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Une pensée juive au Brésil

168 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 154
EAN13 : 9782296310926
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UNE PENSEE JUIVE AU BRESIL
MOACYRSCLIAR

@ L'Harmattan, 1995 ISBN: 2-7384-3764-8

Gilda SALEM SZKLO

UNE PENSEE JUIVE AU BRESIL
MOACYR SC LI AR

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Traduit du brésilien par Monique Le Moing et Marie-Pierre Mazéas
Préface de Michael LOwy

Editions L'Harmattan 5-7, rue de L'Ecole Polytechnique 75005 Paris

Collection

Recherches et Documents dirigée par D. Rolland avec J. Chassin et P. Ragon

- Espagne

BESSIÈRE Bernard, La culture espagnole. Les mutations de l'après-Franquisme (1975-1992), 1992.

LAFAGE Franck, L'Espagne de la Contre-Révolution, XVIlle-XXe siècles (préface de Guy Hermet), 1993. KÜSS Danièle, Guillén Jorge, Les lumières et la Lumière (préface de Claude Couffon), 1994. TOD6 I TEJERO Alexandre, La culture populaire en Catalogne, 1995. PLESSIER Ghislaine, Ignacio Zuloaga et ses amisjrançais, 1995. SICOT Bernard, Quête de Luis Cernuda, 1995. ARMINGOL Martin, Mémoires d'un exilé espagnol insoumis, 1995.

A la mémoire de ma mère, Judith SALEM, femme juive Séfarade, qui m'a beaucoup appris sur la tradition des peuples opprimés.

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PREFACE
ROMANTISME SARCASTIQUE

Grâce aux traductions de Rachel Uziel et Salvatore Rotolo, l'oeuvre du grand écrivain juif brésilien Moacyr Scliar commence à être mieux connue en France. Cet auteur occupe une place singulière dans la littérature brésilienne, non seulement par sa thématique - les immigrants juifs de Porto Alegre - mais aussi par le surprenant mélange entre ironie et désespoir qui caractérise ses écrits. Son oeuvre se situe dans le lieu de rencontre fascinant entre deux traditions littéraires: le réalisme magique latinoaméricain et l'humour fantastique des conteurs juifs du Shtetl. On pourrait essayer de définir la tonalité musicale, l'esprit atmosphérique de ses contes et nouvelles comme une espèce de romantisme sarcastique. Cela ressemble fort à un "oximoron" ou une contradiction dans les termes. Cependant, seule une terminologie paradoxale rend compte de la déroutante ambiguïté de Scliar. Le moment romantique est celui de la nostalgie, de la mélancolie du sentiment de perte; le sarcasme est représenté par l'ironie mordante, souvent cruelle, parfois Kitsch. Toutefois, les deux sont inséparablement liés. Derrière la représentation dégradée et humoristique du faux messie, du prophète lunatique, de l'utopiste raté reste - tantôt cachée, tantôt explicite l'amertume, le malaise face au

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désenchantement du monde. La forme suprême de cette entzauberung, de la dégradation, de la ridicule et misérable chute dans le prosaïque est l'embourgeoisement: l'Ange Déchu dans la cosmogonie de Scliar ne devient pas Satan mais réussit une brillante carrière comme président-directeurgénéral d'une entreprise d'export-import. A l'inverse, celui qui, comme Benjamin Bok, réussit à échapper à sa condition bourgeoise (comptable et administrateur en chef dans une société d'investissements), même si c'est au prix d'une "folie prophétique", connaît à la fin une sorte de rédemption. Le sarcasme de Scliar se tourne parfois contre les absurdités de la réification et de l'aliénation (notamment technologiques) modernes - comme dans de nombreux contes du Carnaval des animaux ("Le chien", "Les lions"). Mais il prend souvent la forme - typique dans l'humour juif traditionnel - de l'autoironie et de l'auto-dérision: le juif se moque des juifs, l'utopiste des utopies, le rêveur des rêveries. On peut se demander s'il n'y a pas aussi, dans l'univers de imaginaire de Scliar, un sentiment aigu de l'inévitable dégradation qui guette les idées "hors de leur place" - pour reprendre la célèbre expression de Roberto Schwarz pour analyser la déformation des idées libérales dans le contexte de la société (esclavagiste) brésilienne du XIXe siècle. Les thèmes religieux, folkloriques ou politiques du Shtetl juif européen rédemption messianique, prophétisme social, utopie révolutionnaire - ne seraient-ils pas teniblement "hors de leur place" dans le contexte si différent, si prosaïque et si petitbourgeois du quartier juif de Porto Alegre? Le beau livre de Gilda Salem Szklo est beaucoup plus qu'un exercice académique: c'est une véritable plongée dans ses propres origines, une auto-découverte, un voyage imaginaire dans le passé, la mémoire, la mythologie juives. Pour interpréter l'étrange univers de Scliar, à la fois réaliste et enchanté, sordide et onirique, carnavalesque et magique, kitsch et poétique, ludique et amer, Gilda Salem a fait appel à quelques idées force de Walter Benjamin: le concept d'allégorie et celui de narration. Sa lecture épouse de près les contradictions, les tensions, les impasses de l'écrivain brésilien, héritier moderne d'innombrables générations de conteurs d'histoires yiddish, et le situe dans un contexte historique et culturel plus large: l'expérience moderne de la réification, la recherche utopique d'une harmonie perdue. 8

De ce point de vue le chapitre sur le "Héros Triste" est l'un des plus intéressants du livre: c'est toute une réflexion critique sur l'aliénation moderne, les dévastations du progrès, le déclin de l'aura et le désenchantement du monde - à partir de Lukacs,Benjamin et l'Ecole de Francfort - qui lui pennet d'interpréter la profonde mélancolie des personnages de Scliar comme une réaction face au monde infernal et dégradé du capitalisme moderne. Reste à savoir pourquoi l'humour et le sarcasme sont la forme prédominante que prend cette mélancolie, cette nostalgie du paradis perdu, dans les contes de Scliar. C'est peut-être une phrase de Lukacs dans La Théorie du Roman qui pourrait nous donner une piste "L'ironie des écrivains est la mystique négative des époques sans Dieu". Le monde sarcastiquement enchanté de Scliar est peut-être une des formes d'expression de cette "mystique négative" ... En tout cas le livre de Gilda Salem va bien au-delà du commentaire de texte. Il atteint la dignité de l'essai, tel que Lukacs le définit dans L'Arne et les Formes: "il se tient trop haut, il embrasse trop du regard et établit trop de liaisons pour pouvoir consister (uniquement) en la présentation ou l'explication d'une œuvre".
Michael LOWY

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PRESENTA TION

Clarice Lispector aurait dit un jour que chaque individu ne peut tenter de faire bien que ce qu'il sent réellement. Et c'est dans cet état d'esprit, que je me suis lancée, il y a environ quatre ans, dans la grande aventure qu'a été cette recherche autour de l'œuvre de Moacyr Scliar, objet de ma thèse de doctorat ès lettres, soutenue à l'Université Fédérale de Rio de Janeiro. Quand je dis aventure, je veux surtout parler du plaisir que m'a procuré cette recherche, au sens de la jouissance qui s'insinue dans la curiosité (curiosité que porte en soi tout travail intellectuel), en termes de joie de la découverte, englobant tout un processus d'auto-connaissance et de révélation progressive. Ce plaisir, je vais essayer, d'une certaine façon, de le transmettre à mon tour à ceux qui vont me lire. C'est avec émotion, mais en acceptant les limites qu'impose tout travail universitaire, que j'ai cherché à évoquer et à recréer l'univers judaïque des personnages de Moacyr Scliar, écrivain brésilien juif du Rio Grande do Sul. C'est avec passion que je suis de fait retournée à mes origines, m'engouffrant dans la nuit des mythes, fantasmes et fautes, me découvrant moi-même, avec la joie de vivre inhérente à ce voyage. Ce que je recherchais dans les différentes histoires de Scliar, c'était avant tout sa façon de créer et de vivre à la fois hors des normes figées qu'un homme de lettres doit prendre en Il

compte, plongé dans les faits et dans leur répercussion sur les individus. En vérité, écrire c'est vouloir mettre en ordre certaines élucubrations, et les raconter avec un minimum de précision. C'est dans cette optique, en quête du précieux patrimoine d'un peuple, que je me suis plongée dès le début dans la lecture des œuvres de fiction de Moacyr Scliar, cherchant un point de convergence entre le rationnel et le fantastique, entre la réalité présente et la mémoire du passé, me permettant de passer par la vie, par la création et par les faits narrés et de m'abandonner à l'émouvant défi du sentiment et de la fantaisie, à la séduction du mystère, avec le soulagement de le savoir assimilable à la raison. Plus concrètement, ce travail peut se résumer en trois parties ou trois grands thèmes, subdivisés en quatre chapitres, et reliés entre eux de la façon suivante: Scliar narrateur, porte-parole d'une tradition (la correspondance.. allégorie-tradition); la tradition juive; enfin le judaïsme comme objet de la fiction. La première partie présente Scliar, un narrateur sensible au mot, surtout en ce qu'il sauvegarde de l'histoire d'un peuple; itinéraire à travers la réalité et le rêve, éléments indissociables d'une même structure. La seconde partie comporte trois approches indépendantes: la relation entre l'imaginaire et le réel; l'univers des traditions des shtetls1 et les problèmes d'adaptation de l'immigré juif. La troisième partie, dédoublement des deux autres, consiste en une articulation (connexion et subordination) de ces trois points, à partir d'indications très précises que j'ai cherché à relever dans les récits de Scliar. L'allégorie est une stratégie d'approche du texte littéraire mise en place par "le" penseur juif allemand de notre siècle,
victime du nazisme, Walter Benjamin

- à travers

sa conception

de la réinsertion du passé individuel et collectif, avec ses fantasmes, ses aspirations, qui constituent autant d'expressions des problèmes actuels. J'entends par allégorie, l'accomplissement d'une reconstruction, qui fonde, en transcrivant le vécu, l'individuel et l'imaginé. A travers une expérience personnelle sentimentale et psychologique, tenant compte de certains aspects de la
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Shte tis : communautés juives de l'Est européen qui ont fonctionné de la

fin du XIXe et du début du XXe siècle jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale.

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tradition du judaïsme, le monde fabuleux et ludique de Moacyr Scliar s'est présenté à mes yeux sous l'angle de l'allégorie. J'ai pris l'allégorie comme outil de connaissance du texte, et, remontant aux origines du monde de la fiction et aux fondements de l'existence, j'ai démonté et reconstruit au fur et à mesure le discours de l'écrivain, cherchant dans ses récits le passé juif, le monde du ,mysticisme'et de la tradition qui s'offre dans toute sa diversité. Le discours allégorique, comme l'entend Walter Benjamin, au sens de fragment, de non-linéarité, de ruine et de salut, et d'oscillation entre la tradition et la modernité, et d'ambiguïté qui entoure la caractérisation des personnages, s'est manifesté à chaque étape de l'évolution de cette étude. L'essai de Walter Benjamin "Le Narrateur", où il analyse l'œuvre de l'écrivain russe du siècle dernier Nicolas Leskov, a été mon point de départ pour interpréter la situation actuelle du narrateur comme celle d'un individu solitaire et malheureux, en crise dans le monde de l'information et de la massification; un monde inconciliable avec l'expérience et la tradition - l'epos auquel est lié l'art de raconter, tissé de sagesse: l'univers heureux de la tradition orale, de la fusion idéale entre immanence et transcendance disparue à jamais. Trois autres essais de Walter Benjamin sur la modernité où il étudie les œuvres de Baudelaire, Proust et Kafka, m'ont fourni d'autres éléments pour comprendre le paradoxe sur lequel se fonde le comportement narratif de notre époque. La situation du narrateur, en tant qu'étranger et rejeté de la société de masse, me pousse à le rapprocher du Juif du galut (diaspora)2 dans sa condition d'étranger, d'exilé et d'exclu qui n'habite pas son propre monde. Les formes narratives liées au passé sont à nouveau à l'ordre du jour. Ce sont des histoires, des paraboles et des contes qui, dans le domaine du mythe, en incorporant le patrimoine culturel du peuple juif, gardent dans leurs paramètres une mélancolie et une joie d'autres temps. Dans la première partie, "Fantaisie du folklore juif", j 'ai mentionné quelques aspects" de la mythologie populaire du
judaïsme

- exprimés =

par le biais de la parabole et de l'allégorie

2Du grec diaspora dispersion :réquivalent hébraïque galut et le yiddish go/us sont liés à l'idée de l'exil judatque. Le mot "diaspora" ou ga/ut se réfère à tous les lieux situés hors de Judée où les Juifs se sont établis aprés la destruction du Second Temple.

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-

les caractères .éthique et sacré qu'elles renferment; l'appréhension des archétypes traditionnels et grotesques émergeant des communautés de la Diaspora, encore si présents de nos jours dans la vie quotidienne de la famille juive originaire d'Europe orientale. J'ai signalé la présence de l'immigré juif, etdans l'histoire du Brésil, et comme personnage de la fiction de Scliar, dans son processus d'assimilation et de marginalisation. Tout au long de l'étude, la tradition juive est abordée du point de vue culturel, ~ travers le souci des personnages de trouver une identité et un repère dans la réalité sociale brésilienne. On peut dire que la tradition a été essentiellement étudiée comme élément pittoresque consistant pour les figurants de ce bas monde en un puissant stimulant pour vivre, souvent comme recours contre le désespoir et l'oppression, sans parler de sa qualité poétique. Là, en particulier, .le phénomène est profond et imprègne tout le discours littéraire. L'intertextualité, dans les écrits de Scliar, est la source de sa créativité, et vraisemblablement même le thème principal de son œuvre. Selon lui, "le judaïsme est fondamentalement une culture - sans avenir; peut-être, mais doté d'un riche et remarquable passé". Dans ses veines, néanmoins, coule un fleuve d'anecdotes. Le narrateur préserve un patrimoine. Dans la seconde partie, "le Monde fabuleux dans la fiction de Scliar", reprenant quelques observations de la première partie, j'ai montré le caractère populaire et magique, miespiègle, mi-pathétique, de quelques personnages du monde de Scliar où apparaissent nombre d'aspects de la tradition et des sociétés de la Diaspora, de quelques ambitions juvéniles d'être le Juif sauveur de l'humanité, maintes fois présentes dans la littérature yiddish de la fin du XIXe et du premier quart de notre siècle. Dans la mémoire, j'ai cherché à localiser les shtetls - petites cités juives d'où sont sorties nombre d'histoires de la littérature yiddish - comme un legs considérable d'une. culture et de conditions historiques qui, ayant cessé d'exister, sont désormais l'objet de récits relevant du mythe, rejoignant le patrimoine culturel de toute l'humanité.

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L'humour, comme clé de cet univers, garde cette liberté porteuse d'espoir que nous rencontrons dans le folklore judaïque et dans les grands classiques de la littérature comme Mêndele, Cholem Aleichem, Peretz, et bien d'autres. C'est cet humour chaplinesque qui permet de sourire dans des situations apparemment désespérées. En relevant quelques traits du fameux messianisme juif, j'ai analysé sa trajectoire dans l'espace de la fiction de Scliar, depuis la construction de la Nouvelle Birobidjan de 0 Exército de urn Homem So, l'utopie du Born Fim de A Guerra no Born

Firn, le retour à la Terre Sainte de Os Voluntariosjusqu'au
retour aux formes primitives de la violence (thème de quelques contes de 0 Carnaval dos Animais, de 0 Aniio do Televisor) et les élucubrations eschatologiques des faux messies du livre et du conte "A Balada do Falso Messias". Toute l'imagination poétique, tout l'optimisme propre à l'enfance que j'ai rencontré chez un Cholem Aleichem, écrivain russe de la fin du siècle passé et du. début de celui-ci, et chez un peintre comme Chagall, je l'ai relié au décor onirique de Moacyr Scliar. Dans la troisième partie, "Allégorie du Juif", à partir de quelques considérations générales à caractère historique et philosophique, à travers l'histoire de l'antisémitisme dans le monde occidental des derniers siècles et du phénomène migratoire de l'Europe vers les Amériques, je cherche à situer les personnages de Scliar entre l'inquiétude partiellement déterminante de leur monde fabuleux, et la réalité faite de détérioration. L'utopie est pour eux, Raquel de Os Deuses de Raquel, Esther de 0 Cicio das Aguas et Benjamin, de Os
Voluntarios

- très

souvent indispensable.

Le recours au rêve et au délire, les tentatives pour retrouver le langage originel, le retour aux mythes, l'expérience du messianisme, tout est quête de l'homme perdu, à une époque où tout sombre, et crée une planche de salut comme échappatoire. Le passé n'est pas seulement différent, il est aussi de façon symptomatique meilleur que le présent. Les créatures sont en général corrompues par le système, et quand elles ne le sont pas, leurs valeurs sont assez inconsistantes pour faire face à la
réal ité sociale.

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L'œuvre de Scliar montre deux facettes: rune tournée vers le passé, vers l'idéal utopique de la tradition; l'autre tournée vers le présent, caractérisée par les marques de la pensée d'une classe moyenne en pleine ascension. De cette façon, j'en suis arrivée à une question qui me touche de près, sur la vision mythologique qui imprègne l'explication de cet univers de fiction. Dans quelle mesure mythe et tradition, mythe et réalité, sont-ils, dans ce contexte, des aspects qui s'entrecroisent, s'enrichissent et s'offrent en substance au thème du messianisme? En un mot, ma préoccupation à expliquer la structure des œuvres à partir de bases sociales et traditionnelles, en montrant l'historicité du fait narré et son caractère allégorique (pour ainsi dire fragmentaire), en même temps qu'elle reprend une vision mythologique (messianique), va mettre à l'épreuve cette vision, tout en repensant la tradition dans les perspectives de la production culturelle du monde capitaliste. Ce qu'il importera de retenir au fil de cet ouvrage, c'est une réflexion sur la tradition, esquivant un cheminement critique tout en épurant le langage fabuleux et apparemment moqueur par le biais d'une analyse dialectique entre littérature et société. Son identification avec la fantaisie ne la rend pas moins réaliste, à une époque où les utopies se multiplient, confondant les frontières réelles du processus historico-culturel. La dynamique ici décrite est de nature contradictoire. Dans la mesure où la création d'un espace mythique représente une alternative historiquement possible, elle revêt aussi les dimensions d'un espoir. Si, dans la pratique, les personnages de Scliar sont des ratés, qu'importe. Ce' qui s'impose, c'est de reconnaître et de mettre en relief la corrélation entre l'échec et la grandeur inhérente à leur univers de passions, visant l'intertextualité et la parodie. Dans la quatrième partie, "Le Mythe et la Réalité", je me suis à nouveau penchée sur l'articulation entre utopie et réalité, reprenant à mon compte l'idée que Walter Benjamin a du mythe, de façon plus ou' moins libre, c'est-à-dire, comme création d'un état primordial dans l'histoire des peuples, qui reflète un comportement humain et social. De ce point de vue, j'ai suivi le parcours anthropophage des contes de Scliar, en montrant la place de l'affabulation et de la narration chez ses personnages. L'ensemble de l'étude fait allusion à un rapport 16