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Un souvenir du Rwanda

De
94 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1997
Lecture(s) : 253
EAN13 : 9782296345126
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Jean-Marie Milleliri

UN SOUVENIR DU RWANDA

Préface de Bernard Debré

EditionsL'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole- Polytechnique 75005 Paris

L 'Harmattan lN C 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9

1997 ISBN: 2-7384-5652-9

@ L'Harmattan,

Preface du Professeur Bernard DEBRE, ancien Ministre de la Coopération

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Le RWANDA! Quel pays formidable peut se dire le visiteur, l'origine du Nil, les extraordinaires grands lacs, mille collines, une chaîne volcanique et puis ce Rwanda tellement différent des déserts ou des savanes d'Afrique; verdoyant, vivant, peuplé. Oui mais, le Rwanda de tous les drames! Drame de son passé avec deux ethnies rivales qui depuis des dizaines et des dizaines d'années se combattent alors qu'en général en Afrique, le grand nombre d'ethnies rend les affrontements moins« historiques », .plus épisodiques. Drame du SIDA car ce petit pays reste parmi le plus touché d'Afrique avec à certains endroits une séropositivité de plus de 30% de la population. Mais peut-être à cause de ces malheurs, ce pays a été le point de rencontre de l'humanisme international. Que d'équipes extraordinaires! Equipes médicales, techniques, juridiques, sociales, civiles ou religieuses. C'est comme acteur d'une de ces équipes que travaillait Jean-Marie quand je l'ai rencontré à Kigali. Nous avons eu de nombreuses réunions sur le SIDA, jamais dans aucun pays le travail n'a été aussi passionnant et aussi avancé. Des équipes travaillaient sur l'épidémiologie, sur la transmission mère-enfant, sur le traitement, sur la vaccination. On lisait sur le visage des uns et des autres ce mélange de terreur et d'enthousiasme, terreur devant l'ampleur de la maladie, enthousiasme de-

vant la volonté commune de luttes. C'est aussi avec Jean-Marie que nous avons eu des réunions plus politiques avec le Président hutu JuvénalHABYARIMANA ou avec les représentants tutsis du FPR dans leur camp retranché de l'Assemblée Nationale à Kigali. Que dire, si ce n'est que personne ne voulait véritablement la paix. Le Président craignait l'application des accords d'Arusha, pensant qu'il risquerait de passer en cour martiale, les FPR n'osaient pas envisager des élections générales et démocratiques, leur ethnie ne représentant que les 20% de la population. Au milieu d'eux, les soldats de l'ONU - la MINUAR ! L'ambiguité de leur mission, la pluralité du commandement faisait craindre le pire. Lorsque je suis reparti du Rwanda, que j'ai quitté Jean-Marie et sa famille ainsi que d'autres amis, j'avais un sentiment mitigé, d'un côté l'extraordinaire travail des coopérants, et des Rwandais eux mêmes, d'un autre côté la crainte évidente d'un drame qui allait surgir. C'est ce qu'a vécu Jean-Marie et sa famille ainsi que les autres coopérants. Il a été le témoin vivant et actif de cette folie meurtrière des hommes. J'étais alors à Paris, je me souviens que des amis rwandais, médecins le plus souvent, me téléphonaient du Rwanda, alors qu'à la télévision au même moment apparaissaient des images insoutenables, ces amis demandaient de l'aide, mais quoi faire? Ces moments étaient pathétiques. Quelques mois plus tard, je suis allé au Rwanda à Kibuye ou à Cyangugu vivre quelques instants avec les médecins français ou sénégalais de l'opération Turquoise. Jean-Marie MILLELIRI lui, était au Zaïre avec les réfugiés, personne ne peut s'imaginer l'ampleur du drame! Puis comme Ministre de la Coopération, je suis revenu souvent dans la région des Grands Lacs pour tenter d'éviter au Burundi de connaître le même drame, mais ceci est une autre aventure. Quoi qu'il en soit, le témoignage de Jean-MarieMILLELIRI est fondamental car il faudra se souvenir de ce drame rwandais,

nous Européens, trop l'habitude, certes de vibrer et avec les malheurs du monde mais notre compassion le temps des images télévisées... Bernard DEBRÉ

Les corps qui étaient jetés sur le mien commençaient à m'étouffer. J'avais beau essayer de me débattre au milieu de la puanteur fétide de la fosse commune où, parmi les premiers cadavres, m'avait fait tomber la benne qui m'avait basculé; rien n'y faisait. Même les cris que j'essayais de former au fond de ma gorge n'arrivaient pas à franchir le seuil de ma bouche. Et dans un silence sépulcral je commençais à ne plus percevoir la lumière du jour. Dans une position presque indécente, le bras d'une femme en décomposition m'enserrait le cou ne faisant que rajouter à la difficulté que j'avais à me mouvoir dans ce lacis de n1embres environnants. Au bord de l'étouffement, et au moment où j'allais perdre définitivement connaissance, je poussais un cri - enfin -, et c'est ce cri, sorti du fond de moi-même qui me réveilla, me trouvant couvert de transpiration au bord de mon lit, dont les draps moites emballaient mon visage.

En arrivant au Rwanda...

Un souvenir du Rwanda

Milleliri

En arrivant au Rwanda le 7 septembre 1993, je n'imaginais pas que sept mois plus tard, presque jour pour jour, j'allais vivre des moments d'une violence peu coutumière dans un pays bercé par la réputation d'être une petite Suisse africaine. Je me rappelle que dans l'avion m'emmenant alors, avec ma famille; vers Kigali, je me souvenais que le Rwanda était au choix des postes de la promotion des médecins militaires de l'institut de médecine tropicale du Pharo à laquelle j'appartenais. Le major de promotion avait opté pour cette première affectation. Trop tôt disparu sur une route d'Afrique centrale, ce médecin, ancien élève de l'école du service de santé des armées de Bordeaux, n'avait jamais pu me parler des joies découvertes à son poste de Ruhengeri. Et c'est en pensant à lui que je volais vers cette nouvelle destination « transve mari », vers ce pays dont la documentation fournie avant le départ vantait le charme et la douceur des mille collines. Je me suis rapidement rendu compte que le caractère des montagnards de la région des Grands Lacs n'était pas facile à percer. Secrets, parfois austères, il n'était pas facile de connaître le fond de leurs pensées. Même d'un point de vue professionnel, leurs décisions n'étaient pas toujours clairement exprimées, et leurs susceptibilités se révélaient souvent. Le Projet d'appui à la santé publique du pays, dans lequel je travaillais, était prenant. En matière de SIDA, avec plus de 30% de séroprévalence parmi les adultes de la ville de Kigali, et avec 150.000 orphelins attendus en 1997 de parents décédés de cette maladie, les activités de lutte à mettre en place ne manquaient pas. Le Rwanda était au centre des préoccupation"s des spécialistes du sujet. Le Sida, dans ce pays plus qu'ailleurs, faisait des ravages. J'appréciais beaucoup mes déplacements en province. Que ce soit à Gitarama ou à Butare où la collaboration avec mes confrères rwandais était régulière, je goûtais - en me rendant de 8

Un souvenir du Rwanda

Milleliri

façon hebdomadaire dans ces villes du sud du.pays -, au plaisir de serpenter sur ces routes asphaltées et bien entretenues. D'une colline à l'autre, les paysages apparaissaient toujours ~ussi verts et plaisants. Des champs de thé aux rizières mouillées, ce pays semblait être le refuge d'une nature sereine. Bien sûr, je savais que les sols subissaient l'érosion et l'appauvrissement rendant les niveaux de culture précaires; bien sûr, je savais qu'avec une densité de 250 habitants au kilomètre carré, la plus forte d'Afrique subsaharienne, ce problème démographique' majeur jouait sur la difficulté du pays à se développer. Mais c'était un merveilleux pays, et travailler à son développement était une joie rçnouvelée chaque jour. Rien n'y était pourtant simple. La situation politique était brouillée. Les accords d'Arusha, signés en Tanzanie au mois d'août 1993, étaient prometteurs d'une quiétude à retrouver entre le pouvoir en place et le Front Patriotique Rwandais (FPR). On espérait dans la communauté expatriée un retour au dialogue entre les partis, et surtout une plus grande compréhension ainsi qu'un mutuel respect entre Tutsis et Hutus, les deux ethnies du pays, qui depuis des années, périodiquement, se déchiraient. En sept mois, mes activités professionnelles m'avaient conduit à découvrir quelques unes des mille collines du Rwanda. A Cyangugu, après avoir traversé la forêt de Nyungwe, j'avais admiré sur les bords du lac Kivu ces pêcheurs aux barques longues. A Kabgaye, près de Gitarama, où le Projet essayait d'implanter auprès d'un groupe de femmes sans ressource une unité de production de moustiquaires imprégnées, j'avais noué

des relations amicales avec la congrégation religieuse
Benebikira, Les Enfants de la Sainte Vierge, qui entourait ces femmes. Dans le jardin de cette communauté je m'étonnais à chaque visite de voir ces roses si belles et si épanouies, colorer les parterrres. A Gisenyi, où le Mission Française de Coopération avait organisé en décembre 1993 une réunion des coopérants, je m'étais émerveillé des rives du Lac Kivu me rappelant les bords de ma Méditerranée, notamment des plages niçoises. Dans le 9