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URBANISATION ET DYNAMIQUE MIGRATOIRE EN AFRIQUE DE L'OUEST

De
160 pages
Le rythme de croissance urbaine a très nettement diminué dans les années 1990 en Afrique de l'Ouest. Quelles sont les nouvelles caractéristiques de l'urbanisation ? Les mouvements migratoires se font toujours au bénéfice des capitales ? Les différences de mobilité entre hommes et femmes ont-elles évoluées ?
Des enquêtes ont été menées sur ce thème dans 8 pays d'Afrique de l'Ouest (Burkina, Cote d'Ivoire, Guinée, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal).
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URBANISATION ET DYNAMIQUE EN AFRIQUE MIGRATOIRE DE L'OUEST

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@

L' Harmattan,

2000

ISBN: 2-7384-8805-6

Philippe BOCQUIER

Sadio TRAORÉ

URBANISATION

ET DYNAMIQUE MIGRATOIRE

EN AFRIQUE DE L'OUEST

La croissance urbaine en panne

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

-

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Collection Villes et Entreprises dirigée par Alain Bourdin et Jean Rémy
La ville peut être abordée selon des points de vue différents: milieu résidentiel, milieu de travail, milieu de culture. Ceux-ci peuvent être entremêlés ou séparés. Il en va de même des groupes sociaux qui communiquent à travers ces divers types d'enjeux. La dimension économique n'est jamais absente, mais elle entre en tension avec la dimension politique. Ainsi peut-on aborder la conception urbanistique ou architecturale, l'évaluation des politiques sociales ou socioéconomiques et les formes d'appropriation par divers acteurs. Pour répondre à ces interrogations, la collection rassemble deux types de textes. Les premiers s'appuient sur des recherches de terrain pour dégager une problématique d'analyse et d'interprétation. Les seconds, plus théoriques, partent de ces problématiques; ce qui permet de créer un espace de comparaison entre des situations et des contextes différents. La collection souhaite promouvoir des comparaisons entre des aires culturelles et économiques différentes. Dernières parutions
F. MARTINELLI,Pauvreté et misère à Rome, 1998. P. OREOPOULOS,Le modèle spatial de l'Orient hellène, 1998. A. MOLES, E. ROHMER,Psychosociologie de l'Espace, 1998. R. BOUSQUET,Insécurité,' Nouveaux risques, 1998. O.TRIC, Conception et projet en architecture, articulation des composantes enveloppe, structure, usage et coût dans la conception et au sein du système d'acteurs, 1999. A. FISHER et J. MALEZIEUX (sous la direction de), Industrie et aménagement, 1998. P. CHEVRIERE,Dire l'architecture, 1999. M. MARIE, D. LARCENA et P. DERIOZ (eds), Cultures, usages et stratégies de l'eau en Méditerranée occidentale, 1999. P. BOUDON (sous la direction de), Langages singuliers et partages de l'urbain, 1999. M. TALATCHIAN,Moscou et les villes nouvelles de sa région, 1999. L. PLOUCHART, Comprendre les grands ensembles, 1999. J. PHILIPPE, P.-Y. LE 0, L.-M. BOULIANNE (eds), Services et métropoles, 1999. Astrid ASTOLFI, Reconstruction après la guerre (Pakrac, Croatie), 1999.

E. AMOUGOU, A. KOCHER, L'espace de l'architecture, 1999

Cet ouvrage est la synthèse des analyses menées dans le cadre du Réseau de recherche sur les migrations et l'urbanisation en Afrique de l'Ouest (REMUAO). Constitué sur l'initiative du Centre canadien de recherche sur le développement international (CRDI), ce réseau a été coordonné par le Centre d'études et de recherche sur la population pour le développement (CERPOD), à Bamako, avec le soutien technique du Centre français d'études sur la population et le développement (CEPED), du Département de démographie de l'Université de Montréal, et de l'Institut français de recherche sur le développement (IRD, exORS TOM). Ce programme de recherche, auquel ont participé huit pays d'Afrique de l'Ouest (Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal), a été financé par le CRDI, l'Agence canadienne pour le développement international (ACDI), le Fonds des nations unies pour la population (FNUAP), la Coopération française, le Programme des nations unies pour le développement (PNUD) et la Banque Mondiale. Les auteurs de l'ouvrage ont assuré la coordination technique du REMUAO. Les chercheurs suivants ont été associés à un moment ou à un autre à la coordination du projet: pour le CERPOD, Dieudonné Ouédraogo (actuellement coordonateur régional du réseau de recherche sur les politiques sociales en Afrique de l'Ouest et du Centre au CRDI, Dakar), Keumaye Ignegongba (actuellement chargé de programme au PNUD, N'Djaména) et Mouhamadou Gueye (chef de la Division recherche au CERPOD) ; pour le Département de démographie de l'Université de Montréal, Victor Piché (Directeur), Richard Marcoux (actuellement au Département de sociologie de l'Université Laval, à Québec) et Jean Poirier (chercheur); pour le CEPED et l'IRD, Philippe Antoine (Directeur de recherche). Ont aussi participé, Sally Findley (chercheur, University of Carolina), Aka Kouamé (responsable de la recherche, IFORD, Yaoundé) et Lututala Mumpassi (Professeur, Université de Kinshasa, président de l'Union pour l'étude de la population africaine, UEPA). On trouvera dans les rapports des enquêtes nationales les noms des institutions et chercheurs ayant contribué au projet dans chaque pays membres du REMUAO. Nous remercions Philippe Antoine, Cris Beauchemin, Françoise Dureau, Sandrine Mesplé-Somps, David Naudet, pour leurs remarques et suggestions. Les erreurs et opinions contenues dans cet ouvrage n'engagent que les auteurs.

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INTRODUCTION
Depuis les années 1950 jusqu'aux années 1970, la croissance urbaine en Mrique est forte, ce dont témoigne la sémantique développée tout autour du phénomène (révolution urbaine, hyperurbanisation, sumrbanisation, explosion urbaine, etc.). L'Afrique sub-saharienne, sans être la région la plus urbanisée du globe, possède néanmoins le potentiel de croissance urbaine le plus élevé (Gendreau, 1992). En 1995, sur 567 millions d'habitants en Afrique sub-saharienne, 176 millions vivaient dans des villes, soit un taux d'urbanisation de 31%, à comparer avec 45% de moyenne mondiale (Chen et al., 1998). L'inadéquation entre le développement socio-économique des villes africaines et le rythme rapide de leur croissance (qui dépassaient souvent 10 % par an dans les années 1960 et 1970), impose aux planificateurs et gouvernants un ensemble de défis difficiles à relever (logement, transport, assainissement, approvisionnement en eau et combustible, infrastmctures socio-économiques de base, etc.). Cette urbanisation est une des conséquences de l'intégration accme des économies nationales à l'échelle planétaire. Dans ce contexte de transition généralisée vers l'économie de marché, on assiste à des changements sociodémographiques rapides. La transition démographique est entamée partout dans le Tiers-Monde (Locoh et Makdessi, 1995; Chesnais, 1997). Elle a des conséquences importantes sur la famille et les conditions de vie des ménages. Parallèlement, on assiste à une amplification des mouvements migratoires à l'intérieur des pays vers les grands centres urbains et vers les pays voisins mieux nantis, ou encore vers l'Europe, les États Unis, les pays pétroliers du Golfe, etc. Mais, alors que la mondialisation des échanges impose une libre circulation des biens et des capitaux, notamment dans le cadre de groupements économiques régionaux (ALENA, Union européenne, CEDEAO, UEMOA, etc.), les frontières se ferment aux migrants internationaux. Le problème est que, comme le souligne Stalker (1995), la Déclaration Universelle des Droits de l'Honune donne à tout

Urbanisation et dynamique migratoire en Afrique de l'Ouest

individu la liberté de circuler librement dans son pays et aussi le droit de le quitter, alors qu'il n'y a pas de droit d'entrée universel. Les émigrants ont le droit de partir, mais sans avoir nécessairement quelque part où aller. Les quelques rares enquêtes nationales sur les migrations ont été réalisées au Burkina Faso (1974-1975) et au Sénégal (1979). L'enquête du Burkina Faso est la première à permettre l'analyse des flux migratoires, et de nombreux travaux ont été publiés sur le sujet (voir la bibliographie de l'ouvrage de Cordell et al., 1996). En revanche, l'enquête du Sénégal ne permettait pas d'estimer les flux, et très peu de résultats ont été publiés. À l'échelle supranationale, niveau le mieux indiqué pour l'étude pertinente des migrations internationales, des efforts ont été déployés depuis les années 1970 pour la réalisation d'enquêtes nationales simultanées dans plusieurs pays. Trois travaux d'envergure ont été menés: une analyse des migrations en Mrique de l'Ouest à partir des données des recensements du milieu des années 1970 (Zachariah et Condé, 1980); une enquête sur les migrations dans la vallée du fleuve Sénégal impliquant le Mali, la Mauritanie et le Sénégal, en 1982-1983 (Condé et al., 1986) ; et surtout les enquêtes du REMUAO sur lesquelles nous nous appuyons lCI. Le présent ouvrage s'inscrit dans la perspective d'une plus grande connaissance du phénomène urbain et de son corollaire, la migration. Il est le fmit d'un vaste progrannne de recherche qui a débuté en Afrique de l'Ouest en 1989 et qui a mené à la constitution du Réseau migrations et urbanisation en Mrique de l'Ouest (REMUAO). Ce réseau a conduit des enquêtes nationales simultanément en 1993 dans huit pays de l'Afrique de l'Ouest (Burkina, Côte-d'Ivoire, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria et Sénégal). Nous faisons ici la synthèse des données de ces enquêtes et répondons ainsi au souci de fournir aux planificateurs et aux décideurs les analyses nécessaires pour faire face aux défis qui leur sont posés. Notre point de vue n'est pas normatif: nous ne jugeons pas les politiques menées jusqu'à présent et ne prétendons pas les infléchir. Nous espérons plutôt fournir un diagnostic fiable de la situation des migrations et de l'urbanisation dans cette partie du continent: les mesures politiques sont souvent basées sur tlle mauvaise appréhension du phénomène, et il est important de disposer d'analyses cohérentes sur des données récentes.

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Introduction

Ajoutons que nous ne pourrons faire ce diagnostic que sur la partie la plus occidentale de l'Afrique sub-saharienne, à l'Ouest du Nigeria. Du fait de la limite des données, autant sur l'urbanisation que sur les migrations, le Nigeria a dû être exclu de nos analyses, de même que le Tchad et le Camerounl. Nous espérons cependant que les conclusions sur cette partie de l'Afrique pourront trouver leur utilité sur l'ensemble du continent. L'analyse de la migration et de l'urbanisation comme partie intégrante du processus global de modernisation des sociétés et de la théorie générale de la population, nécessite une contextualisation permettant de les appréhender comme résultant d'tme dynamique des structures économiques, sociales et culturelles. Ce sera l'objet du premier chapitre. Le deuxième chapitre de l'ouvrage fait la synthèse des données sur l'urbanisation à partir de diverses sources pour appréhender l'évolution du phénomène depuis les indépendances à partir d'indicateurs simples. Les troisième et quatrième chapitres de l'ouvrage portent respectivement sur les mouvements migratoires internes et internationaux. Il s'agit de données originales sur les migrations durant la période 1988-92 et non plus des données de stocks de migrants, telles qu'on les obtient habituellement à partir des recensements.

l Ces pays sont parfois considérés comme faisant partie de l'Afrique de l'Ouest.

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LES RELATIONS ENTRE LA MIGRATION ET L'URBANISATION EN AFRIQUE
Les infonnations statistiques et qualitatives convergent pour dire que la migration est un phénomène démographique, mais aussi socio-économique, majeur sur le continent (Simon, 1995). Mais il est paradoxal de constater que la mesure de ce phénomène demeure encore très limitée. L'importance donnée aux migrations en Afrique subsaharienne tient essentiellement aux effectifs de migrants internationaux: entre 35 et 40 millions en Afrique à la fin des années 1980, sur un tot:11 de 80 millions pour l'ensemble du monde (Stalker, 1995), le nombre de migrants internationaux serait, au milieu des années 1990, de 100 à 130 millions pour l'ensemble du monde (Simon, 1995). Mais ces chiffres sont à la fois très fréquemment cités et peu fiables. En outre, ils ne sont pas relativisés par rapport à l'ensemble des mouvements migratoires, internes et internationaux. TIfaut souligner que la migration interne n'est pas mieux mesurée que la migration internationale. La recherche dans le domaine démographique s'inscrit dans lID conteÀ.1einternational marqué depuis la demière guerre par un engouement pour l'applicabilité du modèle de transition démographique aux États africains nouvellement indépendants. La recherche reste essentiellement focalisée sur des paramètres tels que la fécondité et la mortalité qui ont marqué la collecte des données dès les premières années de l'indépendance de ces États. Cela ne concerne pas seulement les pays africains: bien que les décideurs et les chercheurs des pays en développement soient sensibles à l'importance des migrations et de la répartition spatiale de la population, l'étude des migrations est le parent pauvre de la démographie et l'attention (et les moyens) de la communauté internationale continue d'être orientée vers l'objectif de réduction de la fécondité (Bilsborrow, 1998).

Urbanisation et dynamique migratoire en Afrique de l'Ouest

En définitive, on dispose de nombreuses études sur la relation entre transition démographique et développement, mais relativement peu sur la relation entre développement et processus migratoire. La migration est pourtant un élément important de la croissance démographique au niveau local, que ce soit en ville ou dans les villages. Par ailleurs, malgré les relations évidentes entre urbanisation et baisse de la mortalité et de la fécondité, la relation population-développement reste encore trop souvent circonscrite à la relation entre croissance naturelle et développement.

POPULATION

ET DÉVELOPPEMENT

Une transition démographique tardive en Afrique
La traite négrière constitue le principal repère des analyses démo-historiques africaines. Si les avis sont partagés en ce qui conceme l'ampleur des effectifs concemés, la plupart des auteurs s'accordent sur ses conséquences surtout en tenne de déséquilibre des sexes et de baisse de la fécondité. Pour la période contemporaine, du milieu du 1ge siècle à nos jours, les historiens distinguent trois grandes phases dans l'évolution démographique africaine: la période précoloniale (1850-1890), période de légère croissance entrecoupée d'accidents liés à des sécheresses, des famines ou des épidémies; la période de la colonisation (1890-1920), période de régression démographique brutale; et la période après 1920 qui a été une période de reprise surtout après la seconde guerre mondiale. Cette reprise tient essentiellement à la généralisation de l'utilisation du DDT, des antibiotiques et autres vaccins (Coquery-Vidrovitch, 1992). En effet, l'action médicale, quasiment inexistante avant les années 1920 pour les populations africaines, a été détenninante dans la lutte contre les grandes endémies et les épidémies, faisant ainsi baisser les niveaux de mortalité. Les gains d'espérance de vie jusqu'à la période des indépendances ont été appréciables même si les niveaux de la mortalité demeurent élevés. La mise en place des systèmes de santé publique et la poursuite des actions contre les grandes endémies par les nouveaux États, ont contribué à faire baisser encore la mortalité. " L'action sur les déterminants majeurs de la santé publique se fait par le développement lui-même, dans ses aspects les plus élémentaires et les

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Les relations entre la migration et l'urbanisation en Afrique

plus primordiaux: l'accès à l'eau potable, la construction d'égouts et de latrines, la protection maternelle et infantile, la diffusion de la prévalence contraceptive" (Chesnais, 1997). La population ouest-africaine est passée de 63,2 millions d'habitants en 1950 à 209,5 millions en 1995 soit une croissance moyenne de près de 2,7% par an (UN, 1997). Au cours de la même période, la population urbaine s'est accrue de 6,4 millions à 76,0 millions tandis que la population rurale est passée de 56,7 à 133,5 millions d'habitants. Le taux de croissance annuel moyen de la population entre 1950 et 1995 est de 5,6% et 1,9% respectivement pour le milieu urbain et le milieu rural. Cette forte croissance de la population ouest-africaine est due en premier lieu aux victoires enregistrées dans la lutte contre la mort. De ce fait comme le suggère Blanchet, il convient de "considérer la croissance démographique [...J comme étant au moins partiellement entraînée ou accélérée par le développement économique" (Blanchet, 1993). Chesnais (1997) ajoute que" l'aptitude à tirer parti des grandes innovations médicales varie avec le degré d'ouverture culturelle et avec le niveau corrélatif de développement" et note que" le recul de la mortalité exerce [sur la transition démographique] un rôle déterminant: parmi les pays à espérance de vie inférieure à cinquante ans, aucun n'a entamé sa baisse séculaire de la flcondité ", comme c'est le cas le plus souvent en Afrique sub-saharienne. La théorie de la transition démographique stipule en effet que les niveaux de mortalité et de fécondité passent d'une situation initiale oÙ ils sont élevés vers une situation finale où ces niveaux sont les plus faibles. Initialement lorsque le niveau de mortalité est élevé, la tendance est d'avoir une importante progéniture dans l'espoir d'en garder des survivants. La forte natalité côtoie donc une forte mortalité. Mais, lorsque, par le biais du développement socio-économique et de l'amélioration du niveau de vie (meilleures conditions alimentaires et sanitaires, éducation, etc.), le niveau de mortalité baisse, celui de la fécondité suit avec un décalage plus ou moins important selon le pays et l'époque. En phase finale de la transition, la mortalité atteint son niveau le plus faible et la natalité est telle que le remplacement des générations est à peine assurée (Chesnais, 1997). En Afrique, la baisse de la mortalité depuis les années 1920 n'a pas été suivie d'une baisse aussi importante de la fécondité parce que les détenninants directs 7

Urbanisation et dynamique migratoire en Afrique de l'Ouest

de celle-ci ont peu évolué. Le mariage est resté précoce et universel; la production agro-pastorale dominante est toujours dépendante d'une maind'œuvre nombreuse; l'instruction, et particulièrement celle des femmes, a beaucoup moins progressé que prévu; et la baisse de la mortalité et surtout de la mortalité infantile n'avait pas, jusqu'au début des années 1990, offert les garanties suffisantes pour entraîner une réduction sensible de la fécondité. Le conflit persiste depuis des années entre les promoteurs de la politique démographique (les autorités nationales et/ou internationales) et l'institution habilitée à la mettre en application (la famille) laquelle assure sa reproduction conformément à ses intérêts et à ses projets (Meillassoux, 1993). La fécondité demeure élevée dans les sociétés africaines, malgré la fm de l'exception africaine (Locoh et Makdessi, 1995) : on assiste en milieu urbain à une baisse sensible de la fécondité, dont la poursuite dépendra en grande partie de la satisfaction à la demande de planification familiale, de la scolarisation des filles et de la lutte contre la mortalité des enfants.

Croissance de la population et développement
Une relation politiquement sensible

La théorie de la transition démographique constitue généralement la première référence lorsqu'il est question des relations entre croissance économique et accroissement démographique. La théorie de la transition démographique accorde en effet une grande attention aux facteurs économiques. Selon Chasteland (1993), jusqu'aux années 1970, la réflexion sur les relations entre population et développement est dominée par les pays anglo-saxons suivant un point de vue essentiellement néo-malthusien. Deux orientations de cette pensée auront un grand succès: celle plus écologique du Club de Rome (qui annonce un effondrement des systèmes économiques et écologiques à la suite des pressions démographiques) et celle plus économique de Coole et Hoover (qui considèrent que la croissance démographique a des effets négatifs sur la fornlation du capital, sur les rapports de dépendance entre aînés et cadets aux dépens de l'épargne et de l'investissement, sur les dépenses productives à l'avantage des dépenses improductives comme l'éducation et la santé). Les quelques voix discordantes qui s'élèvent n'ébranleront aucunement leur influence sur la formulation et la mise en œuvre des programmes internationaux de population dans les pays en

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Les relations entre la migration et l'urbanisation en Afrique

développement à un moment où la croissance démographique commençait à inquiéter. Comme le souligne Meillassoux (1993), les problèmes de population, notamment celui de la croissance démographique, sont teintés d'une connotation émotiOlmelle de sorte qu'on peut penser que leur perception empirique recèle de nombreux préjugés. À en croire Hodgson (1983) cité par Véron (1993), dans l'histoire des théories et des doctrines de population, il y a toujours eu une interaction entre la science et la politique. La science légitime en permanence la politique tandis que la politique oriente la science. Lorsqu'en 1974, à la Conférence de Bucarest sur la population, a été lancé le concept d'intégration des variables démographiques dans le processus du développement, il s'agissait d'un consensus pour rallier les partisans d'un développement plus juste et équitable. Mais le fait d'ignorer la complexité de l'économique et du social, en omettant l'intégration politique et l'intégration scientifique alors que cette dernière permet de mieux saisir les interdépendances et les interactions entre phénomènes de population et processus de développement, ne peut être politiquement neutre (Loriaux, 1993). En fait, pour Véron (1993), ce double refus politique et scientifique conduit à des théories partielles dans la mesure où des pans entiers du développement sont ignorés, et à des théories partiales lorsqu'on insiste sur la dimension démographique du problème des pays du Tiers-Monde en omettant leur dépendance et leur vulnérabilité. En définitive, les difficultés à comprendre le développement (ou le sousdéveloppement) en Afrique résultent de l'absence d'une vision claire des différentes interrelations socio-économiques et politiques. Les perpétuels ajustements des politiques de développement, suite aux échecs répétés, se font tOl~OurSà partir de perceptions, modèles et paradigmes fortement marqués par la culture occidentale. On en veut pour preuve l'évolution du concept de développement. Perçu au départ en terme de croissance économique puis en tant que processus de distribution équitable fondé sur les besoins fondamentaux des populations, le développement doit être désormais « durable ». Il doit tenir compte non seulement de l'état de pauvreté des populations mais aussi de la détérioration de leur environnement. Ce retour en force du concept d'environnement est à l'initiative de la Commission mondiale sur l'environnement qui, dans son rapport de 1987, affirme avec force que le développement doit être

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Urbanisation et dynamique migratoire en Afrique de l'Ouest

respectueux de l'environnement et que le développement d'aujourd'hui ne doit pas compromettre celui de demain (Gendreau et al., 1996). Une relation statistiquement peu probante

Outre les aspects idéologiques et politiques, l'examen des théories sur la relation entre population et développement à la lumière de différents travaux empiriques débouche sur un paradoxe. Autant les séries chronologiques observées dans les pays développés montrent que l'accélération de la croissance démographique s'était traduite par un infléchissement du produit par tête conformément à la logique malthusienne, autant il est difficile actuellement de mettre en évidence cette relation dans les pays à forte croissance démographique (Blanchet, 1993). Caldwell (1993) observe que les pays dont la croissance démographique (naturelle et migratoire) est la plus rapide enregistrent une forte progression du revenu par tête: même en ne considérant que l'accroissement naturel et en classant les pays selon que leur croissance est supérieure ou inférieure à 2,5 % par an, le groupe qui enregistre le plus fort taux obtient les meilleurs résultats. Cette relation est, selon l'auteur, difficile à interpréter. Blanchet (1993) explique ce paradoxe par trois raisons principales. La première serait l'imperfection de la mesure de la croissance économique, essentiellement mesurée sur la part monétisée (et en grande partie urbaine) de la production totale: les évaluations de l'auteur, qui contrôlent le niveau d'urbanisation, ne permettent pas de conclure à des biais importants. La seconde raison est l'existence de facteurs correcteurs (ajustements technologiques et institutionnels) qui compensent l'hypothèse malthusienne de frein démographique à la croissance économique. À ce sujet l'auteur cite Esther Boserup (1965) pour qui la pression démographique conduirait naturellement à des innovations teclmologiques qui compensent l'effet des rendements décroissants. La troisième raison serait que la croissance démographique est bien, au moins partiellement, entraînée ou accélérée par le développement économique. Une des raisons des difficultés d'interprétation des liens entre démographie et économie est la réduction des facteurs démographiques à la simple croissance de la population totale. Cette croissance peut avoir plusieurs causes, et un même niveau de croissance de la population ne reflète pas nécessairement un même stade d'évolution démographique. Ainsi, Williamson (1997) a montré que la démographie peut avoir un grand impact sur la croissance économique, mais que 10