UN EXEMPLE D'IMPÉRIALISME ÉCONOMIQUE DANS UNE COLONIE FRANÇAISE AU XIXè SIÈCLE

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Le Crédit Foncier Colonial, société financière française, s'installe à La Réunion en 1863 et devient une société d'exploitation agricole et industrielle. L'histoire du Crédit Foncier Colonial permet de comprendre les traits fondamentaux de l'économie de plantation et de mettre en évidence le problème essentiel du crédit à La Réunion. Elle révèle le paradoxe d'une institution capitaliste qui se présente comme le vecteur de la modernité mais pérennise l'archaïsme par l'utilisation de structures sociales héritées du système de l'esclavage colonial…
Publié le : lundi 1 octobre 2001
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EAN13 : 9782296210028
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Un exemple .t'impél'i..li8me économique .t..ns une colonie fl'An~..ise AU XIX. siècle
L'île de La Réunion et la société du Crédit Foncier Colonial

MAQUETTE: EDITH AH-PET-DELACROIX, NATHALIE ALMAR, SABINE T ANGAPRIGANIN

@ Réalisation:

Bureau du Troisième Cycle et de la Recherche Faculté des Lettres et des Sciences Humaines

UNIVERSITÉ

DE LA RÉUNION, 2001

CAMPUS UNIVERSITAIRE DU MOUFIA 1 5, AVENUE RENÉ CASSIN BP 7 1 51 - 97 7 1 5 SAINT-DENIS MESSAG CEDEX 9 ~PHONE: 02 62 938585 ~COPIE: 02 SITE WEB: http://www.univ-reunion.fr 62 938500

@ ÉDITIONS

L'HARMATTAN,

2001

7, RUE DE L'ÉCOLE 75005

POLYTECHNIQUE PARIS

La loi du Il mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute reproduction, intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants cause, est illicite.

@ L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-0671-1

UNIVERSITÉ FACULTÉ DES LETTRES

DE LA RÉUNION ET DES SCIENCES HUMAINES

Zln exemple d'impél'iAli.me économique dAn. une colonie fl'AnrAi.e AU XIX. .iècle
L'île de La Réunion et la société du Crédit Foncier Colonial

SUDEL FUMA

Publications du CDRHR
CENTRE DE DOCUMENTATION ET DE RECHERCHE EN HISTOIRE RÉGIONALE

L'Harmattan 5-7 rue de l'école polytechnique 75005 Paris

Université de La Réunion 15 avenue René Cassin BP 7151 97715 Saint-Denis Messag cedex 9

COMITÉ

SCIENTIFIQUE DE LA FACULTÉ DES SCIENCES HUMAINES

DES LETTRES

ET

M. Bernard CHERUBINI, maître de conférences, HOR [20e s.]; M. Alain GEoFFROY, professeur [11 es.]; M. Jean-Louis GUÉBOURG, professeur [23e s.); M. Jean-François HAMON,maître de conférences, HOR (16e s.]; M. Michel LATCHOUMANIN, maître de conférences, HOR (70e s.); M. Edmond MAESTRI,professeur (22e s.); M. Serge p [71 es.]; M. Jean-Philippe MEITINGER, professeur [ge s.]; M. Jacky SIMONIN, rofesseur WATBlEO, professeur (7e s. & 11 es.]

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L'auteur tient particulièrement à exprimer sa reconnaissance au Centre de Documentation et de Recherche en Histoire Régionale (CDRHR) qui a accepté de financer la publication de cette recherche. L'auteur remercie également tout le personnel du Bureau du Troisième Cycle et de la Recherche et tous ceux qui ont participé à la relecture de

cet essai.

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L'histoire du Crédit Foncier Colonial à l'île de La Réunion et dans les anciennes colonies françaises est celle d'un organisme de crédit, né en pleine période du développement du capitalisme moderne français dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Malgré les enjeux modestes de cette institution de crédit par rapport au marché financier de l'époque, la connaissance de son parcours, de son fonctionnement, des stratégies mises en place, nous renseignent sur la nature des relations économiques et financières entre la France et ses vieilles colonies insulaires et plus particulièrement entre la France et l'île de La Réunion. Le Crédit Colonial, créé en 1860 et devenu Crédit Foncier Colonial en 1863, est né dans la période charnière de la révolution industrielle et de l'avènement de la société de consommation. Entre 1850 et 1914, l'économie française achève sa révolution industrielle et subit d'importantes mutations technologiques et structurelles'. Le progrès technique, l'accumulation du capital, l'évolution de l'environnement international sont à l'origine des transformations internes de l'économie française qui s'ouvre alors sur les marchés nouveaux et en particulier sur le marché colonial. L'histoire de l'impérialisme colonial français et européen a fait à ce jour l'objet d'études pointues et de recherches passionnées qui permettent de mieux comprendre le phénomène complexe de la colonisation. De l'Américain A. Conant à l'Anglais Hobson en passant par les théoriciens marxistes tels que Rudolf Hilferding, Rosa Luxembourg et les auteurs classiques de l'histoire économique coloniale tels que Charles André Julien ou d'autres auteurs plus récents comme Raymond Aron, William Langer, Winslow, Henri Brunswig, tous ont développé des thèses, parfois contradictoires, qui ont enrichi notre réflexion sur l'impérialisme colonial et nous ont incité à nous intéresser au cas d'une société de crédit qui a grandi et s'est développée pendant la grande période coloniale française1.

ROWLEY 1982,

A., Evolution
512 p.

économique

de La France

du milieu

du XIJt

siècle

à 1914,

Paris:

imp. Jouve,

2

CHARLES A. Conant,

The

Economics

basis

of l1nperialism,

North

Atlantique,

rewiew,

septembre

1898,

p. 326-340. Voiraussi:
- CHARLESAndré Julien, - BRUNSWIGH., Mythes L 'ilnpérialisme et réalités colonial et les n'valités coloniales, Paris: 1947. Paris: 1960. de l'impérialis1ne colonialfrançais (1871-1914),

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Un exemple d'impérialisme

économique...

Au début de l'année 1860, alors que l'Empire colonial français est en voie de reconstitution, le Crédit Colonial s'installait à l'île de La Réunion et dans les colonies françaises des Caraïbes. Comment expliquer l'intérêt des investisseurs français pour les vieilles colonies à sucre? En fait, il semble que nous ayons là un bel exemple de l'impérialisme économique français dans les vieilles colonies, conséquence de la révolution industrielle et de l'excédent de capitaux qu'elle a produits3. N'ayant pas encore commencé sa deuxième grande expansion coloniale en 1860, La France utilise les débouchés coloniaux qu'elle possède pour placer une partie des excédents de capitaux. L'industrie moderne est alors en train de se répandre à une vitesse prodigieuse. «L'impérialisme colonial », écrit Charles André Julien « est une des formes de l'impérialisme économique; cet impérialisme est proprement dit économique parce qu'il tire ses raisons profondes non pas d'intérêts politiques, mais d'intérêts économiques ». Certes, l'intérêt économique et financier pour les marchés coloniaux s'est en partie exprimé aux XVIIe et XVIIIe siècles à travers la création de grandes compagnies de colonisation, et notamment les Compagnies des Indes, soutenues par les États européens. Par le biais de la Compagnie des Indes, La France a accru son pouvoir économique et son prestige international avec la conquête de terres nouvelles et de marchés commerciaux. Toutefois, la première colonisation française ne répondait pas uniquement à des impératifs purement économiques. Il est en effet possible de déceler des motivations politiques qui se traduisent par des rivalités entre les grandes puissances européennes, particulièrement entre La France et l'Angleterre. Dans ce combat pour les colonies, l'Angleterre s'est imposée au XIXe siècle, devenant après les guerres napoléoniennes la plus grande puissance coloniale du monde. Dans l'océan Indien, La France n'avait conservé que ses comptoirs de l'Inde et la Colonie de Bourbon, cette dernière lui ayant été restituée par l'Angleterre en 1815. L'histoire du Crédit Foncier Colonial, véritable cas d'école de l'impérialisme financier français, ne peut être comprise si on ne la replace pas

- MARGAIRAZM. (dir.), Histoire Essentiels », 1992, 826 p. Cet comprendre l'histoire économique

éconol1lique XVllr-xx ouvrage regroupe des et financière

siècle, Poitiers: textes fondateurs

Larousse, qui offrent

colI. « Textes des clés pour

de cette période.

A lire l'article de français,. XIX-XX
Paris: Fayard,

MARSEILLE

siècle:

J., « Capitalisme et Colonisation, une histoire à écrire, » in Le capitalisl1le Blocages et dynal1lisl1le d'une croissance, FRIDENSON P. et STRAUS . (dir.), A
p., p. 258-271.

1987,427

3

VERLEY

P., La Révolution Industrielle 1760-1870, Paris: M.A. Editions, 1985.

Voiraussi du même auteur: - Nouvelle histoire économique de La France Contemporaine, l'industrialisation
Gl1ESlJdN A. ( dir.), Paris: - La première révolution La Découverte, industrielle, 1995. Paris: A. Colin, coll. « Synthèse », 1999.

1830-1914,

Voir aussi: - in Cahiers d'Histoire, 1-1999. Chronique Serge Chassagne. Lieux et Acteurs de l'Industrialisation,. XVllr et XIX siècles, centre Pierre Léon d'histoire économique et sociale, UMR 5599 au CNRS, 1999, 20 p. Ce document permet de connaître les directions de recherche les plus récentes.

Introduction

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dans le contexte politico-économique de La France de la deuxième moitié du XIXe siècle. L'industrialisation a provoqué une remise en cause des rapports de force au sein de la société française et des tensions mettant en relief l'inadaptation des institutions économiques et financières aux nécessités du capitalisme moderne. Comme toutes les grandes sociétés de crédit qui apparaissent au XIXc siècle (naissances entre 1859 et 1864 du Crédit industriel et Commercial, de la Société de Dépôts et de Comptes Courants, du Crédit Lyonnais et de la Société Générale) le Crédit Foncier Colonial est une institution financière résultant de la révolution industrielle qui a entraîné un développement des échanges nationaux et internationaux et un besoin d'investissements de plus en plus important des acteurs économiques. Dans la deuxième moitié du XIXc siècle, la demande des industriels en équipements lourds favorise la multiplication des banques qui deviennent ainsi les instruments obligatoires de la croissance. La mise en place d'une nouvelle organisation bancaire facilite le développement industriel freiné jusqu'à cette période par l'insuffisance des capitaux nécessaires à l'expansion économique. La naissance de quatre grandes banques d'envergure nationale entre 1859 et 1864 est l'aboutissement de l'évolution structurelle commencée depuis 1848 sous la direction des institutions publiques. Les industriels et les petits commerçants français ont trouvé la solution aux difficultés d'accès au crédit auxquelles ils se heurtaient depuis le début de la révolution industrielle. Dès leur création, les nouvelles banques interviennent au niveau régional en apportant des crédits à court terme aux sociétés en difficultés et au niveau national en proposant les mêmes services aux grandes firmes nationales'Î. Le Crédit Industriel et Commercial (créé en 1859), la Société de Dépôts et de Comptes Courants (créée en 1863), la Société Générale (créée en 1864) et le Crédit Lyonnais deviennent de véritables instruments du développement économique français prenant exemple sur le modèle anglais des « Commercial Banks» et élargissant leur collecte de l'épargne en attirant des investisseurs potentiels et en créant des succursales tant pour éviter l'immobilisation des capitaux que pour les drainer par la constitution d'un réseau bancaire homogène. Les banques sont devenues les intermédiaires privilégiés de la moyenne et de la petite bourgeoisie française réglant le problème crucial du manque de crédit disponible qu'ont connu les entreprises françaises en 18485. Les nouvelles banques rendent possible le développement du capitalisme moderne en intervenant sur les marchés internationaux et dans les investissements industriels multinationaux. Le contexte politique favorable de la deuxième moitié du Second Empire a contribué au succès des nouvelles initiatives bancaires. Entre les années 1856 et 1863, une législation nouvelle du

4

ROWLEY,

VERLEY

op. cit., p. 139-185. P., Nouvelle histoire écononzique de la France Conte1nporaine, l'industrialisation 1830-1914,
La Découverte, SEDES, coll.« 1995, 127 p., p. 89-93.

A. GliESLAIN (dir.), Paris:
BOUVIER

J., Initiation
siècles), Paris:

au vocabulaire

et aux nzécanismes
sur l'Histoire

éconol1ziques contel1zporains
1993,382 p.

(XIX-X)(

Regards

XXe )), 5e édition,

14

Un exemple d'impérialisme économique...

droit des affaires a été adoptée. La loi rendant légale la création des sociétés en commandite par actions avait été votée en juillet 1856. De même en juillet 1862, le rôle des agents de change comme intermédiaires d'investisseurs avait été reconnu. En 1863, les droits des commanditaires et la législation des sociétés à responsabilité limitée ont été votés. La réorganisation du système bancaire français intervenait dans la période où le traité de libre-échange franco-britannique de 1860 entre en vigueur. Les placements à l'extérieur du territoire national à l'étranger et dans les colonies ont marqué les observateurs de l'époque. En effet, l'intervention de capitaux hors du territoire national progresse brutalement en 1860, à l'origine d'un vif débat entre les défenseurs et adversaires des investissements à l'étrangero. On assiste pendant la deuxième moitié du XIXe siècle à des sorties et des entrées de capitaux plus ou moins rapides, mouvements financiers qui suivent les fluctuations des taux d'intérêt. Les bénéfices obtenus grâce aux placements à court et à long terme amènent de plus en plus de particuliers et de banques à se tourner vers les marchés étrangers et les colonies. Les nouveaux comportements du marché financier français s'expliquent en grande partie par l'abondance des capitaux qui incite les établissements bancaires à monter des opérations dans le but de réaliser des plus-values en capital et de recueillir des commissions. Le ralentissement de la croissance en France après 1860 encouragera ce mouvement de placements à l'étranger. Le Crédit Colonial, qui devient en 1863 le Crédit Foncier Colonial, est né dans cette période de réorganisation bancaire marquée par le développement du capitalisme moderne. Son capital social de 12 millions de francs reste modeste par rapport à ceux des grandes banques de la période, comme la Banque de Paris au capital de 25 millions de francs ou le Crédit Foncier de France au capital de 60 millions. Il est toutefois important si on le compare aux marchés financiers du territoire national français7. Si l'on estime à 13,5 milliards de francs le montant maximal des placements extérieurs français en 1870, la part des vieilles colonies concernées par les placements du Crédit Foncier Colonial s'élève à 42,3 millions de francs, dont 12,1 millions à la Guadeloupe, 12 millions à la Martinique et 19,1 millions à l'île de La Réunions. A l'échelle des colonies qui ont un besoin pressant de capitaux pour entrer dans la phase active de la révolution industrielle après l'abolition de l'esclavage, les prêts accordés par le Crédit Foncier Colonial sont considérables. L'histoire du Crédit Foncier Colonial à La Réunion apparaît pour toutes ces raisons comme un microcosme de l'impérialisme économique 6 7 8
ROWLEY, op. cit.,. p. 181. Idem, p. 416. Bt;FFONA., Monnaie et Crédit en économie

coloniale.

Contribution

à l'histoire

économique

de la

Guadeloupe. 1635-1919, Paris: 1979, 446 p., p. 283. Le Crédit Foncier Colonial comme le Crédit Foncier de France avait été constitué pour une période de 60 ans. Les deux organismes sont cependant distincts et différents dans leur organisation. En effet, l'État intervenait dans le Crédit Foncier de France en désignant le gouverneur et les sous-gouverneurs de l'institution. Il n'en est pas de même pour le Crédit Foncier Colonial qui avait la totale maîtrise de son fonctionnement.

Introduction

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français au XIXc siècle. Telles sont les motivations de notre recherche concernant cette institution financière parisienne, qui a profondément marqué l'histoire de l'île de La Réunion.

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