Vers une solution négociée en Afrique du Sud

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Publié le : mardi 27 mars 2012
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EAN13 : 9782296168770
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VERS UNE

SOLUTION
liN

NÉGOCIÉE

AFRIQUE DU SUD

-

GROUPE DES SAGES DU COMMONWEALTH

VERS UNE SOLUTION NÉGOCIÉE
EN

AFRIQUE DU SUD
LES CONCLUSIONS DU GROUPE DES SAGES DU COMMONWEALTH

Préface de SHRIDATH RAMPHAL Secrétaire Général du Commonwealth

Traduit de l'anglais par
Alain BOCKEL

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris

L'édition

originale

a été publiée
«

en anglais

pour

Penguin Books Itd sous Ie titre:
Afrial: the Commonwealth Report».

Mission to South

@ L'Harmattan, 1989 ISBN: 2-7384-0289-5

SOMMAIRE
AVANT-PROPOS par ALAINBocKEL
MEMBRES DU COMITÉ DES SAGES DU COMMONWEALTH

Il

Détails bibliographiques
NOTE D'INFORMATION SUR LE COMMONWEALTH PRÉFACE
de SHRIDATH RAMPHAL,

15
19

Secrétaire général du Commonwealth
LETTRE AU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU

21
25 29

COMMONWEALTH INTRODUCTION

Chapitre 1
APARTHEID: DÉMANTELEMENT OU RÉFORME ?

L'apartheid en perspective Le programme du gouvernement... Positions parmi la communauté blanche Chapitre 2
LE PROBLEME DE LA VIOLENCE

33 43 51

L'apartheid: les origines de la violence Violence durant le séjour du Groupe Après l'état d'urgence

57

62
69

Chapitre 3
LA LIBÉRATIONDE NELSON MANDELA ET DES AUTRESPRISONNIERS

71

Chapitre 4
L'INSTAURATION DE LA LIBERTÉPOUTIQUE

81

Chapitre 5
LES PERSPECTIVES DE NÉGOCIATIONS

Position du gouvernement d'Afrique du Sud Positions des autres partis et organisations Vue d 'ensemble

85
89 101

Chapitre 6
LESPRoposmONS DU GROUPE 103

Chapitre 7 LADIMENSION ~GIONALE

129

Chapitre 8 CONCLUSIONS

135

ANNEXES

Annexe 1
Accord du Commonwealth relatif à l'Afrique australe 145

Annexe 2
Lettre en date du 13 décembre 1985 des deux Co-présidents au chef de l'Etat et réponse de celui-ci en date du 24 décembre 1985 151

Annexe 3 Leprogrammedes visiteset rencontresdu Groupe Annexe 4
La Charte de la liberté en Afrique du Sud

155
163

Annexe 5
Ordres de bannissement concernant MIne Winnie Mandela

169

Annexe 6
Déclarations du Président de l'Etat au sujet du développement constitutionnel 179

Annexe 7
Extraits du discours prononcé par le chef de l'Etat devant le Conseil présidentieL 187

AVANT-PROPOS

Par ALAINBocKEL",Professeur d'Université, ancien conseiller culturel à Pretoria (1983-86).

Le Secrétariat du Commonwealth a voulu que le rapport de la Commission des Sages sur l'Afrique du Sud soit traduit

en français. Ce rapport, rédigé à la suite d'une « mission de
bons offices» effectuée en Afrique australe entre février et mai 1986 pour le compte du Commonwealth, date de juin 1986. Il présente, pour le public francophone, un grand intérêt par son contenu, et n'a, hélas, rien perdu de son actualité.

Ses auteurs sont, selon la formule anglaise, des « personna-

lités éminentes» ; des personnalités politiques de premier plan, anciens chefs d'Etat ou de gouvernement comme le général Obasanjo (Nigeria) ou M. Malcolm Fraser (Australie), ou anciens ministres; on notera, à cet égard, la présence de Lord Barber, ancien président du Parti conservateur britannique et, il est intéressant de le relever, désigné par Margaret Thatcher. Mais également des personnalit~ religieuses, comme la présidente du Conseil mondial des Eglises, Dame Nita Barrow ou le primat de l'Eglise anglicane du Canada, l'archevêque
E.W. Scott.

Le contenu de ce rapport est précieux pour la connaissance des données de la crise sud-africaine et des voies que pourrait emprunter sa résolution. C'est en effet, pour l'essentiel, le récit objectif, minutieux, d'une tentative assez extraordinaire, car la première à notre connaissance à avoir été poussée si loin, menée sur l'initiative du Commonwealth: essayer d'amener toutes les parties du conflit sud-africain à se retrouver autour
l'Apartheid à la conquête du pouvoir

"A. BoaŒL est l'auteur d'un ouvrage sur l'Afrique du Sud: » (PUBLISUD,1986).

«

De

d'une table de négociations pour régler de façon pacifique ce problème dont l'enjeu est capital. Pour ce faire, ils ont rencontré, entendu tout le monde, les m~mbres du gouvernement sud-africain, y compris le chef de l'Etat, comme les dirigeants en exil de l'ANC ou Nelson Mandela dans sa prison; le rapport donne une description saisissante de la personnalité de ce dernier et de son désir de contribuer à la recherche d'une solution pacifique. La tentative s'est voulue impartiale et loyale, le diagnostic n'a pas été établi à la légère, et ne peut être récusé. C'est ce qui fait sa force et son intérêt particulier. Mais c'est le récit d'un échec, qui apparaît désespérément inexorable. Des va-et-vient multiples entre le Cap, ou siège le gouvernement, Lusaka, où se trouvent les dirigeants en exil de J'ANC, et la prison de Pollsmoor où Nelson Mandela demeure enfermé permettent au Groupe des Sages de dégager des propositions de nature à cerner et réduire le gouffre d'incompréhension, de méfiance et de préalables qui opposait au départ les différentes parties. Surviennent alors ces journées de tension et d'attente, du 13 au 18 mai, où l'on sent, de façon impalpable, qu'une solution est possible et où le public sud-africain, qui commence à être informé, se met à espérer, jusqu'à cette matinée d~ 19 mai où tout s'écroule: l'Afrique du Sud venait de lancer un triple raid meurtrier contre les trois capitales voisines de Gaborone, Harare et Lusaka. Tout s'est passé comme si, le dos au mur, à court d'arguments, le gouvernement sudafricain n'avait pu trouver d'autres moyens d'éviter ce qui pour lui est l'inconcevable: la fin de la domination blanche. De ce fait, ce rapport est toujours actuel: rien n'a fondamentalement change depuis cette matinée du 19 mai 1986. Le tableau de la situation sud-africaine qui y est brossé au lon~ des premiers chapitres correspond toujours à la triste réalite. Certes, la violence a, pour une part, changé de forme: les explosions répétées des cités noires en lutte contre ce qui symbolise leur oppression, l'armée, la police et leurs collaborateurs, ont cessé. La force a imposé sa loi, l'état d'urgence a cassé la dynamique du mouvement; il sévit toujours. Mais les syndicats ont pris la relève des organisations paralysées par les arrestations massives de leurs dirigeants. Et surtout, une autre violence monte chaque jour davantage, qui oppose Noirs contre Noirs, particulièrement dans la province du Natal. Dans sation », les autorités de Pretoria s'efforcent, par tous les moyens, de dresser entre la population noire et elles-mêmes l'écran d'une administration et d'une police « noires », et c'est celle-ci qui, appuyée au grand jour par des milices armées, tente d'imposer le silence aux organisations populaires. 12

le cadre de ce qui apparaît comme une politique de « normali-

Pour le reste, au fond, rien n'a changé depuis lors: le gouvernement n'a roposé aucune solution nouvelle; il attend, semble-t-il, que f.'ordre soit rétabli pour imposer sa solution. La population noire demeure toujours, dans sa substance, aussi fondamentalement opposée à ce qu'elle considère comme la
«

loi blanche », même si elle ne se manifesteplus de façon aussi

violente; elle aspire toujours à une solution pacifique qui lui reconnaîtrait sa dignité. Ou plutôt, tout a changé, car l'espoir un instant entrevu s'est éloigné, et la méfiance a grandi encore. Ces hommes de bonne volonté, de tous bords, ont toujours voulu croire au succès de leur mission; ils ont tenté jusqu'au bout de convaincre, par le dialogue, le gouvernement sud-africain de s'engager dans cette voie négociée et pacifique; mais après avoir évoqué le bain de sang qui menace, ils terminent leur rapport par ces

lignes: « nous souhaitons que ce rapport aidera le Commonwealth, et la communauté internationale dans son ensemble, à prêter secours à tous les habitants d'Afrique du Sud pour qu'ils puissent écha~per à cette effroyable tragédie ». Comme I ont réaffirmé encore les chefs de gouvernement du Commonwealth réunis à Vancouver en octobre 1987, les propositions présentées par le Groupe des Sages sont toujours actuelles: que toutes les parties se rencontrent pour discuter et s'entendre sur les voies qui mènent à une Afrique du Sud démocratique et non raciale. Et, pour que ce soit possible, que soit brisé le cycle de violences et que se crée le climat de confiance indispensable, par des mesures prises par les deux camps, mais d'aoord par le gouvernement sud-africain à qui est imputée la responsabilité principale. D'une façon ou d'une autre, ces propositions seront la base de toute initiative internationale qui pourrait, à l'avenir, être tentée pour proposer une solution à la question sud-africaine. Mais désormais, devant le refus de ce dernier, les Sages estiment que l'heure est venue où la communauté internationale doit intervenir pour éviter le pire. Pour eux, la question n'est plus de savoir si des mesures de pression exercées sur les auto-

rités sud-africaines les contraindront au changement: « il est
déjà manifeste, écrivent-ils, que leur absence, et la convktion de Pretoria que celles-ci ne sont pas à craindre retardent le changement ». A ce titre, la communauté francophone est, elle aussi, concernée, et bien sûr, la France en premier.
Paris, le 18 novembre 1988

13

MEMBRES DU GROUPE DES SAGES DU COMMONWEALTH, Détails bibliographiques

M. MALCOLM FRASER(Co-PIŒsIDENT), proposé

par le Premier

ministre d'Australie, fut le Premier ministre d'Australie de 1975 à 1983, après avoir oécupé de nombreux postes au Gouvernement depuis 1968. Il entra au Parlement en 1955 après avoir été diplômé de l'Université d'Oxford en 1952. En sa qualité de Premier ministre, M. Fraser présida le sommet du Commonwealth tenu à Melbourne en 1981 et prit la responsabilité d'organiser les réunions régionales de chefs de gouvernement pour la région du Pacifique-Asie. Depuis peu membre associé de l'Université d'Harvard, M. Fraser présida le Comité des sages des Nations Unies qui présenta récemment un rapport sur l'activité des groupes multinationaux en Afrique du Sud et Namibie. Il est membre du Conseil de coopération des anciens chefs de Gouvernement constitué en 1983.
GÉNÉRAL OWSEGUN OBASANJO (CO-PRÉSIDENT), proposé

conjointement par le Président de Zambie et le Premier ministre du Zimbabwe, fut le chef'du Gouvernement militaire fédéral du Nigeria (1976-1979) qui rendit le pouvoir à un Gouvernement civil élu dirigé par le Président Shehu Shagari. Membre associé de l'Université d'Abadan depuis 1979, le Général Obasanjo participa à la Commission Palme sur le désarmement et la sécurité, et est membre du Conseil de coopération des anciens chefs de Gouvememenl En sa qualité d'officier de l'armée nigériane depuis 1958,il participa à la Force des Nations Unies pour le Congo en 1960. Il fut Commissaire fédéral pour la Construction et le Logement en 1975, et promu Lieutenant-Général en 1976puis Général en 1979. LORDBARBER WENTBRIDGE, OF proposé par le Premier ministre de Grande-Bretagne, est président de la Standard Chartered Bank depuis 1974. Secrétaire à l'économie (19591962) puis aux Finances (1962-1963) du Trésor britannique, Ministre de la Santé (1963-1964),Lord Barber fut Chancelier de l'échiquier (1970-1974).Il présida le Parti Conservateur de 1967 à 1970 et fut membre de la Commission d'enquête sur les Iles Falkland (Frank Committee) en 1982. Diplômé de l'université d'Oxford et avocat, il entra au Parlement en 1951.

15

DAME NITABARROW été proposée par le Premier ministre a des Bahamas. Citoyenne de la Barbade, Darne Nita Barrow fut présidente de YWACA (1975.1983) et préside le Conseil mondial des églises depuis 1983 et le Conseil international pour l'éducation des adultes depuis 1982. Elle organisa le Forum des Organisations Non Gouvernementales pour la Conférence Mondiale tenue à Nairobi en 1985dans le cadre de la Décennie des Nations Unies pour les femmes. Après avoir été Infirmiè~ chef en Jamaïque et conseillère pour les soins auprès de l'Organisation pan-américaine de la Santé pour le Commonwealth (Caraïbes), elle fut Directeur-adjointe (1972-1975) puis Directeur (1975-1981) de la Commission médicale chrétienne

du Conseilmondial des Eglisesà Genève.Elle fut faite « Dame
of St Andrew>: en 1980.

M. JOHNMALECELA, proposé par le Président de Zambie et le Premier ministre du Zimbabwe, fut ministre des Affaires Etrangères de Tanzanie (1972-1975). Il occupa ensuite diverses positions dans le Gouvernement: Agriculture, (1978-1980), Minerais (1980-1982), Communication et transports (1982. 1984), Communication et Travaux-Publics (1984-1985), jusqu'à sa démission à la fin de 1985. Il fut vice-président de la Commission indépendante (Maitland) pour .le développement des télécommunications mondiales. Représentant permanent de la Tanzanie aux Nations Unies (1964-1968),M. Malecela fut élu Président du Comité de décolonisation des Nations Unies en 1%7. Il fut ministre de la Communauté de l'Afrique de l'Est avant de devenir ministre de Tanzanie en 1972. Il étudia aux Universités de Bombay et de Cambridge.
SARDAR SWARAN SINGH,proposé par le Premier ministre d'Inde, est un homme public depuis 1946,et fut ministre indien des Affaires Etrangères (1964-1966 et 1970-1974) et de la Défense (1966-1970 et 1974-1975).Il a occupé d'autres fonctions ministérielles dans le Gouvernement indien à partir de 1952. Chef de la délégation indienne à l'assemblée générale des Nations Unies à huit reprises, il fut élu au Bureau exécutif de l'UNESCO en 1985. Il fut membre du Comité des Sages des Nations Unies pour la coopération régionale et inter-régionale en 1982-1984et est vice-président du bureau de la politique du Conseil de coopération depuis 1983.Il joua un rôle actif dans le mouvement pour la Liberté de l'Inde et prit la défense légale des militants politiques de tous les partis. Il participa au Comité de Partition du Pafijab. 16

Le très révérend EDWARD WALTER SCOTT,proposé par le Premier ministre du Canada, est Primat de l'Eglise anglicane du Canada depuis 1971.Formé à l'Université de la Colombie britannique et au Collège anglican de théologie de la Colombie britannique, il fut ordonné en 1942. Il fut directeur du Service social, prêtre chargé de travail indien dans le diocèse de Rupertsland (1960-1964)et secrétaire-adjoint du Conseil du service social de l'église anglicane (1964-1966),puis évêque de Kootenay (1%61971). L'archevêque Scott fut Modérateur des Comités exécutif et central du Conseil mondial des Eglises (1975-1983).Il fut fait Compagnon de l'Ordre du Canada en 1978.

Au Sein du Secrétariat du Commonwealth, une unité spéciale a été constituée pour fournir un soutien technique et administratif au Groupe pour la durée de sa mission, en particulier pendant son séjour en Afrique du Sud. Le secrétariat en supporta la charge.

17

NOTE D'INFORMATION SUR LE COMMONWEALTH
Le Commonwealth rassemble le monde anglophone à l'exception des Etats-Unis et de quelques autres pays. Ses 49 Etats' membres appartiennent à tous les continents et proviennent de tous les océans. Ils représentent presque un tiers des Etats de la communauté internationale actuelle, leurs populations dépassent plus du quart de la population mondiale. En dehors des Nations-Unies, c'est la seule organisation dans la communauté mondiale qui rassemble des pays de tous les niveaux de développement économique. Les systèmes politiques peuvent être différents, mais tous ses membres reconnaissent la Reine comme chef du Commonwealth. Le Commonwealth d'aujourd'hui est issu de l'ancienne
«

Famillebritannique ». C'est pourquoi ses membres partagent

un certain nombre de principes et de pratiques: principes de liberté et de multiracialité ; pratiques du droit, d'administration et d'éducation; les peuples du Commonwealth parlent des langues différentes, mais communiquent en anglais. L'évolution du Commonwealth a permis, par le développement de la consultation et de la coopération, de répondre aux besoins de ses pays membres. L'équivalent moderne de l'ancienne conférence impériale et des réunions des premiers ministres est la réunion biennale de~ chefs de gouvernement du Commonwealth, où les chefs d'Etat et de gouvernement discutent de leurs problèmes et de ceux du monde. Les programmes de coopération sont gérés par le Secrétariat du Commonwealth, créé en 1965,et installé à Londres. Le Commonwealth, issu de la décolonisation, tient l'autodétermination comme un principe central. Il s'est longtemps préoccupé de contribuer à l'extension des libertés politiques à

toute la population d'Afrique du Sud. En 1961, l'Afrique du Sud fut contrainte de quitter le Commonwealth à cause de sa politique raciste. Le Commonwealth a joué un rôle très important dans la campagne mondiale contre l'apartheid. Les décisions des leaders du Commonwealth ont conduit à l'embargo international sur les armes à destination de l'Afrique du Sud et à son isolement en matière de sports, par l'accord de GleneagIes conclu en 1977. En 1985, lors du sommet de Nassau (Bahamas), les leaders 1UCommonwealth décident d'accentuer leurs pressions pour Ln changement en Afrique du Sud et constituent le Groupe des Sages du Commonwealth qui aura pour tâche de promouvoir l'ouverture d'un dialogue tendant à remplacer l'apartheid par un gouvernement démocratique. Les pays membres sont les suivants: Antigua et Barbuda, Australie, Bahamas, Bangladesh, Barbades, Belize, Botswana, Bruneï, Canada, Chypre, Dominique, Fidji, Gambie, Ghana, Grande-Bretagne, Grenade, Guyane, Inde, Jamaïque, Kenya, Kiribati, Lesotho, Malaisie, Malawi, Maldives, Malte, Maurice, Nauru, Nigeria, Nouvelle-Zélande, Ouganda, Papaousie et Nouvelle-Guinée, Saint Christopher and Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent et les Grenadines, Iles Salomon, Samoa occidentales, Seychelles, Sierra Leone, Singapour, Sri Lanka, Swaziland, Tanzanie, Tonga, Trinité et Tobago, Tuvalu, Vanuatu, Zambie, Zimbabwe.

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PRÉFACE

par le Secrétaire Général du Commonwealth

Au cours des six derniers mois, un événement marquant s'est produit dans un des endroits les plus tristes de notre pauvre monde. Un groupe de sept personnes provenant des cinq continents, noires, blanches et métisses, ont usé de toutes leurs qualités - intégrité, humanité, compassion, compréhension et une vaste expérience - pour tenter de contenir un orage menaçant. Cet événement fut surtout remarquable parce que, en dépit de l'adversité, le Groupe des Sages du Commonwealth (un qualificatif que chacun d'entre eux refuse) a mis en relief, grâce à la qualité de ses efforts en faveur d'un changement pacifique en Afrique du Sud, que changement et paix sont entre les mains de son peuple. Et même, pendant un bref instant, le monde et surtout les Sud-Africains de toutes races, entrevirent la voie ouverte à des négociations menant à un avenir prometteur. Ce rapport est un compte rendu de cette mission en Afrique du Sud et une présentation, par les sept personnes qui l'entreprirent, des réalités qu'elles ont affrontées et des dangers que pourraient encourir toutes les races en Afrique du Sud. C'est un rapport destiné aux dirigeants du Commonwealth, mais c'est également un témoignage pour le monde entier. Il résulte de la réunion du Commonwealth à Nassau en octobre 1985, mais il répond à des préoccupations des gouvernements et des peuples du monde entier. Ces préoccupations résultent des aspects inhumains du système de l'apartheid et des souffrances humaines sans doute plus effrayantes encore qui seront inévitables si une voie n'est pas trouvée, de façon urgente, pour imposer le démantèlement de l'apartheid

et l'établissement d'un gouvernement non racial et représentatif en Afrique du Sud. Le message est clair: l'apartheid doit disparaître. Il disparaîtra - même si c'est après une lutte sanglante au prix de millions de vies humaines et dont les soubresauts se répercuteront partout dans notre univers multiracial. Mais des solutions pacifiques sont possibles par de véritables négociations dès lors que l'Afrique du Sud blanche accepte que le système diabolique par lequel elle a maintenu sa domination doit disparaître et qu'elle est prête à s'engager formellement dans ce sens. Le compte rendu du Groupe met en relief, sans équivoque, combien le gouvernement sud-africain en est loin. Il montre également que ce n'est pas l'Afrique du Sud blanche dans sa totalité qui se tient figée sur les rives du Rubicon; une partie est prête et désire faire le pas. Et le rapport du Groupe confirme que, sur l'autre rive, ceux qui sont opprimés depuis si longtemps en Afrique du Sud, les victimes de l'apartheid, sont prêts, même maintenant, à prendre part à une démarche pacifique pour construire une nouvelle Afrique du Sud à laquelle participerait, avec loyauté et dignité, tout son peuple, Noirs et Blancs, Métis et Indiens. Le rapport délivre aussi un autre message, non pas pour l'Afrique du Sud, mais par-delà celle-ci, pour nous tous. C'est une invitation à agir, une exhortation à ne pas demeurer passif. Les possibilités qui restent offertes à la communauté mondiale

sont limitéesmais elles existent.Que nous les appelions « sanctions » ou, comme l'a fait le Groupe, « pressions économiques », elles reviennent au même: pressions économiques effectives, appliquées surtout par ces puissances économiques les plus importantes qui sont les principaux partenaires commerciaux de l'Afrique du Sud et vers lesquelles celle-ci se tourne pour obtenir une bonne part de ses ressources financières; des pressions pour exiger un changement pendant qu'il est encore temps, par des moyens pacifiques. Selon les dirigeants du Commonwealth, la mission du Groupe n'était qu'une partie d'un programme d'action commune. Celui-ci comportait également la mise au point de mesures contre l'Afrique du Sud acceptées à la suite d'un débat concernant les sanctions. En outre, au cas où, selon leur appréciation, des progrès significatifs n'auraient pas été accomplis en direction des objectifs de cet accord dans les six mois, ils ont décidé qu'il conviendrait d'adopter des mesures supplémentaires, et d'autres encore allant plus loin, selon un mouvement continu de pressions croissantes, de façon à garantir le résultat 22

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