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Discours de métaphysique

De
69 pages
Opposé désormais à Descartes, Leibniz considère que Dieu a introduit de la finalité dans le monde car Dieu est sage et fait les choses selon le principe de raison suffisante. Dans le Discours, le philosophe établit un rapport d'équivalence entre l'explication mécaniste des processus et l'intelligibilité projetée sur les phénomènes par la présupposition de l'ordre téléologique qui s'y exprime. Les arguments majeurs pour cette restauration des causes finales dans l'interprétation du système de la nature sont tirés de l'invention du principe de conservation de la force vive qui marque la subordination de tous les processus mécaniques à un ordre d'harmonie fondamentale.
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Extrait
Introduction

Leibniz est, à plus d’un titre, un personnage exceptionnel. À la fois juriste, conseiller politique des princes, diplomate, historiographe, ingénieur, linguiste, mathématicien et physicien, il est aussi un théologien-philosophe qui, ainsi qu’il l’écrit dans son célèbre Discours de métaphysique, entend s’appuyer et sur la pensée scolastique, celle notamment d’un Saint Thomas d’Aquin, et sur les idées de Descartes ou de Spinoza pour mieux d’ailleurs les dépasser.
Véritable penseur universel, qui se veut l’égal d’un Aristote ou d’un Galilée, il est le créateur d’un système métaphysique qu’il désignera lui-même sous le nom de « système de l’harmonie préétablie ». Né dans un monde qui se remet à peine de la Guerre de Trente ans sur fond de lutte entre protestantisme et catholicisme, et qui a connu l’installation de pouvoirs absolutistes comme celui de Louis XIV, Leibniz en vient à vouloir faire avec les états, les religions, les individus, enclins à se mépriser et à s’affronter, une « harmonie préétablie » et sacrée qui se retrouve dans sa philosophie qui mène plus avant l’étonnement humain devant les mystères de la conscience (la mémoire, la sensation, l’intuition, l’identité à soi…).
Passionné par la totalité du réel mais aussi impliqué dans toutes les sphères de la vie publique, le philosophe allemand est en relation avec des princes (Eugène de Savoie, les princes de Brunswick, la princesse Sophie de Hanovre...) comme avec les plus grands esprits de son temps, savants comme Samuel Clarke, théologiens comme ou philosophes tels Baruch Spinoza, Thomas Hobbes, Pierre Bayle ou Nicolas Malebranche. Parmi quelque 16000 lettres que nous avons conservées, une partie importante provient justement de la relation qu’il a nouée avec la plupart d’entre eux.

Concilier des conceptions opposées

Descartes, Hobbes et Spinoza, ont tous trois développé, peu avant Leibniz, un système qui établit un enchaînement naturel, purement mécanique, en ce qui concerne le côté matériel de l'existence. Dans ces systèmes, les conséquences sont dérivées des principes dont l'établissement ont rendu possible la science exacte de la nature. Ils montrent quel aspect prend l'existence, si ces principes sont absolument valables pour tous les phénomènes matériels (qu'on croie ou non qu'il y a d'autres phénomènes que les phénomènes matériels).
Pour beaucoup de lecteurs de l’ancienne école de pensée, ces principes et ces systèmes nouveaux sont le type même de l'arbitraire et de l'impiété. Une réaction souvent virulente à ces philosophies est sensible vers la fin du XVIIe siècle. Du point de vue de la philosophie, cette réaction offre un très grand intérêt. Elle ne veut pas renoncer aux résultats scientifiques vraiment acquis, et elle cherche à dépasser la conception mécanique de la nature, non pas par le dehors, par un compromis, ou en rapprochant des éléments incompatibles, mais par le fond, en examinant les postulats qui sont le fondement du nouveau système, qu'elle essaie de concilier avec une conception de l'Antiquité et du Moyen Âge, avec laquelle la nouvelle philosophie a rompu avec énergie.
En ce sens, Leibniz, qui cite à la fois Platon, Aristote, Thomas d'Aquin et Descartes, caractérise un type de réaction contre Descartes et Spinoza. Mais jamais peut-être cette réaction n’a été accomplie avec autant de profondeur d'esprit, bien que Leibniz se soit accommodé, sciemment ou non, des opinions conservatrices. Ce que Leibniz rejette dans les idées modernes, malgré toute son admiration pour elles et pour leurs interprètes, c'est qu'elles menacent la considération esthétique et religieuse de la nature. On nie dans la conception du monde la légitimité de la notion de finalité et le monde semble ne plus être qu'une simple machine. La tâche de sa vie sera de concilier des idées venant de régions opposées du monde intellectuel, et pendant qu'il y travaille, il déploie une profusion de pensées et de points de vue, de découvertes et d'indications qui est peut-être unique dans l'histoire de la pensée. Dans presque tous les domaines son activité en effet a été créatrice ou inspiratrice, et bien qu'il ait traité des matières très différentes, ses pensées possèdent néanmoins une « harmonie » intérieure, un type commun.
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