UN PORTRAIT DE DAISAKU IKEDA

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Homme peu connu, Daisaku IKEDA est pourtant le Président de la Soka Gakkai Internationale, une organisation bouddhiste qui compte plus de dix millions de membres dans 163 pays. Keiko Kimura, journaliste, apporte ici un témoignage, dégagé de tout engagement partisan, sur la personnalité de Daisaku Ikeda et sur la réalité de son action. Elle nous livre finalement le portrait juste et sans complaisance d’un bouddhiste de notre époque, avant tout attaché à la paix mondiale et à l’éducation des générations futures.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296297968
Nombre de pages : 172
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Keiko Kimura

UN PORTRAIT DE DAISAKU IKEDA

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L 'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

~ L'Hannattan, 2002 ISBN: 2-7475-2989-4

INTRODUCTION

« Daisaku Ikeda: l'homme » à l'antenne

Une émission ajournée à trois reprises 27 juin 1999, il est 16h30 passé. Dans le studio de la chaîne de télévision californienne KSCI, j'attends que le documentaire « Daisaku Ikeda: l'homme », auquel j'ai consacré tant d'énergie en tant que productrice, soit diffusé pour la première fois... Au Japon et aux Etats-Unis, j'ai déjà participé à l'organisation et à la production de plusieurs émissions de radio et de télévision. A chacune j'ai donné le meilleur de moi-même, mais, parmi tous ces films, je dois dire que « Daisaku Ikeda: I'homme » restera, dans ma vie, une expérience exceptionnelle. C'est en octobre 1998 que commence sa préparation. Entre la première réunion de l'équipe jusqu'à la diffusion de l'émission à l'antenne, il se sera écoulé plus de huit mois. Il est rare qu'une émission de télévision demande une aussi longue préparation. En réalité, le document a été programmé plus tôt mais faute d'avoir pu achever le film à temps, nous sommes dans l'obligation de repousser par trois fois sa diffusion. Même si je cause bien des soucis aux programmateurs de la chaîne, (<< Mme Kimura, êtes-vous sûre de pouvoir mener ce projet à bien? » me dit un jour un de ses responsables) il n'est pas question pour moi d'avoir des regrets ou de faire les

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choses à moitié. Toute l'équipe doit produire un maximum d'efforts afin que chacun puisse se dire: « J'ai réellement fait de mon mieux ». Voilà pourquoi nous choisissons de reporter à plusieurs reprises cette date de diffusion. (<< suis vraiment Je désolée pour tous ces contretemps, mais pourriez-vous patienter encore un peu? Nous allons réussir une très bonne émission, c'est sûr », telle est ma réponse au dirigeant de la chaîne.) Je ne citerai qu'un exemple pour illustrer notre travail: le scénario a été refait vingt et une fois et sa version définitive n'a été achevée que le matin même de l'emegistrement des commentaires. L'équipe de la chaîne KSCI a fait preuve d'une patience exemplaire. Je ne les en remercierai jamais assez. « Enfin, le moment est arrivé! » KSCI, communément désignée sous le nom de« canal18 », est connue pour ses émissions internationales. En fait, cette chaîne diffuse, selon le créneau horaire, des émissions en plusieurs langues: japonais, français, chinois. Ainsi, une émission en hébreu est passée juste avant « Daisaku Ikeda: l'homme ». Fréquentes aux Etats-Unis, ce geme de chaînes témoigne de ce que l'on appelle le« melting-pot américain ». KSCI émet depuis un quartier peuplé de nombreux Américains d'origine japonaise, à trois kilomètres au nord des plages de Santa Monica. Des deux chaînes de télévision qui diffusent des émissions en japonais en Californie du Sud, celle-ci est particulièrement appréciée pour ses journaux télévisés et ses émissions spéciales qui la rendent indispensable à la communauté japonaise. La plupart des Américains d'origine japonaise de cet Etat la regardent 4

pratiquement tous les jours. Pour permettre à ses trente mille téléspectateurs de connaître le véritable visage de M. Ikeda, c'est sur cette chaîne que j'ai choisi de diffuser le documentaire « Daisaku Ikeda: l'homme ». Son passage à l'antenne est enfin programmé un dimanche, le 27 juin, entre 17 h et 18 h. Mon équipe et moi sommes sur place plusieurs heures à l'avance. Sont non seulement présents les assistants de production, mais aussi des amis bénévoles chargés de répondre aux coups de téléphone des téléspectateurs. Malgré sa vocation internationale, cette chaîne n'emploie que du personnel américain ne parlant pas japonais. Des amis connaissant cette langue ont offert de venir nous aider. ... J'attends l'heure de la diffusion et suis en proie à un tourbillon d'émotions, la gorge serrée par la peur et l'excitation. Tout se mêle en moi et mon cœur bat la chamade. J'essaye de garder mon sang-froid mais, à plusieurs reprises, il me faut sortir prendre l'air. JUllNarita, mon coiffeur, un de ceux qui se sont portés volontaires pour répondre au téléphone, me dit: « Allons, Keiko, du calme. Sinon, moi aussi, je vais être pris de panique. » Tout le monde éclate de rire, ce qui a pour effet de détendre un peu l'atmosphère. 17h00. Première image sur l'écran. En voyant le chantier de l'université Soka des Etats-Unis, au cœur de la magnifique région d'Orange, je pense: « Enfin, le moment est arrivé! » Sentiment étrange, à vrai dire, puisqu'il est somme toute normal que le film passe à l'antenne. Le téléphone a sonné sans arrêt Personne ne prononce un seul mot pendant la diffusion. Tous 5

dévorent l'écran des yeux. Le personnel américain de KSCI est lui aussi attentif « Formidable!» me disent certains en souriant, durant les pauses publicitaires. Je me demande: « Comment peuvent-ils être si enthousiastes alors qu'ils ne comprennent pas le japonais? ». En fait, Jun Narita leur fournit de temps en temps de brèves explications. À la fin de l'émission, tous les téléphones se mettent à sonner en même temps. Dès que nous raccrochons, nouvelle sonnerie. Cela n'arrête pas. Les employés de la chaîne sont complètement éberlués. Sans doute est-ce la première fois qu'une émission connaît un pareil retentissement. Ne comprenant pas le japonais, le vice-président de KSCI s'imagine que les gens se plaignent et se mettent en colère contre nous. En fait, la plupart des appels expriment des opinions très favorables. Par la suite, comprenant mieux la situation, ce responsable de la cha"meme téléphonera à plusieurs reprises afin de me proposer la rediffusion de l'émission. Les uns après les autres, des téléspectateurs nous appellent pour nous dire combien l'émission les a touchés. Nous sommes alors gagnés par un profond sentiment de victoire. Une heure s'est écoulée et les téléphones ne cessent toujours pas de sonner. Je pense: « J'aimerais tant que ce film passe un jour au Japon. » Dans ce pays, en effet, l'attitude tendancieuse de certains journaux et magazines donne au public une fausse image de Daisaku Ikeda et cette émission me paraît donc répondre à un besoin. (Ce rêve se réalisera finalement moins d'un an plus tard.) En cet instant, je revois toute ma vie. Tous les détails du chemin parcouru jusqu'à ma décision de produire cette émission, ce projet par lequel je me suis sentie happée et auquel mon existence semblait liée de façon inexplicable.

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CHAPITRE I

Un contrat de 5 ans aux Etats-Unis

Nouveau départ à 39 ans Je vis à Los Angeles et m'occupe de la production d'émissions de radio et de télévision pour les Japonais. Mon mari et mes trois enfants (deux fils et une fille, tous les trois majeurs) vivent au Japon. Je suis arrivée à Los Angeles en 1993 pour poursuivre mon rêve. Il a été très dur pour moi de prendre la décision de venir seule aux Etats-Unis, en laissant toute ma famille au Japon, même si mes enfants étaient déjà grands. Je vais relater ici ce qui m'a conduit à faire ce choix. En 1964, au terme de mes études universitaires, j'entre chez « Dentsu », l'une des plus grandes agences de publicité japonaises. J'exerce là une fonction administrative, loin du travail de production. Au bout de quatre ans, je me marie et démissionne pour devenir femme au foyer. Dans le Japon de l'époque, il est rare qu'une femme mariée exerce une activité professionnelle. Et je suis moi-même convaincue que ma place est au foyer. « Avec maison, voiture, mais sans belle-mère », telle est la définition humoristique que l'on donne alors du mari idéal. Mon mari remplit ses trois caractéristiques et l'on peut dire en ce sens que je réalise « le mariage parfait ». Je me consacre à l'éducation de mes enfants, coulant, jour 7

après jour, malgré mes multiples occupations, une existence paisible. Chaque matin, je commence par préparer le petit-déjeuner pour toute la famille. Je me sens heureuse avec mon mari. Et pourtant, une pensée fait peu à peu son chemin au fond de mon cœur: «Je veux aller à l'étranger pour accomplir une tâche que personne d'autre que moi ne peut faire. J'aimerais réaliser une grande œuvre qui demeure comme un témoignage de mon existence». Rien de précis, encore, dans mon esprit, mais le désir de quitter le Japon pour travailler à l'étranger m'habite depuis l'université. Femme au foyer, je conserve ce rêve. Hélas! le travail des femmes est déjà chose rare, et il est d'autant plus inconcevable qu'une mère parte seule à l'étranger, en laissant sa famille. Un jour, l'air de rien, je veux confier ce rêve à mon mari. Il ne prend pas cette idée très au sérieux. « Attends donc que les enfants soient plus grands », me dit-il. Plus tard, lorsque nos enfants entrent à l'école primaire, je lui demande à nouveau: «Es-tu d'accord pour que je travaille à mi-temps? ». Il me répond clairement: «Non, attends que les enfants soient au collège ». Viennent les années de collège. Je pose de nouveau ma question, mais il me répond encore: «Nos enfants traversent une phase difficile. Ils vont devoir passer leur examen d'entrée au lycée. À ce moment-là, ils seront presque adultes. » Je tiens ici à prendre sa défense: mon mari n'est en rien rétrograde et ne pense pas que la place de la femme soit nécessairement au foyer. Mieux même, il est très attentionné et plutôt compréhensif à l'égard de mon désir d'indépendance. Mais l'éducation de nos enfants est pour lui la priorité, et il redoutait sans doute que le fait de travailler ne me permette pas de m'occuper d'eux correctement. 8

C'est finalement quand mon fils quitte le lycée que je peux reprendre un emploi. Des personnes que je connais chez Dentsu m'aident à entrer au service technique de la chaîne de télévision japonaise Asahi. Mon travail consiste à participer à la préparation des émissions. Du fait des exigences de mon mari (ne pas négliger l'éducation de nos enfants), je ne peux travailler qu'entre lOh et l8h, mais quelle joie tout de même d'être de retour dans l'univers des médias ! Je suis intimement convaincue d'avoir beaucoup de chance. Rares sont les femmes ayant travaillé dans ce milieu qui parviennent à retrouver un emploi dans le même secteur après avoir élevé leurs enfants. Quand je recommence à travailler, j'ai déjà 39 ans. Mais il n'est jamais trop tard pour réaliser un désir. Tout en remplissant ma fonction, je guette des opportunités pour me rendre à l'étranger et vivre ainsi mon rêve d'étudiante. Doutes et déceptions à propos des mass-media japonais Grâce à mon travail pour la chaîne Asahi, je me crée de nombreuses relations professionnelles qui m'aident beaucoup par la suite à monter ma propre société. Son but est de nouer des relations d'affaires entre des entreprises japonaises et américaines en offrant, par exemple, des informations à une entreprise américaine qui souhaite s'implanter sur le marché japonais ou en lui servant d'intermédiaire dans ses contacts avec les mass media ou les ministères. J'ai souvent l'opportunité de me rendre aux Etats-Unis et mon rêve de vivre à l'étranger devient ainsi de plus en plus pressant. En parallèle, je me mets à organiser et à produire des émissions de radio à Tokyo. J'ai le vent en poupe, je suis très sollicitée, et pourtant je 9

commence à nourrir des doutes sur le monde des médias au Japon. Une grande déception me gagne peu à peu. Seuls comptent les chiffres (audimat, résultats d'audience ou tirage pour les magazines) et l'avis du « sponsor ». C'est toujours ce que l'on m'objecte lorsque je propose des émissions de qualité. Des projets ambitieux sont rejetés par une seule formule: « On ne réalisera pas un bon audimat avec ce type d'émission. » Il va de soi que l'intérêt du programme est une question d'ordre tout à fait secondaire pour les sponsors. Les chiffres, rien que les chiffres. Une émission a beau être exécrable, si elle obtient un taux d'audience important, elle est considérée comme bonne. Telle est la déplorable réalité des mass media japonais. Aujourd'hui encore, chaque fois que je retourne au Japon, je suis très déçue de voir tant et tant d'émissions vulgaires, que l'on ne saurait même pas qualifier d'humoristiques. Ma réaction peut paraître excessive, mais cette réalité me rend si pessimiste que je m'inquiète pour l'avenir de ce pays. Je comprends aussi cette réalité des médias à travers une expérience personnelle. Je produis un jour une émission sur une grande chanteuse pour une chaîne de radio de Tokyo. Cette chanteuse représente pour moi bien plus qu'une simple relation de travail. C'est une véritable amie. Je l'appellerai provisoirement ici« Mme N. ». Mme N. faisait régulièrement l'objet de potins dans les magazines et journaux de la presse populaire et, dans plusieurs articles la concernant, mon nom avait été cité. Or, voilà qu'un jour un journal sportiflance une information sans fondement selon laquelle j'aurais emmené Mme N. à New York pour la faire adhérer à la secte Moon. Je n'ai évidemment jamais été membre de cette secte, pas plus que je n'ai entretenu la moindre relation avec elle. L'article repose donc sur des faits totalement imaginaires. 10

À l'époque, les « mariages collectifs» organisés par Moon suscitent un grand scandale, et l'on diffuse sur cette secte des informations de plus en plus graves. Chaque magazine brûle sans doute d'envie d'écrire des articles à ce sujet. Mais celuilà est sans fondement et particulièrement abject. Il est vrai que je connais Mme N. et que je me suis rendue
avec elle à New York.Or, il existe dans cette ville un hôtel que

l'on dit fréquenté par les membres de cette secte. L'article prétend que j'y ai emmené Mme N. En fait, je n'ai jamais mis les pieds dans l'hôtel en question. L'article me prête également une relation avec une autre vedette, Mme L, soi-disant pratiquante active de la secte. Bien entendu, je ne l'ai jamais rencontrée. Toutes ces informations sont sans fondement, mais mon nom est cité à plusieurs reprises sans que quiconque prenne la peine de vérifier quoi que ce soit. Je ne sais d'où ils tiennent cette histoire mais, sur l'instant, j'éprouve plus de stupéfaction que de colère. « Comment peut-on écrire un article pareil sans prendre le soin de vérifier la moindre information? ». On dit qu'il n'y a pas de fumée sans feu. Pourtant, les mass media japonais vont, eux, jusqu'à monter des scandales de toutes pièces. Ces mass media, que j'ai découverts puérils et médiocres à travers mes expériences de travail, achèvent de me décevoir dans cette affaire dont je suis moi-même victime. Et mon rêve d'aller aux Etats-Unis, pays où existe un journalisme de qualité, s'en trouve renforcé. Le journalisme américain Certes, il y a aussi aux Etats-Unis « une presse à potins », alimentée par des paparazzi très actifs. Mais, contrairement à ce qui se passe au Japon, on y fait une nette distinction entre ce journalisme de troisième ordre et celui, par exemple, de «Times» ou de «Newsweek ». 11

Ces journaux de qualité ne publient jamais d'articles sans fondement. Et le public est tout à fait en mesure de faire la distinction entre la presse sérieuse et la presse à scandale. L'une et l'autre sont d'ailleurs exposées à des rayons différents dans les kiosques. Les lecteurs de la presse à scandale n'accordent pas beaucoup de crédit à ce qu'ils lisent. Il s'agit pour eux d'un divertissement innocent, et les personnes incriminées dans ces articles n'en subissent pas de préjudices. En revanche, cette distinction n'existe pas au Japon, notamment dans les magazines. Ainsi, d'excellentes maisons d'édition publient à la fois les œuvres complètes de grands écrivains classiques et des magazines à scandale. Et les bons magazines eux-mêmes n'hésitent pas à faire paraître des articles qui enfreignent les droits fondamentaux de l'être humain. Ces « divertissements innocents» causent parfois de graves violations aux droits de l'Homme. Par rapport à la presse américaine, la presse japonaise me paraît donc bien puérile. À la radio et à la télévision aussi, il y a bon nombre de différences entre les deux pays. La course à l'audimat est peut-être encore plus acharnée aux Etats-Unis qu'au Japon, mais il y existe également un journalisme sain, et l'on sait y promouvoir des émissions de qualité, indépendamment de l'avis des partenaires fmanciers ou de l'audimat. De plus, alors qu'au Japon toutes les émissions sont émises sous le contrôle du Ministère des Postes et Télécommunications, quiconque a des moyens matériels peut créer librement aux Etats-Unis une station de radio ou une chaîne de télévision. Une telle liberté permet de produire des émissions de qualité qui ne dépendent pas de l'audience. Il nous suffit à nous, producteurs, de trouver la station ou la chaîne appropriée. 12

Faire de la radio et de la télévision aux Etats-Unis! Créer librement des émissions qui touchent le cœur des gens! Ce désir ne cesse de monter en moi. « Contrat conclu» avec mon mari En 1993, une station de radio de Tokyo me permet d'obtenir le visa « d'envoyé spécial» tant attendu. Ce visa est réservé aux correspondants de presse à l'étranger. Il procure des droits plus importants qu'un visa normal. Supposons que l'on veuille recueillir des informations sur une émeute à Los Angeles. Sans ce visa spécial, un journaliste japonais, même important, sera traité par la police américaine comme un citoyen ordinaire. On lui demandera de s'éloigner rapidement du théâtre de l'action. En revanche, avec ce visa, toutes les barrières pourront être franchies et il sera même possible de recueillir des informations directement auprès de la police. Ce visa me semble une grande chance. Par ailleurs, ma plus jeune fille, Reiko, vient juste de quitter le lycée, et j'ai donc le sentiment d'avoir été jusqu'au bout de l'éducation de mes enfants. Mais, pour réaliser mon rêve vieux de vingt ans, il faut absolument que je parvienne à convaincre mon époux. Or, il est toujours hostile à ce projet. C'est compréhensible: rares sans doute sont les maris qui acceptent sans la moindre objection que leur femme aille s'installer seule aux Etats-Unis. « Tu ne peux tout de même pas partir comme ça en laissant les enfants ici », me dit-il et, comme je lui rétorque que des entreprises envoient parfois leurs salariés à l'étranger sans leur famille, il prétend que cela ne concerne que les hommes. Je ne vois pas pourquoi, à une époque d'égalité des sexes, les femmes ne peuvent pas également connaître ce genre de situation. 13

Au tenne de cette conversation, nous décidons d'en discuter avec nos enfants. «Réunion de crise» dans le salon. Fort heureusement, mes enfants approuvent ma décision sur le champ. « Vas-y, maman, puisque c'est ce dont tu as toujours rêvé! ». Nous sommes quatre cOIl,treun. Mis en minorité, mon mari a encore cette question inquiète: « En ton absence, qui me préparera mes repas? » Il touche là un point sensible, mais ma fille Reiko intervient: « Ne t'inquiète pas, je m'occuperai de toutes les tâches ménagères ». Grâce à elle, mon mari finit par céder. Mon rêve se réalise! Je remercie encore ma fille du fond du cœur. Ultime réticence, mon mari pose encore une condition. Nous devons conclure un contrat: mon séjour aux Etats-Unis ne doit pas excéder cinq ans, ce qui correspond à la durée de validité de mon visa. Ce procédé peut paraître bien singulier dans le cadre d'un couple, mais mon mari a l'habitude d'instaurer ainsi des « contrats» entre les membres de la famille. Ainsi, nous avons par exemple décidé de ne plus donner d'argent de poche à nos enfants après le lycée. Nous continuons certes à prendre en charge leurs dépenses quotidiennes et le coût de leurs études universitaires mais, pour l'argent de poche, il leur faut trouver un travail à mi-temps. Tel est l'accord passé entre mes enfants et mon mari. C'est ainsi qu'il entend leur apprendre l'importance de tenir ses engagements. Je ne suis donc pas surprise lorsqu'il me propose, littéralement, de signer un contrat. Peut-être est-ce une sorte de cérémonie nécessaire pour qu'il m'autorise à partir. Ce contrat comporte cinq articles et commence par: « Je soussignée, Keiko Kimura, m'engage à... ». Nous apposons tous les deux notre signature sur le document qu'il a préparé (et que, d'ailleurs, nous avons toujours à la maison). Conclu en 1993, ce contrat arrive à son tenne en 1998. Il me 14

faut alors retourner au Japon pour discuter avec mon mari, et nous décidons de le prolonger. Cette fois-ci, j'informe mes enfants au préalable afin d'obtenir leur soutien. Ils savent donc qu'à mon retour j'ai l'intention de demander à leur père un renouvellement du contrat. Je profite d'un moment où il est de bonne humeur et, bien que peu enchanté par cette proposition, il finit par accepter. Plus tard, mes enfants me rapporteront qu'il écoute régulièrement les cassettes de l'émission de radio « Rencontre avec des personnalités du monde entier », que j'ai produite aux Etats-Unis. Si je n'avais fait que des émissions sans intérêt, il n'aurait pas accepté ce renouvellement de contrat. Une prolongation de cinq ans paraît cependant excessive et nous tombons d'accord pour la limiter à deux ans. C'est grâce à cela que je peux produire ce film mémorable: « Daisaku Ikeda: l'homme»... Rechercher le travail de ma vie Au début, malgré le soutien de mon conjoint et de mes enfants, mes parents et les autres membres de ma famille s'opposent à ma décision de m'installer aux Etats-Unis. Mes trois sœurs y sont fortement hostiles. Et même la plupart de mes amies voient cela d'un très mauvais œil. Toutes me prodiguent les mêmes conseils. Maintenant que j'ai élevé mes enfants, disent-elles, je pourrais rester confortablement à la maison, m'inscrire dans un club de tennis, etc... A quoi bon me donner tout ce mal? Quel besoin ai-je de partir toute seule aux Etats-Unis à mon âge? Elles ne comprennent pas, me reprochent d'abandonner ma famille. Autant d'arguments que j'admets bien volontiers car je ressens moi-même une profonde gêne à l'idée de causer peut-être du souci à mon mari et à mes enfants. Pourtant, ma décision est irrévocable. 15

La vie paisible menée jusqu'alors me rendait heureuse, mais j'ai envie désormais de découvrir le vrai bonheur en me lançant un grand défi. Je désire trouver le travail de ma vie et accomplir ne serait-ce qu'une seule œuvre, vraiment mémorable. Peu importent les difficultés qui m'attendent aux EtatsUnis. Je ne les envisage pas a priori comme d'inutiles obstacles mais bien comme des épreuves à surmonter pour ouvrir un nouveau chapitre de ma vie. Malgré l'opposition de mes parents et amis, je pars tout de même à Los Angeles, avec le soutien chaleureux de mon mari et de mes enfants. Du reste, comme j'ai déjà souvent pris l'avion pour de brefs voyages aux Etats-Unis, mon départ ne suscite pas trop de larmes...

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CHAPITRE II

Le livre qui a changé ma vie

Je me lance dans la production d'émissions de radio Une fois aux Etats-Unis, je m'installe à Temple Street, dans un quartier populaire de Los Angeles. J'habite dans une sorte de pension de famille tenue par un résident japonais, M. Kurokawa. Aux Etats-Unis, pour des raisons de sécurité, il est important de bien choisir l'endroit où on loge. Je demande donc à mes proches si elles ne connaissent pas une adresse sûre à Los Angeles, et l'une d'elles me dit avoir un ami qui y loue des appartements. Je saute aussitôt sur l'occasion. À vrai dire, Temple Street n'est pas l'une des rues les plus sûres de Los Angeles. Mes amis américains eux-mêmes me disent: « Comment peux-tu habiter un quartier si dangereux ?! ". Mais M. Kurokawa veille parfaitement à la sécurité de l'immeuble dont il est propriétaire, et je n'ai donc pas de soucis à me faire. Un an plus tard, en 1995, premier pas vers la réalisation de mon rêve: je commence à produire des émissions d'information pour la station Radio Pacific, de Los Angeles. Mes expériences de radio et mes relations avec les mass media japonais m'ont été très utiles. Radio Pacific diffuse des émissions en japonais pour les 17

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