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VILLES EN SURSIS AU SAHEL

288 pages
Les thématiques couvertes recoupent des domaines aussi variés que la gestion de l'eau et des déchets solides, les enfants et jeunes de la rue, le maraîchage urbain ou encore la mise en place de caisses d'épargne et de crédit par des femmes. L'accent est mis sur les moyens pratiques de mise en œuvre de ces différentes activités. Dans une démarche de recherche, d'action et de formation, un certain nombre d'initiatives populaires en faveur de l'environnement urbain a ainsi pu être initié, soutenu et renforcé.
(Institut tropical Suisse et Enda Graf Sahel)
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VILLES EN SURSIS AU SAHEL

@ L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-9792-6

Sous la direction de Kaspar WYSS, Mamadou NDIAYE, N'Diékhor YEMADll et Pierre JACOLIN

VILLES EN SURSIS AU SAHEL
Expériences au Tchad et au Sénégal

Institut Tropical Suisse & Enda Graf Sahel
L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE L'Harmattan Ine. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y 1K9 L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Collection Études Africaines

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Le don et le recours, ressorts de l'économie urbaine E.S. Ndione Enda Graf Sahel, 1992,201 pages ISBN 92-9130-002-0 Comment l'argent circule en milieu bidonvillois? Le patient travail de terrain mené par les groupes de Recherche - Action - Formation dans les quartiers précaires de Dakar montre que l'argent, n'étant pas qu'une valeur économique et qu'il ne suit pas les voies tracées par les « développeurs ». Réinventer le présent. Quelques jalons sur l'action B.S. Ndione, P. De Leener, P. Jacolin, J.P. Périer, M. Ndiaye Enda Graf Sahel, 1994, 131 pages ISBN 2-9508169-0-8 Les auteurs, en analysant les mécanismes de l'appauvrissement, montrent comment on pourrait d'avantage valoriser le gisement de ressources de ceux qu'on qualifie de « pauvres ». Pauvreté, décentralisation et changement social. Eléments pour la reconstruction d'une société politique P. De Leener, E.S. Ndione, J.P. Périer, P. Jacolin, N. Ndiaye Enda Graf Sahel, 1999, 166 pages ISBN 92-9130-020 La décentralisation est une question d'actualité. On l'évoque particulièrement dans le domaine des institutions et de la coopération. Ici, la décentralisation politique et administrative est proposée dans le cadre plus large de la recherche d'une plus grande participation des populations à la gestion de la« Cité ».

Collection Études Africaines

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Borgou regards sur une région ouest-africaine. Pierre PIGEON, Les activités informelles en République centrafricaine. Josias SEMUJANGA, Récits fondateurs de drame rwandais. Moussa DIA W, La politique étrangère de la Mauritanie. Michel DELNEUF, Joseph-Marie ESSOMBA et Alain FROMENT, Paléo-anthropqlogie en Afrique centrale, Un bilan de l'archéologie au Cameroun. W.H. Paul William AHUI, Eglise du Christ. Mission Harriste, éléments théologiques du Harrisme Paulinien.

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Achevé d'imprimer le 13 novembre 2000 sur les presses de Dominique Guéniot, imprimeur à Langres - Saints-Geosmes Photocomposition: L'Harmattan Dépôt légal: novembre 2000 - N° d'imprimeur: 4126

Sommaire
Présentation

par Marcel Tanner et EmmanuelNdione
Les enjeux de la gestion urbaine des villes africaines par Mamadou Ndiaye et Pierre Jacolin Des constats à l'action: Notre conception du « projet» et notre démarche de travail en ville par Kaspar Wyss, Mamadou Ndiaye et Emile Jeannée Au cœur de la ville de N'Djaména par Mamadou Ndiaye et Pierre Jacolin L'atelier de Kaolack: exemple d'un cadre permettant l'auto - apprentissage par Pape Meiss Seck et Mamadou Ndiaye Initiatives populaires dans le quartier de Milézi : réussites et échecs par N'Diékhor Yemadji, Nadjitolnan Othingué, Baou-Gotho Kono et Mamadou Ndiaye Le pari de la mobilisation communautaire dans le quartier Ardep Djoumal (N'Djaména) par Baou-Gotho Kono, N'Diékhor Yemadji, Kaspar Wyss et Pierre Jacolin Le dialogue comme outil d'amélioration de l'approvisionnement en eau potable par Philippe Bachimon, Mamadou Ndiaye et N'Diékhor Yemadj i Le rôle du chercheur - acteur dans les interactions entre les acteurs institutionnels et populaires par Allassembaye Dobingar

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Les moustiquaires imprégnées: une innovation à N'Djaména par Nadjitolnan Othingué, Georg Felber et Kaspar Wyss A Pikine, des femmes inventent de nouveaux rapports avec les acteurs de leur environnement par Ourèye Diop, Mamadou Ndiaye et Moussa Diop Du jardin au moulin: Naissance d'un micro - projet de femmes dans un quartier populaire de Ouagadougou par Boureïma Ouedraogo, Guéladio Cissé, Kaspar Wyss et Marcel Tanner Les enfants et les jeunes de la rue bâtisseurs d'une société nouvelle par Moussa Diop
Les jeunes habitent la rue et la rue habite les jeunes par Laoubaou Abdias Nodjiadjim

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Vers une ville citoyenne par Kaspar Wyss, Mamadou Ndiaye, N'Diékhor Yemadji et Pierre Jacolin Liste alphabétique des auteurs

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Remerciements Les éditeurs et auteurs tiennent à remercier tout particulièrement Céline Lanaspre pour la correction finale du livre. La publication de cet ouvrage a été rendue possible grâce aux contributions financières des institutions suivantes: . Fonds National Suisse de la Recherche Scientifique (FNRS) . Direction de Développement et de la Coopération Suisse

.

(DDC)
Freie Akademische Stiftung, Bâle Freie Akademische Gesellschaft, Bâle Institut Tropical Suisse

.

. .

Couverture:

Susan Knapp

Présentation
Par Marcel TANNER et Emmanuel NDIONE
La croissance urbaine en Afrique a bouleversé les schémas d'organisation de la vie individuelle et collective des sociétés. Les processus d'urbanisation tous azimuts ont induit des dysfonctionnements institutionnels et sociaux d'une part et libéré des espaces de créativité d'autre part. Les répercussions démographiques, épidémiologiques, sociales et culturelles de l'urbanisation posent la question actuelle des villes africaines en terme d'enjeux, de défis de développement ou simplement en terme de projets sociétaux. Les pouvoirs publics, les populations, les chercheurs et les différents acteurs de la coopération au développement sont fortement interpellés. La nécessité de reprofiler des démarches pour répondre efficacement aux diverses situations nées des processus d'urbanisation s'impose et se double de celle d'une prise en compte de tous les paramètres qui affectent la vie des populations défavorisées et influencent leurs contextes. Ce livre aborde diverses dimensions de la ville à travers des expériences de terrain relatées et capitalisées par les acteurs engagés dans leur mise en œuvre au Sénégal et au Tchad, qu'il s'agisse des acteurs institutionnels (pouvoirs publics, ONG), des acteurs - chercheurs, ou des acteurs sociaux (organisations communautaires de base, associations). Ils sont différemment situés dans l'échiquier urbain. Les auteurs de cet ouvrage et les organisations qui l'ont parrainé, Institut Tropical Suisse (ITS), Université d'Avignon et Enda Graf Sahel partagent des visions et des idées selon lesquelles la ville se construit par l'action concertée de ses habitants et des institutions qui les appuient ou les accompagnent. Les situations que vivent les populations, les initiatives qu'elles prennent constituent les matériaux privilégiés pour l'édification d'une ville citoyenne.

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Présentation

En s'appropriant des processus d'apprentissage individuel et collectif à partir des initiatives de développement qu'elles prennent, les populations reconstruisent un environnement socio-institutionnel nouveau. Le Fonds National Suisse de la Recherche Scientifique (FNRS) et la Direction du Développement de la Coopération (DDC) dans le cadre du Programme Prioritaire Environnement ont créé le module « développement et environnement» pour stimuler et renforcer les dynamiques de développement à la base. Les différentes expériences relatées dans le présent ouvrage ont bénéficié de l'appui de ce programme à travers des crédits accordés pour les travaux de recherche et d'action à partir de 1994. Il importe de noter également que la Coopération Française a financé le Programme Eau Potable et Assainissement (PSEau) dans des quartiers périurbains et de petits centres en Afrique tandis que le « Special Programme for Research and Training in Tropical Diseases (TDR) » de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a participé partiellement au financement d'autres activités, notamment dans le cadre de la promotion des moustiquaires imprégnées. Enda Graf, par son capital d'expérience au Sénégal et dans d'autres pays africains, en milieu urbain et rural, a contribué à renforcer les capacités des groupes dans la mise en œuvre de recherches issues des acteurs concernés et débouchant sur des actions innovantes. Le partenariat entre l'Institut Tropical Suisse et Enda Graf a été fécond. Il nous a permis d'utiliser la « recherche action formation» (RAF) comme démarche jamais achevée pour parvenir aux résultats systématisés dans ce présent ouvrage. La RAF apparaît ainsi comme un outil et non une recette en soi qui facilite et dynamise les processus interactifs dans la recherche et le développement.
. Elle valorise les différentes actions, favorise les changements

d'échelle, et ouvre les perspectives d'un changement social en profondeur.

Présentation

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Acteurs populaires aussi bien que «chercheurs» patentés, sans hiérarchie, en opérant une rupture avec les démarches classiques de « recherche », ont vécu une aventure fascinante. Cet ouvrage n'apporte pas sans doute de réponses définitives. Il tente seulement de dégager quelques perspectives de recherche et d'action. Il voudrait inviter les acteurs qui s'engagent sur le chantier des villes à imaginer des outils conceptuels et stratégiques plus pertinents. Malgré la diversité des terrains, nous nous enrichissons en croisant nos expériences respectives. Cet ouvrage offre des instruments de travail pour agir sur des contextes toujours en voie d'évolution. Les travaux présentés dans ce livre peuvent inciter des hommes et des femmes engagés dans le développement urbain à utiliser l'approche difficile de RAF. En la mettant en évidence, ils en mesureront les risques et les chances. Une approche collective et critique serait un des meilleurs atouts pour rendre cette démarche féconde, pour lutter contre le fatalisme ambiant, pour reconnaître et promouvoir enfin un capital d'initiatives populaires trop souvent ignoré. Cette même sagesse populaire dit bien que souvent, il est mieux d'entraîner les roues qui existent déjà que de vouloir inventer de nouvelles roues chaque jour. Dans une réalité urbaine jamais figée, le solide optimisme des auteurs a eu raison des aléas de la recherche. Bel exemple de persévérance!

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Les enjeux de la gestion urbaine des villes africaines
Par Mamadou NDIA YE et Pierre JACOLIN
Du fait de leur histoire et de leur peuplement, les villes africaines se présentent sous des formes diverses et multiformes. Très tôt les villes sont devenues des pôles d'attraction. Dans de nombreux pays africains, un pourcentage de plus en plus important de la population se concentre dans les centres urbains et dans quelques années, plus de la moitié de la population y habiterait. Au fur et à mesure de la croissance de ces villes, des contradictions et des disparités apparaissent, qui s'amplifient et s'exacerbent. Elles affectent de plus en plus les habitants et interpellent les services étatiques, les collectivités locales, les organismes d'appui au développement (ONG, organismes internationaux ou des coopération bilatérales).

Quelques constats sur la ville africaine d'aujourd'hui La ville concentre une grande partie des ressources, des emplois et des services. Elle constitue un lieu privilégié de transformation sociale, de communication et dans bien des cas, de créativité et d'innovation. Pourtant, les conditions de vie sont de plus en plus difficiles pour un grand nombre de personnes. A la suite des politiques de privatisation, l'accès aux services de base relève souvent de l'exploit. Les quartiers précaires se densifient sous l'effet conjugué de l'augmentation naturelle de la population et de l'exode rural. Nombre de jeunes sans emploi n'ont plus que la rue comme ressource. Enfin, suite à l'appauvrissement des personnes, à la destruction des réseaux de solidarité et à l'individualisation, diverses formes d'insécurité apparaissent. Pendant longtemps on a cru que le développement des villes irait de pair avec la création d'emplois salariés. Mais les faits ont démontré le contraire. Sous l'effet de la concurrence sauvage, des usines ferment, laissant un grand nombre de personnes sans travail.

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Les enjeux de la gestion urbaine des villes africaines

Jusqu'alors, la ville était le lieu privilégié des spécialistes. Or cette époque est révolue, remplacée par l'ère de la « débrouille ». Les «sans diplôme» s'en tirent parfois mieux que les grands « spécialistes ». On retrouve au ban des exclus de l'emploi salarié aussi bien des médecins que des techniciens, ou des personnes sans qualification professionnelle. Les rapports à l'espace ont aussi beaucoup changé. A une vision culturelle et intégrative de la terre considérée comme support d'activités existentielles et magico-religieuses (<< terre, maison la des ancêtres»), se substitue une conception matérialiste de la terre, réduite à sa valeur d'échange dans une économie de marché: la terre devient désormais une marchandise et fait l'objet de spéculation. Certains, séduits par l'obtention d'un gain immédiat, n'hésitent pas à vendre leurs terres et à rejoindre le lot grandissant des déracinés, en se privant de leur instrument de travail, tandis que d'autres, en accaparant ces terres, et en les accumulant, en font l'objet d'une spéculation fébrile. Le microcosme urbain présente ainsi un éventail quasi complet des situations d'exclusion, accompagné des mécanismes qui les engendrent et des effets qui en découlent. On y voit exposés comme dans une vitrine, les lieux où naissent et grandissent les grandes pauvretés. II importe de dissocier de ce mot de « pauvreté» les images exclusivement misérabilistes qu'on lui attribue habituellement. La « pauvreté» est sans doute réelle quand il y a absence ou rareté des biens monétaires ou des biens qui assurent la vie physique des individus. Mais en suivant cette logique, les idéologies dominantes ont validé une conception purement économique de la pauvreté. Or, depuis cinq ans déjà, les grands organismes internationaux utilisent, avec raison, d'autres critères. L'appauvrissement recouvre une réalité plus large que la situation de pauvreté économique. Ce concept renvoie en effet à une situation en train de se réaliser. Lorsque je dis que quelqu'un s'appauvrit, je peux envisager son statut économique, mais plus encore son statut

Les erljeux de la gestion urbaine des villes africaines

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d'homme ou de femme, ses compétences, ses qualités humaines, ses capacités de relation, qui s'amenuisent à la suite de facteurs fort variables selon les cultures. La véritable pauvreté réside tout autant dans cette dégradation que dans l'érosion d'un pouvoir d'achat. L'image idéalisée de la ville a fortement pénétré l'imaginaire des populations. Dès lors, toute situation qui contredit cette image perturbe l'idée que l'on voudrait en garder et les espérances qu'on y met. En approfondissant notre analyse, nous pourrons repérer plusieurs modèles urbains qui se copénétrent et se juxtaposent.

Quels modèles de ville? Un premier modèle peut séduire la plupart des acteurs: il est impulsé de l'extérieur par des techniciens et des planificateurs qui n'en voient que les aspects physiques et fabriquent une ville sans autre finalité que de répondre aux besoins de logement, de circulation, de consommation ou de travail. On dirait alors que la ville n'obéit qu'à la seule logique rationnelle et technique. En se présentant comme la norme de la vraie ville, ce modèle s'impose. Il n'est contrecarré par aucun autre et devient ainsi la référence qui cristallise les énergies, suscite les désirs et n'admet pas d'alternative. Il se fait admettre comme la règle qui doit tout régenter en matière d'économie, de police, de justice, d'enseignement, de sécurité, de monnaie, de transport, etc. Il persuade les gens que les choses ne peuvent être autrement, que le courant de la modernité est unique, que le progrès est à ce prix, et qu'on ne peut penser autrement. L'éducation, la publicité, les médias, les modèles et les modes tendent à inculquer cette idée que le progrès est là ; que ceux, tentés de chercher plus loin ou ailleurs, seraient dans l'illusion, et déchanteraient bien vite. Il n'y a pas deux voies pour arriver au salut, chantent les prophètes de cette modernité. La seule, la vraie, l'unique, c'est bien celle que

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prônent les grands de ce monde et qui doit s'imposer à tous. Il n'y a pas deux manières de «faire la ville» : la seule qui vaille et que l'histoire confirme, c'est bien celle que les temps modernes ont fait advenir. Par sa prégnance, ce modèle transcende et domine les personnes qu'il prétend servir. Ceux qui n'ont pas encore accédé à cet Eden urbain restent marginaux et doivent sans tarder se mettre au pli de cette modernité exclusive. Le système socio-politique dominant engendre d'ailleurs ce type dé ville, concentrant et contrôlant à la fois les ressources et les pouvoirs. C'est en ville que l'on trouve les institutions qui font accéder au pouvoir et qui garantissent la reproduction sociale. On aura reconnu dans ce premier modèle une ville de type exogène, façonnée par des alliances entre les pouvoirs financiers, politiques, juridiques et techniques. Les techniciens planificateurs ont pour mission de façonner la ville conformément aux normes édictées par les pouvoirs. Ils font rentrer les personnes et les groupes dans un modèle préconçu, comme si la ville était une réalité unique et homogène; ils se portent garant d'un «ordre» urbain institutionnalisé, où tout est codifié. Les outils dont disposent ces techniciens ne donnent qu'une vision partielle de la ville et ne leur permettent pas de se rendre compte des situations concrètes vécues par les gens, leurs relations, leurs préoccupations. Pour des adeptes inconditiorinels du chiffre et du quantifiable, de l'équerre et du mesurable, il est très difficile de tenir compte de la pluralité des acteurs et de leurs situations. L'école et tout ce qui l'accompagne en termes de compétition, de prestige, de catégorisation et de promotion sociale, représente l'une des institutions les plus significatives des modèles en cours. C'est la ville au sens large, qui engendre l'école, avec tous les espoirs qu'elle suscite. A son tour, l'école génère l'image des emplois qui en découlent nécessairement, comme s'il s'agissait là encore d'une loi « naturelle )}. Le diplôme sanctionne les études qui déversent automatiquement, en principe, ses adeptes sur le marché de travail (ironiquement appelé par certains le « marché du chômage»).

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En fait, l'école créerait plutôt une nouvelle catégorie « d'handicapés » : des «handicapés sociaux », avec cette malchance supplémentaire, et grave, qu'ils n'ont pas eu à affronter les situations réelles de la vie et ses contraintes. Ne comptant que sur leurs qualités « intellectuelles », ils n'ont pas eu à développer des capacités à imaginer et inventer d'autres voies que celles que leur avait in.., culquées le système scolaire dans lequel on les avait enfermés. Ainsi l'école reste essentiellement un lieu de reproduction. Son but n'est pas de stimuler les personnes et les rendre capables d'inventer, de créer, ou d'imaginer. Elle s'accorde bien en cela avec les autres institutions mises en place par le système politicosocial, qui produisent les mêmes effets. C'est plutôt au cœur même des quartiers ou des rues, des ateliers ou des marchés que les gens sont en recherche et imaginent des voies pour « s'en sortir ». C'est là qu'ils trouvent des solutions inattendues et font les apprentissages les plus utiles. Les modèles mis en œuvre par les «techniciens» de la ville et ceux que portent les projets de vie des personnes et des groupes, cohabitent difficilement. Nous faisons l'hypothèse que leur confrontation peut provoquer un enrichissement comme un appauvrissement, selon qu'il Ya osmose ou domination.

Une « deuxième»

ville

Pourtant, il est une autre ville qui dépasse les limites que la première a voulu imposer, qui prend même une ampleur telle que la première, la seule officielle, se laisse englober, au moins physiquement, par celle qu'elle n'a pas programmée. Elle prend naissance dans les pourtours de la première, dans les « faux» bourgs. Ce n'est donc pas la« vraie» ville; elle n'en a ni les marques ni le label. Il lui manque tout ce que possède l'autre, si bien qu'elle porte en elle les stigmates d'une bâtardise irrémédiable. Elle se trouve reléguée au-delà des murs d'enceinte que tracent les auto-

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routes, le goudron, les universités, les banques ou les quartiers « résidentiels », comme si les habitants de cette seconde ville n'avaient pas le droit d'être considérés comme des « résidents ». Les noms qui la caractérisent disent bien qu'elle n'est pas encore « la» ville. Ceux qui l'habitent doivent encore faire un effort pour accéder à la «citoyenneté urbaine» dont le brevet ne s'obtient qu'en accédant à l'autre. On parlera de banlieues, de bidonvilles, de quartiers pauvres. Au fur et à mesure, elle relègue toujours plus loin ceux qui ne se sont pas montrés dignes d'accéder au banquet du grand royaume urbain. Cette ville qui n'a pas été jugée digne d'en porter le nom, les gens l'ont baptisée avec des termes qui lui sont propres: C'est la «Médina », « Khar Yalla» (attends Dieu) ou encore «Arafat» (le lieu de la pierre noire), Ardep Djoumal, Ambassatna, tandis que les noms de la première ville sont sagement alignés sur les modèles étrangers: Place de l'Indépendance, Quartier HLM (Habitation à Loyer Modéré) ou Résidentiel, SICAP (Société Immobilière du Cap Vert) Liberté, Cité Castor, etc. Pendant ce temps, les gens qui habitent la ville de seconde zone la font naître et grandir à leur manière, sans ambitionner les grandes marques qui la feront reconnaître comme «moderne ». La «vraie ville» va déteindre sur ce tissu modulable, et l'on y verra des voitures, des antennes paraboliques, des écoles, voire des hôpitaux et des universités. Mais les modes de vie sont loin d'être la copie de ceux de la première. Multiformes, ils prennent des contours surprenants, et inventent avec souplesse des réponses aux situations qu'ils rencontrent. Ainsi, les activités économiques entreprises font peu appel à des financements importants. Evolutives, elles mettent en valeur les ressources humaines, ou les savoir-faire. Les carences en services, -tels que dispensaires, écoles, administration, justice, sont compensées par des initiatives qui ne rentrent pas dans le cadre ordinaire des institutions. On voit des conseils de notables assurer une justice de proximité, ou des artisans qui stimulent la créativité des

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enfants dans leurs ateliers, des guérisseurs offrant des prestations accessibles aux plus démunis. Ces activités ne sont pas régies par des lois intangibles mais plutôt par des codes informulés, le plus souvent appliqués avec habileté, laissant place à une interprétation inventive et souple, relevant des valeurs communes et partagées, dont le champ s'étend bien au-delà des réglementations officielles de la ville « moderne ». La créativité qui s'y manifeste et les ressources de tout ordre qui y sont valorisées en font sa richesse. Les initiatives qui s'y prennent suggèrent des voies nouvelles et créent d'autres relations entre les habitants.

Projets de ville ou projets de vie? La ville révèle ainsi un tissu complexe d'institutions. Les unes se réfèrent aux modèles extérieurs, souvent contraignantes, engendrant l'uniformisation et la soumission. Les autres, générées par la pratique des habitants développent leurs propres racines, devenant paradoxalement des « institutions informelles» avec leurs normes et leurs critères. A côté des terres ensemencées de graines étrangères, se trouvent d'autres terres que les « normalisateurs » estiment être en friche. En fait, sur ces jachères laissées apparemment à l'abandon, poussent les arbres résistants et vivaces de la créativité, donnant des fruits aussi divers que la «convivialité », les « réseaux », l'inventivité, l'utilisation des opportunités, les investissements relationnels, la rentabilité sociale, l'ingéniosité, la diversification des placements, ou l'utilisation et la valorisation des déchets de la première ville. Les acteurs de la ville évoluent à l'intérieur de l'un ou de l'autre de ces espaces selon les opportunités qui se présentent. Ceux de la seconde ville, avec une grande mobilité, se faufilent adroitement dans les mailles de la première, y nouent des relations, et en soutirent des ressources. Tout en restant attachés à leurs racines premiè-

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res, ils deviennent habiles à en faire bénéficier leur propre environnement, familial et social. Ainsi, ils ont l'occasion d'accroître leur capital de relations et d'expertises dans les divers domaines qui touchent à la négociation, à la valorisation des ressources locales ou à l'organisation, etc. Pendant ce temps ceux qui se rattachent à la ville que l'on dit « moderne» utilisent ces clientèles à des fins économiques et politiques. Selon leur logique, il n'y a pas de perdants, mais seulement des gens qui n'ont pas eu « la chance ». Par contre, ceux qui ont migré de la « vraie» ville vers la seconde, sont désorientés et n'ont plus de repères. Un rapport de force s'établit entre les deux modèles. Le second s'impose tant par le nombre de ses occupants, que par les services que les habitants ont mis au point pour eux-mêmes et la culture générée dans les quartiers. Comment fonctionnent ces modèles? L'expérience montre que toute institution se construit à partir de normes, et l'on peut considérer comme ayant un caractère «institutionnel» l'organisation qui s'est donnée des normes admises par un ensemble de personnes. Le caractère formel d'une organisation n'engendre pas nécessairement passivité ou soumission. Il ne signifie pas nécessairement une structure réglementée et rigide, ou même reconnue officiellement. Faciliter la rencontre des gens pour un objectif porte déjà en germe une organisation. Les «rues» de Dakar comme celles de N'Djaména sont l'amorce qui crée un

environnement ou libère des espaces avec leurs normes propres.
Les résistances à une institution ou les déviations que l'on constate proviennent le plus souvent de ce que ces normes ne sont pas acceptées, parce qu'étrangères à ceux à qui on les impose et à qui on voudrait les faire considérer comme allant de soi. L'intériorisation des normes, c'est à dire le mécanisme qui les diffuse et les fait considérer comme étant une partie de soi-même et de sa culture, est le passage obligé pour investir l'institution.

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Les facteurs culturels, notamment ceux que l'environnement et l'éducation sous-tendent, semblent être déterminants pour cette appropriation. C'est dans l'application des normes établies que le sujet sera reconnu comme « citoyen ». La non-application des normes entraîne l'exclusion et donc la mise au ban de « la» société, celle des tenants du système dominant, celle qui fabrique les normes et édicte les lois. Ce sont les autres sociétés, par exemple les « sociétés de la rue» qui, dans l'imaginaire officiel, sont « anormales». Elles suggèrent une autre vision des rapports sociaux, et donc se situent en marge de la norme. Il serait cependant fallacieux et caricatural de déterminer la ville en fonction de ces deux modèles, l'un moderne, l'autre populaire. La ville restera toujours plus riche que les dénominations qu'on lui attribue. Bien que les modèles soient en interaction les uns avec les autres, on trouvera toujours en ville: un grand nombre d'acteurs avec des ancrages et des intérêts spécifiques; des rapports de force, notamment pour le contrôle des ressources de tout ordre: institutions, relations, biens, etc. ; des ressources variées, perçues différemment, comme contraintes par les uns, comme atouts par les autres; des distances voulues, par rapport au pouvoir par exemple, et/ou des rapprochements inédits; une créativité du fait de la mobilité des acteurs, de leur provenance et de leur culture, du fait aussi du contournement des contraintes et des apprentissages qui en résultent, du fait encore de la nécessité d'opérer des choix en fonction des différents modèles qui cohabitent dans la ville; une amplification des effets provenant des situations considérées comme irrégulières, et qui aggravent la perception que l'on peut avoir de tout dérèglement du système social; une accentuation des inégalités et des distances entre les personnes et les groupes. La question est bien alors de savoir comment travailler avec tous les acteurs de la société urbaine qui œuvrent en son sein, y compris

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Les enjeux de la gestion urbaine des villes africaines

ceux de la rue ou ceux qui n'ont pas de statut reconnu; et comment faire pour que tous les acteurs soient en synergie. Ceux qui dénoncent le « parasitisme» des marginaux se condamnent eux-mêmes puisqu'ils sont les premiers à utiliser les ressources de cette frange sociale. Si cette frange avait un statut, ils ne pourraient plus l'utiliser: le coût en serait trop élevé. Si elle n'existait plus, la société en serait déséquilibrée. En existant avec sa marginalité, cette frange qui recouvre une large part de la population active permet, en fait, à la société dominante de se maintenir.

Nos hypothèses par rapport à la ville Après avoir pressenti la fragilité du modèle urbain actuel, nous pensons donc que seul un changement social peut contribuer à construire une autre ville. Le fondement de cette hypothèse réside dans le fait que chaque acteur a des capacités de créativité et d'autonomie pour inventer son présent et dessiner son avenir. Chacun a des capacités d'expérimentation qui lui permettent d'enrichir sa vision du changement, et donc des capacités d'utiliser les contraintes, voire de s'en servir comme stimulants. Ainsi, là où s'exercent des contraintes, les habitants ont su inventer une manière de vivre et de mettre en œuvre leurs capacités. Il est important qu'ils puissent déchiffrer cette dynamique et en faire une « lecture» constructive. En effet, leurs initiatives n'étant ni reconnues ni prises en compte, ils n'en savent pas la valeur. C'est en utilisant ou en créant des situations qui leur permettent de les lire, qu'ils peuvent retrouver ce qu'ils portent en eux. En reconnaissant cette richesse chez eux et chez les autres, ils renouvellent leur propre identité, modifient

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l'image qu'ils ont d'eux-mêmes, et enrichissent leurs représentations. Quand les gens font, par eux-mêmes, cette lecture, ce qui leur apparaissait banal prend un autre visage. Là où ils pensaient qu'il ne «se passait rien », ils découvrent des richesses que des sédimentations successives ont enfouies sous les alluvions du temps, de l'oubli ou du mépris.

Les outils utilisés pour cette lecture modifient donc les représentations que les gens se font d'eux-mêmes et des institutions avec lesquelles ils sont en relation. Ils ne sont plus les « consommateurs» des services de santé, ou de scolarisation. Ils n'ont plus des rapports de soumission aux pouvoirs dits « établis ». De plus, en contestant leur pertinence et leur façon d'agir, ils déstabilisent ceux qui sont campés sur les positions confortables de leurs certitudes. C'est par-là qu'ils commencent à se ré-approprier le pouvoir dont on les avait dépossédés. Dans cette démarche, ils modifient ainsi le rapport qu'ils ont avec le pouvoir, avec tous les pouvoirs, ceux de l'administration, des services de santé ou de l'enseignement, ceux qui détiennent le foncier ou disposent de l'espace urbain.

Les résultats attendus Dans les modèles proposés par la ville « moderne », les éléments qui vont à l'encontre de la créativité sociale sont tellement pesants que tous les secteurs dans lesquels pourrait s'exercer cette créativité se voient encombrés de législations et de contraintes. Seules les «ruses» des pauvres peuvent les déjouer. C'est en cela que réside leur « salut ». Ils ne peuvent l'attendre d'ailleurs. En partant donc de cette hypothèse globale que la ville se fait avec tous les acteurs qui s'y trouvent, et qu'un changement social n'est possible

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que si tous ont la possibilité de s'y impliquer, on fait le pari que ce changement engendrera une autre ville. Si l'on appréhende la ville dans ce sens, on se rend compte que la ville est d'abord une construction élaborée à partir de représentations, de rapports sociaux et de pratiques.

Les hypothèses secondes Elles découlent de cette situation: . les forces de création sociale qui émanent des petits et des pauvres sont peu apparentes et pourtant elles existent; . toute recherche populaire leur donnant l'occasion de s'exercer, les valorise et les rend plus efficaces; aider à utiliser ou à créer des situations dans lesquelles elles peuvent se révéler est un pari difficile à tenir: c'est pourtant là que réside un puissant levier de changement; . ces forces se déploient dans tous les domaines de la vie; elles ne sont pas disjointes mais s'articulent les unes aux autres; . bien loin de se disperser, elles se renforcent mutuellement dans une reconnaissance et une utilisation réciproques.

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Le choix des acteurs urbains et de leurs secteurs Il semble impossible d'aborder tous les secteurs où s'exercent ces forces de changement social. Il en est quelques-uns dont nous avons suivi l'évolution et dont les acteurs, d'une certaine façon, ont noué avec nous des relations de complicité. Ils nous ont paru être des exemples concrets dans lesquels ces forces se sont révélées. Loin de nous l'idée de les donner comme modèles. Ce serait précisément étouffer la créativité dont ils font preuve. Nous les avons choisis parce que nous les connaissions mieux, et qu'ils nous ont paru témoigner d'une dynamique de changement.