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De l'homme à Dieu et retour

De
204 pages
Foi et raison, découverte de Dieu dans la philosophie grecque antique, philosophie grecque et métaphysique biblique, évolution ou création, dualisme ou matérialisme anthropologique, sont les cinq thématiques qu'examine cet ouvrage. S'inscrivant dans une perspective originellement philosophique, il étudie la crédibilité de la foi chrétienne, la progressive découverte de la causalité, la rencontre de la philosophie grecque et de la métaphysique biblique, les théories d'évolution, enfin, les rapports entre le corps et l'esprit.
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JeanMarie VERNIER
De l’homme à Dieu et retour
Propédeutique à la foi chrétienne
Foi et raison
La découverte de Dieu dans la philosophie grecque des Présocratiques à Aristote
La métaphysique biblique et son articulation avec la philosophie grecque antique
Évolution ou création, évolution et création ?
L’homme, un étrange animal : comment dépasser le dualisme et le matérialisme ?
15/03/15 17:45
De l’homme à Dieu et retour
Propédeutique à la foi chrétienne
Religions et Spiritualité fondée par Richard Moreau, Professeur émérite à l'Université de Paris XII dirigée par Gilles-Marie Moreau et André Thayse, Professeur émérite à l'Université de Louvain La collectionReligions et Spiritualité rassemble divers types d’ouvrages : des études et des débats sur les grandes questions fondamentales qui se posent à l’homme, des biographies, des textes inédits ou des réimpressions de livres anciens ou méconnus. La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au dialogue inter-religieux. Dernières parutions Abbé Jacques-Yves PERTIN,Justice et gouvernement dans l’Eglise d’après les Lettres de saint Grégoire le Grand,2015. Stanislas LONGONGA,?Saint Paul, un apôtre contre les femmes , 2015. Jacques Assanvo AHIWA,Jésus et la maladie dans l’évangile de Jean, 2014. Philippe BEITIA,Pour vivre son couple dans la foi, 2014. Rodolphe de BORCHGRAVE,De Veritate, Essai sur les langages de la foi,2014. Albert REY,Henri Reymond (1737-1820), évêque constitutionnel de l’Isère (1793-1802),2014. Gérard LEROY,A la rencontre des pères de l’église,L’extraordinaire histoire des quatre premiers siècles chrétiens,2014. Martine DIGARD,Lettre à tous ceux qui cherchent Dieu,2014. Véronique GAY-CROSIER LEMAIRE,Plongée dans l’enseignement social de l’Église,2014. Francis LAPIERRE,L’évangile oublié. Nouvelle édition revue et corrigée, 2014. François ORFEUIL,Approches de la bible. Un orthodoxe lit des textes, 2014. Francis WEILL,Le jour où Dieu pleurera, Conte philosophique sur l’absence de Dieu, 2014. Sameer MAROKI,Les trois étapes de la vie spirituelle chez les Pères syriaques : Jean le Solitaire, Isaac de Ninive et Joseph Hazzaya, 2014. Don-Jean BELAMBO,La réception de la théorie de l’évolution dans e la théologie catholique du XX siècle, 2014.
Jean-Marie Vernier
De l’homme à Dieu et retour
Propédeutique à la foi chrétienne
Foi et raison La découverte de Dieu dans la philosophie grecque des Présocratiques à Aristote La métaphysique biblique et son articulation avec la philosophie grecque antique Évolution ou création, évolution et création ? L’homme, un étrange animal : comment dépasser le dualisme et le matérialisme ?
Du même auteur Introduction, traduction et annotation de saint Albert le Grand, Livre sur la nature et l’origine de l’âme, Paris, L’Harmattan, 2009. Introduction, traduction, et notes de saint Thomas d’Aquin, ère Commentaire du traité De l’âme d’Aristote, Paris, Vrin, 1 éd. ème 1999, 2 tirage corrigé 2007. Introduction, traduction et notes de saint Thomas d’Aquin, Questions Disputées : De l’âme, Paris, L’Harmattan, 2001. Introduction, traduction et notes de Jean de la Rochelle, Somme : De l’âme, Préface de Louis-J. Bataillon o.p., Paris, Vrin, 2001. Théologie et Métaphysique de la Création chez saint Thomas d’Aquin, Paris, Téqui, 1995. Les Anges chez saint Thomas d’Aquin, Préface de Pierre Boutang, Paris, NEL, 1986. © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05937-2 EAN : 9782343059372
Introduction Les lignes qui suivent sont la reprise d’une série de cours pour adultes destinés à un public cultivé mais non spécialiste désireux de découvrir et d’approfondir les préambules de la foi chrétienne. Le point de vue adopté ici n’est donc pas d’abord celui du théologien, mais celui du philosophe qui cherche à rendre raison de l’appel à la foi chrétienne et de ce qu’elle suppose : caractère raisonnable et nécessaire de la croyance en matière religieuse, existence d’un Dieu créateur, -ce dernier s’étant révélé dans laBible et ayant fondé une Eglise qui a délibérément dès les premiers siècles assumé l’héritage de la pensée païenne-, examen et reprise de la démarche des philosophes grecs de l’Antiquité ayant conduit à la découverte naturelle d’une Cause première transcendante et spirituelle, étude de l’articulation de la métaphysique biblique avec la tradition philosophique précédente, réflexion sur l’évolution et la possibilité d’articuler création et évolution, enfin détermination du statut ontologique de l’homme. Il s’agit en somme d’examiner les raisons principalement philosophiques conduisant à un jugement de crédibilité positif relativement à l’enseignement du christianisme quant à un Dieu créateur, se révélant dans laBible et s’incarnant en Jésus-Christ, et à un homme fait à son image et devant adhérer à ce Dieu par la foi. L’intérêt d’un tel exposé nous paraît double : d’une part, pour l’homme honnête, réfléchir sur la portée et les limites de la raison, le Cosmos et ses causes, l’apparition des êtres vivants ainsi que la place et le statut de l’homme, questions à la fois universelles et premières, ou mieux, universelles parce que premières, peut grandement contribuer à dissiper les brouillards tamisant notre regard
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qui manque à la lumière et à diriger nos pas dans la forêt obscure où s’inscrit immédiatement toute existence humaine ; d’autre part, pour le chrétien -invité par saint Pierre à toujours être capable de rendre compte de son 1 espérance - saisir plus clairement ce qui justifie sa foi en rendant explicitement intelligibles les préambules rationnels de cette dernière ne peut que contribuer à instruire et affermir cette dernière. La difficulté du propos tient à son double objectif : exposer de manière synthétique des éléments de réflexion et de résolution relatifs à des questions dont le traitement de chacune d’entre elles requerrait un gros volume tout en tenant un discours à la fois suffisamment instruit et précis pour prétendre emporter à juste titre l’adhésion du lecteur. Tout en évitant l’érudition, notre propos s’est donc voulu documenté, analytique et argumentatif. Il suit les étapes déjà indiquées en examinant successivement : les relations de la foi et de la raison ; la découverte de Dieu dans la philosophie grecque -des Présocratiques à Aristote- ; la métaphysique biblique et son articulation avec la tradition philosophique grecque ; l’opposition ou l’articulation nécessaires entre création et évolution ; enfin le statut de l’homme et la manière de dépasser le matérialisme et le dualisme anthropologiques. Au terme de ces cinq chapitres, le lecteur trouvera une bibliographie élémentaire par chapitres ainsi qu’une table des matières détaillée.
1 Ière Ep., 3, 15.
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Chapitre I : Foi et raison Distinction et articulation de la foi et de la raison Depuis notre enfance nous croyons notre entourage et ce qu’il nous enseigne tandis que depuis notre âge de raison nous essayons de comprendre et de justifier ce que nous posons et tenons ; ces deux activités nettement différentes semblent, par le fait même, dénuées de toute relation et, davantage encore, paraissent conduire à deux attitudes et activités mentales opposées. Pourtant, depuis notre enfance en croyant notre entourage, nous adhérons à des points de départ qui nous permettent de raisonner, et depuis notre âge de raison en essayant de comprendre, nous nous apercevons que la confiance accordée à certaines personnes et à certaines propositions se justifie en raison. Par conséquent, foi et raison, exprimant l’une, l’adhésion ferme à un jugement fondée sur la confiance en autrui, l’autre la capacité d’argumenter et de justifier par soi-même une assertion, paraissent ainsi différentes, voire opposées, et articulées, voire unies, et ce, qu’on les entende sur le plan purement naturel et humain ou sur le plan surnaturel et chrétien. L’examen de l’amitié et celui de la conversion religieuse permettent de saisir cette relation ambivalente. L’amitié suppose en effet la confiance réciproque en la bienveillance de celui que l’on pense être son ami, bienveillance qui, pour être exercée par des actes et des paroles, n’est cependant perçue en elle-même ni par les sens, ni par le propre cœur de chacun des amis. L’ami croit donc en l’amitié de son ami et réciproquement. Saint Augustin le fait remarquablement apparaître dans le texte suivant :
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« … Dis-moi, je t’en prie, par quels yeux vois-tu la volonté de ton ami à ton égard ? En effet nulle volonté ne peut être vue par les yeux corporels. Vois-tu donc encore par ton esprit ce qui, en un esprit étranger, se met en mouvement ? Et si tu ne le vois pas, comment se fait-il que tu paies de retour la bienveillance de ton ami, si tu ne 2 crois pas ce que tu ne peux voir ? ». Cette bienveillance, pour être crue et non saisie en elle-même avec évidence, est cependant manifestée aux yeux de celui qui y croit par les actes et les paroles de son ami, ce qui suppose bien entendu une connaissance fondée sur des inférences répétées. Si demander à ses amis d’administrer la démonstration de leur amitié serait à la fois, en toute rigueur de termes, impossible et injurieux, croire en l’amitié d’autrui sans raisons et sans avoir mis à l’épreuve de son propre examen cette croyance serait puéril et naïf. La conversion religieuse va, elle aussi, mettre en évidence cette différence et cette articulation entre foi et raison. D’une part, en effet, elle se présente comme une illumination soudaine suivie immédiatement d’une adhésion ferme ; d’autre part, elle intervient au terme d’un cheminement rationnel et devient à son tour le point de départ d’un tel cheminement. Examinons brièvement deux exemples : celui de saint Augustin et celui de Paul Claudel. La conversion de saint Augustin, selon le récit qu’il en fait lui-même dans sesConfessionsdéroule en quatre, se étapes : l’appel, l’authentification de ce dernier,
2 De fide rerum quae non videntur, I, 2 ; nous traduisons ici le ème texte latin donné dans le 8 volume desŒuvres de saint Augustin: La foi chrétienne, Paris, Desclée de Brouwer, 1982, p. 312. Cette édition bilingue propose de traduire le titre de cet opuscule: La foi aux choses qu’on ne voit pas.
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l’exécution de ce qu’il commande, enfin l’illumination ; examinons ces étapes une à une. L’appel d’abord : « Et voici que j’entends une voix, venant d’une maison voisine ; on disait en chantant et l’on répétait fréquemment avec une voix comme celle d’un garçon ou d’une fille, je ne sais : « Prends, lis ! Prends, lis ! » » ; l’examen ensuite, cet appel est en effet immédiatement suivi par la recherche de son origine afin d’en vérifier la provenance : « A l’instant, j’ai changé de visage et, l’esprit tendu, je me suis mis à rechercher si les enfants utilisaient d’habitude dans tel ou tel genre de jeu une ritournelle semblable ; non, aucun souvenir ne me revenait d’avoir entendu cela quelque part » ; l’examen achevé, Augustin accomplit -troisième étape- ce qui est ainsi commandé : il se lève afin d’ouvrir le livre et d’y lire ce qu’il va trouver « au premier chapitre venu », lui qui savait qu’Antoine avait reçu comme un avertissement personnel ce qu’énonçait le passage de l’Evangile pendant la lecture duquel il s’était survenu. Il s’empare donc des Epîtres de saint Paul et lit en silence le premier chapitre qu’il rencontre : «Non, pas de ripailles et de soûleries ; non, pas de coucheries et d’impudicités ; non, pas de disputes et de jalousies ; mais revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ, et ne vous faites pas les pourvoyeurs de la chair dans les convoitisesl’illumination enfin : à la» ; lecture des derniers mots de cette phrase, il ressent « comme une lumière de sécurité déversée » dans son 3 cœur, « et toutes les ténèbres de l’hésitation » se dissipent. « A l’instant même, … une lumière de sécurité déversée dans mon cœur », peut-on mieux exprimer à la fois la soudaineté et l’adhésion ferme et entière ? Ainsi le raisonnement semble être exclu de l’acte même de la 3 Les Confessions, trad. Tréhorel et Bouissou, Paris, Desclée de ère Brouwer, 1 éd. 1962, ici 1980, l. VIII, XII, § 29, p. 65, 67, 69.
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