phase critique de l'histoire du travail féminin en France et en Europe. Elle est là pour ouvrir le débat avec tous ceux et celles qui estiment qu’une lecture sexuée du monde du travail a des vertus heuristiques. Travail, Genre et Sociétés
* Le Groupement de Recherche Mage, Marché du travail et Genre, a été créé par le CNRS en 1995. Comme tous les GDR, il s’agit d’une fédération de laboratoires et de chercheurs constitués en réseau autour d’un champ de recherche.
61 - Avril 1999Travail, Genre et Sociétés n° s
MADELEINE GUILBERT ENTRETIEN AVEC MARGARET MARUA ET CHANTAL ROGERAT
PARCOURS
N
I
a sociologie du travail des femmes, en France, a commencé avec Madeleine Guilbert. Dans les années artiLcles suivis, en 1966, par ses ouvrages de référence,Les de l’immédiat après-guerre, à une période où nul ne s’intéressait à la question, elle publie ses premiers fonctions des femmes dans l’industrieetLes femmes et l’organisation syndicale avant 1914. C’est la genèse de ce travail pionnier que nous avons voulu retracer avec elle, en tentant de resituer ses recherches dans leur contexte historique : les fondations de la sociologie du travail, autour de Georges Friedmann et de Pierre Naville. En ouverture de ce premier numéro deTravail, Genre et Sociétés,Madeleine Guilbert nous dit les convictions, les hésitations et les interrogations de celle qui fut - comme l’ont 1 si bien nommée Christian Baudelot et Roger Establet -première en sociologie.
1 Allez les filles !paru en 1992 au Seuil est dédié à «Madeleine Guilbert et Viviane Isambert-Jamati , premières en sociologie».
Travail, Genre et Sociétés n° 1 - Avril 19997 s
1 «Le travail des femmes», 1946,Revue Française du Travail n° 8, novembre, pp. 663-671. «Résultats de l’enquête sur le travail des femmes salariées», 1946,Revue Française du Travail n° 9, décembre, pp. 790-803. «L’évolution des effectifs du travail féminin en France depuis 1866», 1947, Revue Française du Travailn° 18, septembre, pp. 754-777.
Parcours
Margaret Maruani : Comment êtesvous venue à la sociologie ? Madeleine Guilbert : Comment je suis venue à la sociologie… J’ai fait ce qu'on appelait alors une licence de philosophie qui comportait quatre certificats : morale et sociologie, psychologie, philosophie générale, logique. J’ai eu des interruptions assez longues. Tuberculose à vingt et un ans. J’ai été institutrice, remplaçante, surveillante… J’avais trente-cinq ans. Après la Libération, je suis entrée au ministère du Travail, au Centre d’Etudes et de Statistiques, comme chargée de mission. Le Ministre était Ambroise Croizat. Le Centre avait, je crois, été créé par lui, il était dirigé par Charles Bettelheim, un économiste. Le pays était à reconstruire et Croizat s’intéressait à tout ce qui pouvait contribuer à cette reconstruction. Il s'est donc intéressé au travail des femmes. Il avait même fait le projet - mais il est parti avant sa réalisation - de décerner une décoration aux mères de famille de plus de cinq enfants qui travaillaient ! J'avais fait faire la liste de ces femmes par les services du ministère, il y avait une quantité de garde-barrières. C’est sous l’impulsion de Croizat que je me suis intéressée au travail des femmes. Le ministère éditait une revue qui s’appelait laRevue française du travailchiffres m’ont été. Des fournis par le Centre d’Etudes et des Statistiques, je les ai étudiés et commentés. Dans laRevue française du travailj’ai 1 fait une série de trois articles sur le travail des femmes. J'étudiais non seulement à travers les recensements successifs l'évolution du nombre de femmes au travail, mais aussi celle de leur répartition entre les différentes branches de l'emploi. Je crois que ce sont les premiers articles où l’on s’occupait de ces dénombrements…. Chantal Rogerat : C’était le troisième article, en septembre 1947, "L’évolution des effectifs du travail féminin en France depuis 1866", où vous concluiez en disant qu’il y avait une poussée des femmes vers les professions qui leur avaient été jusquelà fermées.
MG : Croizat m'avait demandé de faire une enquête auprès des femmes en essayant de voir quelles étaient leurs demandes, quels étaient leurs besoins. Le questionnaire était mal fait, et puis il était un peu naïf, je manquais d'expérience. Il a été dépouillé à la machine par le Centre d’études et de statistiques. Il avait été distribué dans les ateliers par les délégués des Comités d’entreprise. Ça n’avait pas beaucoup de valeur mais ça avait le mérite d'exister. On demandait aux femmes quelles solutions elles voudraient avoir pour garder leurs enfants, pour simplifier leurs travaux ménagers. Après ces trois articles, Croizat m’a demandé de faire une enquête sur les Comités d’entreprise. Il se préoccupait beaucoup de
8Travail, Genre et Sociétés n° 1 - Avril 1999 s
Entretien avec Madeleine Guilbert
les voir exercer leurs prérogatives économiques. Mais il a quitté le ministère avant que l’enquête ne soit dépouillée, et moi j’ai été "vidée" du ministère du Travail. Comme j’étais chargée de mission, je n’avais pas de statut légal. A ce moment-là la Fédération de la métallurgie CGT à laquelle Ambroise Croizat appartenait m’a dit : «pourquoi ne viendriez-vous pas à la CGT qui va créer laRevue des Comités d’entreprise?» J'ai donc passé deux ans à la CGT pour créer cetteRevue des Comités d’entreprise, c’était du temps de Benoît 2 Frachon . Et puis, rechute de tuberculose, je suis restée un an sans travailler, et enfin j’ai été définitivement guérie grâce aux antibiotiques. A l'époque entraient au CNRS des gens de tous horizons. Un ami m’a dit : «pourquoi ne poseriez-vous pas votre candidature au CNRS ?» Il fallait demander un rendez-vous à Georges Friedmann. Le Centre d’Etudes Sociologiques était dirigé par lui. Je lui ai demandé rendez-vous, j'ai préparé un projet de recherche sur le travail des femmes. Je pensais que c’était intéressant. Je regrette de n'avoir pas conservé le texte de ce projet. MM : Et pourquoi pensiezvous que c’était intéressant à ce momentlà ? MG : Parce que c’était là-dessus que j’avais déjà travaillé. A partir de ces articles, il y avait tout un tas de points d’interrogations qui se posaient. MM : Mais quand vous aviez commencé à faire ces articles, qu’est ce qui vous avait intéressé ? CHR : Oui, pourquoi les femmes ? MG : Mais parce que j'avais déjà un peu travaillé sur ces questions. Et parce que j’étais une femme. J’avais des convictions qui postulaient leur égalité avec les hommes. C’était une évidence pour moi, mais je n'entrevoyais pas encore tous les problèmes. Un jour, donc, j'ai eu rendez-vous avec Friedmann dans l'unique pièce, Boulevard Arago, qui s'appelait Centre d'Etudes Sociologiques. J’ai parlé pendant un quart d’heure. Friedmann n’a posé aucune question. Il m'a simplement dit «Eh bien Madame, votre projet nous intéresse». C’est tout. «Bonsoir Madame, Bonsoir Monsieur». Je n’avais aucune expérience, rien, rien, je n’avais que mes quatre certificats de licence. Et puis un jour mon mari me dit : «On a téléphoné : tu entres au CNRS». Mais vraiment, je ne savais même pas comment j'allais travailler. C'était le temps du démarrage du Centre d’Études Sociologiques. Il y avait Viviane Isambert, Reynaud, Touraine, Morin et d'autres que je ne connaissais pas. MM : Quel était le rôle de Friedmann ?
2 Il était à l’époque Secrétaire général de la CGT.
Travail, Genre et Sociétés n° 1 - Avril 19999 s
3 En aparté, Madeleine Guilbert évoquera Maria la Polonaise - «Quelqu’un d’extraordinaire» nous a-t-elle dit - cette femme qui parlait littérature, qui avait été élevée dans une ferme en Pologne et à qui ses sœurs avaient appris à lire. Cf. Biographies d’ouvrières inLes fonctions des femmes dans l’industrie, pp. 377-385.
4 Georges Friedmann, 1956,Le travail en miettes,Gallimard.
5 Pierre Naville et Georges Friedmann ont publié, ensemble, un ouvrage qui a fait date dans l’histoire de la discipline, leTraité de sociologie du travail, (Armand Colin, 2 vol. 1961-1962).
Parcours
MG : Parfois il distribuait des sujets. Friedmann m'a fait savoir qu’il avait obtenu des usines Renault que je puisse aller dans un atelier interroger des ouvrières. Je ne me souviens plus si c’était durant quinze jours ou un mois, le temps était limité. J’ai préparé un questionnaire, il était basé sur leurs origines sociales, leurs carrières professionnelles, leur lieu de travail , etc. Je leur présentais une liste de métiers et je leur demandais quels étaient ceux qui leur semblaient plutôt masculins, plutôt féminins, ceux qui pouvaient être exercés par des femmes. En annexe à ma thèse, j'ai inclus des 3 biographies d’ouvrières . Ce sont presque toutes des femmes de chez Renault. J’allais dans les ateliers. Le chef d’atelier leur laissait un moment pour parler avec moi. Pour la débutante que j'étais, c’était absolument passionnant. Et ça m’a donné pour ces femmes ouvrières, pour ces femmes qui travaillent dans ce milieu rude, une espèce d'attachement. C’était un milieu que je ne connaissais pas et que je trouvais extraordinaire. CHR : Vos parents étaient enseignants ? MG : Oui, ils étaient instituteurs. Le drame, c’est que je n’avais aucune formation de recherche et que j’ai été dans l’incapacité de tirer quoi que ce soit de ces observations. Parce que, premièrement, je ne savais pas comment faire. Deuxièmement, j’imaginais que ça n’intéresserait personne. J’avais entendu une trentaine de femmes parler de leur carrière professionnelle, de leur travail, dire ce qu’elles pensaient des femmes qui ne travaillaient pas (c’était l'une des questions que je leur posais). J’ai été dans l’incapacité d’en tirer quoi que ce soit sur le moment. MM : C’est quelqu’un qui a compté pour vous, Friedmann ? MG : Beaucoup. Je crois que c’est l'un des sociologues de 4 cette période qui restera. Pour moi,Le travail en miettesest un livre important. MM : Et Naville ? 5 MG : Oui, Naville . J’ai souvent eu des rapports tendus avec Naville sur d’autres points, mais pas sur le plan de la recherche. J'attachais beaucoup d'importance à son jugement. MM : En France, quand on parle des débuts de la sociologie du travail, on évoque Friedmann et les «enfants de Friedmann». Vous faites partie des enfants de Friedmann ? MG : Exactement. MM : Vous faites partie de ceux que l’on nomme enfants de
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