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Turquie, Moyen-Orient et communauté européenne

De
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EAN13 : 9782296175136
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TURQUIE, MOYEN-ORIENT, COMMUNAUTÉ EUROPÉENNE

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@ L'Harmattan, 1989 ISBN 2-7384-0347-6

VARIA TURCICA XIV

TURQUIE, MOYEN-ORIENT, COMMUNAUTÉ EUROPÉENNE
Actes du Colloque de Chantilly 15-17 septembre 1987
édités par Jacques THOBIE et Salgur KANÇAL

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~ et publiés sous les auspices
du Groupe de Recherches (GDR) 104 du CNRS, du Centre Interdisciplinaire de Recherche des Relations Internationales au Moyen-Orient (CIRlMO) de l'Université de Rennes IT, de l'Équipe de Recherche sur le Système Industriel (ERSI) de IUniversité de Picardie, de l'Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier (IAMAM) du Centre International des Hautes Études Agronomiques Méditerranéennes (CIHEAM), et de l'Institut Français d'Études Anatoliennes d1stanbul (IFEA)

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avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique, de la Communauté Économique Européenne et du Ministère de la Culture

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L 'HARMA

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PARIS 1989

PRÉSENTATION

Rappeler que la situation géographique de la Turquie, au contact, ou à la charnière, de l'Europe et du Moyen-Orient, a joué, de tout temps, un rôle important dans ses options de politique intérieure et extérieure est sans doute une banalité. Pourtant, une position de carrefour présente des avantages et des inconvénients. Avantage d'être, en quelque sorte, au centre, à égale distance de plusieurs entités; inconvénient, par la nécessité, à un moment ou à un autre, d'avoir àfaire des choix: soit se contenter d'être un pont entre deux régions, soit privilégier tel ou tel partenaire. Aujourd'hui, par sa position, par sa situation, par son poids spécifique, la Turquie est en train de devenir une puissance régionale dont l'influence s'étend, non seulement à son environnement immédi~t, mais bien au-delà. Tout en sachant remarquablement valoriser ses relations avec les pays du Moyen-Orient, Ankara frappe hardiment à la porte du Marché Commun. Dans quelle situation économique, politique, culturelle se présente le demandeur? Pourquoi et comment introduit-il sa demande? Quelles sont les réactions de divers partenaires tant en Europe qu'au Moyen-Orient? Qu'en pense-t-on à Bruxelles? C'est de ces questions, et de quelques autres, que nous avons débattu pendant trois jours, à Chantilly, lors du colloque dont nous avons, ici, le plaisir de présenter les Actes. Nous irons du particulier au général. Très succinctement, nous évoquerons d'abord les communications présentant plutôt des études sectorielles, tant dans le domaine économique que politique et culturel; puis viendront les papiers tentant de faire le départ des avantages et des inconvénients, de l'éventuelle entrée de la Turquie dans le Marché Commun; quelques communications illustrent les prises de position, gouvernementales ou non, de membres de la Communauté; seront enfin présentés les papiers, disons engagés, d'auteurs turcs plaidant le dossier de l'adhésion, et d'un haut fonctionnaire de Bruxelles. Nous essaierons, pour finîr, d'avancer quelques réflexions suggérées par l'apport très nouveau de ces études de grande qualité, et aussi par des débatsfort nourris.

Précédées d'une mise au point méthodologique de R. Pérez, quatre communications présentent un bilan de divers secteurs de l'agriculture turque. H. Erdem constate que, malgré le grand nombre d'exploitations s'occupant d'élevage et l'existence d'un gros cheptel, le consommateur turc manque de protéines d'origine animale: les rendements, et en lait et en viande, sont trop bas, parce que l'on manque d'animaux reproducteurs, l'engraissement est inadapté et l'état

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sanitaire

SALGUR KANÇAL ET JACQUES insuffisant,. néanmoins, les possibilités

THOBIE d'amélioration sont bonnes.

Pour les fruits et légumes, S. Oncüoglu souligne une forte croissance,
permettant de faire face à la demande intérieure et de nourrir une dynamique exportation, dont plus de la moitié en direction du Moyen-Orient. Les points faibles sont: un circuit de commercialisation archaïque, la quasi absence de conditionnement, des transports frigorifiques très insuffisants. La diminution des subventions gouvernementales, le poids des structures, l'insuffisance des marges des exploitants, laissent craindre qu'à long terme la production de ce secteur ne puisse plus suivre la démographie. Le secteur céréalier, blé en tête, ainsi que nous le montre J. M. Le Lan, est devenu auto-suffisant depuis 1976. La mécanisation, l'emploi des engrais, l'acclimatation de variétés à haut rendement, expliquent ce résultat heureux, qui n'a cependant guère touché les structures de la propriété, restée largement familiale. Ici, le désengagement de l'Etat est limité, réalisme électoral exige. Il revenait à Y. Tekelioglu de souligner le facteur de blocage représenté par les structures agricoles turques, dans l'éventualité d'une entrée dans la C.E.E. Depuis 20 ans, le nombre d'exploitations n'a cessé d'augmenter, et malgré une extension des surfaces cultivées, la surface moyenne par exploitation n'afait que diminuer, évolution parfaitement inverse de celle des pays de la C.EE. La timidité des réformes agraires et des remembrements a conduit les autorités à chercher une solution à travers l'énorme projet de GAP, nouvelle Mésopotamie turque, qui devrait doubler la production d'énergie et de nombreux produits agricoles. Reste à savoir si cette éventuelle réalisation
rapprochera plus la Turquie de l'Europe que du Moyen-Orient.

Sur le plan industriel, les transports routiers sont étudiés par S. de Tapia. En effet, transports intérieurs et transit sont devenus une composante importante de l'économie turque. Des efforts remarquables ont été faits pour désenclaver les régions encore défavorisées, mais beaucoup reste àfaire. La guerre Irak-Iran a considérablement accru le trafic vers l'est. Quant au parc automobile, il est l'object d'une véritable bataille où s'affrontent les constructeurs américains, européens, japonais. L'industrie turque en est restée au montage, et subit, depuis 1977, une grave crise qui ne semble pas émouvoir les autorités. A. Bourgey présente la cas particulier de l'émigration turque dans les pays arabes. Il émet. l'hypothèse que l'énorme croissance des remises, enregistrées à lafin des années 1970,correspond à une forte émigration turque vers les pays pétroliers tk la péninsule arabe: émigration masculine, temporaire, originaire principalement des régions les moins développées de Turquie, embauchée dans le bâtiment, sous couvert de contrats passés par des entreprenelUs turcs, relativement bien payée,. la décrue est constante depuis le début des années 1980, comme avec l'Europe: un défi pour la TlUquie.

La santé de l'économie turque est révélée à travers trois exposés du commerce extérieur de la Turquie. S.llkin présente un bilan très circonstancié de l'effort commercial de la Turquie en direction des pays islamiques: il en note

PRÉSENTATION

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l'importance, les fluctuations et la relative fragilité. O. Dikmen souligne que, depuis dix ans, la part du commerce extérieur dans le PIB a beaucoup augmenté. Les importations (certains produits agricoles, minerais...J ont beaucoup progressé, mais leur valeur a fluctué selon les variations des prix du pétrole. Pour les exportations, qui sont également en forte hausse, les produits industriels l'emportent sur les produits agricoles depuis 1981. Si la Turquie a diversifié la géographie de ses échanges, notamment en direction du Moyen-Orient, l'Europe est redevenue, depuis 1986, son premier partenaire, mais la balance commerciale reste fortement déficitaire. Etudiant, notamment, l'accroissement de l'engage111ent
,

turc sur l'extérieur, S. Kançal souligne que tout en réalisant sa politique de
substitution aux importations, la Turquie a su accroître l'importance relative de ses exportations et aussi de ses importations. Malgré le rôle croissant des échanges extérieurs dans l'économie turque, un retard, pourtant réduit, subsiste néanmoins par rapport à l'OCDE et à la C.E.E., dans l'ouverture de son marché intérieur à la concurrence étrangère, et, en dépit d'une progression constante, la Turquie a encore du chemin à faire pour atteindre les taux communautaires. La spécialisation internationale de la Turquie tend à s'établir dans la large gamme des produits entre les productions utilisant beaucoup de main d'œuvre et celles à haute intensité capitalistique, et dont la production exige une maîtrise de métier de plus en plus poussée.

{I

Si nombre de papiers font allusion aux problèmes politiques en général, un seul exposé nous donne une étude d'une famille politique face à la demande d'adhésion de la Turquie. M. $. Güzel et D. Billion ont mené une enquête circonstanciée, avec toute la prudence souhaitable, auprès de gens de gauche résidant en Turquie, en comparant leurs positions à vingt ans de distance. Il en ressort une évolution selon laquelle une partie de la gauche, naguère opposée à l'adhésion, y est désormais favorable,. avec les hésitants, cette tendance est désormais majoritaire. Malgré ses doutes et ses craintes sur le plan économique, cette gauche estime qu'avec l'entrée dans la C.E.E., la démocratie sera mieux installée et les droits de l'homme respectés et consolidés. Trois communications abordent les problèmes culturels, sous trois angles différents. G. Groc, qui a mené une vaste enquête sur les réactions de diverses tendances islamiques face à la demande de la Turquie, note d'abord que le gouvernement turc lui-même met l'accent sur 11siam, pour se prévaloir, auprès de la Communauté, des bons termes qu'il entretient avec le Moyen-Orient,. aussi les courants islamiques se voient concurrencés sur leur propre terrain. Seul, le Refâh Partisi adopte une attitude de refus absolu: l'occidentalisation a économiquement fait faillite, la Turquie est un pays musulman. Les autres groupes vont de la non-opposition indifférente à l'enthousiasme partisan, en passant par l'acceptation conditionnelle. La vision des groupes islamiques porte sur le très long terme, et l'Islam apparaît, avant tout, comme un moyen de prendre le pouvoir. Cela relativise l'importance attachée à l'adhésion à la C.E.E. Ahmet Insel distingue le

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SALGUR KANÇAL ET JACQUES THOBIE

libéralisme d'opposition au X/Xe siècle, recherchant l'affaiblissement du pouvoir du Sultan, et celui du début du XXe siècle, qui s'oppose au pouvoir né du coup d'Etat du C.U.P., puis à celui de la République kémaliste : le premier est modernisateur, occidentaliste, élitiste: le second est conservateur, antioccidentaliste et religieux. Arrivé au pouvoir, le libéralisme utilise les structures autoritaires de l'Etat pour ses propres fins. Dominé par le conservatisme de la société turque, le libéralisme est perçu dans l'ordre du retour au refoulé, et ne peut constituer l'expression d'un projet social. C'est aussi une enquête, mais à Angers, cette fois, qu'a menée G. Léonard, pour sonder les réactions des Angevinsface à la petite communauté turque locale. Etude d'un contact de civilisations, dans un contexte d'immigration. Les Turcs observés, à la ville et à la campagne, portent le poids des caricatures faites d'eux et de leur pays: incompréhension, dédain, mutisme, séparent deux prolétariats qui vivent en parallèle, mais sans frictions graves. Le rôle de l'école, la volonté farouche, chez les parents turcs, d'une ascension sociale de leurs enfants, laissent présager, au moins dans le cadre rural, une bonne intégration de la deuxième génération.

Nombre de ces communications ont, de par leur sujet même, fait ressortir le rôle avantageux d'intermédiaire que la Turquie joue entre l'Occident et le Moyen-Orient. Le symbole pourrait en être le pont sur le Bosphore. Mais les autres papiers se situent plutôt dans la problématique du choix européen de la Turquie.
Trois communications veulent présenter l'ensemble du dossier, pesant avantages et inconvénients pour les deux partenaires, Turquie et C.E.E. Erol Manisalz y voit d'abord un problème d'identité auquel il ne donne pas de réponse, et un problème économique plus aisé à circonscrire. Il voit comme avantage à l'adhésion, un large marché, une amélioration du marché du travail, une stabilité économique, des aides financières, des investissements extérieurs,. comme difficulté accrue à la création de nouveaux secteurs, l'écart technologique, la détérioration des relations de la Turquie avec des pays tiers. L'auteur pense que l'économie et la société turques sont prêtes à affronter les épreuves de l'adhésion. M. Deger estime que, géographiquement, la Turquie est en Europe, mais que, culturellement, le problème est plus discutable. Retenons, parmi d'autres, les problèmes posés par l'intégration socio-politique : par exemple, le parti communiste restant interdit en Turquie, l'auteur voit mal comment on pourrait organiser des élections européennes en Turquie, puisque tous les partis représentés au Parlement Européen ne pourraient pas présenter officiellement des listes. C'est à travers un historique documenté que M. A. Birand nous présente toutes les implications de la demande turque. Il estime que c'est l'œil fixé sur la Grèce que les autorités turques ont fondé leur politique européenne depuis 1959. L'accord d'association n'a été réalisé que dans la mesure où il ouvrait la voie à l'adhésion pleine et entière. L'accord d'Ankara fut vite oublié, et donc fonctionna mal. Facteurs économiques et politiques se liguèrent pour entraîner la

PRÉSENTATION

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détérioratioon des rapports turco-communautaires. Le coup d'Etat militaire n'arrangea rien, mais paradoxalement M. Ozal, plutôt tourné vers le MoyenOrient, introduisit la demande turque, en fonction de l'attitude grecque. Jamais moment ne fut plus mal choisi. La Turquie attend avec une grande attention la réponse européenne, mais l'auteur laisse entendre qu'il ne nourrit aucun optimisme à cet égard. Il est intéressant, vue la position géopolitique de la Turquie, de noter les réactions de pays intéressés par la demande de la Turquie. Trois papiers y sont consacrés. V. Morales-Lezcano trace brièvement l'histoire des relations hispanoturques depuis les années 1920, et note, pour les deux pays, la difficile marche vers la démocratie. Devant le problème de la C.E.E., l'auteur estime que les deux pays peuvent faire valoir un atout commun: l'Espagne est la porte de l'Afrique du Nord, et la Turquie celle du Moyen-Orient. A travers l'analyse des réactions de plusieurs organes de presse espagnols à la demande turque, l'auteur constate l'intêret croissant qUi! la vieille Turquie éveille dans l'opinion publiqUi! espagnole, à un moment particulièrement important de l'histoire turque. Le cas de la Grèce est évidemment plus délicat. D. Kitsikis propose une solution: après avoir constaté que l'Europe géographique est tout à fait arbitraire et que l'Europe politique et culturelle n'a jamais existé, il prône une solutionfédérale de nature canadienne. La solution du conflit chypriote sur cette base pourrait préfigurer l'avènement d'une Egéide gréco-turque, confédération égalitaire susceptible, dans l'esprit d'Atatürk et de Vénizélos retrouvé, de constituer un môle régional que, et la Communauté et les pays islamiques devraient alors prendre en grande considération. Le rapport de la Turquie à la Grèce est envisagé, par M. Bozdémir, sous l'angle géostratégique de la sécurité. Le contentieux égéen et chypriote qui divise les Grecs et les Turcs est, certes, sérieux, mais les réalités de l'Alliance occidentale le maintiendront dans des limites tolérables pour les principaux acteurs. Du reste, Moscou ne s'oppose pas à l'entrée de la Turquie dans le Marché Commun, et les Etats-Unis ne peuvent voir aucun inconvénient à l'élargissement d'une Communauté très coopérative. Reste à savoir, dans ces conditions, si les antagonistes n'auraient pas intérêt à alléger leur dispute avant les échéances si importantes pour la Turquie. Viennent les exposés des "engagés". Comme militant de l'intégration~ B. Alcarcal, présente une évolution turque en trois phases. Tout va bien: le peuple turc a/ait d'un Empire une République, d'une théocratie un système laïque, d'une monarchie une démocratie. Puis, tout va mal, au début des années 1980 : le pays est économiquement en faillite, politiquement en désordre, et le régime démocratique, condition sine qua non de l'adhésion au club, est en danger. Tout va bien de nouveau: la Turquie a réglé ses problèmes politiques et économiques internes, et il faut que tous les sacrifices consentis portent leurs fruits. Pour o. N. ZIIIIOglu, l'adhésion de la Turquie à l'OTAN est l'acte international fondamental de ce pays, et sa politique européenne n'est que le signe d'une

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SALGUR KANÇAL ET JACQUES THOBIE

resserrement de ses liens avec les Etats Unis. Les relations de la Turquie avec la C.E.E., en dépit de difficultés passagères, sont sur la bonne voie. Même si l'ambiance parait plutôt défavorable à l'adhésion de la Turquie, le choix occidental de la Turquie est i"éversible. Cette intégration apportera des avantages non seulement à la Turquie, mais aussi à la C.E.E., la variété des opinions et la richesse culturelle naissant de diverses rencontres.llfaut accélérer le processus. T. Bieda plaide le dossier économiqUl! de la Turquie dans l'optique de l'intégration à la C.EE. Cette analyse complète, quoiqUl! brève, souligne d'abord le désenchantement né du mauvais fonctionnement des accords d'associations. Il est naturel que les arguments favorables à la Turquie soient soulignés: efforts constants pour libéraliser l'économie turqUl! ; taux de croissance annuel .le plus élevé des pays de l'OCDE, avec comme contrepartie maîtrisée une forte inflation; un PIB global très honorable, dans une ambiance de fort dynamisme; une baisse de la part du secteur agricole dans laformation du PNB; une industrie qui pour 75% est capable de résister à la concurrence européenne. La Turquie ne sera pas une charge financière pour la Communauté, et elle apportera, en revanche, un

marché de 50 milions de consommateurs.

Outre divers avantages,

les

investissements de capitaux étrangers trouveront en Turquie un terrain particulièrement profitable. Les avantages seront donc bien partagés, et en acceptant la Turquie, l'Europe aura ainsi atteint ses frontières naturelles. Exposant les motifs politiques de la demande d'adhésion de la Turquie, P. Tacar passe d'abord en revue les réactions défavorables, favorables et mitigées. La raison déterminante de l'initiative d'Ankara gît dans la volonté exprimée par la quasi unanimité de l'opinion publique turque: malgré certaines différences, le choix d'une société de type occidental est induscutable. L'intégration consolidera une démocratie jeune et fragile, mais qui montre un rétablissement progressif. La Turquie ne pouvait rester indifférente à l'élargissement vers le sud de la Communauté, et à l'approche de celle-ci vers le marché unique. Membre de l'OTAN, la Turquie doit pouvoir bénéficier, à part entière, du jeu des solidarités fondamentales. Enfin, elle peut espérer, à travers l'intégration, régler les questions bilatérales qui l'opposent à la Grèce. L'adhésion de la Turquie à la Communauté sera bénéfique pour toutes les parties concernées. Le point de vue de la Communauté est exposé par J. J. Schwed: il est à la fois sévère et nuancé. L'auteur constate que l'accord d'association afort mal vieilli et a laissé s'accumuler un contentieux entre la C.E.E. et la Turquie. Marché commun, la Communauté ne peut qu'être très sensible à l'application, dans des proportions dérisoires, de l'accord d'Union douanière; l'interprétation turque de la clause de la libre circulation des travailleurs ne peUl qu'inquiéter une Communauté qui compte 16 millions de chô11l.eurs ,. les exporta/ions de textiles

turcs on/naturellement déclenché le processus de sauvegarde d'une industrie textile européenne moribonde, mais néanmoins la Turquie reste le premier fournisseur de la Communauté; à la suite du. coup d'Etat de 1980, la

PRÉSENTATION

7

Communauté a bloqué tout nouvel engagement financier, le dernier protocole n'étant toujours pas honoré. Cela dit, la demande d'adhésion de la Turquie pose des problèmes particuliers. Le poids même de la Turquie a un côté dissuasif ,: comment mener parallèlement les négociations communautaires vers le marché unique et la négociation d'un nouvel élargissement? Economiquement, la Turquie a un taux d'inflation très élevé, un chômage fort lourd, une dette extérieure en augmentation, accorde encore des subventions à certains secteurs industriels,. politiquement, malgré les progrès accomplis, la situation des libertés publiques en Turquie pourra être mise en cause. Aussi, conformément à la procédure habituelle, le chemin sera long, difficile et semé d'embûches pour la Turquie. Mais la Turquie appartient à l'Europe, personne n'en disconvient, et la Communauté a une politique méditerranéenne qui suppose, pour son achèvement, l'intégration de la Turquie. Cette présentation - qui est aussi trahison - ne donne qu'une faible idée de la richesse des contributions, que le lecteur pourra apprécier directement à la lecture de ces Actes. Les communications donnèrent toutes lieu à des débats nou"is et souvent contradictoires, où chacun a pu affiner ses arguments. Enfin, une Table Ronde, reproduite à la fin de l'ouvrage, a encore fourni l'occasion de sérieuses mises au point. Quelles réflexions peut-on tirer des communications et des débats? Il s'avère, d'abord, que la Turquie ne désire nullement se limiter à jouer un rôle de pont entre l'Europe occidentale tt le Moyen-Orient, mais, ainsi qu'elle le fait déjà, entend exercer une mission d'intermédiaire actif. A cet égard, la baisse des revenus pétroliers, en ralentissant la pénétration turque dans certains pays moyen-orien.taux, a donné une dynamique nouvelle au choix de l'occident, à la demande turque d'intégration au Marché Commun. Du reste» les pays islamiques soutiennent la démarche de la Turquie» dans la mesure où ils espèrent qu'elle sera pour eux un avocat efficace. Pas plus envers la Turquie qu'envers quelque autre pays» la Communauté n'a de vision politique géostratégique et c'est pourquoi la position géographique si avantageuse de la Turquie n'entre pas en ligne de compte dans l'argumentation de Bruxelles: c'est là affaire de l'Alliance Atlantique. Cela signifie-t-.ilque la Communauté ne serait qu'un marché» qu'une aire économique, sans aucun ressort politique? On a fait remarquer, à juste titre» que» dans la mesure où elle fonctionne avec l'argent des contribuables, la Communauté ne peut rester insensible à l'opinion européenne dominante» lorsque celle-ci s'exprirne,à travers ses élus, notamment en matière de droits de l'homme et de libertés politiques et syndicales. A cet égard, si cet aspect n'a pas dominé les débats du colloque, cela ne signifie nullement qu'il puisse être considéré comme complètement résolu.

8

SALGUR KANÇAL ET JACQUES THOBIE

L'aspect culturel reste, lui, largement ouvert. Il ne nous paraît nullement démontré que l'Europe doive s'identifier à une quelconque civilisation chrétienne, du reste bien entamée. Par ailleurs, n'y a-t-il pas, en France seulement, deux millions de musulmans? Quant au poids des groupes tirant leur influence d'une dynamique résurgence de 11s1am, en Turquie même, cela reste, malgré de savantes études, pour une large part encore, une affaire d'appréciation. Comme il est naturel, s'agissant du Marché Commun, le débat fut amplement économique. Cette constatation peut sembler rassurante, car elle situe l'argumentation sur une base quantitative, et donc plus scientifique. Et pourtant, dans le cadre, qui plus est, d'une prospective, les séries statistiques peuvent prendre, suivant l'angle d'observation, des significations parfoisfort divergentes. Au demeurant, la confrontation économique n'est pas extérieure à toute considération politique: on le vit bien, à travers, par exemple, les problèmes de main d'œuvre, et donc ceux de la crise économique, dont le traitement a un aspect largement politique. Il semble, en définitive, qu'un quasi concensus ait pu s'établir sur la notion de délai, autour de l'an 2 000 : une "longue marche" est 'nécessaire, pour les deux: partenaires, la C.E.E. et la Turquie. Si la Turquie poursuit au rythme actuel de sa croissance, ces délais pourront être mis à profit, par exemple, pour conforter ces secteurs encore fragiles de l'industrie turque au stade peu avancé de la substitution aux importations, mettre en route certains grands projets, maîtriser l'inflation. Le temps également permettra à la Communauté, affrontée à l'échéance du marché unique, d'en faire une expérience concrète, d'en mieux: surmonter les contradictions, et de rendre ainsi moins brutal à la Turquie, le choc de l'intégration.

Salgur KANÇAL Jacques THOBIE

LA TURQUIE APPROCHES

AU CARREFOUR: ÉCONOMIQUES

Roland PEREZ

LES ENJEUX DE LA RECHERCHE AGRO-ALIMENTAIRE EN MÉDITERRANÉE

Je voudrais seulement introduire les exposés préparés par mes collègues de l'Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier (Centre International des Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéennes) en présentant quelques réflexions générales sur les enjeux de la recherche agro-alimentaire en Méditerranée.* Nous nous interrogerons, tout d'abord, sur l'intérêt que peuvent représenter des recherches sur la Méditerranée pour des organismes de recherche.

Nous présenterons ensuite un certain nombre de thèmes de recherche qui nous paraissent parmi les plus pertinents. Nous terminerons enfin par quelques réflexions sur les méthodes de recherche dans le domaine référence.

1.

L'INTÉRÊT DE LA RECHERCHE
?)

(Pourquoi

étudier

la

Méditerranée

Deux approches, que l'on oppose souvent, peuvent être proposées en se plaçant respectivement au niveau des objectifs généraux de la démarche
scientifique ou dans une perspective plus contingente.

*Cet exposé s'appuie sur une communication présentée par l'auteur sur le thème "La Méditerranée: fracture ou trait d'union entre l'Europe et les pays du Sud 1" à l'occasion d'une journée sur "Les relations économiques internationales dans le domaine agricole et agroalimentaire", organisée par le Conseil Scientifique du Département Economie et Sociologie Rurales de l'INRA (Paris, le 26 mars 1987). La préparation de cette communication a été l'occasion d'un débat avec plusieurs membres de la communauté scientifique intéressée par le thème, notamment à l'lAM Montpellier et à la Station ESR de l'INRA. L'auteur remercie les participants à ces discussions des observations et commentaires qu'ils ont bien voulu émettre. n reste cependant responsable des analyses présentées et des positions exprimées.

12

ROLANDPEREZ
comme objet de savoir)
méditerranéenne autre?

1. L'intérêt scientifique (La Méditerranée
On comme peut s'interroger sur la priorité donnée

à la zone

objet de recherches.

Pourquoi

cette zone

plutôt qu'une

Divers région

arguments

peuvent pour

être avancés l'économie générales

sur

l'intérêt scientifique et rurale. Ils

de

la

méditerranéenne aux

agricole

tiennent

principalement dans la période

caractéristiques

de cette région

et à leur évolution

contemporaine.

A) La Méditerranée existe comme Région du Monde
Si elle n'est plus une "économie-monde" au sens de Braudel et de Wallerstein, elle garde cependant suffisamment de traits distinctifs pour lui permettre de conserver une identité. Sans avoir à recourir au lyrisme braudelien, on se contentera de rappeler quelques évidences en relation avec notre objet de réflexion.

- Le milieu physique méditerranéen présente, au-delà d'une grande variété de situations locales, des dominantes, notamment en termes de pédologie et de climatologie, qui autorisent à parler d'Eco-système méditerranéen. Ainsi l'importance des zones arides ou semi-arides a fait de l'eau une contrainte majeure des agricultures méditerranéennes.
- La durée immémoriale de l'occupation des espaces méditerranéens par les civilisations qui s'y sont succédées a progressivement transformé ce milieu physique qui est de moins en moins "naturel" et de plus en plus "artificiel", faisant de l'aménagement de l'espace une préoccupation constante des sociétés méditerranéennes. - Si tout système agraire représente l'application de la dynamique d'un système social par rapport à un milieu physique donné, on ne peut s'étonner que les
systèmes agraires méditerranéens mettent en œuvre. soient, par excellence, le fait des sociétés qui les

- Unité ne veut pas dire uniformité. A toutes époques - même à celles correspondant à un ordre militaire - les rives méditerranéennes ont connu des sociétés correspondant à des modes d'organisation, voire à des niveaux de développement, très différenciés. Cette variété s'est exprimée tout le long de l'Histoire par une multitude de relations entre acteurs et groupes d'acteurs de la scène méditerranéenne. Selon les événements et les époques, l'impulsion venait

ENJEUX DE LA RECHERCHE

AGRO-ALIMENTAIRE

13

du Nord ou du Sud, et guerriers, religieux ou marchands en étaient les vecteurs, parfois alternatifs, souvent concomittants.
C'est cet ensemble de relations et l'interdépendance qu'elles entraînent entre les différentes parties riveraines qui fondent fidentité de fespace méditerranéen, de cette "mer entre les terres" dont la discontinuité même représente plus un moyen de communication qu'elle ne constitue une frontière naturelle.

Ceci explique la permanence et fimportance des relations intra-zone qui dans le domaine des échanges -notamment agro-alimentairescomme dans ceux des mouvements des capitaux et des hommes, ont été souvent plus intenses que les relations avec les autres zones géo-politiques.

B) La crise méditerranéenne comme archétype de la crise mondiale Si la Méditerranée n'est plus le centre du Monde -celui-ci se serait
déplacé quelque part vers le Pacifique- elle est cependant restée l'une des régions où les tensions internationales voire intra nationales y sont les plus extrêmes et prennent les formes violentes que l'on connaît. On peut, à cet égard, avancer que la zone méditerranéenne concentre les principaux paramètres de la crise mondiale actuelle:
_

affrontement Est-Ouest par alliés interposés, sans parler des présences militaires

directes.
.. opposition Nord-Sud repérable en fonction des indicateurs usuels (démographie,
niveau
_

de vie, structures

de production

et d'échanges,

endettement

extérieur,

...)

discrimination entre Etats pétroliers et non-pétroliers et utilisation contrastée de la rente pétrolière.

.. apparition de nouveaux facteurs de polarisation comme la montée de fintégrisme musulman.
Les économistes sont directement concernés par cette évolution rapide qui affecte tout particulièrement les rapports homme-espace et les équilibres socio.. économiques.

L'avènement à la souveraineté politique de nations autrefois colonisées ou dominées et le véritable "don du ciel" qu"ont représenté pour certains pays les découvertes pétrolières, ont pu faire croire à une modification majeure des
rapports de force dans la Région au profit d'un développement plus équilibré.

14

ROLAND PEREZ

En fait, les conflits qui ont secoué la Région - notamment les guerres israélo-arabes -, l'échec de nombreux plans de développement tant en termes d'industrialisation que de réformes agraires, la pression démographique et ses effets sur l'équilibre alimentaire, l'emploi, l'urbanisation et le cadre de vie, le retournement de la conjoncture pétrolière et, bien sûr, la Révolution iranienne, ont été autant facteurs de déstabilisation des parties Sud et, surtout, Est de la Méditerranée. De leur côté, les pays de la rive Nord ont connu une progression continue du chômage lié à la stagnation de la demande globale et à la mise en cause de r efficacité de leurs structures industrielles. Mais ces problèmes, aussi difficiles qu'ils soient, ne peuvent être comparés à ceux que connaissent ceux de la rive Sud. Au contraire, le processus irrégulier mais opiniâtre de construction d'un espace européen élargi depuis peu à la plupart des pays de la rive Nord
Méditerranéenne peut faire craindre une accentuation de la discontinuité Nord-Sud, et la création d'une "frontière méditerranéenne" que J.F. Drevet compare au "Rio-

Grande" .
Parallèlement à ces oppositions Nord-Sud, les crises récentes ont mis en relief la fragilité de l'Éco-système méditerranéen qui supporte de plus en plus
difficilement les agressions

-

en termes d'érosion,

de pollution,

d'incendies-

dont il est l'objet en raison des charges démograpbiques urbanisation incontrôlée.

subies et d'une

De part et d'autre des deux rives de la Méditerranée, apparaît urgent la maîtrise de cet éco-système et l'arrêt de sa dégradation; c'est, on le sait, l'un des objectifs du "Plan Bleu" lancé à l'initiative du PNUD. Ainsi paradoxalement, la Méditerranée contemporaine apparaît à la fois divisée et solidaire. Elle reste pour les Economistes - notamment les spécialistes des questions agricoles, agro-alimentaires et ruralesun lieu exceptionnel d'observation d'une réalité complexe où la Géographie, l'Histoire et l'Economie composent les trames d'un récit sans cesse renouvelé.

2.

Les intérêts nationaux (le rapport de la Science au Politique)
Le fait d'évoquer le problème sous cet angle pourra choquer.

Il n'est cependant pas à exclure, a priori, qu'un Etat se pose le problème du rôle de ses programmes de recherches par rapport aux objectifs généraux du pays.

ENJEUX DE LA RECHERCHE

AGRO-ALIMENTAIRE

15

On n'a pas à rappeler l'importance actuelle des enjeux méditerranéens sur l'équilibre international et plus précisément sur le rôle des Etats dans cette zone. Sans être lié à une "politique du drapeau", il n'est pas inconcevable de marquer l'importance qui en découle des recherches menées dans le domaine
méditerranéen. Il Y a, cependant, plusieurs façons de considérer cet enjeu:

-La plus restrictive serait de considérer de grands Instituts nationaux de recherche
comme de simples bureaux d'études au service des responsables publics, par exemple dans le cadre des négociations prévues avec le GATf. Les équipes de recherche concernées risqueraient de perdre à la fois en cohérence et en
indépendance.

Sur ce plan, il conviendrait plutôt de permettre une plus grande mobilité des chercheurs vers les grandes Administrations auprès desquelles ils pourraient temporairement exercer une fonction de consultant.

- Une

conception plus large pose le problème de l'enjeu national sur le terrain scientifique.

Les caractéristiques de l'espace méditerranéen, les intérêts qui s'y expriment, les tensions qui en découlent, font de cette zone un lieu exceptionnel d'observation des problèmes contemporains. Elle devient par-là un lieu de
confrontation des méthodes et des appareils scientifiques. un Sur ce plan, il est important de garder à la recherche sur la Méditerranée aspect ouvert bénéficant de plusieurs "entrées".

II. TERRAINS ET THÈMES DE RECHERCHE Méditerranée 1)

(Quoi étudier en

Avant de présenter quelques propositions en la matière, il convient de lever une ambiguïté qui, à nos yeux, caractérise les intitulés mêmes .qui ont été proposés. S'intéresse-t-on exclusivement aux relations économiques internationales ouà l'ensemble marchandises-hommes-capitaux. Nous adopterons une interprétation large posant comme objet d'analyse l'ensemble de la zone et faisant des échanges internationaux (intra et inter-zones) une composante, certes majeure, mais nonexclusive de l'économie
méditerranéenne.

16

ROLANDPEREZ

Une typologie des problèmes et thèmes est toujours risquée, mais on peut la tenter en mettant l'accent sur les aspects des plus cruciaux par rapport aux enjeux de la recherche.

1. Les transformations des économies alimentaires des pays méditerranéens

agricoles

et

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Il est un fait que notre base de connaissances est très inégale selon les pays considérés en fonction notamment de l'Histoire qui a fait que certains d'entre eux sont plus que d'autres liés au système français de recherche.

A l'inverse, notre information scientifique est insuffisante sur des pays comme par exemple la Turquie qui constitue une puissance agricole non négligeable et dont les réalisations dans ce domaine apparaissent tout à fait
remarquables.

Au delà d'une meilleure ttcouverturett de l'ensemble méditerranéen, il conviendrait de renouveler un certain nombre d'analyses anciennes, compte-tenu de révolution des méthodes et surtout de la rapidité des transformations que connaissent les pays concernés. Par ailleurs, on note une grande hétérogénéïté liée à la fois à la diversité légitime des problématiques et à celle, plus discutable, de la qualité des
instruments de recherche.

Ce constat amène à recommander de remettre à l'honneur des études d'économie comparée permettant à une institution ou à un réseau d'étudier une catégorie de problèmes dans des conditions d'exigence comparables. Certaines institutions internationales comme la Banque Mondiale, le FAO ou l'OCDE ont ouvert la voie, mais il conviendrait que la recherche française puisse également effectuer un certain nombre d'études systématiques sur le Bassin Méditerranéen dans le domaine agricole et agro-alimentaire. Ces études devraient porter aussi bien sur l'économie agricole et agroalimentaire des différents pays méditerranéens que sur des problèmes communs à plusieurs pays ou à l'ensemble de la zone.

Les thèmes qui nous paraissent les plus porteurs-en plus des thèmes sectorielsabordésci-après-sont:
- l'étude des conditions générales de l'activité agricole notamment en matière d'aménagement des zones sèches (hydraulique,...)

ENJEUX DE LA RECHERCHE

AGRO-ALIMENTAIRE

17

- l'étude des structures et des politiques foncières,
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l'analyse des exploitations agricoles, de leurs conditions de fonctionnement et
de leurs performances,

de financement,
_

l'étude, proche de la précédente mais cependant spécifique, des ménages

agricoles, de leurs conditions de vie, de la pluriactivité, de leur insertion dans les sociétés rurales,. .. l'étude des institutions de développement et de vulgarisation, du rôle qu'elles jouent dans l'organisation de la société rurale et de sa transformation, en
particulier en ce qui concerne la diffusion des technologies,
_

_

économique générale émeutes de la faimu-.

l'étude de l'articulationentre politiqueagricole,politiquealimentaireet politique - cf. le dilemne : "affronter les experts du FMI ou les

2. La dynamique des filières agro-alimentaires et des marchés internationaux et leur incidence dans l'espace méditerranéen Nous touchons là, plus directement, au domaine des échanges internationaux, mais même à ce niveau on ne saurait faire abstraction de la situation des différents pays concernés et des marchés intérieurs qui leur
correspondent.

Dans l'éventail des filières ainsi étudiées on serait tenté de faire une distinction entre celles pour lesquelles la région méditerranéenne constitue une zone de production et/ou de consommation dominante (ex. huile d'olive) et celles pour lesquelles cette région constitue une composante parmi d'autres du système mondial (ex. céréales). Cette distinction, a priori rationnelle, est cependant moins évidente dans les faits dès l'instant que les productions agricoles et alimentaires peuvent faire l'objet, comme on le sait, de décisions de substitution à travers les filières concernées; par exemple, la filière oléicole ne saurait être isolée des autres filières oléagineuses. Ceci amène à poser comme principe que l'on ne saurait étudier la zone méditerranéenne et les relations économiques internationales qui s'y nouent sans prendre comme référentiel les composantes du marché mondial des produits concernés, même si l'on sait que la plupart des produits agricoles sont échangés sur un marché très fragmenté compte tenu de l'importance des relations bilatérales et des accords inter-gouvernementaux.

18

ROLAND PEREZ

Cela est particulièrement .le cas si on descend, comme il convient, au niveau de la stratégie des acteurs (grands "traders", groupes agro-alimentaires, etc. ..) qui sont autant de vecteurs dans la réalisation de ces échanges.

3. La construction européenne et ses effets de structure économies de la région et sur le système d'échanges

sur les

Les différentes nations méditerranéennes ont depuis longtemps fait l'objet de tentatives plus ou moins réussies de regroupement ou de mise en place de politiques économiques concertées. De ces tentatives, la plupart ne sont restées que velléités, voire ont subi des échecs cuisants; c'est le cas particulièrement des projets concernant les pays arabes malgré la création d'organismes communs tels que rOADA (Organisation Arabe de Développement Agricole), et c'est d'ailleurs un objet d'analyse que d'étudier les conséquences de ce manque d'unité des pays de la rive Sud sur les politiques agro-alimentaires et les systèmes d'échanges. Un de ces projets est devenu progressivement une réalité qui tend à bouleverser la géopolitique de la zone méditerranéene ; il s'agit de la construction européenne et tout particulièrement de la mise en place de la Politique Agricole Commune (p.A.C.) : Le poids que représente la PAC dans le budget européen, le rôle du facteur agricole dans les procédures d'élargissement de l'Europe vers le sud, constituent peu à peu un facteur majeur de transfonnation de la région. Actuellement, la quasi-totalité des pays méditerranéens sont à l'intérieur de la Communauté ou appartiennent aux Pays Tiers Méditerranéens (PTM). Les accords déjà réalisés ou ceux en cours de négociation constituent ou constitueront les éléments cadres du système d'échanges par rapport auxquels il conviendra d'apprécier l'évolution des politiques agricoles et agro-alimentaires. Certains effets étaient attendus comme les difficultés enregistrées dans certains pays tiers pour des exportations traditionnelles (tomates du Maroc), d'autres sont plus nouveaux bien que prévisibles, ainsi l'entrée en force des produits de l'Europe tempérée dans les nouveaux pays membres (les exportations françaises agro-alimentaires en Espagne ont augmenté de près de 80 %). C'est, en effet, une typologie en trois groupes correspondant respectivement à la C.E.E. "nordique", à la C.E.E. Méditerranéenne et aux Pays Tiers Méditerranéens qu'il convient de traiter plutôt qu'une simple dichotomie Nord-Sud.

ENJEUX DE LA RECHERCHE AGRO-ALThffiNTAIRE

19

Beaucoup d'indicateurs (niveau de vie, importance de la population active agricole, etc...) séparent chaque groupe de pays dont les éléments sont soumis à une compétition exacerbée intra et inter groupes, ainsi qu'avec d'autres zones (tout particulièrement les USA) En résumé, l'ensemble des ces trois niveaux d'analyse -la dynamique des économies nationales méditérranéennes, celle du système d'échange comme soussystème de l'économie mondiale, les effets structurants de la PAC et des négociations C.E.E. - Pays Tiers- ainsi que leurs interactions respectives, nous paraissent constituer les axes majeurs des recherches à mener.

nI.

MÉTHODES (Comment étudier la Méditerranée

?)

y a-t-il des méthodes de recherche propres à la zone méditerranéenne? On peut pour cette région comme pour d'autres rappeler les conditions qui, à nos yeux, caractérisent la recherche en économie appliquée.

Les économistes impliqués dans un espace de connaissances identifié par un objet social précis - ici l'Agricole, l'Agro-Alimentaire, le Rural - se doivent de respecter plusieurs conditions:
_

se mettre dans une position de dialogueavec les collèguesdes autres disciplines,

afin de mieux comprendre notre objet commun de recherche et de faire avec eux œuvre de pluridisciplinarité.
_

apporter une contribution incontestable et de ne pas se contenter d'un discours
masque le caractère superficiel.

normatif dont parfois le ton péremptoire

En bref, Economistes, Sociologues, Géographes... doivent viser à être de bons "professionnels" dans leurs disciplines respectives et prendre soin d'adopter une démarche d'autant plus rigoureuse que leurs analyses ne se prêtent souvent pas aux mêmes protocoles de validation que celles des sciences autorisant l'expérimentation. Pour ce qui concerne la région méditerranéenne quelques spécificités apparaissent: a) La première concerne la délimitation du champ d'analyse et les problèmes d'information qui en découlent.
Traditionnellement, les pays méditerranéens sont regroupés en deux grands ensembles qui se rattachent, selon le pays concerné au "Nord" ou au "Sud", avec

20

ROLAND

PEREZ

les problèmes de frontières tels que ceux posés par la Turquie, Israêl, etc. Ainsi la FAO traite les pays méditerranéens à travers deux de ses directions régionales (Europe et Afrique du Nord-Moyen-Orient).

Cette situation est source d'hétérogénéïte pour les statistiques
disponsibles. TIexiste peu de systèmes d'informations couvrant spécifiquement la zone et nous avons rappelé la nécessité de disposer d'une base de connaissances suffisamment stable et homogène. A cet égard, la constitution et le développement de banques de données méditerranéennes nous paraîssent une priorité. b) La seconde concerne l'articulation des méthodes de recherche. J'ai déjà rappelé la nécessité pour les chercheurs en sciences sociales de se mettre en position de dialogue avec les collègues des autres disciplines (agronomie, géologie, climatologie, etc...) dès l'instant qu'ils travaillent sur un terrain commun. Il est aussi nécessaire que ce dialogue ait lieu à l'intérieur des sciences sociales. En Méditerranée, peut-être plus qu'ailleurs, les relations économiques internationales ne peuvent s'étudier avec les seuls instruments de l'analyse économique; ceci en raison essentiellement de la situation de crise que connaît la région -notamment dans sa partie Est-ce qui modifie fondamentalement les comportements des acteurs (cf. décisions sur les marchés des blés).
Ce constat n'implique pas un rejet des instruments de l'analyse économique mais une relativisation en fonction des problèmes étudiés. Ici, l'analyse en terme de prix, de taux de protection, de balances commerciales sera féconde et permettra d'éclairer les responsables impliqués dans une négociation.

Ailleurs, elle sera largement illusoire et il conviendra d'utiliser d'autres approches moins directement fondées sur l'analyse des échanges immédiats (sphère de la circulation) et prenant plus en compte les caractéristiques structurelles des sociétés méditerranéennes, de leurs systèmes productifs et les déterminants de leur évolution. c) Des observations comparables peuvent être présentées à propos d'un autre dilemne qui, classiquement, partage notre communauté scientifique, à savoir le débat quantitatif-qualitatif Le recours aux méthodes quantitatives doit être recherché chaque fois que cela est possible. Cela suppose une amélioration du système d'information statistique dont on a rappelé l'hétérogénéité. Compte-tenu des incertitudes qui affectent la zone, on peut également utiliser les voies de la modélisation en observant, qu'à l'exception du Plan Bleu, peu de modèles internationaux couvrent spécifiquement le champ méditerranéen.

ENJEUX DE LA RECHERCHE

AGRO-ALIMENTAIRE

21

Cependant, il apparaît souhaitable de ne pas se figer sur ces méthodes quantitatives, dont la rigueur n'est parfois qu'apparente, et de recourir aussi à des méthodes qualitatives (par exemple des études cliniques).

d) La dernière spécifité concerne le développement inégal des systèmes de recherche nationaux. Les nations riveraines ne sont pas dans des situations historiques idenûques ; certaines d'entre elle n'ont accédé que récemment à l'indépendance politique et n'ont que progressivement et d'une manière fragmentaire mis en place des institutions de recherche. En termes clairs, le souci de rendre homogène l'objet d'analyse ne doit pas entraîner un processus de recherches externalisé mais doit être envisagé par la mise en place de véritables réseaux associant les différents partenaires des pays concernés. Des initiatives en ce sens devraient contribuer à la création d'une communauté scientifique -méditerranéenne à laquelle les institutions nationales devraient apporter une contribution active. A cet égard, et à travers le renouvellement des méthodes, c'est à une modification de la problématique que nous appelons. La recherche sur la Méditerranée doit s'efforcer d'apporter un nouveau regard sur son termin d'études, moins "national" et plus "méditerranéen" tout en situant cette MéditetTanée dans son contexte international. C'est à ce prix qu'elle fera un meilleur travail scientifique.

SelmaONCÜOOLU

POUR UNE PROBLÉMATIQUE DE LA COMMERCIALISATION DES FRUITS ET LÉGUMES FRAIS EN TURQUIE
L'URBANISATION: FACTEUR MOTEUR

La production des fruits et légumes frais a enregistré une forte croissance depuis les années 60. L'urbanisation rapide, l'élévation du pouvoir d'achat et l'amélioration du réseau routier national sont autant de facteurs qui ont joué en ce sens. L'augmentation de la production de la filière a ~ur origine l'extension de la superficie cultivée, l'amélioration des rendements et une commercialisation plus dense des fruits et légumes cultivés, accompagnées d'une diminution de l'autoconsommation. L'urbanisation en Turquie a accentué les déséquilibres régionaux. L'industrialisation très polarisée dans la région ouest a suscité un exode rural et en 1980 la population urbaine de cette zone représentait déjà 35% de la population urbaine nationale2. L'Anatolie centrale par la présence d'Ankara ainsi que ..la région méditerranéenne sont relativement urbanisées. Par contre, les régions de la Mer Noire et surtout de l'Est de l'Anatolie le sont moins. Ce déséquilibre régional est accentué par les différences climatiques qui avantagent les côtes Sud et Ouest du pays. Engendrée par la croissance de la population surtout urbaine, la production des fruits et légumes frais répond largement à cette demande. Le taux moyen annuel de l'augmentation de la production des fruits frais est de 4,8% entre 1964 et 1984 et celui des légumes frais de 5,4%. Pendant la même période la population nationale s'est accrue de 2,2% et la population urbaine de 4,1% par an3.

Les écarts de revenus par rapport à une moyenne nationale sont à l'avantage des grandes villes de l'Ouest et de la capitale4. Pour les fruits et légumes, les grandes villes s'approvisionnent dans leurs hinterlands immédiats mais aussi dans d'autres régions productrices. Par conséquent les régions Nord-

24

SELMA ÔNCÛOOLU

Est, Sud-Est et Est du pays, écologiquement défavorisées et économiquement pauvres sont, en outre, mal approvisionnées en fruits et légumes. Le facteur déterminant de cette mauvaise répartition est essentiellement le système de commercialisation. UNE DEMANDE JNTF.RmuRE POfENTIELLEMFNT IMPORTAN1E

La croissance démographique, l'élévation du pouvoir d'achat, laissent supposer une hausse de la production horticole à l'avenir. Cet accroissement est directement lié à une extension des marchés et à l'évolution du pouvoir d'achat des différentes strates socio-économiques. En 1981-82, une enquête nutritionnelle a montré16 qu'un citadin d'Istanbul consommait 226 kg de fruits et légumes frais par an alors qu'un paysan de l'Est de l'Anatolie n'en consommait que 27 kg. 70% de ce total, pour ce dernier, étaient composés de pommes de terre, d'oignons, de tomates, de pastèques et melons, contre 40% pour le résident d'Istanbul. Les diverses enquêtes nutritionnelles effectuées en Turquie témoignent de ces différences. On constate des niveaux de consommation relativement bas dans les régions Nord et Est de l'Anatolie. Le large éventail de plus de 80 variétés produites dans le pays ne se réflète pas dans la composition de la consommationl4a. La part des dépenses pour les fruits et légumes frais dans le panier de la ménagère est importante même pour les très bas niveaux de revenus. Cette proportion s'accroît avec l'élévation du niveau de revenu particulièrement pour les fruits frais et à un moindre degré pour les légumes. Selon les résultats de l'enquête de 1984, les différences saisonnières dans ]a consommation s'estompent pour les groupes de revenus élevés24. Les élasticités de la demande par rapport au revenu changent entre 0,0085 (pommes de terre) et 0,293 (céleri) pour les légumes frais et entre 0,156 (oranges) et 0,454 (poires) pour les fruits (Fonctions log-log pour l'année 1978n9)6. Dans l'enquête nutritionnelle de 1984, les mêmes élasticités pour la Turquie sont de 1,481 pour la consommation des fruits hivernaux et de 0,782 pour celles des fruits estivaux. Pendant la période d'été, l'élasticité de ]a demande par rapport au revenu est de 0,151 et pendant l'hiver de 0,235 en ce qui concerne la consommation des légumes frais. Actuellement, la demande se dirige vers les fruits et légumes de grande consommation en raison d'un prix relatif plus faible et d'une meilleure distribution. Or, les prix de détail apparaissent comme un frein à la demande. Leurs fluctuations saisonnières et régionales influent sur la variété et les quantités consommées. Les strates socio-économiques modestes sont d'autant plus défavorisées qu'elles sont éloignées des zones de production. Les niveaux élevés de prix de détail rendent le marché des fruits et légumes frais attractif pour les producteurs mais essentiellement pour les commerçants. Malgré leur cherté,

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SELMA ÔNCÜOOLU

la demande pour ces denrées est forte. Donc, la consommation stagne mais ne regresse pratiquement pas. Or, on peut supposer que l'accroissement des qualités consommées s'accompagnera d'une diversification des produits. Une augmentation dans le revenu n'apportera pas. seulement des hausses de quantités consommées mais aussi une amélioration de la corbeille de fruits et légumes par l'élargissement de l'éventail des variétés consommées. La demande des industries alimentaires est également en progression rapide depuis les années 7014e. Ces industries ont une capacité totale maximale de près de 1 000 000 de tonnes de fruits et légumes par an, mais leur utilisation de capacité en 1983 était d'environ 18%. Cette activité a une production potentielle qui peut devenir effective si apparait une demande de produits en conserve; cet accroissement peut engendrer une hausse de leur demande de produits frais.

EXPORTATIONS: UNE FONCTION

DE LA PRODUCTION

Les exportations sont devenues porteuses pour révolution de la filière depuis la seconde moitié des années 70, mais surtout à partir de 1980, avec les nouveaux marchés constitués par les pays du Moyen-Orient. Si la production est surtout destinée à la demande intérieure, les mesures d'encouragement prises par les autorités publiques motivent quelque peu les agriculteurs à s'orienter vers l'horticulture, particulièrement sous serre, dont les produits sont destinés exclusivement à l'exportationl. Toutefois, ces aides ont seulementpermis de faire passer la part des exportations dans la production totale de 1,54%en 1979 à 3,09% en 1984 pour les fruits et de 0,49% à 2,07% pour les

légumesl5.
Ces mesures d'encouragement, dans leur quasi-totalité, sont favorables aux exportateurs (détaxation, exemption des droits de douane, crédits à l'exportation, allocation des devises étrangères, y compris pour le pré-financement) qui deviennent plus nombreux2. Tant dans l'évolution des volumes exportés des agrumes que sur le plan de leur conditionnement on remarque une régularité, qui laisse à croire que, si les exportations des fruits et légumes atteignent un certain niveau, les installations infra-structurelleE répondront alors mieux aux besoinsl4a. En 1981, 55% des exportations totales de produits alimentaires sont destinées aux pays du Moyen-Orient, 23% aux pays du bloc socialiste et 17% aux pays européens2'3.Cet accroissement des exportations n'a toutefois pas encore suscité une hausse significative des productions.

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SELMA ONCÜOOLU

Une absence quasi-totale de l'organisation, de l'information sur les marchés extérieurs et de pratique du marketing, façonne la structure de commercialisation de la filière. Les difficultés de stockage et de transport réfrigérés et de normalisationgrèvent lourdementson fonctionnement Donc, une
partie des produits exportés sont d'abord envoyés en vrac vers d'autres pays pour y êtte triés et conditionnés et sont alors ré-exportés2.

DOMINANCE D'UN SYSTÈME ARCHAÏQUE CIRCUITS DE LA COMMERCIALISATION

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Le système de commercialisation des fruits et légumes frais est marqué, avant toute chose, par un grand nombre d'opérateurs à tous les stades de la distribution. Les marchandises qui suivent le circuit du marché réglementaire représentent 20 à 40% du volume total des fruits et légumes commercialisés, le reste prend des circuits dits hors-marchés et échappe à tout contrôle et réglementation municipale26. Que ce soient les circuits du marché ou les circuits hors-marchés, on rencontre plus d'un opérateur qui interfère dans la distribution et augmente les marges de la commercialisation (Tab1.3)

A. Au stade du commerce de gros
Les ramasseurs locaux (ilk toplaYlcl) sont, dans la plupart des cas, le premier lien entre le producteur et les autres opérateurs. D'une façon générale, ils achètent forfaitairement la récolte sur pied au producteur, en assument la cueillette, le triage, l'emballage et le transport jusqu'aux Halles de gros locales. Ils consentent également des prêts gratuits aux agriculteurs. Les ramasseurs, en contrepartie des risques de mauvaises récoltes, paient aux co-contractants un prix inférieur aux prix du marché2o. Un autre groupe d'agents-intermédiaires très puissant sur le marché est celui des courtiers (simsar). Ils sont présents au premier stade de la commercialisation. Ils forment le lien entre le producteur et le grossiste des Halles de gros des Centres de consommation et accomplissent rarement des fonctions techniques. Leur rôle est celui d'informateur, d'interface. Leur
commission représente de 1 à 2% de la somme payée au producteur17.

Les commerçants-expéditeurs (sevkiya.tçl tüccar), constituent aussi un groupe d'opérateurs très puissant; ils établissent le contact entre le marchand-

CO:MMERCIALISATION

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Les grossistes des Halles de gros locales (toptancz hall komisyoncularz)

ont une commission de 8%, fixée par la Mairie, sur le prix de gros de la marchandise. Sur les 2566 grossistes recensés en 1980 dans le commerce des fruits et légumes, près de 53% avaient un fonds de roulement de plus de 5 millions de L.T. Ils forment 50% des grossistes du commerce alimentaire qui disposent d'un fonds de roulement de cette grandeur. Les firmes d'exportation et les exportateurs intègrent cette statistique. Outre ces opérateurs, les camionneurs et les manutentionnaires peuvent acheter et expédier ]a récolte locale vers les centres de consommation. Le groupe qui intervient le plus fréquemment est celui des marchands-détaillants des centres de consommation. Ce circuit hors-marché est pratiqué plutôt pour les fruits et légumes très fragiles et volumineux comme ]a pastèque, le melon ou la tomate. Les marges de commercialisation sont élevées malgré le faible nombre
d'opérateurs.

Au stade de gros, on rencontre aussi des coopératives de vente.

A part

celles fondées pour la commercialisation des agrumes14e, ce sont plutôt des établissements paravent formés par les grossistes arm de disposer d'un local dans les Halles de gros locales ou des centres de consommation. Elles réalisent le même travail que les grossistes, mais avec une marge de seulement 7%14e. Elles

achètent au poids ce qui est plus avantageux pour le producteur. Mais leur puissance sur le marché de gros est très réduite, voire nulle. Elles ne peuvent contrôler que 5% du volume total des produits.

Au stade du commerce de gros, le groupe des commerçants formé par le ramasseur local, le courtier, le commerçant-expéditeur et le commerçantcommissionnaire, commercialise entre 50 et 60% des fruits et légumes fraisl4e, 17,20. En 1980, la part des villages qui préfèrent vendre leurs produits
agro-alimentaires aux commerçants est de 48,4% et ceux qui préfèrent confier leur récolte aux coopératives de producteurs est de 6,7%3.

CO~RCIALISA

TION DES FRUITS ET LÉGUMES FRAIS

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B. Au stade du commerce de détail
Les magasins de détail de fruits et légumes, les marchands détaillants sur les marchés ouverts des. villes, les superettes, les colporteurs, constituent le groupe d'opérateurs au stade de détail. Toutefois, les plus nombreux dans les grandes villes sont les marchands-détaillants et les marchands de quatre-saisons. Les marchands des marchés ouverts sont les plus nombreux et sont puissants quant au volume de la marchandise qu'ils écoulent. Leur marge de commercialisation varie entre 10 et 3% du prix de détaill4d, mais il semble qu'ils bénéficient du maximum dans de nombreux cas. Les magasins de détail des fruits et légumes sont de petite taille. En 1980, 2,7% seulement d'entre eux ont un fonds de roulement de plus de 5 millions de L.T. et près de 75% ont un fonds de roulement de moins d'un million de L.T.5. TIsne peuvent pas s'équiper d'entrepôts nécessaires à leur activité. La détérioration subie par les produits et les fluctuations des prix d'achat peuvent avoir des conséquences importantes. Afin de pallier cette situation, ils appliquent la marge maximum autorisée (40%)14e. Ils assument le chargement de la marchandise des Halles de gros de centres de consommation, le transport et le déchargement à leur magasin. Leur marge nette varie entre 7 et 15% du prix de détaill? La taille des superettes d'alimentation ne leur permet pas d'avoir une intégration verticale dans la chaîne de distribution. Toujours en se fiant. aux résultats du recensement de 1980, nous observons que 17% d'entre elles ont un fonds de roulement de moins d'un million de L.T. et 36% de plus de 5 millions de L.T.5 Dans leur approvisionnement, elles suivent un circuit long et ne sont pas en mesure de réduire leurs marges de commercialisation.

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c.

Au stade du commerce extérieur

Une multitude d'exportateurs, dont les fonds de roulement sont limités, concurrencent les grandes firmes d'exportation en baissant les prix pour s'accaparer le marché. Toutefois, on observe depuis le début des années SO, une polarisation des exportateurs et une concentration des capitauxl4c et pour lutter contre ces actions individuelles et ponctuelles, les groupements des sociétés de commercialisation, sous le nom de MEPESAN, ont été fondés avec l'aide de la Banque Mondiale, de la Banque Agricole de la République de Turquie et des Coopératives Agricoles de Crédit sous la coordination de l'Office de la Planification d'Etatl4c. Leurs lieux d'installation sont les zones de production: Antalya, Mersin, Bursa, et tzmir. Les producteurs et les exportateurs sont aussi actionnaires. Ils sont chargés d'accomplir le conditionnement, la standardisation et l'emballage des fruits et légumes, et de trouver des débouchés extérieurs. Ces

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SELMA ÙNCÜOOLU

regroupements ont les mêmes problèmes de financement que les coopératives agricoles de vente et sont, presque dès le départ, voués à l'échec.

LA QUASI-ABSENCE CONDITIONNEMENT

DES FONCTIONS

TECHNIQUES

DE

La majorité des fruits et légumes frais destinés au marché intérieur ne reçoivent aucun conditionnement; ils sont mis en caisse sur l'exploitation agricole et sont ainsi proposés en vrac au consommateur, ce qui engendre une détérioration des produits. La standardisation pour le marché intérieur n'est pas obligatoire, et existe pour quelques variétés de façon à sensibiliser les producteurs aux exigences des normes internationales. Cette situation augmente la négligence des opérateurs quant aux opérations de triage, qui demeurent sommaires. La standardisation du matériel d'emballage fait également défaut; c'est la principale cause de détérioration d'une partie de la récolte pendant le chargement et le transport. Néanmoins, 30 à 40% de certains fruits et légumes (pêches, fraises, raisins, poivrons verts et haricots verts) passent par les centres d'emballage. Pour les agrumes, 14% des exploitations de petite taille contre 46% des grandes
exploitations utilisent ce service 17.

Stockage et conservation à froid, ainsi que pré-stockage, sont des étapes de conditionnement peu utilisées pour les fruits et légumes destinés au marché intérieur, à l'exception des agrumes; notons aussi l'utilisation des cavernes transformées en dépôts naturels froids, dans la région de Cappadoce, grâce aux conditions climatiques très spéciales21. Même ce système simple de conservation assure un écoulement de ces produits mieux étalés sur l'année et une distribution régionale plus équilibrée. Si la conservation à froid pouvait permettre un stockage allant de deux à quatre mois, cela apporterait une certaine stabilité des prix au stade du détail et réussirait même à modifier la structure de la demande. Or, la standardisation, la conservation à froid et le transport frigorifique, sont des services appliqués essentiellement aux fruits et légumes frais destinés à l'exportation, parce qu'obligatoires ou indispensables. Mais ces services ne couvrent pas la totalité des marchandises exportées ou sont mal faits, ce qui déteint sur l'image de marque des exportateurs. Le transport des marchandises se fait par le réseau routier, par des camions, à petit ou moyen tonnage à plateforme ou à ventilation. Les camionneurs, en général propriétaires de leur véhicule, ont un quasi-monopole du marché et sont partiellement responsables, par la modulation de leur marge, de la hausse des prix17.

COMMERCIALISATION

DES FRUITS ET LÉGUMES

FRAIS

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Pour des fruits et légumes à exporter, le ttansport frigorifique routier maritime est assez répandu. Mais dans les deux derniers cas, les faiblesses l'organisation grèvent leur fonctionnement. Le transport maritime est le type transport le moins onéreux, mais n'est pas utilisé aussi fréquemment qu'il devrait

Les producteurs agricoles sont ttès lésés en matière de financement. L'obtention des crédits agricoles alloués par les coopératives agricoles et la Banque Agricole est ttès difficile, voire hors d'atteinte pour les petites et moyennes exploitations. La taille de l'exploitation moyenne horticole étant de 0,4 à 1 hectare17, on peut facilement déduire les difficultés qu'éprouvent l'agriculteur quant au financement de ses intrants de production et de la commercialisation de ses produits.

LES PRINCIPAUX COMMERCIALISA

COMPOSANTS TION

DES COÛTS

DE

Les marges. Les coûts de commercialisation se composent des frais de manutention, du transport et des marges des opérateurs. Les frais de manutention et de transport se composent de la main-d'œuvre (cueillette, chargement et déchargement), de l'acheminement des zones de production vers les centtes de consommation, de l'emballage et de l'entteposage. Les pertes sont comprises dans les frais. Si le produit est distribué par les Halles de gros, les taxes municipales, la TVA et les commissions, sont comprises dans ces frais et sont facturées aux producteurs. Les frais de commercialisation, au stade de détail, se composent des frais de transport, des pertes et des coûts d'entreposage. Les marges nettes varient entre 4 et 14% du prix de détail pour les ramasseurs locaux, entte I et 23% pour les commerçants-expéditeurs, autour de 8% pour les grossistes-commissionnaires, entte 2 et 23% pour les camionneurs et entte 14 et 17% pour les détaillants. Ces marges changent suivant la variété et la fragilité des fruits et légumes commercialisés. Pour les denrées ttès périssables et volumineuses, elles diminuent en raison de l'importance des pertes. Néanmoins, l'existence de risques élevés influencent largement les spéculations et généralement les opérateurs augmentent leurs marges nettes même sans avoir de raisons concrètes de le faire. Dans le cas d'achats consignés effectués par des commissionnaires, les marges peuvent varier entre 12 et 15%, même si la commission admise par les municipalités s'établit précisement à 8%. Dans l'enquête effectuée en 198417, trois circuits principaux sont apparus comme les plus fréquents. Le premier qui est largement suivi dans

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l'acheminement des agrumes, de la laitue et des pastèques est un circuit court (Tab.4). Dans ce circuit, la part du prix de détail qui revient à l'agriculteur n'atteint pas 50%. Dans le deuxième circuit, le nombre d'opérateurs est important, et la part qui revient au producteur assez basse (Tab.5). Le producteur reçoit une part qui varie entre 14 et 30%. Les marges brutes des grossistes-com<missionnaires locaux ou des centres de consommation sont relativement moins fluctuantes. Dans le troisième circuit, qui est le plus fréquent, la part des prix de détail qui revient au producteur est plus élevée que dans les autres circuits. Là, le producteur est bien payé, la marge des marchands des marchés ouverts diminue comme on le remarque pour les agrûmes (Tab.6). Quant aux frais, pour tous les opérateurs, le transport, le chargement et le déchargement, les taxes municipales, la TV A et la commission en sont les principaux composants. Le ramasseur local, le commerçant-expéditeur, ainsi que les coopératives des Halles de gros d'Ankara y ajoutent les frais d'emballage, de triage et de nettoyage. Pour les détaillants, les mêmes frais sont observés avec, en plus, le loyer du stand, les frais de gardiennage et les salaires du personnel (pour les marchands-détaillants) et les frais inhérents aux locaux (pour les autres détaillants) . Pour le commerce de gros, les marges nettes ne dépassent pas 40% des marges brutes, tandis que pour les transporteurs et les détaillants, la part des marges nettes dans les marges brutes sont très élevées. Particulièrement les marges nettes observées dans les magasins de détail. Dans tous les cas, nous remarquons que le producteur reçoit en principe moins de 50% du prix de détail et la majorité du prix payé par le consommateur reste dans la chaîne de distribution. Formation des prix de détail. Elle se fait, outre les coûts de la commercialisation, par les spéculations autorisées par la loi du marché. Le caractère saisonnier et la fragilité des fruits et légumes frais laissent la voie libre aux arbitrages qui sont responsables des hausses des prix en avant et arrièresaison. L'absence d'une intégration de la filière rend les opérateurs très puissants dans la formation des prix. Par contre, une intégration verticale engendrerait tout de suite la diminution des marges de la commercialisation par la réduction du nombre d'opérateurs. Cette absence d'intégration de la fillière est responsable de l'insuffisance des installations, du conditionnement. D'autre part, elle crée une coupure entre les producteurs et les consommateurs. Même si l'intégration ne peut pas produire

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