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Ceux, de nulle part

De
119 pages
Amours interdites Quand la réalité rencontre la fiction... Abel Dubois, jeune retraité, commence à écrire un roman dont l'héroïne, Alice, est une jeune lycéenne... C'est alors qu'il rencontre Mathilde, divorcée et mère d'une jeune fille de dix-sept ans, qui porte le même prénom que son héroïne ! Troublé par ce hasard et obsédé par l'identité de la réalité à la fiction, Abel tombe amoureux d'Alice, et commence avec elle une vie en marge de la société, guidée par la seule force du désir. Dans son tout nouveau roman, Bernard Tellez soulève l'un des tabous les plus houleux de notre société. La vivacité du style et le réalisme des dialogues renforcent les liens qui unissent Alice et Abel , leur relation n'en est que plus dérangeante.
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2 Titre
Ceux, de nulle part

3Titre
Bernard Tellez
Ceux, de nulle part

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2009
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-02434-0 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304024340 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02435-7 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304024357 (livre numérique)

6 .
8 Ceux, de nulle part






Il y a toujours des gardes-chiourmes partout,
des kapos, à cheval sur les travailleurs de base et
l’autorité supérieure, des petits chefs de mes
deux. Abel Dubois s’en méfiait, en les détestant
plus que les autres… Issus du rang, il ne leur
manquait plus que la cravache pour se faire
obéir. Dans le microcosme de la vie qu’est le
milieu du travail, ils jouaient le rôle de
mouchards. Il aurait dû s’en payer un, avant de
partir, un de ces enfants de salaud… Enfin, il
en sortait indemne, ce n’était pas si mal… Il
avait maintenant une petite retraite d’état, et si
tout le monde n’a pas un oncle d’Amérique, qui
pense à vous, avant de mourir, par le biais d’un
notaire, les autres se montrèrent envieux de son
héritage : Imaginez-vous, quand on n’a plus
besoin de travailler ! Ses adieux furent brefs,
juste un salut, comme on crache, par terre… Il
n’offrit rien, même pas à Lili, la profiteuse.
– Je te dois maintenant un petit cadeau.
Quand tu voudras, dit-elle, les jambes fébriles,
légèrement écartées, les seins dressés. Il lui
tapota les fesses :
9 Ceux, de nulle part
– Dans un hôtel quatre étoiles, ou chez toi ?
demanda-t-il, avec ironie. Fais-toi jouir toute
seule, ma belle, ou choisis le premier con
venu… Tu m’as déjà assez fait bander, pour
rien !
Elle faillit en tomber des nues, stupéfaite,
vexée. Il l’oublia… Quand ce fut le tour du chef
de centre, il avait l’air plus vexé encore que sa
prétendue amie. « Je m’y attendais, dit-il. Cela
ne pouvait que finir ainsi, avec vous, un simple
vidage, à l’encontre de vos états de service, ou
une occasion exceptionnelle, dans ce genre… »
Abel lui tourna le dos, mais avant de le quitter,
il ne lui serra même pas la main. Il sentit, en lui,
dès lors, la remise en question de ce qu’il avait
pu subir jusqu’ici… Il venait de faire un
serment, à lui-même, de ne plus jamais se
coucher devant personne. Le patron revint à la
charge, voulut cependant arroser ça, à ses
frais… Il accepta, en souriant, par curiosité,
pour voir quelle attitude, le prétendu cadre
supérieur aurait jusqu’au bout… Combien de
fois, suivant l’avis de ses mouchards, ce dernier
ne lui avait-il pas reproché de mal travailler, en
menaçant périodiquement de lui mettre un
blâme ? Il avait souvent songé à démissionner.
Cela sentait le pourri, les œufs avariés, le tas
d’ordures quotidiennes. Qu’est-ce qu’il fichait
là, depuis belle lurette, où rien ne l’intéressait ?
Le « hic », c’était comment trouver le même
10 Ceux, de nulle part
genre d’emploi, ailleurs, c’est à dire rien, auquel,
plutôt mal que bien, il s’était habitué ? On
revient toujours, comme un chien, à sa niche.
Après chaque menace de blâme, la peur lui
donnait un coup de fouet. Abel Dubois
travaillait, à l’arraché… Il aboyait, de temps en
temps, puis ça se calmait. Cela durait deux ou
trois semaines, puis il se relâchait, il devenait
flegmatique, sans intérêt. . Comment résister à
la routine, quand elle vous tient. ? Elle vous
englue dans la masse, on n’est plus bon qu’à
sécréter de l’huile de fonctionnaire, ou de rond-
de-cuir ? Au bout des trois semaines, c’était de
la part de ses chefs, de nouveaux
avertissements. Abel Dubois constata qu’il
bossait, avec assiduité, à peu près dix-huit jours
par mois, le temps qu’on le remît sur rail. Il était
à bout… Quand il démissionna, ce fut avec un
« ouf », un râle, à bout de souffle, cela vint à
point, comme un boxeur, sauvé par le coup de
gong… Ils arrosèrent ça, au café du coin,
puisque le patron y tenait… Le taulier, comme
on l’appelait, n’était quand même pas un
mauvais bougre, mais ce n’était pas vraiment
son travail, il n’y pouvait rien, car il avait trop
de responsabilités… Dans la boîte, ce qui
primait, c’était l’ordre et le rendement, avant
tout. Le patron n’aurait jamais la chance,
comme Abel Dubois, de partir, une occasion
unique, inattendue, comme s’il venait de gagner
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