Vingt-cinq ans d'évolution de l'industrie et des territoires français

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Quelles sont les dynamiques spatiales contemporaines ? Dans un contexte de restructurations importantes de l'activité économique, les transformations de l'organisation spatiale empruntent des chemins variés. Cet ouvrage en dégage les principales tendances à partir d'un découpage fonctionnel des activités au cours des vingt-cinq dernières années.
Publié le : mercredi 1 janvier 1997
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EAN13 : 9782296335356
Nombre de pages : 208
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VINGT--CINQ D.ÉVOLUTION

ANS

DE L.INDUSTRlE FRANÇAIS

ET DES TERRITOIRES

@ L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5137-3

Christel AL VERGNE
Maître de Conférences Université de Poitiers

CentreUniversitairede la Charente- Angoulême

25 ans d1évolution

de Ilindustrie et des territoires Français
préface de Claude £-ACOUn et Ijernard P£-A/tlOUE

L'Harmattan L'Harmattan Inc. 5-7, rue de l'École Polytechnique 55, rue Saint-Jacques 75005 Paris - FRANCE Montréal(Qc) - CANADAH2Y IK9

Collection Emploi, Industrie et Territoire
dirigée par Gilbert BENHA YOUN, Maurice CATIN et Bernard PLANQUE

Cette collection accueille des ouvrages présentant un intérêt scientifique qui dans des domaines spécifiques tels que l'économie de l'emploi, l'économie industrielle et, de manière connexe, l'économie internationale et l'économie du développement, intégrent une dimension régionale, spatialisée. Les territoires peuvent être l'objet ou un éclairage des analyses. Les approches peuvent être aussi bien théoriques, méthodologiques ou appliquées.

Ouvrages parus dans la collection:

Gilbert BENHA YOUN et Steve BAZEN (sous la direction minimum et bas salaires, 1995,400 p. Christel AL VERGNE, Vingt-cinq territoires français, 1997, 208 p. ans d'évolution

de), Salaire et des

de l'industrie

Antje BURMEISTER et Guy JOIGNAUX (sous la directions de), Infrastructures de transport et territoires Approches de quelques grands projets, 1997, 320 p.

-

Ouvrage à paraître:

Gilbert BENHAYOUN, Maurice CATIN et Henri REGNAULT (sous la direction de), L'Europe et la Méditerranée: intégration économique et libreéchange, 1997.

REMERCIEMENTS

Ce travail n'aurait pu voir le jour sans l'aide précieuse des équipes administrative et scientifique de deux centres de recherche, le Centre d'Économie Régional d'Aix-enProvence, et l'Institut National de la Recherche Scientifique remercie pour leur soutien. Je suis également très reconnaissante envers W. J. Coffey, pour sa patience et sa gentillesse, et aux autorités du département de la Charente, qui m'ont permis de mener ce travail jusqu'à sa publication. de Montréal. Je les

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(Paul Vidal de la Blache, 1904)

SOMMAIRE

PRÉFACE de Claude LACOUR, Président de l'Association de Science Régionale de Langue Française et de Bernard PLANQUE, Professeur .à l'Université d 'Avignon.. ... ... ...... .....

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PARTIE I: LA LENTEUR SPA TIALES

DES DYNAMIQUES 31 35
36

Chapitre I : Les mutations du système productif
Section I : Constitution
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d'un système

industrialo-

e . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

Section II : Élévation de la main-d'œuvre

du niveau de qualification 45

Chapitre II : La lenteur des transformations paysage économique: un constat paradoxal
Section I :Les termes du paradoxe: la division spatiale du travail prégnance

du 53
de 54 72

Section II : Interprétation du paradoxe: dépendance du passé des phénomènes spatiaux

Conclusion de la partie I

94

9

PARTIE
))

II LES AMBIVALENCES YN AMI Q DES SPATIALES
scénarios

DES

97

(:'hapitre I : Les inte rrégio nale

de réorganisation

10 1 101 105 119 127
128

Section I : Le scénario de la convergence Section II : Le scénario du retournement spatial Section III : Convergence et retournement: formes de dépendance du .passé Chapitre II : Le scénario de la métropolisation
Section I : La métropolisation,
no uv ell

deux

une problématique

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Section Il : Le scénario de la métropolisation en France.. ... . ... ............. ....... . ... Section III : Les limites du scénario dans les départements métropolitains de province Conclusion de la partie II

..

..... 137 159 164

c ONCLUSION GÉNÉRALE ANNEXE BIBLIOGRAPHIE

167 179 191

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PRÉFACE
Bernard PLANQUE
Professeur, Université d'Avignon et des Pays du Vaucluse

Claude LACOUR Professeur, Université de Bordeaux I, Président de l'Association de Science Régionale de Langue Française

La science régionale n'est pas insensible aux phénomènes de mode et aux grands débats méthodologiques. Et décidément, quelque soit le contenu que l'on retient de la notion de paradigme, T. Kuhn et la structure des révolutions scientifiques restent présents parmi nous. - Des modes conduisent à certains moments à privilégier la rupture, la crise, les mutations -ne discutons pas ici ces termes- d'autres périodes poussent à privilégier le temps long, ll"effet papillon" d'un côté, les cycles longs de l'autre, la permanence de la perfection du quartz. On a ainsi théorisé la réussite du développement par le bas, affirmé le diagnostic de la fin du modèle fordiste, la revanche des Sud sur les Nord dépassés, l'évidence définitive de la réussite du modèle de la Troisième Italie... Mais aussi on a accordé une grande place aux cycles longs, à la rédemption de Schumpeter, d'un cinquième Kondratief ; on retrouve le temps d'incubation et de développement d'une innovation. Hier encore, on appréciait la relance ge l'aménagement du territoire et aujourd'hui on constate avec déplaisir que l'Etat lui-même sIen désintéresse et en prépare avec difficulté les différents schémas. Les collectivités territoriales n'en finissent pas de discuter de partenariat et de coopération pour tenter de gérer banlieues, espaces d'exclusion, phénomènes de concentration. - Des méthodes et des démarches scientifiques variées qui montrent que même si l'objet du "Grand Débat National sur l'Aménagement du Territoire" a fait long feu, l'idée même de territoire redevient plus que jamais l'objet d'études et de réflexions. On tend même parfois aujourd'hui à le prendre d'emblée comme facteur de production en complément du travail et du capital. On veut aussi lui donner une place centrale en matière de recompositions Il

économiques: un lieu et une force fédérateurs d'acteurs. Plus les processus d'intégration régionale des espaces jouent en faveur des zones historiquement fortes et déjà concentrées et, plus on vante les processus, nés de la mondialisation, qui abolissent et condamnent les distances; dans le même temps renaissent avec vivacité, avec ferveur, les attachements réels ou inventés au territoire. Il devient ainsi davantage qu'un site statique: un ensemble de processus de construction et de défense de ressources spécifiques ou quasispécifiques. Les géographes, les historiens ont sur ces champs, considérablement avancé, les économistes peut-être moins. Faut-il y voir une attention particulière pour les travaux de nature économétrique qui peuvent détourner les chercheurs en science régionale des problématiques non immédiatement formalisables ? Faut-il chercher d'autres explications tenant par exemple au fait que l'espace français, tel qu'il a été façonné par l'histoire, reste profondément marqué (handicapé ?) par quelques grandes caractéristiques: hypertrophie parisienne,

zones désertifiées, couloirs encombrés, métropoles régionales faibles par
-

rapport à leurs homologues européennes, régions de vieille industrialisation en crise- structurelle depuis des décennies? Alors, on aurait bien le sentiment de répétition au moment même où pourtant s'intensifient et s'accélèrent les mutations du système productif, s'exacerbent les résistances aux changements. Certaines des avancées récentes de la Science Régionale tiennent pour beaucoup aux travaux d'économie industrielle. Ceux-ci après avoir tenté d'analyser les fonctionnements des systèmes économiques contemporains, après avoir orienté leurs travaux vers les milieux, les districts, les systèmes productifs localisés, après avoir aussi démonté les mécaniques des innovations, retrouvent l'importance des territoires, incitant les chercheurs en économie spatiale et régionale à reprendre leurs arguments et leurs méthodes: il ne s'agit pas seulement de localiser -au sens de voir où concrètement se réalisent les mutations analysées. Il n'est pas uniquement question de montrer que les firmes confrontées à la mondialisation -chance et contraintes-, peuvent localement disposer de variables territoriales: il est question de voir comment, territoires et acteurs déterminent des modes différents de gestion et d'organisation des espaces. C'est cette tâche ambitieuse que propose ici C. ALVERGNE: prendre suffisamment de recul temporel, observer les grandes tendances, déterminer des explications, proposer des orientations stratégiques: autant un travail empirique qu'une réflexion théorique, montrant ainsi que ces oppositions sont généralement formelles et inadaptées. Dans un mouvement de recherche entamé, réactivé plutôt, il y a à peine quelques années, celui des dynamiques spatiales, C. AL VERGNE en tant qu'économiste apporte sa pierre conjointement à celle d'autres disciplines. Elle veut voir comment modernité, accélération des mutations techniques, culturelles, démographiques, produisent des espaces que l'on pourrait dire "hors sol", déconnectés littéralement de la quotidienneté et de la proximité
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géographique. Ces forces nouvelles, cependant, n'arrivent pas (encore ?) à structurer des espaces totalement nouveaux: la concentration joue plus que jamais, les tendances métropolitaines aussi. Il y a bien banalisation d'un point de vue mondial et accentuation des cosmopolitismes locaux, idéalisation des réseaux virtuels et intensification des relations d'un certain nombre de "petits mondes" encore bien étanches et tout autant renaissance des villages, permanence des structures anciennes. L'étude des dynamiques spatiales, fil rouge de sa démarche, conduit C. AL VERGNE à approfondir de nombreux points complexes qu'une grande médiatisation, une rapide vulgarisation peuvent souvent obscurcir.

Dans le contexte contemporain analysé par l'ouvrage (de la fin des années soixante au milieu des années quatre-vingt-dix), on est impressionné par l'accélération des mutations du système productif. Mutations profondes, complexes, multidimensionnelles, parfois contradictoires. Elles peuvent être vues comme des boucles d'interactions réciproques et permanentes entre évolutions économiques et financières, organisationnelles et sociales, technologiques et scientifiques: les métaphores biologiques s'avèrent décidément prisées et souvent utiles. On doit souligner les transformations majeures dans la sphère scientifique et technique, qu'il est convenu d'appeler la révolution informatique et dans l'explosion corrélative des moyens de télécommunication et de transport. Ces évolutions introduisent de profondes transformations dans les systèmes de représentation du temps et de l'espace des acteurs économiques et conduisent aussi à revoir les théories basiques: il ne suffit sans doute pas d'invoquer la pertinence du fractal. Les innovations technologiques figurent en premier rang des moyens qui rendent possibles cinq axes majeurs de mutation et qui commandent et encadrent les dynamiques spatiales. 1- La mondialisation des échanges, des marchés et de la concurrence, des normes de qualité, l'alignement par le haut en termes de délais, de service après-vente, de performance, de rapport qualité/prix, de pertinence de la combinaison productive entraînent, pour une variété toujours plus grande de biens et de services, que la compétitivité s'entend désormais globalement, à l'échelle de la planète et non plus à des échelles locales, régionales ou nationales. On peut cependant noter que s'avivent nécessairement les rivalités, s'imposent des coopérations entre ces rivaux. La mondialisation trie partiellement les structures et les mentalités locales et procède à des renaissances et à des recompositions territoriales. 2- La flexibilisation et l'automatisation des processus de production et de distribution entraînent une intensification de la concurrence par différenciation qui vient s'ajouter à la compétition par les coûts et les prix, la compétitivité-prix peut apparaître dans un nombre croissant de domaines 13

comme une condition toujours nécessaire mais non suffisante. D'où une interrogation majeure en termes d'aménagement: comment, en parallèle, ipventer, définir et gérer des zonages, qui soient aussi "flexibles" par projet, par temporalité? 3- L'accélération multiples incidences: des progrès technologiques de l'incertitude et scientifiques,. a de et

- lTne montée organisationnels.

sur les choix technologiques

- Une hausse générale de l'intensité capitalistique des combinaisons productives dans un grand nombre de secteurs, industriels et tertiaires entraîne que les équipements doivent être amortis et renouvelés rapidement. Cette évolution implique souvent une élimination des emplois peu qualifiés, une baisse globale de l'emploi et un~ augmentation relative de la part des emplois plus qualifiés, "adaptables". Réapparaît une autre vieille question: celle du progrès processif et récessif... L'accélération ne touche pas seulement la création de technologie compétitive; elle est manifeste dans le raccourcissement du cycle de vie des produits mais aussi dans l'évolution des marchés de plus en plus volatils et difficilement prévisibles au-delà du très court terme, marché influencés, informés, formés et déformés par les média au premier rang desquels on trouve les réseaux de télévision mais aussi les autres supports, servis par les réseaux de télécommunication et les "autoroutes télématiques"... Les territoires, seraient-ils aussi marqués par ces cycles de vie alors que le village planétaire n'en finit pas d'être limité à quelques espaces puissants, en nombre d'ailleurs décroissants. La fameuse Ville Globale ne concerne que quelques lieux au sein desquels s'accentuent les fractures sociales et spatiales.
Cette accélération du temps est certes porteuse de transformation interne des organisations directement productives mais elle est aussi génératrice de changements dans leurs modes d'articulation avec leur environnement.

4- L'" environnementation" souligne, au prix d'un néologisme, l'idée selon laquelle les organisations productives, pour satisfaire aux exigences accrues de réactivité et d'adaptabilité face aux fluctuations technologiques et des marchés seraient de plus en plus fortement dépendantes de leur environnement, tout particulièrement en termes d'infrastructures efficaces et en termes de moyens de collecte et de traitement des informations. Il faut alors insister sur le rôle des services aux entreprises, publics et privés, dans le tri à effectuer dans la masse croissance des flux d'informations potentiellement disponibles pour en extraire rapidement la quintessence utile: l'information "appropriée" mais où et par qui? Cette" environnementalisation" peut entraîner que la qualité de l'organisation externe aux producteurs (système public, infrastructures, services...) bref leur "territoire d'accueil", soit de plus en plus une composante essentielle de leur compétitivité. 14

5- La réticulation souligne la montée en puissance des stratégies de "réseaux", de coopération entre acteurs multiples tentant en commun d'amortir des investissements d'innovation (RD par exemple), de production (motorisation dans l'industrie automobile) ou d'implantation sur des marchés... Dans ce contexte C. ALVERGNE examine à la lumière d'une étude approfondie les scénarios d'incidence spatiale de la dynamique économique les plus couramment évoqués: celui de la convergence, celui du retournement selon lequel de nouvelles régions épargnées par l'industrialisation ancienne émergeraient en dynamique et celui de la "métropolisation" privilégié de plus en plus fréquemment. Elle montre bien que la réalité mêle ces logiques multiples. Elle explique comment, par rapport à la période "fordiste" où dominait nettement le modèle de la "disjonction fonctionnelle" principalement à l'intérieur des pays industrialisés et "délocalisation" vers certains "Pays en voie de développement", des forces de regroupement spatial des activités réémergent dans le même temps. Les coûts engendrés par les grandes agglomérations et par l'environnement issu de la vieille industrialisation peuvent dissuader des volets non négligeables de l'appareil productif de tenter de fonctionner dans les "vieilles régions" dans des conditions internationalement compétitives. Encore que, Paris sera toujours Paris... Et que la fameuse revanche des Sud soit peutêtre déjà dépassée. La tendance à la "réticulation" laisserait entrevoir un territoire productif maillé par un réseau de milieux innovateurs localisés dans des zones offrant un environnement positif aux entreprises tout en leur évitant les surcoûts d'agglomération propres aux très grandes métropoles. C'est peut-être au prix d'une recomposition de ce type que la compétitivité mondiale des entreprises, des milieux locaux et des pays développés pourrait être assurée. L'inscription des Pays en voie de développement dans une telle logique territoriale risque de ne se réaliser que très partiellement et au prix d'un fort accroissement des disparités entre quelques zones suffisamment équipées pour fournir aux entreprises un "environnement" compétitif et le reste de leurs territoires. Encore faut-il imaginer que ces pays aient les moyens de lutter efficacement comme le font en partie les pays riches contre les déséconomies d'agglomération que génèrent inévitablement ces centres de polarisation: l'aménagement et le développement des territoires resteront plus que jamais à faire...

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Le monde économique est entré dans une phase de turbulences, qui trouve ses origines dans un ensemble de mutations sociales, technologiques, organisationnelles. Elles sont d'abord liées à une révolution sociale, qui modifie les modes de vie et de travail. L'entrée des femmes dans la vie active, la dislocation de la cellule familiale, l'amélioration des conditions de travail, le développement des loisirs, ont transformé les besoins et les aspirations des individus. Trente ans de croissance inégalée ont permis l'accès d'une grande partie de la population à de nouveaux produits (électroménager, audiovisuel, automobile), et à un plus grand confort de vie (protection sociale, congés payés, accès au tourisme, couverture juridique des salariés). L'évolution des modes de vie se manifeste par un changement habitudes de consommation, et transforme la nature de la demande. des

Les progrès des techniques de transport et de communication élargissent et modifient les perspectives spatiales des acteurs économiques. Le poids de la distance s'est progressivement estompé, au point qu'il est devenu aujourd'hui possible de communiquer et de se déplacer vers des lieux très éloignés en un temps réduit. Cette situation est le résultat d'un long processus historique. En effet, l'intelligence humaine s'est en grande partie consacrée à dépasser la contrainte spatiale: chemin de fer (application du premier système technique, la machine à vapeur, à l'espace), voiture, aéronautique, radio et téléphone (applications du moteur à explosion et de la découverte de l'électricité), développement des télécommunications et des transports (applications de l'informatique et de l'électronique).

En premier lieu, ces découvertes permettent de porter à la connaissance des acteurs économiques d'autres lieux, et de les rendre plus facilement accessibles. Elles autorisent une internationalisation des circuits d'échange. En second lieu, ces progrès transforment les contraintes de localisation, en révélant des combinaisons productives et spatiales nouvelles. En effet, ainsi que le souligne W. ISARD, ce ne sont pas l'espace et le temps "réels" qui 17

.forment les décisions des firmes, des consommateurs, des pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires, mais les espaces et les temps "perçus", c'est-à-dire les cartes mentales et leur transformation dans le temps (ISARD, 1992).

La découverte d'énergies nouvelles, l'apparition de l'électronique et l'informatique, bouleversent les conditions de la production. Les processus fabrication sont plus facilement recomposables. L'informatique permet fabriquer de petites séries à un coût moindre, et offre ainsi des opportunités remplacement à la production standardisée et de masse.

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Ces mutations vont de pair avec des transformations organisationnelles. La grande entreprise, hiérarchisée et centralisée n'est plus le seul modèle productif efficace. La croissance des petites unités, leur meilleure tenue au cours de la crise, la réussite du modèle japonais contribuent à cette remise en cause. L'activité écononlique se transforme pour favoriser une plus grande flexibilité. Tout ceci aboutit à une réorganisation, qui se traduit par une reconfiguration des unités productives, et par d'autres modes de coordinations inter-entreprises.
Quelle est la dimension spatia1e de ces transforlnations ?

Le problème peut être envisagé sous trois correspondant chacun à un type de questionnement.

angles

différents,

1- Dans une perspective traditionnelle, le système productif modèle le territoire. Toute activité s'implante en un lieu et l'agrégation de ces choix de localisation produit une configuration géographique. Ce point de vue est le plus évident. Il débouche sur l'analyse des processus de localisation et de leurs conséquences. Dans cette perspective, la transfornlation des conditions économiques et technologiques modifie les avantages relatifs des espaces, les paramètres de choix, et aboutit à de profondes transformations de l'organisation spatiale. Mais, cette démarche occulte une partie du lien entre l'économie et l'espace, dans la mesure où le territoire y est seulement considéré comme le réceptacle des décisions de localisation. 2- L'insertion des entreprises dans l'espace dépasse le simple problème du choix d'un lieu. Dans le mécanisme de localisation, le paysage économique n'est pas neutre. Les attributs des lieux conditionnent les arbitrages des acteurs et la façon dont ils tirent partie de leur environnement. L'atmosphère de chaque espace constitue un élément fondamental des conditions de l'activité économique, de l'émergence ou du déclin des entreprises. Le dynamisme économique local ne dépend pas seulement de la capacité des espaces à accueillir les activités, mais de son aptitude à les valoriser, à perpétuer les effets d'une localisation au-delà du maintien de l'activité impulsive. La prise en compte de ces interactions introduit une dimension temporelle dans la relation entre économie et espace. L'espace rétroagit sur l'économie et produit finalement une continuité entre les anciennes logiques et
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les nouvelles. En effet, celui-ci a une fonction mémorisante : les savoir-faire, les comportements productifs et sociaux subsistent, se perpétuent dans le temps. Il ne s'agit pas forcément d'une résistance au changement du territoire. Les attributs locaux sont autant le produit du passé qu'ils conditionnent l'aptitude d'une région à se remettre en cause, à s'inscrire dans les mutations.

3- Ainsi, les innovations ne dynamisent pas la relation seulement parce qu'elles transforment les modalités de l'insertion des activités économiques dans l'espace. Évidemment, elles p rovoq ue nt, elles déstabilisent les modes de représentation de l'espace, ainsi que les conditions productives antérieures. Les progrès de transport et de communication élargissent et transforment les perspectives de circulation des biens, des hommes et des idées. Mais, sin1ultanément, les innovations entraînent une redistribution des attributs locaux. Elles perturbent l'ordre économique et spatial antérieur, et produisent des tensions entre l'ancien et le nouveau. Celles-ci peuvent être génératrices de mutations, mais elles sont également susceptibles de générer des blocages. Les logiques d'organisation et de transformation de l'espace économique procèdent certainement d'un mécanisme complexe, qu'une approche globale, intégrant chacun de ces éclairages peut seule permettre d'appréhender. La dimension spatiale des mutations sociales, technologiques et organisationnelles peut être envisagée de diverses façons. Trois scénarios de réorganisation spatiale peuvent être imaginées. Le premier, d'inspiration néoclassique, envisage une convergence, une égalisation des situations régionales. Deux formes d'interprétations sont proposées. Pour les uns, les écarts de niveaux de développement seraient liés au décalage temporel avec lequel les régions décollent (AYDALOT, 1985-b, p. 117). Pour les autres, la croissance économique procéderait par étapes, chacune d'elles étant caractérisée par des conditions à la fois sociales, démographiques, économiques et spatiales particulières. Du point de vue de l'organisation spatiale, les étapes sont les suivantes (ALONSO, 1980, PERRIN, 1974, WILLIAMSON, 1965) : Le décollage économique se concentre dans certaines villes. Cette phase provoque un exode des campagnes vers les villes. Les zones les moins riches se déstructurent et d'autres sont mises en valeur par des ressources nouvelles. Cette phase aboutit donc à la constitution d'agglomérations
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principales concentrées, entourées de périphéries sur lesquelles la densité des activités décroît au fur et à mesure que l'on s'éloigne du centre.
- Progressivement, des pôles activités économiques et les migrants. secondaires se constituent, attirant les

- Dans une phase ultime, les centres principaux puis secondaires déclinent. Le processus de déconcentration résulte de déséconomies d'agglomération et du progrès des techniques de maîtrise de la distance (RICHARDSON, 1980). On aboutit à la formation de véritables systèmes productifs régionaux. Les inégalités régionales de niveaux de développement seraient aplanies.
Cette hypothèse conserve toute son actualité. D'une part, les progrès réalisés en matière de transport et de communication pourraient accélérer le processus de convergence. D'autre part, l'intégration européenne repose le problème des disparités régionales et de leur nécessaire atténuation (LACOUR, 1994) . Les autres scénarios proposés s'opposent à cette perspective, en supposant, soit un renversement des hiérarchies spatiales, soit une exacerbation des tendances antérieures.

- L'idée d'un retournement spatial se fonde sur un redéploiement de la dynamique économique dans les zones qui en étaient jusqu'alors écartées (AYDALOT, 1985-a et -b, UHRICH, 1988, THIREAU, 1993-a et 1993-b). Elle prend appui sur deux phénomènes.
Le déclin des industries lourdes et fortement concentrées (sidérurgie, métallurgie, industrie automobile) provoque une crise des régions sur lesquelles ces activités se déployaient. Les régions du nord et de l'est du pays sont directement concernées (Nord, Lorraine, en premier lieu, mais également bassin parisien). Dans ces régions, certains bassins d'emploi sont fortement affectés par la crise des industries locales. Ainsi, dans le bassin de Longwy (Lorraine), le déclin de l'industrie métallurgique provoque la disparition de 17 000 emplois entre 1979 et 1987, en Franche-Comté, les difficultés de l'entreprise Peugeot entraînent des problèmes importants dans le bassin d'emploi de Montbéliard. Ces zones ont été directement structurées par l'industrialisation: urbanisation poussée, présence de savoir-faire difficilement recomposables, tradition de syndicalisme et de luttes ouvrières. Ces régions souffrent aujourd'hui d'handicaps importants.

Les régions du sud et de l'ouest du pays, restées autrefois à l'écart du processus d'industrialisation, bénéficient maintenant d'avantages pour attirer les activités nouvelles. Le développement d'industries légères (électronique, informatique) et d'activités tertiaires se réalise sur ces zones. Les progrès réalisés en matière de transport et de télécommunication contribuent à cette nouvelle attractivité. Dans la mesure où il devient possible de se déplacer et de
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