UNE AMBITION POUR LA GUINÉE

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Cet ouvrage jette un regard sur les pages sombres du vécu guinéen : nombreux " complots ", arrestations arbitraires, tortures et exécutions extrajudiciaires et misère généralisée. Deux idées-forces sous-tendent ce livre. D'abord, les drames vécus depuis son accession à la souveraineté nationale par le peuple guinéen et ensuite son devenir aussi bien dans le domaine institutionnel que dans celui du développement socio-économique. Un devoir de mémoire s'impose qui ne vaut pas que pour le passé, mais surtout pour l'avenir.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296274327
Nombre de pages : 342
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Julien CONDE Abdoulaye-Baïlo DIALLO

Une ambition pour la Guinée

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

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~L'Hannattan,2001 ISBN: 2-7475-1719-5

SOMMAIRE
AVANT PROPOS DÉDICACE p. 5 p.9

INTRODUCTION

p. 13

CHAPITRE I : Regard sur le passé CHAPITRE II : La nation guinéenne CHAPITRE III : La Guinée face à la démocratie CHAPITRE IV : La Guinée et les Droits de I'Homme CHAPITRE V : Réformes institutionnelles et structurelles CHAPITRE VI : Le développement économique CHAPITRE VII : Le développement socioculturel

p. 19 p. 87 p. 117

p. 159

p.209 p. 221 p.289

CONCLUSION

p. 323

ANNEXES

p.329

AVANT PROPOS
Un Pays,la République de Guinée.

Le dilemme de Georges Bernard Shaw, cité par Henry Kissinger dans Diplomatie, éd. Fayard, 1996: "il Y a deux tragédies dans la vie. L'une est de perdre le désir. L'autre est de l'acquérir ". Régis Debray, dans la République expliquée à ma fille, éd. Seuil, 1998 : "Quand tu n'entends parler que des Droits de l'Homme, dans l'abstrait, tu sais que tu as affaire à un démocrate, philanthrope mais fumeux. Quand l'orateur précise "et du Citoyen", tu as affaire à un républicain conséquent. Et quand je n'entends mentionner ni les uns, ni les autres? C'est un barbare qui a la parole... " Il est dans la nature des visionnaires de redoubler d'efforts devant une réalité récalcitrante, non de capituler. La Guinée, nom donné par la France depuis 1891 à ce pays d'Afrique de l'Ouest situé au croisement du 10e degré Nord et le 1Ge degré ouest, est une harmonieuse juxtaposition de la plaine côtière (Guinée maritime ou Basse Guinée), de la zone montagneuse (Moyenne Guinée ou Fouta Djallon où le point culminant atteint 1500m), de la savane arbustive (Haute Guinée) et de la région subéquatoriale très arrosée (Guinée forestière). La Guinée francophone, pays situé au sud du Sénégal, sur la côte de l'Atlantique, élue en son temps "Perle de l'Empire français en Afrique" est un pays aussi divers qu'accueillant. Il correspond environ à la moitié de la France (245 857 km2) et abrite une population d'environ 7,3 à 7,5 millions selon les dernières estimations, soit une

densité moyenne de 30h/km2. Cette population est inégalement répartie. Les quatre régions naturelles abritent plusieurs groupes socioculturels selon la langue et les valeurs traditionnelles mais de plus en plus interpénétrés dus aux mariages inter-groupes et aux mouvements de populations. Ces quatre régions ont néanmoins des groupes ethniques dominants: - La Guinée maritime avec ses 360 km sur l'océan Atlantique: groupe socioculturel dominant, les Soussous; autres groupes ethniques: les Bagas, les Landoumas, les Temnés, les Nalous, les Mikhiforé s, les Diakankés, les Peuls. - Près de 25% des habitants occupent la région de Conakry-Coyah-Dubréka, suite à une importante migration entre 1965 et aujourd'hui. - La Moyenne Guinée ou Fouta-Djallon, plateau central relativement peuplé: 60 à 90h/km2 sur l'axe Mamou-Dalaba-Pita Labé et Mali; groupe socioculturel dominant: les Peuls; autres groupes ethniques: les Diallonkés, les Diakanké s, les Coniaguis, les Bassaris, les Soussous, les Malinkés. - La Haute Guinée, groupe socioculturel dominant: les Malinkés: autres groupes ethniques: les Diallonkés, les Kourankos, les Koniakés, les Ouassoulonkés, les Peuls. - La Guinée Forestière, pas de groupe dominant; groupes ethniques: les Guerzés, les Kissis, les Tomas, les Malinkés, les Konons, les Manons. Comparée à de nombreux pays africains, la Guinée a un nombre assez restreint de groupes ethniques dont certains partagent d'ailleurs les mêmes us et coutumes.

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L'intégration des groupes se fait par l'école, le mariage, le travail dans les entreprises publiques et privées. La langue officielle est le français. La pyramide des âges indique une forte proportion de jeunes avec environ 60% de moins de 25 ans. Les 7,5 millions de guinéens souffrent d'analphabétisme avec environ 60 à 70% de la population qui ne savent ni lire, ni écrire. Plus de 2,5 millions de guinéens vivent en dehors du pays, dispersés principalement dans les pays voisins, Côte d'ivoire et Sénégal notamment et dans les pays du Nord. L'enseignement primaire ne scolarise qu'environ 60% des enfants de 6 à Il ans. La nature a doté la Guinée d'un important réseau hydrographique: " pays des mille rivières qui coulent dans toutes les directions" : -Niger et affluents à l'Est,

- Sénégal(Bating) et Gambie au Nord,

- Konkouré,
Cavally,

Cogon, Kolonté à l'Ouest;

Manon,

et Fatala au Sud. Ces rivières ne sont pas mises en valeur, avec 1200à 4 000 nun de précipitations par an, les Guinéens manquent d'eau et d'électricité dans leurs demeures. L'agriculture offre d'énormes possibilités d'une région à l'autre; les terres arables sont fertiles et disponibles. Les principales productions actuelles sont: - Ananas, avocats, mangues, oranges; - Maïs, riz, sorgho, tubercules; - Arachides, huile de palme, karité ...;
- Café, cacao, thé.

- Rio Nunez

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La production reste cependant très faible et ne permet ni un marché intérieur satisfaisant, ni des exportations notables. L'élevage prédomine dans le massif du Fouta: 1,5 à 2 millions de bovins avec une gestion très médiocre de ce bétail mais avec des cheptels très importants en Haute Guinée et en Guinée maritime (région de Boké). Les ressources minières sont importantes. Le soussol recèle les plus grandes réserves mondiales de bauxites; L'extraction se fait à Fria où une usine produit de l'alumine et à Sangarédi. Le minerai de fer de bonne teneur existe notamment au Sud-Est (Mont Nimba-Simandou), mais n'est pas encore exploité. L'extraction d'or et de diamants a donné naissance à une société multinationale dont le bilan est encore loin d'être à la hauteur de nos espoirs. Les projets aurifères se heurtent à la chute des cours mondiaux. Néanmoins l'exploitation de l'or à base artisanale (orpaillage) existe. La beauté et la diversité du tenitoire guinéen ainsi que ttamélioration des structures d'accueil (routes, hôtels...) autorisent de grandes perspectives touristiques encore très faibles, voire inexistantes. La Guinée est qualifiée à juste titre de " scandale géologique", car elle renferme plus de la moitié des réserves mondiales de bauxites, plus du tiers du minerai de fer à haute teneuf, du manganèse, du cuivre, de l'Of, du diamant, du cobalt, du granit, du platine.

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DEDICACE. A lajeunesse guinéenne, Espoir de la .Guinée de demain. Pleure, Pleure, 0 ma Guinée bien aimée Qu1as-tufait au Bon DIEU, 0 Peuple de Guinée? T'a-t-il maudit? 40 ans de souffrance, de misère et de régressions de tous ordres, Dont 26 ans de dictature, de terreur, de mensonge et d'assassinat collectif: Et 14 ans de corruption, de gabegie, d'insécurité, de division ethnique. Et pour couronner le tout, l'enterrement de première classe, Le 19 décembre 1993, de tout espoir, Dans la tricherie la plus éhontée, Le déni des règles les plus élémentaires de la démocratie Et l'indifférence la plus totale de l'opinion nationale et internati anal e. Comment en est-on arrivé à cette situation, A cette impasse Qui fait de nous le dernier parmi les derniers pays sur la planète? Malgré nos énormes potentialités. C'est parce que nous refusons de nous pencher sur notre passé Afin de l'exorciser. Nous n'avons plus de repères d'aucune sorte Nous permettant d'établir des normes pour le présent et le futur. L'intérêt supérieur du pays a laissé la place aux ambitions personnell es.

Etre le premIer de tous, conquérir le pOUVOIrpour le pouvoIr. Sont les seuls leitmotiv des leaders politiques. Comment comprendre que l'on ait admis sans contestation Une LOI FONDAMENTALE octroyée Instituant la dictature d'une personne: le Président de la République, Sans contre-pouvoirs? Pourquoi avoir admis des lois organiques Rédigées et promulguées dans des conditions nondémocratiques? Pourquoi avoir accepté une participation à des mascarades électorales? Personne n'ignorait l'impréparation tangible: Recensement incorrect, listes électorales tronquées, Commission nationale électorale démissionnaire, Cartes électorales non distribuées intentionnellement, Refus de caution des Observateurs Internationaux. Pourquoi avoir entériné les résultats de scrutins Avec les manipulations et tricheries grossières constatées? Pourquoi avoir accepté encore d'aller à des élections législatives Dont les résultats étaient connus d'avance? Pourquoi se battre pour siéger dans une AssembléeCroupion Sans pouvoirs et en session 90 jours seulement dans une année? Pauvre de Guinée! A quand lafin de ton calvaire?

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JEUNE GUINÉEN,
Ton destin et celui de la Guinée sont entre tes mains. A toi de mettre fin à ton calvaire, à celui de ton Peuple. Prépare toi à bâtir un devenir à la hauteur de tes ambitions Et du mieux-être de tes concitoyens. Rêve avec nous de ce Futur radieux Dépourvu d'ethnocentrisme, de régionalisme, de corruption, De mensonge, de délation, de torture, de violence, De népotisme, d'égoïsme, d'insécurité, de lâcheté, De manquement à la dignité humaine. Oeuvrer pour l'intérêt général doit être ton unique objectif En sacrifiant ta personne. Participe effectivement et activement au développement de ton pays. Si tu le veux, tu le peux: car vouloir, c'est pouvoir. Que DIEU te protège et t'accompagne dans tes ambitieux rêves fous.

Il

INTRODUCTION. Le 28 septembre 1958, le peuple de Guinée se rendait aux urnes, dans la dignité, le calme, la discipline. fi était conscient de la gravité du moment mais fier de savoir qu'il pouvait, par un bulletin de vote, prendre son destin en main. Pour lui, les résultats du scrutin ne faisaient l'objet d'aucun doute. L'union sacrée entre tous les fils du pays n'était-elle pas réalisée autour du recouvrement de la souveraineté nationale? Sa liesse fut à son comble lorsque le 2 octobre 1958, Saïfoulaye Diallo, Président de }'Assemblée Territoriale qui venait de s'ériger en Assemblée Nationale proclama la république. Quelle journée historique! Quel beau jour! Tous les rêves étaient permis dont celui d'une Guinée prospère où il ferait bon vivre pour tous ses fils sans exception, pour d'autres Africains et pour d'autres humains venant d'autres continents. Cette Guinée de rêve est devenue une Guinée de cauchemar. Non seulement elle a détruit le maigre patrimoine légué par les colons, mais en plus, elle a broyé dans des conditions ignobles, plus qu'inhumaines, les meilleurs de ses fils. Pire, elle a, de nos jours, engendré et créé une misère généralisée. L'état de délabrement du pays est indescriptible. Comment ce peuple jadis si fier en est-il arrivé à ce point? Pourquoi ne se sort-il pas du sous-développement avec toutes les potentialités dont il dispose? Est-il le damné de la terre?

Il est seul responsable de sa misère, de son sort. TI s'est laissé embrigader par le P.D.G. TI s'est laissé maltraiter, emprisonner, torturer et tuer sans se révolter. Il a tout accepté en s'en remettant à Dieu. Or, celuici dit: " Aide-toi et Je t'aiderai". Chaque peuple est en grande partie maître de son destin. Que peut et doit faire le peuple de Guinée pour s'arracher à son triste sort? Certaines conditions incontournables sont à remplir dont: - la recherche de la vérité historique du passé, - la réconciliation des Guinéens avec eux-mêmes et entre eux, - l'instauration de la légalité et de la justice pour tous, - la mise en place d'institutions au seIVice d'une vie démocratique véritable et durable et d'un développement économique, social et culturel durable. On ne peut pas bâtir une nation sur du mensonge, la haine, la désunion et l'injustice. La reconstruction du pays sur des fondations solides et saines est une noble tâche, généreuse et historique à la portée de ceux qui veulent léguer aux générations présentes et futures la Guinée des rêves du 2 octobre 1958. Cela est possible, si ces bâtisseurs sont des femmes et hommes intègres, compétents, désintéressés, au service de tous et surtout patriotes. Il nous est toujours pennis d'espérer. " Dum spiro spero" . Cet espoir peut se concrétiser grâce à une volonté politique déterminée. Sans cette volonté politique, il est

impossible de se fixer des objectifs et, surtout, de mettre en
place les moyens pour les atteindre. 14

,

Le développement socio-économique de tout pays se réalise grâce à l'investissement, la production, la productivité, l'exportation, l'importation, la consommation et l'épargne ou l'emprunt. Ce schéma synthétique n'ignore pas que l'investissement doit être effectué dans des projets directement ou indirectement (effets induits) rentables à court, moyen ou long terme, susceptibles de générer suffisamment de ressources pour rembourser les fonds engagés et dégager des bénéfices, pour améliorer le niveau de vie de la population et réinvestir. La production exige des moyens adéquats de production, de la main-d'œuvre afin de produire des biens compétitifs. La consommation et l'épargne supposent que les besoins essentiels de l'être humain soient satisfaits et qu'un minimum de revenus soit assuré à chacun. Tout ceci ne peut se réaliser que dans un climat social consensuel serein, une adhésion du plus grand nombre et un Etat de droit garantissant les devoirs et les droits de chaque citoyen. La citoyenneté est plus qu'un savoir-vivre: c'est une conquête du citoyen qui s'est gagné le droit de faire partie du Souverain. Aucune remise en cause de cette citoyenneté ne sera jamais acceptée. Les Guinéens doivent refuser toute division fondée sur des critères d'ordre régional, ethnique ou autres, alors qu'ils ont librement choisi ou ont été contraints de vivre et travailler à l'intérieur ou à ['extérieur de notre pays. La conception du développement doit être révisée tant dans son approche que dans son application. Il doit tout d'abord englober ces trois dimensions: culturelle, économique et politique.

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Après un bref regard sur le passé (Chapitre I), il est proposé dans les pages qui suivent, quelques réflexions sur les problématiques susceptibles de conjurer la fatalité du non développement. Ce sont: - l'unité nationale, (Chapitre II). - le déficit démocratique, (Chapitre III). -les violations des Droits. de l'Homme (Chapitre IV). les réfonnes institutionnelles et structurelles, (Chapitre V). - l'intégration des structures en vue d'un développement économique rapide, (Chapitre VI). l'intégration du déve~oppement socioculturel (Chapitre VII). Des recherches empiriques à partir des réalités du terrain pourront permettre d'approfondir les connaissances sur les différents secteurs et d'ajuster en conséquence les programmes préétablis. Les prises de décisions seront ainsi mieux ciblées et plus réalistes. Les pages qui suivent vont paraître à certains lecteurs parfois un peu trop théoriques, éloignées des problèmes quotidiens actuels des guinéens. C'est sans doute vrai. Le développement économique ou social est un phénomène complexe, où de multiples acteurs, facteurs et paramètres endogènes comme exogènes sont si imbriqués, que l'on ne peut l'appréhender qu'à partir de réflexions prenant leurs sources dans des expériences vécues. Ceci pennet de dégager les causes et conséquences des cas de succès et d'échecs et de déboucher sur une ou des méthodologies d'approche, sur des programmations adéquates. TI n'existe pas de recettes toutes faites concernant le développement socio-économique. On peut s'en rendre compte en examinant les innombrables modèles 16

proposés depuis des décennies et les résultats obtenus (modèles marxistes, capitalistes, libéralistes et leurs dérives). L'absence de politique en matière de développement, le laisser faire sont les causes profondes du sous-développement voire de la régression. C'est le cas de la Guinée. Le fameux discours programme de 1985 n'a jamais connu un début de commencement. Lors des campagnes présidentielles des mois de novembre et décembre 1993 et 1998, et de la campagne pour les législatives de juin 1995, l'absence de programmes cohérents de développement a fait en sorte qu'il n'y a pas eu de débats d'idées entre les différents candidats. Si ces quelques pages peuvent susciter un certain intérêt et entraîner des réactions même négatives, l'objectif de cet ouvrage aura été atteint, à savoir réfléchir sur le devenir de la Guinée. La Guinée faisant partie intégrante de la Région Ouest Africaine, de l'Afrique et de la Communauté internationale, son sort actuel et futur concerne rensemble de l'Humanité. Que le lecteur veuille pardonner les redondances émaillant le texte. Pour enfoncer un clou, il faut plusieurs coups de marteau. Certaines idées forces ont été répétées à dessein pour marquer leur importance et leur mIse en oeuvre. Au moment de l'achèvement de cet essai, de nouveaux événements viennent rappeler de douloureux souvenirs. Le 14 décembre 1998, l'élection présidentielle a eu lieu et l'on pouvait espérer une meilleure transparence du scrutin plus qu'en 1993. Hélas, les mêmes fraudes se sont répétées. Pire, les candidats ont.été mis sous résidence surveillée (sans aucun contact avec l'extérieur) ou tout simplement arrêtés et incarcérés avant même la 17

proclamation officielle des résultats. Des dizaines de citoyens ont été tués lors des manifestations pacifiques et des centaines d'autres arrêtés et jetés en prison. Les tortures ont repris comme au temps du sinistre passé du PDG à ses moments les plus sombres. Tant que le passé n'aura pas été exorcisé, les actuels dirigeants continueront de bafouer les droits élémentaires de l'Homme, n'ayant d'autres repères que ceux du régime du PDG qu'ils ont seIVi en tant qu'exécutants. D'où un bref regard sur notre passé, pour ne pas oublier.

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CHAPITRE I : REGARD SUR LE PASSE Cris du cœur sur le passé

1- Liberté je t'appelle
Quand la nuit tombe sur Conakry Ce n'est point la joie qui rassemble toute la famille Autour du poste récepteur, ce n'est ni la musique Ni quelque émission culturelle que des oreilles avisées écoutent. C'est la voix de Sékou Touré, le bourreau. o tenible année soixante et onze La famille entière écoute les listes de proscrits Quand l'onde messagère lâche Un nom, des cris, des pleurs montent d'une maison. Lajeep fatale anive et l'infortuné proscrit Disparaît pour toujours. La langue tranchante débite Une longue liste de proscrits Tous affidés de l'impérialisme. Innocentes victimes Qui dira vos souffrances. Qui du tyran démasquera La félonie. 0 vérité Verseras-tu jamais ton baume Sur tant de familles. Eclaireras-tu l'Afrique, Sauras-tu jamais faire taire La voix, l'ignoble voix de "Tourévolution".

2- Révolution A l'enthousiasme populaire des premières heures Ont succédé l'angoisse, la lassitude, la torpeur Alors la peur devient le moteur de la Révolution Hisse au pouvoir suprême les médiocres. Elle glace le coeur des hommes honnêtes

Et devient le Dieu de toute la nation.

-

Sauver sa tête Voilà la Morale, la Sagesse, Que la peur inculque Chaque j our aux citoyens. Sous le règne de Touré (il s'agit bien de règne) Le Crime brandit le drapeau de la Liberté Les démagogues s'emploient de la Place Publique, On crie et on chante "Syli" la République, On brûle dtencens à la liberté Alors qu'on vit dans la plus grande indignité.

3- L'aveu
D'une voix chevrotante, l'accusé lit Un papier par les gens du tyran rédigé. Mais la bande magnétique fidèle a enregistré Les cris étouffés de celui qu'on torture à côté. On entend aussi le chant lointain d'un coq, Tenible aveu du bout de la nuit. L'homme drogué, Battu, a hâte dlen finir avec sa lecture. Peut-être trouvera-t-il le sommeil Une fois sur le sol dur de sa cellule. Il lit, il s'accuse de mille crimes Qu'il n'a pas commis, il exalte 20

Les vertus du Responsable Suprême, l'infaillible Guide du peuple héroïque de septembre Il demande grâce en pleurant. Ses complices? Il en donne une longue liste. Il n'a oublié ni sa femme, ni ses enfants Ni ses amis, ni les adversaires avoués du tyran. Un autre, rendu gai par une dose excessive De drogue et d'alcool lit sans sourciller La longue liste de ses crimes contre le peuple, Les surprises parties Où les conjurés se retrouvaient. Lui qu'on a connu pauvre, toujours dans le besoin, Il s'accuse du crime honteux d'avoir touché cinq mille dollars Pour prime d'inscription dans les rangs des ennemis du tyran. 1958 - 1969

La première décennie de l'indépendance

La conquête coloniale du XIXème siècle a fait de nous des sujets français, anglais, espagnols, portugais etc. Dans la zone d'occupation française, seuls les ressortissants des quatre communes Dakar, Saint-Louis, Rufisque et Garé avaient le statut de citoyen français. Ds élisaient un député au Palais Bourbon (Assemblée Nationale). Blaise Diagne, Galandou Diouf et Lamine Guèye ont occupé ce siège et mené une politique d'assimilation consistant à s'identifier au colonisateur en revendiquant les mêmes avantages matériels et adoptant les mêmes tenues vestimentaires.

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Le système colonial était fondé sur l'injustice et la discrimination raciale avec son lot d'humiliations et de mauvais traitements. Il a donc fallu: - reconquérir notre identité culturelle à travers le concept de négritude inventé par Aimé Césaire et Léopold-Sédar Senghor; - faire renaître notre fierté à travers, notamment, des travaux de Cheik Anta Diop, les hommes de culture comme Amadou Hampaté Bâ, etc. La contribution des colonies françaises à la victoire sur le nazisme et le fascisme a nécessairement conduit aux changements introduits en 1945, notamment, après le discours du Général de Gaulle, en 1944, à Brazzaville. La très grande majorité des Africains d'aujourd'hui (près de 90 %) n'a pas connu la période coloniale; ils n'ont aucun complexe par rapport au Blanc et pour la même raison, les gouvernements actuels n'ont aucune culpabilité personnelle par rapport à la colonisation. A la veille de l'indépendance, de nombreuses forces politiques, syndicales et associatives se partageaient la scène publique guinéenne. Parmi elles, citons notamment le PDG-RDA, dont le leader incontesté était Sékou Touré, le Bloc Africain de Guinée (BAG) animé par Barry Diawandou, la Démocratie Socialiste de Guinée (DSG), animée par Barry Ibrahim a, dit BARRY III, l'Union Générale des Travailleurs d'Afrique Noire (UGTAN), la Confédération Française des Travailleurs Croyants (CFTC) dont les leaders étaient respectivement Sékou Touré et David Soumah, des clubs sportifs (le Racing, la Jeanne d'Arc, le Mamaya, etc.) et des organismes estudiantins, l'UGEG (Union Générale des 22

Etudiants et Elèves de Guinée) et l'AEGF (Association des

Etudiants Guinéens en France).

.

Les mouvements politiques et syndicaux recrutaient leurs adhérents sur des bases idéologiques, à partir de programmes et non sur des bases ethniques. Ainsi l'emprise de Sékou Touré était plus forte sur la Basse Guinée que sur la Haute Guinée, tandis que Barry Diawandou était plus populaire en Haute Guinée qu'en Moyenne Guinée. Lorsque le Général de Gaulle proposa à référendum le projet de la Constitution sur la Communauté FrancoMricaine, le sentiment national l'emporta sur les ambitions personnelles. L'union se fit autour du NON et permit à la Guinée d'accéder à l'indépendance et de proclamer, sans effusion de sang, la République le 2 octobre 1958. A l'époque, si Barry Diawandou avait succombé aux pressions exercées sur lui par le gouvernement français et les autorités coloniales fédérales de l'AOF et locales, la Guinée aurait connu le même sort que le Niger où Djibo Bakary, Chef du gouvernement préconisant le NON fut battu par Hamani Diori soutenu par la France et ayant fait campagne pour le OUI. La Guinée doit en grande partie son indépendance à Barry Diawandou dont le sens patriotique l'a emporté sur les ambitions personnelles car, avec son consentement, la puissance coloniale pouvait falsifier les résultats du référendum en faveur du OUI. L'union et l'unité acquises le 28 septembre 1958 allaient voler en éclats au fil des ans à cause des effets pervers de la dictature exercée par Sékou Touré et son PDG pendant 26 ans. A partir de 1959, les complots se succédèrent à raison d'au moins un tous les deux ans. Tout d'abord, il 23

fallait conditionner la population en créant un climat de crainte, de suspicion, de peur et, pour finir, de ten-eur. Dès 1959, la population guinéenne fut traumatisée par des exécutions publiques, celles de Diabaté Djélikéba, un notable de l'agglomération de Djalakoro, près de Siguiri, et de Camara Chérif un repris de justice. Le premier fut fusillé dans son village devant la population de toute la contrée, invitée à assister au "spectacle" et le deuxième fusillé à Boulbinet (Conakry) en face de l'actuelle Bourse du Travail, en présence de la population de la capitale, au départ en liesse, et, après exécution, perplexe. Un autre voleur subit le même sort, à Kindia. En avril 1960, c'était le "complot des intellectuels tarés" et des "forces décadentes", après que l'on eut "découvert" une invasion du pays par des parachutistes français. Bilan: une centaine d'arrêtés dont dix mourront au Camp Alpha Yaya, après avoir subi d'affreuses tortures. Les victimes les plus connues de cette tragédie furent l'avocat Diallo Ibrahim a, Directeur général de l'Inspection du Travail, l'Imam de la mosquée de Coronthie, El Hadj Kaba Fodé Lamine et Touré Fodé dit "Gros Fodé", jeune cadre récemment rentré de France. Certains responsables et adhérents du BAG et de la CFTC furent contraints de s'exiler au Sénégal pour échapper à la répression. Ce fut le premier vaste mouvement d'exil vers le Sénégal. En novembre, décembre 1961, ce fut le "complot des syndicalistes, des enseignants et des étudiants", "éléments d'extraction féodale et anarchiste" et "appuyés par les ambassades impérialistes et soviétiques"... Un millier de personnes furent aITêtées dont principalement des étudiants et des enseignants. L'armée tira sur des manifestants sans défense. On releva de nombreux morts et 24

blessés. Parmi les accusés, certains resteront six ans au secret en prison et seront libérés sans jamais avoir été jugés, d'autres y moulTont sans que le gouvernement ait eu un compte à rendre à leurs familles. Parmi les personnalités envoyées au Camp Camayenne, dénommé par la suite Camp Boira, citons: - BAH Ibrahima Kaba, Professeur - BALDE Hassimiou, Haut cadre du Ministère du Plan - BALDE Mountaga, Haut-cadre du Ministère du Plan - DIALLO Kalon, Professeur DIARRA Sidy, Professeur - GANGUE Mamadou, Censeur du Lycée de Donka - KElT A Koummandian, Président du Syndicat des Enseignants, NIANG Djibril Tamsir, Professeur - SECK M'Baye, Professeur - SOW Moumouni, Enseignant - TRAORE Mamadou dit RAYAUTRA, enseignant. Ce complot laissa une plaie profonde dans l'intelligentsia guinéenne, consacra le divorce entre le régime et la majorité des étudiants guinéens, notamment ceux de France et vit la naissance des mouvements d'opposition à l'extérieur du pays. La lutte contre les cadres et intellectuels demeurera une donnée constante de la politique du régime. En septembre 1963, ce fut le "complot des petits commerçants". Le harcèlement des tabliers et commerçants ambulants avec des arrestations à la clé introduisit le marché noir. Une quarantaine d'entre eux enfermée dans une cellule exiguë mourut asphyxiée. Après la fameuse "loi cadre du 8 novembre 1964", le "complot des grands commerçants" coïncida avec le "complot de Petit TOURE". Ce dernier avait eu l'outrecuidance de déposer au Ministère de l'intérieur les 25

statuts d'un nouveau parti politique, comme l'y autorisait la Constitution. Ce "complot" coûta la vie à une dizaine de personnes dans des conditions atroces, tandis que plusieurs dizaines d'autres furent jetées en prison au Camp Boiro, sans procès et sous le régime du secret. Parmi les personnalités victimes de cette purge, citons: - CAMARA Bengaly, ancien Ministre du Travail et ancien membre du Bureau Politique National (BPN) du PDG. - KABA Sory, ancien représentant permanent de la Guinée à l'ONU, ancien Ambassadeur à Moscou - TOUNKARA Jean Faragué, ancien Ministre de la Jeunesse et ancien membre du BPN du PDG. - les Docteurs en médecine ROUAF et LOROFY, les trois frères TOURE dont deux périrent sous la torture. En décembre 1967, une dizaine de personnes furent arbitrairement arrêtées et emprisonnées. Ce "complot" n'a jamais dit son nom. Parmi les personnes arrêtées, citons: - DIALLO Saïkou, Professeur de mathématiques à l'Université - TRAORE N'KI, Ingénieur chimiste et sa femme, mère alors de cinq enfants. En mars 1969, Sékou TOURE annonçait la découverte d'un nouveau "complot impérialiste" dont certains responsables de l'armée guinéenne étaient les "vils exécutants" . De nombreuses personnalités civiles et militaires aussi différentes par leur passé ou leurs convictions politiques furent arrêtées. Un comité d'instruction du "complot", composé du général Lansana DIANE, Ministre de la Défense Nationale et ami personnel du Président de la République, de Ismaël 26

TOURE, frère du Président, de Siaka TOURE, alors Lieutenant et neveu du Président, de Mamadi KEITA, beau-frère du Président, fut chargé de l'enquête ainsi que de l'interrogatoire des "comploteurs". Après un simulacre de procès devant le Conseil National de la Révolution, treize personnes furent condamnées à la peine de mort avec confiscation de leurs biens. Il s'agit entre autres de : - DIABY Kaman: né en 1929, Colonel, Chef d'état major adjoint de l'Armée guinéenne, marié et père de quatre enfants dont un handicapé physique, Secrétaire d'Etat à la Milice populaire au moment de son arrestation. - KEITA Fodéba : né en 1921 à Siguiri, Secrétaire d'Etat à l'Economie Rurale, ancien Ministre de la Défense et de la Sécurité, fondateur des "Ballets Africains", marié et père de trois enfants. - BARRY Diawandou : né en 1917 à DaboIa, Inspecteur des Finances, ancien Ministre de l'Education et des Finances, ancien député à l'Assemblée Nationale Française, père de onze enfants dont trois en bas âge. - FOFANA Karim: né en 1929 à Focérari ah, Ingénieur diplômé de l'Ecole des Mines de Nancy, Secrétaire d'Etat aux Travaux publics, marié et père de huit enfants. Parmi les condamnés à mort, citons le Commandant KElT A Check et les Capitaines DIALLO Thiemo Ibrahima et KOUY ATE Sanghan, tous mariés et pères de famille. Deux personnes vivant à l'étranger furent condamnées à mort par contumace: - YOULA Nabi, ancien Ambassadeur de Guinée à Paris et à Bonn, ancien Ministre de l'information;

27

- et

BA Mamadou, haut fonctionnaire, à l'époque, à la Banque Mondiale (Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement) et ancien Directeur Général du Crédit National. Neuf personnes furent condamnées aux travaux forcés à perpétuité avec confiscation des biens. Parmi elles: - BA Thiemo : 34 ans, Docteur vétérinaire, diplômé de l'Ecole Nationale Vétérinaire de Lyon, marié et père de deux enfants. - MAREGA Bocar : 42 ans, Docteur diplômé de la Faculté de Médecine de Paris, Directeur de l'Hôpital Oumar Dramé (ancien Hôpital Ballay), marié et père de quatre enfants. - GUEYE Baïdy : 50 ans, commerçant entrepreneur, ancien Président de la Chambre Economique de Guinée, marié, père de treize enfants et soutien d'une nombreuse famille. - BALDE Abdoulaye : 35 ans, Capitaine de l'Année Guinéenne, marié et père de quatre enfants. Les autres condamnés à cette même peine sont: BAH Amadou, DIARRA MtBemba, DRAME Mohamed, KOUROUMA Mamadi, SOW Mamadou Alpha. Parmi les personnes condamnées à vingt ans de travaux forcés et à la confiscation des biens (la plupart mourront en détention) : - DEEN Jean-Baptiste: ambassadeur à Monrovia. - DIOP Tidiane : 38 ans, Licencié ès Lettres, secrétaire administratif de la Compagnie Fria, marié et père d'une petite fille. - Capitaine SOUMAH Abou commandant de la garnison de N'Zérékoré, marié et père de trois enfants.

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Enfin, parmi les personnes condamnées à dix ans, le Capitaine KOIVOGUI Pierre et BARRY Aguibou, Ingénieur (tous morts en prison). Tout le monde, y compris les thuriféraires du PDG savait désormais que ce recours permanent aux "complots impérialistes" était utilisé par Sékou TOURE, non seulement pour détourner le mécontentement populaire consécutif aux énormes difficultés politiques, économiques et sociales dans lesquelles sombrait chaque jour davantage la Guinée, mais pour liquider physiquement tous ceux qui étaient soupçonnés de "tiédeur" à l'égard de la "révol ution" . Les événements du 22 novembre 1970 et leurs conséquences. Le dimanche 22 novembre 1970, au petit matin, une armada de navires de guerre s'approcha des côtes guinéennes à Conakry. Des barques partirent de ces navires remplis d'hommes en armes, lesquels débarquèrent en plusieurs lieux de la capitale. La surprise fut totale pour Sékou TOURE et son gouvernement, de même que pour la population de Conakry. Des opposants guinéens, avec l'appui des forces coloniales portugaises, avaient débarqué en vue de renverser Sékou TOURE et son régime. Les faits: En septembre 1970, le Docteur Charles DIANE, alors chirurgien en poste à Monrovia, arriva précipitamment à Paris. TIavait eu vent que quelque chose se préparait. Le Bureau du Regroupement des Guinéens en France qui s'appellera plus tard Regroupement des Guinéens à l'Extérieur, voulut en avoir le cœur net. 29

Ayant appris qu'une réunion se tenait à Genève autour de David SOUMAH, le Bureau du RGE décida d'envoyer dans cette ville une délégation composée de Siradiou DIALLO, du Docteur Charles DIANE et de Julien CONDE. Malheureusement à Genève, il fut impossible de voir David SOUMAH qui, apparemment, ne souhaitait voir personne. C'est Jean-Marie DORE, à l'époque, bras droit de David SOUMAH et fonctionnaire au BIT, qui reçut la délégation. Bien entendu, ilIa rassura en déclarant que les rumeurs qui couraient n'avaient aucun fondement. Sur ce, la délégation retourna à Paris. A la radio et à travers la voix de Sékou TOURE, on apprit que la Guinée avait été agressée par les "forces rétrogrades coloniales portugaises", le dimanche 22 novembre, à l'aube. Les jours qui suivirent furent terribles. Il était impossible de savoir qui avait organisé cette opération. On n'entendait que les déclarations de Sékou TOURE. Aucune revendication, aucune explication, aucun démenti. Le bureau du RGE essaya de mettre en garde l'opinion africaine et internationale afin qu'elle ne donnât point de chèque en blanc à Sékou TOURE. Il était, en effet, à craindre que l'occasion fût trop belle pour lui d'éliminer tous les opposants éventuels en donnant cours à un règlement de compte généralisé. Les craintes devinrent très vite réalités dans les mois qui suivirent. Une chape de terreur rouge enveloppa la Guinée jusqu'en 1974. Après ce débarquement que Sékou TOURE appela "agression", certains Guinéens résidant au Sénégal firent l'objet d'expulsions vers la France, dont: BARRY Antoine, 30

LELANO Antoine, BARRY Moundiourou, GUlLAVOGUI Akoi, HASSAN Hassad, etc. C'est alors qu'une partie des faits fut mise à nue. Cette expulsion était le moindre mal de la part des Autorités Sénégalaises. Sékou TOURE avait exigé du Président SENGHOR de lui livrer ces Guinéens, ce qu'il refusa. Par contre, le Président de la Gambie, Douada DIAWARA, se plia à ces exigences et livra pieds et mains liés une trentaine de Guinéens résidant en Gambie, lesquels furent largués en pleine mer de l'avion qui les emmenait à Conakry . Feu David SOUMAH était l'instigateur, le principal responsable, le cerveau et l'organisateur de l'opération. TI était secondé par Jean-Marie DORE, Moussa KEITA, le Commandant Thiemo DIALLO, Moundiourou BARRY, Antoine BARRY, Antoine LELAND, KOL y Kourouma, Madiou DIALLO et Souleymane SmillE. TI avait l'appui des autorités du Portugal et, semble-t-il, des Etats-Unis, de l'URSS et de la France. Le recrutement et l'entraînement des intervenants avaient été menés dans la discrétion la plus totale. David SOUMAH avait nommé comme chef des opérations militaires le commandant Thiemo DIALLO. Il fut trahi à la dernière minute et mis en résidence surveillée à Lisbonne. Lui qui avait tout organisé et avait les tenants et aboutissants de l'opération avait été mis à l'écart de même que ses principaux collaborateurs les plus au fait. TI était alors normal que le déroulement des opérations fût voué à l'échec. Le Commandant Thiemo DIALLO, décédé à Paris en 1990, avait emmené Siradiou DIALLO qu'il nommait à l'époque son "KISSINGER". TIne pourra plus témoigner, de même que David SOUMAH, décédé à Bègles, près de 31

Bordeaux. C'est dommage que leurs témoignages capitaux n'aient pas été écrits ni enregistrés de leur vivant. De nombreuses personnes ayant participé à l'époque aux événements du 22 novembre 1970 sont encore en vie et pourront témoigner. En premier lieu, Jean-Marie DORE, qui a participé à toutes les étapes, détient les documents authentiques pouvant confondre certaines personnes. En deuxième lieu, les principaux collaborateurs de David SOUMAH, notamment Moundiourou BARRY, Antoine BARRY Madiou DIALLO et KOLY Kourouma sont à même d'éclairer l'opinion sur le déroulement réel des événements. En dernier lieu, Hassan HASSAD aurait beaucoup à dire car, selon ses propres dires, Siradiou DIALLO lui devrait la vie puisqu'il l'embarqua à la dernière minute sur une pirogue avec le Commandant Thierno DIALLO les aidant à rejoindre un navire prêt à rejoindre le large. Fin 1970, Sékou TOURE et son régime étaient très affaiblis. Le mécontentement était général. La population et la classe dirigeante en avaient assez de la phraséologie creuse du PDG et des conditions de vie difficiles sans perspectives. L'occasion rêvée pour Sékou TOURE fut ainsi créée. Grâce à l'intervention des forces du PAIGC, le débarquement échoua, l'armée guinéenne récemment décapitée était absente, occupée à des travaux champêtres. La confusion qui régna à Conakry durant les jours suivant le 22 novembre fit beaucoup de dégâts matériels et amoncela les cadavres. Pendant ces journées folles, les miliciens et les militaires rappelés de toute urgence, faute d'avoir reçu les mêmes "mots de passe" s'entre-tuaient chaque nuit. Se souvenant de la méthode de Hitler, 32

accusant ses adversaires politiques de l'incendie du Reischtag qu'il avait lui-même provoqué, Sékou TOURE mit les crimes de sa milice au compte des "agresseurs portugais" . Une épuration sans précédent s'ensuivit. Des arrestations par milliers furent effectuées sur toute l'étendue du territoire. Le 23 janvier 1971, le "Tribunal Révolutionnaire Suprême", après la parodie de procès que l'on sait, prononça une centaine de condamnations à mort et de travaux forcés à perpétuité. Des pendaisons publiques furent ordonnées. Chaque ville eut droit à son ou ses pendus. Ce fut un véritable génocide des cadres: toutes les couches sociales furent touchées. Nous reproduisons en annexe les sentences prononcées le 23 janvier 1971 par l'Assemblée Nationale réunie en session extraordinaire érigée en Tribunal Révolutionnaire Suprême, séant à Conakry les 18, 19, 20, 21,22 et 23janvier 1971. Les mois qui suivirent cette parodie de justice et ces condamnations sans que les accusés aient eu à comparaître et à plus forte raison assurer leur défense furent terribles pour le Peuple de Guinée. Les arrestations étaient quotidiennes de milliers concernant des Guinéens de toutes conditions, ministres, hauts fonctionnaires, ambassadeurs, ouvriers, agriculteurs, commerçants,. La radio diffusait à longueur de journée et de nuit

les "aveux", les "confessions" des "agents de la 5ème
colonne" . Personne ne se sentait à l'abri d'une dénonciation, d'une délation, donc d'une arrestation et d'une mort certaine dans des conditions honibles. 1971, 1972 et 1973 furent 33

les années les plus sombres, les plus folles, les années de la terreur rouge. De nombreux Guinéens durent la vie sauve grâce à leur fuite vers les pays étrangers, l'exil. Une chape de plomb enveloppa la Guinée, la coupant pour de nombreuses années de l'Afrique et du monde. Les conséquences de cette période sont perceptibles jusqu'à ce jour. Le ressort de l'homme guinéen était pour longtemps brisé. La soumission, la résignation et la fatalité allaient faire place à toute initiative, à toute velléité de révolte, même intérieure. Aucune organisation, aucun mouvement ne revendiqua la paternité des événements du 22 novembre 1970. Face à cette situation, des Guinéens conscients des suites tragiques qui allaient s'ensuivre tentèrent d'alerter l'opinion africaine et internationale afin qu'elle ne cautionnât point les crimes qui allaient être perpétrés par les Autorités Guinéennes. Les communautés guinéennes vivant à l'étranger ont été le reflet de celles vivant à l'intérieur Bien que la très grande majorité ait quitté le pays pour l'exil, certains d'entre eux se consacraient au mouchardage. Ils renseignaient les autorités de Conalay sur les faits et gestes des compatriotes exilés. Ceux-ci sont aussi coupables sinon plus que les décideurs et exécuteurs des basses besognes sur le territoire national car par leurs rapports mensongers, ils ont envoyé de nombreux innocents à la mort et empêché de mettre un terme au cauchemar vécu par le Peuple de Guinée. Les divisions internes propres à toute communauté exilée ont annihilé tous les efforts entrepris pour renverser 34

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