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Éducation et gouvernance politique au Bénin

De
566 pages
Prenant comme analyseur la dynastie des Hwégbajavi de Danxômè avec l'institution du Vidaxô, préparant le futur roi à sa charge royale, l'auteur a montré qu'il existe une corrélation entre une bonne formation à diriger et la réussite du mandat d'un roi ou d'un président. Pour un savoir-devenir bon dirigeant, il propose une École de formation des dirigeants et élus potentiels (EFDEP).
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Etudes
africaines Série EducationÉducation et gouvernance
politiques au Bénin
Du danxomè à l’ère démocratique
Une éducation politique formalisée dans un creuset idoine accroît-elle les
chances de bonne gouvernance politique du dirigeant en situation ?
Prenant comme analyseur la dynastie des Hwégbajavi de Danxômè avec
l’institution du Vidaxô, qui prépare le futur roi à sa charge royale et est
gage de la durabilité et de la qualité de sa gouvernance, l’auteur a montré
qu’il existe une nette corrélation entre une bonne formation à diriger et la Gilles Expédit Gohys EExpédit GGo ooh hyhyy
réussite du mandat d’un roi ou d’un président ; une relation directe entre
l’éducation politique du prince et le succès de sa gouvernance politique. Se
préoccupant du contenu donné à l’éducation du prince (ou du présidentiable)
pour formaliser le lien entre une éducation politique appropriée et une ÉduÉducadu uc cacaaatitition ioon gouvernance politique porteuse de développement, l’École de formation
des dirigeants et élus potentiels (EFDEP) qu’il propose pour un
savoirdevenir bon dirigeant, est la grande originalité de la recherche. et gouv uvernancer rrrnnnnannanannc cee
politiques au Bénins auau B BéBéBénnin nnn
Docteur en sociologie du développement et statisticien
démographe, Gilles Expédit GOHYY est aussi politologue, Du danxomè à lomè à èà l’’èrèèr re démocree émémocrattiqtiququeuee
spécialiste en gouvernance et démocratie. Chef élu de
enseignements portent, entre autres, sur la démographie
la prospective, les institutions, le développement et la méthodologie.
Illustration de couverture : © shvaista - Fotolia.com
ISBN : 978-2-343-05170-3
49 €
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Éducation et gouvernance politiques au Bénin
Gilles Expédit Gohy
Du danxomè à l’ère démocratique
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Éducation et gouvernance
politiques au Bénin


















Collection Études africaines
dirigée par Denis Pryen et son équipe

Forte de plus de mille titres publiés à ce jour, la collection « Études
africaines » fait peau neuve. Elle présentera toujours les essais généraux
qui ont fait son succès, mais se déclinera désormais également par séries
thématiques : droit, économie, politique, sociologie, etc.

Dernières parutions
MAÏKOUBOU (Dingamtoudji), Les Ngambayes. Une société de la Savane
arborée du Tchad, 2015.
TOLNO (Charles-Pascal), Transition militaire et élection présidentielle 2010 en
Guinée, 2015.
YAYA (Sanni), Santé publique, anthropologie de la santé et développement en
Afrique, 2015.
FAYE (Malick), Le droit douanier sénégalais, 2015.
TAMA (Jean-Nazaire), L’odyssée du constitutionnalisme en Afrique, 2015.
NDAW (Colonel Abdoulaye Aziz), Sécurité pour l’émergence du Sénégal, 2015.
MATSIEGUI MBOULA (Fortuné), Les élections politiques au Gabon, De
1990 à 2011, 2015.
DOUI-WAWAYE (Augustin Jérémie), L’insécurité en République centrafricaine.
Quel rôle pour le droit international ?, 2015.
TABEZI PENE-MAGU (Bernard-Gustave), Valoriser l’expérience dans
l’enseignement administratif, Manuel de psychologie et des sciences de l’éducation en
République du Congo, 2015.
DOGBEH (Septime), Marketing et action commerciale, 2015.



Ces dix derniers titres de la collection sont classés
par ordre chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée
sur le site www.harmattan.fr

Gilles Expédit GOHY






























Éducation et gouvernance
politiques au Bénin

Du danxôm è à l’ère démocratique

































































































































































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05170-3
EAN : 9782343051703

















"Le sociologue a la particularité, qui n’ a rien d’un privilège, d’être celui qui a pour
tâche de dire les choses du monde social, et de les dire, autant que possible, comme
elles sont : rien que de normal, de trivial même, en cela."
BOURDIEU Pierre « Méditations pascaliennes ». Introduction à l’Avant-Propos de Javeau,
èmeClaude (2007), "Leçons de sociologie", Armand Colin, Paris, 2 édition





SOMMAIRE

DEDICACE 11
REMERCIEMENTS 13

INTRODUCTION GENERALE 15

Partie I : Fondements théoriques et méthodologiques de la recherche 45

Chapitre I : Fondements théoriques de la recherche 47
Introduction 47
Section 1 : Problématique, Objectifs de la recherche et Hypothèses de recherche
50
Section 2 : Revue de littérature et approche théorique 57
Conclusion du chapitre 1 de la partie 1 108

Chapitre II : Fondements méthodologiques de la recherche et données
d’analyse 111
Introduction 11
Section 1 : Fondements méthodologiques de la recherche 112
Section 2 : Données d’analyse 136
Conclusiondu chapitre 2 de la partie I 155

Partie II : Relations entre éducation politique et gouvernance politique :
Situations passées1 157

Chapitre III : Du royaume du Danxômè à la postcolonisation 159
Introduction 159
Section 1 : Mécanismes de gouvernance politique aux ères précoloniale, coloniale et
postcoloniale 59
Section 2 : Gouvernance politique du Danxômè à la colonisation 217
Conclusion du chapitre 3 de la partie II 228

Chapitre IV : De la dynamique intégrationniste du Danxômè à la post
Indépendance 229
Introduction 29
Section 1 : Intégration des Aïzò et implications dynamiques 229
Section 2 : Caractéristiques dynamiques de durabilité à la post indépendance et
vécus actuels 53
Conclusion du chapitre 4 de la partie II 275

Partie III : Dynamiques actuelles entre l’éducation politique des présidents de
la République et leurs gouvernances politiques : nécessité d’innover. 281

Chapitre V : Education et gouvernance politiques de la Révolution au
Renouveau Démocratique : des quêtes hégémoniques permanentes 283
Introduction 283
9 Section 1 : Education et gouvernance politiques de la Révolution du 26 octobre 1972
au Renouveau Démocratique 283
Section 2 : Education et gouvernance politiques depuis le Renouveau Démocratique
291
Conclusion du chapitre 5 de la partie III 341

Chapitre VI : Pratiques solidaires et analyse multivariée de la gouvernance
politique actuelle 343
Introduction
Section 1 : Gouvernance politique et quête hégémonique 343 n 2 : Analyse multivariée de la gouvernance politique actuelle : empirie des
faits 379
Conclusion du chapitre 6 de la partie III 401

Partie IV : Perspectives de développement prenant en compte la synergie entre
l’éducation politique des dirigeants et leurs gouvernances politiques :
innovation pour le développement national 405

Chapitre VII : Du "Changement" à la consolidation démocratique : une
synergie controversée entre éducation politique et gouvernance politique 407
Introduction 407
Section 1: Investitures passées n 2 : Education et gouvernance politiques et perspectives de changement
social: nécessité de formation à la charge suprême 420
Conclusion du chapitre 7 de la partie IV 438

Chapitre VIII : De la nécessité de l’innovation pour le développement : l’Ecole
de Formation des Dirigeants et Elus Potentiels (EFDEP) 441
Introduction 441
Section 1 : Education et gouvernance politiques confrontées aux relations de
pouvoir : éléments de légitimation de la quête 441
Section 2 : Dynamique politique actuelle et solution existentielle : Faiblesse de
l’espace public béninois et éléments de formalisation de l’Ecole de Formation des
Dirigeants Elus ou Potentiels (EFDEP) 458
Conclusion du chapitre 8 de la partie IV 495

CONCLUSION GENERALE 499
Bibliographie 509
Annexes 27
Liste des tableaux 527
Liste des figures et graphiques 527 encadrés 529
Index des auteurs cités 539
Appendice : Questionnaire & Guide d’entretien 541
Table des matières 549


10 Dédicace



A

- Mon épouse Martine, pour l’accomplissement de l’œuvre !
- Mes enfants Germa, Olympe, Océane et Christy, comme Source
d’inspiration et Guide d’action !




REMERCIEMENTS





 Aux professeurs
- Albert AZALOU-TINGBÉ,
- Michel BOKO et
- Sébastien SOTINDJO,
pour tant de soutien agissant.

 A mes enseignants du supérieur
- Dénis AMOUSSOU-YÉYÉ,
- Sylvestre Codjo ADJAHOUTONON,
- Jean-Marie APOVO ;
- Antoine Babatoundé HOUEHOUGBÉ,
- Grégoire HOUSSOU et
- Raphaël MFOULOU.

 A mes amis, pour tout !

 Ma gratitude reste entière envers le "Programme de Formation des
Formateurs" du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la
Recherche Scientifique dont les stages en alternance octroyés ont
insufflé le dynamisme nécessaire à la recherche.












INTRODUCTION GENERALE



Les échecs du système scolaire béninois et les diverses réformes qui l’ont
ponctué, sont dus, d’une part, à l’assimilation de l’instruction à l’éducation
et, d’autre part, à l’absence de la définition claire d’un projet humain qui en
est la constance inaliénable (Assaba, 2000 : 10). La difficulté d’une
éducation pour le développement national en est une conséquence
implacable, tant il est vrai que celle-ci a ses spécificités. Elle vise à terme,
notamment, la création de l’Agent du développement endogène non tourné
vers la servilité pour l’Extérieur. L’impossibilité d’avoir un président de
République "idéal", tel que voulu par les communautés, capable de susciter
1et de promouvoir le développement national , est due à l’absence d’un moule
2de production de l’homme politique approprié porteur de ce développement .
Le peuple, socialisé par l’Histoire, montre ainsi sa claire perception du type
de dirigeant qu’il veut, et son schéma virtuel du président de la République
traduit son rêve de société et d’exercice du pouvoir d’Etat. Corrélative est
l’autre difficulté d’intéresser les énergies disponibles au creuset fédérateur
de la réalisation d’une vision commune. La croyance en la facilité de
gouverner et l’idée cristallisée que tout le monde peut désormais être
président de la République du Bénin, perpétuent ces échecs, au point de les
rendre insurmontables. La banalisation de l’institution présidentielle s’est
aggravée, et le désenchantement des pairs s’est cristallisé en suspicion et en
rejet au niveau des populations béninoises, depuis que le facteur "région"
3assure plus aisément la promotion et l’émancipation sociales . Pourtant, il y
4avait encore quelque espoir d’opérer l’Etat-Nation , tant qu’il était possible
de supputer devenir "frère" ou "sœur" d’un même pays.
En septembre 1989, le deuxième président du Gabon, El Hadj Omar
Bongo ne parvint pas à étouffer l’opposition à son régime et deux coups

1- Le développement national est considéré comme l’aboutissement d’actions
collectives et concertées pour un changement qualitatif. Ce ne sera jamais la somme
conjuguée des réussites sociales personnelles et/ou de réalisations catégorielles
spécifiques. C’est plutôt la résultante des énergies fédérées pour l’atteinte d’un
objectif précis : l’amélioration quantitative et qualitative de la vie des populations.
C’est le développement économique et social durable d’un pays dans un
environnement sécure.
2- Les valeurs morales décrétées suffisantes et retenues par la société orientent les
actions des individus dans le sens dudit projet, sans les priver de leur liberté,
d’autant qu’il s’agit, dans le contexte fon ou yoruba, moins d’interdire que d’inciter
à faire ce qui doit être fait ; ce qui est, à tort ou à raison, jugé meilleur pour
l’épanouissement de l’individu et le développement du groupe social.
3- social : relatif à une société.
4- La nation est définie comme : "une communauté humaine identifiée dans des
limites géographiques parfois fluctuantes au cours de l’histoire, mais dont le trait
commun supposé est la conscience d’une appartenance à un même groupe"
(TingbéAzalou, 2010:4). Il existe ainsi une communauté, plus précisément une nation Fon,
produit d’un métissage ethnique et culturel, œuvre du pouvoir aja.
17 d’Etat furent évités de justesse. Au lendemain d’un des deux, pathétique à la
télévision d’Etat, il se plaignait début 1990, incrédule et paniqué : "[… ] !
5Vous imaginez ! Ils veulent me prendre ma place !...." Parfaitement révolté
par une telle outrecuidance et indigné par la possibilité qu’une autre
personne puisse être le président de la république du Gabon – ce qu’il
considérait comme un blasphème, un crime de lèse-majesté, une offense à sa
sainte souveraineté et à son patrimoine absolu – il promit de "ne pas se
laisser faire", mettant derechef en place des mécanismes de renforcement de
son parti qui remporta, malgré tout, toutes les élections, liturgies politiques
périodiques et grandes messes collectives à motivations divergentes.
6Pour l’ex-président Congolais Pascal Lissouba , "on n’organise pas des
7élections pour les perdre ! " Même s’il ironisait et glosait de la déconvenue
et de l’infortune de deux présidents de l’Afrique de l’Ouest, en exercice, qui
perdirent les élections présidentielles censées les reconduire dans leurs
8fonctions , il montrait, d’une part, sa certitude de l’intangibilité statutaire et
de la dévolution absolue du pouvoir, quand on est "président de la
République" en Afrique et, d’autre part, la nécessité de garder, par tous les
moyens, comme un patrimoine personnel, le pouvoir d’Etat quand on
l’exerce ! L’ancien président français, Jacques Chirac, a une vision similaire
des élections en Afrique au sud du Sahara quand il affirme qu’"il faut bien
9que les dictateurs gagnent les élections, sinon, ils n’en feront plus ! "
Les tentatives de révisions constitutionnelles opportunistes sont aussi une
fatale obsession, dans des cas similaires au Bénin. Le cas échéant, devenir
ancien président de la République et perdre les privilèges de la charge
présidentielle, est, pire qu’une hantise, l’épouvantable appréhension du
président en exercice. Exercer le pouvoir d’Etat indéfiniment, jusqu’à la
tombe, est en fait, son vœu le plus prisé, comme il est aussi celui des siens
qui en jouissent. Tout prétexte pour s’y accrocher procède d’emblée des
stratégies de sa conservation. Ainsi, à l’aube du second tour de l’élection
présidentielle de mars 2006, le président Mathieu Kérékou en exercice,
constitutionnellement forclos, jeta un froid sibérien sur les esprits
surchauffés par l’imminence de son départ prochain du pouvoir, quand il

5- C’est nous qui soulignons !
6- Entendre "République du Congo".
7- Cette affirmation du Président Pascal Lissouba est bonnement révélatrice des
"démocraties par simple convenance, pour assurer la visibilité extérieure du pays ",
au sens de Galloy et Gruenais (1997). Les scrutins deviennent une simple formalité,
un élément de décor destiné à satisfaire les exigences de bailleurs de fonds
internationaux.
8- Nicéphore Soglo du Bénin et Abdou Diouf du Sénégal, notamment !
9- Jacques Chirac, interrogé hors micro sur l’évolution démocratique du continent
africain. Propos cité par le Canard enchaîné du 28/07/1999.
18 déclara son indisposition à quitter le pouvoir, si ses pronostics relatifs à sa
succession étaient démentis.
Ces rappels, les uns contextuels et les autres historiques, pointent, les
deux pôles d’acteurs que sont : le citoyen et le politique, trois perceptions du
pouvoir politique en intégration (celles du citoyen ordinaire, du politicien
local et du politicien étranger/international). Elles montrent ainsi deux
conceptions opérationnelles du pouvoir d’Etat en Afrique : celle rêvée par la
masse et celle, plus pragmatique, du politicien en situation de gestion du
pouvoir. Apparemment antagoniques, elles sont pourtant identiques, et se
résument en une seule : la conception du pouvoir d’Etat-patrimoine que son
détenteur doit garder et faire fructifier, préférentiellement pour soi et les
10siens ! Cette vision patrimonialiste du pouvoir d’Etat et de la gouvernance
qui en découle ; cette relation personnalisée au pouvoir qui exsude tous les
égoïsmes possibles manifeste une culture politique sectaire. Elle fait du
11premier magistrat africain (néo machiavélien ), à l’envi, un despote/potentat
déguisé, un souverain (roi ou empereur moderne) investi d’attributs pesants
et de fonctions immuables dans le temps et dans l’espace, jusqu’à ce que
mort (ou déchéance) s’ensuive. La République (ou l’Etat africain) s’assimile
ainsi au "Royaume" et son président, au "roi" qui ne se nomme pas, un
12"demi-dieu" .
Et cette vision qui sourde des Etats africains néo machiavéliens où des
13dictateurs en puissance ont pris des toges de "démocrates" au bout

10- Il semble en fait inévitable l’existence dans un régime africain – fût-il
démocratique – d’un groupe dirigeant et la constitution d’une oligarchie, avec des
comportements typiquement machiavéliens, faits de jeux de pouvoir et de
manipulations des représentations et des comportements des acteurs.
11- Le terme "néo machiavélien" est consacré aux dirigeants modernes
postcoloniaux, depuis les travaux de Luc Sindjoun (1999), précurseur des thèses
néo-machiavéliennes. Il mit à nu "les logiques et pratiques oligarchiques des
acteurs", se basant sur les présupposés théoriques et méthodologiques de Machiavel.
Le parcours socio-anthropologique du discours sous-jacent est ainsi marqué par
deux grands jalons : les organisations basées sur la prégnance des liens primaires,
notamment les liens de sang (solidarité culturelle) et celles ayant accédé peu ou prou
à la conscience des liens d’intérêts (solidarité structurelle). La mixture subséquente
est une certaine communalisation, au sens de Max Weber (1995:78) "relation
sociale fondée sur le sentiment subjectif des participants d’appartenir à une même
communauté".
12- Une république est une forme de gouvernement non héréditaire, dans laquelle les
gouvernants sont désignés par l'élection du peuple, ou d'une partie de celui-ci. Le
terme de république s'oppose à ceux de royauté ou d'empire. La république semble
aujourd'hui la forme d'État la plus répandue.
13- Il aura pourtant fallu leur tordre les bras entre autres en 1990 à La Baule pour les
contraindre à aller aux urnes pour se maintenir. La littérature regorge de cas de
parodies d’élections.
19 14d’élections "démocratiques" a généré des situations pour le moins
paradoxales. A la faveur de ces mêmes urnes, naissent de nouveaux
dictateurs plus dangereux que ceux des premières générations de dictateurs.
Séducteurs, ils utilisent les préceptes de Paix, d’Amour, de Fraternité et de
l’Eglise, pour gagner leurs élections ou pour modifier les textes
fondamentaux, dans une culture politique de rente génératrice d’immenses
profits pour eux et les leurs. Davantage effrontés et audacieux dans les
holdup électoraux, ils sont assurés d’une certaine impunité due souvent à
l’instrumentalisation des institutions républicaines et d’une caution morale
15internationale généralement aisée . Il y a donc en Afrique postcoloniale, une
relation évidente entre, d’une part, la conception/vision qu’a du pouvoir
d’Etat celui qui le détient, ou qui cherche à l’avoir, et d’autre part, le type de
gouvernance qu’il légitime pour sa vision du développement national, en
situation d’exercice du pouvoir acquis et généralement non transmis comme
16dans les royautés .
Pourtant, le roi en tant que légataire de continuité pour la prospérité de
son royaume, vécut divers préalables à l’exercice de sa charge. Et ces
préalables nés d’un creuset éducatif concret fondent d’autant son pouvoir
d’entité crédible et légitime. Le roi ne provient pas d’une génération
spontanée de gouvernants. Il n’a point surgi dans l’arène politique de sa
charge, mais y a toujours appartenu, dans un bouillon de culture permanent :
17il y est né, y a été identifié comme Prince héritier et, ainsi légitimé a été
éduqué dans ce sens. Il "est" donc l’institution, dans toute sa plénitude, et la
mise en pratique de l’éducation politique est le gage de sa gouvernance et de
sa longévité au trône. La gouvernance politique du roi se pose ainsi comme
une légitimation de logiques sociopolitiques formalisées dans un corpus
fédérateur et structurant. Cette utilisation de préceptes particuliers au service
du Tout pour l’évolution pérenne de l’Ensemble. Tel est-il le cas du
président d’un quelconque Etat africain néo machiavélien arrivé au pouvoir
d’Etat généralement sans consensus national et sans aucune formation
préalable à la manifestation de ses prérogatives fonctionnelles, dans un
cadre conséquemment formalisé ?
La réponse, négative, permet de noter un hiatus entre la perception de la
charge du roi dans l’Afrique précoloniale et celle du dirigeant de l’Afrique
postcoloniale, qui semble vouloir continuer dans une nostalgie indiscutable,
cette manière despotique ou autocratique de gouverner, dans un contexte à
maints égards différent et plus facilement manipulable, parce que
fondamentalement manipulateur et déstabilisateur, à savoir : la République.
L’importance de l’éducation formative du Prince Héritier se pose du coup

14- C’est-à-dire des processus électoraux transparents, libres et honnêtes.
15- cf. la référence précédente à Jacques Chirac.
16- Systèmes monarchiques ; régime politique correspondant au royaume.
17- ou vidaxô, en fon.
20 comme la propédeutique à l’exercice réussi de la charge suprême. C’est une
condition de réussite de la mission dévolue au roi ; mission qui ne s’achève
18qu’avec sa mort, en situation normale . Cette importance perçue et
internalisée de la formation éducative du vidaxô est à l’origine du tourment
ou du malaise que nous avons toujours éprouvé à chaque échec d’un
dirigeant africain élu qui, pourtant, présentait au départ toutes les conditions
objectives de succès de sa mandature.
Les premières idées qui furent finalement l’une des préoccupations de
cette recherche remontent au constat troublant que nous fîmes en 1996,
quand contre toute attente objective, le président Nicéphore Soglo manqua sa
réélection comme président de la République du Bénin, dans l’humiliation
19de l’échec et les agitations de dépit, dans l’ostracisme des pairs .
Pratiquement plébiscité en 1991, cinq ans plus tôt pour son premier mandat,
il s’est vu ravir le pouvoir d’Etat qu’il détenait, malgré un excellent bilan
économique à la clé cinq ans plus tard. Adoubé au départ par les forces
politiques en situation, le voilà très tôt en porte-à-faux avec leurs intérêts
divergents, à cause de leur compréhension tendancieuse de sa gouvernance.
A l’inverse, son vainqueur n’était que le président Mathieu Kérékou à qui il
prit en 1991 les rênes du pays plongé dans des difficultés socioéconomiques
impressionnantes, comme à chacune de ses mandatures. Un premier constat
fut que celui-ci, présent dans les arcanes béninoises du pouvoir depuis 1960,
a beaucoup appris de la politique au Bénin et a toujours su, mieux que tous
les autres politiciens béninois, en maîtriser les jeux et enjeux souterrains.
Cette gouvernance politique (dont sa connaissance des acteurs sociaux est
une dimension) tire ses fondements de sa culture politique, ce savoir-faire
politique qui en a fait une véritable icône politique dans l’Inconscient
Collectif béninois, malgré des bilans de gouvernance constamment critiqués.
La culture politique apparaît d’office comme le reliquat permanent duquel
sourde le comportement en politique. C’est la combinaison de croyances,
attitudes, valeurs et traditions pour la conquête, la gestion, la conservation et
20la perte éventuelle du pouvoir politique .
D’un autre point de vue, comme le président Nicéphore Soglo quinze ans
plus tôt, voilà un président plébiscité dans une liesse collective par 75% du
scrutin en 2006 (Boni Yayi), mais qui amorça sa chute du piédestal, en
moins de deux ans d’exercice du pouvoir présidentiel. Il devint vite esseulé

18- Les cas de destitution ou de déportation du Roi sont des épiphénomènes qui ne
sont pas pris en compte ici.
19- Toutefois, c’est notre formation en sciences politiques sanctionnée par un
diplôme d’études supérieures spécialisées (D.E.S.S), option gouvernance et
démocratie en 2005-2006, qui constitue l’élément décisif du choix du thème de la
recherche dont les conditions objectives d’analyse semblaient réunies.
20- Ensemble de valeurs, traditions et stratégies liées à la manière d’exercer et de
contrebalancer le pouvoir.
21 par les nombreux refus de ses offres de postes ministériels en moins de
quatre ans de pouvoir et une opposition frontale avec l’Assemblée nationale.
Son impopularité commença après moins de deux ans d’exercice de la
charge présidentielle, à cause, disent ses adversaires politiques, de l’incurie
et de l’impréparation à la gouvernance politique dont cette charge est
porteuse. Cette opposition mit en branle une situation de défiance que
n’égala même pas celle à l’origine du vote de l’enquête parlementaire
diligentée en 1995 contre le président de l’Assemblée nationale, Maître
Adrien Houngbédji. Boni Yayi et ses ministres ou ses divers conseillers
mandatés auront suscité en vain une opposition formelle. Ils n’auront eu
droit qu’à une opposition virtuelle et pernicieuse, d’autant plus dangereuse
qu’elle est insidieuse, parce qu’hypocrite et sournoise. Pourquoi ce hiatus
qui, dans un cas comme dans l’autre, laisse à terme le Béninois moyen
insatisfait du dirigeant qu’il a élu – ou qui s’est fait élire – dans le cadre
formalisé des successions légales ?
Ressource humaine disponible dans une attitude mythologique bizarre,
qui veut le changement sans vraiment le vouloir, comme s’il ne sait pas
concrètement formuler le genre de changement qu’il veut, le Béninois peut
ainsi se révéler incompréhensible ou ambigu et, de fait, intraitable envers les
élus du peuple comme les présidents élus. Comme s’il veut quelque chose
d’eux qu’il n’obtient pas ou qu’ils ne sont pas encore capables de lui
fournir ! Comme s’il y a en permanence des pôles d’influence de la
gouvernance qui manifestent leur mécontentement, et qui sont suffisamment
forts pour remettre en cause l’erreur commise dans l’élection de ces
dirigeants à ce niveau de responsabilité, en infléchissant la gouvernance
politique en déploiement. Ne doit-on donc pas envisager une pédagogie de
préparation préalable des potentiels dirigeants béninois à la charge
présidentielle ?
C’est au vu de cette constante de l’échec dans l’historicité de la
gouvernance des dirigeants béninois selon leur expérience politique que nous
avons choisi le thème : Education et Gouvernance Politiques au Bénin du
Danxômè à l’Ere Démocratique : Quelles Réalités ? Formulé autrement, il
peut se présenter comme suit : "Education et gouvernance politiques au
Bénin du royaume du Danxômè à la république. Situations passées,
dynamiques actuelles et perspectives de développement".
Nous n’avons ni l’intention ni la prétention de nier l’importance extrême
de la région dans le choix ou l’élection d’un président de République au
21Bénin, sa gouvernance et la perception sociétale de son bilan (mandat).
Nous reconnaissons que, du fait des avatars du marché politique béninois, les
22modifications de l’arène politique ont cristallisé le régionalisme comme
donnée incontournable, comme mode d’expression sociale et outil de

21- sociétal : qui se rapporte aux divers aspects de la vie sociale des individus.
22- Ou protonationalisme, pour écrire plus proprement !
22 réalisation de soi. L’enjeu de la recherche n’est pas de préconiser un
quelconque style de gouvernance extravertie, mais de voir dans quelle
mesure une gouvernance démocratique ancrée sur des modes opératoires
éprouvés peut advenir au Bénin, à partir de réalités ancrées localement et qui
font sens pour les communautés politiques béninoises. L’objectif de la
recherche est d’identifier les fondements de l’éducation politique dans le
Danxômè avec extension au Bénin actuel, pour saisir ce qui fait que, même
avec toutes les meilleures intentions initiales, la gouvernance politique
dahoméenne et béninoise est stérile de développement du pays. Il s’agit,
pour nous, de nous demander s’il y a dans l’éducation politique des princes,
des traditions, des idées et des pratiques spécifiques à la promotion de la
bonne gouvernance politique et qui garantirent la force et le succès
historique du royaume du Danxômè.
Le présent document n’est pas un manifeste. Loin d’être un opuscule
militant ou un projet de réforme de la gouvernance politique au Bénin, cette
recherche se limite à exposer des données et à livrer quelques pistes de
réflexion. Elle est une contribution à la réflexion sur la gouvernance
politique pour le développement national. Ce développement tant attendu par
les communautés béninoises n’est toujours pas au rendez-vous. Après une
éclaircie en 1996, les contre-performances régulières de l’économie
béninoise sont toujours relevées par les institutions continentales et
internationales idoines. Les promesses et engagements politiques n’ont dès
lors jamais tenu les promesses de développement constamment annoncé.
Enfin, cette recherche tire sa légitimation de l’article 35 de la Loi N°90-32
du 11décembre 1990 portant Constitution de la République du Bénin qui
postule que "Les citoyens chargés d’une fonction publique ou élus à une
fonction politique ont le devoir de l’accomplir avec conscience, compétence,
probité, dévouement et loyauté dans l’intérêt et le respect du bien commun".
Pour les besoins de l’analyse et de la démonstration, nous présentons, outre
le lien suspecté entre éducation politique et gouvernance politique (1), le
champ de la recherche (2) et en montrons l’intérêt (3). Nous précisons
ensuite la question de recherche (4) et annonçons finalement le plan de la
recherche (5).

1. Lien suspecté entre éducation et gouvernance politiques

L’effet déstabilisateur et déstructurant de la colonisation comme projet de
société, sur tous les royaumes du Bénin pourtant cadres légaux d’exercice du
pouvoir suprême, est incontestable. La violence dont ce projet était porteur,
sa volonté manifeste d’assimiler toutes les structures et communautés
préexistantes et son insensibilité à briser et à détruire tous les éléments
culturels ambiants, déboussola ces communautés des royaumes d’avant
l’arrivée du Colonisateur. Ainsi perturbées dans leur rythme évolutif et leurs
rêves existentiels, elles furent atterrées par le Colonisateur, sans toutefois
23 être enterrées, ne connaissant pas le développement socioéconomique
escompté.
Les divers mécanismes mis en œuvre par le pouvoir actant,
indestructibles dans le fond, furent désarticulés dans la forme, n’en laissant
que des modalités embryonnaires manifestées dans des roitelets de micro
royaumes qui n’ont fondamentalement d’intérêt et d’importance que comme
garants d’une certaine survivance culturelle. Outils et enjeux électoralistes,
ils constituent des éléments ou des facteurs explicatifs d’une fonction
politique en exercice, dans un contexte social béninois à intérêts
corporatistes et de manipulations des consciences. Sa volonté de
développement ne fut certainement pas suffisamment forte pour le susciter.
Des nations qui connurent la colonisation au même titre que le Bénin sont
devenus des pays développés (ou émergents), avec une croissance
économique en perpétuelle progression et une volonté constante de
s’affranchir du train-train quotidien clairement affichée, quel que soit le
23secteur d’activité auquel on s’intéresse .
Il y a dans la situation du Bénin, comme un facteur innervant ou
inhibant, le type d’Homme issu du passage du Colonisateur au Bénin, et qui
a à charge les destinées du pays. Il y a lieu de soupçonner fortement
l’influence de la mentalité dominante qui imprime à tout projet de société,
son cachet et sa marque, déterminants pour l’atteinte des objectifs assignés
au projet. Fruit d’une certaine éducation sociopolitique, cette mentalité qui
exsude la gouvernance politique ambiante, est le moteur propulseur de la
réalisation des grands enjeux et de l’atteinte des objectifs ultimes de la
société. La mentalité s’appréhende comme un état d’esprit, une façon de
penser, de se représenter la réalité. C’est un ensemble d’idées, de croyances,
de coutumes caractérisant une société déterminée ; une manière habituelle
de penser d’un groupe humain (Larousse, 2003). Elément de caractérisation
individuelle ou collective, la mentalité est ainsi un référentiel sociétal de
catégorisation des individus ou des groupes humains en action ou en
situation. Il est typique d’entendre avec beaucoup de conviction : "tel groupe
socioculturel est félon ! " ; "le ressortissant de tel autre n’est pas fiable ! " ;
"Hé, ces gens-là sont régionalistes ! Xénophobes, rusés ; intrigants, …".
Tout référentiel objectif est généralement inexistant.
Si les gouvernants actuels, purs produits de l’éducation de cette époque
ont incontestablement échoué pour l’avènement du développement national,
il n’est pas exagéré d’avancer que c’est aussi l’échec de l’école dispensatrice
de cette éducation et du corpus socioculturel et idéologique qui la porte.
Cette éducation qui manqua d’inculquer à ses produits les dispositions
nécessaires à la réussite de l’œuvre de construction nationale pour le

23- On peut citer par exemple à ce propos : l’Algérie et la Libye en Afrique ; la
République Populaire de Chine, le Vietnam et les "Dragons" (Myanmar, Thaïlande,
…) en Asie.
24 développement national. Les curricula de formation n’eurent certes pas cette
finalité mais, leur corpus demeure défaillant pour la réalisation du
développement national. L’éducation que cette école fournit serait-elle si
sournoise et si maligne pour que le roi Gbêhanzin, s’adressant à son fils
Ouanilo, avant son discours d’adieu à ses compagnons d’infortune et ses
derniers amis fidèles, lui recommande ceci : "Mon fils, quel que soit ton
avenir, méfie-toi des flatteries des Blancs, sinon, elles te gâteraient le cœur.
Ne recherche que leur savoir (c’est-à-dire leur supériorité scientifique et
technique). Là réside le secret de leur force. Puise à cette source jusqu’à
satiété, mais garde-toi de devenir un eunuque dont on ne sait s’il est homme
ou femme, blanc ou noir. Sois toi-même comme une gourde remplie à
rasbord ! " (Pliya, 1973 ; Aplogan, 2012 : 1) En tous cas, elle fut suffisamment
élitiste pour réaliser les objectifs coloniaux.
La gouvernance politique précoloniale et coloniale fut certes moins
exempte de clientélisme, mais elle était bourrée de machiavélisme : le but
ultime était l’atteinte des résultats, telle que prescrite par les objectifs
assignés. La fin se justifiait par les moyens utilisés. Les acteurs sociaux
nécessaires au roi comme agents d’action ou de développement spécifiques
n’existant qu’à l’Est du royaume par exemple, seront pris à l’Est, dans une
logique sociale qui privilégie la subsidiarité, le plein épanouissement des
compétences endogènes et l’équilibre régional du royaume. Il n’était pas
connu des cas où des compétences voulues étaient disponibles dans
l’environnement immédiat du souverain et qu’on soit allé les prendre
ailleurs, du fait de préférences régionalistes, sectaires ou partisanes.
24L’éducation politique reçue par le roi lui prescrit d’"user le bois au bois" ,
le traitement équitable des régions royales dont les potentialités étaient
utilisées à bon escient.
Déterminées par la politique et la politisation des structures d’Etat, les
caractéristiques actuelles de la gouvernance politique du capital humain en
tant qu’acteur du développement national sont l’insatisfaction et le
clientélisme, signes latents d’une crise de gouvernance des acteurs sociaux,
caractérisée par l’absence d’une utilisation judicieuse des acteurs sociaux
disponibles. Tout se passe dans le déploiement d’une culture politique
d’exclusion toujours porteuse de frustrations et de jalousies préjudiciables
aux efforts collectifs de développement. Une certaine régence des postes à
pourvoir dans l’administration publique et dans les représentations
internationales, par des manœuvres clientélistes ne favorise pas une
utilisation optimale des acteurs sociaux nécessaires au développement du
pays. La mentalité de laquelle sourde cette gouvernance ne favorise pas le
développement national prôné ou voulu par les autorités nationales.

24- Littéralement en langue fon : ézan atin dô atin ten men.
25 Il y a, d’emblée, une focalisation des consciences individuelles sur le
savoir-faire politique des dirigeants, en termes concomitants de leur habileté
à diriger les populations pour atteindre le développement national, à se sortir
et à les sortir des problèmes et contraintes de divers ordres qui les assaillent.
La conscience collective béninoise veut qu’un bon dirigeant politique soit
cet acteur de l’arène politique qui détient le pouvoir et l’exerce à la
satisfaction des besoins essentiels des uns et des autres. Son pendant, le
mauvais dirigeant est, d’office, l’autre qui énerve les populations, par ses
errances et errements dans la confrontation et la résolution des problèmes
sociaux, politiques et institutionnels. Il y a donc la perception que la
population a de ses dirigeants, et des qualités qu’ils doivent avoir pour
garantir leur adhésion à la gouvernance ambiante pour le développement. La
population a donc une nette conception du dirigeant qu’il veut : un politicien
humain, incontestablement aguerri et préparé à l’exercice de la charge
suprême, donc formé à cet exercice du pouvoir, qui suppose une
connaissance appropriée de la chose gouvernée et de ses acteurs actifs ou
collatéraux. Il en sourde l’exigence implicite d’une éducation politique
appropriée des dirigeants politiques en exercice du pouvoir politique.
La gouvernance des acteurs sociaux béninois dans un contexte de
confrontations et d’exclusions diverses, est, du coup, toujours polémique et
préoccupante. L’Histoire montre que la marginalisation d’une frange de la
population ou d’une région d’un pays est, à long terme, le détonateur de
25bouleversements sociaux dramatiques . Chaque fois que des logiques
sectaires prévalent, la situation sociale devient paradoxale. Tout se passe
alors comme si l’on est confronté à deux univers différents, à deux contextes
antagoniques et opposés, à deux référentiels contradictoires.

1.1. Eléments du passé comme le premier référentiel contradictoire

Dans les anciennes sociétés précoloniales, une conscience collective
populaire, communautaire (parfois communautariste) est dominante.
Opportunément mis en exergue, le sentiment d’appartenir à une même entité,
à une sorte d’égrégore bienfaisant qui fédérait dans un unique creuset (la
piscine du Tout collectif), toutes les énergies porteuses d’évolution du
corpus social, servait d’essence et de ciment social. Il n’y avait point
26d’immobilisme des institutions de gouvernance politique en place , mais la
garantie d’une stabilité et d’une constance dans le fonctionnement. La
pérennisation des structures était assurée, due à la forte prégnance sociale de

25- Outre le cas bien connu du Rwanda, il y a aussi des références lointaines dans
l’Histoire européenne, allemande notamment.
26- Les diverses strates sociales (ministres, princes, savants communautaires,
conseillers du Roi, corps de métiers, …) fonctionnaient en harmonie, chacune dans
son espace de liberté concédé.
26 leurs mécanismes de support. Certes, l’Individu existait par et pour le
royaume, cadre légal d’exercice du pouvoir suprême, mais l’instinct de
conservation était le principe cardinal d’action et de positionnement,
27rejoignant du coup Nietzsche (1976 : 10) qui disait : « L’Individu a
toujours lutté pour ne pas se faire écraser par le Groupe». Bien que l’Action
soit toujours quelque chose de singulier (Nouhouayi, 2007), les vertus
communautaires (ou communautaristes) étaient exaltées, pour la gloire et la
prospérité de la collectivité, de la royauté et du royaume, pour la gloire du
roi ou du souverain. Les gloses éventuelles sur cette belle entente ou ce bel
accord des consciences n’ont généralement lieu qu’entre amis, sans risque de
mouchardage ou de trahison intéressée, parce que l’Amitié avait une
connotation et une valeur sociales et spirituelles à cette époque.
Dans le royaume du Danxômè, cette docilité sociale (ou ce conformisme
sociétal) n’était qu’apparente. L’absence de contestation et de critique
ouverte qui n’était pas synonyme de mort sociale, n’était certes pas
poignante dans la société au point d’être assimilée aux crises sociales
actuelles. Mais, cette contestation qui pouvait avoir des manifestations
sournoises, existait sous des formes microsociales larvées et le roi, par les
mécanismes sociaux de contrôle et de régulation mis en place, en tenait
28hautement compte dans sa gouvernance. Les espions du roi lui rapportaient
régulièrement, par les canaux appropriés, les impressions et les états d’âme
29des administrés du royaume . Ceux-ci, par groupuscules usant de gloses
édulcorées, appréciaient l’administration du royaume et les performances du
roi, à l’aune du nombre de catastrophes ou de calamités connues dans le
royaume ou par les préceptes que le Fou du Royaume jetait comme des
30pavés dans la mare royale . Le "Fou", personnage atypique extraordinaire
parce que clairvoyant, est, pour le roi, plus informatif parce qu’il perçoit et
voit au-delà de tout et de tous. Visionnaire débonnaire et accesseur facile au

27- On pourra aussi consulter utilement Lemaire (2002).
28- Encore appelés "Oreilles du Roi", selon nos sources.
29- Les devins ou "bôkònon" du Roi ou le Fou du Roi étaient des canaux privilégiés.
On sait que le Fou accède plus facilement à la Cour royale et au roi que n’importe
qui. De plus, le roi croit beaucoup aux Bôkònon que les autres simples conseillers.
30- Le Fou du Royaume était le seul personnage du Royaume censé dire tout au roi
sans aucun souci de représailles. Il accède partout et infiltre des milieux parfois
inaccessibles à tout autre. Le roi est convaincu de sa loyauté inaltérable, tant il est
persuadé de sa proximité avec un monde extraordinaire qu’il respecte. En se fiant à
ses révélations/allégations, le roi de Danxômè, contrairement à de nombreux
dirigeants béninois modernes, opérationnalisait ainsi l’humilité, le sens de l’écoute
et du discernement, le respect de l’Autre et de ses motivations, qualités fournies par
son éducation politique préalable. Se sachant dans un écosystème dionysiaque de
rapports de forces, il connait le Fou comme totalement désintéressé, non
manipulable du fait de sa non appartenance à un réseau mafieux ou à un quelconque
lobby (groupe d’intérêts).
27 monde invisible dont il peut tirer des éléments de lucidité et de sagesse hors
communes (et élucubrations pour les gens dits "normaux"), le fou est
précieux pour le Roi du Danxômè. Le fou le plus célèbre de la royauté
danxômè, Singbè, fut le plus emblématique du courage et de la sincérité de la
parole au roi. Au plus fort de la crise guerrière avec la France, Singbè lui dit,
après l’avoir interpelé trois fois : "Oh Roi, mon Roi ! Si c’est toi-même qui es
allé chercher la guerre aux Français, alors, tu as vraiment cherché quelque
chose ! Mais, si tu étais tranquillement dans ton coin et que la guerre des
Français est venue te chercher, alors là, quelque chose t’a vraiment
cherché ! " La parole n’était pas confisquée, mais elle n’était pas
désordonnée. Ordonnée, elle s’autodisciplinait.
Avec le "hanlô", le fou apparaît comme les deux principaux mécanismes
institutionnels de contestation dans la participation à la gouvernance royale
dont la remise en cause n’est jamais envisagée. Le "hanlô" (littéralement
"han-lô" pour : "han" = chant/chanson et "lô" comme panégyrique,
biographie racontée, séquencée et rythmée, proverbe/adage) utilise des
images, métaphores, allégories et l’histoire clanique pour lever (ou relever)
subtilement les errances ou les errements de cette gouvernance. Institution
communautaire catharsique élégamment formalisée, le "hanlô" ne donne
même pas l’impression au roi qu’il est critiqué ou sectoriellement contesté. Il
assimile toutes les expressions libellées à cette occasion à des messages
forts, des aspirations profondes de mieux-être de ses administrés, et
s’emploie à les satisfaire. Le roi y retrouve généralement avec satisfaction
des éléments de rhétorique ou de dénonciation auparavant rapportées par le
fou qui demeure "l’ami" du roi et son seul informateur bénévole et
désintéressé. Le "hanlô", de même essence que l’arbre-à-palabres, est
d’emblée un mécanisme de régulation sociale et de prévention de crises ou
de conflits potentiellement déstabilisateurs de l’harmonie et de la concorde
dynastiques.
Le Royaume en est-il arrivé à connaître la disette ou un malheur
significatif dans la vie de la communauté et consécutivement à une grande
sécheresse, on s’interrogera immédiatement sur les anciennes actions du roi
susceptibles d’expliquer cette situation. Les administrés en arrivèrent même
à comparer des administrations royales différentes ou successives pour
trouver qu’à telle ou telle période, les choses étaient faites différemment, en
mieux ou en pire. Et si le discrédit du roi ou son impopularité devait
atteindre des niveaux préjudiciables à la pérennité de l’Institution qu’est le
royaume, la mort physique –naturelle ou non – peut intervenir comme
élément de régulation de son fonctionnement, de l’Institution : "le roi ne
meurt pas, Il se réveille après la nuit ! ", comme le dit cet octogénaire de la
Cour royale d’Abomey enquêté. Comme l’écrit Alladayè (2008 : 63)
"Certes, la société était, schématiquement, divisée en exploiteurs, en
privilégiés (la famille royale et ses courtisans) et en exploités (les roturiers
et les esclaves). Mais les antagonismes ne pouvaient presque pas s’exprimer
28 de manière violente, parce qu’ils étaient amortis par le bain culturel et
religieux dans lequel les protagonistes baignaient : on avait la conviction
que l’ordre social était celui voulu par la création, les dieux et les ancêtres,
et qu’on ne saurait le contester et le bousculer sans s’attirer leur colère et
leur punition".
Tout comme les intrigues, malgré l’existence des mécanismes dictant
l’accession au trône, les crises violentes de succession au trône royal des
Hwégbajavi, ne manquèrent point dans la période précoloniale. Les
successions légales au trône de Hwégbaja ne se sont pas toujours déroulées
selon les prescriptions constitutionnelles, avec des conséquences indélébiles
sur l’Histoire de la dynastie : des princes intriguèrent souvent pour ravir telle
ou telle succession ; des régences ne connurent point l’issue escomptée, des
rancunes ou haines tenaces demeurent encore à cause de ces intrigues des
31aïeux , … Ces crises (ou révolutions de palais) servirent comme des
32adjuvants fonctionnels à la régularisation du processus successoral . La plus
emblématique succession royale porteuse de risque de suicide dynastique fut
33celle au trône du Prince Gakpé, devenu Roi Gézô . Mais, pour la durabilité
de la dynastie royale, des mécanismes de gouvernance appropriés furent
ainsi trouvés comme le poste de Kpanan Adukônù chargé de veiller à la
succession paisible au trône dynastique. Le souci de régner sur le royaume
uni et collectivement engagé, dans la paix et la tranquillité était déjà un souci
existentiel.
Le fait qu’il y ait eu des soubresauts post électoraux au Bénin depuis
l’Indépendance en 1960, soubresauts qui crièrent aux fraudes et aux
tripatouillages du scrutin exprimé à un quelconque niveau du processus du
vote, peut ainsi apparaître non comme une innovation démocratique, mais
plutôt comme un avatar moderne de ces crises déjà observées du temps des
royaumes. Le vote n’est et ne sera jamais synonyme de démocratie, culture
spécifique de la politique impliquant une forme de mise en ordre de la

31- Les descendants du Prince Ahanhanzo-Glèlè perçoivent toujours ceux de
Gbèhanzin comme les rejetons du "meurtrier" de leur ancêtre destiné au trône, mais
décédé de variole dans des conditions mystérieuses, laissant ainsi la voie libre à
Ahôkpônù, futur Roi Gbèhanzin. Soulignons que de pareils cas de morts suspectes à
la succession au trône ne furent pas exempts du cours des royaumes de Porto-Novo
ou de Kétou, par exemple.
32- Les processus sont une succession d’états par lesquels passe un système. Ils
introduisent l’historicité au sein des modèles de gouvernance. Il est ainsi possible
pour un objet donné, ou un point nodal, d’identifier des séquences qui permettent
d’évaluer la direction dans laquelle ces processus évoluent et de localiser les facteurs
favorables au changement.
33 - Gézo, Gézô, Guézo, Guézô, Ghézo, Ghézô, … sont indifféremment utilisés pour
traduire la même réalité : le roi Guézô.
29 société (Sindjoun, 2000), seul régime dans lequel les dirigeants sont
34comptables de leurs actions devant les populations .

1.2. Eléments actuels comme le deuxième référentiel

Au Bénin, le droit à l’éducation est un droit constitutionnel (Titre II ;
articles n°8, 9 et 14 de la Loi N°90-32 du 11 décembre 1990 portant
35Constitution de la République du Bénin) . Les importants efforts menés par
les gouvernances politiques successives pour l’effectivité de ce droit doivent
pourtant s’intensifier et s’améliorer. Les dépenses publiques totales dont il
s'agit ici sont les dépenses consacrées à l'éducation publique en plus des
subventions aux écoles privées de niveau primaire, secondaire et tertiaire, en
36pourcentage du Produit intérieur brut (PIB) . On constate ainsi que la part
financière consacrée au secteur de l’éducation au PIB n’a jamais cessé de
37décroître depuis 2005 . Le graphique N°1 qui suit, rend compte de la
situation.En outre, même si aucun alinéa spécifique ne lui est consacré dans
cette Loi Fondamentale (Titre Premier, article n°5 de la Loi N°90-32 du 11
38décembre 1990 portant Constitution de la République du Bénin) ,
l’éducation politique à fournir par les partis politiques est une donnée de la

34- La démocratie est le régime politique ou, plus largement, un corpus de principes
philosophiques et politiques, dans lequel le peuple est souverain et élit les
gouvernants. Gouvernement par le peuple, elle s'oppose aux systèmes monarchiques,
où le pouvoir est détenu par un seul, ou oligarchiques où le pouvoir est aux mains
d'un groupe. "Démocratie". Une démocratie est donc un système où les individus
peuvent changer de dirigeants de façon pacifique et où le gouvernement a le droit de
gouverner parce que le peuple lui a conféré ce droit.
35- Article 8 : "La personne humaine est sacrée et inviolable. L’Etat a l’obligation
absolue de la respecter et de la protéger. Il lui garantit un plein épanouissement. A
cet effet, il assure à ses citoyens l’égal accès à la santé, à l’éducation, à la culture, à
l’information, à la formation professionnelle et à l’emploi". Article 9 : "Tout être
humain a droit au développement et au plein épanouissement de sa personne dans
ses dimensions matérielle, temporelle, intellectuelle et spirituelle, pourvu qu’il ne
viole pas les droits d’autrui ni n’enfreigne l’ordre constitutionnel et les bonnes
mœurs". Article 14 : "Les institutions et les communautés religieuses peuvent
également concourir à l’éducation de la jeunesse. Les écoles privées, laïques ou
confessionnelles, peuvent être ouvertes avec l’autorisation et le contrôle de l’Etat.
Les écoles privées peuvent bénéficier des subventions de l’Etat dans les conditions
déterminées par la loi".
36- La part accordée à l’enseignement supérieur ne vaut guère mieux.
37- Les données de 2008 à 2010 sont des estimations à partir d’un modèle de
régression linéaire simple.
38- Article 5 : Les Partis politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se
forment et exercent librement leurs activités dans les conditions déterminées par la
Charte des Partis politiques. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté
nationale, de la démocratie, de l’intégrité territoriale et la laïcité de l’Etat.
30 vie politique béninoise (Charte des Partis Politiques au Bénin). Gagner le
pouvoir et l’exercer étant la vocation première de tout parti politique, il est
donc incontestable que toute formation politique a besoin de militants
idéologiquement aguerris et politiquement bien formés pour animer
adéquatement, la vie politique. L’article 35 de la Loi N°90-32 du 11
décembre 1990 portant Constitution de la République du Bénin qui postule
que "Les citoyens chargés d’une fonction publique ou élus à une fonction
politique ont le devoir de l’accomplir avec conscience, compétence, probité,
dévouement et loyauté dans l’intérêt et le respect du bien commun", semble
imposer à tout parti politique la nécessité d’œuvrer à la bonne qualité de la
gouvernance politique suffisamment polémique au Bénin pour qu’on s’y
attarde.
Graphique 01 : Part du secteur de l’éducation dans le PIB au Bénin (% du PIB).

Source : Banque Mondiale et Perspectives Monde, 2010
On y assiste à une conscience individuelle (ou sectariste), une sorte de
conscience fragmentée, démembrée ou désarticulée, dans un corpus social
béninois à la limite difforme et pollué par des transactions de souveraineté
conférées par les marges de liberté sectaires. Ce corpus essentiellement
falsifiable est facilement modifié par les contingences ou les divergences
nées de ces transactions, car elle se meut sans cette "force d’inertie" des
39normes et des institutions. Seule cette force est garante de la stabilité ou de

39- Les normes (généralement définies comme reflétant les attentes collectives pour
ce qui est considéré comme un comportement approprié dans une société donnée)
doivent être considérées ici d’un point de vue sociologique. Elles peuvent être
légales (inscrites dans le droit positif de l’État-Nation), formelles (reconnues par les
autorités de la société étudiée) ou informelles (produites par la pratique des acteurs).
31 l’évolution harmonieuse et pérenne des institutions et de tous les
mécanismes qui les sous-tendent, selon que les libertés individuelles
évoluent en phase avec les prescriptions institutionnelles. Sorte d’héritage
d’un système idéologique spécifique, une nouvelle mentalité fleurit, comme
si elle était latente. Il y a du coup un Nouvel Imaginaire, une Nouvelle
Conscience Collective née de l’évolution des mentalités qui semble légitimer
une nouvelle représentation du Pouvoir, une nouvelle relation à la
gouvernance politique caractérisée par une soif vorace et immédiate de la
Possession, de l’Avoir ; une course effrénée à l’auto profit maximum. Le
sectarisme pour le profit devient la norme, et le conformisme, le déterminant
de l’action. Un nouveau système de "valeurs" communautaire consistant en
un retournement des pratiques ou en un déni des anciennes valeurs,
privilégie alors l’individualisme et le culte personnel, dans une prédilection
des antivaleurs (contre-valeurs) comme vertus d’être ou de mieux-être.
Actuellement au Bénin, chacun existe et se prévaut comme tel. L’Ego est
exalté jusqu’à exacerbation et hypertrophie, et l’on semble ne s’épanouir
vraiment, n’exister concrètement que par rapport à la parcelle de pouvoir
dont on peut se prévaloir. Dans une privatisation de représentation sociale,
l’exercice du pouvoir se pose ainsi comme une condition perçue de la
réalisation de soi. En se développant, les ambitions individuelles à forte
charge d’égoïsme légitiment fortement les grandes trahisons ou les
défections mémorables, les limogeages fracassants et contestables de cadres.
S’ensuivent des rancœurs tenaces ou des divergences politiques notables.
L’Amitié, auparavant valeur sociétale et culturelle précieuse est aisément
falsifiable, une denrée rare à l’aune des intérêts égoïstes.
Consécutive à un déficit de comportements modèles, l’éducation
politique du Chef en hypothèque toujours la gouvernance. Les
comportements attendus de lui manquent fréquemment, rendant sa
gouvernance politique erratique et exaspérante. La préoccupation pour le
développement national est une denrée quotidienne de la vie du citoyen. La
position du Chef ou du Patron est constamment contestée (ou enviée),
comme si désormais est née et ancrée dans les mémoires ou consciences
individuelles, la possibilité de faire autant, sinon mieux que le Chef (ou le
Patron en exercice du Pouvoir) dès lors banalisé. Les initiatives sont prises
sans tenir compte de son avis généralement affaibli par un réel manque de

Les normes sociales constituent un enjeu majeur, à savoir, en premier lieu les règles
du jeu, et en second lieu, les règles permettant de déterminer qui définit les règles et
comment. Les normes orientent le comportement des acteurs et sont modifiées par
l’action collective, comme le souligne l’économie institutionnelle "classique". Les
normes s’appuient sur des valeurs ou des croyances et incluent une prescription et
des sanctions positives ou négatives. Elles peuvent influencer le comportement de
l’acteur et sont modifiées par l’action collective. Lorsque les normes sont
récurrentes, elles s'institutionnalisent.
32 réalisme politique. Il semble réduit à la portion congrue, dans une
indiscipline volontariste et une ambition délétère qui n’ont d’égales que la
banalisation du pouvoir et la minimisation de la figure du Chef qui le
représente. Cette figure n’est plus ce qu’elle était au Danxômè, comme si
elle perdit une forte charge de sacralité et de capacité de provocation du
respect, de promotion de la dévotion et de la déférence au Chef. Cette
désacralisation du pouvoir en termes de processus social et de mutation
fondamentale est emblématique de sa fragilité certaine au Bénin : elle bat en
40brèche la mystique traditionnelle du Chef qui fonde en soi le pouvoir . Il y a
alors un reniement du Sacré qui caractérise normalement le pouvoir,
monopoleur de la contrainte ou de la violence légitime. C’est ce Sacré qui lui
confère sens et puissance, respect et dévotion, usure et luxure, obéissance et
condescendance. Deux interrogations s’imposent :
 le mode actuel de gouvernance politique, moderne dans sa
manifestation, n’aura-t-il pas exacerbé la soif de puissance innée en
l’Homme qui réalise du coup la prédation sur le pouvoir comme la
condition ultime de sa réalisation d’Homme Parvenu ?
 Le changement de système de valeurs sociétales caractérisé par un
relâchement des mœurs et de la morale sociales, constituerait-il un
adjuvant fonctionnel et un facteur aggravant de la crise de légitimité
du pouvoir exercé par son détenteur qui réagirait ainsi à la défiance
collective ambiante ?
Faute d’un référent unique nécessaire au développement national, les
préoccupations existentielles personnelles, les consciences individuelles
sectaires, les contextes individualisés d’appréciation du pouvoir exercé
41marqués du sceau des rancœurs historiques , les inimitiés souvent vivaces
42entre groupes socioculturels différents , des considérations égoïstes qui
péjorent les relations inter ethniques (ou inter groupales) et polluent
significativement les rapports interpersonnels, même entre intellectuels,
sont-elles de nature à permettre à terme, l’émergence d’une Nation béninoise
où chacun se sente à l’aise d’appartenir à un même corps social pour la
conception et la rédaction d’un projet de société commun ?

40- Cette mystique du pouvoir, actuellement galvaudée, est ainsi et souvent à
l’origine de dérives clientélistes sur fond de Culte de la Personnalité : "Le Président
est l’Elu de Dieu"; "Le Président est le Fils de Dieu", "Le Président est le Seul Vrai
Arbre de la Forêt ! " ; "Le Président est comme Jésus ! " ; "Le Président est bon,
plus que le Bon Dieu…"…
41- Les réminiscences douloureuses en référence aux inimitiés et aux guerres/razzias
des royautés passées et les haines entre groupes socioculturels subtilement et
savamment entretenues de générations en générations sont quelques exemples qu’on
peut signaler ici.
42- Entre les Fon en général (spécifiquement ceux du Zou en particulier) et les
Nago/Idaatcha/Ifê/Itcha des Collines, par exemple.
33 En fait, au lieu d’être collective et nationale, la conscience au Bénin n’est
même pas nationaliste, mais elle est plutôt régionaliste et/ou sectaire. La
démarcation est sociologiquement nette entre le Même et l’Autre. Le Même,
c’est l’Autre de l’Autre au sens de Serge Moscovici ; c’est moi et tous ceux à
travers lesquels je crois me retrouver dans un univers commun ou emballer
dans une cosmogonie identique. L’Autre, source de déplaisir fondamentale,
de méfiance et d’aversion instinctives, est le Même rejeté et en sus diabolisé,
si des considérations politiques entrent en lice, aux confins des jeux et des
enjeux de la gouvernance politique au Bénin. Dès lors, le schisme devient
évident et se manifeste à travers des polarisations que révèlent
périodiquement les grandes échéances électorales – sources de pratiques
solidaires (ou solidarités collectives) factices ou réelles, éphémères ou
durables – même si le pouvoir de l’argent, exaltant les appétits
individualistes et égoïstes vient perturber, par un achat massif de
consciences, ce manichéisme toujours vivace à maints endroits.
On peut donc craindre que cette fragmentation de la conscience sociale
des Béninois exerce une influence significative sur les axes stratégiques du
développement du pays, à travers sa gouvernance politique. On devra donc
redouter que l’exacerbation de cette fragmentation donne lieu à de violences
identitaires de plus en plus cristallisées, éloignant davantage l’avènement de
43l’Etat-Nation béninois, au sens plénier du terme , même s’il est
incontestable qu’aucune région ne peut à elle seule faire élire un président de
la République au Bénin. La gouvernance politique est ainsi le support du
développement, tant il est vrai que, quelle que soit la richesse de son
soussol, un pays sera toujours sous-développé et arriéré dans un contexte social
de mauvaise gouvernance. C’est la gouvernance politique qui trace le cadre
logique de référence et le canevas directeur des actions pour le
développement. En fournissant à la société le type de dirigeant nécessaire,
l’éducation politique donne les préalables indispensables à la survenance de
la bonne gouvernance politique. Education politique et gouvernance
politique entretiennent ainsi un mariage de raison pour le
développement national.
L’éducation politique a l’un des aspects suivants : l’association de la
socialisation à la production du souverain. Elle présente ainsi de nombreux
avantages. Pédagogiquement, l’éducation à la vie (socialisation) crée la
pensée et développe les facultés intellectuelles nécessaires à l’être comme
sujet actant. De même que l’éducation n’a de sens que si elle forme le
caractère, l’éducation politique ne rencontre sa finalité que dans la formation
réussie à l’exercice de la charge royale. Economiquement, elle fait acquérir
les dispositions indispensables à la reproduction sociale rentable, par la
facilitation des ressources productives idoines. Socialement, elle aide le futur

43- Toutes choses égales par ailleurs, les cas serbes et bosniaques qui désintégrèrent
la Yougoslavie sont édifiants à cet effet.
34 dirigeant à prendre conscience de ses droits et devoirs (obligations) envers la
communauté et son environnement institutionnel. Politiquement, elle permet
à un système politique – fût-il dynastique – de se constituer, de se
cristalliser, de se perpétuer et de se maintenir pendant des siècles, dans un
contexte de bouleversements socioéconomique, politique et culturel.

2. Champ de la recherche

En matière de grandes organisations socio-économiques et politiques, les
royaumes du Sud-Dahomey, notamment ceux du Danxômè (Abomey),
44 45 46d’Allada , de Kétou et de Porto-Novo , ont imprimé un cachet spécial à la
sociologie du développement du Bénin. A Abomey, la structure sociale
dominante œuvre de telle sorte que la texture sociale qui régentait la vie des
individus dans ses jeux et enjeux, était bien internalisée par toutes les
communautés prenantes à la vie de la Cité. Hiérarchisée, elle était fortement
centralisée et les ambitions individuelles qui s’ajustaient constamment,
s’autogéraient régulièrement, sans sectarisme probant. Les rôles et les
devoirs étaient assumés consciemment et objectivement, avec une telle
diligence et une harmonie si évidente qu’on se demandât si la possibilité
toujours présente de voir réprimée toute action contraire, était la seule raison
explicative de cette discipline sociale et de vie observée par lesdites
communautés, individuellement ou collectivement. Le rayonnement du
royaume du Danxômè était international.
A Allada, berceau de tous les royaumes du Sud-Bénin, la préséance du
royaume d’Allada a toujours été reconnue, ne serait-ce que de manière
religieuse et symbolique. Même le royaume d’Abomey devenu le plus
puissant et d’hégémonie régionale, reconnut cette importance
magicospirituelle du royaume et le pont n’a jamais été rompu entre les deux
royaumes. L’envoi réciproque de dignitaires de haut rang à toutes les
manifestations cultuelles ou culturelles de haut niveau dans les deux
royaumes est un fait qui est demeuré marquant et emblématique de cette
symbiose.
Le royaume de Kétou suscite encore le respect et l’admiration des
dignitaires du royaume de Danxômè à cause de sa grande organisation
sociale, politique et militaire. Même le siège finalement réussi du roi Glèlè
ne diminuera rien à cette admiration. De plus, la notoriété personnelle et la
force mystique du roi de Kétou (réelle ou supposée) sont restées des sujets
supplémentaires de cette admiration renforcée par les échanges sociaux et
économiques des populations du Zou et de l’Ouémé, par l’axe
KpédékpoAdakplamè-Kétou.

44- Allada/Tado/Adanhounsa/Arde : la ville aux quatre noms.
45- Kétou vient de "Kétou ké ?" = "Qui peut arracher la bosse au bossu ?"
46- Porto-Novo/Adjatchê/Xògbô-nù : la ville aux trois noms.
35 Quant au royaume de Porto-Novo, le souvenir qu’en gardent de
47nombreux dignitaires fon d’Abomey est celui du frère traître (ou impie) ou
du cousin ingrat (ou renégat) qui aura assidûment comploté avec les
Français, sous la forme d’un protectorat – ou d’une allégeance qui ne s’est
point avouée – pour la destruction par ces derniers du royaume frère
d’Abomey qui se posait déjà comme une hégémonie nationale. "… Le
èmeroyaume de Xògbô-nù ou Porto-Novo, fondé au début du 18 siècle, était
48un royaume frère de celui du Danxômè, parce que le souverain gun et le
souverain fon sont issus du même ancêtre" (Vidégla, 2009 :97). Les
justifications a posteriori et extra tempora des intellectuels ou dignitaires
erdescendants ou non du roi Toffa 1 n’ont encore en rien émoussé cette
49conception populaire du type porto-novien peu fiable, par principe . Cette
conception, du reste, semble ainsi coller à la peau de Maître Adrien
50Houngbédji, sérieux candidat à l’élection présidentielle de 2011 mais
toujours incompris dans ses motivations et par ses pairs.
A décharge, le pouvoir colonisateur avait une capacité de coercition, de
répression et de brutalité effrayantes, sans que les actes de fronde et de
défiance périodiques, épisodiques et sectoriels, soient absents du quotidien
vécu par les communautés colonisées. Il y a donc lieu de se demander si une
autre raison, plus puissante ou plus motivante celle-là, n’explique pas la
mobilisation collective à l’accomplissement des tâches que l’on observait
dans lesdites communautés. Toutefois, auto réaction de prudence et de
circonspection pour la préservation de sa propre vie en termes d’intégrité
physique et mentale, l’instinct de conservation, seul, n’explique pas
l’engagement à la participation citoyenne qui sous-tendait l’évolution
soutenue du royaume du Danxômè. Il y a comme une dynamique interne
propice à la gouvernance politique, un dispositif particulier de mécanismes
endogènes de la gestion du royaume, qui structure et déstructure les relations
sociales et interpersonnelles, allie les intérêts égoïstes ou corporatistes du
moment et oppose stratégiquement les antagonismes qui visent le non
enracinement pérenne du pouvoir royal, le déboulonnement ou la

47- En langue Fon (nom et adjectif) = du Danxômè, d’Agbômè, Danxômènu,
Agbômè-nu
48- Langue Gun (nom et adjectif) = de Xògbô-nù ou Porto-Novo, d’Ajacè ou
Xògbônù-tò ou Porto-Novien, d’Ajacè-nu
49 er- Le prince Daasi (futur roi Toffa 1 ) qui n’avait pas été élevé à la cour du roi
Glèlè, y a plutôt été formé à l’exercice de la charge royale, à l’exercice du pouvoir
royal. Une certaine tentative de "réécriture" de l’histoire de Porto-Novo s’observe
erdepuis la célébration du centenaire de la mort du roi Toffa 1 . Faute de consensus
éprouvé par des matériaux scientifiques probants, nous nous contentons des
informations disponibles vérifiables par tous.
50- La cinquième élection présidentielle et la douzième élection de l’ère
démocratique.
36 déstabilisation des acquis royaux, quels qu’ils soient. Une sorte de
dynamique vigie de l’évolution spatiotemporelle de la royauté existait, forte
de pratiques solidaires séculaires.
Cette gouvernance politique s’auto entretenait résolument et se
maintenait conséquemment par le savoir-faire politique incontestable du roi,
socialement perçu comme le Missionné Préparé et Outillé à la tâche dévolue
mais puissamment soutenu par les dignitaires et les conseillers qui sont les
piliers de le Cour Royale, substratum de toute durabilité du Pouvoir royal.
Le roi était suffisamment humble pour se savoir limité et dépendant. Il se
savait mortel et redevable de sa gouvernance devant ses ancêtres tutélaires.
Se sachant faillible et vulnérable, il s’appuyait sur la Cour, pour limiter au
maximum ses errances ou ses fourvoiements de gouvernance.
Les éléments de connaissances du terroir – mystiques ou magiques – et
les sources de pression ou de coercition manifestes ou latents (les interdits et
les non-dits) savamment entretenus et protégés par les gardiens
spirituels/occultes du royaume, constituaient quelques-uns des moteurs de
cette dynamique : le pouvoir temporel était de nature et d’essence divines ou
tutélaires et le roi demandait quotidiennement les avis de ses ancêtres
désincarnés pour gouverner. Chaque jour naissant est placé, sans
désemparer, sous la protection des oracles et des consultations du fâ, de
manière à ce que chaque action ou décision de ce jour se justifie à l’aune de
la figure du fâ qui le régit. Il y a donc une dynamique bivalencée de la
gouvernance politique royale : dynamique temporelle secondée et assistée de
la dynamique mise en branle par les forces invisibles tutélaires auxquelles
tout le royaume croyait réellement.
De fait, tour à tour puissant et assujetti, le roi était ainsi acteur et sujet –
donc actant – dans des cadres normatifs qui régentaient et pérennisaient son
pouvoir emblématique du projet de société qui le portait. Ces éléments, en
parfaite symbiose avec les repères socio-anthropologiques de l’importance
des ressources humaines comme acteurs sociaux essentiels, incontournables
dans le développement d’une cité organisée, mettaient en exergue les
interactions dialectiques nécessaires à l’équilibre du système social porteur
51du royaume, avec pour finalité le maintien à l’endroit (au pouvoir) du roi .

51- Les coups d’Etat au roi, épars dans l’Histoire du royaume du Danxômè,
n’obéissaient qu’à des justifications objectives et légitimes. Ainsi,
l’empoisonnement du Roi Agonglô par une de ses femmes, avec la complicité des
siens, visait à rétablir la prestance du Royaume soumise à rude épreuve, par les vues,
les positions ou les comportements sexuels plutôt laxistes et libertaires du Roi. Le
coup d’Etat au roi Adandôzan se justifierait par son déni du statut particulier du
Prince qu’il aurait commencé à traiter comme tout le monde, notamment comme les
esclaves. Il aurait vendu comme esclave la mère du Prince Gakpé, futur roi Gézô qui
ne l’aurait jamais revu, malgré moult recherches.
37 Le facteur religieux en son aspect coercitif et fédérateur, maintenait une
relative cohésion sociale. Croire en une même entité religieuse jouait le rôle
de ferment et de ciment de cette cohésion. Chacun et tous se sentaient ainsi
liés à une entité palpable ou virtuelle, fusionnés et phagocytés dans un
creuset, en un tout apparemment homogène, mais entité toujours dynamique
se structurant et se déstructurant sans cesse, dialectiquement, mais souvent
de manière imperceptible, souvent par crises ou remises en cause. Les
sanctions de divers ordres (mystique, physique, social…) tombaient comme
des éléments de régulation opérationnalisés pour rétablir l’ordre établi,
auparavant "blessé" dans sa chair et dans sa constitution – donc dans sa
substance – par tel ou tel acte déviant, déstabilisateur de l’ordre social établi.
Notre champ d’analyse est donc l’arène sociopolitique béninoise constituée
d’acteurs sociaux de motivations parfois convergentes, dans des processus
et réseaux sociaux ultimement peu différents les uns des autres, pour des
attitudes et comportements assimilables. Comment le roi arrivait-il à jouer
avec toutes ces donnes sociales ?

2.1. Question de départ

Le développement socioéconomique d’une entité territoriale est toujours
porté par sa gouvernance politique. Les fondements sociologiques et
institutionnels de la royauté, socle de l’exercice de la gouvernance royale, en
ont déterminé les mécanismes de développement et de durabilité. La gestion
efficiente des ressources disponibles était la garantie de son développement
socioéconomique. Espace de production et de reproduction sociales, donc de
sens et de puissance, le royaume du Danxômè était de ce fait une puissante
nation de rayonnement international. A l’inverse, de nombreux pays
africains à sous-sols gorgés de richesses pataugent dans la mare de la
52pauvreté, du fait d’une malgouvernance politique. L’absence de vision
partagée et la prédominance des improvisations et choix hasardeux sont en
fait des freins historiques au développement. Le Bénin, riche de ses
ressources extra minières, n’est pas logé à meilleure enseigne. Les échecs
retentissants de gouvernance politique, malgré l’ovation initiale du début de
mandat présidentiel jusqu’au désenchantement de fin d’exercice du pouvoir
d’Etat, y suscitent moult interrogations. Qu’est-ce qui, dans le management
politique du dirigeant élu (à la limite plébiscité), put faire défaut ou mal
fonctionner au point de replonger le pays dans les incertitudes du
sousdéveloppement ? Telle est notre question de départ (question de
développement).
Cette recherche postule que, acteur social privilégié et partie prenante de
toutes les coopérations, le Roi, pour réussir son règne y a été adéquatement

52- malgoverno, en sicilien.
38 préparé et formé, contrairement aux dirigeants néo machiavéliens. Initié à
l’exercice de sa charge et conséquemment maître des coopérations, il en
domine tous les enjeux et les processus sociaux, dans un espace public
militant acquis à la cause. L’existence d’une corrélation parfaite entre la
bonne gouvernance et l’exhibition d’une bonne éducation politique paraît
évidente. En somme, tenant compte de la mentalité agissante, l’éducation
politique du dirigeant (roi ou président de la République)
détermine-telle sa gouvernance politique au Bénin ? En d’autres termes, existe-t-il au
cours de la période de prééminence dynastique, une culture spécifiquement
royale portée vers la pérennisation du système monarchique et, le cas
échéant, par quelle mentalité une éducation pareille peut-elle davantage
concrétiser et mieux structurer – donc conditionner – la gouvernance
politique pour le développement sous les gouvernements étatiques du Bénin
?
Cette interrogation amène une autre tout aussi importante : de quoi doit
être faite l'éducation d'un enfant appelé à régner ? Quelles qualités, vertus,
connaissances faut-il imprimer dans son esprit pour le préparer à exercer le
métier de roi ? Existe-t-il un savoir de la politique qui soit propre au prince ?
Du Moyen Âge aux Lumières, de nombreux juristes, prélats, lettrés,
philosophes, apologistes et censeurs de la monarchie absolue, se sont
efforcés d'éclairer ces questions.
C’est au vu de ces préoccupations liminaires que cette recherche qui veut
formaliser le lien entre une éducation politique appropriée et une
gouvernance politique porteuse de développement, se justifie parfaitement.
Analyser les éléments de fondation et de légitimation de cette relation entre
l’expérience politique, fruit de l’éducation politique du dirigeant, et sa
gouvernance ne manque pas d’intérêt. D’où l’intérêt de cette étude pour
concrètement établir la relation supposée entre l’éducation politique du
dirigeant et sa gouvernance.

2.2. Intérêt du sujet

Pourquoi ne pourrait-on pas mettre en relation l’éducation et la
gouvernance politique ? Parler de "Education et gouvernance politique"
ébranle une problématique polymorphe et suscite d’emblée plusieurs
niveaux d’analyse non envisageables dans une recherche unique, du fait de
sa grande généralité. De quelle éducation traitera-t-on en conjonction avec la
gouvernance politique : éducation formelle ? informelle ? moderne ?
traditionnelle ? technique ? professionnelle ? … L’une ou l’autre peut très
bien être modélisée avec la gouvernance politique, moyennant la
problématique appropriée ! On comprend donc aisément que l’éducation
dont il s’agit dans le binôme de formalisation éducation – gouvernance
politique doit nécessairement être qualifiée, pour une circonscription
adéquate du champ d’analyse. C’est ce qui fut fait, nous focalisant sur
39 l’éducation politique dans ses interactions avec la gouvernance politique. En
l’espèce, s’interroger sur l’importance de l’éducation politique en interaction
avec la gouvernance politique pour le développement d’un pays, est utile
parce que, si la politique est souvent considérée comme un art, il faut plutôt
l’appréhender comme une science avec son objet, son but et sa méthode.
Notre ambition n’est toutefois pas d’étudier toutes les interactions entre
l’éducation politique et sa gouvernance dans tous les domaines. Nous
voudrions nous attaquer principalement aux relations bilatérales entre politique et la gouvernance de la même épithète, pour le
développement durable du Bénin. Sont donc exclues de notre champ
d’investigation, les interactions des autres types de gouvernances
(économique, locale, des entreprises, ...).
Comparer le passé au présent permet de bien percevoir le lien suspecté.
Une gouvernance politique réussie semble bien liée à une éducation de la
même épithète, à cause de la conjonction de nombreux éléments vibrant en
phase. A cause de cette conjonction réussie, il y a un fond commun de
conduite sociale, un modus vivendi, un arsenal de convenances et de
bienséances connues et respectées de tous, pour générer le comportement
attendu. L’internalisation de pratiques sociales attendues a toujours été le
fruit d’un formatage sociopolitique adéquat, d’une éducation politique
donnée au peuple par le plus puissant des canaux : la famille et le clan dont
les membres sont les vecteurs à charge de la bonne conduite sociale de leurs
pairs (les frères et sœurs). C’est, entre autres, pour respecter cette nécessité
de dynamique sociale que le précepte de morale sociocommunautaire suivant
a été institué : lô winyan on vè winyan wè (littéralement : la honte du caïman
est celle du varan).
Dans le royaume du Danxômè, l’éducation politique est basée sur les 41
articles du Code du fondateur de la dynastie des Hwégbajavi, promu et
vulgarisé dans le royaume, selon la méthodologie et la pédagogie
appropriées. Celles-ci avaient consisté en une popularisation tous azimuts
qui faisait du respect des préceptes et des recommandations le passeport de
tranquillité et de concorde sociales. En faisant de la sanction ou des
représailles pour cause d’infractions ou d’entorses au Code de Hwégbaja
l’instrument de dissuasion et de mise en œuvre par excellence, elles
promurent la récompense et le laisser-vivre comme une prime à la bonne
conduite et à la vie tranquille. Ainsi, si la menace de punitions en cas de
fautes ou de transgressions est bien martelée à toutes les occasions de
vulgarisation du Code, le miroir de la récompense pour respect et bonne
conduite envers ce code est aussi constamment agité, pour montrer le mérite
qu’il y a à plutôt l’adopter et le respecter. Cette discipline de fer librement
consentie qui constituait le ciment et le ferment de cette cohésion sociale
était bien trouvée pour contenir dans son espace de liberté, cette
communauté danxôméenne frondeuse et libertaire par principe, mais friande
de délégation de souveraineté par voie de représentativité. Ces 41 articles
40 seraient-ils à l’origine de la forte croyance fon selon laquelle "le monde est
dirigé par 41 intelligences" ? Faute de pouvoir dater précisément l’origine
de cette croyance, on ne saura jamais si elle précède l’instauration de la
dynastie des Hwégbajavi.
Ce code ainsi socialement valorisé avait une valeur de bréviaire et de
référent à tous les administrés du royaume, contrairement à la Constitution
du Bénin en date du 11 décembre 1990 peu connue et conséquemment mal
internalisée, même par les intellectuels. Faute de vulgarisation appropriée,
cette loi fondamentale est uniquement bien connue des intellectuels
intéressés qui s’en servent comme outil de débats ou de rhétoriques. Ainsi,
contrairement aux Danxôméens qui avaient bien internalisé le Code de
Hwégbaja, peu de Béninois sont habilités à aisément disserter sur leur Loi
Fondamentale du 11 décembre 1990 qui n’aura jamais été popularisée ou
vulgarisée. La vulgarisation permanente et intergénérationnelle du Code de
Hwégbaja en avait garanti le respect et la forte prégnance sociale. La
méthodologie et la pédagogie appropriées avaient été utilisées, faisant de la
large information le principe d’internalisation de ses articles ou préceptes.
L’ironie veut qu’au Bénin, de nombreux hauts responsables soient bien
analphabètes et parfaitement ignorants du contenu de cette Loi
Fondamentale du Bénin dont ils sont pourtant les ministres ou les
dignitaires.
Il s’agit ici d’expliquer de "l’intérieur" les conséquences et les
perspectives de la dialectique qui prévaut entre éducation politique et
gouvernance politique. Produit de cette dialectique et dérivée de la
préoccupation fondamentale, la culture politique est un concept polysémique
53plus difficilement opérationnalisable . En fait, réfléchir sur la relation entre
l’éducation politique du dirigeant et sa gouvernance politique est intéressant
au double point scientifique et pratique. (i) Au plan scientifique, il s’agit de
l’analyse d’un instrument fondamental de développement, à savoir la
gouvernance politique car, c’est de sa façon de se déployer à travers les
diverses politiques macro ou sectorielles dont dépend le développement
durable d’un pays. Cette recherche se propose de contribuer à la réflexion
54sur la prise en compte de l’éducation politique du Prince en termes de son
savoir-faire dans la gestion de la cité.(ii) Au plan pratique, le sujet répond à
un besoin : une élaboration comme la nôtre sur un pays africain de
moult mutations sociopolitiques comme le Bénin, fait parfaitement
défaut. La difficulté à disposer de la documentation spécifique renforce cette
affirmation. En outre, le sujet est d’autant plus intéressant qu’il fait appel à

53- Le concept est un envisagé ici comme un outil de problématisation, bien plus
qu’une simple définition ou une simple notion. Il implique une conception
particulière de la réalité étudiée, une manière de la considérer et de l’interroger.
54- Prince est pris ici dans son sens machiavélien, c’est-à-dire tout Dirigeant de
Cité/Etat potentiel.
41 des connaissances spécifiques en sociologie du développement, sociologie
politique, sciences politiques, psychosociologie, anthropologie et en
démographie. Les réflexions se retrouvent ainsi à l’intersection des sciences
sociales et des sciences politiques pour contribuer à la sociologie du
développement du Bénin.
En résumé, cette recherche veut contribuer à l’inéluctable renversement
de perspective en matière de développement des pays comme le Bénin.
Alors que c’était la politique qui expliquait l’éducation nationale, c’est
l’éducation politique du dirigeant qui voudrait expliquer sa gouvernance
politique pour le développement national. Les réformes politiques
déterminaient les réformes éducatives ; la gouvernance politique sera
expliquée par l’éducation politique. La recherche est donc intéressante parce
que, en dehors de l’élaboration d’une théorie sociologique des rapports
55sociaux entre la gouvernance et l’éducation politiques, elle constitue, pour
son développement, une contribution à la bonne gouvernance au Bénin et sur
le continent africain. La bonne gouvernance étant source de développement
humain durable, elle impulse celui des Etats africains néo machiavéliens
comme le Bénin. La question de recherche à laquelle elle répond confirme
cet intérêt.

2.3. Plan de la recherché

La première partie intitulée "Fondements théoriques et méthodologiques
de la recherche" constitue la base architecturale du travail. Elle en fournit,
56d’une part, la problématique , la revue de la littérature et l’approche
théorique et, d’autre part, ses objectifs de la recherche et hypothèses de
57recherche .

55- Selon Quivy & Van Campenhoudt (2006 : 111), "un rapport social se présente
comme une coopération conflictuelle d’acteurs qui coopèrent à une production
(comprise dans son sens le plus large, par exemple de biens et de services, d’une
formation générale ou professionnelle, de l’organisation de la vie collective…) mais
qui entrent inévitablement ainsi en conflit en raison de leurs positions inégalitaires
dans la coopération ou, ce qui revient au même, de leur emprise inégale sur les
enjeux de leur coopération (la définition des objectifs ou la rétribution des
prestations, par exemple)".
56- "La problématique est l’approche ou la perspective théorique qu’on décide
d’adopter pour traiter le problème posé par la question de départ. Elle est l’angle
sous lequel les phénomènes vont être étudiés, la manière dont on va les interroger."
Quivy & Van Campenhoudt (2006 : 75).
57- L’hypothèse traduit cet esprit de découverte qui caractérise tout travail
scientifique. Fondée sur une réflexion théorique et une connaissance préparatoire du
phénomène étudié (phase exploratoire), elle se présente comme une présomption
non gratuite portant sur le comportement des objets réels étudiés (Quivy & Van
Campenhoudt, 2006 : 112). Elle procure à la recherche un fil conducteur
42 La seconde, libellée "Situations passées de la gouvernance politique dans
un contexte d’exercice d’une éducation politique formalisée" statue sur les
mécanismes et les pratiques solidaires ayant fait le nid aux interactions entre
l’éducation et la gouvernance politiques au Danxômè et au Dahomey, de la
royauté du Danxômè à la post colonisation. En tant qu’émanation concrète
d’une éducation politique faite de gouvernance politique dans un contexte de
centralisation d’un pouvoir fort, le Danxômè était un bel exemple de
construit social qui illustre bien notre problématique. Il montre en fait
comment une éducation politique séculaire formalisée mit à la disposition du
dirigeant (le roi) qui y est moulu, tout l’arsenal et le cadre normatif approprié
à une bonne gouvernance pour le développement du royaume du Danxômè.
La partie III "Dynamiques actuelles de la gouvernance politique dans un
contexte déficient d’éducation politique", part du 26 octobre 1972, comme
rupture déclarée avec la néo colonisation, pour se projeter dans la
modernisation de l’économie nationale. En tant que révolution, donc, tour à
tour changement de paradigme politique et redéfinition d’ordre, son mode
opératoire basé sur une idéologie fossilisée bien affirmée, postulait qu’une
certaine éducation politique (révolutionnaire marxiste-léniniste) devrait être
mise au service d’une gouvernance de la même épithète, pour le
développement national. Les relations entre une éducation politique
génératrice de l’Homme Nouveau (Le Béninois produit d’un système) et une
gouvernance politique à contours idéologiques bien balisés, devaient
permettre d’envisager un développement national inexorable. Envisageant
"éliminer définitivement l’ancienne politique à travers les hommes, les
58structures et l’idéologie qui la portent" , cette dynamique de changement
social qu’était la Révolution devait fournir les bases matérielles de ce
développement, tout en instituant une éducation politique révolutionnaire de
masse. Cette partie de la recherche permet ainsi de statuer si les fruits
révélèrent la promesse des fleurs, au regard de la vie de la République,
depuis le 26 octobre 1972 jusqu’à ce jour, en passant par le Renouveau
démocratique.
Sans être un réquisitoire contre les pesanteurs contemporaines du
développement national, la dernière partie intitulée "Perspectives de
développement prenant en compte la synergie entre l’éducation politique des
dirigeants et leurs gouvernances politiques : innovation pour le
développement national" n’en élabore pas moins un bilan objectif. Elle
postule la mentalité rétroflexiviste du Béninois comme la plus grande
pesanteur à l’émergence des conditions favorables audit développement. La
résorption des tendances lourdes du sous-développement du pays, qui

particulièrement efficace qui, à partir du moment où elle est formulée, remplace la
question de recherche dans cette fonction, même si celle-ci doit rester présente à
l’esprit (op. cit. p.114)
58- cf Discours-Programme du 30 novembre 1972.
43 exsudent de cette pesanteur servira de propulseur du développement. Des
propositions concrètes, en guise de perspectives d’avenir, sont ainsi
dégagées. Notamment, la conception originale d’un modèle pour la
formation du dirigeant approprié au développement national. Cette
contribution de la recherche à la connaissance de la sociologie du
développement au Bénin se veut une réponse existentielle à la situation
nationale.
Illustration du sociopolitique au service du développement, cette
recherche se situe dans une optique de changement. Document de travail
promoteur d’idées développementalistes, elle est posément critique.
Laudateur d’un quelconque régime politique, son risque est grand
d’apparaître comme un opuscule réactionnaire, un pamphlet propagandiste
ou partisan. C’est pour échapper à cette critique qu’il a essayé d’être critique
pour être constructeur.

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Partie I

Fondements théoriques et méthodologiques de la
recherche



Chapitre I
Fondements théoriques de la recherche

Introduction

Après les généralités nécessaires sur le royaume du Danxômè, ce chapitre
présente la problématique, les objectifs et hypothèses de recherche d’une
part, la revue de la littérature et l’approche théorique de la recherche, d’autre
part.

1. Généralités

Le sud et le centre du Bénin ont connu un destin commun aux peuples du
golfe de Guinée tandis que le nord, frontalier du Niger et du Burkina-Faso,
partage celui des peuples de la savane. Cette opposition fonde les
qualificatifs d’"Afrique des greniers" (en référence au grenier de maïs ou de
mil des savanes africaines, comme au Mali, au Niger ou au Burkina Faso) et
l'"Afrique des paniers" (située autour de l'Equateur et correspondant à
l’Afrique occidentale, au sud de tous les pays littoraux du Golfe de Guinée.
En raison du climat équatorial favorable à l'agriculture, rien ne sert
d'entreposer, il suffit juste de "porter") (Berbain, 1942 ; Site Beninsis, 2007).
Le Danxômè (Abomey, Allada, Porto-Novo et Kétou) en ses composantes
socioculturelles (Fon, Nago, Yoruba), a une relation à la terre extrêmement
déterminante pour sa gouvernance politique.
Des références sont ainsi faites aux royaumes d’Allada, de Porto-Novo et
Kétou, en raison de leurs relations spécifiques passées avec celui du
Danxômè. Les quatre ont les points de convergence suivants :
 un fonds sociohistorique commun : les interactions ethniques et leurs
implications sociales et politiques (brassages interethniques entre aja
kotafonci-maxi-nagô-yoruba) ;
 une culture politique identique : la culture politique autocratique toujours
soumise aux intrigues et aux violences du dehors. Par diffusion sociale,
cette culture s’est, sur plusieurs générations, infiltrée dans les pores
sociétales et imbriquée dans les fibres biologiques des Béninois. Grâce à la
socialisation et à l’éducation en vogue dans les familles béninoises
patrilinéaires et patrilocales, cette diffusion détermine fortement le type de
personne dont le Sud-Bénin peut se prévaloir. La socialisation
transgénérationnelle veut ainsi que la figure dominante dans une
collectivité soit celle du Chef, du Patriarche, du Référentiel dont la voix est
prééminente. L’Histoire enseigne que le Béninois s’est toujours, de fait,
aligné pour le respect de la force ou rangé, face à l’exercice violent ou
brutal de l’autorité agissante, quitte à développer ensuite des ruses ou des
intrigues échappatoires en termes de stratégies de survie. Délicat, il a
47 horreur de se voir rudoyer et meurtrir dans sa chair parce que rossé par la
59force brute de l’Autorité ou tabassé par les brutalités de ses succédanés .
L’autre raison de validation du thème de la recherche est que le type de
gouvernance en République du Bénin a beaucoup de similitudes avec
l’ancien royaume du Danxômè. Celui-ci était en Afrique Occidentale du
ème18 siècle, l’un des plus structurés et des mieux organisés au point d’être,
comme la république actuelle, un Etat-Nation (Ahanhanzo Glèlè, 1974 : 15).
Son mode de fonctionnement est plus proche de celui de la monarchie
danxôméenne que des autres types borgu ou autres: un Etat central fort avec
un président de République constitutionnellement tout-puissant,
pratiquement un empereur.

2. Le royaume du Danxômè

L’aire du royaume du Danxômè retenue ici s’inspire des repères fournis
par P. Manning, lorsqu’il centre son histoire économique du Golfe du Bénin
sur la partie sud de l’actuelle République du Bénin, un rectangle de 100 km
d’est en ouest et de 200 km du nord au sud, qui inclut les populations
AjaEwé de l’Ouest et la plupart des populations Yoruba de l’Est. Ce royaume
ème èmequi domina cet ensemble aux 18 et 19 siècles, s’adjugeait 40% de la
population de la région et 20% de la superficie (Ologoudou, 1980). D'après
èmeAhoyo (2006), le Danxômè était, à la fin du 19 siècle, la première
puissance militaire de la région du Golfe du Bénin, en réponse aux pressions
permanentes du royaume d’Oyo avec qui il eut une opposition permanente
èmedepuis le 17 siècle. C’est ce contexte conflictuel qui fournit les conditions
de l’apparition d’un Etat de type nouveau, le Danxômè, phénomène de toute
importance pour la détermination de la nature de l’accumulation intervenue à
partir de la traite esclavagiste et les conflits que celle-ci entraîne. On porte
ainsi le regard, tantôt sur les régions côtières d’El-Mina à Lagos, tantôt sur
les circuits plus continentaux de l’intérieur des terres vers l’Empire d’Oyo.
Pour la période coloniale, on considèrera le Dahomey, dans son ensemble
Nord-Sud (FOA, 1895). Et ce, d’autant que les perspectives d’une approche
globale deviennent plus claires, à partir, notamment, des travaux de L.
Lombard (1967) sur les structures de type "féodal" dans le Borgou, ceux de
Debourou (1979) sur les chefs et commerçants du même Borgou et l’article
de Dramani (1978) sur la mise en place des populations et l’importance
ème èmeéconomique du Nord entre les 14 et 18 siècles.
L’occupation spatiale au niveau de chaque palais passe par la présence de
cours hiérarchisées destinées à certaines pratiques et cérémonies royales. Les

59- Le type de gouvernement imposé par la Constitution de 1990 qui fait du
Président de la République pratiquement un monarque, puisque possédant tous les
pouvoirs, semble donc bien être celui qu’il faut au Béninois plutôt enclin à aimer le
Chef fort, puissant et humain.
48 palais royaux d’Abomey sont ainsi un ensemble constitué de bâtis et
d’espaces que délimitent par endroits des murs de clôture et des murailles de
hauteur impressionnante (Gonçalvès, 1997). Leur site est le noyau autour
duquel gravitent de nombreux autres sites et lieux rattachés. Ce sont
principalement : (i) les palais princiers situés à Abomey (sauf ceux de Dakô
et d’Agonglô) et les palais secondaires dans la ville sainte de Kana ; (ii) les
lieux de culte vôdun qui comprennent les temples et les couvents dédiés à
des divinités Sakpata, Lissa, Egungun, Ninsuxwué, Xêbiôsô (Verger, 1952);
(iii) les forêts sacrées de Didô, Gédévi, Örô ; (iv) les lieux de rituels et de
repos des esclaves ; (v) le fossé d’enceinte (Agbôdô) autrefois large de près
de 6 mètres et profond de 8 mètres environ.
Le site classé couvre une superficie d’environ 44 hectares comprenant
une aire muséale de deux hectares. Y sont inclus les vestiges des palais des
rois, les palais et les tombeaux des Kpòjìtò (reines mères), les habitations des
Tasinon (princesses chargées des cultes des ancêtres), et le quartier des
Dàdàsi (princesses incarnant les rois défunts) dont la visite est strictement
interdite aux hommes la nuit et aux non initiés pendant les cérémonies. Il y
existe : des temples à l’image de celui de l’ancêtre mythique Agasù, la
banque des cauris, le marché où s’approvisionnaient les femmes des rois, la
cour des amazones (Agbôdjannangan). Le palais royal est ainsi un élément
de mise en valeur de l’immatériel, de prestige et de la dynamique du pouvoir
royal. Abomey, ville de l’actuelle République du Bénin, dans le Golfe du
Bénin, était la capitale de l’ancien royaume du Danxômè (Dahomey), située
à plus de deux cents kilomètres de la côte. Au cœur de la cité, les palais
royaux sont encore un témoin matériel majeur de cette civilisation
(Gonçalvès, 1997).
Après la consolidation de la dynastie royale danxôméenne par le prince
Agassouvi Ahô, surnommé Hwégbaja à son accession au trône au début du
ème17 siècle, les vagues successives d'émigrants Alàdànù qui ont alimenté le
peuplement du plateau d'Abomey contribuèrent à la constitution du grand
groupe ethnique Fon. Pendant près de deux siècles et demi, la monarchie
d'Abomey entreprit de nombreuses expéditions guerrières pour étendre sa
suprématie sur les États voisins: les royaumes Yoruba à l'Est, les Wémènu
du plateau de Zagnanado, le royaume d'Allada et les royaumes côtiers. Dans
la région côtière, le royaume des Xwédà connut un essor dû aux ressources
de la pêche, de la chasse et à l'arrivée des Européens. Cette prospérité ne
manqua pas d'attirer la convoitise des royaumes voisins, notamment celle des
monarques du Danxômè qui, par ailleurs, recherchaient un accès à la mer en
vue de faciliter le commerce des esclaves. Pour ce faire, le Roi Agaja
surnommé le Roi Conquérant, entreprit de conquérir d'abord le royaume
d'Allada. Après sa chute en 1724, ses troupes assujettirent la ville royale de
Sahè en février 1727. (Site beninensis.net consulté le 03 mars 2007).
La ville de Ouidah, fortifiée par la supériorité de ses armes modernes
résista aux troupes d'Agàjà. Une garnison dénommée "chavi" fut installée à
49 l'emplacement actuel de Savi pour servir d’élément d’avant-garde au
renforcement de la protection définitive de Ouidah en novembre 1841. Ainsi
fut établie la suprématie du royaume du Danxômè sur les royaumes de
Xwédà et Allada. Tous ces royaumes ont un référentiel commun :
institutions formalisées, les garants de leur légitimité ont été formés à
l’exercice de leurs charges royales. Le Roi, éduqué et initié à sa charge dans
le moule approprié par les dignitaires habilités, l’accomplit dignement, dans
le respect et la crainte de la Tradition, soutenu en cela par ses conseillers de
la Cour royale qu’il est tenu d’écouter. Ces derniers qui tiennent à leur vie et
à la garantie de leur survie, le conseillent de ce fait dans le strict respect des
paramètres ontologiques de la royauté (Ologoudou, 1980).
èmeAinsi au 19 siècle, territoire permanent allant d’une part, des monts
Maxi à la mer, et du fleuve Couffo au fleuve Ouémé et d’autre part, un
pouvoir central contrôlant un peuple (les Danxômènu), une administration
territoriale très structurée et une économie dirigée et dynamique, tel se
60présentait l’Etat-Nation du Danxômè, pluriethnique mais uni linguiste et
fortement centralisé dont nous étudions l’éducation et la gouvernance
politiques. Par contre, la république issue de la colonisation (actuelle
république du Bénin) et amputée en 2004 de l’île de Lété, faute d’arguments
61de la partie béninoise à La Haye , a désormais une superficie de 114.673
2km .

Section 1: Problématique, Objectifs de la recherche et Hypothèses de
recherche

1.1. Problématique

C’est par la problématique que la question de départ se transforme en
question de recherche (Quivy & Campenhoudt, 2006). La problématique
62élaborée permet la construction du modèle d’analyse , en transformant la
question de départ en question de recherche. Suivent : la construction du

60- Conquis ou pacifiés par les différents rois Hwégbaja, Xwédà, Nago, Maxi,
Agonlìn, Ayizò, Dàsà, Shabè, … relevaient tous de Hwégbaja qui les avait fondus en
un seul et même peuple. Les Danxômènu avaient le profond sentiment d’appartenir à
une même communauté, qu’ils fussent Fon d’origine ou non. Les rois passent, mais
le trône de Hwégbaja, unique, est permanent et pérenne.
61- Une lecture attentive de la décision finale renseigne que c'est essentiellement par
faute d’arguments que le Bénin perdit 11 plus grandes des 17 îles au profit du
Niger ; notamment l’île de Lété, une des plus riches en ressources naturelles,
minières et énergétiques.
62 - "Un modèle est un système d’hypothèses logiquement articulées entre elles. Le
modèle d’analyse d’une recherche est cet ensemble structuré et cohérent composé
de concepts, avec leurs dimensions et indicateurs, et d’hypothèses articulés les uns
aux autres" (Quivy & Van Campenhoudt, 2006 : 110).
50 modèle d’analyse, l’observation, l’analyse des informations et les
conclusions.
La problématisation de la dialectique entre l’éducation politique et la
gouvernance de la même épithète, pour laquelle deux périodes ont été
63sollicitées , a débouché sur le constat que sa finalité est la mise en œuvre
d’une batterie appropriée de savoir-faire, de savoir-être et de savoir
fairefaire lors de la gestion du pouvoir et des acteurs sociaux dans un
environnement institutionnel balisé par le fonctionnement démocratique des
64institutions de la République (gouvernance politique) . Cette mise en œuvre
confronte des hommes (acteurs ou actants), des situations et de multiples
réseaux de solidarités (pratiques solidaires, pôles d’influences de la
gouvernance) qui opérationnalisent leur prégnance à l’aune des niveaux ou
cercles concentriques du pouvoir, avec pour seule finalité la participation à
la gestion ou à l’exercice du pouvoir (gouvernance politique). Une logique
mercantiliste et individuelle qui conduirait de nombreux acteurs à considérer
la gouvernance politique comme une finalité des motivations personnelles
existe fatalement dans l’essence même du pouvoir. En somme, la
gouvernance politique n’est pas une entité en soi dont le message doit être
exploité, mais un processus d’action et de mobilisation au sein
d’innombrables réseaux en œuvre pour le développement national. D’où
notre problématique de recherche : comparé à celui du président de la
République, doit-on le succès du roi du Danxômè à une différence de cadre
institutionnel de la gouvernance ou à une divergence essentielle de type de
dirigeant en situation (roi préalablement formé à l’exercice du pouvoir
dynastique dans un cadre formalisé d’une part, et président de la
République venu au pouvoir à la faveur de jeux politiciens réussis, d’autre
part) ?
Recevoir une éducation politique formalisée dans un creuset idoine
présagerait-il d’un mandat présidentiel réussi ou d’une bonne gouvernance
pour le développement ? Y a-t-il une relation attendue entre l’éducation
politique du Prince (futur dirigeant) et le type de gouvernance (erratique /
concertée) dont il se prévaut ? L’éducation politique du prince (ou du futur
dirigeant, par extension) serait-elle "la main invisible" de la gouvernance du
roi (ou celle du président de la République dans une structure spécialisée) ?
Notre problématique repose ainsi sur l’idée selon laquelle la qualité de la
gouvernance politique mise en œuvre par un dirigeant (roi ou président de la
République) dans le cadre d’un mode de gestion politique (autocratie,
démocratie, …) est tributaire de l’éducation politique reçue (ou non) pour
l’accomplissement de la mission de sa charge. Notre travail cherche ainsi à
éclairer sur ce qu’il fait en situation dominante du pouvoir pour influencer

63- Il s’agit du temps des royaumes et de celui des gouvernements étatiques.
64- Fermes et efficaces, les institutions de la République seront les digues, au sein du
monde humain, qui donneront au pays sa sécurité.
51 l’espace économique, social, politique, environnemental, culturel et
technologique, c’est-à-dire le contexte historique spécifié. La gouvernance
politique s’étudiera alors comme une construction sociale dont la réussite
soutenue par un mode de gestion politique spécifique est fonction du
savoirfaire politique (voire culture politique) du dirigeant en situation de
promotion du développement de l’entité territoriale dont il a la charge. Le
Roi, par exemple, sera apprécié selon sa connaissance et son respect des
préceptes (canevas normatif), la Constitution qui règle son action royale. Le
président de la République sera, selon le type de climat politique qu’il aura
généré entre les diverses institutions de la République, tributaire de sa
65gouvernance d’une part , et le climat social qu’il aura suscité par son
66exercice du pouvoir, d’autre part . L’éducation politique du dirigeant
apparaît ainsi comme une substance inaltérable qui déterminerait l’impact
social de sa gouvernance pour le développement national. Le développement
humain durable serait alors la résultante des interactions entre la
gouvernance politique et l’éducation politique, dans la piscine du Tout et le
moteur du développement qu’est la mentalité ambiante. L’éducation
politique du dirigeant, fruit de la culture politique et de la mentalité
agissante, serait-elle déterminante pour la gouvernance politique et le
développement national au Bénin ? Telle est la question de recherche de
cette recherche. Cette section livre les objectifs de la recherche et les
hypothèses de recherche.

1.2. Objectifs de la recherche

- Objectif général
Montrer le lien qui existe entre l’éducation politique opérationnalisée par
le dirigeant et le succès de sa gouvernance pour le développement humain
durable au Bénin est le but de ce travail. Il s’agit d’établir la dialectique
entre l’éducation politique du dirigeant (le président de la République, par
exemple) et sa gouvernance réussie (c’est-à-dire son mandat électif /
présidentiel ovationné par tout le peuple au point de le lui renouveler). En
somme, il s’agit de contribuer à la promotion d’une gouvernance politique
pour le développement national basée sur une éducation politique
appropriée du dirigeant élu (président de la République, notamment).
L’objectif ultime de développement est d’avoir une culture politique
patriotique nationale qui se diffuse dans la conscience collective béninoise,
comme la sève dans l’arbre. Source de vie et de reproduction sociale, elle
formate en chaque citoyen, le même nationalisme qui privilégie le
développement national, comme préoccupation cardinale de chacun et de
tous.

65- délétère, conflictuel, liberticide, suicidaire, …
66- morosité sociale, économique, grognes et frondes syndicales, …
52 - Objectifs spécifiques
Plus spécifiquement, il s’agit d’évaluer les effets de l’éducation politique
du dirigeant sur sa gouvernance en situation d’exercice du pouvoir d’Etat,
pour contribuer à l’amélioration de la gouvernance pour le développement
du Bénin. Etablir une certaine corrélation (positive ou négative) entre le
savoir-faire politique du dirigeant et sa gouvernance politique constitue le
but ultime de cette recherche. Tenant compte de la mentalité agissante,
l’ambition est donc de montrer comment une bonne éducation politique peut
permettre une bonne gouvernance politique promotrice du développement
67humain durable au Bénin . D’où notre préoccupation initiale : l’éducation
reçue par le Prince suffit-elle à son long règne de concorde civile pour le
développement national ? Si oui, une éducation semblable, adéquatement
formalisée et dispensée aux futurs présidents de la République
(présidentiables), saurait-elle garantir une gouvernance politique réussie et
68satisfaisante parce que démocratiquement voulue et ovationnée par la
conscience collective béninoise ?
L’ignorance, quel qu’en soit le champ de prédilection ou de préséance est
un préjudice à juguler et un obstacle à l’évolution qualitative et au bon
achèvement des actions entreprises, surtout en politique. Elle assombrit les
clartés et c’est avec une naïveté souvent bizarre que l’ignorant politicien
déploie ses facéties ou développe ses arguties. C’est aussi avec une
opiniâtreté souvent fantasque qu’il multiplie les erreurs, faisant souvent des
bourdes, à son corps défendant, le quotidien de sa vie. Etre incomplet et
complexé, donc à ego enflé et ridicule malgré lui, cet ignorant peut
compliquer les choses très simples ou rendre paradoxales des situations
sociales ou politiques initialement limpides, pour s’affirmer. Et quand il
manque suffisamment d’humilité pour refuser d’apprendre, de s’éduquer ou
de se faire éduquer, c’est lui la vedette clairvoyante du moment, au fait ou au
courant de tout, arrachant à tour de bras les interventions et distribuant à vau
l’au les explications. Omniscient, il connaît tout, sait tout et veut tout
expliquer, sauf l’essentiel. L’ignorance en politique est donc, sinon, un
fardeau individuel dommageable au développement d’un pays, du moins une
calamité sociale dont les ravages peuvent avoir des conséquences
imprévisibles pour la gouvernance d’une entité. A l’inverse, l’éducation, par
la connaissance et l’information qu’elle procure, la mise en condition qu’elle
promeut et les conseils qu’elle prodigue opportunément est le seul remède
dont l’efficacité pallie toujours aux problèmes que l’ignorance est
susceptible de causer, ou aux dilemmes qu’elle peut engendrer, dans tous les
domaines.

67- Un développement porteur d’amélioration qualitative et quantitative du vécu des
communautés sur les plans économique, social, politique, environnemental, culturel
et technologique.
68- Donc, source de développement national.
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