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Action missionnaire en Guinée équatoriale, 1858-1910 Tome 1

De
280 pages
La Guinée Equatoriale fut espagnole. L'Espagne a réussi à mettre le pied en Afrique centrale grâce aux îles de Fernando Póo, Corisco et Annobon mais la prise de possession effective de ces terres lui fut très compliquée. En 1858, le commerce des esclaves était déjà interdit, et s'imposait alors l'idée de la "civilisation des indigènes". Ce concept l'a conduit à reprendre en main sa colonisation en Guinée en mettant en place progressivement une nouvelle alliance qui se conclut entre l'Etat espagnol et l'Eglise.
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ACTION MISSIONNAIRE Jacint Creus Boixaderas
EN GUINÉE ÉQUATORIALE,
1858-1910
Mémoire et naïveté de l’Empire ACTION MISSIONNAIRE
Tome 1
EN GUINÉE ÉQUATORIALE,
La Guinée Équatoriale fut espagnole : elle a été le fruit d’un échange de
possessions coloniales américaines et africaines entre l’Espagne et le Portugal en 1858-1910
1777. L’Espagne a ainsi réussi à mettre le pied en Afrique centrale grâce aux îles
de Fernando Póo, Corisco et Annobon, plus quelques « territoires continentaux Mémoire et naïveté de l’Empire
adjacents » qui restaient à défi nir. Mais la prise de possession eff ective de ces
eterres lui fut très compliquée, et au début du  siècle, des sujets britanniques
provenant majoritairement de Sierra Leone, l’ont devancée en installant sur
Tome 1l’île de Fernando Póo une sorte de colonie de traite légale, l’incorporant dans
le conglomérat commercial anglo-saxon. En 1858, le commerce des esclaves
était déjà interdit, et s’imposait alors l’idée de la « civilisation des indigènes ».
Un concept séduisant pour cette Espagne orgueilleuse et fi ère d’avoir colonisé
à l’aide de la croix et de l’épée presque toute l’Amérique mais qui était en train
d’en perdre le bénéfi ce. Celui-ci la conduit à reprendre en main sa colonisation en
Guinée en mettant en place progressivement une nouvelle alliance qui se conclut
une fois de plus entre l’État espagnol et l’Eglise.
Jacint Creus Boixaderas est philologue, docteur en anthropologie culturelle
(Université de Barcelone) et docteur en histoire et civilisations (Université de Paris
VII, Denis Diderot). Il a consacré 30 années de sa vie à la recherche sur les littératures
orales équato-guinéennes, et sur l’histoire de la première étape coloniale espagnole de
Guinée.
Action missionnaire en Guinée Équatoriale, 1858-1910 est basé sur la thèse
doctorale rédigée par le professeur Jacint Creus, et soutenue à l’université de Paris VII
en 1999. Il se présente en deux tomes.
Illustration de couverture : Le père Joaquin Juanola avec le secrétaire du
gouvernement de Santa Isabel D. Juan Montero et D. Juan Pla, le capitaine
des navires à vapeur de la compagnie Transatlantica (avant 1913) Tome 1
© archives clarétaines (CMF).
ISBN : 978-2-343-04234-3
29 €
ACTION MISSIONNAIRE EN GUINÉE ÉQUATORIALE, 1858-1910
Jacint Creus Boixaderas
Mémoire et naïveté de l’Empire

























Action missionnaire en Guinée
Équatoriale, 1858-1910
Mémoire et naïveté de l'Empire


Collection Guinée Équatoriale
dirigée par Valérie de Wulf


Guinée Équatoriale est une collection qui a pour objectif de présenter ce pays
d’Afrique centrale sous toutes ses facettes : historique, artistique,
linguistique, biologique, ou même énergétique. Car qui peut se targuer de
connaître cette jeune nation qui a acquis son indépendance en 1968 ? On
continue de la confondre avec la Guinée Conakry ou la Guinée Bissau, ou
même encore parfois avec la lointaine Nouvelle-Guinée des mers d’Océanie.
Sa position centrale dans le golfe de Guinée, la composition même de son
territoire, à la fois continental et insulaire, en font un pays stratégique en
Afrique.

A la fois africaine et ibérique, bantou et créole, la Guinée Équatoriale est
aussi riche culturellement que son sous-sol ou sa faune et de sa flore. Elle
mérite donc qu’on la découvre et que l’on s’y intéresse de façon approfondie.


L’Association France-Guinée Equatoriale (Assofrage) est une association
culturelle française indépendante, non subventionnée. Elle est constituée de
personnes très diverses, mais toutes attachées d’une manière ou d’une autre
à la Guinée Equatoriale pour y avoir vécu, travaillé, en avoir fait un sujet
de recherche universitaire ou bien pour y avoir des amis et de la famille.

Le comité de lecture du volet éditorial de l’association est assuré par des
chercheurs, des universitaires et des enseignants.


Déjà parus

Valérie de Wulf, Histoire de l’île d’Annobon (Guinée Équatoriale) et de ses
e ehabitants du XV au XIX siècle, Tome 1, Paris, co-édition association
France-Guinée Équatoriale et L’Harmattan, 2014.

Valérie de Wulf, Les Annobonais, un peuple africain original (Guinée
e eÉquatoriale, XVIII au XX siècle), Tome 2, Paris, co-édition association


Jacint Creus Boixaderas





Action missionnaire en Guinée
Équatoriale, 1858-1910
Mémoire et naïveté de l'Empire


Tome I
























































































Du même auteur


Cuentos Bubis de Guinea Ecuatorial, Malabo, Centro cultural
hispano-guineano ed., coll. Ensayos n°9, 1992.

Exploracions centrafricanes (1887-1901) del P. Joaquim Juanola,
Agrupacio Excursionista de Granollers, 1996.

Identidad y conficto, aproximación a la tradición oral en Guinea
Ecuatorial, Madrid, Los Libros de la Catarata, 1997.

Epistolario del P. Juanola, c.m.f. (1890-1905), Vic, CEIBA Ed., coll :
documentos de la Colonizacion, n°8, 2002.

Curso de litertura oral africana, lecturas comentadas de literatura
oral de Guinea y del Africa negra, Vic, CEIBA Ed., 2005.



































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04234-3
EAN : 9782343042343
Un grand merci à Samuel Denantes, un des chercheurs de notre
association, qui m’a aidé à la mise en page des cartes et des tableaux
de cette étude.

Préface

C'est un honneur pour l'association France-Guinée Équatoriale de publier
cette étude rédigée par le professeur Jacint Creus Boixaderas.
Ce grand spécialiste de la culture équato-guinéenne ne s'est pas contenté
de ses connaissances, déjà prestigieuses, dans les domaines littéraires et
anthropologiques, il s'est aussi penché sur l'histoire de la Guinée Équatoriale.
Afin de le faire dans l'excellence, il a relevé un défi que peu de personnes
osent relever, celui de préparer cette étude dans un autre pays et dans une
autre langue que la sienne : il a rédigé sa deuxième thèse doctorale en
français, et il l'a soutenue en France, à l'université Paris VII « Denis
Diderot » en 1998, sous la direction du professeur Françoise Raison.
Ce travail est peu connu en France et en Guinée : il n'a jamais été publié.
Il s’agit du résultat d’une recherche minutieuse et très riche et qui reste donc
à découvrir. Seul un article de position de thèse a permis d'en donner un peu
la saveur à ceux qui, comme nous à l'association, sommes à la recherche de
tout ce qui concerne la Guinée Équatoriale. Cet article est d'ailleurs en libre
consultation sur le site internet de notre association. C’est donc pour nous
une grande joie de pouvoir mettre à la disposition de ceux que l’histoire de
ce pays intéresse, un texte de grande qualité.
Cette étude très complète, permet de comprendre comment, via les
missionnaires, la colonisation espagnole a pu s'installer durablement en
Guinée. On y découvre les stratégies territoriales hautement politiques qui
ont permis à l'Espagne, malgré son manque de moyens financiers et
humains, de sauver partiellement les terres qu'elle avait à sa disposition en
Afrique. En effet, le traité de San Ildefonso en 1777, puis celui du Pardo en
1778, conclus avec la couronne portugaise, sont l’occasion d’échanges de
territoires entre ces deux nations ibériques. Contre des terres américaines,
l’Espagne parvient à mettre un pied en Afrique centrale. Elle obtient une
zone insulaire dans le golfe de Guinée, ainsi que l'autorisation de s’implanter
sur une large zone de la côte continentale africaine, englobant le Cameroun
et le Gabon actuels. Toutefois, faute de réussir à s'installer durablement sur
ces nouvelles terres, les Espagnols ne pourront développer, comme ils le
souhaitaient, un rôle important dans le trafic négrier. Leur espoir de se
libérer du poids financier que représente alors l’Asiento, auxquels ils étaient
soumis jusque là, s’évanouit alors et avec lui des opportunités de relance
économique. L’Espagne étant en décroissance, et les avidités européennes du
eXIX siècle au contraire en pleine croissance, ce territoire initial va se
eretrouver fortement amputé à la fin du XIX siècle. Cette érosion territoriale
ese verra à peu près endiguée au début du XX siècle. Cette victoire
diplomatique partielle a été possible certes grâce aux diplomates et aux
colons, mais surtout grâce au rôle tenu sur place par les missionnaires. C’est
en effet grâce aux différents ordres religieux espagnols qui se succèdent à
epartir de la moitié du XIX siècle, que le souverain ibérique parviendra
9
progressivement à reprendre la main sur une partie de ces terres. Leur
influence auprès des populations locales va être déterminante pour sauver la
dernière des colonies espagnoles qui hérite de ce fait du nom de Guinée
espagnole.
Le travail de Jacint Creus s’achève en 1910, une fois que les avidités
territoriales françaises et allemandes ne représentent plus une menace pour le
territoire de cette nouvelle colonie. C’est aussi pendant toute cette période
que le modèle « idéal » de colonisation et d’évangélisation se met
progressivement en place. L’action des missionnaires, dans ce contexte
particulier, méritait bien une thèse, et nous pouvons en remercier Jacint
Creus : il s’est attaqué à ce travail difficile qui a supposé de nombreuses
recherches archivistiques et des contacts privilégiés avec les ordres
missionnaires et en particulier celui des clarétains, pour nous en faire
bénéficier.
10 Introduction générale
Venerunt mihi omnia bona pariter cum illa
(Sap., VII, 11)
« Seigneur Jésus-Christ, seul Sauveur de l’espèce humaine, dont les
domaines s’étendent déjà d’une mer à l’autre et du fleuve jusqu’aux confins
de la sphère terrestre : veuillez ouvrir votre Sacro-saint Cœur aux âmes
misérables de l'intérieur d’Afrique, qui se trouvent encore dans les ténèbres
et dans l’ombre de la mort ; afin que, moyennant l’intercession de la Sainte
Vierge, votre Mère Immaculée, et de son glorieux Époux Saint Joseph, les
éthiopiens renoncent à leurs idoles et se prosternent devant votre divine
soumission, et se rattachent à votre Sainte Église. Vous, Seigneur, qui vivez
1et régnez pour les siècles des siècles. Amen. »
En 1993, j’ai soutenu à l’université de Barcelone une thèse de doctorat
intitulée « El cicle de les rondalles de Ndjambu en el context de la literatura
2oral dels ndowe » . Cette étude est le résultat d’une importante collecte sur
le terrain où j’ai vécu de 1985 à 1987 et l’issue d’une analyse de plusieurs
années sur les différentes cultures guinéennes. Ce travail, que j’ai effectué en
Guinée, m’a permis de présenter un ensemble narratif à la fois riche et
charmant et de parvenir à un résultat qui continue à me plaire. Ce fut aussi
une étape qui m’a rendu possible l'intériorisation et l'expression de
conclusions d’une portée plus générale, dont je présente ici rapidement les
points principaux :
La littérature orale de toute culture évolue de manière ininterrompue.
Ceci est une constatation indubitable, présente dans tous les recueils que j’ai
3publié, autant individuels que collectifs : les récits oraux sont amenés à
changer du fait des rapports et échanges qui s’établissent entre les diverses
sociétés ; ces modifications se matérialisent, entre autres, au moyen de
phénomènes (littéraires) de convergence, de localisation, d’individualisation,
de généralisation, de permutabilité des fonctions et des séquences...
1 « Señor mío, Jesucristo, único Salvador del género humano, cuyos dominios se extienden ya
de mar a mar y desde el río hasta los términos del Orbe de la tierra : abrid igualmente propicio
vuestro Sacratísimo Corazón a las desdichadísimas almas del interior de África, que todavía
se hallan de asiento en las tinieblas y en las sombras de la muerte ; a fin de que, por la
intercesión de la Purísima Virgen María, vuestra Inmaculada Madre, y de su gloriosísimo
Esposo San José, renunciando los ídolos, se postren los etíopes ante vuestro divino
acatamiento, y sean agregados a vuestra Santa Iglesia. Que vivís y reinais, Señor, por los
siglos de los siglos. Amén » : « Boletín Religioso de la Congregación de Misioneros Hijos del
Inmaculado Corazón de María », volume 1, novembre 1885 - juin 1886, p. 322.
2 « Le cycle des contes Ndjambou dans le contexte de la littérature orale des Ndowe » :
Creus, 1994b, 1997.
3 Creus, 1989, 1991 ; Creus & Brunat, 1991, 1992 ; Creus, Brunat & Carulla, 1992.
11 Un des aspects de la littérature sur lequel je me suis aussi interrogé dans
mon travail concerne un autre type de phénomène : la littérature orale
peutelle servir de foyer, de résistance collective face à l’acculturation? J’ai, donc,
analysé le cycle narratif des Ndowe comme une création moderne
recherchant la réaffirmation des valeurs de l’organisation familiale
4« traditionnelle » , laquelle fait face à l’imposition culturelle occidentale
dirigée, entre autres, autant ici que dans toute la Guinée, par les
5missionnaires clarétains .
Pendant un séjour de recherche dans la curie générale des clarétains à
Rome, un des missionnaires m’a affirmé que « la catholicité est comprise
maintenant comme un ensemble de personnes différentes qui s’aiment, mais
à l’époque on la voyait plutôt comme une uniformité nécessaire : “ Si nous
disons Dominus vobiscum ici, il faut qu’en Chine on dise aussi Dominus
vobiscum ” ; et c’est pourquoi les missionnaires souhaitaient habiller les
Noirs comme les paysans de la plaine de Vic ». Cependant, le supérieur
général m’a assuré : « Nous apprécions votre travail à vous, historiens qui
mettez à jour et nous permettez d’apprécier vraiment l'héroïsme de tous nos
missionnaires » ; un ancien archiviste général m’a également dit avec
sagesse : « Si nous ne sommes pas capables de clarifier la “ philosophie ”
de l’évangélisation-colonisation qui était autrefois en vigueur, nous serons
incapables de comprendre tout ce qui s’en est ensuivi, de sorte que nous
deviendrons profondément injustes vis à vis de tous ces clarétains qui, bien
qu’Espagnols, n’auraient pas mis leur vie en péril, pour le seul fait
d’apprendre l’espagnol aux Noirs... Il y avait là un vrai désir
d'évangélisation... Cependant ils ne pouvaient non plus ni agir ni penser
comme nous ». Une appréciation juste que j'espère avoir respectée.
Pourtant, « ces clarétains » introduisaient, dans leurs publications, des
déclarations telles que celle qui suit, portant sur l'érection d’une statue de
Giordano Bruno au milieu du populaire Campo dei Fiori de la capitale
romaine qui n’était, d’après eux, que « l’apothéose répulsive et sacrilège
d’un des monstres les plus affreux que l’Histoire a rapportés comme effort
6suprême de l’impiété » . Une attitude qui reflétait la position officielle de
4 Tout au long de ce travail, je désignerai sous l’appellatif de « traditionnels » les idées, les
attitudes, les comportements copartagés par les membres d’une société ; ceux qu’ils
considèrent appartenant à leur histoire et que celle-ci justifie à un certain moment ; et
auxquels on reconnaît une persistance sociale, bien que certains membres de cette société ne
les suivent pas. Il ne s’agit donc pas d’une persévérance historique, mais d’une conviction par
rapport à un ensemble de traits culturels, recueillis partiellement dans la littérature
ethnographique (San Román, 1994).
5 Congrégation des Fils du Cœur Immaculé de Marie (CMF), fondée en 1841 par le Catalan
Saint Antoni Mª Claret.
6 « la repugnante y sacrílega apoteosis de uno de los monstruos más abominables que
recuerda la Historia, esfuerzo supremo de la impiedad » : Protesta del Episcopado español
contra la apoteosis de la impiedad realizada en Roma con motivo de la erección de una estatua
a Giordano Bruno. In : « Anales de la Congregación », volume 1, 1889, p. 345.
12 l’Église espagnole de l’époque et qui marque les trois tendances dominantes
régissant alors son fonctionnement - l’espagnolisme, l'intégrisme et
7l’ultramontanisme - et qu’il faudra prendre en considération pour examiner
le processus de substitution culturelle effectué par ces missionnaires en
Guinée.
Car ils ne limitèrent pas leur action à une simple intervention d’ordre
culturel. Les circonstances au cours desquelles se déroula la colonisation de
ce pays amenèrent les missionnaires à jouer un rôle décisif dans
l’intensification de l’acculturation des sociétés guinéennes, et ceci dans tous
les domaines du processus de colonisation. Ce qui n'entrave pas
l’affirmation, très mesurée, de l’ancien archiviste, mon ami.
Afin de comprendre leur action, j’ai commencé par lire leur
bibliographie, relativement riche, compte tenu des limitations de la
documentation existante pour la Guinée, et qui présente quelques
caractéristiques étonnantes : il y a, par exemple, des commentaires à faire sur
les détails les plus « candides » des récits, la naïveté des interprétations,
l’impuissance conceptuelle à considérer la possibilité d’une erreur, la
confiance absolue en la bonté de leurs propres actions, la recherche de
l’édification morale... Caractéristiques que nous pouvons tout aussi bien
retrouver dans la plus grande partie de la bibliographie coloniale, et
notamment dans celle que publia, pendant l’époque franquiste, l’« Instituto
de Estudios Africanos », un organisme subordonné au « Consejo Superior de
Investigaciones Científicas ».
À l’issu de ma première thèse de doctorat, je décidai d’approfondir mes
connaissances sur l’action initiale des clarétains en Guinée. Dès lors, j’ai
trouvé, chez les clarétains actuels, toute l’aide qui m’était nécessaire : j’ai pu
entrer dans leurs Maisons et partager leur vie quotidienne ; j’ai pu consulter
leurs archives (en principe, de caractère privé) sans la moindre censure ; j’y
ai rencontré des amis cultivés, voire savants, qui m’ont donné de sages
conseils, de bons connaisseurs des missions guinéennes... Et aussi,
naturellement, de grands ignorants de l’Histoire de leur propre congrégation.
Comme je devrai l’expliquer plus loin, j’ai dû compléter mes recherches,
visiter d’autres archives et consulter une bibliographie bien plus large. J’ai
également reçu des conseils pour l’orientation de mon travail de professeurs
d’universités, parmi lesquels je n’oublierai pas Mme Françoise Raison, de
l’Université de Paris VII, qui a accepté de me diriger pour cette deuxième
thèse et à qui je dois toute sorte de conseils et de facilités ; tout comme Mr.
Ferran Iniesta, de l’université de Barcelone, qui a dirigé ma première thèse ;
7 Bonet, Joan & Martí, Casimir, 1990 ; Pladevall, Antoni, 1989 ; Puigbert i Busquets, Joan,
1994 ; Ramisa, Maties, 1985.
13 et encore Mme. Stefania Nanni, de l’université de la Sapienza, qui m’a guidé
dans le labyrinthe archivistique de Rome.
Je crois enfin être en mesure de délimiter une époque, une période de
l’action initiale des clarétains en Guinée qui me parait décisive : celle qui
s’étend de 1883 jusqu’à la fin du 19e siècle. Or, l’action clarétaine ne fut pas
le premier essai d’évangélisation de la Guinée assumé par des missionnaires
catholiques espagnols : il y eut, à la suite des tentatives entreprises isolément
par des prêtres diocésains, un essai plus important, mené par les jésuites, qui
dura de 1858 jusqu’en 1872 et qui se termina par un échec total. Les jésuites
laissèrent en Guinée un vide que rempliraient, onze ans plus tard, les
missionnaires du nouvel Institut.
Le 13 novembre 1883, arriva à la capitale de l’île de Fernando Póo,
l’actuelle Bioko de la Guinée Équatoriale, la première expédition des
missionnaires clarétains. Après les échecs des expériences antérieures, les
religieux de cet Institut devinrent les protagonistes d’une très importante
action évangélisatrice et culturelle, qui porta ce petit pays africain à sa
complète christianisation, tout au moins du point de vue officiel.
L’objectif proposé par cette thèse consiste à étudier la première phase de
l’activité de ces missionnaires (lorsqu’ils établirent les fondements de leur
action) à partir de leurs écrits. Une action qui, pour ce qui est de ses
manifestations extérieures, développa une implantation et une expansion sur
tout le territoire reconnu internationalement comme appartenant à l’Espagne
(les îles atlantiques de Fernando Póo et d’Annobón ; la région continentale
environnant le cap de San Juan ; les îlots de Corisco, et du grand et du petit
Elobey, dans l’estuaire du fleuve Muni) :
14 Bien que cette expansion des missions se poursuivit jusqu’à la
délimitation et occupation définitives de la colonie (1926), nous pouvons la
considérer décidée et définie, sur un plan général, vers la fin du siècle. Quant
aux traits essentiels de son fonctionnement interne, fixés assurément à la
même époque, ils se présentent comme l’implantation d’un nouveau modèle
missionnaire, bien plus efficace que celui des jésuites, à la fois opposé et
complémentaire du modèle suivi, onze ans auparavant, par les membres de la
Compagnie de Jésus. Il existe, donc, un changement quantitatif et qualitatif
par rapport à l’époque de 1858-1872 que je souhaite souligner et étudier.
En principe, donc, le travail devrait se limiter à la période comprise entre
1883-1900. Mais encore faudrait-il ajouter que, étant donné la faible
présence administrative de l’État espagnol en dehors de la capitale (Santa
Isabel, l’actuelle Malabo ; qui était à l’époque un petit village), avant 1910,
l’action missionnaire de la première décennie de notre siècle atteindra une
certaine importance, ce qui vient à l’appui de mes observations et analyses
concernant la période centrale ou décisive. Des épisodes postérieurs et même
antérieurs à l’époque 1883-1910 faciliteront la compréhension du cadre
historique où eut lieu l’expérience clarétaine, compte tenu de l’importance
de l’action menée à bien par les missionnaires jésuites, malgré l’insuffisance
de la documentation dont on dispose à ce sujet :
15 Période initiale Période décisive Période de
(1858-1872) (1883-1900) continuation
(19001910)
* Initiation de l'action * Implantation d'un * poursuite de
d'évangélisation nouveau modèle par l'action clarétaine et
* échec du modèle les clarétains de son expansion
missionnaire des * Expansion de la territoriale
jésuites mission
La première phase de l’action missionnaire des clarétains en Guinée
Équatoriale peut être considérée comme une sorte de « cas de laboratoire »,
une période expérimentale. L’idéologie des missionnaires, leur pensée, leur
conception de la tâche à développer, n’étaient en rien différentes de celles
des autres Instituts missionnaires catholiques de l’époque. En revanche, elles
étaient nettement différenciées par certaines caractéristiques. Ainsi, par
exemple, le caractère de « Mission d’État » (maintien à charge de l’État),
qualité distinctive de la mission clarétaine, instituée par le gouvernement
espagnol, qui les finança tout au long de cette période ; ou, encore, l'étendue
limitée des territoires à évangéliser, contrastant très vivement avec les
immenses aires confiées par le Saint-Siège à d’autres congrégations qui
régentaient des préfectures ou des vicariats apostoliques dans l’Afrique
noire ; ou, enfin, les nombreux effectifs destinés par la congrégation à son
aventure guinéenne.
En outre, les clarétains jouissaient d’une liberté d’action considérable :
ainsi que j’ai remarqué plus haut, la présence administrative espagnole ne fut
significative, avant 1910, qu’à la capitale de la colonie (tout comme à l’îlot
du Petit Elobey, 0,19 km2, siège d’un sous-gouvernement colonial établi
dans le but de surveiller l’estuaire de la Muni). Là, la tâche missionnaire se
trouvait conditionnée par les exigences d’un comportement commun et
d’une complicité indispensable vis-à-vis des autorités, source de conflits
divers : mésententes et antagonismes juridictionnels, contestations fondées
sur des attitudes personnelles et sur des positions en désaccord avec la
méthode de colonisation et le modèle de collaboration à adopter entre
l’Église et l’État.
Cependant, au-delà de Santa Isabel, la supervision administrative fut
presque inexistante. Les missionnaires, sans la présence de l’administration
mais sous sa protection, devenus pionniers et bâtisseurs de la colonisation,
organisèrent leur propre modèle, qui cherchait à remplacer l’organisation
traditionnelle indigène et qui se fondait sur une idéologie ultramontaine
soutenant la soumission et l’assujétissement de tous les aspects de cette
« nouvelle société » aux croyances religieuses et aux principes moraux dictés
par les missionnaires. La domination de chaque mission, dans ces endroits à
peine colonisés, comporta la fondation de « villages catholiques », bâtis à
16 côté de la mission, sous la maîtrise et le contrôle de chaque Supérieur
religieux.
Quoi qu’il en soit, l’action missionnaire possible en Guinée ne
ressemblait en rien à de celle que les autorités religieuses pouvaient
appliquer dans la métropole, où la séparation des pouvoirs sociaux et la
laïcisation de la société prenaient progressivement forme.
Je vais essayer d’expliquer cette procédure tout au long de mon travail.
Pour l’instant je me suis intéressé à souligner que mon objectif consiste à
établir une comparaison vis à vis de la situation antérieure, soit celle de
l’action des jésuites ; et, encore, que je souhaite expliquer l’ensemble du
processus à partir des écrits des missionnaires, dont la bibliographie figure
8dans l’annexe numéro 2. Je tiens cependant à remarquer que,
conséquemment à mon choix méthodologique, j’ai privilégié la
documentation provenant des publications clarétaines et des archives que j’ai
consultés :
* Publications périodiques
Héritiers et légataires d’une importante tradition propagandiste initiée par
leur fondateur, les clarétains dirigèrent la publication de quelques revues
durant la période comprise entre 1883-1900. Les publications clarétaines
n’étaient pas exclusivement destinées à refléter la mission guinéenne, mais
sa présence sous forme de renseignements de toutes sortes fut constante. De
plus, les missionnaires clarétains de la Guinée eurent une faible collaboration
dans des revues et publications périodiques externes ; c’est plutôt, d’une
manière générale, dans les revues de la congrégation que figurent la plupart
des informations.
Au cours de cette période, les clarétains tinrent, de façon simultanée,
deux sortes de publications périodiques : l’une de régime interne, ne visant
que les membres de la congrégation ; l’autre de régime externe, employée
comme moyen de propagande de toute l’action clarétaine, adressée aux
lecteurs catholiques, aux sympathisants de l’Institut et aux collaborateurs
laïques :
• La publication de régime interne s’initia, en 1885, avec l’édition d’un
bulletin nommé « Boletín Religioso de la Congregación de Misioneros Hijos
del Inmaculado Corazón de María », paru, depuis 1889, sous le titre
« Anales de la Congregación ». Bimensuel, il était directement rédigé par la
direction de la congrégation (« curie générale ») ; et c’est là que l’on
publiait, en de nombreux cas, soit de très courts articles, soit, le plus souvent,
8 La bibliographie et les autres documents réunis dans les annexes de l’original de cette thèse
n’ont pu être ajoutés à la fin des deux tomes que nous publions ici. Toutefois, les notes de bas
de page sont suffisament riches pour pallier à cette lacune.
17 des passages de lettres adressées par les missionnaires en poste en Guinée
(notamment les supérieurs des missions et, le plus souvent, par le préfet
apostolique) aux membres de la curie. Sa qualité de publication interne
entrainait des contenus spécifiques : toute sorte de normes internes de la
congrégation, de dispositions du supérieur général, de documents
pontificaux, de rescrits du Saint-Siège, d’orientations et de prescriptions de
la congrégation de la Propaganda Fide et des ordres et instructions du
gouvernement espagnol s’appliquant à la mission guinéenne, à l’ensemble
des missions, à la vie religieuse ou à la société coloniale. Les écrits des
missionnaires parus dans ladite revue, du fait de leur caractère réservé,
présentent une certaine empreinte de franchise et spontanéité, qui deviennent
plus notoires lorsqu’il s’agit de mettre en cause l’action de personnes
externes à la congrégation. Conservé en reliures semestrielles, annuelles ou
bisannuelles, on y publiait, bien que de manière irrégulière, le « catalogus
domuum et personarun » (liste des fondations et des personnes appartenant à
la congrégation, parfois avec la destination des prêtres et des coadjuteurs),
qui pouvait tout aussi bien paraître comme une publication indépendante.
La publication du bulletin de régime interne exerçait tout de même une
fonction de contrôle des missionnaires : « Ce bulletin insérera les nouvelles
pouvant convenir à nos missionnaires, afin qu’ils ne doivent plus s’abonner
à des journaux ou publications périodiques, qu’ils ne pourront lire sans
9notre permission et consentement explicites » . L’axe organisationnel de la
congrégation se basait sur une hiérarchisation rigide ; si bien que le supérieur
général mettait l’accent, avec une certaine périodicité, sur le régime
strictement interne de la publication : « Étant donné l'interprétation inexacte
faite par certains qui se sont attribués la faculté de distribuer quelques
exemplaires de notre BULLETIN aux bienfaiteurs ou amis, nous nous
croyons dans le devoir d’enjoindre aux supérieurs des maisons de demander
le conseil et le consentement du gouvernement général de notre
10congrégation avant sa distribution » . Souvent, on y publiait aussi les
normes de rédaction exigibles pour la publication des écrits. Soulignant alors
l’importance de ceux qui provenaient des missions d’Outre-Mer, lesquels
« contribuent de grande manière au prestige et à l’intérêt de la revue ». Et
9
« En este boletín se insertarán las noticias que puedan convenir a nuestros misioneros, y así
no habrá necesidad de suscribirse a diarios o periódicos, los cuales no deberán ni podrán
leerse sin nuestro expreso permiso y aprobación » : Josep Xifré (Supérieur Général), lettre
circulaire. In : Boletín Religioso de la Congregación de Misioneros Hijos del Inmaculado
Corazón de María, volume 1, novembre 1885-juin 1886, p. 3-4.
10 « Atendida la mala interpretación que de parte de alguno se ha dado a la facultad de
distribuir algún número de nuestro BOLETÍN a los bienhechores o amigos, nos creemos en el
caso de avisar a los respectivos Superiores de pedir consejo y aprobación, antes de efectuarlo,
al Gobierno general de nuestra misma Congregación » : Boletín Religioso de la Congregación
de Misioneros Hijos del Inmaculado Corazón de María, volume 2, juillet-décembre 1886, p.
49. Malgré tout, on peut remarquer que la répétition insistante de l’interdiction démontre son
échec constant.
18 encore : « Il est extrêmement important que les écrits qu’on nous envoie
référents aux missions nous parviennent très réduits et en bonne et due
forme. Ils doivent consigner les événements les plus notables survenus soit
en matière de conversions, soit en résultats parmi les peuples, soit en
décrivant quelque souvenir ou monument historique, données
géographiques, etc. etc. En un mot, il s’agit de tenter, dans la concision,
11d’atteindre une sorte de nouveauté » .
Toutes les collaborations devaient suivre un genre réglementaire : « Si
vous êtes envoyés dans des pays lointains et, au cours de votre voyage, ou
bien une fois parvenus à votre nouveau destin, vous avez été témoin de
quelque fait notable et digne d’être rapporté, faites-le au moment voulu, et
ceci avec le consentement préalable de votre supérieur. N’y faites pas
participer des particuliers ou des communautés quelconques ;
adressezvous, soit aux pères supérieurs soit au père supérieur des ‘ ANALES ’, afin
12que [ceux-ci] puissent être connus de toute la Congrégation » . En
conséquence, et afin de mieux évaluer les écrits publiés par les clarétains
dans leurs revues, il faut prendre en considération la surveillance successive
des différents supérieurs ainsi que les phénomènes de censure et
d’autocensure exercés dans cette situation…
J’ai pu consulter tous les bulletins de la période étudiée dans la thèse, et
les listes de la congrégation des années 1883, 1884, 1885, 1886, 1887, 1889,
1890, 1892, 1895, 1898, 1900, 1903, 1905, 1907, 1908 et 1909.
• Pour ce qui est de la publication de régime externe, son édition débuta
en 1889. Il s’agissait, également, d’un bimensuel, appelé tout d’abord
13« Boletín del Corazón de María » , depuis 1890 « El Inmaculado Corazón
de María », dès 1892 « El Iris de Paz, o sea El Inmaculado Corazón de
María », et enfin, depuis 1897, « El Iris de Paz ». En 1906, il devint un
hebdomadaire. Il ne contient guère de renseignements sur la vie interne de la
congrégation, mais plutôt sur son action externe : il y a aussi des articles et
11 « Contribuirán por este medio a dar realce e interés a la revista » ; « Los escritos que nos
remiten referentes a Misiones importa mucho que vengan muy compendiados y correctos, y
que se procure consignar los incidentes más notables que hayan tenido lugar, ora en materia
de conversiones, ora en el fruto y correspondencia de los pueblos, ora describiendo
brevemente algún recuerdo o monumento histórico, intercalando algún dato geográfico, etc.,
etc. En una palabra : procurando siempre que, dentro de la concisión, abarquen algún género
de novedad » : Anales de la Congregación de los Misioneros Hijos del Inmaculado Corazón
de María, volume 3, 1891-1892, p. 126-127.
12 « Si fuerais enviados a países lejanos, y durante el viaje o en el nuevo destino os hubieren
ocurrido casos notables y dignos de ser referidos, hacedlo en hora buena, previo permiso del
Superior respectivo, pero no a individuos particulares cualesquiera o a colectividades, sino a
los Padres Superiores o al Padre Director de los ANALES, para que así puedan ser conocidos
de toda la Congregación » : Anales de la Congregación de los Misioneros Hijos del
Inmaculado Corazón de María, volume 4, 1893-1894, p. 490.
13 Il s’agit d’une ancienne revue catholique de Bilbao, que les clarétains acquérirent.
19 des lettres écrites par des missionnaires de la Guinée, comprenant des
passages considérés par la congrégation comme « exemplaires », portant à la
vertu, la piété et, parfois, la collaboration (y compris pécuniaire, étant donné
que la revue était aussi un moyen d’entretien des Missions), grâce aux
campagnes et à l’action missionnaire. À partir de 1897, elle est illustrée par
un grand nombre de photographies et de gravures dont je m’en suis servi tout
au long du travail.
Lors de leur prise en charge de la direction de la revue, en 1889, les
clarétains manifestaient des objectifs très généraux : « En termes clairs, sous
forme de phrases simples, portant sur des sujets intelligibles et exemplaires,
nous écrirons conformément à l’empreinte du sceau que l’Anneau du
Pêcheur a donné à notre Congrégation ; nous écrirons toujours selon le
caractère propre des Fils du Cœur Immaculé de Marie ; sans autre objectif
ni désir que de rendre gloire à Dieu, de nous sanctifier nous-mêmes grâce à
ce labeur, de sauver, s’il nous était possible, le monde entier, et,
particulièrement, de répandre le culte du Cœur Immaculé de Marie, notre
14Mère très Aimante » .
Ils signalaient par ailleurs la collaboration régulière de « nos RR. PP.
Missionnaires, ceux de la Péninsule ainsi que ceux des îles Canaries, de
15Fernando Póo, du Mexique, du Chili et d’autres » . Cependant, le régime
externe de la revue obligeait, « par prudence », à cacher des informations
qui, en revanche, pouvaient paraître dans le bulletin interne : « Nous avons
adressé cet écrit à Mr. le Ministre d’Outre-Mer ainsi que les remarques
cijointes ; dont certaines, par prudence, n’ont pas été publiées dans ‘ El Iris
16de Paz ’ » .
Reliés en volumes annuels, j’ai pu les consulter tous.
• Or, une source complémentaire d’information se trouve dans le
bimensuel « La Guinea Española », fondé en Guinée par les missionnaires
(après la période centrale de la thèse) en 1903, avec une interruption entre
1905 et 1907. Conçu comme une publication de caractère général, il ne
14 « En términos claros, en frase sencilla y materias inteligibles y edificantes escribiremos al
tenor del sello que ha impreso a nuestra Congregación el Anillo del Pescador ; escribiremos
siempre con el carácter peculiar de Hijos del Inmaculado Corazón de María ; sin más
objetivo, ni otro anhelo que dar gloria a Dios, santificarnos con estas tareas, salvar, si
pudiéramos, al mundo todo, y especialísimamente propagar el culto del Inmaculado Corazón
de María, nuestra amantísima Madre » : Boletín del Corazón de María, 1889-1890, p. 498.
15 « Nuestros RR. PP. Misioneros, así los de la Península como los de Canarias, Fernando
Póo, Golfo de Guinea, México, Chile y otros » : Ibidem.
16 « Este escrito fue dirigido al señor ministro de Ultramar con todas las observaciones que
aquí se citan, algunas de las cuales, por prudencia, se omitieron al publicarlas en El Iris de
Paz » : Anales de la Congregación de los Misioneros Hijos del Inmaculado Corazón de
María, volume 4, 1893-1894, p. 105, à la suite d’un rapport sur la colonie (Observaciones
sobre la isla de Fernando Póo y demás posesiones españolas del golfo de Guinea, p. 105-110).
20 comprend que des articles, la plupart anonymes ou bien signés sous un
pseudonyme.
S’agissant d’une revue créée et rédigée en Guinée, les lignes directrices
étaient toujours précisées par la curie générale : « [...]
3e [Aucun concept non conforme à la morale, la saine doctrine ou aux
bonnes manières ne pourra paraître dans la revue.
4e Notre publication ne reflétera pas de doctrines, d’inclinations ou
d’insinuations contraires à l’Autorité ou à ses décisions. [...]
6e â vous reviendra la tâche de réviser tous les numéros avant qu’ils
soient publiés. En vos absences ou à défaut, ce sera au R. P. Juanola de s’en
charger. Mais autant l’un que l’autre pourez déléguer cette tâche au R. P.
17Missionnaire que vous voudrez à bien choisir » .
Des lignes directrices s’adjoignaient à la liste et l’explication des sections
que la revue se devait de contenir. Le sous-directeur de la congrégation
affirmait, quand même, que la parution de « La Guinea Española »
« provoqua dans mon esprit une satisfaction seulement comparable à
18l’amour que j’éprouve pour ces Missions » .
• Quant aux publications non clarétaines, seules méritent d’être
soulignées les revues catholiques « La Controversia », éditée à Madrid, et
« Las Misiones Católicas », publiée à Barcelone comme l’interprète en
Espagne de la Propaganda Fide. Deux publications contenant des
renseignements épars sur la mission clarétaine, tirés de « El Iris de Paz » ou
des « Anales de la Congregación ».
• Il est important de souligner, enfin, que nous pouvons trouver, dans le
« Boletín de la Sociedad Geográfica de Madrid », des informations sur la
mission clarétaine en Guinée Équatoriale, se rapportant à son activité
exploratrice et agricole.
17 «[...]
3ª Nunca aparecerá en ella concepto alguno poco conforme con la moral, la sana doctrina o la
buena educación.
4ª No se reflejarán en nuestra publicación doctrinas, tendencias o insinuaciones contrarias a la
Autoridad o a sus disposiciones.
[...]
6ª Correrá a cargo de V. Rma. el examinar todos los números antes de que vean la luz pública.
En sus ausencias o defecto deberá hacerlo el Rdo. P. Juanola . Uno y otro, sin embargo,
podrán delegar esta comisión al Rdo. P. Misionero que bien les pareciere » : Lettre du P.
Martí Alsina (sous-directeur de la congrégation) au P. Ermengol Coll (Préfet Apostolique) de
26 septembre 1903, APG.CMF - Madrid, document sans catalogage.
18 « Produjera en mi ánimo una satisfacción sólo comparable al amor que a estas Misiones
profeso » : Ibidem.
21 • C’est à la bibliothèque des archives claretaines de Vic
(Barcelone) où j’ai pu consulter la plupart des publications religieuses
et missionnaires.
* Archives :
Le but de la thèse étant d’étudier la première phase de l’action des
clarétains en Guinée Équatoriale « à partir de leurs écrits », la partie
fondamentale de mon travail de recherche a dû se développer dans des
archives missionnaires et civiles.
À l’époque, chaque maison clarétaine était obligée de tenir plusieurs
livres : un de recettes et dépenses, un autre réservé aux annotations du
supérieur, un autre enfin contenant les biographies des religieux décédés
dans la maison... Il y en avait encore d’autres (en fait, des diaires) dans les
centres des missionnaires ; ceux-ci mettaient l’accent en particulier sur « un
livre rapportant l’histoire de la fondation de chaque maison ou résidence ;
les circonstances et objectifs de la dite fondation ; les accords et pactes
souscrits pour son accomplissement, et avec qui ces accords ont été engagés
; les individus qui l’avaient d’abord occupée, leur provenance, les noms
complets de leurs parents, leurs fonctions dans la communauté, les
changements personnels qu’il y avait eu depuis lors, leurs motifs, la
provenance des individus, ainsi que leurs nouvelles destinations, dans la
19mesure du possible » . En bref, une chronique ou un journal de chaque
maison.
La réalisation de ces mots d’ordre fut hétérogène, relevant de chaque
maison et de chaque supérieur. J’ai entrepris ma recherche notamment dans
deux archives clarétaines où, tout au long des années, les livres de plusieurs
maisons ont été assemblés :
• Les Archives Générales de la Congrégation (AG.CMF) : repérées à
Rome, il s’agit des archives de la curie générale clarétaine. De caractère
privé, d’un ordre relatif, ces documents ne sont ni classés ni catalogués, bien
que possédant un ordre déterminé. Les archivistes généraux de la
19 « Un libro en el cual se consigne la historia de la fundación de cada Casa o Residencia ; las
circunstancias y móviles de su fundación, convenio o pacto que se hizo para realizarse, y con
quiénes se verificó ; los sujetos que primeramente la ocuparon, la naturaleza, los nombres y
apellidos de padre y madre, especificando los cargos que ejercían en la Comunidad ; los
cambios personales que desde entonces han tenido lugar, los motivos que los ocasionaron, de
dónde procedieron los que la han venido ocupando y adónde fueron destinados, si es que
puede saberse » : Josep Xifré, lettre circulaire. In : Anales de la Congregación de los
Misioneros Hijos del Inmaculado Corazón de María, volume 2, 1890, p. 562-563. Citée aussi
au commencement de Historia de la Casa-Misión de Annobón, APG.CMF, document sans
catalogage.
22 congrégation, PP. Jaume Sidera et Pedro García, m’ont facilité la possibilité
d’accès sans aucun genre de restriction.
Les Archives Générales se divisent en une partie générale et une partie
personnelle, subdivisées, successivement, en sections, séries, boîtes et
cartons.
Dans la partie générale, les documents se rapportant à la mission
guinéenne occupent principalement les séries N et P de la section F. Nous
pouvons y trouver, notamment, les écrits de la curie missionnaire de la
Guinée : des papiers administratifs, des accréditations des propriétés
clarétaines, des articles et passages écrits à l’intention d’être publiés dans
« El Iris de Paz » et les « Anales de la Congregación », des chroniques et
journaux ou mémoires de chaque mission, et, très particulièrement, une
correspondance abondante adressée par les supérieurs de tous les centres
missionnaires, et spécialement par les préfets apostoliques, aux membres de
la curie générale et à d’autres destinataires. La transcription de toute la
correspondance conservée dans la partie générale des archives, appartenant à
la période 1883-1900, a été, tout spécialement, un des travaux préliminaires
de ma thèse.
Dans la section G de la partie personnelle des archives, se trouvent les
dossiers de presque tous les clarétains décédés et, par conséquent, de la
plupart des missionnaires affectés en Guinée au cours de la période étudiée.
Bien que le contenu des dossiers soit inégal, nous pouvons cependant y
trouver la documentation requise pour être admis dans la congrégation : les
extraits des actes de baptême et de confirmation, des attestations de bonne
conduite délivrées par les abbés des villages d’origine, des attestations
académiques... Encore que plus rarement, on y trouve aussi les éléments les
plus significatifs de la vie religieuse de chaque missionnaire (acceptation
dans la congrégation, profession religieuse, ordination sacerdotale...).
Parfois, même les destinations principales, ou la correspondance personnelle
adressée à la curie générale. Dans le cas des clarétains qui quittèrent la
congrégation, il existe aussi quelques renseignements sur leur procès
canonique, quoique rédigés de façon peu explicite.
• Les Archives Provinciales de la Guinée (APG.CMF) : Il s’agirait plutôt
d’un dépôt de documents appartenant à la province clarétaine de la Guinée
conservé (sans ordre, classement ni catalogage) dans deux sièges : celui de
Malabo et celui de Madrid (APG.CMF - Madrid). Documentation
intéressante, d’un contenu semblable à la partie générale des archives de
Rome, elle est composée en outre des documents administratifs, des livres
des actes des visites des préfets apostoliques aux différentes maisons
clarétaines, ainsi que d’une partie de la correspondance provenant des
supérieurs généraux.
23 Je tiens encore à souligner 4 Archives dont la documentation sur la
mission guinéenne, bien que limitée, a été importante pour ma recherche :
• Les Archives Historiques de la Congrégation de la Propaganda Fide
(ASCPF), à Rome : les fonds manuscrits de la ‘Propagande’ se sont
rassemblés pour la plupart dans des volumes reliés sous le titre « Scritture
riferite nei Congressi » : il s’agit de recueils d’écrits faits parvenir à la Sacre
Congrégation (lettres, demandes, rapports, supplications... adressés au
cardinal), dont on rendait compte pendant les congrès ou réunions du
cardinal-préfet avec les officiers de la ‘Propagande’. Pour les questions de la
préfecture apostolique de Fernando Póo, ces documents sont conservés en
deux sections : jusqu’à 1860, en « Africa : Isole dell’Oceano Australe e
Capo di Buona Speranza » ; à partir de 1864, en « Africa : Angola - Congo -
Senegal - Isole dell’Oceano Atlantico ». J’ai employé cette documentation,
toujours numérotée en volumes et folios, pour suivre le commencement de la
mission guinéenne (création de la préfecture apostolique, mission de Miguel
Martínez Sanz, expérience des jésuites...) ; à partir de la mission clarétaine
en Guinée, ce sont les archives de la Congrégation les plus riches.
Ajoutons que les clarétains PP. Felipe Maroto et Ramon Genover ont fait
un recueil de documents provenant de l’ASCPF : il s’agit d’un gros
dactylographié (AG.CMF, Section F, Série N, Boîte 8, Carton 3, daté en
1928) contenant aussi bien des documents des « Scritture riferite nei
Congressi » que des « Atti della Sacra Congregazione di Propaganda Fide »
et des « Lettere e Decretti della Sacra Congregazione di Propaganda Fide »,
sans en citer jamais la référence exacte. Je ne l’ai utilisé que de manière
complémentaire.
• Les Archives Historiques de la compagnie de Jésus (ASCG), à Rome :
pour la période jésuite de la mission guinéenne (1858-1872), nous pouvons
trouver dans ces archives une petite collection de 25 lettres, la plupart
adressées par le P. José Irisarri, préfet apostolique de la mission, aux
supérieurs de la congrégation, formant un carton (Missio in Fernando Póo
(Africa)) dans la boîte 1001 de la section « Provincia Castellana ». C’est
aussi dans ces archives où j’ai eu accès aux catalogues annuels et les
nécrologes de la congrégation, ce qui m’a permis d’identifier les
missionnaires jésuites affectés en Guinée pendant cette période.
• Les Archives Historiques de la congrégation des pères du Saint-Esprit
(ACSSP), à Paris : Les missionnaires du Saint Esprit étant les voisins des
clarétains (vicariat apostolique des Deux Guinées), ils arrivèrent à être aussi
leurs concurrents sur l’estuaire de la Muni et la région continentale qui
faisait partie d’un contesté territorial entre l’Espagne et la France, devenu
contesté juridictionnel entre le vicariat des missionnaires français et la
préfecture apostolique des missionnaires espagnols. Nous pouvons suivre
24 cette affaire à partir des documents de la boîte 168 de la section Deux
Guinées - Vicariats Apostoliques, divisée en 5 dossiers, qui contient des
pièces d’archives d’affaires diverses (1870-1903).
• L'Archivo de l’Administración General del Estado (AGA), à Alcalá de
Henares (Madrid) : Étant donné que la mission guinéenne a toujours été une
mission d’État, les rapports entre missionnaires et officiers du gouvernement
étaient décisifs pour son développement. Les archives administratives
d’Alcalá de Henares (dont la Section África-Guinea est encore soumise à la
déclaration de « réservée » depuis l’indépendance de la Guinée Équatoriale
en 1968) contiennent la plupart de la documentation provenant du
gouvernement colonial de Santa Isabel. Bien que la plupart ne se réfèrent pas
aux affaires de la mission, il s’agit de documents précieux pour comprendre
la vie de la colonie à l’époque.
D’autres archives utilisées de façon complémentaire :
• Les Archives de la Maison Clarétaine de Las Palmas (ALP.CMF),
auxCanaries.
• L'Archivo Histórico Nacional (AHN), à Madrid.
• L'Archivo Histórico Provincial de Las Palmas de Gran Canaria
(AHPLP), aux Canaries.
• L'Arquivo Histórico Ultramarino (AHU), à Lisbonne.
• La Biblioteca del Congreso de los Diputados (BCD), à Madrid.
• L'Institut Municipal d’Història de la Ciutat (IMHC), à Barcelone.
Je n’ai utilisé ces dernières archives que de façon ponctuelle. J’en
donnerai les références exactes dans chaque citation.

25 Les débuts de la mission guinéenne
Optio vobis datur, eligite hodie quod placeat,
cui servire potissimum debeatis.
(Js., XXIV, 15)
Le grand siècle des missions chrétiennes
On tend à considérer l'année 1481 comme celle de la célébration de
la première messe de l'ère moderne en territoire africain. Elle eut lieu à
Elmina, en Côte d'Or, qui venait à peine d'être annexée au royaume du
Portugal, et se rattachait - dans la mythologie missionnaire produite dès lors
- à une Église africaine paléochrétienne qui avait même donné trois Papes au
siège romain : Victor (189-199), Milciades (311-314) et Gelase (492-496).
Treize ans plus tard, en 1494, le traité de Tordesillas octroyait au
Portugal le droit exclusif de l'exploration et de l’évangélisation du continent
noir, jusqu'alors pratiquement méconnu par les Européens. C'est pourquoi,
ejusqu'au XVII s. ce furent essentiellement des Portugais (ainsi que des
Espagnols, lorsque le royaume lusitanien fut rattaché à l'Espagne impériale)
et les missionnaires qui y accédèrent : des curés séculiers, des évangélistes
de Saint Eloy, des franciscains, des dominicains, des capucins, des
carmélites, des augustins, des jésuites... fondèrent des centres missionnaires
tout le long de la côte africaine, à mesure qu'ils la découvraient et ceci
coïncidant avec les fondations militaires et commerçantes occidentales. Le
but de ces premières Missions consistait spécialement à donner un service
religieux aux Européens qui s'y étaient établis.
Les contacts avec les Africains étaient éphémères, et étaient présentés
sous un aspect légendaire et héroïque : par exemple, lorsque la première
expédition des missionnaires dominicains à Madagascar aboutit à une mort
par « cannibalisme » supposé (1540) ; ou lorsque Jean III du Portugal
annonçait au Pape Clément VII, Giulio de Medici, un an après la séparation
de l'Église anglicane (1531), que le « Congo » « tout entier » s'était converti
au catholicisme. La tâche missionnaire, centrée sur la création de petites
églises et d'écoles, était marquée par l'irrégularité : conversions massives de
« rois » et de « princes » africains et de tous leurs « sujets », désertions tout
aussi massives, séjours missionnaires sans guère de continuité...
Or, ce fut à cette époque que le Saint Siège décida la fondation des
premiers évêchés. Le premier évêque nommé à un diocèse en terres
d'Afrique subsaharienne fut le Portugais Diego Ortiz de Vilhegas (1534)
pour le siège épiscopal de São Tomé. Plus tard verrait le jour le diocèse de
Luanda (1596) ; et toute l'époque moderne serait le témoin de la création
successive de Missions plus ou moins éphémères au Congo portugais,
27