Zaïre 1992-1996

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Les tentatives de démocratisation du Zaïre ont déjà une histoire; celle que façonne jour après jour le peuple de cet immense pays exsangue. Histoire de courage, de sacrifice et de lutte quotidienne pour la conquête des droits et liberté. Un groupe engagé suit depuis 1992 l’accélération de cette Histoire de l’immédiat et l’accompagne. Il s’agit des rédacteurs d’Info-Zaïre, feuillet d’information publié par la Table de concertation sur les droits humains au Zaïre basée à Montréal (Canada) qui présentent ici une collection de 113 numéros. L’ouvrage nous restitue un passé récent, une expérience populaire douloureuse qui devrait servir à élaborer un futur zaïrois enfin respectable, conçu par tous et pour le bien de tous.
Publié le : mercredi 1 novembre 2000
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EAN13 : 9782296319172
Nombre de pages : 256
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Collection Zaïre -Histoire et Société
dirigée par Benoît Verhaegen

COLLECTION

«ZAIRE

-

HISTOIRE & SOCŒTÉ»

Le ZAIRE est l'un des pays les plus importants d'Afrique par sa population, son immensité, ses richesses, sa position stratégique. Pourtant il est mal connu et notamment en France, malgré.qu'il soit le plus grands pays francophone du continent. 10 ans après l'Indépendance, les premiers universitaires zaïrois publiaient dans nombre de revues et collections des études de haut niveau consacrées à leur pays et dont l'écho était important dans le monde. Aujourd'hui, bien que comptant quelque 40 000 diplômés du Supérieur et 60000 étudiants, le ZAIRE a une production scientifique dérisoire. La COLLECTION «ZAIRE - HISTOIRE & socrtTÉ» contribue à pallier ces manques dont souffre le pays autant que la communauté internationale. Elle accueille les écrits d'auteurs zaïrois et étrangers concernant l'Histoire, l'Economie, la Société d'hier et d'aujourd'hui. Le but recherché est de fournir des textes de référence à un large public afin de susciter une réflexion étayée sur le passé et le devenir du Zaïre, et permettre aussi à la communauté scientifique zaïroise de s'exprimer: Directeur de collection: BENOIT VERHAEGEN, ex-Doyen la Faculté des Sciences sociales l'Université de Kisangani. de de

Co~eil scientifique: -

LAURENT MONNIER,. professeur à l'Institut Universitaire des Etudes du Développement (IUEO), Genève. OMASOMBO TSHONOA, professeur à l'Université de Kinshasa. TSHUNO' OLELA EPANYA SHAMOLOLO, professeur d'Histoire à l'Université de Lubumbashi.

Dans la même collection
ment au Zarre, préface de B. Jewsiewicki, 2 vol. de 224 p.

-

A. GBABENDU & E. EFOLO: Volonté de change-

- A. MAUREL: Le Congo de la colonisation belge à l'indépendance, réédition Maspero 1962 (M. Merlier), préface de J-Ph Peemans, 352 p. - B. VERHAEGEN: Femmes zaïroises de KisanganiCombats pour la survie,' préfacé par J-L. Vellut, 294 p. - Fr. V. DIGEKISA PILUKA: Le massacre de Lubumbashi - Dossier d'un témoin-accusé; préfacé par Jean Zie. gler, 288 p.
H.F. WEISS: Radicalisme rural etlutt: pour

l'indépendanceau Congo-Zaïre-

Le Parti Solidaire Africain 1959-1960, préfacé par I. Wallerstein, 368 p. Ph. de DORLODOT : "Marche d'Espoir" - Kinshasa /6févier 1992 - Nonviolence pour la démocratie au Zai.re. préface de 1.Van Lierde, liminaire de Mwamba Bapuwa, postface de I.-F. Ploquin, 336 p.

MARCHAL Jules: E.D. Morel contre Léopold II -L'Histoire ConRo 1900-1910, 2 vol., 840 p.

du

Table de concertation sur les droits humains au Zaïre

ZAÏRE 1992 -1996
CHRONIQUE D'UNE TRANSITION INACHEVEE
Volume 1
Préface de Jean-François Ploquin Postface de Peter Rosenblum

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

LA TABLE DE CONCERTATION SUR LES DROITS HUMAINS AU ZAIRE
La Table de concertation sur les droits humains au Zaire a été créée au mois d'octobre 1988 à l'initiative de ''Inter-Church Coalition on Africa" de Toronto. C'est à Montréal que ses membres se sont toujours réunis. Son existence, elle la doit en grande partie à 1"'Entraide Missionnaire"!, qui met à sa disposition locaux et services. Les membres de la Table sont d'un côté des individus intéressés au Zaïre et de l'autre, des représentants d'Églises, de Congrégations et Instituts missionnaires, d'ONG expérience de travail au Zaïre même. On compte parmi eux plusieurs et de groupes de solidarité. La plupart ont une longue Zaïrois. Comme principal moyen d'action, la Table a opté pour la transmission d'une information adéquate sur la situation courante au Zaïre à ceux qui ont le pouvoir de favoriser le changement. Elle entreprit dès sa création d'alerter le gouvernement canadien sur les graves violations des droits humains perpétrées par le régime dictatorial de Mobutu. En 1989, elle lui demandait de boycotter le Sommet de la Francophonie qui devait se tenir à Kinshasa en 1991 (on sait que ce Sommet a eu lieu en France grâce à la décision de la Belgique et du Canada de ne pas y participer s'il se tenait à Kinshasa). En 1990, La Table produisait le dossier "Le Zaire en question" à l'intention surtout des journalistes. Depuis le mois de février 1992, elle produit le bulletin bi-mensuel "Info-ZaÏre". Table de concertation sur les droits humains au Zaïre Entraide Missionnaire 15, De Castelnau Ouest Montréal, (Qc) Canada, H2R 2W3 Tél.: (514) 270-6089 Fax. : (514) 270-6156 En couverture: Les trois grands protagonistes Mobutu, Monsengwo, Tshisekedi.
~ L'Harmattan et lnfo-Zaïre ISBN: 2-7384-4262-5
1

de la scène zaïroise:

1996

L'Entraide Missionnaire est un organisme au service des Congrégations et
du Québec.

Instituts missionnaires 4

Préface de Jean-François

Ploquin

Du Saint-Laurent au Congo-Zaïre: anatomie d'un regard2
Rendre compte de l'actualité est difficile; la commenter n'est pas chose aisée: c'est pourtant ce qu'ont entrepris les rédacteurs d'Info-Zaïre, et il peut paraître vain d'ajouter encore du commentaire. Ces lignes, produit d'une lecture qui s'est voulue attentive, ont pour seule ambition d'apporter un regard critique sur le contenu rédactionnel de cette "Chronique" des années 1992-1994, ainsi qu'une réflexion sur ce type d'outil. On ne trouvera par contre pas ici - sinon en passant - une analyse politique de la période: cela
relève d'une démarche qui déborde le cadre de cette préface. Du pari d'informer On sait pourquoi sur le Zaïre les Belges

- ou

plutôt des Belges

- s'intéressent

à

l'Afrique centrale. On connaît le rôle joué au Zaïre par la France et les EtatsUnis. L'attention d'organisations québécoises - ou' plus largement, canadiennes -a plusieurs raisons: l'appartenance commune à l'espace francophone (le Canada est un des trois gros financeurs de la Francophonie) et le rôle joué sur la scène internationale (membre du G7) ; la présence au Zaïre de Canadiens: hommes d'affaires, missionnaires... et, jusqu'en 1991, d'une coopération engagée dans de gros projets (dans l'est du pays notamment) ; enfm l'existence d'une communauté zaïroise non négligeable au Canada même. La création en 1988 de la Table de concertation sur les droits humains au Zaïre s'insère naturellement dans ce contexte. Faisant l'habituel constat qu'à moins de vivre en Belgique, l'information sur l'actualité zaïroise n'est guère accessible aux partenaires du Nord, la table se donna pour agir un objectif clair: transmettre "une information adéquate sur la situation courante au Zaïre à ceux qui ont le pouvoir de favoriser le changement" et, dans le même temps, faire pression sur les autorités canadiennes dans leur définition de la politique à l'égard du Zaïre. Pour passer à l'acte, il fallait l'association de trois ingrédients: l'accès régulier aux sources, la capacité rédactionnelle, et un facteur déclenchant. Ce facteur fut l'émotion suscitée
2. Cette préface a été rédigée au vu des cent premiers numéros d'Info-Zaïre (période de février 1992 à mai 1995). 5

par la répression de la marche du 16 février 1992: "Massacre à Kinshasa" est le premier titre d'/nfo-Zaïre. Notre premier mouvement sera de saluer la performance réalisée depuis la parution du premier numéro. Quiconque a vécu ou tenté l'aventure d'une revue sait bien que la difficulté est de durer. Partie courageusement sur un rythme hebdomadaire qu'elle tint pendant près de deux ans, la rédaction passa ensuite à une parution bimensuelle, puis mensuelle, réduisant ainsi par quatre sa surface rédactionnelle, et multipliant d'autant les contraintes en matière de synthèse et de choix. Pari tenu donc, et par une équipe bénévole de surcroît -et l'on sait ce qu'il faut de travail en amont pour produire quelques feuillets. Cette équipe fut et reste québeco-zaïroise, ce qui garantit un regard affiné, croisé, les uns entrant petit à petit dans la compréhension de la sensibilité et des a priori des autres, chacun étant amené à remettre en perspective ses analyses. Cette mixité est selon nous un impératif de méthode qui s'impose à toute équipe située au Nord et qui prétend s'intéresser au Sud (et réciproquement: je pense aux généralités mille fois entendues au Zaïre sur la France éternelle...). Manquer à cet impératif, c'est se condamner au nombrilisme, aux oublis fâcheux ou aux erreurs de perspectives; c'est souvent risquer de négliger le poids de l'histoire et des facteurs culturels, ou de se focaliser sur les seuls paramètres apparents. Autour d'un noyau dur d'une demi-douzaine de Zaïrois et Québécois, une dizaine de rédacteurs se passèrent le relais, accompagnés d'une quinzaine de contributeurs occasionnels. Cette "dynamique de grappe", qui témoigne d'un esprit d'ouverture, apporte au journal une diversité d'approches. Le revers, c'est bien sûr une perte en cohérence dans la ligne rédactionnelle: qu'un rédacteur rentre d'un séjour au Zaïre, et celle-ci peut s'infléchir d'un coup! Soulignons encore deux mérites:
ombilical" avec l'événementiel zaïrois

avoir su maintenir un "cordon

- kinois

surtout, parfois au détriment

de l'intérieur; et avoir su conquérir un public s'élargissant progressivement aux espaces anglophones et germanophones. Faits et sources: le choix des matériaux , La Table de concertation s'est donnée, en lançant /nfo-Zaïre, plusieurs objectifs, dont la conjonction renforce la difficulté de l'entreprise. Ses objectifs sont au nombre de trois: tenir une chronique qui rende lisible les événements des années 1992-1994, joindre l'analyse à l'information, manifester un engagement solidaire.

6

Le premier objectif, celui de relater en une "Chronique d'une transition inachevée" est apparemment le plus simple, puisqu'il s'agit de rapporter les faits dans l'ordre de leur succession. Les faits? Il faudrait dire des faits, et s'entendre sur ce qu'est un fait. Or sur ce"point la rédaction ne s'est pas contentée d'un simple recueil chronologique des événements marquants. Elle incorpore en effet des matériaux qui permettent au lecteur d'appréhender, autant que faire se peut, la réalité vécue par les populations zaïroises. La place importante faite aux rapports sur les violations des droits de l'Homme en est une composante, mais la rédaction porte, plus largement, une grande attention à la dégradation des infrastructures d'enseignement, de santé, de communication et de production, aux difficultés de la vie quotidienne, à l'insécurité chronique ou sporadique. Parfois un court topo fait le point sur un sujet, comme le trafic d'or, le détournement de la solde des militaires ou l'organisation de la société civile du Sud-Kivu. Cette approche globale, généraliste, situe Info-Zaïre entre un journalisme purement événementiel et des études spécialisées, de lecture moins accessible. En citant les chiffres relatifs au PIB, aux dépenses et recettes de l'Etat ou à la dette publique, à la dépréciation du zaïre-monnaie, à l'inflation et au rapport prix-salaires, ou encore à la production industrielle, en-dehors de tout souci d'exhaustivité ni même de suivi, les rédacteurs n'entendent pas constituer un outil de consultation économique. Leur propos est, ponctuellement et au fil de la cueillette de l'information, de permettre au lecteur de mesurer l'étendue de la dégradation du pays. Du pays ou de la capitale? Toute entreprise d'information surIe Zaïre se heurte en effet au fait que la capitale cumule à la fois les principales sources -journaux et périodiques, agenciers, mais aussi sièges des institutions publiques et des organismes privés -et la logistique de communication, tandis que l'intérieur du pays se débat dans d'énormes problèmes d'élaboration et de diffusion de l'information. Il est donc inévitable de constater des lacunes: ainsi le pillage de six chefs-lieux de région ou sous-région en octobre 1992 est expédié en une ligne, sans précision de date ni de bilan. Le pillage de Kisangani en décembre de la même année est à peine mieux traité mais, un an après, celui de Kananga est bien couvert. Par contre le traitement des troubles ethnopolitiques du Nord-Kivu ou de la mort de Nyamwisi témoignent d'un déficit d'information sur cette région. Peu à peu cependant, Info-Zaïre est parvenu à donner davantage de nouvelles, même sommaires, en provenance des différentes régions du pays, puis à publier régulièrement des témoignages intéressants du Shaba, voire, plus exceptionnellement, du Haut-Zaïre ou d'autres régions.. Au total, si la 7

scène politique kinoise reste le principal sujet traité, le dossier katangais et, à partir de juin 1993, les événements se déroulant à Kisangani (en raison de relations établies avec des associations de la place) sont bien traités. Une autre composante de toute démarche d'information est la relation aux sources: accès, choix, traitement critique. Comment en effet ne pas être le simple haut-parleur de ses sources? D'abord en les diversifiant: dépêches d'agences et presse écrite de Kinshasa, mais aussi statistiques économiques et documents bruts (déclarations de diverses institutions, lettres de correspondants, rapports d'organisations de défense des droits de l'Homme, tracts, et même quelques dessins de presse). Ensuite en les citant précisément, ce que la rédaction oublie parfois de faire, rendant aléatoire l'accès à la source3. Il arrive aussi à tel ou tel rédacteur de manquer de rigueur dans le traitement d'informations sujettes à caution ou non vérifiées. Ainsi, une information au conditionnel (et qui n'aura pas de suite dans la réalité: il s'agit d'une éventuelle marche sur Cabinda de bataillons zaïrois regroupés à Moanda), tirée d'une source non citée (un quotidien angolais) sert dans le N°60 d'argument à la thèse du rédacteur: "Mobutu continue à prêter main forte à son ami Savimbi". On glisse ainsi d'une information sans doute avérée (le regroupement de bataillons à Moanda) à une hypothèse (qui peut aussi bien relever de l'intox diplomatique), puis à une vérité générale (l'alliance Mobutu-Savimbi), au bout du compte mal servie par une information peu fiable. Autre information qui devait être démentie par les faits, l'annonce du déblocage de 367 millions de dollars par la Communauté européenne au profit du Zaïre en octobre 1991, alors que ce versement était soumis à des conditions qui ne furent jamais remplies. Ou encore, plus récemment, la reprise d'informations selon lesquelles, à "chaque fois qu'un pays occidental expulse vers le Zaïre un revendicateur du statut de réfugié (...), il le condamne indirectement à mort", sur la seule base des déclarations "d'un ancien tortionnaire et d'un rescapé", affirmant que ces "déportés (sic) zaïrois (...) sont alors battus, torturés, violés ou ligotés et jetés vivant dans le fleuve Zaïre". On peut regretter que sur un sujet aussi important, de telles déclarations soient relayées sans autre vérification, alors que les ONG de défense des droits de l'Homme travaillant à Kinshasa - partenaires de la Table de concertation - ont de ce même dossier une approche bien plus nuancée.
3

Cf. N°l6 : "selon le quotidien Umoja", sans précision de date; idem N° 64 : "selon

le journal Elima, Mgr Monsengwo doit démissionner" ; N°70 : "D'après les journaux Umoja et La Référence Plus, Mobutu et ses acolytes auraient un projet de réforme monétaire" .

8

Ce défaut passager de rigueur a pu conduire à des erreurs manifestes fort heureusement rares -et qui n'entament donc pas la crédibilité générale du bulletin. Sans conséquences quand il s'agit de détails (faire habiter Mobutu à "Cap Ferrat, non loin de Cannes" au lieu de Cap Martin, près de Monaco (N°16), se tromper de deux jours sur la date de l'assassinat de Nyamwisi (N°40), ou attribuer au leader du Kivu Cimanuka le nom d'Olimandika (N°80), ces erreurs sont plus ennuyeuses quand il s'agit d'informations plus importantes. Ainsi, affirmer que "les sinistres prisons du SNIP (Service national d'information) [en fait Service national d'intelligence et de protection] et du SARM (Service d'action et de renseignement militaires), qui avaient été fermées par la CNS, accueillent à nouveau du monde" (N°59), c'est attribuer à la Conférence nationale le mérite d'une action dont il faut reconnaître qu'elle revient au général Likulia, administrateur général du SNIP pendant cette période. Quant au SARM, il n'a jamais fermé ses cachots! Citons également la "visite discrète en France" du président Mobutu, "le 5 avril [1994]" (N°8?), qui, sauf erreur de notre part, n'eut jamais lieu, ou encore la reprise d'une "extrapolation" hasardeuse permettant d'affirmer que "12 des 40 millions d'habitants" du Zaïre "risquent d'être infectés à plus ou moins brève échéance" par la trypanosomiase (N°94), et qu'il "suffirait d'un million de dollars américains pour relancer" les campagnes de prévention ce qui est largement sous-évalué. Il arrive enfin -et nous en aurons terminé avec ces griefs -que des informations soient trop incomplètes pour être utilisables par le lecteur. Ainsi, au N°30 : "L'armée a englouti à elle seule près d'un tiers de la dette extérieure du Zaïre. Personne, à part des officiers proches de Mobutu, ne sait à quoi ont servi ces 3 milliards de dollars américains" : quelles sont les sources 7 quel est le montant de la dette 7 comment se ventilent ces dépenses 7 quels sont ces officiers 7 Autre exemple: "Au Nord-Kivu, le conflit ethnique continue à faire des victimes [on ne dit pas combien] selon une dépêche récente [quelle agence 7 à quelle date 7]. Des dirigeants régionaux bien connus [leurs noms 7] sont désignés comme responsables des massacres. Aucune réaction de la part du gouvernement Birindwa. Dans le Kasaï, des commandos de la DSP sèment la mort. On parle [qui est ce "on" 7] de 3? personnes poignardées en une nuit... Le terrorisme gagne l'ensemble du pays." (N°5?). Dans ce dernier paragraphe, deux faits approximativement rapportés conduisent à une assertion qui doit saisir le lecteur, qui s'en trouve mal informé, mais ému. Or justement, émouvoir et informer sont des objectifs dont l'atteinte exige bien souvent des moyens différents.

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Qu'on comprenne bien notre propos: /nfo-Zaïre est, de manière générale, un périodique fiable, et nous n'avons relevé, sur cent numéros, qu'un tout petit nombre d'erreurs manifestes attribuables au travail "à chaud", et dont les rédacteurs reconnaissent avec une courageuse humilité l'existence - tout en rappelant la difficulté de vérifier une information en provenance du Zaïre. Il ne s'agit donc pas ici de chicaner - c'est un peu trop facile -, mais de poser le problème, récurrent au sein de la presse engagée, du rapport du rédacteur au matériau-source et à ce qu'il veut lui faire dire.
Objectivité de l'information et engagement militant

Le choix de la rédaction d'/nfo-Zaïre est - c'est un défaut et une qualité

-

de mêler étroitement l'inforniation et le commentaire. Qualité, parce que la
lecture en est vivante - il arrive que le lecteur soit pris à partie -, et que le seul énoncé des faits ne permet pas toujours de se forger une opinion. Défaut, parce que l'engagement du commentateur risque de semer le doute dans l'esprit du lecteur, qui se demande parfois si les faits exposés ne le sont pas... en vue du commentaire. Le plus grand risque est même qu'il ne se pose pas la question, étant donné que l'orientation générale de la revue - en faveur du processus démocratique, et ce n'est pas ce qu'on va lui reprocher ne peut qu'entraîner son adhésion. Ainsi, /nfo-Zaïre est concomitamment une source d'informations et l'expression d'une position, ou plutôt de positions, car des nuances se manifestent selon les rédacteurs. Le souci étant d'informer pour émouvoir (mettre en mouvement) et persuader (dans le but d'agir solidairement), il arrive que le matériau des informations, charrié par le flux du propos comme la moraine d'un glacier, soit quelque peu malmené. Un chroniqueur peut-il être engagé? En tous cas on l'imagine mal totalement "dégagé" du sujet qu'il a volontairement choisi de traiter. Quoi qu'il en soit, la rédaction a fait le choix de l'engagement: son but est d'épauler l'action de transformation démocratique au Zaïre, et donc de prendre parti pour ceux qui on fait de cette transformation un combat (chez un des principaux rédacteurs zaïrois, cet engagement se concrétise dans sa qualité de représentant au Canada du principal parti d'opposition zaïrois). Nous ne discutons pas l'opportunité de ce choix, mais entendons nous situer du point de vue du lecteur qui recherche d'une information fiable: qu'est-ce qui lui garantit que l'engagement de la rédaction n'engendre pas une information tronquée, voire manipulée? Si la volonté d'impartialité est manifeste dès le début de la parution, on trouvera au long des cent numéros un tiraillement entre ce souci initial et les options de tel ou tel rédacteur. Mais il faut reconnaître que si les faits sont
souvent enrobés dans la gangue du commentaire - la présentation ne ménage pas la succession des deux -, ils ne sont jamais tronqués ou passés sous

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silence dans le but de faire valoir le point de vue du rédacteur. Nous pouvons par conséquent rassurer le lecteur: n'ignorant pas que la rédaction a dû faire des choix, il peut être sûr de n'être pas destinataire d'une information manipulée. Libre à lui éventuellement de contester telle interprétation ou de tirer ses propres conclusions. Reconnaissons ensuite aux auteurs le mérite d'avoir toujours maintenu un bon niveau rédactionnel. L'injure ou la bassesse n'y ont jamais cours, .ce qui n'empêche pas les rédacteurs de se laisser aller parfois à l'emphase, surtout lorsqu'ils s'en prennent au maréchal Mobutu, "le dernier maréchal africain qui ne prononce jamais un mot sans mentir" (N°18), "dictateur croulant et finissant" qui reste un "dangereux maréchal d'opérette" (N°51 : contradiction dans les termes ?). Dans le N°52, on attribue même au "maréchal terroriste", "une descente au siège du quotidien Elima". Quant au premier ministre Birindwa, il se voit qualifier "d'implosion de la bêtise" (N°67). On notera aussi la virulence des sous-titres, qui épinglent bien souvent le chef de l'Etat zaïrois et dont la compilation fait penser à une série de titres de romans d'aventures: "Les manoeuvres de Mobutu", "Mobutu passe à l'offensive", "Mobutu perd des plumes", "Prisonniers de Mobutu", "La semaine agitée de Mobutu", "Les gesticulations de Mobutu", "Mobutu le traître l", "Les dents longues de Mobutu", "Terreur signée Mobutu", "Mobutu, Savimbi, même combat l", "Mobutu a encore tué", "Mobutu prêt pour la guerre!", "Le milliard de Mobutu", etc. Peut-être cette hyper-personnalisation du régime zaïrois, qui n'est évidemment pas sans fondement, est-elle une nécessité rédactionnelle - il faut "accrocher" le lecteur! Mais comment ne pas voir - et ce n'est pas le moindre défaut de certains opposants - qu'elle est finalement une sorte d'hommage au Prince qui apparaît ainsi "incontournable" ! (on peut lire dans le N°7 : "Le Zaïre est gouverné par Mobutu Sese Seko. Seul."). La rédaction d'Info-Zaïre est ainsi parfois tiraillée entre deux attitudes: simplifier pour mobiliser, ou rendre compte de la complexité pour comprendre. Elle s'en tire au bout du compte plutôt bien, compte tenu de la surface rédactionnelle. A côté de cris du coeur: "Le choix du caractère (ITT Avant Garde Gothic Book 9pt), la définition des colonnes et des tabulateurs est faites juste au-dessous de ce commentaire. Pour la suite du texte, les titres sont en en minuscules grasses, collés à la marge et ne sont pas séparés de l'article qu'ils coiffent par un interligne; les débuts de paragraphe sont signalés seulement par un tabulateur. Si on doit «gagner de la place», il convient de jouer avec la hauteur de ligne. Si au contraire on manque de texte (!) on peut augmenter la taille du caractère... ou écrire autre chose. Vite, destituez Mobutu! 2 800 000 Z = I $" (N°SI) et de grincements ironiques (Mobutu, "comédien ubuesque" imaginé faisant "ses débuts professionnels au festival Juste pour rire de Montréal"), tel rédacteur fait parfois dans l'humour 11

désespéré: "Face à l'ingérence étrangère, [le] seul atout [de Mobutu], c'est l'étroitesse de la façade maritime du Zaïre. Les marines y débarqueraient si les plages étaient assez vastes pour monter un studio de télévision." (N°37). Il arrive aussi qu'un rédacteur en oublie sa retenue, comme dans le N°84 de janvier 1994 : "Qui peut, dans un tel climat [de violence], croire aux accords que les larbins de Mobutu ont signé avec une aile dissidente de l'Opposition ?" (Comme on le sait, les accords en question seront signés par toute la classe politique). Amers, phares et balises En créant lnfo-Zaïre, la Table de concertation voulait joindre l'analyse à l'information. Par analyse, il ne faut pas comprendre une démarche de chercheur en sciences politiques, mais, plus modestement, de réflexion sur les événements au fur et à mesure de leur surgissement. Pas d'outils théoriques d'analyse donc, pas ou très peu d'éclairage historique, mais une démarche de remise en contexte et d'interprétation des faits en train de devenir de l'histoire. La grille d'interprétation pour juger des actes politiques repose essentiellement sur trois critères: la réalisation des objectifs démocratiques, la fidélité aux "acquis de la CNS" et, de manière plus générale, le mieux-être de la population. Ainsi, l'analyse constitue un apport
rédactionnel propre qui vient s'ajouter

- et

bien souvent se mêler



la

simple relation des faits. Sur le contenu même de l'information, il faut saluer de manière générale une bonne connaissance du sujet. Une tendance occasionnelle à la
prospective immédiate

- genre

difficile!

- en

1992 (Cf. par exemple les N°9

à 12) a fait place au souci pédagogique de faire entrer le lecteur dans les arcanes de la politique zaïroise. Cela produit par exemple une très bonne couverture des négociations de septembre 1993, pourtant épineuses. Le lecteur appréciera aussi la volonté d'exposer les différents points de vue s'affrontant sur telle ou telle question, y compris les options opposées à celle de la rédaction - ce qui l'honore. La description du milieu politique zaïrois - kinois surtout - n'oublie pas les acteurs de second rang, notamment les principaux membres de l'entourage du Président, peu connus à l'étranger alors que leur rôle est loin d'être négligeable: cela compense les excès de "mobutocentrisme" dénoncés plus haut. Le lecteur fera son miel de bons résumés, par exemple, dans le N°2l, sur le "compromis politique sur la transition", ou encore le développement sur le rôle du diamant dans le jeu politico-financier (N°57). Si l'on considère certains grands dossiers, on arrive, malgré des traitements inégaux, à un jugement similaire. Sur l'affaire du massacre de Lubumbashi, le N° 15 fait longuement état du témoignage à la Conférence 12

nationale d'un agent de la sécurité, sans revenir par la suite sur les conclusions de la Conférence. Comme on l'a dit plus haut, le dossier NordKivu est aussi peu traité (très peu de détails, analyse faible sur les contentieux existants et les facteurs déclenchants) que celui consacré au Shaba est bien couvert (bonne analyse, nombreuses correspondances du terrain). La question des camps de réfugiés rwandais au Kivu depuis l'été 1994 n'est pas abordée: cela peut surprendre, mais l'événement est si massif, il donna lieu à un tel déferlement d'images que ce silence s'explique fort bien, d'autant plus que les causes du conflit rwandais sont étrangères au Zaïre, même s'il s'accompagne de redoutables implications locales et d'effets considérables en matière de politique intérieure et extérieure. Autre sujet traité de manière éclairante, celui de la réforme monétaire d'octobre 1993. Sur le traitement de la mort de l'ambassadeur de France, Infa-Zaïre est irréprochable (N°43), se gardant bien de relayer les hypothèses fantaisistes qui circulèrent, sans gober pour autant la thèse de la "balle perdue". Sur une question difficile comme celle d'une éventuelle intervention militaire occidentale (il en était question fin 1992 - début 1993), la rédaction, après avoir un temps appelé à "une action militaire internationale" pour "chasser Mobutu du pouvoir", a fait preuve de réalisme, quand d'autres rêvent encore au deus ex machina occidental. Cela nous conduit à porter un regard sur la ligne politique de la rédaction. Démarré après le drame de la répression de la marche du 16 février 1992, la chronique s'arrête dans les incertitudes d'un jeu triangulaire Mobutu-tshisekedi-Kengo qui peut donner le tournis à l'observateur. Quels points fixes, quels amers trouver pour le navigateur battant pavillon étranger et croisant dans les eaux de la politique zaïroise, secouées par la tempête et farcies d'écueils, de requins et de sirènes? Toute personne un peu informée et désireuse de voir aboutir le processus démocratique pouvait répondre, en 1992 et encore en 1993 : le point fixe, la référence incontournable, c'est la Conférence nationale souveraine (CNS), ses décisions, ses acquis. Depuis 1994, nous sommes dans une situation aux contours moins nette, la dure réalité des rapports de force ayant imposé une tripolarisation -passagère? - de la scène politique, là où naguère deux camps à peu près clairement délimités s'affrontaient. Comment la rédaction d'Infa-Zaïre s'est-elle située? Quels repères a-t-elle proposés à ses lecteurs? Par quelles évolutions est-elle passée? En "spectateur engagé", l'équipe (à géométrie variable, ne l'oublions pas) d'Infa-Zaïre oscille entre des bouffées d'euphorie et une lucidité désabusée, en passant par un optimisme prudent. Ainsi, du côté de l'optimisme avisé: "Il ne faut peut-être pas désespérer du peuple zaïrois qui pourrait décider de bouter dehors l'impertinent dictateur." (N°9, avril 1992); la "dictature 13

tnobutiste" est alors jugée "agonisante", en même temps qu'on est conscient que "Mobutu ne voudra pas être relégué dans l'arrière-boutique" -N°lO). Du côté de l'euphorie: "La fin du règne de Mobutu est-elle proche? On peut le penser. En effet, les observateurs à Kinshasa estiment qu'à la fin des travaux de la CNS, il ne restera plus grand monde autour de Mobutu" (N°14) ; ou encore: "Il y aurait présentement une bonne partie de l'armée qui est acquise au changement. Mobutu ne pourrait désormais compter que sur certains éléments de la DSP et de mercenaires. La pression extérieure est aussi forte (oo.), et le peuple qui a faim est prêt encore une fois à descendre dans la rue si le processus de démocratisation se bloque" (N°21) : autrement dit, l'affaire est dans le sac! Enfin, l'observateur prévenu peut poser un diagnostic lucide: "La coexistence entre les organes de la transition s'annonce donc mouvementée. Et si comme on le prévoit, Tshisekedi devenait le premier ministre choisi par la CNS, la transition risquerait encore une fois d'être une période de coups fourrés." Dans ce dernier registre, le bulletin fait un large écho, en mai 92, des analyses quasi prophétiques de Buana Kabue, président de la Ligue zaïroise des droits de l'Homme, selon qui "la relève n'est pas prête à assumer le pouvoir", ce qui rend nécessaire "l'émergence de nouveaux leaders". Pour lui "l'opposition demeure faible", du fait de "moyens réduits et d'une base fragile dans un pays immense." (N°12). On l'a dit, il arrive qu'un rédacteur cède au jeu incertain de l'anticipation! : "dans un futur proche, deux scénarios se dessinent", peuton lire dans le N°38 (décembre 1992): "1. Le temps travaille contre Mobutu. (oo.)A terme, il n'aura pas raison d'un peuple déchaîné, soutenu par une partie de l'armée et conscient d'avoir un appui matériel des Occidentaux en cas de guerre (sic). 2. Une réconciliation précaire aboutit à la formation d'un gouvernement d'union nationale. Comme il faudra que la réconciliation profite à Mobutu, on assistera aux dissensions au sein du nouveau gouvernement, donc à l'inefficacité et à la paralysie". On sait qu'un troisième scénario vit le jour: les pillages de janvier 1993, la nomination de Birindwa par le conclave et la dyarchie. Autre exemple d'espoir déçu: "les analystes s'entendent pour dire que [1'] isolement diplomatique [de Mobutu] ira croissant cette année et sa mort politique s'ensuivra inéluctablement" (N°40, janvier 1994): il est vrai que la rédaction ne pouvait prévoir le drame rwandais et ses suites diplomatiques, avec la réapparition du chef de l'Etat sur l'échiquier international. Il peut paraître facile, après coup, de mettre le doigt sur ces erreurs de prospective, et nous nous accordons avec l'équipe d'Infa-Zaïre pour estimer "qu'en général les informations et les analyses qu'[elle a] présentées étaient justes et pertinentes", et que par conséquent le lecteur a pu compter sur un bon guide. Outre que ces erreurs sont la loi du genre, l'anticipation politique 14

étant le contraire d'une science exacte, elles traduisent ce que la démarche de la rédaction a porté - et porte encore - d'espérance de voir une nouvelle donne s'instaurer au Zaïre, en même temps qu'elle témoigne de l'effort, en partie didactique, de déchiffrer pour le lecteur ce que le présent comporte d'avenir en germe. L'effort d'anticipation se révèle ainsi être, moins qu'un nouvel avatar de la méthode Coué, une expression de la composante utopique de tout engagement politique. Mais revenons aux choix politiques de la rédaction. Il est clair que le journal cherche à dénoncer l'héritage mobutiste, qui a produit toutes sortes de maux: "violation des droits humains, corruption, gabegie, expropriations, destruction des infrastructures sociales et sanitaires, culte de la personnalité, ruine du pays, etc." (N°14). Essayant de comprendre la tactique du chef de l'Etat, il la cerne d'un trait: "cherche[r] à gagner du temps en laissant l'opposition s'empêtrer dans le bourbier qu'est devenu le pays" (N°2l). Si Info-Zaïre n'a évidemment jamais été mobutiste, il ne s'est pas davantage positionné comme inconditionnellement tshisekediste. Tshisekedi fait d'abord l'objet d'un portrait nuancé: "Son mérite est d'avoir affronté Mobutu sur place au Zaïre. Il est le candidat du peuple, qui voit en lui un sauveur contre l'esclavage de Mobutu. On lui reproche cependant d'être peu conciliant et brutal. Il est, dit-on, le seul qui a une chance de faire aboutir la transition..." (N°20). Puis la rédaction lui reproche sa passivité sur le dossier shabien, sa démarche se résumant à "compter sur le peuple qui ne prête plus attention à ces discours séparatistes" (N°28). Il est même écrit (N°30) que "la maîtrise de la situation au Shaba par le gouvernement serait un premier succès de politique intérieure de Monsieur Tshisekedi", ce qui est une manière de dire que d'une part il ne maîtrise pas cette situation, et que d'autre part il n'a, à la mi-octobre 1992, aucune réalisation à son actif sur le plan intérieur. Après un mois de gouvernement, fin septembre 1992, la rédaction ne sait pas s'il faut se réjouir ou s'étonner du "ton calme et plein d'assurance du premier ministre" face à "l'ampleur des difficultés", assurance fondée sur le pari "que la légitimité et le soutien populaire l'emporteront sur le pouvoir de la force et de .l'argent. A part cette légitimité, le présent gouvernement semble posséder peu d'atout...". Après les ordonnances présidentielles de décembre 1992, le ton est encore plus ferme: "il faut bien reconnaître que face à l'ampleur du désastre économique zaïrois, les plans de redressement de Tshisekedi, à l'époque de son premier gouvernement et lorsqu'il a été de nouveau désigné à ce poste par la Conférence Nationale, étaient si minces qu'on ne pouvait même pas les analyser" (N°36). La rédaction rejoint ici l'opinion répandue dans les milieux diplomatiques. 15

Il lui est encore reproché son silence (N°Sl: "Tshisekedi prend la parole. Enfin !") ou sa lenteur ("Lorsqu'on analyse la composition du gouvernement actuel, on se demande pourquoi ce geste, tant réclamé par la Mouvance présidentielle depuis décembre [1992], n'a pas été posé à temps !" -N°Sl), quand ce ne sont pas des griefs plus graves: "Tshisekedi devrait éviter les erreurs de la Hème République, notamment la personnification du pouvoir, le clientélisme et l'endurcissement. Il serait intéressant qu'il coordonne la lutte dans la collaboration sans laisser ses alliés dans l'ombre." (No 70, août 93). Sur le plan extérieur, le constat n'est pas plus tendre: "La stratégie internationale du gouvernement de transition semble aller d'échecs en échecs; on se souviendra que le cabinet des ministres de Tshisekedi avait entrepris d'exercer le pouvoir là où il pouvait le faire, c'est-à-dire à l'extérieur du pays en occupant les sièges zaïrois des principales arènes internationales. (...) Le refus de l'OUA de reconnaître la délégation du gouvernement légal de transition (...) marque le point culminant de cette série d'échecs. (...) Les forces démocratiques au Zaïre vont de plus en plus compter d'abord sur leur propres moyens !" (N°64). Au début de 1994, alors que les accords politiques doivent être parachevés par la nomination du Premier ministre, la rédaction, qui adoptera par rapport à Kengo wa Dondo une attitude de prudente reconnaissance de facto, retrouve une position plus favorable au leader de l'UDPS (Cf. N°8S : "Tshisekedi incontournable: il est de plus en plus évident qu'on ne pourra pas éviter de confirmer Tshisekedi dans son poste de Premier ministre légitime. Le succès de l'opération ville morte lancée le 19 janvier, a montré que la population était avec lui"), position qui n'a guère varié depuis. Créée à l'initiative d'un collectif inter-ecclésial, appuyé par L'Entraide Missionnaire du Canada, regroupant, à côté d'individus intéressés au Zaïre, des représentants d'Églises, de Congrégations et d'Instituts missionnaires, mais aussi des ONG et groupes de solidarité, la Table de concertation présente une sensibilité proche des groupes ecclésiaux zaïrois de base. C'est ainsi que le groupe Amos de Kinshasa reçoit (N°S6) un vibrant hommage qui vaut d'être reproduit ici in extenso: "Depuis quelques années, le groupe Amos (..) a rendu de bien plus grands services au peuple du Zaïre que certaines institutions qui devraient le gouverner pour son plus grand bonheur. Il y a peu d'institutions
politiques ces dernières années

- autant

dire qu'il ny en a pas!

- qui

aient

entrepris et continué de promouvoir le bien du peuple avec honnêteté et efficacité. On a vu des groupes honnêtes autour de la CNS, du HCR ou du gouvernement Tshisekedi, mais, jusqu'à maintenant, leur efficacité est quasi nulle. Les services de Mobutu sont efficaces, jamais honnêtes. Des groupes 16

comme Amos annoncent un autre avenir. Ils s'organisent autour d'une participation réelle de la base; ils engagent une action à ras du sol, avec les petites gens et pour eux. Ces groupes pratiquent une forme de démocratie directe: tous les membres du groupe participent à l'analyse de la situation, décident ensemble de l'action qu'il faut entreprendre et exécutent eux-mêmes les actions qu'ils ont décidées. C'est comme ça que se réalise le processus de conscientisation. Dans la même poussée, le Groupe Jérémie a commencé d'agir à Bukavu. (..) À Kisangani aussi un groupe similaire s'est constitué. Il s'appelle Justice et Libération. Amos a fait des petits. Et il en faut d'autres." La critique explicite des institutions et de la classe politique contenu dans cet hommage aux groupes chrétiens de base revient fréquemment, même si elle ne revêt pas de caractère systématique. Ainsi, la fameuse "réconciliation nationale" "n'est en fait que celle de la classe politique qui se bat pour le pouvoir politique" (N°27). La sévérité du trait qui suit n'est cependant pas l'expression d'un rejet de toute médiation ou représentation politique: "Il n'y a rien d'autre à défendre au Zaïre à part les intérêts du peuple. (...) Les "sages" en conférences ou en conclaves peuvent négocier ou dialoguer à l'infini sur [des] concessions, le peuple absent n'y gagne rien. (...) Ce dont le Zaïre a vraiment besoin ce n'est pas tant d'un gouvernement représentatif de toutes les chapelles politiciennes que d'un gouvernement représentatif du peuple."(N°66). Par contre, cette position exprime bien l'impasse dans laquelle se trouvent l'opposition et ses sympathisants: ou bien celle-ci s'impose démocratiquement (ce qui suppose au moins des élections honnêtes), ou bien elle prend le pouvoir par la force (ce qu'elle ne veut ni ne peut), ou bien elle négocie (mais elle y laisse souvent des plumes), ou bien... elle attend un avenir meilleur, et il n'est pas dit que cette dernière option n'ait pas la préférence de bien des politiciens en chambre, ce qu'Info-Zaïre formule ainsi: "il semble bien que beaucoup de gens, aussi bien de la Mouvance que de l'Opposition n'aient pas tellement intérêt à ce que les choses changent; la situation actuelle leur profite bien. Toujours sur le dos du peuple l" (N°69), allant jusqu'à désespérer de "la classe politique zaïroise [qui] fera toujours preuve d'irresponsabilité. Comme si on ne voulait vraiment rien conclure avant d'être sûr d'en tirer un bénéfice personnel. La population, pendant ce temps-là, meurt même d'une petite grippe" (N°71). Que reste-t-il dans ces conditions à un peuple "dépourvu de moyens d'agir", refusant de "s'offrir comme chair à canon, avec le faible espoir de faire plier Mobutu ou d'attendrir les Occidentaux" et pour finir mal "assuré de ses droits et [non] habitué à les exercer" ? Il reste la survie, le repli identitaire, la résistance passive ou mieux, la non-violence active, quand ce n'est pas l'évasion dans des pratiques religieuses qui tiennent plus de l'opium que de la libération et - autre opium - l'attente illusoire "des appuis extérieurs" (N°44 et 68). 17

Le bilan dressé de l'action de la CNS est lucide: "la CNS a été un véritable exercice démocratique. Mais rien n'a pu être réalisé depuis la clôture en catastrophe de cette Conférence en décembre 1992". Ou encore, ce jugement critique porté sur une des décisions les plus importantes de la CNS, l'adoption d'un projet de constitution, qui pour ln/a-Zaïre "ressemble plus à un défi lancé au visage de Mobutu qu'à un projet vraiment réaliste; on comprend mal, entre autres, qu'un président élu au suffrage universel n'ait aucun pouvoir, tandis que le premier ministre, soumis aux aléas des tractations entre une multitude de partis politiques, en ait tant. Comme si la CNS se préparait à un nouveau règne de Mobutu." (N°34, novembre 1992). On comprend alors la déception populaire: "Jusqu'à présent, le peuple zaïrois souhaitait que la CNS, puis le gouvernement Tshisekedi et le HCR, réussissent à le débarrasser de la dictature. Mais ses espérances semblent déçues" (N°44, février 1993). De son côté, le président du Bureau de la Conférence nationale, puis du Haut Conseil de la République, l'archevêque de Kisangani Laurent Monsengwo, il fait l'objet, depuis le début de la parution, d'un jugement très favorable. Ses prises de position sont souvent largement rapportées. En mars 1993, alors qu'il commence à faire l'objet de contestations de certains membres de la classe politique, ln/o-Zaïre estime qu'il "reste le seul homme qui puisse encore préserver les acquis de la CNS", "le seul capable de faire face à Mobutu" (NO53). La thèse de la "troisième voie", "après trois ans de bipolarisation politique qui ont abouti au dédoublement des institutions", est d'abord approuvée, "aucun des deux gouvernements en présence ne [pouvant] vraiment rallier tout le monde" (N°56). La première critique que nous ayons relevée à l'égard du prélat arrive ensuite: "La mauvaise foi de Mobutu ne fait aucun doute et il ne fallait pas croire que l'évêque de Kisangani arriverait à la surmonter. Mais [il] a prétendu qu'il pourrait y arriver. C'était un mauvais calcul politique découlant d'une analyse politique incomplète. Sur la base de ce mauvais calcul, Monsengwo a empêché l'expression de la colère populaire, a invité à la patience, a freiné l'élan de ceux qui voulaient en finir maintenant avec les 28 ans de mobutisme. Monsengwo ne porte-t-il pas une part de responsabilité dans l'impasse où l'on se trouve à vouloir abolir la dictature sans gêner le dictateur ?". Ou encore: "L'évêque promettait d'obtenir par le dialogue ce qu'il empêchait que l'on recherche par la force. Mais le dialogue n'a rien gagné, et pendant que Monsengwo exhortait Tshisekedi à respecter la légalité et donc à ne rien faire, Mobutu, lui, marquait des points sans qu'aucune loi ne limite son avantage" (N°65, juillet 93). "Le dialogue avec Mobutu, n'est-ce pas plutôt lui permettre de garder son pouvoir encore un peu plus longtemps et 18

accepter que la misère du peuple soit encore plus grande ?" demande encore la rédaction, sans trop avancer dans la proposition d'une autre stratégie politique (à quoi peuvent réellement conduire "l'expression de la colère populaire" et "l'élan de ceux qui veulent en finir avec le mobutisme" ?). Dénonçant les ambiguïtés de son approche pastoralo-politique, la rédaction estime que le prélat "fait partie de cette classe politique zaïroise qui ne parvient pas à bien servir le peuple. (u.) Le peuple ne joue pas un bien grand rôle dans la vision politique de Monsengwo. Il se penche paternellement sur sa misère et le convie à "soutenir fermement les institutions" ainsi qu'à "cultiver l'amour et la solidarité en son sein". C'est un peu court" (N°66). Un an plus tard, Info-Zaïre, constatant que "l'échec de la stratégie de la résolution de la crise par la négociation privilégiée par Mgr Monsengwo (...) a permis à Mobutu d'avoir une majorité au parlement de transition et d'imposer désormais l'orientation et le rythme des réformes", bref de brader "les acquis de la CNS", s'interroge sur la possibilité même pour l'évêque, "dans l'hypothèse où Tshisekedi ne serait pas reconduit comme premier ministre" de jouer encore un rôle politique. (N°87). Dans le N°lOl d'avril1995, la rédaction revient cependant à une position plus favorable au prélat: constatant le rejet dont il fait l'objet de la part de la classe politique, elle rappelle que la mouvance présidentielle n'a eu de cesse de l'écarter de la présidence du HCR, tandis que l'opposition radicale cède à la facilité en déversant ses frustrations sur lui. Il faut dire que du côté de l'opposition, le constat opéré çà et là par la rédaction n'est guère brillant: après avoir relevé que l'implication de certains de ses "grands ténors" dans des affaires sulfureuses expliquait en partie sa désunion (N°39), elle pointe du doigt son caractère velléitaire et ses objectifs irréalistes: "Après l'insuccès de son appel à la décrispation politique du 9 janvier [1993], l'Union sacrée radicale a lancé le mot d'ordre de mobilisation générale (.u) [et] présenté un programme d'actions en vue de la destitution du président". "Véritable invitation à l'insurrection populaire, le communiqué [omet de] donner de détails sur l'organisation de cette libération ni d'alternatives en cas de résistance des forces armées". Verdict sans illusion d'Info-Zaïre après quelques jours: "[Ce] programme (...) était à peine lancé qu'on savait déjà que ce serait un échec", lequel "met à nu l'incapacité de l'Union sacrée à mobiliser la population, et pourrait bien signifier que Mobutu garde encore beaucoup d'atouts face à une opposition faible, divisée et dénuée de stratégie adéquate". "C'est la faiblesse fondamentale de l'Union sacrée qui explique à la fois l'échec et l'incapacité de le prévoir" (No 42). Autre faiblesse soulignée à juste titre, l'incapacité de l'opposition à "mobiliser efficacement les puissances étrangères" (N°7l). Discernant bien le dilemme fondamental auquel est confrontée l'opposition, à la fois dans l'impossibilité de "mettre Mobutu hors d'état de 19

nuire" et dans la certitude que la négociation avec lui -à laquelle elle se trouve acculée, et qui la conduit à reconnaître une légitimité à celui qu'elle conteste - offre bien peu d'espoirs, la rédaction se trouve bien obligée de décerner au maréchal un brevet d'habileté manoeuvrière: "Habile stratège, Mobutu sait récupérer les événements gérés maladroitement par une opposition divisée et mal enracinée dans le peuple" (N°42). Ou encore (après la nomination de Birindwa au poste de premier ministre): "Au rythme où les "politiciens" zaïrois se rallient à Mobutu, il est à craindre que la corruption et le débauchage ne vident l'opposition déjà minée par la pauvreté, l'incohérence et l'absence de vision politique globale et durable. La démocratisation peut-elle se développer dans ce contexte? Il est permis d'en douter. La dictature s'adapte bien à la transition! et elle prospère. (N° 52). La déperdition continue au sein d'une opposition aux contours incertains aboutit en avril 1994 à cette remarque dépitée: "Avec l'expulsion de l'UDI hors de l'USORAS [la plate-forme de l'opposition], on est en droit de se demander si l'hémorragie qui a commencé en 1990 avec le départ de Nguz et de Mungul Diaka ne finira pas par anémier l'USORAS. (...) Et dire que c'est le seul rempart du peuple, sur le plan politique, dans la lutte contre le pouvoir de Mobutu !" (N°8?). Dernier personnage obligé de la galerie de portrait: l'actuel premier ministre en fonction, Kengo wa Dondo. lnfa-Zaïre prend d'abord son parti, sans enthousiasme, de son élection: "C'est fait, Tshisekedi a été écarté "constitutionnellement" de la Primature et son gouvernement parallèle n'a plus de raison d'être", tout en rappelant d'où vient Kengo, "qui a déjà occupé le poste dans les années 80 (...) sous le qualificatif d'homme de la rigueur" s'illustrant dans "l'imposition sans faille des mesures dictées par le F.M.I. avec comme résultat, l'appauvrissement de la population au moment où luimême et sa bande (...) s'enrichissaient scandaleusement". Kengo est alors dépeint comme un allié objectif de Mobutu ayant pour double mission de "combattre l'opposition" et de "d'organiser les élections que Mobutu devra gagner" (N°91). Dès le numéro suivant, la rédaction prend cependant la mesure "du bras de fer engagé entre Kengo et le clan Mobutu", et décide "d'attendre pour voir". En décembre 1994, l'affaire semble claire: le premier ministre, "issu d'une violation flagrante de l'Acte constitutionnel et qui est l'allié de la dictature", "n'a pas le contrôle sur l'armée [et ne] maîtrise pas l'économie du pays. Son gouvf:'l'nement n'a pas encore pu gouverner". Les tractations entre le cabinet prés; lentiel et l'UDPS d'une part, les actes de fermeté posés par Kengo en direction de trafiquants libanais et de hauts fonctionnaires indélicats a conduit tout récemment la rédaction à nuancer son jugement. D'un côté, "l'inefficacité du gouvernement Kengo" est attribuée 20

principalement aux entraves du camp présidentiel, d'autre part la rédaction note que ce même gouvernement "est en train de s'imposer en douce sur la fonction publique" et "prend des mesures audacieuses qui confIrment la thèse voulant qu'il soit l'homme de la situation" (N°102) : cette dernière formule ne traduit sans doute pas une allégeance de la revue à Kengo, mais vaut reconnaissance de l'impossibilité de résumer désormais la scène politique à un affrontement strictement bipolaire. Examinons maintenant le jugement d'/nlo-Zaïre sur l'action des partenaires internationaux du Zaïre. Refusant l'anti-occidentalisme primaire d'une partie de l'opinion zaïroise, la rédaction sait prendre acte de "l'appui très net que les États-Unis, la Belgique et la France ont exprimé en faveur du gouvernement Tshisekedî" en décembre 1992, après avoir cependant déploré leur refus de "lever la suspension de l'aide bilatérale prise contre le régime de Mobutu tant qu'il ne sera pas clair que l'actuel gouvernement a le contrôle de l'armée et des finances publiques", alors que "le nouveau gouvernement issu de CNS a déjà nommé depuis plus d'un mois un ministre de la Défense et vient de prendre des mesures pour stabiliser la monnaie" (N°27). Le correctif apparaît toutefois quatre numéros plus tard: "pour la reprîse de la coopération et de l'aide bilatérale, les amis du Zaïre (...) attendent que la Banque mondiale et le F .M.I. aient préparé un plan de reconstruction de ce pays. Ces institutions, pourtant, semblent hésiter à envoyer une délégation à Kinshasa, car le nouveau gouvernement n'a pas encore une prise ferme sur la situatîon monétaire et économique du pays, ni sur la partie de l'armée qui possède des armes, alors qu'on lui avait donné le 14 novembre comme échéance pour parvenir à les contrôler". Sans prendre vraiment position, la rédaction reconnaît que la balle se trouve alors dans le camp du gouvernement. La position de la Troika fait l'objet d'une nouvelle appréciation positive en janvier 1993 (N°42) : "Il est de plus en plus évident que (...) les ÉtatsUnis, la France et la Belgique, sont très directement impliqués dans l'affrontement Tshisekedi / Mobutu et qu'ils ont pris le parti du Premier ministre contre le Président. On ne compte plus les déclarations officielles de porte-parole de ces pays qui déclarent que le Président doit remettre tous les pouvoirs économiques au gouvernement, y inclus le droit de contrôler le budget propre de la présidence". Maîs c'est pour regretter aussitôt que les "pays amis" ne soient pas "plus durs encore avec Mobutu: Que ne gèlent-ils pas ses biens à l'étranger du moment qu'ils l'accusent de les avoir acquis malhonnêtement! Que ne lui disent-ils pas de partir, avec menaces à l'appui! Sans doute parce que ceux qui le tancent aujourd'hui se sont tous fait photographier à ses côtés du temps où, sans rien ignorer de sa gestion corrompue, ils le traîtaient en ami privilégîé et laissaient leurs propres amis profiter des largesses du 21

Maréchal-Président", ajoutant plus loin, avec un certain sens de la fonnule : "Il semble bien que Mobutu n'ait pas peur. Il est protégé en France et aux États-Unis. Un fils Mitterrand ici, un Hennan Cohen là, Mobutu n'est pas seul" (No 46). Pour clore sur ce point, les émeutes de janvier 93 conduisent la rédaction à un constat aussi pessimiste que lucide: "Des sanctions, non pas contre le Zaïre, mais contre Mobutu, les Occidentaux n'en ont pas pris. Pourquoi? Parce que les malheurs du Zaïre ne font vraiment mal qu'aux Zaïrois. (oo.)En deux mots comme en mille, le Zaïre ne menace ni la sécurité ni la prospérité de l'Occident. Que son mal empire ou guérisse, l'Occident n'a rien à y gagner, donc rien à y risquer" (N°44). On ne peut qu'espérer que ce cruel diagnostic ait été entendu par les groupes zaïrois d'action en faveur de la démocratie, chassant l'attente vaine d'une "ingérence démocratique" détenninante. Notre conviction est que ce combat doit intégrer ce contexte de solitude, même si la solidarité des ONG partenaires du Nord vient la meubler. Concernant le rôle de la France (auquel on nous accordera d'être particulièrement attentif) et des institutions de la Francophonie, on notera cette réflexion qui rappelle une évidence bien souvent oubliée: "C'est un Mobutu ragaillardi qui a participé au 5e sommet de la Francophonie tenu à Maurice. Contrairement à ce que certains pensaient, il n'y avait aucune raison qu'il n'y soit pas invité. À la CEE, aux Nations Unies (oo.),la logique semble être la même: fort de son mandat de Chef de l'État, prolongé par la CNS durant toute la durée de la transition, n'en déplaise au peuple et à l'opposition, Mobutu reste le seul politicien zaïrois pouvant légalement engager le Zaïre sur la scène internationale" (N°78). Par contre, le N°93 (août 1994) comporte un long développement dénonçant la reprise prochaine de la coopération française avec le Zaïre, qui n'a toujours pas eu lieu neuf mois plus tard, alors que les autorités françaises ne s'étaient engagées qu'à l'accroissement de l'aide humanitaire. Dès lors les griefs de la rédaction ("irrationalité" d'une "offre [de] coopération comme récompense à celui qui freine volontairement le processus démocratique", "outrage à tout le peuple zaïrois") tombent à plat. Deux mois plus tard, elle reconnaîtra que "la reprise fonnelle de la coopération, étudiée en 95, se fera à deux conditions: le respect des accords politiques signés en janvier dernier et un jugement favorable du F.M.!. au sujet des réfonnes économiques annoncées". On pourrait encore chicaner sur la majoration par la rédactio!1 du :,ôle du général Lacaze (dont on sait peu qu'il a refusé à Mobutu Je meue en oeuvre un plan, du coup mort-né, de doublement des effectifs des Forces armées zaïroises) ou de telle ou telle autre personnalité française, mais il s'agit de points accessoires. 22

Terminons plutôt par un bon point ce passage en revue du traitement des relations internationales, en notant qu'Info-Zaïre ne passe pas sous silence, au moment où les délégations des deux gouvernements zaïrois rivaux cherchaient la reconnaissance internationale, le rôle diplomatique négatif de la plupart des Etats africains qui, "s'appuyant sur des termes juridiques spécieux, (...) manifeste(nt] leur appui à Mobutu", en "club fermé de dictateurs menacés qui, entre eux, se font des ronds de jambe" (No 57). La place particulière de la Chine, "devenue le principal partenaire du Zaïre" "depuis que les programmes d'aide ont été suspendus par la plupart des pays occidentaux" (N°80), n'est pas non plus oubliée.
Au total, et malgré des écarts - plus fréquents dans les derniers numéros 7 -, dus à la déception ou à l'impatience, la ligne politique d'Info-

Zaïre, révélatrice de l'opinion générale prévalant dans le milieu ONG, exprime une approche aussi équilibrée que lui permet son engagement. L'objectif de rendre lisible, avec les attendus qui étaient les siens, la complexité des événements survenus sur trois années s'en trouve-t-il tenu 7 Sans contexte, oui. Au lecteur qui veut en savoir plus de se tourner vers d'autres ressources.
Où l'on change d'outil

Au bout du compte, "pourquoi rassembler en un volume une centaine de numéros d'Info-Zaïre 7" La Table de concertation répond à cette question par la nécessité éprouvée de prendre de la hauteur pour identifier les raisons du blocage de cette transition qui, rappelons-nous, devait au départ s'achever en mai 1991, mais aussi de faire un bilan des acquis de cette période chaotique. Si la Table répond à la première question en désignant comme principal responsable "le dictateur Mobutu", elle tient aussi les "faiblesses des forces démocratiques" comme l'une des explications de sa pérennité. Des raisons d'espérer 7 Elle en trouve dans l'enracinement de ses forces dans le peuple. On formule ce voeu en sachant que les prémices de sa réalisation sont déjà visibles mais que l'oeuvre sera longue. De notre côté, nous voyons deux grands intérêts au regroupement en livre d'une liasse de deux cents et quelques pages de chronique. En premier lieu, et cela va de soi, ce livre deviendra, pour la période traitée, un outil de consultation permettant de retrouver, au fil de la chronologie, la trace d'un événement. En second lieu, cet ouvrage permet, en une lecture cursive, de (re)découvrir ce que furent les années 1992-94: le dédic de 1990 et les incertitudes de 1991, les espoirs de 1992, le bras de fer de 1993, la nouvelle donne et la poursuite du blocage en 1994. On pourrait parler de promenade dans le passé proche si le sujet n'en était souvent tragique. Cette lecture au 23

fil des événements permet, au hasard d'un numéro, de tomber sur tel ou tel fait qui éclaire le présent: ainsi, la lutte que se livrent aujourd'hui Bemba Saolona et Kengo wa Dondo prend du relief quand on se remémore leur passe d'armes devant la CNS. Enfin, il se dégage du volume une impression d'ensemble que ne pouvaient livrer les feuillets: chaque lecteur pourra définir la sienne en fonction de son intérêt pour le Zaïre, des attentes qui l'habitent de voir ce pays progresser vers plus de démocratie et de bien-être. Dans ce microcosme déployé sous les yeux du lecteur, les plus pessimistes pourront ne voir que des jeux de cour sur fond de gâchis social. Les autres seront sensibles aux efforts surhumains des fractions combatives et désintéressées de la Société civile, et cela les renforcera, n'en doutons pas, dans leur engagement solidaire. Le dernier mot sera en direction des auteurs de ces 100 numéros: le lecteur attentif perçoit, dans et entre les lignes, les incertitudes, les tensions et les enthousiasmes d'une aventure rédactionnelle collective. C'est un beau pari qui continue à être tenu, et on souhaite bon vent et longue vie à InfoZaïre.

Lyon, mai 1995.

Jean-François

PLOQUIN

Directeur du périodique Bref Zaïre, Secrétaire général du Centre d'information, de recherche et de solidarité avec le Zaïre (COZI) 3, rue Diderot, 69001 Lyon (France), Fax: 33 (78) 3935 34.

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Présentation
Dans son discours du mois d'avril 1990, le président Mobutu lançait le Zaïre sur la voie de la démocratisation. En ce début de 1996, la réalisation des espoirs suscités alors semble encore éloignée. C'est pour faciliter la lecture des événements des cinq dernières années que ce livre est publié. "Chronique d'une transition inachevée Zaïre: 1992-1996" reproduit en un volume des textes écrits à chaud sous le titre d'''Info-Zaïre'' par les membres de la "Table de concertation sur les droits humains au Zaïre"l. L'objectif poursuivi par les auteurs était certes l'information, mais aussi un effort de solidarité avec ceux et celles qui luttaient et luttent encore pour la réforme et la démocratisation du Zaïre. En effet, depuis le mois de janvier 1990, après la destruction du mur de Berlin et le démantèlement de l'URSS, le Zaïre était en ébullition comme la plupart des pays d'Afrique dominés par un dictateur. Un vent de démocratie soufflait. Mobutu donnait l'impression de vouloir écouter son peuple et promettait la démocratie. Tous les espoirs étaient permis. Les événements se déroulaient à grande vitesse. Au début de 1992, grâce à un lien direct de Bruxelles par télécopieur, nous pouvions recevoir, en complément d'autres sources, de l'information au jour le jour sur ce qui se passait au Zaïre. Étant donné l'importance des événements et l'intérêt qu'ils suscitaient auprès des gouvernements, des journalistes et des organismes de coopération internationale, nous avons décidé de créer lofo-Zaïre, un bulletin d'information et d'analyse sur l'actualité zaïroise. Il s'agissait d'un écrit engagé, qui voulait dénoncer la dictature et les violations des droits humains et prendre position en faveur des forces démocratiques. Les encouragements de lecteurs de plusieurs pays nous ont poussés à poursuivre la publication jusqu'à ce jour malgré des moyens fmanciers extrêmement réduits et les grands efforts que cette production nous demande.
1. Lire le texte de présentation de l'organisme à la page 4. 25

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