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Bienvenue au conseil municipal

De
215 pages
Ce roman pose la question du "politiquement correct". Comment éviter que la présentation, l'emballage d'une action politique viennent remplacer complètement la simple recherche d'une amélioration de la vie des citoyens. Comment sortir du stérile jeu politicien? Comment évaluer la valeur d'un prétendant local à la Mairie? Le problème est exposé en emmenant le lecteur suivre le parcours maladroit d'une conseillère municipale naïve au coeur d'une petite ville. Parviendra-t-elle à survivre dans ce rude microcosme?
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2 Titre
Bienvenue au conseil
municipal

3Titre
Marie-Odile Lavaux
Bienvenue au conseil
municipal

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00776-3 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304007763 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00777-0 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304007770 (livre numé

6





Toute ressemblance avec des personnes existantes ou
ayant existé serait purement fortuite.

Remerciements à Voltaire, Victor Hugo, Tolstoï,
Maupassant, Zola, Fitzgerald,
Sepùlveda et beaucoup d’autres

Au conseiller municipal inconnu .

8
CHAPITRE I
Lorette était heureuse. Monsieur le Maire en
personne venait de l’appeler au téléphone pour
lui proposer de figurer sur sa liste aux
prochaines élections municipales.
Quel honneur ! Peut-être une suprême
récompense pour ses dix années passées à la
tête du club de patchwork ?
Lorette était une vieille fille pimpante aux
joues rondes. Des lunettes au fin cadre doré
entouraient un regard gai et avenant.
Que d’heures passées en papotages aimables
sur les évènements de la vie de chacun, que de
dévouement à tenir attractif le local du club, à
organiser des travaux communs au profit de
bonnes œuvres, à garder ses antennes en alerte
afin d’éviter tout accro à la bonne ambiance que
sa personne rebondie et souriante maintenait
comme un marin ferme à sa barre.
Toutes sortes d’évènements minuscules
s’étaient produits, comme le jour où ces dames
avaient acheté un poste radiocassette, afin
d’agrémenter leurs après-midi… Hélas, leurs
9 Bienvenue au conseil municipal
goûts musicaux s’avérèrent vite incompatibles
et son usage fut de courte durée.
Elle avait reposé son téléphone et se tenait
immobile, songeuse.
Mais voici que, soudain, lui était offert de
participer à des projets autrement vastes et
passionnants ! C’était merveilleux !
En tant qu’habitante et personne attentive,
elle avait parfois noté mentalement quelques
améliorations qui auraient pu, à son humble
avis, rendre service, dans la vie de tous les jours
de cette petite ville. C’est ici que son métier
d’enseignante l’avait amené, il y a bien
longtemps.
Lorette Morel était née en Normandie. Son
environnement familial n’était pas très étendu
car son grand-père était mort au début de la
guerre de quatorze, comme tant de jeunes
soldats.
Il avait laissé dans son village une jeune
veuve enceinte de sa mère. Lorette ne le connu
donc que par des photos jaunies sur lesquelles il
avait une très belle apparence, la moustache
séduisante, l’uniforme magnifique, le port altier.
Ces photos avaient toujours trôné sur le buffet
de sa grand-mère, puis sur celui de sa mère, une
fois la grand-mère disparue.
Ce n’étaient que des photos, mais elles
avaient accompagné son enfance comme une
10 Bienvenue au conseil municipal
vraie présence vivante. Elle aimait ce grand-
père autant (ou plus ?) que s’il avait été présent.
Sort familial, peut-être, sa mère fut quittée
par son mari lorsqu’elle avait six ans et son petit
frère un an. Il ne lui sembla pas que son père lui
manquait beaucoup car son métier de cheminot
l’avait habituée à des apparitions inconstantes et
sa mère lui avait toujours paru être « le » pilier
stable de la famille, continuant son travail
d’ouvrière dans une entreprise locale.
La grand-mère maternelle avait toujours
habité le même village. Elle avait assuré une
aide patiente à sa fille et un accueil sans faille à
ses deux petits-enfants tout au long de leur
enfance.
La famille comptait aussi une grand-tante
parisienne, très âgée, qui logeait dans une rue
triste du dix-huitième arrondissement. Elle les
invitait parfois, leur racontait ses débuts de
vendeuse aux galeries Lafayette lorsque le
magasin était tout nouveau, l’effervescence qui
y régnait, la fierté des employés le jour où ils
inaugurèrent l’un des premiers restaurants
d’entreprise de Paris…
Lorette aimait écouter ces souvenirs, elle se
sentait presque participer à ce remue-ménage,
une tranche de temps passé se déroulait devant
elle. Ce Paris des années folles la faisait rêver.
Pourtant, lorsque qu’elle se souvenait de ses
11 Bienvenue au conseil municipal
propres visites à Paris, elle ne parvenait pas à
voir autre chose que des façades noires.
Elle n’arrivait pas à comprendre pourquoi,
car, à présent, elle était à peu près sure de ne
pas connaître d’immeubles vraiment noirs à
Paris…
Ceci la rendait perplexe… Était-ce dû à la
bizarrerie des souvenirs d’enfance ? Au manque
de moyens, à cette époque, pour les
ravalements ? À la conséquence du contraste
important entre l’ombre de la ville avec ses rues
encaissées et la luminosité autour de leur
maison basse qui réservait une belle place au
ciel ? Celui-ci se déployait, en effet, à son aise
par-dessus la grande surface d’herbe verte qui
entourait la maison sur laquelle se promenait
toujours une cage à lapin itinérante.
Sa grand-mère lui avait raconté qu’à certains
moments, durant la guerre, la petite famille avait
vécu chez cette grand-tante parisienne, lui
apportant des victuailles tandis qu’elle les
abritait lors des risques de bombardement.
Lorsque ceux-ci avaient cessé, ils étaient
rentrés à la maison. Malheureusement, ils
avaient découvert la porte forcée et de
nombreux meubles volés. Les voisins leur
avaient alors raconté que les Allemands étaient
entrés dans la maison et s’étaient servis avant de
repartir chez eux.
12 Bienvenue au conseil municipal
Mais un jour, longtemps après la guerre, la
grand-mère était allée porter une tapisserie dans
le bourg en contrebas. Comme elle adorait les
faire, on lui en commandait parfois pour
recouvrir un fauteuil ou décorer la cuisine.
Lorsque la porte s’était ouverte, elle était restée
saisie devant l’une de ses commodes qui trônait
dans l’entrée.
Ses yeux avaient eu du mal à s’en détacher,
elle était remontée vers sa maison le cœur
chaviré. Elle n’en avait jamais dit mot qu’à sa
fille.
Le frère de Lorette, Henri, seul personnage
masculin de la famille, fut l’objet de toutes les
attentions. Elle l’avait adoré aussi, dès sa
naissance… C’était un si bel enfant ! Un petit
frère aux jolies boucles blondes, espiègle et
câlin… Un modèle de petit frère !
Elle pouvait se souvenir de ses caprices, qui
tenaient parfois en haleine, réunies autour de
lui, toutes les femmes de la famille pendant des
moments qui lui semblaient, toutefois, assez
interminables.
Au déjeuner, on allait lui cuire une tranche de
foie de veau, qu’il refusait, puis un bifteck, qu’il
jugeait trop dur. Alors, l’une s’empressait de
courir lui mouliner la viande pendant que les
autres, sœur, grand-mère, parfois grand-tante,
tentaient de le faire patienter…
13 Bienvenue au conseil municipal
Henri fut un élève brillant. Sans effort
particulier, il réussissait tout.
Lorette était, par contre, besogneuse et
appliquée. La famille n’ayant pas de gros
moyens, il était évident pour elle, comme pour
tous, que l’effort principal devait être réservé
aux études d’Henri. Aussi, lorsqu’elle s’inscrivit
à la faculté de Caen, en licence de sciences
naturelles, ce fut avec la ferme intention de
travailler beaucoup, afin d’obtenir son diplôme
dans le délai strictement nécessaire, eut égard
aux efforts de sa maman, présents et à venir.
Elle avait déposé des petits papiers chez les
commerçants afin de proposer ses services pour
des gardes d’enfant et avait été assez souvent
sollicitée. Elle apportait alors ses documents et
pouvait travailler lorsque les gamins étaient de
bonne composition… car il arrivait aussi qu’elle
passe sa soirée à éponger un torrent de larmes
inextinguible.
Dans le cadre familial, elle avait vu, au fil du
temps, sa grand-mère passer petit à petit de la
tapisserie au petit point à des tapisseries à la
trame plus large. Sa vue avait baissé
irrémédiablement, malgré ses lunettes. Lorette
avait eu la tâche de lui chercher des trames de
tapisserie de plus en plus large, puis la bonne-
dame devint incapable de voir son travail même
dans les points les plus énormes et, au grand
14 Bienvenue au conseil municipal
dam de sa petite-fille, s’était, finalement, tout
simplement mourir d’ennui.
Au cours de cette période, son frère s’était
lancé dans des études d’un niveau supérieur et
vivait à Paris, occupant une chambre d’étudiant
près du jardin du Luxembourg. Elle le voyait
surtout lors des réunions familiales, à Noël, à
Pâques, parfois une semaine l’été. Il était
toujours aussi beau, semblait à l’aise et heureux.
Il était comme leur soleil lorsqu’il paraissait.
Elle en était fière.
Lorette avait été rapidement nommée
professeur de sciences naturelles, dans cette
petite ville, à trois heures de route de sa maison
natale, heureuse de pouvoir s’entretenir elle-
même et, d’au besoin, se tenir prête à aider sa
mère. Elle avait ensuite souvent parcouru dans
sa voiture cette route verdoyante qui montait et
descendait tout droit les collines, comme sur de
souples montagnes russes, jusqu’à la mer.
L’été, elle faisait une halte « à la maison » et
poursuivait parfois jusqu’aux plages. L’hiver,
elle s’arrêtait là…
Lorette avait trouvé un appartement dans
une petite résidence calme. Elle y entretenait de
bonnes relations avec ses voisins, emmenant
parfois au supermarché l’une ou l’autre de ses
voisines âgées.
Elle avait entretenu, pendant toute sa période
d’exercice professionnel, des relations aimables,
15 Bienvenue au conseil municipal
mais trop distantes à son goût, avec ses
collègues du collège.
Elle comprenait bien que presque tous
avaient des enfants, un mode de vie plus
exigeant, un emploi du temps plus serré, mais
tout de même, elle aurait bien imaginé une
invitation à dîner de temps en temps, afin de les
connaître un peu mieux en dehors du travail, ou
plus modestement, un thé… Mais ses tentatives
de rapprochement n’avaient pas été couronnées
de succès…
Elle avait donc eu l’idée, à un moment
donné, de faire partager sa passion du
patchwork par la création d’une petite
association. Celle-ci lui changea la vie. Enfin,
elle pu nouer des contacts amicaux dans un
cadre différent, partager des après-midi à la fois
amicales et laborieuses. Ce fut son havre de
paix. Ces dames babillaient sur tout et rien, se
remontaient le moral lorsqu’un événement
fâcheux, voire, dramatique, ponctuait leur vie.
Pour certaines, très esseulées comme Lorette, le
club tint lieu d’ami et de famille.
Elles se retrouvèrent même une fois,
surprises, quasiment seules, en tête à tête avec
un vague cousin, dans le cimetière d’un petit
village, à accompagner l’une des leur vers sa
dernière demeure. Personne, parmi elles, n’avait
soupçonné que cette personne discrète
manquait à ce point d’entourage familial. Les
16 Bienvenue au conseil municipal
adhérentes avaient alors pris conscience,
rétrospectivement, de l’importance de la place
qu’elles avaient tenue dans sa vie et elles en
furent un peu troublées.

Le frère de Lorette, Henri, une fois ses
études terminées, avait obtenu une succession
de postes d’importance croissante dans la
recherche agronomique. Il s’était marié avec
une jeune femme de bonne famille, Sophie,
dont il avait eu deux petites filles. Il vivait en
partie dans une belle maison près de Bordeaux,
en partie en Afrique lorsqu’on l’envoyait en
mission.
Dans les deux cas, son cadre de vie semblait
à Lorette absolument merveilleux. En Afrique,
il lui avait décrit les maisons où il était logé avec
sa famille, les nombreux domestiques qui
avaient fait perdre à son épouse l’habitude des
quelques tâches ménagères qu’elle avait, tout de
même, jadis effectuées. Il ne l’avait jamais
invitée là-bas, elle n’avait pas osé le lui
demander. Elle connaissait, par contre, sa
maison bordelaise, car elle y avait fait quelques
séjours avec sa mère, à la naissance de chacune
des petites filles, puis, après, lors de certaines
fêtes, car le centre de gravité de la famille s’était,
par force, déplacé vers le Sud…
17 Bienvenue au conseil municipal
Il avait fait construire cette maison par un
jeune architecte local, elle était vaste et
confortable.
Elle comprenait même une petite piscine
couverte dans laquelle c’était un vrai plaisir de
voir s’ébattre les petites. Lorette avait savouré
ces rares moments comme les plus beaux de sa
vie…
Leur mère avait été tellement heureuse de
voir son fils aussi bien installé ! Bien qu’elle
n’aimât pas quitter sa maison, elle n’hésita
jamais à saisir l’occasion d’y venir en visite.
Lorette venait la chercher, puis la ramenait chez
elle.
Pour les naissances, elle avait, évidemment,
réalisé une petite merveille de couverture en
patchwork pour chaque berceau. Elle était
tellement attentive à observer chaque bébé,
tachant de deviner, à sa façon de soupirer, de
battre des cils, de sourire, son tempérament.
Elle trouva que l’aînée, Marion, était bien faite
pour les couleurs bleutées et mauves de son
cadeau, bien assorti au petit être calme et posé
qu’elle paraissait être, alors qu’elle se félicita
d’avoir deviné qu’Amélie, la cadette, serait
active et flamboyante en lui attribuant un
ouvrage dans des tons jaunes et orangés. L’on
ne pu savoir vraiment si son concept avait
influencé les petites ou si Lorette avait été
18 Bienvenue au conseil municipal
perspicace, mais les fillettes développèrent
chacune le caractère attendu.
L’une et l’autre firent leur communion, elles
eurent droit à un vrai grand couvre-lit, tout
aussi ouvragé. Ceci renouait avec un passé
désormais lointain et désuet dans lequel le
trousseau se constituait de pièces solides
prévues pour une vie entière. Mais cette fois,
évidemment, la réalisation fut « À la carte »,
dans les teintes que l’une et l’autre choisirent
soigneusement. Elle portait toujours une
attention extrême au goût, au caractère, aux
préférences de chacune de ses nièces, craignant
par-dessus tout de perdre le bon contact qu’elle
était si heureuse d’avoir su installer pendant leur
enfance. Une entente complice et bienveillante
les liaient et Lorette les considérait exactement
comme sa descendance.
Chaque travail de cette sorte lui avait
demandé tout une année, mais, dans les
conditions idéales où elle l’avait effectué, en
plus de l’agréable objectif, cela avait été un
grand plaisir.
Sa maman vieillissait doucement, jardinant
toujours un peu, lui préparant de bons petits
plats lorsqu’elle annonçait sa venue … Lorette
aimait se ressourcer à la douceur de sa mère, à
sa discrétion, à son humeur égale, à la qualité de
sa cuisine transmise de mères en filles… Sur ce
sujet, elle regrettait toutefois de se sentir une
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sorte de maillon manquant, n’ayant jamais
réussi à s’intéresser aux sauces à la crème, à la
raie aux câpres, aux civets de lapin, autrement
que pour les déguster !

L’heure de la retraite était donc déjà venue
pour Lorette. Elle avait assumé pendant toutes
ces années son rôle de professeur de sciences
naturelles, avec un naturel sérieux et bonne
volonté, mais elle aurait pu facilement avouer
que ce n’était pas exactement ce qu’elle aurait
souhaité. En fait, elle ne s’était pas même
autorisée à envisager des études trop longues,
au vu des revenus modestes de sa maman et
avait fait ce qui lui avait semblé raisonnable.
Sa petite voix pointue qui n’avait jamais su se
placer correctement l’avait toujours desservie.
Les élèves avaient eu du mal à suivre son
propos et un brouhaha constant lui avait rendu
le métier pénible, surtout les dernières années.
Tous ses collègues s’accordaient à dire que
les « jeunes » (personne n’utilisait plus le mot
« enfants ») étaient beaucoup plus difficiles que
dans le passé. Ils les trouvaient plus
désordonnés, moins attentifs, moins
respectueux. Elle avait même subi une ou deux
agressions verbales très acerbes de la part de
parents d’enfants auxquels elle avait attribué des
mauvaises notes, elle avait eu très peur, prenant
soudain conscience de sa fragilité, de ses
20 Bienvenue au conseil municipal
lunettes et de sa petite taille. Bien qu’elle n’eût
pas été physiquement heurtée, cela lui avait
causé une impression de grande violence.
Elle soufflait à présent, se décontractait, ne
regrettait pas le moins du monde le collège, que
ce soit sous l’aspect de son travail ou de ses
relations professionnelles.
Sa situation matérielle était assez enviable,
elle ne ressentait aucune frustration dans ce
domaine, participait une fois par an à un voyage
organisé et pouvait gâter de temps en temps ses
nièces.
Dès le mois de septembre, elle s’était inscrite
à un « cours d’informatique », (ce qui était un
bien grand mot pour une initiation à l’usage de
l’ordinateur) car ses nièces la pressaient de
s’équiper afin de pouvoir converser avec elle
comme elles le souhaitaient. Elle était heureuse
d’apprendre, se sentait rajeunir. Décidément,
cette étape de sa vie s’initiait de manière bien
agréable !
Lorette avait presque toujours vécu en
province. Elle avait un sens inné du « bon
goût » qui sied dans une petite ville et avait à
cœur de toujours présenter une allure soignée.
Elle ne se conduisait pas comme ces
Parisiens qui osaient se présenter n’importe
comment, avec un ciré, des bottes en
caoutchouc crottées, une vieille écharpe, un pull
gauchi, un jean… « En ville » !
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