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Dictionnaire des intellectuel.les au Québec

De
348 pages
Qui connaît vraiment les intellectuel.les hors du cercle restreint des historiens et des littéraires? Quelle mémoire avons-nous de celles et ceux qui, au Québec, eurent recours à la parole comme « mode d'action »? Qui, comme Hubert Aquin, entreprirent et entreprennent encore de « comprendre dangereusement » la culture et la société de leur époque, remuant idées et images, bousculant pouvoirs et doxa?
Ce dictionnaire est conçu pour combler les lacunes d'une mémoire collective quelque peu défaillante, mais aussi pour donner envie de lire ou de relire les textes de ces femmes et hommes passionnés par les idées, qui ont contribué - et qui contribuent toujours - à bâtir la société québécoise. On y trouvera les noms de celles et ceux qui, depuis trois siècles, interviennent sur la place publique et soulèvent des questions d'intérêt civique et politique à propos d'enjeux collectifs importants; de celles et ceux qui promeuvent ou incarnent la liberté de parole et la défendent contre différents pouvoirs et structures organisationnelles.
Ce dictionnaire comprend 137 entrées exhaustives sur des femmes, des hommes, des publications et des institutions du XVIIIe au XXIe siècle, écrites par plus de 80 spécialistes, ainsi qu'un index.
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Dictionnaire desintellectuel.lesau Québec
C O R P U S
Sous la direction de Yvan Lamonde, MarieAndrée Bergeron, Michel Lacroix et Jonathan Livernois
Les Presses de l’Université de Montréal
Dictionnaire des intellectuel.les au Québec
Dictionnaire des intellectuel.les au Québec
Sous la direction de Yvan Lamonde, MarieAndrée Bergeron, Michel Lacroix et Jonathan Livernois
Les Presses de l’Université de Montréal
L’équipe de direction et l’éditeur tiennent à remercier pour son appoint au financement de l’ouvrage la Division de français et d’études francopones de l’École de langues, linguistiques, littératures et cultures de l’Université de Calgary.
Mise en pages : Yolande Martel
Catalogage avant publication de Bibliotèque et Arcives nationales du Québec et Bibliotèque et Arcives Canada
Vedette principale au titre :  Dictionnaire des intellectuel.les au Québec  (Corpus)  Comprend des références bibliograpiques et un index.   ---- . Intellectuels – Québec (Province) – Dictionnaires français. . Intellectuelles – Québec (Province) – Dictionnaires français. . Québec (Province) – Vie intellectuelle – Dictionnaires français. I. Lamonde, Yvan, - . II. Bergeron, Marie-Andrée, - . III. Lacroix, Micel, - . IV. Livernois, Jonatan, - . V. Titre. VI. Titre : Dictionnaire des intellectuels au Québec. VII. Dictionnaire des intellectuelles au Québec. .  .’ --
er Dépôt légal :  trimestre  Bibliotèque et Arcives nationales du Québec
© Les Presses de l’Université de Montréal, 
 papier ----  PDF ----  ePub ----
Les Presses de l’Université de Montréal remercient de leur soutien financier le Conseil des arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC).
im pr im é au c a na da
Introduction
Qui connaîtvraimentles intellectuel.les du Québec ors du cercle res-1 treint des istoriens et des littéraires ? Quelle mémoire avons-nous de tous ceux et celles qui, au Québec, eurent recours à la parole comme « mode d’action », de tous ceux qui, comme Hubert Aquin*, entreprirent de « comprendre dangereusement » la culture et la société de leur époque, et d’intervenir dans l’agora, remuant idées et images, bousculant parfois pouvoirs et doxa ? Ces passionné.es des questions partagées (donc conflictuelles) tendent à glisser, avec leur éritage, ors de la culture commune. Sans doute est-ce là un pénomène croisant l’évanescence du sentiment istorique, propre au « présentisme » postmoderne, et la diffi-culté propre à l’istoire des intellectuel.les, qui se conçoivent d’abord au présent, en fonction des discours contemporains, bien davantage que comme personnages istoriques, éléments d’un patrimoine à partager, à étudier, à critiquer. Il n’y a donc pas lieu de s’emparer de ce fait pour fournir du grain à moudre aux moulins de l’autoflagellation québécoise. Nous n’avons pas entrepris la rédaction de ce dictionnaire pour réparer une blessure symbolique, comme Garneau écrivant sonHistoire du Canadacontre le rapport Duram, mais pour combler diverses lacunes. Il y a en effet un net contraste entre le dynamisme des travaux sur l’istoire intellectuelle québécoise et, plus généralement, sur l’istoire culturelle et littéraire – travaux qui ont permis d’étudier et de critiquer sous de nouvelles perspectives les grandes et petites figures de cette
. Nous avons adopté cette dénomination de façon réflécie, en fonction de notre étude de l’istoire des intellectuel.les au Québec. Il y a toujours eu un défi supplémen-taire, en fait plusieurs obstacles structurels, à la pleine participation des femmes à la vie intellectuelle. Cacun des emplois d’intellectuel.le, pour rebutant qu’il puisse être pour tout lecteur, toute lectrice francopone, vise précisément à mettre ce problème en évi-dence, à faire voir que le terme dit « neutre », mais en fait de genre masculin, d’intellec-tuel, cace le plus souvent l’impossibilité faite à l’intellectuelle d’exister comme telle.
8Dictionnaire des intellectuels.les au Québec
istoire – et l’extrême rareté des publications syntétisant les acquis de ces recerces universitaires auprès d’un plus large public. De même, le relatif désintérêt envers l’apport spécifique des intellectuelles reconduit maleureusement la marginalisation subie de leur vivant. Par ailleurs, nous espérons susciter le désir de lire ou de relire leurs textes. Quiconque s’aventurera dans leurs pages découvrira des cefs-d’œuvre d’argumenta-tion, des formules ciselées avec brio, des images contraignant le lecteur à relancer sa réflexion, mais aussi, il faut l’avouer, des trésors de mauvaise foi, de cette splendide mauvaise foi qui arrace le sourire des sympati-sants et fait grincer des dents les adversaires. Fabriquer un dictionnaire des intellectuel.les au Québec fait surgir de multiples problèmes, intellectuels, istoriques, politiques voire étiques. Quelques mots d’explication sur les décisions que nous avons prises, parfois au fil de longues discussions, permettront de préciser la perspec-tive générale de ce dictionnaire, notre manière d’aborder la notion « d’intellectuel », d’éclairer les pases qu’a connues son istoire au Québec, et d’élire celles et ceux que nous avons voulu présenter. L’istoire officielle a longtemps écarté les femmes du monde des idées et des groupes intellectuels ; elle les a retirées, même, de l’action politique. Mais cela ne veut pas dire pour autant qu’elles ne se sont pas regroupées, qu’elles n’avaient pas d’idées et ne participaient à aucun mouvement social ; loin de là. Ce dictionnaire vise à le rappeler.
Circonscrire l’ intellectuel.le
L’extrême variété et le faible degré de coésion des définitions de « l’intel-lectuel » proposées dans les travaux savants, au cours du dernier demi-2 siècle, peuvent donner le tournis . Ceci découle, entre autres, des variations abituelles entre les approces : la sociologie des intellectuels, l’«intellectual istory», l’istoire sociale, l’istoire culturelle des intellec-3 tuels, l’istoire des femmes, pour ne mentionner que celles-ci , découpent
. Sans remonter plus loin, voir, par exemple, la publication, il y a soixante ans, de l’étude de Jacques Le Goff surLes intellectuels au Moyen Âge(Paris, Seuil, « le temps qui court », ). Il y eut bien davantage d’études istoriques et sociologiques sur les intel-lectuel.les après cette date qu’avant (par opposition aux essaispouroucontrecette trou-blante engeance, commeLa traison des clercsde Julien BendaouL’Opium des intellectuels de Raymond Aron). La bibliograpie est ici particulièrement abondante, aussi nous contenterons-nous de mentionner quelques références incontournables. Pour la sociologie, voir, en sus des « classiques » de Marx et Gramsci, les travaux de Pierre Bourdieu et de son école (dont Anna
Introduction9
caque fois de manière distincte l’objet à étudier, souvent en fonction des traditions disciplinaires, « nationales » et souvent genrées. Mais sur-tout, la forte connotation idéologique, déployée de façon dicotomique, brasse en sous-main des conceptions tantôt éroïsantes, tantôt péjora-tives, unies par leur normativité : le « grand omme » s’engageant au nom de la Vérité et des valeurs « universelles » pour guider la masse confuse des contemporains s’opposant au réteur « pelletant des nuages » tout en méprisant l’inculte plèbe. Aussi voit-on Cristope Carle refuser de recourir, dans son « essai d’istoire comparée » à une « définition unique », refus polémique, dans la mesure où il s’oppose frontalement à la défini-tion défendue par l’istoire « culturelle » des intellectuels, sous la gou-verne de Pascal Ory et Jean-François Sirinelli. Pour définir la spécificité québécoise, il peut être tentant d’adopter ce dernier modèle. Élaborée dans de nombreux travaux, plus particulière-ment dans la syntèseLes intellectuels en France. De l’affaire Dreyfus à nos joursdans le et Dictionnaire des intellectuels françaisJulliard et de Winock, cette approce érige comme paradigme constitutif l’engage-ment zolien dans l’affaire Dreyfus, marqué par le célèbre « J’accuse ! » de l’écrivain dansL’Auroredu  janvier . Dans cette perspective,
l’intellectuel sera un omme du culturel, créateur ou médiateur, mis en situation d’omme du politique, producteur ou consommateur d’idéolo-gie. Ni une simple catégorie socioprofessionnelle ni un simple personnage, irréductible. Il s’agira d’un statut, comme dans la définition sociologique, mais transcendé par une volonté individuelle, comme dans la définition 4 étique, et tourné vers un usage collectif .
Du fait même de la prégnance du pôle français dans l’istoire cultu-relle québécoise, ainsi que du retentissement médiatique international
Boscetti,Sartre et les Temps modernes,Paris, Minuit, ), ainsi que ceux de Robert Brym (he Jewis Intelligentsia and Russian Marxism. A Sociological Study of Intellectual Radicalism and Ideological Divergence,Londres, MacMillan, ) et de Randall Collins (he Sociology of Pilosopies. A Global heory of Intellectual Cange,Cambridge, Harvard University Press, ), en plus de ceux de Cristope Carle, mentionnés plus bas. Pour l’intellectual istoryde l’école de Cambridge ou de celle de Sussex, voir les mises au point dans Ricard Watmore et Brian Young (dir.),Palgrave Advances in Intellectual History,New York, Palgrave, . Pour l’istoire culturelle des intellectuels, outre la syntèse d’Ory et Sirinelli, dont nous reparlerons, l’aboutissement collectif des recerces est marqué par le Dictionnaire des intellectuels français. Les personnes, les lieux, les moments,dirigé par Jacques e Julliard et Micel Winock (Paris, Seuil, ,  édition).. Pascal Ory et Jean-François Sirinelli,Les intellectuels en France. De l’Affaire Dreyfus à nos jours: ., Paris, Armand Colin, 
10Dictionnaire des intellectuels.les au Québec
suscité par l’affaire Dreyfus, c’est dans son sillage que la première occur-rence du substantif « intellectuel » apparaît au Québec, en , dans un 5 texte du sociologue Léon Gérin . Se proposant de dégager « la loi natu-relle du développement de l’Instruction populaire » et du « progrès intellectuel », ce dernier estime que l’enseignement ne produit au Québec 6 qu’« une classe d’intellectuels brillants plutôt que sérieux ». Comme tant d’autres intellectuels, en particulier les « retours d’Europe », Gérin sera sévère, envers ses contemporains et le niveau intellectuel général de la culture québécoise. Le contexte, on le voit aussi bien que ce dernier, n’est pas celui de la e III République. Pas d’affaire Dreyfus ni de lois Combes au Québec (mais de larges coortes d’ecclésiastiques venus de France pour fuir ces lois). De même, le degré d’autonomisation des spères culturelles, face aux forces étéronomes de l’État ou de l’Église, ne saurait se comparer à celui atteint par le camp littéraire français sous la Troisième Répu-blique. Malgré les effets constitutifs de l’istoire intellectuelle française dans les discours et les pratiques, nous n’avons pas emprunté cette voie, jugeant que le cas français est une exception istorique, plutôt qu’un modèle téorique apte à être transposé. Il faut noter, au surplus, que peu de définitions prennent en compte la réalité spécifique des femmes et leur intégration difficile, tant au politique qu’au vaste monde des lettres et des idées. Plusieurs facteurs contribuent à en expliquer la cause : les conditions matérielles (la difficile acquisition de l’autonomie financière, l’absence d’une « cambre à soi »), les conditions politiques (la non-reconnaissance du statut de citoyenne, l’impossibilité de voter aux élections provinciales jusqu’en  et l’accès difficile au pouvoir) et enfin la dévalorisation générale de la parole des femmes dans les médias et des sujets dits « typiquement féminins », pour ne pas parler de la justification d’un conflit de nature « antropologique » entre intellectualité et féminité. L’inégalité structurelle dans l’accès au capital symbolique nous a contraints à aménager notre conception, ainsi
. Voir Yvan Lamonde, Marie-Andrée Bergeron, Micel Lacroix et Jonatan Livernois,Les intellectuel.les au Québec. Une brève istoire, Montréal, Del Busso éditeur, . . Léon Gérin, « Notre mouvement intellectuel », Mémoires de la Société royale du Canada, , section I : -, - ; « La loi naturelle du développement de l’instruc-tion populaire. Les causes de la répartition des illettrés au Canada »,La Science sociale (Paris), juin et novembre , juin  ; « Progrès intellectuel comparé »,Le Mouvement social: -.(Paris) (décembre )