Vivre en métropole

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Publié le : dimanche 1 janvier 1989
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EAN13 : 9782296187498
Nombre de pages : 158
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VIVRE

EN

MÉTROPOLE

VIVRE EN MÉTROPOLE
Les droits des Antillais, et Réunionnais Guyanais

I

Maquette de couverture:

Guy Darbon.

@ CFDT Productions, 4, bd de la Villette, 75019 Paris, 1989. @ Editions CARIBEENNES, S, rue Lallier, 75009 Paris, 1989. Tous droits de traduction, d'adaptation et de reproduction réservés pour tous pays. ISBN 2-87679-046-7

INTRODUCTION

FRANÇAIS A PART ENTIERE ?
Juridiquement cela ne fait aucun doute: les originaires des départements sont des Français à part entière avec les mêmes devoirs et les mêmes droits. Et pourtant qui pourrait nier qu'ils sont confrontés à des difficultés spécifiques que ne rencontre évidemment par un Français métropolitain, fût-il éloigné de sa province natale. Première difficulté: l'éloignement du pays, de la famille, des amis. Bref de tout ce qui constitue les racines d'un individu, ses références, ses points de repère. Et quand ces points de repère sont au mieux - à 7000 km on comprend qu'il devient facile de se perdre.

-

Certes il s'agit ici des migrants dits de « la première
génération», ceux qui sont nés outre-mer et, souvent, y ont vécu jusqu'à l'âge de venir chercher un emploi en métropole. Mais ceux nés en métropole les « enfants des familles» comme disent les statisticiens sont-ils à l'abri des problèmes d'identité, de culture, de références même s'ils se posent différemment que pour leurs parents? Deuxième difficulté qui malheureusement revient d'actualité en France le racisme. Car les originaires

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-

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des DOM-TOM sont des Français différents par leur peau et leurs cultures. Comme tels ils se heurtent aux mêmes comportements, et parfois aux mêmes agressions, que les étrangers maghrébins ou africains: vexations et tensions de la vie quotidienne, refus d'octroi d'un logement... Une enquête récente avait mis en évidence qu'il était plus difficile pour un Antillais noir de louer un logement à Paris que pour un étranger européen portugais ou espagnol. Ce qui est vrai pour se loger, l'est également pour trouver un emploi. Longtemps les migrants d'outre-mer venaient en métropole occuper des postes dans les administrations, les hôpitaux, les collectivités locales. Aujourd'hui, du fait des réductions d'effectifs dans les fonctions

publiques

l,

ces recrutements se sont taris. Il faut alors

chercher des emplois dans le secteur privé, lui-même fortement touché par le chômage. Dans cette compétition, les originaires d'outre-mer sont doublement handicapés. D'abord par la couleur de leur peau, même si la loi punit les discriminations raciales à l'embauche. Ensuite par une formation scolaire et professionnelle souvent insuffisante. L'acquisition ou l'approfondissement de la formation s'impose donc le plus souvent comme un préalable à la recherche d'un emploi. La migration des originaires des DOM-TOM se confond en fait souvent avec un exil. Elle n'est pas vraiment volontaire mais plutôt dictée par des impératifs économiques. Le désir de maintenir des liens réguliers avec le
«

pays », voire mêm:e de retourner y vivre, reste souvent

vivace, parfois accentué par les difficultés énumérées plus haut. Des dispositions applicables aux fonctionnaires permettent le retour régulier dans le DOM d'origine,
1. Surtout dans la Fonction publique d'Etat. 8

même si elles fonctionnent plus ou moins bien. Rien de tel n'existe par contre pour les salariés du privé. Quant au retour au pays il suppose réglées d'autres difficultés, dont l'emploi n'est pas la moindre. La situation des originaires d'outre-mer en métropole est donc bien particulière: ils rencontrent des problèmes spécifiques, ils expriment des aspirations spécifiques et manifestent des besoins spécifiques. L'objet de ce guide est de traiter ces problèmes particuliers, de la manière la plus simple qui soit en proposant, chaque fois que possible, des réponses pratiques. Ainsi seront successivement abordés la situation des salariés du privé (formation, recherche d'un emploi), la création d'entreprise, (notamment dans les DOM), le logement, le retour au
«

pays », les droits fonctionnaires (indemnité d'éloigne-

ment, congés bonifiés, mutations, frais de déménagement) . Pour la première fois un même ouvrage rassemble tous les problèmes des AGR 2, qu'ils soient fonctionnaires ou salariés du privé, en fournissant non seulement des adresses, mais aussi des explications et des commentaires.

2. Antillais, Guyanais, Réunionnais.

re PARTIE

LES ORIGINAIRES D'OUTRE-MER EN METRO?OLE

CHAPITRE I

QUI SONT LES ORIGINAIRES D'OUTRE-MER EN METROPOLE?
En mars 1982, les originaires des départements et territoires d'outre-mer vivant en métropole s'élevaient à 402000 personnes. Il s'agit là du dernier chiffre officiel connu, établi après le recensement général de la population de 1982. Depuis ce chiffre a encore cru : on peut l'estimer aujourd'hui àau moins 500000 personnes 1. Quand on parle d'originaires d'outre-mer en termes statistiques on regroupe deux ensembles: d'une part les personnes nées dans un DOM-TOM et résidant en métropole (ils étaient 282300 en mars 1982), et d'autre

part les

«

enfants des familles.. nés en métropole et âgés
des familles» ne sont

au moins de 25 ans. A partir de cet âge, les «enfants

1. Entre 1975 et 1982 la population originaire des DOMTOM en France s'accroissait, en moyenne, de 7 %. Si l'Olt applique ce coefficient à la population de 1982 (402000 personnes), on dépasse largement le chiffre de 500000. n s'agit d'une estimation basse, même si l'immigration en provenance des DOM a tendance à ralentir. 13

plus comptabilisés comme originaires d'outre-mer (comme s'ils cessaient de l'être I). Cette règle statistique tend encore à sous-évaluer le nombre d'Antillais, Guyanais et Réunionnais en métropole. Voilà qui pose le problème de ce que l'on appelle la «deuxième génération» : enfants d'originaires d'outremer, nés en métropole, ne bénéficiant pas toujours des mêmes droits, n'ayant parfois pas connu le pays de leurs parents, coincés entre deux cultures. Nous aurons l'occasion dans ce guide de revenir sur certaines difficultés de ces enfants de la deuxième génération.

UN ANTILLAIS SUR CINQ VIT EN METROPOLE Le nombre d'originaires d'outre-mer vivant en métropole s'accroît en permanence. En près de 30 ans, de 1954 à 1982, leur nombre a été multiplié par 12. Depuis quelques années ce mouvement tend à se réduire, mais pas au point de s'inverser. Quelques chiffres illustrent l'importance de cette migration. Par exemple on estime qu'environ une personne sur cinq née aux Antilles vit en métropole (une sur quatre pour la Martinique contre 4 % seulement en 1954). Un chiffre plus parlant encore: près de la moitié des jeunes de 25 à 29 ans nés à la Martinique résident en France métropolitaine. La proportion de Réunionnais vivant en métropole est moins importante: 13 % en 1982. Mais leurs effectifs ne cessent de progresser alors que l'immigration antillaise tend à ralentir. On peut avancer l'hypothèse qu'à terme, leur nombre égalera celui de chacun des départements antillais. 14

En 1982, les populations Guadel. Mart.
Guyan.

nées dans les DOM-TOM 2 résiRéun. Ensemb. Ensemb. Ensemb. DOM TOM DOMTOM 269 112 13 188 282 300

dant en métropole étaient les suivantes:

87 024 Evolut.

95 704

9904

75 724

1975/82 +63,6% +53,7% +57,8% +116% +71,7% -14,6% 3 +64%

DES JEUNES ET DES FEMMES La population des personnes nées outre-mer en métro-

pole est exceptionnellement jeune:

plus de 70 % 4 ont

moins de 3S ans (en comparaison, cette catégorie d'âge ne regroupe que 52 % des Français métropolitains). Parmi eux SO % ont entre 15 et 34 ans (contre 31 % parmi les Français métropolitains). Cette population est également de plus en plus féminine: 51,2 % contre 48,8 % d'hommes. Longtemps la répartition hommes-femmes était inverse: la tendance s'est renversée à la fin des années soixante-dix et depuis,
2. TI ne s'agit ici que des personnes nées dans les DOM-TOM à l'exclusion des «enfants des familles ~ mentionnes plus haut. n s'agit donc d'un ensemble moins important que celui des originaires des DOM. 3. Cette diminution s'explique par les changements de statut politique ou administratif de certains territoires entre 75 et 82. 4. Tous les chiffres qui suivent sont extraits du recensement général de la population de mars 1982. 15

le rythme de migration des femmes se maintient à un niveau plus élevé que celui des hommes. Jeune et féminine, cette population est aussi majoritairement parisienne. En 1982, sur dix personnes nées dans les DOM-TOM, six étaient installées en région lIe-deFrance et plus particulièrement dans les départements de Paris et de la Seine-Saint-Denis. Toutefois, cette concentration parisienne concerne surtout les Antillais; les Réunionnais en revanche sont plus provinciaux: moins de 30 % d'entre eux habitent en région parisienne. Toutes origines confondues, les natifs d'outre-mer se répartissent essentiellement dans trois régions: l'lIe-deFrance comme dit précédemment, la région Rhône-Alpes et celle de Provence-Alpes-Côte d'Azur. Une autre des caractéristiques notables est le renforcement de la vie familiale. Le nombre des originaires d'outre-mer qui vivent au sein d'une famille est croissant (il a doublé entre 1975 et 1982). Et ces familles comportent en moyenne plus d'enfants que les familles métropolitaines (1,3 contre 0,9). Dans 17,5 % des cas, il s'agit de familles avec un seul parent: femme seule élevant ses enfants.
DE PLUS EN PLUS DE CHOMEURS

La motivation principale de la migration vers la métropole est bien sûr économique. Confrontés au chômage

endémique de leur département d'origine, les AGR 5 sont
venus d'abord chercher un emploi en métropole. Jusqu'à une époque récente d'ailleurs, cette immigration a été systématiquement organisée et encouragée notamment
5. Antillais, Guyanais, Réunionnais. 16

par le BUMIDOM6

main-d'œuvre des administrations et des entreprises publiques. Cela explique que la plus grande part des actifs salariés originaires d'outre-mer soit concentrée dans le secteur tertiaire (80 % des actifs nés dans les DOM-TOM) et parmi eux une forte majorité travaille dans la Fonction publique ou des administrations assimilées (54 % de ceux ayant un emploi). Ces proportions dépassent de loin celles concernant les Français métropolitains (un quart seulement dans la Fonction publique ou assimilée). Il y a proportionnellement plus de fonctionnaires parmi les AGR que parmi la population métropolitaine. Mais il y a aussi plus de chômeurs, et en nombre toujours croissant. Entre 1975 et 1982, le nombre de chômeurs nés dans les DOM-TOM a été multiplié par 3,1 contre 2,4 pour la moyenne des Français métropolitains. Le taux de chômage des jeunes entre 20 et 24 ans nés dans les DOM-TOM est de 27 % (même chiffre que parmi les jeunes étrangers) contre 19 % pour les jeunes métropolitains. La majorité de ces chômeurs nés dans les DOM-TOM est arrivée récemment en métropole: cela tient au ralentissement des embauches dans les administrations et entreprises publiques. Non seulement les originaires d'outre-mer sont davantage touchés par le chômage, mais ils occupent de plus des postes peu qualifiés. Dans la Fonction publique par exemple, plus des trois quarts d'entre eux sont des agents de catégories C et D. Ceux du secteur privé sont souvent
6. Bureau de migration des originaires d'outre-mer devenu Agence nationale pour l'insertion et la promotion des travailleurs originaires d'outre-mer (ANT).
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pour faire face aux besoins de

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