Un baiser d'ami

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Publié le : mardi 27 mars 2012
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EAN13 : 9782296165854
Nombre de pages : 192
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Couverture: Guy Darbon Crédit photographique: Montserrat Santamaria

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Collection de romans policiers, dirigée par Felipe NAVARRO.

Déjà parus: Un de ces jours de Andreu Martin. A paraître: Anthologie de la nouvelle policière américaine de Olver de Leon. Sirocco de Vincente Battista. latino-

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L'aribeennes

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5, rue Lallier 75009 Paris

Roman traduit de «Beso de Amigo»
C> Juan Madrid, 1980.

CO Editions CARIBEENNES, 1988. Pour la traduction française. ISBN: 2-87679-026-2

Salut, Manolo Longares.

Remerciements Mon père, Juan Madrid Conejo, m'apprit qu'avec un peu de rigueur, on peut raconter des histoires amusantes. Les siennes étaient merveilleuses. J'ai également compris grâce à Alex, Enrique et Miriam que savoir les écouter est également un art. Je dois sincèrement remercier Juan Arteche, sa femme Juanita et Paula, d'avoir eu le courage de lire le manuscrit jusqu'au bout. J.T. de S., au lieu d'accepter ma démission, me donna deux mois de congés supplémentaires, grâce auxquels je pus finir mon roman. Salut, Manolo Longares.

1 l'en ai traversé des mauvaises périodes dans ma vie. Mais ce ne fut jamais pire que la fin de cet été-là, peu après la mort du Général!. L'agence de détectives Draper avait fait faillite trois mois plus tôt et je n'avais droit ni au chômage ni à la sécurité sociale. Pire encore, je n'avais pratiquement aucune chance de trouver quoi que ce soit. C'est pour cela que, lorsqu'un ancien client du vieux Draper vint me voir pour que je retrouve sa fille qui n'était pas rentrée à la maison depuis plusieurs jours, j'acceptai immédiatement. Ce ne fut pas dur. Il me fallut une matinée pour comprendre les goûts de la jeune fille et quelques heures pour localiser le pavillon où elle s'éclatait dans les partouzes de ses amis. Je garai ma voiture en face, m'y installai avec un sandwich au fromage et un paquet de cigarettes, prêt à attendre. En fin d'après-midi, je vis sortir deux garçons. Ils fermèrent la porte à clef, jetèrent un coup d'œil à gauche et à droite et disparurent au coin de la rue. Ils avaient l'allure de deux jeunes comme les autres, avec des
1. Général Franco, chef de l'Etat, décédé en 1975. 9

pantalons moulants et des cheveux trop longs. La fille n'était pas avec eux. Je descendis de la voiture et fis le tour en suivant le mur du jardin. Une fois derrière, je sautai par-dessus. Je réussis à ouvrir une des fenêtres. C'était sans doute la chambre de la bonne. Elle était plongée dans l'obscurité. Je jouai les athlètes et sautait à l'intérieur. Je traversai la chambre et ensuite un couloir, et j'entendis de plus en plus clairement le bruit nasillard d'une radio. La fille se trouvait dans un salon à peine éclairé, allongée sur un canapé noir, en train de lire des B.D. humoristiques. Elle marquait le rythme de la musique en se tapotant la cuisse d'une main languide et blanche. C'était une fille longue et maigre, les cheveux coupés à la garçonne. Et elle était toute nue. - La fête a assez duré, lui dis-je, en arrivant près d'elle. Elle sursauta et se redressa. - Qui êtes-vous? s'écria-t-elle. - Ton ange gardien. Habille-toi, il se fait tard. Ta mère veut que tu rentres goûter à la maison. - Vous êtes de la police ? Je lui tendis une jupe bleue à pois, jetée au pied du canapé et un tee-shirt noir. Je ne trouvai pas de sous-vêtements, peut-être qu'elle n'en portait pas en sortant de chez elle. - Et si on restait encore un peu, mon grand! me dit-elle en me passant sa main sur la jambe. Elle tira la langue et la remua. Tu veux que je te fasse plein de choses? Une autre fois, trésor. Ta maman nous attend avec les gâteaux. - Allez, juste un petit moment! Tu t'habilles ou je t'attrape par la peau 10

- Non.

-

-

du cou et je te fais sortir à poil dans la rue ! criai-je. Elle enfila sa jupe et son tee-shirt. A ce moment-là, j'entendis le bruit de la clef dans la serrure et des pas dans l'entrée. Les deux garçons que j'avais vus sortir, apparurent dans le salon avec un paquet d'où dépassaient des bouteilles et du pain. L'un d'entre eux était maigre et pâle. Il avait une boucle d'oreille de gitane au lobe; l'autre pouvait avoir mon âge et des bras tatoués qui ressemblaient à des jambes de cycliste. - Luis, ce type veut m'emmener à la maison! fit-elle. - Qui êtes-vous? demanda celui qui avait de gros bras. - Un ami de la famille, et toi? répondis-je. Il posa le paquet de nourriture par terre en faisant attention. - Ecoutez, le problème c'est que personne ne vous a invité à cette fête, dit-il en souriant. - C'est une soirée intime, confirma le pâle à la voix criarde. - Ne le laisse pas m'emmener, Luis. - Personne ne t'emmènera nulle part. Tu veux partir, toi? - Non, répondit-elle. - Je te répète que cette petite fille va venir avec moi. - Tu t'entêtes à gâcher notre soirée, hein? dit à nouveau le type aux gros bras. En fait, elle peut avec trois à la fois; elle déborde d'énergie. La fille eut un rire affecté. Mais, j'ai l'impression que tu ne lui plais pas. - Ecoute, l'ami, je vais l'emmener, alors, évitons les histoires inutiles. La petite a quinze ans, et n'importe quel juge penserait volontiers en voyant ta gueule qu'il s'agit d'un enlèvement avec viol d'une mineure. Tu ris11

ques trois ans de tôle et ça te dit rien, hein? Alors que si je l'emmène, je la rends à sa chère famille et, moi, je n'ai vu personne. - O.K. Le pâlichon s'approcha. Laisse-le partir, Luis. - Toi, t'es un garçon malin, dis-je. Le nommé Luis mit sa main dans la poche arrière de son jean et en sortit le long manche d'un couteau automatique. On entendit le clic et la lame brilla sous la faible lumière de la pièce. - Coupe-lui la bitte, Luis, chuchota la fille. Allez, vas-y. Il s'amusa avec le couteau. Je n'aimais pas du tout sa façon de sourire. - Mais dis donc... On dirait que t'as pas compris. - A ton âge et tu joues encore avec des petits couteaux, comme un gamin. T'as pas honte? La fille éteignit le poste, fit le tour du canapé et s'accouda au dossier, comme si elle s'apprêtait à assister à un numéro de cirque. - Coupe-la-lui, Luis, coupe-la-lui, insistaitelle. - T'as plutôt des idées fixes, dis-je, sans quitter des yeux le type qui avançait doucement, en tripotant le couteau. - Elle a une imagination pas croyable, commenta les gros bras, sans s'arrêter. Alors le pâlichon poussa un cri de fou et se jeta sur moi pour me griffer le visage. Je lui envoyai un coup de pied entre les jambes qui rata son objectif pour s'écraser contre son ventre. Il recula, heurta le mur et s'écroula en gémissant. Le nommé Luis attaqua avec une rapidité surprenante. Je ne vis pas la lame, mais sentis quelque chose à l'aisselle. Il avait abîmé ma veste à rayures, achetée 12

l'année précédente chez Sears et encore en bon état. De ma main gauche, je lui saisis le poignet pour le lui tordre et ma droite s'écrasa entre ses yeux, dans un précis undeux. Il cria et lâcha le couteau. Un gauche au menton l'envoya en arrière. Je cherchai à l'atteindre à la tempe le plus fort possible. Je réussis. Il trébucha et tomba lourdement à côté de l'autre, qui vomissait une pâte verdâtre grumeleuse. Je ramassai le couteau, le mis dans la poche de ma veste, pris la fille par le collet et je l'entraînai en vitesse jusqu'à la porte. Ecoute, la belle, lui dis-je une fois dans la rue, si tu recommences à faire des bêtises, la prochaine fois, c'est en civière que je devrai t'emmener goûter chez toi. Tu piges? Elle ne répondit pas, mais de toute évidence elle avait compris. C'était la fin septembre et la nuit était tombée sur la ville comme si on avait subitement éteint la lumière. On croisa des types accrochés à leur volant et qui n'avaient pas encore tout perdu d'un bronzage parfait. On fit le trajet jusque chez elle en silence. Au moment où l'on arrivait à la place Neptuno, elle s'endormit, abandonnée sur le siège avant, avec l'expression délicieuse d'une vierge gothique. Elle dormait encore quand j'arrêtai la voiture devant sa porte. Je lui secouai l'épaule pour la réveiller et elle me regarda avec ses grands yeux. - Ne me conduisez pas à la maison, s'il vous plaît! me supplia-t-elle. - Terminus. Si tu ne descends pas par toimême, je te porte. A toi de choisir. - Je vous en prie, monsieur! - Ils te forcent à faire la vaisselle? Allez, descends.

-

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- Qu'est-ce que je vous ai fait? Pourquoi vous me faites ça ? - Mis à part que tu voulais qu'on me coupe une chose à laquelle je tiens beaucoup, rien du tout. - Excusez-moi, monsieur, j'avais très peur. - T'es pardonnée. On est des copains. Tu veux bien descendre maintenant? Elle descendit et moi derrière elle, en la tenant par le bras. Elle s'arrêta devant le portail vitré. Le gardien nous regarda en silence depuis sa loge. - Non, elle fit signe de la tête. Je ne veux pas rentrer à la maison. - Entre! dis-je à voix basse. Nous traversâmes l'entrée, plus grande que mon appartement, agrémentée d'énormes fauteuils que personne n'utilisait jamais, de plantes si parfaites qu'on aurait dit du plastique et avec une moquette qui donnait envie de se rouler dessus. J'appelai l'ascenseur. Il faisait moins de bruit que mon briquet quand on l'allume. Nous montâmes. Nous prîmes ensuite un couloir moqueté jusqu'à une porte où nous nous arrêtâmes. - Vous êtes comme eux, me dit-elle, très sérieusement. - J'espère que non. - Vous le faites pour l'argent, n'est-ce pas? - C'est exact, répondis-je, en appuyant sur la sonnette. Un bruit de clochettes célestes se fit entendre quelque part dans la maison. Une employée en uniforme ouvrit la porte. Elle avait le même âge que la fille, dont, je m'en apercevais maintenant, j'avais oublié le prénom. - Mademoiselle! s'écria-t-elle.

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- Prévenez le patron que je suis là, dis-je à la petite employée. - Oui, monsieur. Je restai seul dans une anti-chambre avec des meubles en bois fin, lourds et obscurs, alors que la fille disparaissait derrière une porte. J'allumai une cigarette en regardant le grand portrait, dans un cadre en bronze, de Franco, dédicacé pour le maître de maison. Le père de la petite apparut, l'air déconfit. Il portait une robe de chambre style kimono et des chaussons en cuir. Il était petit et rondouillard, bronzé artificiellement, et sa petite moustache bougeait de haut en bas. - Bon, je vais vous remettre l'argent, dit-il.

-

Parfait.

- Vous auriez dû la ramener plus vite... Elle est restée toute seule tout ce temps-là. Il me regarda et essaya de sourire, mais ne put. - Ça lui passera, se dit-il à voix basse, ç'a été une réaction de colère sans importance. - Je le souhaite. Votre fille adore cette maison. - Je vous demanderai de rester discret, balbutia-t-il, vous comprendrez que... - Je comprends très bien, lui répondis-je. - Voici, dit-il, en me tendant une enveloppe qu'il avait tirée de la poche de sa robe de chambre. Je l'ouvris. A ce moment-là, une femme maquillée comme pour aller au théâtre entra et me regarda compter les billets. Elle portait un peignoir rouge et était plus grande que son mari. - Que fait cet homme ici, Rafael? demanda-t-elle. - Je compte l'argent, Madame, lui répondis-je. 15

- C'est Monsieur Carpintero, Maruja. Antonio Carpintero. Il m'a aidé à retrouver la petite. - Vous pouvez m'appeler Toni Romano, Madame. - Allez-vous-en. Elle mâchait ses mots. - Tout y est, dis-je sans faire attention à elle. Comme convenu. Mais vous m'aviez dit que votre fille était partie avec des copains de classe et ce n'était pas le cas. Etant donné que vous ne m'avez pas demandé ce qu'elle faisait, ni avec qui elle était, je ne vous raconterai rien. Ça ne me regarde pas. Le problème, c'est que les copains de classe de votre fille ont essayé de me liquider. Ils n'ont pas réussi, mais, par contre, ils ont abîmé ma veste. (Je la lui montrai.) Et si je me souviens bien, on était d'accord que s'il y avait des imprévus ou des frais supplémentaires vous me les paieriez en plus. - Comment osez-vous! Ma fille a fait une bêtise et ne fréquente pas de voyous! s'écria la femme. C'est vous qui inventez tout!

- Maruja...
- Ne vous plaignez pas. S'ils m'avaient eu vous auriez économisé ces billets. - Sortez de cette maison, pouilleux! - Maruja, un instant! Que voulez-vous au juste, Monsieur Carpintero ? Un veston de ma taille coûte au moins trois mille pesetas. C'est ce que vous me devez. Et appelez-moi Toni Romano. - Le comble! rugit à nouveau la femme. Comment osez-vous! - J'adore l'ambiance de cette maison, disje, mais il va falloir que je rentre m'occuper de mes canaris. 16

-

- Vous voulez que l'on vous paie votre veston, n'est-ce pas? - Que tu es faible, Rafael! Mon Dieu, quel homme! se plaignit la femme. Le gros visage de son mari prit une expression agressive. - Soit. Vous avez très bien travaillé et vous prenez moins cher qu'un vrai détective. Je vais vous donner les trois mille pesetas, ça sera votre pourboire. - Je n'accepte les pourboires que si je ramène des objets de valeur, comme des chiens ou des chats. Il pâlit, sa moustache s'agita. Sa femme le prit par le bras. Il me dévisagea un instant, me fit grâce de la vie, puis disparut dans le couloir. J'entendis une porte claquer. La femme me défia du regard. - Je n'ai pas de sécurité sociale, dis-je, avec le plus beau des sourires. - Pouilleux, articula-t-elle. - Vous savez que vous êtes mignonne, vous... L'homme revint en vitesse et me tendit les trois billets. - Sortez d'ici. Ne remettez plus jamais les pieds dans cette maison. - D'accord, mais ne m'appelez pas quand elle, elle s'échappera, lui dis-je en faisant un signe de tête vers sa femme et en prenant l'argent.
La voiture me reconduisit comme un vieux cheval impatient de retrouver l'écurie. Je remontai par la rue Atocha jusqu'à la place Santa Cruz et entrai dans le parking. Je stationnai au troisième sous-sol, sortis de la voi17

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