Exos LMD. Note de synthèse - 2e édition

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Ce livre d’exercices corrigés vous permet de pratiquer l’épreuve de Note de synthèse ; il vous place en situation d’appliquer la méthode qu’il faut mettre en oeuvre pour surmonter les deux obstacles majeurs de cette épreuve (la contrainte de temps et la clarté dans l’exposé), puis de vérifier sa bonne application. Les 6 exercices traités constituent un excellent outil d’entraînement à cette épreuve qui ne demande aucune connaissance spécifi que et dont l’objectif est la rédaction d’un document de 4 à 6 pages à partir d’un dossier comportant plusieurs textes sur un même sujet. Le candidat doit alors établir un document « froid et impersonnel » qui fait le point sur la question afi n que le destinataire de la note prenne connaissance de façon claire et précise de l’essentiel du dossier.

6 exercices thématiques pour vous entraîner à la note de synthèse :

  • les nouveaux hommes
  • les ONG
  • e commerce de la mort
  • le milieu marin
  • les protections de la personne contre elle-même
  • le sort de l’enfance malheureuse

Chaque exercice proposé se compose d’un dossier de textes et d’une proposition de note de synthèse.


Michel Deyra, docteur en droit, est maître de conférences à la Faculté de droit de Clermont-Ferrand et directeur des relations internationales de l’IPAG de l’Université d’Auvergne.

Fabienne Ferrer est chargée d’enseignement à l’IPAG de l’Université d’Auvergne.

Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782297019637
Nombre de pages : 237
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Présentation
1. Propos introductifs Bienvenue dans le monde fabuleux de la note de synthèse, seule épreuve où l’on exige de vous que vous vous dispensiez de toutes connaissances personnelles. L’épreuve ne nécessite donc aucune connaissance spécifique mais seulement l’acquisition d’une méthodepour en surmonter les deux obstacles majeurs : la contrainte de temps et la clarté de l’exposé. Le meilleur moyen de la réussir con siste às’entraîner à rédiger le plus grand nombre de devoirs de synthèseen temps réel. L’objectif de l’épreuve denote de synthèseest larédaction d’un document de 4 à 6 pages à partir d’un dossier comportant plusieurs textes sur un même sujet.Le candidat doit établir un document « froid et impersonnel » qui fait le point sur la question afin que le destinataire de la note prenne connaissance, de façon claire et précise, de l’essentiel du dossier. À cette fin, le présent ouvrage offre 6 sujets composés d’un dossier de textes et d’une proposition de corrigé entièrement rédigé. Il constitue une excellente préparation à l’épreuve de note de synthèse et vient compléter le livre de méthode publié par l’auteur chez le même éditeur :Mémentos e LMD – La note de synthèse2010).(11 édition, Les dossiers de synthèse présentés dans cet ouvrage sont d’un niveau de difficulté correspondant aux exigences des concours de la fonction publique de catégorie A, voire de catégorie A’. Les différents dossiers illustrent les spécificités des épreuves que l’on rencontre dans ces concours ; ils comportent : – soit des dossiers de documents juridiques (lois, décrets, jurisprudence) qu’il faut savoir analyser en tenant compte de la hiérarchie des normes et des juridictions ; – soit des dossiers de documents de culture générale, d’idées ou qui soulignent une problématique d’actualité (article de doctrine, presse) ; – soit des dossiers contenant des documents des deux types. Les dossiers (de 1 à 6) sont présentés dans un ordre croissant de difficultés. Tous correspondent à une épreuve en 3 heures à l’exception du dernier dossier à faire en 4 heures.
Exos LMD – Note de synthèse 6
2. Recommandations Pouroptimiserl’usage de cet ouvrage et l’aide qu’il va vous procurer pourpro gresseren note de synthèse, quelques recommandations s’imposent : – dans la mesure du possible,élaborez votre note en conditions d’examen. Vous ne progresserez que peu si vous étalez votre travail dans le temps. Ainsi, isolezvous, préparez vos barres de céréales, éteignez votre portable, cachez la télécommande, ne répondez pas à l’interphone, et tout ceci durant les 3 ou 4 heu res de votre épreuve. Évidemment, pensez à mettre un réveil pour vous signaler la fin de l’épreuve, vous aurez ainsi un bon aperçu de ce que vous auriez été en mesure de produire le jour J. Si, au départ, il vous faut plus de temps, il va sans dire que nous conseillons vivement de terminer quand même votre devoir ; – souvenezvous de vos cahiers de vacances de CE2. À cette époque, vos parents prenaient probablement soin de détacher les corrigés. Aujourd’hui, il faut compter sur votre propre maturité. Ainsi, même si certains documents vous déstabilisent, si vous éprouvez des difficultés à trouver un plan ou encore une phrase d’accroche : ne craquez pas et persistez dans vos efforts. L’ouvrage perdrait de son utilité si vous vous reportiez aux corrections avant la fin de votre devoir.Elles ne doivent vous servir que pour appréhender ce qui vous était réellement demandé, pour vous permettre de vous livrer à une autocorrectionmais absolument pas pour vous donner l’illusion que vous maîtrisez la méthode de la note de syn thèse. Nous souhaitons que vous deveniez des « pro » de la note de synthèse, pas des David Copperfield de la synthèse ; – enfin, vous remarquerez que nous avons pris soin de positionner en toute fin de cet ouvrage un bref exposé des dossiers. Au cours de ces quelques lignes, nous avons souhaité apporter un complément d’informations sur les dossiers, qu’il s’agisse de l’identification d’un document piège, de la nécessité d’appréhender les documents dans un ordre chronologique, de l’exigence de lecture de l’intitulé, etc. Vous pourrez ainsi découvrir laspécificité des dossiers que nous vous soumettons, le tout suivi del’intérêt pédagogiquede chacun d’eux dans l’apprentissage et la maîtrise de la méthode.Tout comme précédemment, vous n’avez aucun intérêt à consulter cette rubrique en préalable. Sa lecture doit impérativementavoir lieu après votre rédaction. Vous avez toutes les cartes en main, maintenant c’est à vous de jouer ! Bon courage à toutes et à tous.
Les nouveaux hommes
Exercice 1
Sur la base du dossier cijoint, rédigez en cinq pages maximum une note de syn thèse sur « les nouveaux hommes ».
DOCUMENT1 : JeanSébastien Stehli, Natacha Czerwinski, « Les nouveaux mâles se cher chent »,L’Express, 8 mars 2004.
DOCUMENT2 :Le manifeste de l’homme réconcilié, 13 novembre 2007, ouvrage extrait de er D’Alancon Jean, 1 janvier 2003.
DOCUMENT« Les nouveaux hommes, planche de salut de la mode ? »,3 : AFP, 2004.
DOCUMENTElisabeth Lequeret, « Hommes en quête d’identité »,4 : Le Monde diploma tique, mars 2000.
DOCUMENTAdélaïde Zulfikarpasic, Directeur d’études,5 : Les nouveaux pères, Ipsos Public Affairs.
DOCUMENTColette Gouvion, « Groupes de paroles pour hommes : vers une masculinité6 : retrouvée »,Revue psychologie décembre1998.
DOCUMENTMarc Duvivier, « Le congé de paternité »,7 : CFDT, janvier 2002.
DOCUMENT8 :Le congé parental d’éducation, 31 mai 2006, Informations Ministère du Travail.
DOCUMENT9 :Le rôle du père dans la construction de l’enfant, Centre d’information sur les droits des pères.
DOCUMENTElman, « L’hygiène et la beauté innovent pour séduire »,10 : Florence Dynamique commerciale, n° 82, mai/juin 2002.
DOCUMENT11 : Karine Allemann, « Miroir, qui est le plus beau ? »,Revue impact écono mique, 7 novembre 2006.
DOCUMENT12 : JeanLouis ServanSchreiber, « Les “métrosexuels” », Psychologie, octobre 2003.
DOCUMENT13 : Jasmine Saunier, « Qui sont les métrosexuels ? »,Revue sexologie, 2003.
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DOCUMENT 1
Les nouveaux mâles se cherchent
JeanSébastien Stehli, Natacha Czerwinski
Bijoux, produits de beauté… Ils n’ont jamais autant pris soin de leur corps et de leur look. C’est le triomphe du « métrosexuel », cet urbain branché qui s’appro prie une part de féminité.
Les « métrosexuels » sont parmi nous. Impossible de regarder une publicité, d’ouvrir un magazine, voire de suivre un match de foot à la télé sans tomber nez à nez avec cette créature. Les métrosex uels sont les cousins des bobos, cette tribu qui occupe le devant de la scène depuis deux ou trois ans, empruntant à la fois aux bourgeois et aux bohèmes. Le métrosexuel, lui, est un mélange de dandy et de gay mâtiné d’une pointe de « mac ». Il se pomponne, redécouvre l’art du rasage, se met des crèmes sur le visage, se fait un regard de braise grâce à quelque khôl spécialement concocté pour lui et peut parfois se mettre un peu de vernis sur les ongles. Un sarong fuchsia ou une veste mauve des couturiers italiens Dolce & Gabbana ne l’intimident pas le moins du monde, au contraire. Mais – tout est dans ce détail – il n’est pas homosexuel. Sophistiqué, attentif à luimême et aux autres, le métrosexuel « n’a pas peur de soigner sa personne et d’apprécier les choses raffinées », explique le site Internet BeMetro.com, feuille de route du nouveau mâle.
Icônes de cette tendance : les footballeurs David Beckham ou Djibril Cissé, le rugbyman Frédéric Michalak, les membres du groupe Kyo, révélation de l’année aux dernières Victoires de la musique, Édouard Baer ou, mieux, Ariel Wizman. Même les rappeurs, qui prônent souvent des valeurs très machos, voire homophobes, s’y mettent : gros bijoux et pantalons satinés, coupes de cheveux travaillées, corps sculpté… « Ces hommes deviennent des objets, explique Christine de Panafieu, fondatrice de Cosight, un cabinet de conseil. Chez eux, le muscle n’est pas seulement un attribut fonctionnel. Il a une valeur esthétique, comme les seins chez la femme ».
Le rôle de l’élévation du niveau de vie
Frédéric Loeb, conseiller en innovation, résume : « Aujourd’hui, les épaules du métrosexuel sont l’équivalent du décolleté chez la femme ». Le néologisme est né en 1994, sous la plume de l’écrivain britannique Mark Simpson, qui ironisait sur les effets du consumérisme et des nouveaux magazines pour hommes. Mais le mot fait le tour de la planète quand il est repris, en juin 2003, par Marian Salzman,chief strategy officerà l’agence de publicité Euro RSCG Worldwide, à New York. Il désigne un trentenaire urbain (d’où « métro », pour métropolitain), branché, prenant grand soin de son corps et de tout son être. Depuis, on a vu fleurir un tas d’autres termes : hétéroflexibles, pomosex uels (comprendre « postmodernes sexuels »), voire hétérofolles. Le phénomène ne devrait pas long temps rester urbain : TF1 s’apprête en effet à adapter l’émission de téléréalité américaineQueer Eye For a Straight Guy, dans laquelle un groupe d’homosexuels prend en main un hétéro et se charge de le transformer en métrosexuel, le relookant et modifiant jusqu’à son appartement. L’apparition de cette tendance tient pour une grande part à l’élévation du niveau de vie, même si l’on peut e dire qu’auXVIIIsiècle des aristocrates poudrés et enrubannés ont été des métrosexuels précurseurs.
Exercice 1 Les nouveaux hommes 11
« Après la Seconde Guerre mondiale, explique l’historien André Rauch, qui publiera en octobre pro e chainL’Identité masculine ou la revanche des femmes auXXsiècle(Hachette), la bourgeoisie a pris l’habitude de se soigner, d’aller plus souvent chez le coiffeur. Cela restait limité aux classes aisées. Aujourd’hui, la consommation est soutenue par une vaste gamme de produits ». Désormais, 80 % des gens ont les moyens de s’offrir ce luxe. Et ils ne s’en privent pas. Les mâles ont dépensé 50 mil lions d’euros en produits de beauté en 2002.
Certains bouleversements sociaux ont aussi préparé l’avènement de cet homme nouveau. « Dans notre société, il y a une survalorisation du plaisir, affirme André Rauch. Nos grandsparents pensaient qu’il y avait une vie après la mort. Aujourd’hui, cette idée est relativement absente ». S’il n’y a pas d’audelà, autant avoir du plaisir icibas. Le métrosexuel est aussi l’un des symboles visibles de la disparition de la figure emblématique du père et de la fameuse crise de l’identité masculine. « Les métrosexuels sont la partie émergée de l’iceberg », note Valérie ColinSimard, dont l’ouvrage Nos hommes à nu(Plon) est consacré au décryptage des bouleversements du (de l’ex ?) sexe fort. Quand on n’a plus besoin de lui pour représenter l’autorité, le père peut s’épiler ou porter des bijoux. Surtout qu’il n’est plus le chef de famille. Au sein du couple, les rôles se sont équilibrés, les femmes se sont approprié ce qui, pendant des générations, relevait du rôle traditionnel de l’homme : elles travaillent, sont chefs d’entreprise, gagnent parfois plus que leur conjoint (pour 5 % d’entre elles), décident quand elles veulent des enfants. Bref, dans les pays occidentaux, elles peuvent vivre sans les hommes. Alors, ceuxci s’approprient cette part de féminité qu’elles ont laissé tomber. « Il y a en ce moment une sorte de recomposition, affirme la sociologue Christine CastelainMeunier [La Place des hommes et les métamorphoses de la famille, PUF]. Les hommes sont en train de se remettre du coup de grisou engendré par le féminisme et de se réapproprier leur identité ».
Le métrosexuel est aussi le fils d’une société plus infantile, « adolescentrique ». « Le modèle n’est plus l’adulte, mais l’adolescent, explique Frédéric Loeb. Il n’y a qu’à regarder l’humour actuel ou l’engouement pour le foot, un truc de gosse ». La faute, selon le psychanalyste Tony Anatrella, à la génération de 68. Ce sont des adolescents qui ont élevé des enfants. Résultat, expliquetil, à 30 ans, ce sont toujours des ados.
Le métrosexuel annonce un changement plus profond encore qui touche les hommes et les femmes. « On est au début de ce que les Américains appellent la gender flexibility (l’élasticité des genres), explique Christine de Panafieu. Jusqu’à aujourd’hui, chacun de nous était défini par son âge et son sexe. C’est ce qui structurait notre vie. Désormais, l’être humain se perçoit comme un mutant : il reste jeune plus longtemps et, grâce à la science, il modifie son corps ». Le genre devient donc accessoire. Ce qui compte, c’est le comportement. Dans ses études, Frédéric Loeb affirme avoir décelé non plus 2 sexes différents mais 11 !
Pourtant, la réaction s’organise et cette mutation pourrait n’être qu’un effet de mode. Déjà les nou veaux rebelles arrivent. « Leur modèle est le rappeur Eminem, affirme le publicitaire Nicolas Riou, auteur deFiction Pub  [éd. d’Organisation]. Eux surajoutent les signes extérieurs de virilité, ils sont agressifs avec les femmes ». Il faudra encore un peu de temps avant que l’homme soit une femme comme les autres.
Exos LMD – Note de synthèse 12
DOCUMENT 2
13.11.2007 Le manifeste de l’homme réconcilié
L’homme réconcilié définit notre temps comme le patriarche a défini son époque et le métrosexuel la sienne. Ce changement d’ère passe souvent ina perçu. Ou alors, les penseurs en place ferment les yeux dessus, eux qui préfèrent vivre dans leurs souvenirs flous de révolution sexuelle. Mais il faut en parler de cette nouvelle identité masculine.
Car ils en ont assez les « petits jeunes » qu’on leur fasse la morale. Mare des ultraféministes qui monopolisent le discours sur les sexes. Mare de voir que, quand un homme prend la parole, c’est un papiboomer mélancolique qui nous dit que c’était mieux avant. Mare du fait que les quinquas auto proclamés fringants soient les seuls mâles à décrire ce que c’est que d’être un mâle aujourd’hui. Selon les lamentations neoréacs de ces phraseurs, foi sonnantes depuis quelque temps, les fils de l’éman cipation féminine ne trouveraient plus leur voie. Ces anciens combattants à la Zemmour, frustrés par la révolution égalitaire, nous disent que les hommes ne sont plus ce qu’ils étaient, que les gar çons grandissent en plein malaise sexuel et exis tentiel.
Ces hommes vieillissants préfèrent voir entre les jambes de leurs enfants le malaise qu’ils commen cent à vivre entre les leurs. Mais où vontils cher cher tout ça, comment fontils pour être à ce point à côté de la plaque ? On croit halluciner quand on lit le psychanalyste Michel Schneider écrire que les « jeunes générations » perdent leur libido à cause de la Confusion des sexes, à cause du socia lisme et à cause de la fin de la lutte entre hommes et femmes. Ils ne perdent aucune once de libido, ne vous en faites pas Monsieur Schneider, car ils ne mélangent pas, eux, confusion et guerre des sexes. Comme vous, ils veulent, ils vivent, la dif férence des genres. Contrairement à vous, ils refu sent, ils enterrent, la querelle archaïque entre mâles
et femelles. Car les jeunes hommes sont plutôt en train de surmonter les paradoxes de l’identité mas culine post68 que de s’y embourber. Ils recons truisent même l’identité masculine dans un rapport d’égalité avec les femmes et autour d’une virilité positive, affirmée, décidée. Et la conséquence de cette pacification est l’émergence d’une nouvelle identité masculine mélangeant de manière saine les qualités du mec sensible et celles du mâle viril. Un nouveau profil viril mais pas macho qui a sur monté la crise d’identité provoquée par l’émanci pation féminine et trouvé sa place dans une société égalitaire.
La philosophe Elisabeth Badinter sentait déjà poin ter cette tendance en 1992. Elle voyait déjà venir l’homme réconcilié, elle qui a su garder la tête froide, ne pas tomber dans l’acariâtre mélanco lie postsoixantehuitarde, elle qui a le ton le plus juste lorsqu’il s’agit de parler des sexes tels qu’ils sont : « Aujourd’hui, les jeunes hommes ne se retrouvent ni dans la virilité caricaturale du passé ni dans le rejet de toute masculinité, écrivaitelle dans XY, son ouvrage visionnaire sur l’identité masculine. Ils sont déjà les héritiers d’une pre mière génération de mutants. Fils de femmes plus viriles et d’hommes plus féminins, ils ont parfois du mal à s’identifier à leur père ». Fini le macho, mais fini aussi les jérémiades, les mea culpa sans fin, les gémissements qu’émettent depuis trente ans les compagnons frustrés des femmes se libé rant. Cette nouvelle génération d’hommes assume complètement son rôle dans la parenté, souhaite la parité et le partage égal des tâches. Mais elle ne se flagelle plus. Fini le machiste haineux, le maître archaïque de la famille et du portemonnaie. Mais fini aussi le fragile homme de bonne volonté tor turé par la culpabilité que lui ont imposée les fémi nistes extrêmes.
DOCUMENT 3
Exercice 1
Les nouveaux hommes 13
Les nouveaux hommes, planche de salut de la mode
L’homme viril, infaillible, est aujourd’hui remplacé par un homme sensible et imprévisible
L’homme, chef sur sa famille, est une espèce en voie de disparition en Europe, il est remplacé par un nouvel homme ce qui ouvre des perspectives radieuses au secteur de la mode, selon une étude de la profession.
« L’idéal masculin s’est considérablement modifié. Toutes les valeurs traditionnelles d’autorité, d’in faillibilité, de virilité, de force, sont complètement bouleversées », a indiqué PierreFrançois Le Louet, directeur général de l’agence de prospective Nelly Rodi, commanditaire de l’étude. Il présentait cette enquête internationale sur l’identité masculine des 20 à 35 ans, au Fashion Group Paris, un forum international de réflexion stratégique de l’industrie de la mode, qui s’est réuni à Paris pour réfléchir à l’avenir de la profession en Europe. « L’homme ne veut plus être le superhéros familial. Il est maintenant en mouvance vers d’autres valeurs de sensibilité, de multiplicité des représentations. Il a le courage d’être soimême et de tester ses propres limites », a poursuivi M. Le Louet. « Cet homme hybride est prêt à porter une chemise à fleurs et à essayer les clubs échangistes », selon le directeur de l’agence. Finie la sacrosainte fidélité et bienvenue aux nouveaux types de rela tions, qu’elles soient de proche camaraderie entre hommes, ou sexuelles, mais éphémères ou diffé rentes. La multiplication des clubs échangistes en témoigne. L’homme traditionnel existe toujours mais on le trouve plutôt… en Chine et il n’est pas près de s’en aller, pondère l’étude, réalisée par des sociologues et ethnologues qui ont décrypté 150 magazines, 146 sites internet, interrogé une douzaine d’experts européens, américains et chinois. Ces tendances émergeantes existent partout en Europe, à des degrés divers selon les pays du nord ou du sud, avec pour conséquences de nouvelles perspectives de développement pour l’industrie de l’habillement qui vit une passe difficile. Le ralentissement économique et la concurrence chinoise secouent et inquiètent ce secteur qui représente 7 % de l’emploi en Europe (2,7 millions) avec un chiffre d’affaires de 230 milliards d’eu ros pour 230 000 PME. La recherche de nouveaux marchés a conduit le Fashion Group de Paris, une association interna tionale de professionnels, à tenter de cerner le profil du consommateur européen dans un monde incertain et en mutation profonde. Trois références fortes semblent inspirer de plus en plus son comportement : la culture, l’écologie et l’éthique, ont relevé JeanPierre Fourcat, viceprésident de Sociovision Cofremca, institut spécialisé dans l’observation du changement socioculturel, et la créa trice espagnole Agatha Ruiz de la Prada. Constat des agences de communication : les consommateurs ne doivent plus être perçus simplement en tant que tels mais comme des « personnes » et des « citoyens » dont la consommation n’est plus forcément au centre de leur vie.
AFP Béatrice Bretonnière
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DOCUMENT 4
Derrière les mutations de la presse masculine Hommes en quête d’identité
L’évolution de la condition des femmes a, à des degrés divers, trouvé sa traduction dans le contenu rédactionnel de la presse féminine. Abandonnant le registre fantasmatique et le modèle d’identification traditionnels, la presse masculine effectue à son tour sa mue. Audelà d’un contenu souvent pauvre, axé sur la stratégie « marketing » de l’exploitation d’un « egomarché », ces nouveaux titres n’en con stituent pas moins le symptôme d’une masculinité en quête de nouveaux repères. Ils avaient appris à ne pas pleurer. Ne pas se plaindre, ne pas gémir, ne jamais avouer leurs faiblesses, garder le contrôle : tels furent, long temps, les contours de la masculinité. Si les années 70 avaient permis aux hommes d’échapper (si peu que ce soit) à cet écrasant « surmoi » social, les années 80 remirent la pression : culte de la perfor mance individuelle, de l’efficacité, de la réussite professionnelle. À l’orée du troisième millénaire, les hommes s’interrogent sur leur identité, main tenant que les femmes ont investi une bonne par tie des territoires qui leur étaient jadis réservés. « La devise de nos lecteurs pourrait être :Je ne suis pas parfait et je l’assume”, explique Bruno Gosset, rédacteur en chef deFHM (For Him Magazine). Les hommes privilégient le bienêtre, l’environnement, l’amour, l’amitié. On est bien loin des années 80, où la grande question était : Qu’estce que je vaux ? Aujourd’hui, ce serait plutôt : Que puisje faire pour être bien dans ma tête ?»,confirme Christian Moguérou, son alter ego àMen’s Health. Men’s Health etFHM font partie de cette bras sée de magazines qui ont fait irruption dans les kiosques voici quelques mois. Bien que souvent on les trouve entre une pile de revues de charme et le dernier numéro del’AutoJournal, ils mar quent la naissance d’une nouvelle presse mascu line. Plus décomplexée, plus proche du lecteur, plus complice. Moins obsédée aussi : même si les couvertures deFHMarborent toujours une superbe
créature en tenue plus ou moins légère, son rédacteur en chef se défend de tout machisme et insiste pour dire que les pages de charme sont tou jours traitées au second degré. Sous son jésuitisme, la réponse n’en contient pas moins une part de vérité qui se confirme à la lecture des autres titres : les vieilles recettes de la presse masculine (en gros, la fesse et les décapotables) ont fait leur temps.Luia mis la clef sous le paillasson. Même les maga zines people commeMax, où la jetset internatio nale arbore mois après mois le même sourire figé sur papier glacé, ne tiennent plus le haut du pavé éditorial. C’est que les aspirations des hommes ont changé. Men’s Healthdemandé à ses lecteurs les sujets a qui les intéressent le plus : en tête viennent la santé (62 %), le sexe (53 %), la nutrition (32 %), tandis que le people ne recueille que 15 % des voix. «Il y a dix ans, on aurait obtenu les propor tions inverses, explique Christian Moguérou.Il était alors impensable de faire un magazine sans belles bagnoles et filles à poil.»Résultat : avec des titres aussi accrocheurs que « Un supercorps sans effort » ou « Faites en une bombe sexuelle », Men’s Health se vend entre 100 000 et 120 000 exemplaires chaque mois. Son concurrent direct, M. Magazine(créé en avril 1998, c’est le pionnier français de la presse masculine), navigue dans les mêmes eaux. En juin 1999, le premier numéro de FHMvendu à 240 000 exemplaires. Depuis, s’est le mensuel plafonne aux alentours des 120 000 exemplaires. Des chiffres prometteurs, même s’ils sont loin derrière ceux de la presse féminine (à titre indicatif,Marie Claire se vend à 560 000 exem plaires chaque mois, et l’hebdomadaireFemme actuelleà 1 800 000 exemplaires). Si les Français s’habituent peu à peu à voir dans leurs kiosques, à côté des traditionnelles revues de moto ou de voile, des magazines pour hom mes, ceuxci font depuis longtemps partie du pay sage dans les pays anglosaxons.FHMné en est
GrandeBretagne dans les années 80. «À l’époque, c’était un magazine classique : de belles voi tures rouges, des cigares, et beaucoup de mode»,explique Bruno Gosset. Les résultats plafonnent jusqu’en 1994, date à laquelle le géant britannique EMAP reprend le magazine et embauche une équipe de jeunes loups à qui il donne pour mis sion de faire «jeune, plus généraliste, plus plus déconnant»(Bruno Gosset). Explosion des ven tes : de 50 000 exemplaires à 800 000 en un an. La même année, le groupe IPC lanceLoaded (un mot qui veut dire à la fois « chargé », « bourré », « défoncé »). «Plus qu’un succès de presse, c’était un phénomène de société», affirme Bruno Gosset.
Les nouveaux codes de la virilité
Le RoyaumeUni fait figure d’eldorado de la presse masculine. L’AméricainMen’s Health, après des débuts moyens, y a plus que doublé ses ventes en l’espace d’un an : de 120 000 en 1995, date de son implantation londonienne, à 300 000 en 1996. OutreManche, ce sont plus de 4 mil lions de magazines qui se vendent chaque mois, soit autant que de magazines féminins en France. «ce sont les années de la reprise 19951996, économique. Pour les Anglais, tout était possible, explique Christian Moguérou.Un peu comme en France depuis quelques mois.» Car, en France comme ailleurs, l’explosion de la presse masculine va de pair avec celle de la con sommation, notamment celle du marché des produits pour hommes. Le marché du cosmétique masculin augmente doucement mais sûrement. «au macho est devenu ridicule Jouer ,explique Robert Ebguty, directeur de recherches au Centre de communication avancée.Aujourd’hui, il faut être rayonnant et respirer la vitalité, en don nant l’impression que votre bonne santé vient de l’intérieur. (...)La redécouverte hédoniste du corps est d’autant plus forte que l’individu est moins dépendant du regard de l’autre qu’il ne l’était dans les années 50, 60 et 70. Sur le plan économique, cette revendication est à l’origine de ce que nous appelons un vaste egomarché. Ce mode de consommation s’affirme à travers l’affichage d’une certaine hygiène de vie, symboli sée par la pratique de loisirs tels que le VTT et les sports de glisse.» De fait, avec des couvertures comme « Mangez plus, vivez mieux ! » (Men’s Health), « Chirurgie
Exercice 1 Les nouveaux hommes 15
esthétique : les hommes aussi » (M. Magazine) ou « Le grand guide du look » (FHM),les magazines masculins semblent amorcer l’avènement d’un nouveau culte du Moi. Sociologue au CNRS, Christine CastelainMeunier travaille depuis plus de dix ans sur l’identité mas culine : «cette nouvelle presse, il n’est Dans pas fait, ou très peu, allusion aux pères. Ça se démarque terriblement des mouvements de défense de la paternité. Il n’y a aucune dimen sion revendicative. Les sujets dont il est question sont toujours très futiles, comparativement à ceux de la presse féminine, qui accompagne depuis quarante ans les femmes dans leur processus d’émancipation. Il y a beaucoup de recettes pour que ça se passe bien avec les filles, des tests de personnalité pour aider les hommes à s’en sortir. Ça se réfère toujours à l’immédiateté, alors que dans la presse féminine il y a toujours une projec tion dans le futur. » Futile, la presse pour hommes ? Bruno Gosset s’en défend. «les magazines féminins, on Dans vous apprend à gérer plusieurs vies en paral lèle, sociale, familiale, professionnelle, c’est très méthodique. Nous, nous ne cherchons pas à gérer. Nous voulons donner des informations person nalisées, très pratiques. En théorie, nos lecteurs ont entre 15 et 45 ans. On s’intéresse à toute une génération de gens qui sont dans l’entredeux. Les types de 18 ans ont envie de se projeter, et ceux qui sont plus âgés, installés, ont encore envie de déconner. On ne veut pas les enfermer dans un stéréotype. Aujourd’hui, les hommes veulent vivre avec moins de complexes, se libérer de plein de préceptes, de tout ce que les femmes leur deman dent de faire, d’assurer.» L’heure du retour du macho atelle sonné ? Ce serait aller un peu vite en besogne. Reste qu’avec leurs titres accrocheurs les magazines masculins marquent le malaise d’une génération d’hommes en quête de nouveaux codes de virilité. «Dans l’émergence de cette presse, je vois la volonté de se retrouver autour d’un espace commun où leurs préoccupations ne sont pas marginales, où d’autres hommes rencontrent les mêmes problèmes qu’eux», explique Christine CastelainMeunier. Pourquoi ce besoin de se référer à une identité col lective ? Pris en tenaille entre les préceptes de leurs mères (ne pas montrer ses sentiments, se blinder le corps et l’esprit, avoir de l’ambition pour deux et du punch pour trois) et les nouvelles exigences de
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leurs compagnes (être tendre, avouer ses faiblesses, assumer sa part féminine…), les hommes ne savent plus à quel modèle se vouer. Concurrencés sur leurs propres platesbandes professionnelles, ils trouvent en rentrant chez eux des femmes plus exigeantes, autonomes, indépendantes financière ment. DansThe Decline of Males, l’Americain Lionel Tiger peint un tableau pathétique de la con dition de l’homme moderne, de moins en moins sûr de lui devant une femme« de plus en plus forte et confiante ». Tout se passe comme si, concurrencés par les femmes dans le domaine public, jadis leur terre d’élection, les hommes amorçaient un grand virage vers le privé. «les années 80, Dans les magazines pour hommes commeIlou Vogue Hommesmettaient toujours l’accent sur le dual isme hommefemme, raconte Christine Castelain Meunier.Les nouveaux magazines s’adressent à l’homme comme à un personnage désormais autonome dans la sphère privée. Ce qui me frappe dans ces revues, c’est qu’ils ont besoin de trouver des repères, des recettes, des terrains à eux, sans qu’il soit jamais fait référence à l’homme qui tra vaille. On leur propose un mode de vie fait de loi sirs, on leur apprend à cuisiner. Ça se démarque complètement des anciens magazines et même de la presse généraliste, où l’on mettait toujours en avant les hommes qui travaillent.» Jadis monolithique, la masculinité est désor mais plurielle. Les anciens repères, les valeurs traditionnellement réputées masculines (le cour age, l’endurance, l’audace, la domination) sont dévaluées. Les années 90 ont marqué ce lent naufrage des valeurs du paraître au profit des valeurs de l’être (l’introspection, la simplicité, le relationnel). «vit une époque très déstabi On lisante pour les hommes,confirme la sociologue Dominique Pasquier.Avant, l’identité masculine était facilement identifiable par des attributs de comportement, le rapport à l’argent, la réussite professionnelle, la capacité de plaire aux femmes. Jusqu’au jour où elles sont sorties de chez elles. Aujourd’hui, il est très difficile, pour les hom mes de trouver un territoire où il n’y a pas de femmes.» C’est ce territoire à michemin entre le ludique et l’informatif que les magazines essayent de recréer, façon potache pourFHM,sur le mode bon enfant pourM. Magazine etMen’s Health.le fait D’où que, de l’avis général, aucun magazine masculin ne possède unalter ego féminin.Elle etMarie
Claire, jadis à la pointe du combat féministe, sont encore trop politiques. Quant aux autres journaux, Cosmopolitan, MarieFrance et autresFigaro Madame,ils mettent l’accent sur la mode et optent pour un sérieux qui tranche avec l’esprit ouverte ment ludique de leurs confrères. Autre caractéristique des journaux masculins, l’attention qu’ils accordent tous au courrier des lecteurs, abondant (plusieurs dizaines de pages dans chaque numéro) et souvent consacré à des questions médicales où la sexologie se taille la part du lion, mais où sont aussi abordés tous types de problèmes, graves ou bénins. Eczémas coriaces, mauvaise haleine, calvitie menaçante : une bro chette de spécialistes répondent. Dans l’un des derniersMen’s Health, l’écrivain Patrick Besson raconte ses relations – houleuses – avec ses ex, tan dis que le psychiatre deFHM répond aux inquié tudes d’un futur père de jumeaux. «La moitié du courrier porte sur la sexualité. Beaucoup de gens qui vivent en province, qui nous disent : On n’ose pas demander au docteur. Là, on joue un peu le rôle du grand frère, explique Christian Moguérou. On leur parle de leur intimité, on leur donne des conseils psychologiques. Bref, on fait ce que fait la presse féminine depuis trente ans ! » « On garde un ton plein d’humour, mais on répond vraiment aux questions, confirme Bruno Gosset, qui affirme recevoir une vingtaine de lettres par jour.Les hom mes n’ont pas d’espace de discussion. Ils fonction nent beaucoup sur le nondit. Ils sont dévorés de curiosité, sur la sexualité, sur les rapports avec les filles, la santé, mais ils n’ont personne à qui poser ces questions.» Distraire tout en informant : ce cocktail, savam ment dosé, fait depuis quelques mois le succès de la presse masculine. Sans doute fautil trouver les raisons de ce ton dans le profil global du lecteur de ce type de presse : un homme jeune – deux lecteurs sur trois deFHMentre 15 et 34 ans, ont et on retrouve la même proportion, 70 %, chez les lecteurs deMen’s Health , actif, urbain (selon la même enquête, réalisée en décembre 1999 pour FHM,un lecteur sur deux vit à Paris ou en région parisienne), et au pouvoir d’achat relativement élevé. «Au départ, on visait des hommes entre 28 et 35 ans, qui entraient dans la vie active,expli que Christian Moguérou.En fait, nous avons deux publics. Des jeunes de 25 ans qui nous disent: On achète votre magazine pour passer un bon moment, c’est presque un journal de copains.D’autres, plus
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