Développement durable des territoires

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Un état des lieux des inégalités territoriales est nécessaire, pour comprendre le nouveau cadre d'action locale (régionalisation et métropolisation). La gouvernance dessinée parie sur la contractualisation pour stimuler l'innovation économique et promouvoir la solidarité rurbaine.

Ce développement territorial dépend encore beaucoup de la gestion publique qui doit, dans un ensemble européen homogénéisateur, mettre en place des dispositifs de baisse des coûts administratifs afin de maintenir des marges soutenables pour les collectivités locales.

L'organisation politico-administrative du territoire étant en changement permanent, la pratique du management suit de plus en plus souvent le mode projet, nécessitant faculté d'adaptation continue et sens de l'anticipation? afin de combiner efficacité, efficience, qualité du service... La notion de ressources humaines prend toute sa place et une attention toute particulière lui est accordée.



- Candidats aux concours de la fonction publique (État, territoriale)

- Élus locaux

- Étudiants en droit, en AES, dans un IEP et dans un IPAG

- Fonctionnaires d'État et territoriaux

- Étudiants en Master I et II « Droit des collectivités territoriales »



Olivier Rouquan est expert (chercheur associé au CERSA - Université Paris II) et intervenant dans le supérieur, et auprès de l'INET, de l'IGPDE et des préfectures. Il publie régulièrement des ouvrages et des articles dans les revues de sciences humaines. Il mène une activité de politologue dans les médias audiovisuels et dans la presse écrite.
Publié le : mercredi 18 mai 2016
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EAN13 : 9782297060547
Nombre de pages : 192
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Chapitre 1
Les gouvernances du développement territorial durable
La compétitivité et la solidarité sont souvent opposées. Agir en faveur du développement ter-ritorial durable requiert, pourtant de trouver des leviers et de diffuser des démarches qui, de proche en proche, permettent d’insérer dans l’économie compétitive et ouverte des secteurs qui le sont moins. Pour cela, il convient de poser au préalable lesdiagnosticsdégageant des lignes de force et de faiblesse du territoire national en termes de production de valeur ajoutée, que cette dernière soit productive ou résidentielle. Avec quelques spécialistes, il s’agit aussi de constater les facteurs de déclin de certaines parties de la France, anciennement industrielles et depuis longtemps peu marchandes, et qui sont surtout alimentées par les subventions et la présence de fonctionnaires…
Si les dispositifs publics mis en place pour favoriser l’essor économique dans la mondialisation sont de plusieurs ordres, ils relèvent en revanche tous de lagouvernance, en tant que type de décision partagée et négociée avec les acteurs de la société civile, qu’ils soient privés ou publics, positionnés à plusieurs niveaux spatiaux. Ainsi, de l’Union européenne au secteur communal, toutes les collectivités détiennent une part de l’action publique relative au développement ter-ritorial durable. Si l’État impulse des stratégies, leurs axes sont changeants et parfois dilués. La décentralisation ajoute à la dispersion décisionnelle, mais les collectivités locales sont responsa-bilisées et agissent en faveur du développement territorial.
Des évolutions et des perspectives se font jour, en cohérence avec la réorganisation administra-tive et politique évoquée dansCulture territoriale[Rouquan, 2016]. En effet, il s’agit d’abord de constater la régionalisation et la métropolisation, d’une part, du développement économique compétitif et attractif et, d’autre part, des politiques publiques élaborées pour le maximiser – programme d’investissements d’avenir (PIA), pôles de compétitivité, institutionnalisation de la métropole, mise en place d’une doctrine et d’instruments en faveur de la ville durable…(I).
Ensuite, seront évoqués l’état des lieux et l’action plus ou moins volontariste et suivie en ma-tière de lutte contre lesinégalités territoriales: l’enjeu métropolitain est aussi fait de l’incrusta-tion durable de poches de pauvreté situées au cœur de ces moteurs d’attractivité que sont les grandes agglomérations. Souvent remaniée, la politique de la ville tente de résorber la fracture sociale et culturelle marquant les zones urbaines sensibles. Par ailleurs, le décrochage de la
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France industrielle en déclin et l’enclavement de campagnes rurales étendues posent des pro-blèmes sociaux et économiques qui demandent une réponse politique. De ce point de vue, la li-sibilité reste faible et les instruments fort émiettés : politique de cohésion européenne, contrats de projets État-région (CPER), aides dans le cadre des zones de revitalisation rurale en voie de redéfinition (ZRR), pôles territoriaux de coopération économique (PTCE), investissement des départements dans l’ingénierie technique, jusqu’aux pôles d’équilibre territorial et rural (PETR) et aux maisons de services au public (MSAP), qui dépendent plutôta priorides intercommuna-lités…(II).
I.
Régionalisation et métropolisation de la compétitivité et de l’attractivité
La compétitivité équivaut à la capacité à conserver des positions avantageuses (exportations) dans les échanges mondiaux ; il s’agit donc de soutenir la compétition marchande internatio-nale. L’ouverture de l’économie exige en effet du pays qu’il commerce avec le plus de nations développées et émergentes possible afin d’y trouver de nouveaux marchés. Il s’agit donc d’être concurrentielet, pour cela, de produire et d’innover. La compétitivité demande aux économies de s’adapter aux attentes variées des consommateurs et de respecter les standards mondiaux (de comptabilité, de marketing…) afin de faciliter les échanges. Sur le plan capitalistique, rien ne change : l’objectif est de produire des biens et des services et d’augmenter les profits et la croissance, mesurée par la somme des valeurs ajoutées, c’est-à-dire le produit intérieur brut (PIB). Mais les résultats des Nations en termes de compétitivité sont variables d’une année sur l’autre, d’autant que l’indice global retenu n’est pas identique d’un institut à un autre. Selon les e classements mondiaux, la France occupe en 2013 la 21 ou la 28 place en matière d’attractivité : e en 2015, elle est classée 27 dans le rapport de la Banque mondiale («Doing business») publié depuis 2003, loin derrière la Grande-Bretagne, l’Allemagne, etc. Le pays gagne cependant dix places en 2 ans. Quelle que soit cette place, une économie nationale doit, dans le capitalisme mondialisé qui domine, être insérée dans les zones et les secteurs mondiaux dégageant une haute valeur ajoutée, c’est-à-dire orientés vers l’innovation – celle qui combine le mieux les facteurs pour produire. En France, une économie productive insérée dans la mondialisation est portée par la condensation métropolitaine d’industries gagnantes, car innovantes, et de services à haute valeur ajoutée qui soutiennent l’essor de secteurs ouverts. Il s’agit, en consé-quence, de maximiser l’attractivité de ces espaces par des actions stratégiques portant sur les infrastructures, les formations et le cadre de vie. Les conditions de l’attractivité favorisent dans la durée celles de la compétitivité à un instant t. L’attractivité est communément et insuffi-samment mesurée par le taux d’investissements directs à l’étranger (IDE), qui renseigne sur l’ap-préciation d’un territoire par les décideurs économiques internationaux. L’effet de réputation est déterminant.
Chapitre 1 • Les gouvernances du développement territorial durable
La valeur ajoutée et la compétitivité Valeur ajoutée(VA) = chiffre d’affaires – consommations intermédiaires Excédent brut d’exploitation(EBE) = VA – salaires Investissements= EBE – (intérêts et dividendes + impôt sur les sociétés) Les éléments qui façonnent la compétitivité globale sont les suivants : Compétitivité coût, qui compare l’évolution du coût du travail et du capital (importance du choix entre dividendes, investissement, salaires) Compétitivitéprix, qui compare l’évolution des prix à l’exportation (importance de la monnaie) Compétitivité hors prix, qui repose sur les facteurs structurels (recherche et développement, marketing, etc.)
Le diagnostic établit que l’économie compétitive française est portée par des régions métropo-litaines, à commencer par Île-de-France (qui représente 30 % du PIB national). Desorientations de politiques publiquesdécidées pour soutenir ces acteurs de l’économie monde. Il est sont remarquable qu’une telle stratégie procède de plus en plus d’une coordination régionalisée (A). Dans la période la plus récente (depuis le début des années 2000), l’aide à la compétitivité passe donc par des processus horizontaux stimulant une collaboration publique et privée ancrée sur les territoires ; émerge alors une gouvernance locale dynamique davantage fondée sur la reconnaissance institutionnelle de la métropole comme moteur de développement durable(B).
A. La France productive et compétitive existe En dépit d’une augmentation des dépenses de recherche et développement dans la décennie 1990,la position de la France se dégradedepuis 1995 sur le marché des hautes technologies (de 6 % du marché à 4,5 % entre 1998 et 2010). La part de recherche et développement dans les technologies de l’information et de la communication (TIC) et les biotechnologies est défail-lante, de même que leur utilisation dans les processus de production [OFCE, 2011]. Au vu de ces constats, il s’agit de réduire la désindustrialisation – un fait depuis la seconde partie des années 1970. Par rapport à l’Allemagne, l’industrie française ne parvient pas à maintenir son avantage comparatif à l’exportation. Comme le souligne dès 2003 la Direction générale du Trésor et de la politique économique (DGTPE), les PME françaises n’innovent pas assez et ne sont pas assez tournées vers l’exportation, notamment vers les « Brics » (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). La proportion de « grosses » PME industrielles est plus forte en Allemagne qu’en France. Il y aurait plus de 9 700 ETI en Allemagne, 5 800 en Grande-Bretagne et seulement 5 200 en France en 2015 [INSEE, 2015]. Les ETI contribuent à 31 % des exportations françaises. Les PME produisent 17 % des exportations. Des facteurs favorables sont, certes, notables en matière d’investissements innovants, notamment la baisse des coûts de financement des entreprises, qui permet de compenser un peu la dégradation des taux de marge. Mais la France représente dé-sormais 2,5 % des exportations en valeur dans le monde, contre 3,5 % en 2000. Si l’enjeu struc-turel du déficit du commerce extérieur pose de plus en plus crûment la perte de compétitivité,
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un diagnostic permet cependant d’identifier des lignes de force : ainsi, une France productive métropolitaine parvient à s’insérer dans l’économie monde(1); de plus, une politique publique dont la gouvernance est de plus en plus régionalisée veut consolider son essor(2).
1. La métropolisation, vecteur de compétitivité
Sur le plan sectoriel, la clé du maintien ou de l’amélioration de la position d’un pays développé dans la concurrence mondiale consiste àpositionner ses produits sur du haut de gamme, en intégrant beaucoup d’innovation dans son processus productif. La qualité qui en résulte lui per-met de conserver des prix élevés alimentant les commandes des entreprises ou des ménages aux hauts revenus. De sorte que le chiffre d’affaires peut être maintenu, de même que le pouvoir d’achat. En France, un certain nombre de secteurs parviennent à se situer dans cette dynami-que : l’aéronautique, certains segments de l’industrie de la défense ou du ferroviaire, certains segments de l’électronique également, mais aussi le luxe, la chimie, la pharmacie, certains seg-ments de l’agroalimentaire, le nucléaire… La France exporte ainsi des produits aéronautiques, des produits pharmaceutiques, des produits de toilette, des boissons, des éléments de véhi-cules automobiles, des céréales… En matière de conception et de fabrication de composants intermédiaires, elle dispose de leaders mondiaux (Valeo, Michelin, Faurecia, Plastic Omnium, etc.). Elle se positionne bien en matière d’information et de communication, tout en peinant sur l’électronique grand public et le matériel informatique. Selon un rapport, ces secteurs de pointe devraient représenter 12 % du PIB en 2030, et autant dans l’emploi total. Dans la région Midi-Pyrénées, l’aérospatiale représente 83 % des exportations ; ce secteur totalise 12 % des ex-portations françaises en 2012, contre 7 % 10 ans plus tôt, alors que celui des automobiles suit le parcours inverse (de 10 % à 6 %), en partie pour cause de mauvais positionnement des produits. Le parfum et le luxe rapportent en 2012 à la France 8,5 milliards d’euros d’excédent commercial, plaçant à ce titre le pays en 3e position mondiale, et indiquant bien l’intérêt de la niche « haut de gamme ». Les succès italiens dans le cuir, le textile et l’agroalimentaire résultent aussi des choix qualitatifs opérés. L’innovation est déterminante : selon l’Insee, entre 2010 et 2013, 37 % des entreprises innovent en faveur du processus de production ou créent de nouveaux produits – le ratio étant supérieur dans les secteurs de la communication, de la finance et des assurances. 1 En prenant tous les types d’innovations en compte , le taux est stable depuis 2008 : 53 % des sociétés se renouvellent. Les grosses sociétés (dont l’effectif est supérieur à 250 salariés) sont davantage ouvertes à l’exportation, et figurent parmi les plus innovantes. Les entreprises de plus de 50 salariés et exportatrices innovent le plus (taux de 64 %) ; 50 % d’entre elles reçoivent une aide publique, notamment le fameux crédit d’impôt recherche (CIR), ou une aide fiscale ou 2 sociale, surtout dans les secteurs technologiques, scientifiques et industriels .
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Une société est innovante si elle renouvelle sesprocess, son organisation, ses produits et son marketing. Insee,Insee Premièreoct. 2014, n° 1521.
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Aerospatialeet la région MidiPyrénées Aerospace Valley associe les régions Midi-Pyrénées et Aquitaine, constituant ainsi le premier bassin d’em-plois européen dans le domaine de l’aéronautique, de l’espace et des systèmes embarqués, représentant ainsi : • 130 000 emplois industriels • 1 600 établissements • 1/3 des effectifs aéronautiques français (et plus de 50 % dans le domaine spatial) • 8 500 chercheurs • 2 des 3 plus grandes écoles françaises aéronautiques et spatiales
Pour faire face à la concurrence et conserver des prix compétitifs, l’industrie manufacturière française a été contrainte derogner ses marges: elles ont ainsi baissé de 30 % à 21 % sur la période allant de 2000 à 2011, alors qu’elles progressaient de 7 points en Allemagne. Cette dernière a pu ainsi investir davantage dans les facteurs hors prix de sa compétitivité [OCDE, 2014]. En France, la part de l’autofinancement de l’investissement a faibli de 10 % en 10 ans (se plaçant à 64 % en 2012). Si les taux de marges brutes des entreprises, mesurant une forme de performance productive – c’est-à-dire le rapport entre l’excédent brut d’exploitation (EBE) et le chiffre d’affaires – ont beaucoup diminué depuis la crise de 2008 (jusqu’à 18,1 % en 2012), elles se redressent actuellement (29,7 % en 2013 et 31 % en 2015). À partir du milieu des années 1980, l’écart augmente entre le taux de marge brute et le taux d’investissement – ce dernier ratio mesurant le rapport entre investissement et valeur ajoutée – au détriment de la formation brute de capital fixe et en faveur des placements financiers (qui rapportent davantage). Pour autant, la baisse du coût de l’investissement et les mesures de soutien permettraient de com-penser les facteurs défavorables mentionnés ci-dessus. À ce sujet, un fonds à destination des PME et des entreprises de taille intermédiaire (ETI) est créé en 2015, alimenté par les assureurs. Un dispositif temporaire de soutien à l’investissement productif est créé, le fonds de prêts de développement à 5 ans de la Banque publique d’investissement (BPI), destiné à l’investissement et doté de 8 milliards d’euros [annonce de François Hollande du 3 avril 2015].
Ainsi, l’investissement hors construction des entreprises en volume en France a ainsi connu, dans la durée – depuis le début des années 2000, plus précisément –, une évolution relativement moins défavorable que celle des autres économies européennes. En Allemagne, au Royaume-Uni, en Italie et en Espagne, le taux d’investissement hors entreprises financières est aujourd’hui entre 2 et 7,5 points inférieur à son niveau de 2000, alors qu’il est au même niveau en France. Le taux d’investissement régresse en Allemagne, en Italie, en Espagne et au Royaume-Uni depuis le début des années 2000 [Insee, 2013]. Par ailleurs, la France investit plus que l’Allemagne dans les technologies de l’information au service de l’appareil productif, mais désormais moins que l’Espagne [Natixis, 2013].
Pour autant, comme en 2009 suite à la crise dessubprimes, après 2011, l’investissement des entreprises marchandes non agricoles et non financières recule (par exemple de 1,8 % en 2015 après un premier recul de 2,7 % en 2012). Alors que la reprise économique commence,l’inves
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tissementdes entreprises peine toujours (+ 0,1 au premier trimestre 2015). 0,9 % des entre-prises, les plus grosses (> 10 salariés), portent la plupart des investissements (> 500 000 euros). L’INSEE établit le taux moyen d’investissement à 18,6 % en 2013, dont 14,7 % dans l’industrie manufacturière seulement [Insee, 2015]. Après la restauration lente et faible des marges brutes (31,3 %), le retour à 1,5 % de croissance, l’instauration du CICE (cf.infra) devraient conduire à un retour bien tardif de l’investissement : + 2,6% en 2016. Outre l’affaiblissement quantita-tif, en France, les entreprises investissent surtout dans l’informatique et les logiciels, et moins dans des biens d’équipement à longue durée de vie. Y compris dans un contexte relativement favorable de la baisse des coûts, les entreprises peinent donc à moderniser leur outil sur le plan qualitatif [OFCE, 2016]. Outre les enjeux fiscaux (liés à la conjoncture), le parc industriel est en partie vétuste, révélant un véritable problème structurel. Le nombre de machines utilisées dans les usines françaises est ainsi passé de 414 000 unités en 1998 à 388 000 en 2013, tandis que celui de l’Allemagne passait dans le même temps de 1,26 million à 1,46 million d’unités. La tendance est ancienne : selon la Banque européenne d’investissement (BEI), la France est, avec l’Irlande, le pays d’Europe qui, en proportion, a consacré le moins d’argent à son outil industriel entre 1995 et 2002. Accaparées par le renouvellement, les industries n’investissent pas suffisamment pour créer de nouveaux produits et étendre leurs capacités de production ; lorsqu’un investissement est possible, la motivation du renouvellement du matériel l’emporte sur celle de l’innovation. Le taux d’automation est faible en France : 35 000 robots dans les industries, contre 62 500 en Italie et 157 000 en Allemagne. Les secteurs du transport et du commerce de gros sont les moins innovants.
De plus, 1,39 % du PIB est consacré en France à l’innovation (recherche et développement privé)contre une moyenne de 2 % en Allemagne et aux États-Unis, et de 3,4 % en Suède, pays qui en-grange les succès (télécommunications, énergie) et conserve 20 % du PIB industriel (12,5 % en France). La France est cinquième (deux fois moins que l’Allemagne) pour le nombre de brevets triadiques (USA, Japon, Europe) déposés et sixième pour le nombre la dépense en R&D dans le monde [France Stratégie, 2014]. La faiblesse de la recherche et développement du privé est en partie seulement, compensée par l’innovation publique, car cette dernière très développée en France (1 % du PIB), est moins directement mise au service de la technologie marchande. Il y a encore trop peu deventure capitalists, debusiness angels(600 seulement en France, contre près de 60 000 en Grande-Bretagne), et la faiblesse des structures dites d’incubation, dans lesquelles interagissent des chercheurs universitaires, des entreprises innovantes et des juristes commer-ciaux, perdure [Aghion, Cohen, 2007]. Des retards sont pris dans les domaines des nano et bio-technologies. Cependant, l’industrie automobile, l’industrie pharmaceutique (dont les parts ne cessent de diminuer) et la construction aéronautique et spatiale (dont la part augmente) tirent les investissements en recherche et développement. Dans les services, la branche des activités scientifiques et techniques dépense de plus en plus en R&D – quasiment 2/3 des dépenses de l’aérospatiale, soit 2 milliards en 2013. 37 % des entreprises de plus de 10 salariés innovent technologiquement (sur les produits et procédés) entre 2010 et 2012 en France, selon l’Insee, dans les champs des produits ou de la production (spécialement dans le secteur de l’information
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et de la communication, secteur dont le taux d’innovation est de 54 %). Mais 24 % de sociétés seulement proposent de nouveaux produits ; 25 % développent de la nouveauté dans le mar-keting – une activité pourtant stratégique. Les entreprises qui exportent sont deux fois plus innovantes que les autres. L’Allemagne a un taux d’innovation de tous ordres (technologique + organisation+marketing) de 67 % ; l’Italie de 57 % ; la France de 53 %. La stabilité est ainsi constatée par rapport à la période 2008-2010 [INSEE, 2015].
Contrairement à une idée parfois répandue, l’industrie n’est donc pas un secteur subsidiaire dans l’économie-monde, puisqu’elle réalise la majorité des exportations (80 % pour la France). Surtout, l’industrie est capable de dégager une haute valeur ajoutée et dedrainer des servicesrelevant certes du secteur tertiaire, mais qui sont directement ou indirectement dépendants de la bonne tenue de firmes industrielles solides et puissantes. Ce lien permet de comprendre que, même si les lieux de fabrication en France se sont délocalisés des villes vers les territoires ruraux ou rurbains (puis vers l’étranger), les métropoles concentrent de nombreuses activités des firmes multinationales (FMN), portant alors une part essentielle de la croissance. Autre signe d’insertion dans la mondialisation, le pays compte un nombre important de FMN, la plupart sous contrôle français, qui emploient environ 45 % des actifs et produisent 50 % de la va-leur ajoutée en 2013 [Ernst & Young, 2013]. Parmi les vingt-cinq premières FMN sous contrôle français, figurent des entreprises industrielles :Axa, Michelin, Total, Engie, EDF, PSA Peugeot Citroën, EADS, Renault, SaintGobain, Vinci, Sanofi, Veolia, Dior, LVMH, L’Oréal, Danone… Ces FMN sous contrôle français emploient plus de la moitié de leurs effectifs à l’étranger. Mais en termes de souveraineté économique, compte surtout la résidence des sièges sociaux et des cen-tres décisionnels stratégiques de ces firmes. Dans la mesure où ces sièges suscitent des activités de marketing, de recherche et développement, de conseils juridiques, comptables et financières de haut niveau, il importe donc de les localiser sur le territoire national – sachant qu’en France, e ils sont trop souvent implantés en région Île-de-France. La France est, en 2014, le 4 exportateur de services mondial, sa part augmentant dans les échanges. Le solde extérieur des services com-pense à hauteur des deux tiers celui des biens.
• Conception-recherche • Prestations intellectuelles • Commerce interentreprises • Gestion • Culture-loisirs
Les fonctions métropolitaines selon l’Insee
Les régions métropolitaines à vocation mondiale concentrent les activités d’avenir produisant le plus de valeur ajoutée. L’Insee définit à la suite notamment des travaux de la sociologue et économiste Saskia Sassen, cinq fonctions métropolitaines. Ainsi, lamétropole de dimension mondialeest un moteur de compétitivité et d’attractivité, dans la mesure où elle favorise des secteurs industriels d’avenir et des services à haute valeur ajoutée – dont la finance. La mondia-
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lisation peut ainsi être représentée sous la forme d’un réseau reliant les villes-monde de plus 2 ou 3 millions d’habitants. Les mégapoles concentrent notamment les infrastructures numéri-ques très puissantes (gigacalculateurs), les réseaux énergétiques les plus denses, les transports collectifs les plus sophistiqués, variés et interconnectés (intermodalité) et les habitations les plus innovantes (comme des tours construites aux normes écologiques et offrant des quantités de services). Des villes telles que Tokyo, Londres, New York, Chicago, Paris, Shanghai, Séoul, Abou Dabi, Dubaï, Singapour, Moscou, Francfort, Johannesburg, São Paolo, etc. relèvent de ce maillage planétaire par les nœuds accélérateurs et concentrateurs d’informations, de biens, de services, de personnes et de capitaux.
La métropolisation de l’économie correspond aussi à safinanciarisation: ainsi, les infrastruc-tures de la ville-monde doivent-elles permettre la circulation instantanée des valeurs financières dans le village global, que constituent les réseaux entre différentes places. Des standards mon-diaux de ratios de financement, de rendement des capitaux et de comptabilité homogénéi-sent les critères d’investissement et de management productifs. Surtout, les flux financiers sont très concentrés ; ils alimentent la localisation de ce secteur dans les mégapoles développées ; en France, 70 % des opérations financières de taille mondiale sont localisées en Île-de-France. Remarquons que la plupart des opérateurs transnationaux qui dominent en la matière sont peu nombreux, et sont anglo-saxons. Il s’agit de banques d’affaires (chargées de l’intermédia-tion lors des rachats), de banques d’investissement (accordant des prêts aux entreprises) et de fonds d’investissement. Les noms deJP Morgan Chase, Bank of America, Citigroup, Deutsche Bank, Goldman Sachs, The Carlyle Group, Kohlberg Kravis Roberts, TPG Capital et Apollo Global Managements’imposent. Par ailleurs, les principales agences de notation (Standard & Poor’s, Moody’s…), les cabinets d’audit majeurs (PricewaterhouseCoopers, Deloitte, Ernst & Young, KPMG…) sont issus de la même aire d’influence. Il en résulte une standardisation de la mondia-lisation. En France, la région parisienne, Rhône-Alpes, PACA et Midi-Pyrénées concentrent en 3 2012 la plupart des placements de sociétés de fonds d’investissement nationaux , dans tous les cas sous-dimensionnés par rapport aux mobilisations des opérateurs anglo-saxons. Dès lors, les entreprises françaises ont du mal à lever des fonds – spécialement après la crise de 2008.Ardian(anciennementAxa Private Equity) semble être le seul acteur hexagonal capable de rivaliser avec les mastodontes anglo-saxons. En 2015, 10 milliards d'euros sont investis par les fonds dans le capital investissement en France, loin des 20 milliards britanniques, mais en hausse à nouveau depuis 2014... Pour aurant, compte tenu de leurs investissements à l’étranger, les FMN sous contrôle français assurent un stock d’investissements directs à l’étranger sortant supérieur de 20 % au stock entrant – 58 % du PIB contre 38 % [INSEE, 2015].
Concentrant des ressources dans des nœuds (mégapoles) capables avant tout d’échanger très rapidement de grandes quantités d’informations (TIC), les métropoles, outre la financiarisation de leur économie, représentent le cœur de l’économie-monde ; elles sont le produit de parte-nariats public-privé (PPP) capables de mettre à disposition de populations très bien rémunérées
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OTC Asset Management,A Plus FinanceetTruffle Capitalétaient les trois fonds d’investissement les plus actifs en 2012.
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des équipements structurants (logement, transport, tourisme, culture) de haute qualité. Ces réseaux d’acteurs concentrés orientent donc le cours des investissements et des normes (ratio investissement/endettement) et, plus globalement, l’image des économies. Cette image compte beaucoup (effet de réputation) pour forger l’attractivitéd’un territoire. Sa mesure résulte no-tamment, selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), du taux annuel d’investissements étrangers – incluant les opérations financières à l’intérieur d’un groupe. Les investissements directs à l’étranger (IDE) donnent certes une idée quantifiable de la capacité du territoire à susciter la confiance auprès des pourvoyeurs de capitaux, mais cet indicateur est volatil (– 73 % pour la France en 2013) et semble déconnecté de la production effective de valeur ajoutée ; il inclut en effet l’intermédiation financière, notamment au sein d’un même groupe international. Si les IDE chutent aux États-Unis en 2014, l’Union européenne 4 connaît quant à elle une hausse de 16 % des flux entrants [Business France, 2014 ]. Elle resterait e ainsi la 2 région d’accueil des investissements, recevant 21 % des investissements mondiaux en 2014, et plus de la moitié de ceux destinés aux pays développés. En termes de stocks, même si e la situation se détériore progressivement, la France reste le 4 pays d’accueil au monde pour le stock d’investissements étrangers selon Bercy, derrière les États-Unis, la Chine et le Royaume-Uni [Ministère de l’Économie et des Finances, 2013]. La situation géographique du pays, le niveau de service public, la qualité des infrastructures et de la formation de haute technicité de la main-d’œuvre restent les atouts de la France. Ils participent d’une cohésion sociale territoriale cer-taine. SelonBusiness France, le pays conforte sa position en 2014, étant le second pays d’accueil des IDE créateurs d’emplois en Europe – le classementErnst & Youngdiffère cependant [Ernst 5 & Young, 2015] . Un rebond est alors constaté : avec 740 projets. 87 % des investissements en France sont physiques. Des pays comme les États-Unis, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Ita-lie et le Japon sont les principaux investisseurs (61 %). Les entreprises étrangères installées en France contribuent à 40 % des exportations. Elles se situent à 52 % dans des créneaux à forte valeur ajoutée. Mais les reprises et reprises-extension d’entreprises françaises représentent 7 % des IDE en 2014, tandis que 24 % des emplois créés en dépendent. Au-delà de Paris, des villes telles que Lyon, Toulouse, Nantes, Rennes et Bordeaux figurent parmi les métropoles intermé-diaires classées comme étant les plus productives et dynamiques, et qui connaissent la croissance la plus forte du PIB entre 1982 et 2008. Ce faisant, en 2015, selon Business France, la France reste le premier pays en Europe pour l'accueil d'implantations industrielles. Au-delà, légèrement en baisse, le nombre de projets d'investissements confirme en 2015 le redressement des IDE depuis 2013.
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Le « Bilan France » recense les projets d’investissement d’origine étrangère créateurs d’emploi durable. Il repose sur des annonces de projets validés, et comptabilise le nombre d’emplois associés. Contrairement au précédent, ce dernier baromètre ne tient pas compte de l’hôtellerie, de la restauration et de la distri bution.
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DÉVELOPPEMENTDURABLEDESTERRITOIRES:GOUVERNANCEETMANAGEMENTPUBLICS
Les investissements directs à l’étranger (IDE) par régions Depuis 2010, le nombre deprojets d’investissements à l’étrangers’élève en France à environ 700, contre autour de 600 dans la décennie précédente. Les régions Île-de-France (31 %), Rhône-Alpes, Midi-Pyrénées (10 %), PACA, Nord-Pas-de-Calais et Alsace concentrent les deux tiers des IDE. En 2014, les IDE créateurs d’emplois sont concentrés en Île-de-France, Rhône-Alpes, Alsace et Nord-Pas-de-Calais. L’Île-de-France concentre les centres de décision, les régions Rhônes-Alpes et Midi-Pyrénées, la production, et enîn Midi-Pyrénées et PACA, la recherche et développement. La France reste attractive enmatière d’innovation: par exemple, PACA a effectué en 2013 une véritable performance, les projets de recherche et développement (+ 22 %) afîchant une progression de 11 points par rapport à l’année précédente, renforçant en conséquence la position dans l’hexagone de cette région sur ce type de projet. Les entreprises étrangères por-tent 27 % des dépenses de recherche et développement et 25 % de l’emploi de chercheurs dans les régions Île-de-France, Midi-Pyrénées, PACA et Rhônes-Alpes. L’attractivité productive se mesure à l’international, mais aussientre régions. La zone de Toulouse est celle qui attire, pro-e portionnellement au nombre d’emplois, le plus d’actifs qualiîés au niveau national, loin devant Lyon (au 6 rang national) et e Bordeaux (au 15 rang). À noter, l’attractivité de l’Île-de-France dans le cloud computing, de la région Rhône-Alpes dans les dispositifs médicaux, des régions Rhône-Alpes et Nord-Pas-de-Calais dans les logistiques et services associés, de la région Midi-Pyrénées dans les nouvelles énergies et enîn des régions Aquitaine et Bretagne dans l’agroalimentaire. Si en les entreprises étrangères fournissent19 % du CA dégagé sur le territoire, elles contribuent à 34 % de celui déga-gé en Alsace, 25 % en Picardie et IDF, 21 % en Rhône-Alpes… Leurs îliales, au nombre de 20 000, représentent ainsi 12 % de l’emploi salarié ; elles assurent 25 % de l’emploi en Alsace, 17 % en Île-de-France, et 13 % dans les régions Rhône-Alpes, Picardie, Lorraine et Centre. 25 % de l’emploi dans le secteur manufacturier est créé par des entreprises étrangères… Les entreprises sous contrôle étranger réalisent 31 % des exportations, les entreprises de taille intermédiaire (ETI) étant particulièrement dynamiques (57 %) contrairement aux ETI françaises (34 %) [Business France, 2014].
L’économie ouverte et compétitive est principalement portée par les métropoles à vocation mondiale, mais aussi par des métropoles intermédiaires, puisque l’Europe se singularise, dans la longue durée, par le réseau de villes dynamiques, qui constituent la colonne vertébrale de son e capitalisme. Le Vieux Continent est en effet spécifique, car il est depuis leXIIIsiècle le site de e l’essor urbain allant du nord de l’Italie à l’Europe hanséatique, les cités-États inventant auXVsiècle la banque et la finance. Depuis lors, le continent est maillé par une toile reliant desmé tropolesreprésentant désormais entre 200 000 et 2 millions d’habitants. Celles-ci contribuent à la diversité de l’attractivité régionale, même si l’Île-de-France concentre la plupart des moyens internationaux de développement et de production.
Certains auteurs prédisent la disparition des métropoles intermédiaires et voient l’Europe fu-ture comme une mégapole de 21 millions d’habitants. D’autres, que nous suivons ici, pensent plutôt queles métropoles intermédiaires ont des bases de développement solides et sont en core dynamiques[Le Galès, 2011]. Certaines disposent d’un tissu industriel vivace et d’avenir : tel est le cas de Nantes avec les chantiers navals, de Toulouse avec l’aéronautique, ou encore de Grenoble. Celles-ci ainsi que d’autres, comme le Grand Paris, le Grand Marseille ou le Grand Lyon, sont les nœuds d’essor des services à haute valeur ajoutée précités. Les industries n’y sont pas absentes, comme la microélectronique en région PACA ou le luxe (joaillerie, maroqui-
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